Les Fleurs du mal (page 10)

Charles Baudelaire · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Fleurs du mal (1861, texte entier) · 10 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d’engrais,

Cependant que grossit et durcit ton écorce,

Tes branches veulent voir le soleil de plus près !

Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace

Que le cyprès ? — Pourtant nous avons, avec soin,

Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,

Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin !

Nous avons salué des idoles à trompe ;

Des trônes constellés de joyaux lumineux ;

Des palais ouvragés dont la féerique pompe

Serait pour vos banquiers un rêve ruineux ;

Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse ;

Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,

Et des jongleurs savants que le serpent caresse. »

V

Et puis, et puis encore ?

VI

Et puis, et puis encore ? « Ô cerveaux enfantins !

Pour ne pas oublier la chose capitale,

Nous avons vu partout, et sans l’avoir cherché,

Du haut jusques en bas de l’échelle fatale,

Le spectacle ennuyeux de l’immortel péché :

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,

Sans rire s’adorant et s’aimant sans dégoût ;

L’homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,

Esclave de l’esclave et ruisseau dans l’égout ;

Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;

La fête qu’assaisonne et parfume le sang ;

Le poison du pouvoir énervant le despote,

Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;

Plusieurs religions semblables à la nôtre,

Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,

Comme en un lit de plume un délicat se vautre,

Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;

L’Humanité bavarde, ivre de son génie,

Et, folle maintenant comme elle était jadis,

Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :

« Ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis ! »

Et les moins sots, hardis amants de la Démence,

Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,

Et se réfugiant dans l’opium immense !

— Tel est du globe entier l’éternel bulletin. »

VII

Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !

Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,

Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :

Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !

Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;

Pars, s’il le faut. L’un court, et l’autre se tapit

Pour tromper l’ennemi vigilant et funeste,

Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit,

Comme le Juif errant et comme les apôtres,

À qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,

Pour fuir ce rétiaire infâme ; il en est d’autres

Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.

Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,

Nous pourrons espérer et crier : En avant !

De même qu’autrefois nous partions pour la Chine,

Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,

Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres

Avec le cœur joyeux d’un jeune passager.

Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,

Qui chantent : « Par ici ! vous qui voulez manger

Le Lotus parfumé ! c’est ici qu’on vendange

Les fruits miraculeux dont votre cœur a faim ;

Venez vous enivrer de la douceur étrange

De cette après-midi qui n’a jamais de fin ? »

À l’accent familier nous devinons le spectre ;

Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.

« Pour rafraîchir ton cœur nage vers ton Électre ! »

Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.

VIII

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !

Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !

Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,

Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !

Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,

Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?

Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !

FIN.

