Commentaire sur les Psaumes (page 3)
EXPLICATION DU PSAUME CXVII. " LOUEZ LE SEIGNEUR PARCE QU'IL EST BON, PARCE QUE SA MISéRICORDE S'éTEND DANS TOUS LES SIèCLES. "
ANALYSE.
1. La miséricorde du Seigneur est infinie : témoin la maison d'Israël, qui, au milieu de ses épreuves, a reçu des grâces si nombreuses; témoin la maison d'Aaron en faveur de laquelle se sont opérées tant de merveilles. Mais pour voir cette miséricorde il faut craindre Dieu dont la Providence n'est visible qu'à ceux qui sont exempts de passions et de préjugés.
2. Il suffit d'être malheureux pour avoir droit à la bonté divine. Avec son aide et sa protection on n'a rien à craindre, car, dit saint Paul, " si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? " Mais pour s'en rendre digne, il faut mettre de coté toute confiance dans les secours humains et lui demeurer constamment attaché.
3. Le Seigneur attend pour nous secourir que tout soit désespéré, humainement parlant, afin que son secours soit peu évident. Par ce moyen, il nous empêche de nous attribuer un succès qui n'est dû qu'à lui et il excite davantage notre reconnaissance.
4. La bonté du Seigneur ne se borne pas à nous délivrer des maux, mais elle nous met en possession de la gloire et de l'illustration, en nous délivrant de la corruption du tombeau pour nous ressusciter à une vie meilleure.
5. Mais les portes de l'éternité bienheureuse ne s'ouvriront que pour ceux qui auront été châtiés et. éprouvés en ce monde C'est pourquoi le Palmiste remercie le Seigneur d'avoir eu à souffrir. — Ici est rappelé le principal bienfait, la merveille par laquelle Dieu nous a ouvert le Ciel, je veux dire le mystère de l'Incarnation du Verbe.
6. Béni soit donc Celui qui vient au nom du Seigneur, que notre vie soit employée à le bénir, à le remercier, à profiter de ses grâces et de ses exemples, et célébrons à jamais, invitons toute créature à s'unir à nous pour célébrer ses miséricordes infinies !...
1. Il y a une parole de ce psaume que le peuple a coutume de répéter en choeur après chaque vers, et c'est la suivante: " C'est ici le jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous y donc et soyons pleins d'allégresse. " A ces mots, presque tous se lèvent, et c'est surtout le chant que les fidèles ont l'habitude de faire entendre dans cette assemblée spirituelle, dans cette fête céleste.
Pour nous, si vous le voulez bien, nous parcourrons ce psaume dès le début et nous commencerons notre explication dès les premiers mots et non pas au verset qui sert de refrain. Nos pères permirent aux simples fidèles de s'en tenir à ce verset parce qu'il était harmonieux et qu'il renfermait un dogme sublime. Du reste, ils n'auraient pu retenir le psaume en entier et ces paroles exprimaient la doctrine la plus parfaite. Quant ! nous, il faut que nous le voyions dans son ensemble, quoique la plus grande prophétie soit au milieu. Car c'est au verset 22 qu'on lit : " La pierre que ceux qui bâtissaient avaient rejetée, a été placée à la tête de l'angle. " C'est du reste ce que le Christ lui-même dit aux Juifs, un peu moins clairement sans doute : il ne voulait pas augmenter encore la colère dont ils étaient enflammés, " car il ne brisera point le roseau cassé et il n'éteindra point la mèche " qui fume encore. " (Isaïe, XLII, 3.) Néanmoins il le leur dit : attaquons donc ce psaume par (159) son début, connut, nous l'avons déjà dit. Et quel est ce début : " Louez le Seigneur parce qu'il est bon , parce que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles. " Le Prophète avant présents à l'esprit les bienfaits dont le Seigneur a comblé toute la terre, sa bonté infinie et sa miséricorde qui éclatent en toutes choses, s'attache à faire ressortir la source de tant de biens " Que la maison d'Israël dise maintenant que le Seigneur est bon et que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles (2). "
Qu'est-ce que j'entends? " La maison d'Israël" qui a souffert des captivités nombreuses, qui a servi en Egypte, qui a été emmenée aux extrémités de la terre, qui en Palestine a enduré des maux sans nombre! Sans doute, me répond le Palmiste. Il n'y a point de meilleurs témoins de ces bienfaits et personne n'en a reçu de plus nombreux et de plus signalés. Bien plus, leurs épreuves mêmes sont une marque de son infinie bonté, et un examen un peu attentif prouvera qu'ils lui doivent de grandes. actions de grâces pour la venue du Sauveur, car les maux dont elle a été pour eux la source doivent être attribués à leur malice et non à. Notre-Seigneur. En effet , c'est pour eux qu'il venait et il leur répétait souvent : " Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël (Matth.
XV, 24), " et à ses disciples: " N'allez point dans les terres des Gentils, mais plutôt aux brebis perdues de la maison d'Israël (Ibid. X, 5, 6) ; " et à la Chananéenne " Il n'est pas juste de prendre le pain des en" Gants pour le donner aux chiens. " (Ibïd. xv, 26. ) Toutes ses démarches, toutes ses actions se rapportaient donc à leur salut. S'ils parurent dans la suite indignes de ces bienfaits, c'est à leurs crimes et à leur ingratitude extraordinaire qu'il faut l'imputer. " Que la maison d'Aaron dise maintenant que le Seigneur est bon et que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles (3). "
Le Prophète fait ici un appel spécial aux prêtres, afin qu'ils viennent chanter les louanges du Seigneur, montrant ainsi l'excellence du sacerdoce. Car, par cela même qu'ils étaient supérieurs aux autres ils reçurent de Dieu plus de gloire, non-seulement par l'honneur du sacerdoce , mais dans bien des circonstance,. Ainsi quand le feu sortit du Tabernacle (Lévit. X, 2), ce fut à cause d'eux; et la terre qui s'entr'ouvre (Nomb. XVI, 32), et la verge qui fleurit (Ibid. XVII, 8), et tant d'autres prodiges ont lieu à cause d'eux et pour eux. " Que tous ceux qui craignent le Seigneur disent maintenant qu'il est bon, que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles (4). " Car ce sont ceux-là principalement qui peuvent voir sa bonté et en toutes circonstances trouver les preuves de sa miséricorde. Que signifient ces paroles : " Sa miséricorde s'étend dans tous les siècles?" C'est-à-dire due continuellement et sans interruption elle se montre avec éclat dans tous les événements. Il est vrai que ceux dont les yeux de l'âme sont trop faibles ou que quelques passions rendent malades, n'aperçoivent pas cette bonté et cette miséricorde, pas plus que ceux dont les yeux sont malsains ne peuvent contempler le soleil. Et ceux mêmes qui les ont bien disposés sont forcés de les détourner de sa splendeur. Ainsi en est-il de la Providence générale de Dieu dont la prudence et la sagesse sont si élevées qu'elles Font infiniment au-dessus de toute raison humaine. Ajoutez à cela mille cupidités qui, en nous rendant insensés, nous ôtent la vue et nous empêchent de l'apercevoir. La première est l'amour de la volupté qui fait passer par-dessus les choses les plus manifestes sans qu'on les découvre. La seconde est l'ignorance et le dérèglement de l'esprit.
