Illusions perdues (page 2)

Honoré de Balzac · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Illusions perdues · 40 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

— Vous pourriez, lui dit un jour l’un des Cointet, devenir prote d’une imprimerie considérable où vous gagneriez six francs par jour, et avec votre intelligence vous arriveriez à vous faire intéresser un jour dans les affaires.

— À quoi cela peut-il me servir d’être un bon prote ? répondit Cérizet, je suis orphelin, je fais partie du contingent de l’année prochaine, et, si je tombe au sort, qui est-ce qui me payera un homme ?…

— Si vous vous rendez utile, répondit le riche imprimeur, pourquoi ne vous avancerait-on pas la somme nécessaire à votre libération ?

— Ce ne sera pas toujours mon naïf ? dit Cérizet.

— Bah ! peut-être aura-t-il trouvé le secret qu’il cherche…

Cette phrase fut dite de manière à réveiller les plus mauvaises pensées chez celui qui l’écoutait ; aussi Cérizet lança-t-il au fabricant de papier un regard qui valait la plus pénétrante interrogation.

— Je ne sais pas de quoi il s’occupe, répondit-il prudemment en trouvant le bourgeois muet, mais ce n’est pas un homme à chercher des capitales dans son bas de casse !

— Tenez, mon ami, dit l’imprimeur en prenant six feuilles du Paroissien du Diocèse et les tendant à Cérizet, si vous pouvez nous avoir corrigé cela pour demain, vous aurez demain dix-huit francs. Nous ne sommes pas méchants, nous faisons gagner de l’argent au prote de notre concurrent ! Enfin, nous pourrions laisser madame Séchard s’engager dans l’affaire de l’Almanach des Bergers, et la ruiner ; eh ! bien, nous vous permettons de lui dire que nous avons entrepris un Almanach des Bergers, et de lui faire observer qu’elle n’arrivera pas la première sur la place…..

On doit comprendre maintenant pourquoi Cérizet allait si lentement sur la composition de l’Almanach. En apprenant que les Cointet troublaient sa pauvre petite spéculation, Ève fut saisie de terreur, et voulut voir une preuve d’attachement dans la communication assez hypocritement faite par Cérizet de la concurrence qui l’attendait ; mais elle surprit bientôt chez son unique compositeur quelques indices d’une curiosité trop vive qu’elle voulut attribuer à son âge.

— Cérizet, lui dit-elle un matin, vous vous posez sur le pas de la porte et vous attendez monsieur Séchard au passage afin d’examiner ce qu’il cache, vous regardez dans la cour quand il sort de l’atelier à fondre les rouleaux, au lieu d’achever la composition de notre almanach. Tout cela n’est pas bien, surtout quand vous me voyez, moi sa femme, respectant ses secrets et me donnant tant de mal pour lui laisser la liberté de se livrer à ses travaux. Si vous n’aviez pas perdu de temps, l’almanach serait fini, Kolb en vendrait déjà, les Cointet ne pourraient nous faire aucun tort.

— Eh ! madame, répondit Cérizet, pour quarante sous par jour que je gagne ici, croyez-vous que ce ne soit pas assez de vous faire pour cent sous de composition ? Mais si je n’avais pas des épreuves à lire le soir pour les frères Cointet, je pourrais bien me nourrir de son.

— Vous êtes ingrat de bonne heure, vous ferez votre chemin, répondit Ève atteinte au cœur moins par les reproches de Cérizet que par la grossièreté de son accent, par sa menaçante attitude et par l’agression de ses regards.

— Ce ne sera toujours pas avec une femme pour bourgeois, car alors le mois n’a pas souvent trente jours.

En se sentant blessée dans sa dignité de femme, Ève jeta sur Cérizet un regard foudroyant et remonta chez elle. Quand David vint dîner, elle lui dit : — Es-tu sûr, mon ami, de ce petit drôle de Cérizet ?

— Cérizet ? répondit-il. Eh ! c’est mon gamin, je l’ai formé, je l’ai eu pour teneur de copie, je l’ai mis à la casse, enfin il me doit d’être tout ce qu’il est ! Autant demander à un père s’il est sûr de son enfant…

Ève apprit à son mari que Cérizet lisait des épreuves pour le compte des Cointet.

— Pauvre garçon ! il faut bien qu’il vive, répondit David avec l’humilité d’un maître qui se sentait en faute.

— Oui ; mais, mon ami, voici la différence qui existe entre Kolb et Cérizet ; Kolb fait vingt lieues tous les jours, dépense quinze ou vingt sous, nous rapporte sept, huit, quelquefois neuf francs de feuilles vendues, et ne me demande que ses vingt sous, sa dépense payée. Kolb se couperait la main plutôt que de tirer le barreau d’une presse chez les Cointet, et il ne regarderait pas les choses que tu jettes dans la cour, quand on lui offrirait mille écus ; tandis que Cérizet les ramasse et les examine.

