Acerbo Nimis (page 2)
Nous ne voudrions pas cependant que, par amour de cette simplicité, on en vînt à croire qu’il n’est besoin, pour traiter ces matières, ni de travail ni de réflexion: elles en réclament, au contraire, plus que tout autre genre. Il est bien plus facile de trouver un orateur parlant avec abondance et éclat qu’un Catéchiste faisant une instruction de tout point louable. Donc, quelque facilité de pensée et de parole qu’on ait reçue de la nature, il faut tenir pour certain qu’on ne parlera jamais de la Doctrine chrétienne aux enfants ou au peuple avec un fruit réel pour l’âme, sans être préparé et armé par une longue méditation. Ils se trompent, ceux qui, comptant sur l’ignorance et la lenteur d’esprit du peuple, croient pouvoir se permettre quelque négligence. Bien au contraire, plus les auditeurs qu’on a sont incultes, plus il faut employer d’application et de soin pour mettre les Vérités les plus sublimes, si éloignées de l’intelligence vulgaire, à la portée des esprits simples ou grossiers, à qui elles sont aussi nécessaires qu’aux savants pour gagner le bonheur éternel.
Qu’il Nous soit permis, à la fin de cette Lettre, Vénérables Frères, de vous adresser la parole de Moïse: Si quelqu’un est du parti du Seigneur, qu’il se joigne à moi (Exod., XXXII, 26). Considérez, Nous vous en prions instamment, combien d’âmes se perdent par la seule ignorance des choses divines. Vous avez peut-être établi dans vos Diocèses, pour le bien de votre troupeau, nombre d’institutions utiles et dignes de tout éloge: veuillez néanmoins, de préférence à tout, avec toute l’énergie, tout le zèle, toute la persévérance que vous pourrez, employer vos soins et vos efforts à obtenir que la connaissance de la Doctrine chrétienne atteigne et pénètre profondément les âmes. Que chacun (ce sont les paroles de l’Apôtre Pierre que Nous répétons) mette au service des autres le don qu’il a reçu, comme de bons dispensateurs de la Grâce de Dieu sous toutes ses formes (I Petr., IV, 10).
Puissent votre sollicitude et vos pieuses industries, grâce à l’intercession de la Bienheureuse Vierge immaculée, être fécondées par la Bénédiction Apostolique, qu’en témoignage de Notre charité et comme gage des faveurs célestes, Nous vous accordons très affectueusement, ainsi qu’au Clergé et au peuple qui vous sont confiés.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 15 avril 1905, la deuxième année de Notre Pontificat.