Si nous voyons un père châtier son enfant, nous l'approuvons, nous le louons même, et c'est à ce signe surtout que nous reconnaissons qu'il est père. Que Dieu veuille au contraire nous punir de nos mauvaises actions, nous ne le supportons pas, nous sommes indignés. Quelle absurdité ! quelle perversité comparable à celle-là, puisqu'elle nous fait révolter contre des choses tout à fait opposées et nous fait gémir ici de la présence du châtiment, là de son absence.
Que l'on aperçoive des hommes qui volent, qui envahissent le bien d'autrui, on veut bien qu'ils soient punis. Quand il s'agit de ses propres fautes on raisonne tout autrement. Ce qui est l'indice d'un coeur dépravé et corrompu. La troisième, c'est le défaut de discernement de ce qui est bien d'avec ce qui est mal , ce qui fait porter des jugements faux; ce défaut vient de ce qu'on est entièrement adonné au vice et qu'on se complaît dans le mal. La quatrième, le peu de connaissance qu'on a de la grandeur de ses fautes. Une cinquième cause de notre aveuglement, c'est la distance infinie qui se rencontre entre Dieu et les hommes. Il faut ajouter que Dieu ne veut pas tous les jours tout découvrir parce (160) qu'il juge qu'il doit nous suffire de connaître peu il peu les événements.
2. Il ne faut donc pas trop chercher à pénétrer en foules choses la Providence divine, ce serait prétendre à dés choses infinies et infiniment au-dessus de toute nature créée. Quant à ceux qui veulent la comprendre sur certains points il faut qu'ils soient exempts de ces passions dont nous venons de parler, et alors ils la verront plus clairement que le soleil, quoique partiellement, et le peu qu'ils en verront leur apprendra à rendre grâces pour le tout. " J'ai invoqué le Seigneur du milieu de l'affliction, et le Seigneur m'a exaucé, et m'a mis au large (5). " Quelle miséricorde ! quelle ponté de la part du Seigneur : Le Psalmiste ne dit pas : j'étais digne, il ne dit pas : j'ai montré mes bonnes oeuvres, mais simplement : " J'ai invoqué, " et ma prière a suffi pour éloigner de moi le malheur. C'est ainsi que parle Dieu à propos des Egyptiens : " J'ai vu l'affliction de mon peuple et je suis descendu pour le délivrer. " (Exod. III, 7-8.) Il ne dit pas : J'ai vu la vertu de mon peuple ou son retour a de meilleurs sentiments, mais son affliction, et j'ai entendu ses cris de détresse. Qui ne reconnaîtrait, à ces traits, le père bienfaisant et miséricordieux qui s'empresse dé secourir par le seul motif qu'on est malheureux ? Les hommes ne regardent pas comme digne d'être sauvé quiconque est :affligé, et s'il leur arrive de voir torturer et battre de verges des esclaves, ils ne volent pas à leur, secours, mais ils sont arrêtés par la considération de leurs fautes.
Dieu. a pardonné par cela seulement qu'on était affligé , et non content d'avoir délivré de l'affliction., il a procuré une grande sécurité. " Il m'a exaucé, " dit le Psalmiste, et il m'a mis au large. Il y a plus : l'affliction n'a été permise qu'afin de rendre meilleurs et plus sages ceux qu'elle a frappés. " Le Seigneur est mon soutien et je ne craindrai point ce que l'homme pourra me faire (6). ".