Les belles âmes arrivent difficilement à croire au mal, à l’ingratitude, il leur faut de rudes leçons avant de reconnaître l’étendue de la corruption humaine ; puis, quand leur éducation en ce genre est faite, elles s’élèvent à une indulgence qui est le dernier degré du mépris.

— Bah ! pure curiosité de gamin de Paris, s’écria donc David.

— Eh ! bien, mon ami, fais-moi le plaisir de descendre à l’atelier, d’examiner ce que ton gamin a composé depuis un mois, et de me dire si, pendant ce mois, il n’aurait pas dû finir notre almanach…

Après le dîner, David reconnut que l’Almanach aurait dû être composé en huit jours ; puis, en apprenant que les Cointet en préparaient un semblable, il vint au secours de sa femme : il fit interrompre à Kolb la vente des feuilles d’images et dirigea tout dans son atelier ; il mit en train lui-même une forme que Kolb dut tirer avec Marion, tandis que lui-même tira l’autre avec Cérizet, en surveillant les impressions en encres de diverses couleurs. Chaque couleur exige une impression séparée. Quatre encres différentes veulent donc quatre coups de presse. Imprimé quatre fois pour une, l’Almanach des Bergers coûte alors tant à établir, qu’il se fabrique exclusivement dans les ateliers de province où la main d’œuvre et les intérêts du capital engagé dans l’imprimerie sont presque nuls. Ce produit, quelque grossier qu’il soit, est donc interdit aux imprimeries d’où sortent de beaux ouvrages. Pour la première fois depuis la retraite du vieux Séchard, on vit alors deux presses roulant dans ce vieil atelier. Quoique l’almanach fût, dans son genre, un chef-d’œuvre, néanmoins Ève fut obligée de le donner à deux liards, car les frères Cointet donnèrent le leur à trois centimes aux colporteurs ; elle fit ses frais avec le colportage, elle gagna sur les ventes directement faites par Kolb ; mais sa spéculation fut manquée. En se voyant devenu l’objet de la défiance de sa belle patronne, Cérizet se posa dans son for intérieur en adversaire, et il se dit : « Tu me soupçonnes, je me vengerai ! » Le gamin de Paris est ainsi fait. Cérizet accepta donc de messieurs Cointet frères des émoluments évidemment trop forts pour la lecture des épreuves qu’il allait chercher à leur bureau tous les soirs et qu’il leur rendait tous les matins. En causant tous les jours davantage avec eux, il se familiarisa, finit par apercevoir la possibilité de se libérer du service militaire qu’on lui présentait comme appât ; et, loin d’avoir à le corrompre, les Cointet entendirent de lui les premiers mots relativement à l’espionnage et à l’exploitation du secret que cherchait David. Inquiète en voyant combien elle devait peu compter sur Cérizet et dans l’impossibilité de trouver un autre Kolb, Ève résolut de renvoyer l’unique compositeur en qui sa seconde vue de femme aimante lui fit voir un traître ; mais comme c’était la mort de son imprimerie, elle prit une résolution virile : elle pria par une lettre monsieur Métivier, le correspondant de David Séchard, des Cointet et de presque tous les fabricants de papier du département, de faire mettre dans le Journal de la Librairie, à Paris, l’annonce suivante :

« À céder, une imprimerie en pleine activité, matériel et brevet, située à Angoulême. S’adresser, pour les conditions, à monsieur Métivier, rue Serpente. »

Après avoir lu le numéro du journal où se trouvait cette annonce, les Cointet se dirent : — Cette petite femme ne manque pas de tête, il est temps de nous rendre maîtres de son imprimerie en lui donnant de quoi vivre ; autrement, nous pourrions rencontrer un adversaire dans le successeur de David, et notre intérêt est de toujours avoir un œil dans cet atelier.

Mus par cette pensée, les frères Cointet vinrent parler à David Séchard. Ève, à qui les deux frères s’adressèrent, éprouva la plus vive joie en voyant le rapide effet de sa ruse, car ils ne lui cachèrent pas leur dessein de proposer à monsieur Séchard de faire des impressions à leur compte : ils étaient encombrés, leurs presses ne pouvaient suffire à leurs travaux, ils avaient demandé des ouvriers à Bordeaux, et se faisaient fort d’occuper les trois presses de David.

— Messieurs, dit-elle aux deux frères Cointet pendant que Cérizet allait avertir David de la visite de ses confrères, mon mari a connu chez messieurs Didot d’excellents ouvriers probes et actifs, il se choisira sans doute un successeur parmi les meilleurs… Ne vaut-il pas mieux vendre son établissement une vingtaine de mille francs, qui nous donneront mille francs de rente, que de perdre mille francs par an au métier que vous nous faites faire ? Pourquoi nous avoir envié la pauvre petite spéculation de notre Almanach, qui d’ailleurs appartenait à cette imprimerie ?

