La Foi et le Symbole (De fide et symbolo) (page 2)
22. Ce n'est point-le lien de traiter ici de cette différence des péchés. Mais il faut croire fermement que nos fautes ne peuvent en aucune façon
1 I Cor. XIII, 12. — 2 Matt. VI, 8. — 3 Luc, X, 27.
nous être pardonnées, si nous nous montrons inexorables pour pardonner aux autres (1). Nous croyons donc encore la rémission des péchés.
23. Et comme l'homme est un composé de trois choses, l'esprit, l'âme et le corps, qui du reste se réduisent à deux, parce que l'âme est souvent prise pour l'esprit , car l'esprit est la partie raisonnable de l’âme, dont les animaux sont privés; de ces trois choses, l'esprit est la première, la seconde est la vie qui résulte de l'union au corps et qui s'appelle âme, et la troisième le corps, la moins importante des trois, parce qu'elle est visible. Or toute cette créature gémit et est dans le travail de l'enfantement jusqu'à cette heure (2) ; cependant elle a donné les prémices de l'esprit, en croyant à Dieu et en acquérant déjà la bonne volonté. Cet esprit est aussi celui dont parle l'Apôtre quand il dit : « J'obéis par l'esprit à loi de Dieu (3); » et ailleurs:
« Car le Dieu que je sers en mon esprit m'est témoin (4). » Mais quand l'âme convoite encore les biens charnels, on l'appelle chair. En effet certaine partie en elle résiste à l'esprit, non d'après la nature, mais par l'habitude du péché. Ce qui fait dire à l'Apôtre: « Par l'esprit j'obéis à la loi de Dieu, mais, par la chair, à la loi du péché.
» Or cette habitude devient une nature par l'effet de la génération mortelle, résultat du péché du premier père.
Voilà pourquoi il est écrit : « Et nous étions autrefois par nature enfants de colère (5), » c'est-à-dire de vengeance; ce qui nous a rendus esclaves de la loi du péché. Or la nature de l'âme est parfaite, quand elle est soumise à son esprit et qu'elle le suit dans son obéissance à Dieu. C'est pourquoi l'homme animal ne perçoit pas ce qui est de l'esprit de Dieu (6). » Mais l'âme ne se soumet pas aussi vite à l'esprit pour faire le, Lien, que l'esprit se soumet à Dieu pour la vraie foi et la bonne volonté; quelquefois on ne réprime qu'avec peine l'entraînement qui la porte aux choses charnelles et passagères. Cependant, comme elle se purifie en recouvrant la stabilité de sa nature sous la domination de l'esprit qui est son chef, ainsi que le Christ est le chef de l'esprit, il ne faut pas désespérer de voir le corps rendu à sa nature propre, moins promptement cependant que l'âme, et celle-ci moins encore que l'esprit, toutefois en temps opportun, au son de la dernière trompette, « quand les morts ressusciteront incorruptibles et que nous serons
1 Matt. VI, 16. — 2 Rom. VIII, 22. — 3 Ib. VII, 26. — 4 Ib. I, 9. —
5 Eph. II, 3. — 6 I Cor. II, 14.
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changés. » Voilà pourquoi nous croyons la résurrection de la chair, non-seulement en ce sens que l'âme, maintenant appelée chair à cause de ses affections charnelles, sera: restaurée; mais parce que nous devons admettre sans hésitation que cette. chair visible ressuscitera, elle qui est chair par nature, et dont l'âme prend le nom à raison de ses affections charnelles, mais non à cause de sa nature; cette partie visible de nous-mêmes enfin, appelée proprement la chair. C'est elle en effet que l'apôtre Paul semble en quelque sorte indiquer du doigt, quand il dit: « Il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité. m Par cette expression ce, il dirige, pour ainsi dire son doigt sur elle. Or ce qui est visible peut se montrer du doigt ; car on pourrait dire que l'âme elle-même est aussi corruptible, puisque des moeurs.vicieuses la corrompent. Quand l'Apôtre ajoute: « Et que ce corps mortel revête l'immortalité (1), » il indique encore cette même chair visible et semble une fois encore la: montrer du doigt ; car si On peut dire que l'âme est corruptible à cause de ses vices, on peut également l'appeler mortelle, puisque se séparer de Dieu est la mort de l'âme (2); et que c'est là son premier péché dans le paradis terrestre; au rapport des saintes Ecritures.