Quelle grandeur d'âme ! quel esprit élevé ! Comme il sait monter au-dessus de la,faiblesse humaine pour mépriser toute, la nature ! Ne nous contentons pas de constater le fait , ruais apportons des preuves à l'appui. Le Psalmiste rie dit pas : Je ne souffrirai plus, mais : " Je ne craindrai point ce que l'homme pourra me faire. " C'est-à-dire, quoique je souffre, je ne craindrai rien , exprimant la même pensée que saint Paul quand il s'écrie : "
Si Dieu est, pour nous qui sera contre nous ? (Rom. VIII, 31). Pourtant les ennemis des Juifs étaient innombrables , mais rien ne les accablait. Ne faudrait-il pas en effet, une âme bien pusillanime et bien basse pour craindre ses semblables quand elle a la protection et l'amitié du Seigneur? Ici au contraire elle est supérieure à toutes les craintes qui l'assaillent de toutes parts. Agissons nous-mêmes de la sorte de peur que nous rie nous privions du secours de Dieu en redoutant trop les obstacles humains, car cette crainte serait une insulte envers l'assistance divine. Telle fat ta cause des malheurs qui fondirent sur la maison d'Ezéchias. En effet, le soleil avait rétrogradé et était revenu sur ses pas, et ce miracle aurait suffi pour remplir d'effroi ceux qui étaient venus pour le constater; mais le roi craignant d'être un jour assailli par ses visiteurs voulut les effrayer et exciter leur admiration. non par les prodiges dont il avait été l'objet, mais par des choses humaines : c'est pourquoi il leur montra ses trésors dans lesquels il plaçait toute sa confiance. (IV Rois. XX, 14, et suiv.) Aussi, Dieu irrité lui dit par son prophète : " Tout cela te sera ravi (Ibid.), " c'est-à-dire, ces objets dans lesquels tu te confies et tu mets tes espérances. Israël, à son tour, est accusé de se confier dans ses trésors et dans ses chevaux. Que fait le prophète ? Il les avertit de se hâter d'apaiser le Seigneur par une conduite tout opposée et de dire : " Nous ne monterons pas sur nos chevaux. " (Osée, XIV, 4.) Dieu vous honore et vous le méprisez. Dieu vous honore en vous offrant son secours et vous vous abandonnez aux, espérances Humaines, prétendant trouver le salut dans l'argent qui, n'est qu'une vile matière. Non-seulement il veut nous sauver, mais il veut nous honorer en mémé temps. Il nous aime ardemment, voilà pourquoi il veut nous séparer de tout pour nous attacher à lui seul : il nous retranche tout pour nous amener à lui et chacun de ses actes semble nous dire : " Espérez en moi " et demeurez-moi, constamment attachés. " Le Seigneur est mon soutien et je mépriserai mes ennemis (7). "
Il ne se venge pas, il ne punit pas ses ennemis, mais il remet ce soin à Dieu. " Il est bon de se confier au Seigneur plutôt que de se confier dans l'homme (8). Il est bon d'espérer au Seigneur plutôt que d'espérer dans les princes (9). Il ne s'agit pas ici d'une (161) comparaison, mais l'Ecriture a coutume de s'exprimer ainsi, même dans les choses qui n'admettent pas de comparaison, pour condescendre à la faiblesse de ceux auxquels elle s'adresse. Le Psalmiste n'a donc pas voulu établir une comparaison, mais simplement s'abaisser jusqu'à notre intelligence. C'est dans le même sens qu'un autre prophète a dit : " Maudit soit l'homme qui met sa confiance en l'homme ! " (Jér. XVII, 5.) Rien n'est plus faible, en effet, que cette espérance. Une toile d'araignée offrirait plus de ressource. Cette espérance n'est pas seulement faible, elle est encore dangereuse. J'en prends à témoin ceux qui se sont souvent confiés dans les hommes avec lesquels ils ont été accablés. La confiance en Dieu n'est pas seulement solide, mais elle est sûre et à l'abri de tout changement. Aussi saint Paul proclamait que l'espérance en Dieu ne trompe jamais ; et dans un autre endroit la sagesse s'exprime ainsi: " Considérez tout ce qu'il y a d'hommes parmi les nations et voyez s'il y en a un seul qui ait espéré dans le Seigneur et qui ait été confondu.
" (Eccli. XI, 11.) Mais moi, direz-vous, j'ai espéré en vain. Voilà une bonne parole, mes frères, mais elle ne contredit en rien la sainte Ecriture. En effet, si vous . avez été confondus, c'est que vous n'avez pas espéré comme il fallait, que vous avez cessé d'espérer, que vous n'avez pas attendu la fin, que vous avez été faibles. Agissez autrement désormais, et quand vous serez sous le poids des malheurs ou des difficultés, ne perdez pas courage, car l'espérance consiste surtout à demeurer fermes au milieu des maux et des périls les plus grands.
3. Quel malheur comparable à celui de ces barbares Ninivites ! Ils étaient déjà enlacés dans les filets de leurs ennemis, la ruine de leur ville était imminente : néanmoins, ils ne perdirent pas courage, mais ils donnèrent les plus grands signes de pénitence et ils obtinrent que Dieu révoquât sa sentence. Voilà qui nous montre bien la vertu de l'espérance. Et croyez-vous que dans le ventre de la baleine le Prophète ne songeait pas encore et au temple, et à son retour dans la ville de Jérusalem? (Jon. II, 5.) Vous aussi, fussiez-vous aux portes de la mort et exposés de toutes parts aux plus grands périls, ne désespérez pas, car Dieu sait des les circonstances même les plus difficiles trouver une heureuse issue. C'est ce qui a fait dire à la sagesse : " Du matin au soir il y a de nombreux changements et tout cela est faible aux yeux de Dieu. " (Eccli. XVIII, 26.) Rappelez-vous l'histoire de ce tribun mourant de faim au milieu de l'abondance la plus grande. (IV Rois, VII, 2.) Et celle de la veuve qui était dans l'abondance malgré sa pauvreté. (III Rois, XVII, 2 et suiv.) Plus la misère dans laquelle vous vous trouvez est extrême, plus vous devez espérer. Car le moment que Dieu choisit de préférence pour montrer sa puissance, ce n'est pas aussitôt que commencent nos épreuves, mais c'est lorsque tout semble désespéré. C'est alors le vrai temps du secours de Dieu. Aussi voyons-nous qu'il ne délivra pas d'abord les trois jeunes hommes de Babylone, mais seulement après qu'ils eurent été jetés dans la fournaise. (Dan. III, 93.) Ni Daniel avant qu'il eût été mis dans la fosse aux lions, mais seulement sept jours après. (Dan. XIV, 39, 40.) Il ne faut pas faire attention à la nature des choses qui ne peut que jeter dans le désespoir, mais à la puissance de Dieu qui amène à bonne fin ce qui paraissait sans ressource. C'est ce que veut nous montrer le Psalmiste en même temps que nous faire comprendre les ressources de la puissance divine qui peut délivrer ceux qui sont tombés dans les plus grands maux dont ils sont accablés et comme écrasés, quand il ajoute : " Toutes les nations m'ont assiégé (10). "