— Eh ! pourquoi, madame, ne pas nous en avoir prévenus ? nous ne serions pas allés sur vos brisées, dit gracieusement celui des deux frères qu’on appelait le grand Cointet.

— Allons donc, messieurs, vous n’avez commencé votre almanach qu’après avoir appris par Cérizet que je faisais le mien.

En disant ces paroles vivement, elle regarda celui qu’on appelait le grand Cointet, et lui fit baisser les yeux. Elle acquit ainsi la preuve de la trahison de Cérizet.

Ce Cointet, le directeur de la papeterie et des affaires, était beaucoup plus habile commerçant que son frère Jean, qui conduisait d’ailleurs l’imprimerie avec une grande intelligence, mais dont la capacité pouvait se comparer à celle d’un colonel ; tandis que Boniface était un général auquel Jean laissait le commandement en chef. Boniface, homme sec et maigre, à figure jaune comme un cierge et marbrée de plaques rouges, à bouche serrée, et dont les yeux avaient de la ressemblance avec ceux des chats, ne s’emportait jamais ; il écoutait avec le calme d’un dévot les plus grosses injures, et répondait d’une voix douce. Il allait à la messe, à confesse et communiait. Il cachait sous ses manières patelines, sous un extérieur presque mou, la ténacité, l’ambition du prêtre et l’avidité du négociant dévoré par la soif des richesses et des honneurs. Dès 1820, le grand Cointet voulait tout ce que la bourgeoisie a fini par obtenir à la révolution de 1830. Plein de haine contre l’aristocratie, indifférent en matière de religion, il était dévot comme Bonaparte fut montagnard. Son épine dorsale fléchissait avec une merveilleuse flexibilité devant la Noblesse et l’Administration pour lesquelles il se faisait petit, humble et complaisant. Enfin, pour peindre cet homme par un trait dont la valeur sera bien appréciée par des gens habitués à traiter les affaires, il portait des conserves à verres bleus à l’aide desquelles il cachait son regard, sous prétexte de préserver sa vue de l’éclatante réverbération de la lumière dans une ville où la terre, où les constructions sont blanches, et où l’intensité du jour est augmentée par la grande élévation du sol. Quoique sa taille ne fût qu’un peu au-dessus de la moyenne, il paraissait grand à cause de sa maigreur, qui annonçait une nature accablée de travail, une pensée en continuelle fermentation. Sa physionomie jésuitique était complétée par une chevelure plate, grise, longue, taillée à la façon de celle des ecclésiastiques, et par son vêtement qui, depuis sept ans, se composait d’un pantalon noir, de bas noirs, d’un gilet noir et d’une lévite (le nom méridional d’une redingote) en drap couleur marron. On l’appelait le grand Cointet pour le distinguer de son frère, qu’on nommait le gros Cointet, en exprimant ainsi le contraste qui existait autant entre la taille qu’entre les capacités des deux frères, également redoutables d’ailleurs. En effet, Jean Cointet, bon gros garçon à face flamande, brunie par le soleil de l’Angoumois, petit et court, pansu comme Sancho, le sourire sur les lèvres, les épaules épaisses, produisait une opposition frappante avec son aîné. Jean ne différait pas seulement de physionomie et d’intelligence avec son frère, il professait des opinions presque libérales, il était Centre Gauche, n’allait à la messe que les dimanches, et s’entendait à merveille avec les commerçants libéraux. Quelques négociants de l’Houmeau prétendaient que cette divergence d’opinions était un jeu joué par les deux frères. Le grand Cointet exploitait avec habileté l’apparente bonhomie de son frère, il se servait de Jean comme d’une massue. Jean se chargeait des paroles dures, des exécutions qui répugnaient à la mansuétude de son frère. Jean avait le département des colères, il s’emportait, il laissait échapper des propositions inacceptables, qui rendaient celles de son frère plus douces ; et ils arrivaient ainsi, tôt ou tard, à leurs fins.

Ève, avec le tact particulier aux femmes, eut bientôt deviné le caractère des deux frères ; aussi resta-t-elle sur ses gardes en présence d’adversaires si dangereux. David, déjà mis au fait par sa femme, écouta d’un air profondément distrait les propositions de ses ennemis.

— Entendez-vous avec ma femme, dit-il aux deux Cointet en sortant du cabinet vitré pour retourner dans son petit laboratoire, elle est plus au fait de mon imprimerie que je ne le suis moi-même. Je m’occupe d’une affaire qui sera plus lucrative que ce pauvre établissement, et au moyen de laquelle je réparerai les pertes que j’ai faites avec vous…

— Et comment ? dit le gros Cointet en riant.

Ève regarda son mari pour lui recommander la prudence.