24. Donc, selon la foi chrétienne qui ne peut tromper, le corps ressuscitera. Celui qui trouve cela incroyable ne considère que la chair telle qu'elle est aujourd'hui, et non ce qu'elle sera un jour: car lorsqu'elle sera transformée en la nature des anges, ce sera simplement un corps, et non plus de la chair et du sang. En effet l'Apôtre, en parlant de la chair, dit: « Autre est la chair des brebis, autre celle des oiseaux, autre celle des poissons, autre celle des serpents ; il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres ; » il ne dit pas : Il y a aussi une chair céleste, mais : « des corps terrestres et des corps célestes. » Car toute chair est corps, mais tout corps n'est pas chair; d'abord, dans les choses terrestres, le bois est un corps et n'est point une chair; mais l'homme et l'animal sont corps et chair; tandis que dans le ciel, il n'y a pas de chair, mais des corps simples et transparents, que l'Apôtre appelle spirituels, et que quelques-uns, nomment
1 I Cor. V, 52, 53. — 2 Eccli. X, 14.
éthérés. L'Apôtre ne contredit donc pas le dogme de la résurrection, quand il dit. « La chair et le sang ne posséderont pas le royaume de Dieu; » il exprime simplement ce que deviendra un jour ce qui est aujourd'hui chair et sang (1). Il faut conduire pas à pas à la foi celui qui ne croit pas à cette transformation de la nature de la chair. Demandez-lui d'abord si la terre peut-être changée en eau; cela lui paraîtra possible, à cause de l'analogie de ces deux éléments.
Demandez-lui ensuite si l'eau peut se changer en air; il répondra que cela n'est pas incroyable, parce que ce sont deux choses rapprochées l'une de l'autre. Demandez-lui enfin, si l’air peut se transformer en un corps éthéré, c'est-à-dire céleste;
le rapport de similitude le lui fera admettre volontiers. Or ce qu'il croit possible par gradation, à savoir que la terre soit convertie en un corps éthéré, pourquoi ne reconnaîtrait-il pas que la volonté du Dieu qui a fait marcher un corps humain sur les eaux, peut en faire autant, instantanément, « en un clin-d'oeil, » comme dit l'Apôtre, sans transition, avec la rapidité merveilleuse que met ordinairement la fumée à se changer en feu? Notre chair est en effet certainement faite de terre; or les philosophes, sur l'autorité desquels on combat ordinairement le dogme de la résurrection, et qui prétendent qu'il ne peut y avoir de corps terrestres dans le ciel, les philosophes, dis-je, accordent qu'un corps peut-être changé et transformé en toute autre espèce de corps.
La résurrection une fois opérée, nous serons affranchis de la condition du temps, et nous jouirons d'une vie éternelle, d'une charité ineffable et d'un état permanent et incorruptible. C'est alors que s'accomplira cette parole de l'Ecriture: « La mort a été absorbée dans sa victoire. O mort, où est ton aiguillon? O mort, où est ta puissance (2) ?»
25. Telle est la foi que l'on propose aux néophytes chrétiens dans un symbole abrégé. Ce symbole abrégé est connu des fidèles; par lui ils croient pour se soumettre à Dieu, ils se soumettent à Dieu pour bien vivre, ils vivent bien pour purifier leur coeur, et ils purifient leur coeur pour comprendre ce qu'ils croient.
1 Rét. l. I, ch. 17. — 2 I Cor. XV, 39, 40 ; 50-54.
Traduit par M. l'abbé DEVOILLE.
source: http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/index.htm