Comprenez-vous l'imminence du danger? Il ne s'agissait pas de livrer une bataille, de résister aux ennemis d'un seul pays, mais le Roi-Prophète était cerné et comme enveloppé d'un filet ou comme pris dans un piége; et cela, non par un, par deux ou par trois ennemis, mais par toutes les nations réunies. Et cependant tous ces biens, malgré leur nombre et leur force, sont brisés par la confiance en Dieu. " Mais je les ai repoussées au nom du Seigneur. Elles m'ont assiégé et environné et je les ai repoussées au nom du Seigneur (11). " Elles m'ont toutes environné, comme des abeilles le rayon de miel, et elles se sont embrasées comme un feu qui a pris à des épines, mais je les ai repoussées au nom du Seigneur (12). "
Comme le Psalmiste nous dépeint bien la grandeur de son infortune ! Il ne s'est pas contenté de dire : " Elles m'ont environné, " mais il les compare à des abeilles et au feu dans les épines. Les abeilles indiquent une grande vivacité dans l'action et les épines une (162) colère irrésistible et. une soif de vengeance inextinguible. Est-il possible en effet de résister au feu (lui est tombé sur des épines ? Cependant, dit le Prophète; alors que rues ennemis excités contre moi m'assaillaient avec la violence et la rapidité de l'incendie, non-seulement j'ai pu m'échapper, mais je les ai repoussés. Le même prodige s'opère sur la matière, le feu brûlait un buisson, et le buisson n'était pas consumé, et le feu ne s'éteignait pas, mais ces deux substances demeuraient ensemble sans se détruire. (Ex. III, 2.) Cependant., qu'y a-t-il de plus faible que le bois d'un buisson, de plus ardent que le feu? Mais la puissance admirable de Dieu, qui opère des miracles qui nous surpassent, permit qu'il en fût ainsi. Il se produisit un miracle semblable pour le Roi-Prophète. Ses ennemis accouraient avec la rapidité de la flamme, et comme des abeilles, ils l'entouraient avec une grande vivacité, ils le cernaient de tous côtés, mais leurs efforts furent vains. Les armes invincibles et le secours inexpugnable du nom de Dieu les dispersa tous. " J'ai été poussé, on a fait effort pour me renverser, et le Seigneur m'a soutenu (13). "
Le Psalmiste nous a fait connaître la grandeur de ces maux par la multitude et les dispositions menaçantes, par l'ardeur et l'acharnement de ceux qui l'entouraient: maintenant il arrive à ce qu'il a souffert. J'ai été en butte à tant d'infortunes, nous dit-il, que j'ai failli être renversé et abattu. J'ai été tellement pressé et presque renversé que j'étais sur le point de tomber, mais au moment de m'abattre sur mes genoux, comme j'étais déjà penché et sans espoir dans les secours humains, le Seigneur a fait paraître son secours. Or Dieu en use de la sorte afin que personne ne lui ravisse et ne s'attribue la gloire qui revient à lui seul. C'est ainsi qu'il fit pour Gédéon dans l'histoire des Juges. (Juges, VII.) Et voilà pourquoi encore, sous le règne d'Ezéchias, il choisit la nuit pour remporter une brillante victoire. (IV Rois, XIX, 35.) En effet, si ce prince qui n'avait pris part ni au combat, ni à la victoire, devint néanmoins si téméraire, il l'eût été bien davantage s'il eût assisté à la défaite de ses ennemis et s'il les eût vus tomber. C'est donc bien à l'instant où tout semble désespéré que Dieu donne son secours.
Témoin Goliath (I Rois, XVII), témoins les apôtres.
Ecoutez saint Paul : " Nous avons entendu prononcer en nous-mêmes l'arrêt de notre mort, afin que nous ne mettions point notre confiance en nous, mais en Dieu qui ressuscite les morts. " (II Cor. I, 9.) " Le Seigneur est ma force et le sujet de mes louanges. C'est bien en lui que j'ai trouvé mon salut (14). "
En d'autres termes, il a été ma puissance et mon secours.
Mais que signifient ces mots " Le sujet de mes louanges? " C'est que non-seulement il délivre des périls, mais il rend célèbre et illustre et partout on peut constater qu'il sauve et qu'il glorifie tout à la fois. Ces paroles ont encore un autre sens caché que voici: qu'à jamais, dit-il, je chante l'hymne de ma reconnaissance, que ma voix lui soit consacrée entièrement, et que je ne sois occupé désormais qu'à le louer.
4. Combien donc sont coupables et quelle perte éprouvent ceux qui se souillent par des chants diaboliques, et qui se plaisent à faire entendre continuellement les cantiques du démon, bien différents de ce juste qui loue sans cesse son Sauveur. " Les cris d'allégresse et du salut se font entendre dans les tentes des justes (15). " Après un succès complet remporté par Dieu, ceux qui jouissent de la victoire sont dans la joie et l'allégresse, par la double raison qu'ils sont sauvés et qu'ils le sont par Dieu. La cause de leur joie est le Seigneur lui-même qui a triomphé. Mais il faut que nous sachions ce qui a engagé Dieu à donner son assistance, et le Psalmiste ajoute : " Dans les tentes des justes. " Il ne s'agit pas de maison, mais de " tentes, " pour indiquer que c'est une demeure où l'on ne doit s'arrêter qu'en passant. Telle était la tente d'Abraham, quand après avoir vaincu les rois il revenait couvert de la gloire que ses exploits lui avaient méritée. Telle la lente de Paul quand il rentrait après avoir triomphé des démons, fait disparaître l'erreur, et s'être rendu célèbre par ses succès. — " La droite du Seigneur a fait éclater sa puissance, la droite du Seigneur m'a élevé (16). "
Tel est le sujet de l'allégresse du Psalmiste. Il ne fait que répéter ici ce qu'il disait tout à l'heure en montrant que tous ses succès sont l'oeuvre de Dieu : Il est donc bien vrai que sa bonté ne se borne pas à nous délivrer des maux, mais qu'elle nous met encore en possession de la gloire et de l'illustration. En effet, après avoir dit : " La droite du Seigneur a fait (163) éclater sa puissance, " il a ajouté : " La droite du Seigneur m'a élevé, " pour faire ressortir la gloire qui avait rejailli sur lui. Car, " m'a élevé " signifie, m'a comblé de gloire, et c'est ainsi que Dieu donne non-seulement la force, mais encore la grandeur. — " Je ne mourrai point, mais je vivrai, et je raconterai les oeuvres du Seigneur (17). "
Les périls me menaçaient de la mort, mais j'ai dit: "
Je ne mourrai point, mais je vivrai." C'est-à-dire, la puissance du Seigneur est si grande que même avant la Nouvelle Loi, il a délivré de la mort au milieu de périls qui ne laissaient plus d'espoir, préconisant ainsi d'avance la résurrection future dont il nous a du reste donné une image dès l'origine en enlevant Hénoch au ciel. (Gen. V, 21.) Si vous né croyez pas possible la résurrection des morts, que ce fait vous serve de preuve. Comment, en effet, ce corps a-t-il pu subsister aussi longtemps? Car il y a bien de la différence entre relever une maison qui tombe eu ruines et conserver autant de temps celle qui s'écroule de vétusté.