— Vous serez mes tributaires, vous et tous ceux qui consomment du papier, répondit David.

— Et que cherchez-vous donc ? demanda Benoît-Boniface Cointet.

Quand Boniface eut lâché sa demande d’un ton doux et d’une façon insinuante, Ève regarda de nouveau son mari pour l’engager à ne rien répondre ou à répondre quelque chose qui ne fût rien.

— Je cherche à fabriquer le papier à cinquante pour cent au-dessous du prix actuel de revient…

Et il s’en alla sans voir le regard que les deux frères échangèrent, et par lequel ils se disaient : — Cet homme devait être un inventeur ; on ne pouvait pas avoir son encolure et rester oisif ! — Exploitons-le ! disait Boniface. — Et comment ? disait Jean.

— David agit avec vous comme avec moi, dit madame Séchard. Quand je fais la curieuse, il se défie sans doute de mon nom, et me jette cette phrase qui n’est après tout qu’un programme.

— Si votre mari peut réaliser ce programme, il fera certainement fortune plus rapidement que par l’imprimerie, et je ne m’étonne plus de lui voir négliger cet établissement, reprit Boniface en se tournant vers l’atelier désert où Kolb assis sur un ais frottait son pain avec une gousse d’ail ; mais il nous conviendrait peu de voir cette imprimerie aux mains d’un concurrent actif, remuant, ambitieux, et peut-être pourrions-nous arriver à nous entendre. Si, par exemple, vous consentiez à louer pour une certaine somme votre matériel à l’un de nos ouvriers qui travaillerait pour nous, sous votre nom, comme cela se fait à Paris, nous occuperions assez ce gars-là pour lui permettre de vous payer un très-bon loyer et de réaliser de petits profits…

— Cela dépend de la somme, répondit Ève Séchard. Que voulez-vous donner ? ajouta-t-elle en regardant Boniface de manière à lui faire voir qu’elle comprenait parfaitement son plan.

— Mais quelles seraient vos prétentions ? répliqua vivement Jean Cointet.

— Trois mille francs pour six mois, dit-elle.

— Eh ! ma chère petite dame, vous parliez de vendre votre imprimerie vingt mille francs, répliqua tout doucettement Boniface. L’intérêt de vingt mille francs n’est que de douze cents francs, à six pour cent.

Ève resta pendant un moment tout interdite, et reconnut alors tout le prix de la discrétion en affaires.

— Vous vous servirez de nos presses, de nos caractères avec lesquels je vous ai prouvé que je savais faire encore de petites affaires, reprit-elle, et nous avons des loyers à payer à monsieur Séchard le père qui ne nous comble pas de cadeaux.

Après une lutte de deux heures, Ève obtint deux mille francs pour six mois, dont mille seraient payés d’avance. Quand tout fut convenu, les deux frères lui apprirent que leur intention était de faire à Cérizet le bail des ustensiles de l’imprimerie. Ève ne put retenir un mouvement de surprise.

— Ne vaut-il pas mieux prendre quelqu’un qui soit au fait de l’atelier ? dit le gros Cointet.

Ève salua les deux frères sans répondre, et se promit de surveiller elle-même Cérizet.

— Eh ! bien, voilà nos ennemis dans la place ! dit en riant David à sa femme quand au moment du dîner elle lui montra les actes à signer.

— Bah ! dit-elle, je réponds de l’attachement de Kolb et de Marion ; à eux deux, ils surveilleront tout. D’ailleurs nous nous faisons quatre mille francs de rente d’un mobilier industriel qui nous coûtait de l’argent, et je te vois un an devant toi pour réaliser tes espérances !

— Tu devais être la femme d’un chercheur d’inventions ! dit Séchard en serrant la main de sa femme avec tendresse.

Si le ménage de David eut une somme suffisante pour passer l’hiver, il se trouva sous la surveillance de Cérizet et, sans le savoir, dans la dépendance du grand Cointet.

— Ils sont à nous ! dit en sortant le directeur de la papeterie à son frère l’imprimeur. Ces pauvres gens vont s’habituer à recevoir le loyer de leur imprimerie ; ils compteront là-dessus, et ils s’endetteront. Dans six mois nous ne renouvellerons pas le bail, et nous verrons alors ce que cet homme de génie aura dans son sac, car nous lui proposerons de le tirer de peine en nous associant pour exploiter sa découverte.

Si quelque rusé commerçant avait pu voir le grand Cointet prononçant ces mots : en nous associant, il aurait compris que le danger du mariage est encore moins grand à la Mairie qu’au Tribunal de commerce. N’était-ce pas trop déjà que ces féroces chasseurs fussent sur les traces de leur gibier ? David et sa femme, aidés par Kolb et par Marion, étaient-ils en état de résister aux ruses d’un Boniface Cointet ?