Au lecteur

1

SPLEEN ET IDÉAL

I. — Bénédiction

7

II. — L’Albatros

11

III. — Élévation

13

IV. — Correspondances

15

V. — J’aime le souvenir de ces époques nues

17

VI. — Les Phares

19

VII. — La Muse malade

22

VIII. — La Muse vénale

24

IX. — Le mauvais Moine

26

X. — L’Ennemi

28

XI. — Le Guignon

30

XII. — La Vie antérieure

32

XIII. — Bohémiens en voyage

34

XIV. — L’Homme et la Mer

36

XV. — Don Juan aux enfers

38

XVI. — Châtiment de l’orgueil

40

XVII. — La Beauté

42

XVIII. — L’Idéal

44

XIX. — La Géante

46

XX. — Le Masque

48

XXI. — Hymne à la Beauté

51

XXII. — Parfum exotique

53

XXIII. — La Chevelure

55

XXIV. — Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne

57

XXV. — Tu mettrais l’univers entier dans ta ruelle

58

XXVI. — Sed non satiata

60

XXVII. — Avec ses vêtements ondoyants et nacrés

62

XXVIII. — Le Serpent qui danse

64

XXIX. — Une Charogne

67

XXX. — De profundis clamavi

70

XXXI. — Le Vampire

72

XXXII. — Une nuit que j’étais près d’une affreuse Juive

74

XXXIII. — Remords posthume

76

XXXIV. — Le Chat

78

XXXV. — Duellum

80

XXXVI. — Le Balcon

82

XXXVII. — Le Possédé

84

XXXVIII. — Un Fantôme

86

XXXIX. — Je te donne ces vers afin que si mon nom

90

XL. — Semper eadem

92

XLI. — Tout entière

94

XLII. — Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire

96

XLIII. — Le Flambeau vivant

98

XLIV. — Réversibilité

100

XLV. — Confession

102

XLVI. — L’Aube spirituelle

105

XLVII. — Harmonie du soir

107

XLVIII. — Le Flacon

109

XLIX. — Le Poison

111

L. — Ciel brouillé

113

LI. — Le Chat

115

LII. — Le beau Navire

118

LIII. — L’Invitation au voyage

121

LIV. — L’Irréparable

124

LV. — Causerie

127

LVI. — Chant d’automne

129

LVII. — À une Madone

131

LVIII. — Chanson d’après-midi

134

LIX. — Sisina

137

LX. — Franciscæ meæ Laudes

139

LXI. — À une dame créole

142

LXII. — Mœsta et errabunda

144

LXIII. — Le Revenant

146

LXIV. — Sonnet d’automne

148

LXV. — Tristesses de la lune

150

LXVI. — Les Chats

152

LXVII. — Les Hiboux

154

LXVIII. — La Pipe

156

LXIX. — La Musique

158

LXX. — Sépulture

160

LXXI. — Une Gravure fantastique

162

LXXII. — Le Mort joyeux

164

LXXIII. — Le Tonneau de la haine

166

LXXIV. — La Cloche fêlée

168

LXXV. — Spleen

170

LXXVI. — Spleen

172

LXXVII. — Spleen

174

LXXVIII. — Spleen

176

LXXIX. — Obsession

178

LXXX. — Le Goût du néant

180

LXXXI. — Alchimie de la douleur

182

LXXXII. — Horreur sympathique

184

LXXXIII. — L’Héautontimorouménos

186

LXXXIV. — L’Irremédiable

188

LXXXV. — L’Horloge

191

TABLEAUX PARISIENS

LXXXVI. — Paysage

195

LXXXVII. — Le Soleil

197

LXXXVIII. — À une mendiante rousse

199

LXXXIX. — Le Cygne

202

XC. — Les sept Vieillards

206

XCI. — Les petites Vieilles

209

XCII. — Les Aveugles

214

XCIII. — À une passante

216

XCIV. — Le Squelette laboureur

218

XCV. — Le Crépuscule du soir

221

XCVI. — Le Jeu

223

XCVII. — Danse macabre

225

XCVIII. — L’Amour du mensonge

229

XCIX. — Je n’ai pas oublié, voisine de la ville

231

C. — La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse

232

CI. — Brumes et Pluies

234

CII. — Rêve parisien

236

CIII. — Le Crépuscule du matin

240

LE VIN

CIV. — L’Âme du vin

245

CV. — Le Vin des chiffonniers

247

CVI. — Le Vin de l’assassin

249

CVII. — Le Vin du solitaire

252

CVIII. — Le Vin des amants

254

FLEURS DU MAL

CIX. — La Destruction

259

CX. — Une Martyre

261

CXI. — Femmes damnées

265

CXII. — Les deux bonnes Sœurs

267

CXIII. — La Fontaine de sang

269

CXIV. — Allégorie

271

CXV. — La Béatrice

273

CXVI. — Un Voyage à Cythère

275

CXVII. — L’Amour et le Crâne

279

RÉVOLTE

CXVIII. — Le Reniement de saint Pierre

283

CXIX. — Abel et Caïn

285

CXX. — Les Litanies de Satan

288

LA MORT

CXXI. — La Mort des amants

295

CXXII. — La Mort des pauvres

297

CXXIII. — La Mort des artistes

299

CXXIV. — La Fin de la journée

301

CXXV. — Le Rêve d’un curieux

303

CXXVI. — Le Voyage

305

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