Ne songez-vous donc point que le Seigneur a créé l'homme qui n'existait pas? A plus forte raison pourra-t-il le rendre à la vie. Nous avons encore une autre figure de la résurrection dans l'enlèvement d'Elie qui n'est pas encore mort. (IV Rois, II, 11.) Pour Dieu, tout se fait vite et facilement. " Il n'y a rien d'impossible à Dieu, " dit l'Evangéliste (Luc, I, 37); et le Prophète : " Tout ce qu'il a voulu, il l'a fait. " (Ps. CXIII, 11.) Le travail d'un artisan quelconque ne vous serait-il pas impossible? Néanmoins vous vous inclinez devant sa science. Et ainsi, tandis que vous consentez à vous soumettre , devant l'habileté de votre semblable, vous voulez contrôler les couvres de la sagesse du Seigneur, et pour ne pas les admettre, vous refusez un acte de foi. Quelle folie! " Je ne mourrai pas, mais je vivrai. " On peut, sans crainte de se tromper, entendre ces paroles dans le sens anagogique, car bien qu'elles aient été dites de la résurrection, " Je ne mourrai pas " signifiant que la mort n'est pas une mort véritable, elles veulent dire aussi dans une acception différente, " Je ne mourrai pas " d'une seconde mort. C'est dans ce dernier sens que le Christ disait : " Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi, quand il serait mort, vivra, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. " (Jean, XI, 25, 26.)
" Et je raconterai les oeuvres du Seigneur. " Voilà principalement en quoi consiste la vie Lover Dieu et annoncer à tous ses merveilles. De quelles oeuvres s'agit-il ici, je vous prie? De celles qui vont être rapportées : " Le Seigneur m'a châtié pour me corriger, mais il ne m'a point livré à la mort (l8). " Comme on voit apparaître les oeuvres admirables du Seigneur et l'utilité que nous en retirons ! David ne rend pas seulement grâces à Dieu de ce qu'il a été délivré, mais il regarde même sa chute comme un très-signalé bienfait et la tentation comme un avantage en disant : " Le Seigneur m'a châtié pour me corriger. " Car l'utilité de la tentation consiste en ce qu'elle nous rend meilleurs. Admirons la puissance de Dieu et le soin qu'il prend de nous. Il a permis que David fût accablé de maux, puis il l'a délivré, car, dit ce saint roi, " il ne m'a pas " livré à la mort. " Ou, selon la belle interprétation d'une autre version : " Il ne m'a pas " donné à la mort.
" Paroles qui nous font bien voir que tout dépend de sa puissance. Et ainsi David a été sauvé deux fois, d'abord des maux du corps, et ensuite du péché. C'est pourquoi saint Paul disait aux Hébreux dans son épître: " Si vous n'êtes point châtiés, tous les autres l'ayant été, vous êtes donc des bâtards et non des enfants légitimes."
(Héb. XII, 8.) — " Ouvrez-moi les portes de la justice afin que j'y entre et que je rende grâces au Seigneur (l9). " Les portes s'ouvrent à ceux qui sont châtiés, qui déposent le fardeau de leurs péchés.
5. Celui qui a été châtié peut dire avec assurance, " ouvrez-moi les portes de la justice. " Il faut prendre ces paroles dans le sens anagogique et les entendre des portes du ciel qui demeurent fermées aux méchants et qui ne s'ouvrent qu'à la vertu , à l'aumône et à la justice. — " C'est là la porte du Seigneur, et les justes entreront par elle (20). " Il y a les portes de la mort, les portes de la perdition , et les portes de la vie, les portes étroites et difficiles. Comme il y a plusieurs portes, le Prophète fait connaître ce qui distingue la porte du Seigneur en ajoutant "C'est là la porte du Seigneur. " Les premières ne sont pas du Seigneur. Mais quelle est la marque de celle du Seigneur? — C'est qu'elle s'ouvre pour ceux qui sont châtiés et affligés, car elle est étroite et basse. Or, si elle est basse, ceux qui sont affligés et opprimés entrent par (164) elle, de même que celle qui mène à la mort est large et spacieuse. — "
Je vous rendrai grâces de ce que vous m'avez exaucé et de ce que vous êtes devenu mon salut (21). " Le Psalmiste ne dit pas seulement à Dieu: " Vous m'avez exaucé ; " mais comme il avait été châtié et par là rendu meilleur, il lui rend grâces non-seulement d'avoir été exaucé, mais encore d'avoir été châtié : c'est en cela du reste qu'il a été exaucé et il ne pouvait assez en remercier le Seigneur. Car, comme je vous l'ai dit et comme je ne cesserai de vous le répéter, il n'y a pas d'oblation ni de sacrifice comparables à l'oblation et au sacrifice de l'action de grâces. — " La pierre qu'ont rejetée ceux qui ont bâti a été placée à la tête de l'angle (22)." Qu'il s'agisse ici du Christ, c'est évident pour tous. Car lui-même dans les Evangiles cite cette prophétie en se l'appliquant, quand il dit " N'avez-vous jamais lu que la pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient a été placée à la tête de l'angle ? "
(Matth. XXI, 42 ; Luc, XX,17.)