Quand l’époque des couches de madame Séchard arriva, le billet de cinq cents francs envoyé par Lucien, joint au second payement de Cérizet, permit de suffire à toutes les dépenses. Ève, sa mère et David, qui se croyaient oubliés par Lucien, éprouvèrent alors une joie égale à celle que leur donnaient les premiers succès du poète, dont les débuts dans le journalisme firent encore plus de tapage à Angoulême qu’à Paris.

Endormi dans une sécurité trompeuse, David chancela sur ses jambes en recevant de son beau-frère ce mot cruel.

« Mon cher David, j’ai négocié, chez Métivier, trois billets signés de toi, faits à mon ordre, à un, deux et trois mois d’échéance. Entre cette négociation et mon suicide, j’ai choisi cette horrible ressource qui, sans doute, te gênera beaucoup. Je t’expliquerai dans quelle nécessité je me trouve, et je tâcherai d’ailleurs de t’envoyer les fonds à l’échéance.

» Brûle ma lettre, ne dis rien ni à ma sœur ni à ma mère, car je t’avoue avoir compté sur ton héroïsme bien connu de

» Ton frère au désespoir,

» Lucien de Rubempré. »

— Ton pauvre frère, dit David à sa femme qui relevait alors de couches, est dans d’affreux embarras, je lui ai envoyé trois billets de mille francs, à un, deux et trois mois ; prends-en note.

Puis il s’en alla dans les champs afin d’éviter les explications que sa femme allait lui demander. Mais, en commentant avec sa mère cette phrase pleine de malheurs, Ève déjà très-inquiète du silence gardé par son frère depuis six mois, eut de si mauvais pressentiments que, pour les dissiper, elle se résolut à faire une de ces démarches conseillées par le désespoir. Monsieur de Rastignac fils était venu passer quelques jours dans sa famille, et il avait parlé de Lucien en assez mauvais termes pour que ces nouvelles de Paris, commentées par toutes les bouches qui les avaient colportées, fussent arrivées jusqu’à la sœur et à la mère du journaliste. Ève alla chez madame de Rastignac, y sollicita la faveur d’une entrevue avec le fils, à qui elle fit part de toutes ses craintes en lui demandant la vérité sur la situation de Lucien à Paris. En un moment, Ève apprit la liaison de son frère avec Coralie, son duel avec Michel Chrestien, causé par sa trahison envers d’Arthez, enfin toutes les circonstances de la vie de Lucien envenimées par un dandy spirituel qui sut donner à sa haine et à son envie les livrées de la pitié, la forme amicale du patriotisme alarmé sur l’avenir d’un grand homme et les couleurs d’une admiration sincère pour le talent d’un enfant d’Angoulême, si cruellement compromis. Il parla des fautes que Lucien avait commises et qui venaient de lui coûter la protection des plus hauts personnages, de faire déchirer une ordonnance qui lui conférait les armes et le nom de Rubempré.

— Madame, si votre frère eût été bien conseillé, il serait aujourd’hui dans la voie des honneurs et le mari de madame de Bargeton ; mais que voulez-vous ?… il l’a quittée, insultée ! Elle est, à son grand regret, devenue madame la comtesse Sixte du Châtelet, car elle aimait Lucien.

— Est-il possible ?… s’écria madame Séchard.

— Votre frère est un aiglon que les premiers rayons du luxe et de la gloire ont aveuglé. Quand un aigle tombe, qui peut savoir au fond de quel précipice il s’arrêtera : la chute d’un grand homme est toujours en raison de la hauteur à laquelle il est parvenu.

Ève revint épouvantée avec cette dernière phrase qui lui traversa le cœur comme une flèche. Blessée dans les endroits les plus sensibles de son âme, elle garda chez elle le plus profond silence ; mais plus d’une larme roula sur les joues et sur le front de l’enfant qu’elle nourrissait. Il est si difficile de renoncer aux illusions que l’esprit de famille autorise et qui naissent avec la vie, qu’Ève se défia d’Eugène de Rastignac, elle voulut entendre la voix d’un véritable ami. Elle écrivit donc une lettre touchante à d’Arthez, dont l’adresse lui avait été donnée par Lucien, au temps où Lucien était enthousiaste du Cénacle, et voici la réponse qu’elle reçut :

