Les obligations logiques et les insolubilia

Chapitre 7 : La logica nova et les sophismata · cours « Logique » · 8 questions

Le menteur, le crocodile : paradoxes insolubles.

Insolubilia

Obligationes et Insolubilia

Deux exercices scolastiques

Les maîtres du XIIIe siècle développent deux genres d’exercices poussant la logique à ses limites : les obligations et les insolubilia. Dans une « obligation », le maître pose une hypothèse (le positum) que l’étudiant doit tenir pour vraie, puis propose des propositions à admettre, nier ou laisser en doute selon la cohérence logique. Les insolubilia sont des paradoxes comme le menteur : « Ce que je dis est faux ». Si c’est vrai, c’est faux ; si c’est faux, c’est vrai. Ces exercices touchent aux limites mêmes de la pensée.

Les obligations et la logique modale

Ces exercices scolastiques ont une portée qui dépasse de loin le cadre universitaire médiéval. Les obligations logiques, en contraignant l'étudiant à explorer systématiquement ce qui est compatible ou incompatible avec une hypothèse donnée, préfigurent ce que la philosophie moderne appellera la logique modale, cette branche de la logique qui étudie le possible, le nécessaire et le contingent. L'étudiant apprend ainsi à distinguer ce qui découle nécessairement d'une position de ce qui lui est simplement compatible, développant une rigueur d'analyse qui dépasse la seule maîtrise du syllogisme.

Les insolubilia et l'auto-référence

Les insolubilia, pour leur part, ont conduit les logiciens médiévaux à s'interroger sur la nature des propositions auto-référentielles, celles qui parlent d'elles-mêmes, comme « ce que je dis est faux ». Certains maîtres ont proposé que de telles propositions, en se prenant elles-mêmes pour objet, échappent aux catégories ordinaires du vrai et du faux. Cette intuition anticipe des développements majeurs de la logique contemporaine, notamment les travaux de Tarski sur la vérité et le théorème d'incomplétude de Gödel. La logique médiévale, loin d'être une scolastique desséchée, a ainsi ouvert des chemins que la pensée moderne n'a fait que prolonger.

Ces exercices montrent que la logique a des profondeurs vertigineuses et qu'elle touche aux limites mêmes de la pensée humaine.

Testez-vous : 8 questions

1. Comment appelle-t-on l’exercice logique où un maître pose une hypothèse que l’étudiant doit défendre selon des règles strictes ?

  • Une réfutation
  • Une obligation
  • Un syllogisme
  • Un sophisma
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Réponse : Une obligation

Une obligation est l’exercice où le maître pose une hypothèse, souvent fausse, que l’étudiant doit défendre selon des règles strictes : concéder ce qui s’ensuit, nier ce qui la contredit, sans jamais se couper. On y apprend la cohérence formelle, indépendamment du vrai.

2. Dans une obligation logique, comment appelle-t-on l’hypothèse initiale que l’étudiant doit accepter comme point de départ ?

  • Le medium
  • Le subjectum
  • Le positum
  • Le praedicatum
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Réponse : Le positum

Le positum est l’hypothèse de départ d’une obligation, que le répondant doit tenir même si elle est fausse. Tout l’exercice consiste ensuite à concéder ou nier chaque proposition sans jamais se contredire : c’est un entraînement à la cohérence, non à la vérité.

3. Comment appelle-t-on les paradoxes logiques apparemment insolubles, comme « Ce que je dis est faux » ?

  • Les obligations
  • Les insolubilia
  • Les catégories
  • Les sophismata
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Réponse : Les insolubilia

Les insolubilia sont des paradoxes logiques apparemment insolubles, comme le paradoxe du menteur.

4. Le paradoxe du menteur est le plus célèbre des insolubilia. Quelle est sa formulation classique ?

  • « Je mens maintenant »
  • « Dieu est bon »
  • « Rien n’existe »
  • « L’homme est mortel »
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Réponse : « Je mens maintenant »

Le paradoxe du menteur (« je mens maintenant ») est ni vrai ni faux sans contradiction, un insoluble classique.

5. Dans une obligation, si une proposition proposée est compatible avec le positum, que doit faire l’étudiant ?

  • La nier
  • L’ignorer
  • La douter
  • L’admettre
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Réponse : L’admettre

Si une proposition est compatible avec le positum, l’étudiant doit l’admettre selon les règles de l’obligation.

6. Les exercices d’obligations logiquess préfigurent quelle branche moderne de la logique, qui étudie le possible et le nécessaire ?

  • La logique formelle
  • La logique binaire
  • La logique modale
  • La logique des maths
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Réponse : La logique modale

Les obligations logiques, en explorant le possible et le nécessaire, préfigurent la logique modale moderne.

7. Face aux insolubilia, une proposition qui se réfère à elle-même n’a pas de valeur de vérité. Comment l’appelle-t-on ?

  • Auto-référentielle
  • Universelle
  • Contradictoire
  • Particulière
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Réponse : Auto-référentielle

Une proposition auto-référentielle se réfère à elle-même, ce qui peut engendrer des paradoxes insolubles.

8. Obligations et insolubilia montrent que notre logique dépasse le syllogisme. Quel trait d’esprit développent-ils surtout ?

  • L’éloquence oratoire
  • La mémoire des textes
  • La piété liturgique
  • La rigueur d’analyse
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Réponse : La rigueur d’analyse

Les obligations et les insolubilia développent la rigueur d’analyse : les premières forcent à rester cohérent sous une hypothèse fausse, les seconds à démonter des énoncés qui se retournent contre eux-mêmes, comme « je mens ». Ni l’un ni l’autre ne vise une vérité, mais une maîtrise formelle.

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Dans ce chapitre : La logica nova et les sophismata

  1. La redécouverte de l'Organon complet
  2. Les sophismata : l'art de résoudre les énigmes logiques
  3. Les obligations logiques et les insolubilia
  4. Guillaume de Sherwood : les Introductiones in Logicam
  5. Pierre d'Espagne : les Summulae Logicales