Les noms divins
Comment nommer Celui qui dépasse tout langage ? La voie de l'analogie et de l'éminence.
Les noms propres et métaphoriques de Dieu
Nomina Divina
Noms propres et métaphoriques
Saint Thomas distingue les noms propres et les noms métaphoriques de Dieu (Ia, q. 13, a. 3). Les noms propres désignent une perfection sans inclure un mode d'être créaturel : « bon », « sage », « être », « vivant » conviennent à Dieu proprement et premièrement (per prius). Per prius signifie que la perfection appartient d'abord à Dieu et dérivativement aux créatures : Dieu est la source originaire de toute bonté, de toute sagesse, de toute vie. Les noms métaphoriques incluent dans leur signification un mode d'être matériel : Dieu n'est pas littéralement un « rocher », mais il l'est par ressemblance proportionnelle.
Le nom le plus propre
Parmi tous les noms divins, le plus propre est « Celui qui est » (Qui est), révélé à Moïse au buisson ardent (Ex 3, 14). Ce nom est le plus propre pour trois raisons : il désigne l'être même (ipsum esse), il n'est pas déterminé à un mode d'être particulier, et il signifie l'être au présent. Dieu est un éternel présent sans passé ni futur. Les noms « bon » ou « sage » désignent des perfections particulières, tandis que « Qui est » signifie l'océan infini de l'être qui contient toutes les perfections sans se limiter à aucune.
Les trois voies
Pour nommer Dieu sans le trahir, la théologie thomiste emprunte trois voies complémentaires.
- La voie de causalité nomme Dieu d'après les perfections qu'Il cause dans les créatures.
- La voie de négation nie de Lui toute imperfection et toute limite.
- La voie d'éminence affirme que ces perfections sont en Dieu de manière suréminente, infiniment au-delà de ce que nous concevons.
Le Pseudo-Denys, dans ses traités des Noms divins et de la Théologie mystique, a développé cette théologie négative en enseignant que nous connaissons mieux ce que Dieu n'est pas que ce qu'Il est. Saint Thomas intègre cette perspective tout en maintenant que nos noms positifs disent quelque chose de vrai sur Dieu.
Univocité, équivocité, analogie
Saint Thomas évite deux écueils : l'univocité et l'équivocité. Si les noms se disaient de Dieu et des créatures dans un sens identique (univocité), Dieu serait ramené au niveau des créatures. S'ils se disaient dans un sens totalement différent (équivocité), on ne pourrait rien connaître de Dieu. La voie médiane est l'analogie : les noms se disent de Dieu et des créatures selon un rapport proportionnel qui préserve à la fois la transcendance divine et la vérité de notre discours. Dans cette même logique, saint Thomas introduit la distinction entre res significata et modus significandi : la chose signifiée (la perfection réelle, par exemple la bonté) est véritablement en Dieu, mais notre manière humaine de la concevoir et de l'exprimer reste toujours inadéquate, marquée par notre finitude. La multiplicité de nos noms ne contredit pas la simplicité de Dieu : nos concepts multiples reflètent notre manière limitée de saisir une perfection infinie et absolument simple.
Les noms propres (bon, sage, être) disent Dieu en vérité ; les métaphoriques (rocher, lion) par ressemblance. Le nom suprême : Celui qui est.
Testez-vous : 13 questions
1. Quelles sont les trois voies (viae) pour nommer Dieu dans la théologie thomiste ?
- Cause, négation, éminence
- Foi, raison, expérience
- Foi, espérance, charité
- Montée, descente, horizon
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Réponse : Cause, négation, éminence
Via causalitatis : on nomme Dieu d’après les perfections qu’Il cause. Via negationis : on nie de Lui toute imperfection. Via eminentiae : on affirme que ces perfections sont en Lui de manière suréminente. Ces trois voies se complètent mutuellement.
2. Quelle est la différence entre un nom propre et un nom métaphorique appliqué à Dieu ?
- Le propre dit Dieu en soi
- L’un révélé, l’autre inventé
- Tout est univoque en Dieu
- Tous noms sont par image
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Réponse : Le propre dit Dieu en soi
Dire « Dieu est bon » est un nom propre : la bonté est véritablement en Dieu. Dire « Dieu est un rocher » est métaphorique : Dieu n’est pas littéralement un rocher, mais il y a une ressemblance proportionnelle (solidité, fiabilité). Saint Thomas (ST I, q.13, a.3) insiste sur cette distinction.
3. Que signifie la distinction thomiste entre res significata et modus significandi dans les noms divins ?
- Perfection vraie, mode borné
- Chose signifiée métaphorique
- Les deux adéquats à Dieu
- Seul le mode importe
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Réponse : Perfection vraie, mode borné
Quand nous disons « Dieu est bon », la bonté (res significata) est véritablement en Dieu, et même plus véritablement qu’en nous. Mais notre manière de concevoir et d’exprimer cette bonté (modus significandi) reste marquée par notre finitude et ne saisit pas adéquatement la réalité divine (ST I, q.13, a.3).