« Madame, » Vous me demandez la vérité sur la vie que mène à Paris monsieur votre frère, vous voulez être éclairée sur son avenir ; et, pour m’engager à vous répondre franchement, vous me répétez ce que vous en a dit monsieur de Rastignac, en me demandant si de tels faits sont vrais. En ce qui me concerne, madame, il faut rectifier, à l’avantage de Lucien, les confidences de monsieur de Rastignac. Votre frère a éprouvé des remords, il est venu me montrer la critique de mon livre, en me disant qu’il ne pouvait se résoudre à la publier, malgré le danger que sa désobéissance aux ordres de son parti faisait courir à une personne bien chère. Hélas, madame, la tâche d’un écrivain est de concevoir les passions, puisqu’il met sa gloire à les exprimer : j’ai donc compris qu’entre une maîtresse et un ami, l’ami devait être sacrifié. J’ai facilité son crime à votre frère, j’ai corrigé moi-même cet article libellicide et l’ai complétement approuvé. Vous me demandez si Lucien a conservé mon estime et mon amitié. Ici, la réponse est difficile à faire. Votre frère est dans une voie où il se perdra. En ce moment, je le plains encore ; bientôt, je l’aurai volontairement oublié, non pas tant à cause de ce qu’il a déjà fait que de ce qu’il doit faire. Votre Lucien est un homme de poésie et non un poète, il rêve et ne pense pas, il s’agite et ne crée pas. Enfin c’est, permettez-moi de le dire, une femmelette qui aime à paraître, le vice principal du Français. Ainsi Lucien sacrifiera toujours le meilleur de ses amis au plaisir de montrer son esprit. Il signerait volontiers demain un pacte avec le démon, si ce pacte lui donnait pour quelques années une vie brillante et luxueuse. N’a-t-il pas déjà fait pis en troquant son avenir contre les passagères délices de sa vie publique avec une actrice ? En ce moment, la jeunesse, la beauté, le dévouement de cette femme, car il en est adoré, lui cachent les dangers d’une situation que ni la gloire, ni le succès, ni la fortune ne font accepter par le monde. Eh ! bien, à chaque nouvelle séduction, votre frère ne verra, comme aujourd’hui, que les plaisirs du moment. Rassurez-vous, Lucien n’ira jamais jusqu’au crime, il n’en aurait pas la force ; mais il accepterait un crime tout fait, il en partagerait les profits sans en avoir partagé les dangers : ce qui semble horrible à tout le monde, même aux scélérats. Il se méprisera lui-même, il se repentira ; mais, la nécessité revenant, il recommencerait, car la volonté lui manque : il est sans force contre les amorces de la volupté, contre la satisfaction de ses moindres ambitions. Paresseux comme tous les hommes à poésie, il se croit habile en escamotant les difficultés au lieu de les vaincre. Il aura du courage à telle heure, mais à telle autre il sera lâche. Et il ne faut pas plus lui savoir gré de son courage que lui reprocher sa lâcheté : Lucien est une harpe dont les cordes se tendent ou s’amollissent au gré des variations de l’atmosphère. Il pourra faire un beau livre dans une phase de colère ou de bonheur, et ne pas être sensible au succès, après l’avoir cependant désiré. Dès les premiers jours de son arrivée à Paris, il est tombé dans la dépendance d’un jeune homme sans moralité, mais dont l’adresse et l’expérience au milieu des difficultés de la vie littéraire l’ont ébloui. Ce prestidigitateur a complétement séduit Lucien, il l’a entraîné dans une existence sans dignité sur laquelle, malheureusement pour lui, l’amour a jeté ses prestiges. Trop facilement accordée, l’admiration est un signe de faiblesse : on ne doit pas payer en même monnaie un danseur de corde et un poète. Nous avons été tous blessés de la préférence accordée à l’intrigue et à la friponnerie littéraire sur le courage et sur l’honneur de ceux qui conseillaient à Lucien d’accepter le combat au lieu de dérober le succès, de se jeter dans l’arène au lieu de se faire un des trompettes de l’orchestre. La Société, madame, est, par une bizarrerie singulière, pleine d’indulgence pour les jeunes gens de cette nature ; elle les aime, elle se laisse prendre aux beaux semblants de leurs dons extérieurs ; d’eux, elle n’exige rien, elle excuse toutes leurs fautes, elle leur accorde les bénéfices des natures complètes en ne voulant voir que leurs avantages, elle en fait enfin ses enfants gâtés. Au contraire, elle est d’une sévérité sans bornes pour les natures fortes et complètes. Dans cette conduite, la Société, si violemment injuste en apparence, est peut-être sublime : elle s’amuse des bouffons sans leur demander autre chose que du plaisir, et les oublie promptement ; tandis que pour plier le genou devant la grandeur, elle lui demande toutes ses divines magnificences. À chaque chose, sa loi : l’éternel diamant doit être sans tache, la création momentanée de la Mode a le droit d’être légère, bizarre et sans consistance. Aussi, malgré ses erreurs, peut-être Lucien réussira-t-il à merveille, il lui suffira de profiter de quelque veine heureuse, ou de se trouver en bonne compagnie ; mais, s’il rencontre un mauvais ange, il ira jusqu’au fond de l’enfer. C’est un brillant assemblage de belles qualités brodées sur un fond trop léger ; l’âge emporte les fleurs, il ne reste un jour que le tissu ; et, s’il est mauvais, on y voit un haillon. Tant que Lucien sera jeune, il plaira ; mais, à trente ans, dans quelle position sera-t-il ? telle est la question que doivent se faire ceux qui l’aiment sincèrement. Si j’eusse été seul à penser ainsi de Lucien, peut-être aurais-je évité de vous donner tant de chagrin par ma sincérité ; mais, outre qu’éluder par des banalités les questions posées par votre sollicitude me semblait indigne de vous dont la lettre est un cri d’angoisse, et de moi dont vous faites trop d’estime, ceux de mes amis qui ont connu Lucien sont unanimes en ce jugement : j’ai donc vu l’accomplissement d’un devoir dans la manifestation de la vérité, quelque terrible qu’elle soit. On peut tout attendre de Lucien en bien comme en mal. Telle est notre pensée, en un seul mot, où se résume cette lettre. Si les hasards de sa vie, maintenant bien misérable, bien chanceuse, ramenaient ce poète vers vous, usez de toute votre influence pour le garder au sein de la famille ; car, jusqu’à ce que son caractère ait pris de la fermeté, Paris sera toujours dangereux pour lui. Il vous appelait, vous et votre mari, ses anges gardiens, et il vous a sans doute oubliés ; mais il se souviendra de vous au moment où, battu par la tempête, il n’aura plus que sa famille pour asile, gardez-lui donc votre cœur, madame : il en aura besoin.