Si ces paroles paraissent sans liaison avec ce qui précède et si cette prophétie ne fait qu'interrompre le cours de notre histoire, ce n'est pas une nouveauté qui doive nous surprendre, parce que la plupart des prophéties de l'Ancien Testament sont énoncées de la sorte. — Car si elles n'eussent pas été ainsi voilées, les Livres saints auraient été détruits. Ainsi, quand il est question de la naissance de notre Sauveur, quoique la prophétie paraisse se rattacher à l'histoire dont il s'agissait alors, elle n'a rien néanmoins de commun avec elle, comme par exemple celle-ci: " Une vierge concevra et elle enfantera un fils à qui on donnera le nom d'Emmanuel, c'est-à-dire, Dieu avec nous. (Is. VII, 14; Math. I, 27.) La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient. " — Par ceux qui bâtissaient on entend ici les Juifs, les docteurs de la loi, les scribes, les pharisiens, qui ont rejeté le Sauveur en disant: " Vous êtes un Samaritain, vous êtes possédé du démon. " (Jean, VIII, 48.) Et encore: " Cet homme n'est pas de Dieu, mais il séduit le peuple. " (Jean, VIII, 12.) Malgré cette réprobation il a pourtant été jugé digne de devenir la principale pierre de l'angle. C'est que toute pierre n'est pas propre à être placée dans les angles: mais il faut pour cela des pierres de choix, capables de relier ensemble les deux côtés. Les paroles du Prophète peuvent donc s'interpréter ainsi : Celui que les Juifs ont rejeté avec mépris a paru tellement admirable que non-seulement il a pu tenir sa place dans l'édifice, mais que même il a servi à relier les deux murs. Et quels sont ces deux murs? — Les Juifs et ceux qui croyaient d'entre les Gentils, selon ce mot de saint Paul : " Car c'est lui qui est notre paix, qui des deux peuples (du Juif et du Gentil) n'en a fait qu'un, qui a rompu en sa chair la muraille de séparation, cette inimitié qui les divisait, et qui par sa doctrine a aboli la loi de préceptes, afin de former en soi-même un seul homme nouveau de ces deux peuples. " (Eph. II, 14, 15.) Et encore : " Vous êtes édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes en Jésus-Christ, qui est la principale pierre de l'angle. " (Ibid. 20.)
Dans ce qui précède, ce sont les Juifs surtout qui sont en cause, eux qui, voulant construire, n'ont pas su discerner la pierre convenable, mais qui ont rejeté, au contraire, comme défectueuse, celle qui pouvait faire la solidité de l'édifice. Maintenant, si nous voulons savoir de Notre-Seigneur lui-même quels sont ces deux murs, écoutons-le nous dire: " J'ai encore d'autres brebis quine sont pas de cette bergerie et il faut que je les amène. Elles entendront ma voix et il n'y aura qu'un troupeau et qu'un pasteur. " (Jean, X, 16.) Ce fait avait été figuré bien des siècles auparavant dans la personne d'Abraham qui fut le père de ces deux peuples, à savoir, les circoncis et les incirconcis. Mais encore une fois, ce n'était que la figure, nous avons la réalité dans Notre-Seigneur qui " est devenu la principale pierre de l'angle, " en réunissant ces deux nations. — " C'est le Seigneur qui a fait cette pierre (23)." Qu'est-ce à dire : " C'est le Seigneur qui a fait cette pierre? " C'est que ce qui a été exécuté était au-dessus des hommes, et il n'était au pouvoir d'aucun d'eux, pas plus qu'au pouvoir' des anges et des archanges de former un pareil angle. Nul ne peut opérer ce prodige, fût-il juste, prophète, ange ou archange ; à Dieu seul était réservée cette oeuvre admirable, elle est de son domaine exclusif. Une autre version porte: " C'est le Seigneur qui a fait cela. " C'est-à-dire cette oeuvre admirable qui surpasse tout ce qu'on peut imaginer, l'œuvre de L'angle. " Et c'est ce qui paraît à nos yeux digne d'admiration. "
Qu'est-ce qui paraît admirable? — l'angle, la réunion de ces deux peuples en une mètre religion. Parmi les Juifs (165) il y eut plusieurs myriades de croyants: les apôtres avaient été pris parmi eux. Le Psalmiste a eu bien raison de dire : " A nos yeux." Car ce prodige ne brille pas à tous les regards. Qui ne serait étonné, ravi, en songeant que le Christ fut adoré là même où il avait été crucifié et que ceux qui le crucifièrent sont dans l'ignominie, tandis que ses adorateurs sont couverts de gloire ? Sa parole se répandit dans tout l'univers, ralliant tous les hommes à la vérité. C'est donc quelque chose d'admirable pour tous, à quelque point de vue qu'on se place, mais surtout et avec beaucoup plus d'évidence pour ceux qui croient, comme le marquent ces mots: " A nos yeux. C'est ici le jour que le Seigneur a fait: réjouissons-nous, et soyons pleins d'allégresse (24). " Le mot jour doit s'entendre ici non du cours périodique du soleil, mais des choses merveilleuses qui ont été accomplies. Car, de même qu'on dit d'un jour qu'il est mauvais, en faisant allusion, non à la marche du soleil, mais aux malheurs arrivés dans ce temps, ainsi on appelle bon le jour où il s'est passé de belles choses. Les paroles du Psalmiste peuvent donc se traduire ainsi: C'est Dieu qui a fait les choses admirables accomplies en ce jour, car sa main seule était capable de les réaliser.