4. Pourquoi le Pseudo-Denys est-il une référence majeure pour la théologie des noms divins ?
- Théologie négative
- Inventeur des trois voies
- Classeur des noms bibliques
- Noms divins équivoques
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Réponse : Théologie négative
Le Pseudo-Denys, dans ses traités des Noms divins et de la Théologie mystique, enseigne que Dieu transcende toute affirmation. Nous connaissons mieux ce que Dieu n’est pas que ce qu’Il est. Saint Thomas intègre cette perspective tout en maintenant que nos noms positifs disent quelque chose de vrai sur Dieu.
5. Comment saint Thomas évite-t-il à la fois l’univocité et l’équivocité dans la prédication des noms divins ?
- Analogie de proportion
- Univocité avec Dieu
- Équivocité totale
- Symbolisme pur
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Réponse : Analogie de proportion
Si les noms étaient univoques (même sens), Dieu serait ramené au niveau des créatures. S’ils étaient équivoques (sens totalement différent), on ne pourrait rien dire de vrai sur Dieu. L’analogie est la voie médiane : les noms se disent de Dieu et des créatures selon un rapport proportionnel qui préserve la transcendance divine et la vérité de notre discours (ST I, q.13, a.5).
6. Pourquoi « Qui est » est-il supérieur à « Bon » ou « Sage » comme nom de Dieu ?
- Il dit l’être sans le borner
- Il est le nom le plus court
- Les autres sont secondaires
- Il est le seul nom révélé
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Réponse : Il dit l’être sans le borner
Les noms « bon » ou « sage » désignent des perfections particulières. « Qui est » signifie l’ipsum esse sans aucune détermination : il désigne Dieu comme l’océan infini de l’être, qui contient toutes les perfections sans se limiter à aucune. C’est pourquoi il est le plus propre et le plus universel des noms divins (ST I, q.13, a.11).
7. Quel est le nom le plus propre de Dieu selon saint Thomas ?
- Le Créateur
- Celui qui est
- Le Tout-Puissant
- Le Souverain Bien
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Réponse : Celui qui est
Le nom le plus propre de Dieu selon saint Thomas est « Celui qui est » (Qui est), révélé en Exode 3, 14. Ce nom exprime que l’être même est l’essence de Dieu. Il ne désigne aucune forme particulière mais l’océan infini de l’être.
8. Les noms ____ de Dieu incluent dans leur signification un mode d’être matériel (ex. : rocher, lion).
- métaphoriques
- propres
- analogiques
- négatifs
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Réponse : métaphoriques
Les noms métaphoriques attribuent à Dieu des perfections sous un mode matériel (rocher, lion) qui ne lui convient pas proprement.
9. Pourquoi « bon » est-il un nom propre de Dieu et non un nom métaphorique ?
- Bonté sans mode fini
- La Bible dit qu’il est bon
- Dieu, le plus bon des êtres
- Bon synonyme de Dieu
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Réponse : Bonté sans mode fini
Un nom propre de Dieu désigne une perfection qui, en elle-même, n’inclut aucun mode fini ou matériel. « Bon » est un tel nom, car la bonté en soi ne comporte aucune imperfection. Un nom métaphorique, comme « rocher », implique au contraire un mode corporel.
10. Quelle est la première raison pour laquelle « Celui qui est » est le plus propre des noms divins ?
- Il désigne l’être même
- C’est le plus court
- Il fut révélé en hébreu
- Il n’a aucune voyelle
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Réponse : Il désigne l’être même
« Celui qui est » (Ego sum qui sum) désigne l’être même (ipsum esse), la perfection la plus fondamentale et la plus universelle. Ce nom ne limite pas Dieu à un attribut particulier mais signifie l’océan infini de l’être.
11. La multiplicité des noms divins contredit la simplicité de Dieu.
- Vrai
- Faux
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Réponse : Faux
C’est faux. La multiplicité des noms divins ne contredit pas la simplicité de Dieu. Nos concepts multiples reflètent notre manière limitée de connaître la perfection infinie et simple de Dieu, qui dépasse toute compréhension unique.
12. Que signifie l’affirmation thomiste « les noms propres conviennent à Dieu per prius » ?
- perfection d’abord en Dieu
- noms divins avant tout mot
- noms d’abord donnés à Dieu
- noms posés par Dieu d’abord
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Réponse : perfection d’abord en Dieu
Quand nous disons que Dieu est « bon » et que la créature est « bonne », la perfection de bonté appartient d’abord (per prius) à Dieu et dérivativement (per posterius) aux créatures. Dieu est la source originaire de toute perfection.
13. Comment saint Thomas compare-t-il notre connaissance de Dieu et la réalité divine ?
- Vrais mais inadéquats à Dieu
- Ils saisissent Dieu en plein
- Tous faux et métaphoriques
- Seule la Foi les donne
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Réponse : Vrais mais inadéquats à Dieu
Nos noms attribués à Dieu (bon, sage, puissant) sont vrais quant à ce qu’ils signifient (res significata), mais inadéquats quant à leur mode de signifier (modus significandi), qui reste toujours humain et limité. Ils ne saisissent pas l’essence divine en elle-même.
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Dans ce chapitre : Les noms divins
- La voie de causalité, éminence, négation
- Les noms divins