» Agréez, madame, les sincères hommages d’un homme à qui vos précieuses qualités sont connues, et qui respecte trop vos maternelles inquiétudes pour ne pas vous offrir ici ses obéissances en se disant :

» Votre dévoué serviteur,

» D’Arthès. »

Deux jours après avoir lu cette réponse, Ève fut obligée de prendre une nourrice : son lait tarissait. Après avoir fait un dieu de son frère, elle le voyait dépravé par l’exercice des plus belles facultés ; enfin, pour elle, il roulait dans la boue. Cette noble créature ne savait pas transiger avec la probité, avec la délicatesse, avec toutes les religions domestiques cultivées au foyer de la famille, encore si pur, si rayonnant au fond de la province. David avait donc eu raison dans ses prévisions. Quand le chagrin, qui mettait sur son front si blanc des teintes de plomb, fut confié par Ève à son mari dans une de ces limpides conversations où le ménage de deux amants peut tout se dire, David fit entendre de consolantes paroles. Quoiqu’il eût les larmes aux yeux en voyant le beau sein de sa femme tari par la douleur, et cette mère au désespoir de ne pouvoir accomplir son œuvre maternelle, il rassura sa femme en lui donnant quelques espérances.

— Vois-tu, mon enfant, ton frère a péché par l’imagination. Il est si naturel à un poète de vouloir sa robe de pourpre et d’azur, il court avec tant d’empressement aux fêtes ! Cet oiseau se prend à l’éclat, au luxe, avec tant de bonne foi que Dieu l’excuse là où la Société le condamne !

— Mais il nous tue !… s’écria la pauvre femme.

— Il nous tue aujourd’hui comme il nous sauvait il y a quelques mois en nous envoyant les prémices de son gain ! répondit le bon David, qui eut l’esprit de comprendre que le désespoir menait sa femme au delà des bornes et qu’elle reviendrait bientôt à son amour pour Lucien. Mercier disait dans son Tableau de Paris, il y a environ cinquante ans, que la littérature, la poésie, les lettres et les sciences, que les créations du cerveau ne pouvaient jamais nourrir un homme ; et Lucien, en sa qualité de poète, n’a pas cru à l’expérience de cinq siècles. Les moissons arrosées d’encre ne se font (quand elles se font) que dix ou douze ans après les semailles, et Lucien a pris l’herbe pour la gerbe. Il aura du moins appris la vie. Après avoir été la dupe d’une femme, il devait être la dupe du monde et des fausses amitiés. L’expérience qu’il a gagnée est chèrement payée, voilà tout. Nos ancêtres disaient : Pourvu qu’un fils de famille revienne avec ses deux oreilles et l’honneur sauf, tout est bien…

— L’honneur !… s’écria la pauvre Ève. Hélas ! à combien de vertus Lucien a-t-il manqué !… Écrire contre sa conscience ! Attaquer son meilleur ami !… Accepter l’argent d’une actrice !… Se montrer avec elle ! Nous mettre sur la paille !…

— Oh ! cela, ce n’est rien !… s’écria David qui s’arrêta.

Le secret du faux commis par son beau-frère allait lui échapper, et malheureusement Ève, en s’apercevant de ce mouvement, conserva de vagues inquiétudes.

— Comment rien ! répondit-elle. Et où prendrons-nous de quoi payer trois mille francs ?