6. Y a-t-il rien qui soit comparable à ce jour? C'est à pareil jour, en effet, qu'a eu lieu la réconciliation de Dieu avec les hommes; alors l'antique guerre a été terminée, et la terre a envahi le ciel, et les hommes indignes de la terre ont paru dignes du royaume céleste, et les prémices de notre nature ont été élevées au-dessus des cieux, et le paradis a été ouvert, et nous avons recouvré notre ancienne patrie, et la malédiction a été abolie, et le péché a été détruit, et ceux qui avaient été punis par la loi ont été sauvés sans la loi, et la terre entière et la mer ont reconnu leur souverain, sans parler d'autres prodiges innombrables que notre discours ne suffirait pas à énumérer. Aussi le Prophète, après avoir repassé dans son esprit ces merveilles, les attribue toutes à Dieu, montrant que ce qui a été fait, a été fait par Dieu. " Réjouissons-nous en ce jour et soyons pleins d'allégresse." Il s'agit ici d'une joie spirituelle, joie de l’esprit, joie de l'âme. " Réjouissons-nous en ce jour et soyons pleins d'allégresse " d'avoir été mis en possession de si grands biens. C'est la marque d'une grande vertu de se réjouir du bien, d'en tressaillir, d'en être rempli d'allégresse, de recevoir avec plaisir les bienfaits de Dieu. " O Seigneur, conservez, je vous en " prie; ô Seigneur, faites prospérer le règne " de votre Christ, je vous en prie. " En voyant la prospérité de la terre, les changements et les transformations heureuses qui s'accomplissaient, le Psalmiste félicite ceux qui en sont l'objet et il s'écrie : " O Seigneur, conservez, je vous en prie, ô Seigneur, faites prospérer le règne de votre Christ, je vous en prie. " C'est-à-dire, conservez ceux qui jouissent, et pour que leurs désirs soient accomplis et qu'ils produisent des fruits dignes de votre grâce, rendez-leur la voie facile, afin qu'après être arrivés au terme de leurs désirs, ils ne se séparent plus de tels biens. "
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur (26) ! " C'est que nos biens ne consistent pas seulement dans ce qui a été fait, mais ils nous conduisent à d'autres biens, infiniment supérieurs : la résurrection, la vie éternelle , l'héritage avec le Christ; toutes choses que le Psalmiste veut faire entendre par ces paroles : " Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! " Notre Sauveur a dit la même chose aux Juifs : " En vérité, en vérité je vous le dis, vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ? " (Matt. XXIII, 39.) En effet, comme ils lui jetaient à la face, à tout propos, qu'il n'était pas de Dieu, qu'il était l'ennemi de Dieu, il leur dit : Vous me rendrez vous-mêmes témoignage que je ne suis pas l'ennemi de Dieu, quand vous m'aurez vu venir, sur les nues et que vous vous serez écriés : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Paroles admirables et pleines de louanges qui rendront les Juifs inexcusables; car les événements qui s'accompliront alors apporteront une telle lumière qu'ils arracheront ce cri qui sera tout à la fois, et la glorification de Dieu et l'accusation la plus terrible contre ceux qui le proféreront. " Nous vous bénissons de la maison du Seigneur. Le Seigneur est le vrai Dieu et il a fait paraître sa lumière sur nous (27). " Il est question ici de tout le peuple fidèle qui a trouvé la bénédiction dans la maison du Seigneur. Partout on entend les prophètes appeler bienheureux ceux qui croiront. Pourquoi les bénédictions dont il s'agit ici et d'où vient ce bonheur? C'est que " le Sauveur nous est apparu. La grâce de Dieu notre Sauveur a paru, (166) tel et elle nous a appris que renonçant à l'impiété et aux passions mondaines, nous devons vivre avec tempérance, avec justice et avec piété, étant toujours dans l'attente de la béatitude que nous espérons et de l'avènement du grand Dieu et notre Sauveur, Jésus-Christ. " (Tit. II,11, 12, 13.) Le Psalmiste admire ici les bienfaits de l'Incarnation, dans laquelle Notre-Seigneur a paru parmi nous, bien qu'il fût Dieu, et de la substance divine. Il a voulu dire qu'il était apparu, qu'il s'était revêtu de notre chair, qu'il avait passé par le sein d'une vierge, qu'il s'était fait homme et qu'il avait habité parmi nous. C'est pourquoi il s'est écrié : " Nous vous bénissons " de nous avoir octroyé nu tel bienfait. C'est ce que voulait faire entendre le Christ, quand il disait : " Beaucoup de prophètes et de justes ont souhaité de voir ce que vous voyez et ne l'ont point vu, et d'entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu." (Matt. XIII,17.) "Rendez ce jour solennel en couvrant de branches tous ces lieux, jusqu'à la corne de l'autel. " Une autre version porte : " Rassemblez des branches nombreuses pour orner le lieu de vos réunions. " Et une troisième : " Sacrifiez en ce jour de fête des victimes choisies." Nous passons ainsi de la prophétie à l'histoire.
C'est comme si le Psalmiste disait : " Mettez-vous en fête , rassemblez-vous en grand nombre. " Mais qu'est-ce à dire : " Rendez ce jour solennel en couvrant de branches tous les lieux? " Ou bien, selon un autre interprète : " Sacrifiez des victimes choisies ? " Ou bien encore : " Ornez le temple de bran" ches et de couronnes? " On pourrait lire dans l'hébreu : " Esrou ag baad oth thim. " " Amenez l'agneau au milieu des branches touffues, jusqu'aux cornes de l’autel. " Mais quel que soit le sens qu'on adopte, il est question d'une fête, d'un jour de joie, d'une assemblée nombreuse. Et c'est ainsi qu'après avoir parlé de choses spirituelles, le Psalmiste revient aux objets matériels et rappelle leur retour. " Vous êtes mon Dieu et je vous rendrai mes actions de grâces ; vous êtes mon Dieu et je vous exalterai. Je vous rendrai grâce de ce que vous m'avez exaucé et de ce que vous êtes devenu mon salut (28). " David montre ici qu'il faut remercier Dieu, alors même qu'on n'en a reçu aucun bienfait, et qu'on doit le combler d'honneur et de gloire à cause de sa majesté, à cause de sa nature, à cause de sa gloire ineffable. C'est le sens de ces dernières paroles placées après l'énumération des bienfaits qu'il a répandus avec profusion sur ses enfants, et il semble nous crier à tous: Même sans ces bienfaits, je serais reconnaissant et je rendrais grâces d'avoir au Seigneur si grand, si élevé, qu'il ne peut être ni vu ni compris. Car ici, "exalter" signifie glorifier. "Louez le Seigneur parce qu'il est bon, parce que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles (29)." Ce n'est point assez pour le Psalmiste d'offrir lui-même ce sacrifice de louanges, mais il appelle tous les hommes afin qu'ils s'unissent à lui pour prendre part à sa reconnaissance et à ses actions de grâces. Et il chante la bonté de Dieu, célébrant sa perpétuité et sa grandeur. Maintenant que nous sommes instruits de ces choses, soyons fidèles, nous aussi, à rendre continuellement nos actions de grâces à ce Dieu bon, à lui offrir ce sacrifice de louanges, afin de mériter les biens futurs, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !
EXPLICATION DU PSAUME CXIX. CANTIQUE DES DEGRéS, OU SELON UNE AUTRE VERSION : CANTIQUE POUR LESMONTéES. 1 " J'AI CRIé VERS LE SEIGNEUR LORSQUE J'éTAIS DANS L'AFFLICTION, ET IL M'A EXAUCé. "
ANALYSE.
1. Le seul moyen de monter à Dieu c'est d'être dans les afflictions et les épreuves, conformément à cette parole du Maître : Bienheureux ceux qui pleurent, car alors ou se détache de soi-même et des choses de la terre, et on crie vers le Seigneur qui s'empresse toujours de nous exaucer.