— D’abord, reprit David, nous allons avoir à renouveler le bail de l’exploitation de notre imprimerie avec Cérizet. Depuis six mois les quinze pour cent que les Cointet lui allouent sur les travaux faits pour eux lui ont donné six cents francs, et il a su gagner cinq cents francs avec des ouvrages de ville.

— Si les Cointet savent cela, peut être ne recommenceront-ils pas le bail ; ils auront peur de lui, dit Ève ; car Cérizet est un homme dangereux.

— Eh ! que m’importe ! s’écria Séchard, dans quelques jours nous serons riches ! Une fois Lucien riche, mon ange, il n’aura que des vertus…

— Ah ! David, mon ami, mon ami, quel mot viens-tu de laisser échapper ! En proie à la misère, Lucien serait donc sans force contre le mal ! Tu penses de lui tout ce qu’en pense monsieur d’Arthez ! Il n’y a pas de supériorité sans force, et Lucien est faible… Un ange qu’il ne faut pas tenter, qu’est-ce ?…

— Eh ! c’est une nature qui n’est belle que dans son milieu, dans sa sphère, dans son ciel. Lucien n’est pas fait pour lutter, je lui épargnerai la lutte. Tiens, vois ! je suis trop près du résultat pour ne pas t’initier aux moyens. Il sortit de sa poche plusieurs feuillets de papier blanc de la grandeur d’un in-octavo, les brandit victorieusement et les apporta sur les genoux de sa femme. — Une rame de ce papier, format grand-raisin, ne coûtera pas plus de cinq francs, dit-il en faisant manier les échantillons à Ève, qui laissait voir une surprise enfantine à l’aspect d’une si petite chose apportée comme preuve de résultats si grands.

À une question de sa femme, qui ne savait pas ce que voulait dire ce mot grand-raisin, Séchard lui donna sur la papeterie des renseignements qui ne seront point déplacés dans une œuvre dont l’existence matérielle est due autant au papier qu’à la presse.

Le papier, produit non moins merveilleux que l’impression à laquelle il sert de base, existait depuis long-temps en Chine quand, par les filières souterraines du commerce, il parvint dans l’Asie-Mineure, où, vers l’an 750, selon quelques traditions, on faisait usage d’un papier de coton broyé et réduit en bouillie. La nécessité de remplacer le parchemin, dont le prix était excessif, fit trouver, par une imitation du papier bombycien (tel fut le nom du papier de coton en Orient), le papier de chiffon, les uns disent à Bâle, en 1170, par des Grecs réfugiés ; les autres disent à Padoue, en 1301, par un Italien nommé Pax. Ainsi le papier se perfectionna lentement et obscurément ; mais il est certain que déjà sous Charles VI on fabriquait à Paris la pâte des cartes à jouer. Lorsque les immortels Faust, Coster et Guttemberg eurent inventé le Livre, des artisans, inconnus comme tant de grands artistes de cette époque, approprièrent la papeterie aux besoins de la typographie. Dans ce quinzième siècle, si vigoureux et si naïf, les noms des différents formats de papier, de même que les noms donnés aux caractères, portèrent l’empreinte de la naïveté du temps. Ainsi le Raisin, le Jésus, le Colombier, le papier Pot, l’Écu, le Coquille, le Couronne, furent ainsi nommés de la grappe, de l’image de Notre-Seigneur, de la couronne, de l’écu, du pot, enfin du filigrane marqué au milieu de la feuille, comme plus tard, sous Napoléon, on y mit un aigle : d’où le papier dit grand-aigle. De même, on appela les caractères Cicéro, Saint-Augustin, Gros-Canon, des livres de liturgie, des œuvres théologiques et des traités de Cicéron auxquels ces caractères furent d’abord employés. L’italique fut inventé par les Alde, à Venise : de là son nom. Avant l’invention du papier mécanique, dont la longueur est sans limites, les plus grands formats étaient le Grand-Jésus ou le Grand-Colombier ; encore ce dernier ne servait-il guère que pour les atlas ou pour les gravures. En effet, les dimensions du papier d’impression étaient soumises à celles des marbres de la presse. À l’époque où Séchard cherchait à résoudre le problème de la fabrication du papier à bon marché, l’existence du papier continu paraissait une chimère en France, quoique déjà Denis Robert d’Essone eût, vers 1799, inventé pour le fabriquer une machine que depuis Didot-Saint-Léger essaya de perfectionner. Le papier vélin, inventé par Ambroise Didot, ne date que de 1780. Ce rapide aperçu démontre invinciblement que toutes les grandes acquisitions de l’industrie et de l’intelligence se sont faites avec une excessive lenteur et par des agrégations inaperçues, absolument comme procède la Nature. Pour arriver à leur perfection, l’écriture, le langage peut-être !… ont eu les mêmes tâtonnements que la typographie et la papeterie.

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