2. Dans notre course à travers le monde, nous rencontrons bien des obstacles : le principal est le commerce avec les hommes pervers et trompeurs. C'est pourquoi nous devons nous unir au Prophète pour demander à Dieu d'en être délivrés et d'être mis en possession du Ciel.
3. Pour être exaucés, considérons cette terre comme un lieu d'exil et un passage, et soyons avec les méchants comme des agneaux au milieu des loups. Que la douceur soit notre seule arme de résistance. Elle nous fera triompher des pécheurs que nous convertirons, et mériter les biens éternels.
l. Chacun des autres psaumes a une inscription particulière , mais ici on en a réuni plusieurs sous un même titre : " Cantiques des degrés " ou "des montées, " selon un autre interprète.
" Quelques-uns même les nomment simplement, "degré." Et pourquoi cette dénomination, direz-vous? — Au point de vue historique, c'est parce qu'ils parlent du retour de Babylone, et qu'ils font mention de la captivité des Juifs en ce pays. — Dans le sens an agogique , c'est , au dire de plusieurs interprètes , parce qu'ils conduisent dans le chemin de la vertu; or, la voie par laquelle nous y arrivons est semblable à des degrés par lesquels l'homme vertueux et sage monte lentement jusqu'à Dieu. D'autres voient dans ces psaumes une figure de l'échelle de Jacob qui fut montrée à David et qui touchait le ciel. C'est aussi au moyen de degrés et d'échelles qu'on peut s'élever aux lieux qui sont inabordables ou trop élevés. Hais comme ceux qui montent, arrivés à une certaine hauteur sont menacés du vertige, il est nécessaire d'affermir non-seulement ceux qui s'élèvent, ruais encore ceux qui sont parvenus au sommet. — Il n'y a qu'un moyen de salut : c'est de ne pas considérer à quelle élévation nous sommes parvenus , de peur de nous enorgueillir, mais d'examiner combien il nous reste encore de chemin à faire et de nous efforcer d'arriver au but, comme voulait nous le faire entendre saint Paul quand il disait: " Oublions ce qui est derrière nous, avançons-nous vers ce qui est devant nous. " (Philip. III, 13.) Telle est l'explication du sens anagogique. Maintenant, si vous le trouvez bon, revenons à l'histoire et considérons ceux (168)
qui furent délivrés de la captivité. Comment donc eut lieu cette délivrance ? — Par le désir de voir Jérusalem; tandis que ceux qui n'avaient pas le même souci, ne profitèrent pas de la grâce de Dieu, mais passèrent leurs jours dans une perpétuelle servitude; ce sera aussi notre sort si nous agissons comme eux. Car si, au lieu d'être embrasés de l'amour des choses saintes et du désir de la céleste Jérusalem , nous nous attachons sans cesse à la vie présente, nous souillant dans la fange des choses terrestres, nous ne pourrons arriver à la patrie.
" J'ai crié vers le Seigneur lorsque j'étais dans l'affliction et il m'a exaucé. " Comme l'affliction nous est avantageuse ! comme la clémence est prompte à nous secourir ! la première nous porte à répandre des supplications saintes , la seconde exauce sur-le-champ ceux qui l'invoquent. C'est ce que nous voyons pour ce peuple juif en Egypte. Ecoutez le Seigneur: " J'ai vu l'affliction de mon peuple, et j'ai en tendu ses gémissements, et je suis descendu pour le délivrer. " (Exod. III, 7, 8.)
Donc, mes très-chers, vous aussi, quand vous êtes dans l'affliction, ne vous désespérez pas, ne devenez pas nonchalants; mais alors principalement ranimez votre courage, parce que dans ce moment nos prières sont plus pures et que plus grande aussi est la miséricorde de Dieu pour vous. Vivez constamment de telle sorte que la vie vous soit à charge ; n'oubliez pas que: " Tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ seront persécutés (II Tim. III, 12 ) ; et que c'est par beaucoup de tribulations que nous devons entrer dans le royaume des cieux. " (Act. XIV, 21.)
Ne courons donc pas après une vie molle et dissolue et ne cherchons pas à entrer par la voie large, car elle ne conduit pas au ciel, mais par la voie étroite et difficile. Si nous voulons parvenir aux demeures célestes, fuyons les plaisirs, foulons aux pieds la pompe extérieure du siècle, méprisons les richesses , la gloire , et la puissance, attachons-nous à la pauvreté, à la componction du coeur, à la confession, aux larmes, et poursuivons tout ce qui peut nous procurer le salut. C'est le moyen d'être plus en sûreté et de faire monter plus facilement nos prières vers Dieu. Si nous nous préparons de la sorte et si nous invoquons le Seigneur avec de semblables dispositions, il nous exaucera certainement, selon cette parole du Prophète : " Lorsque j'étais dans l'affliction, j'ai crié et j'ai été exaucé. " Apprenons donc à nous élever peu à peu et à donner pour ainsi dire des ailes à nos prières en chassant toute inquiétude et tout trouble dans les afflictions; ce sera le moyen de les rendre très-profitables. Si le prophète Elisée , tout homme qu'il était, ne permit pas à son disciple de repousser une femme qui venait à lui, disant: " Laissez-la parce que son âme est dans l'amertume " (IV Rois, IV, 27) , " afin de nous montrer que son affliction était pour elle une excuse et une défense très-grandes, à plus forte raison, Dieu ne nous repoussera pas si nous nous présentons à lui avec une âme remplie de tristesse. Voilà pourquoi encore le Christ appelle bienheureux ceux qui pleurent et malheureux ceux qui rient. Aussi a-t-il commencé par là ses béatitudes en disant. " Bienheureux ceux qui pleurent (1)?" (Matth. V, 5.) — Si donc vous voulez monter les degrés de la vertu, retranchez dans vos habitudes tout ce qu'il y a de désordonné et de vain; astreignez-vous à un genre de vie difficile, abstenez-vous des choses terrestres. C'est là le premier degré. Car il est impossible, d'une impossibilité absolue, de monter en même temps l'échelle et de rester attaché à la terre.
2. Vous voyez comme le ciel est élevé, vous connaissez la brièveté du temps, vous savez combien l'heure de la mort est incertaine. Ne tardez donc pas, ne différez point, mais entreprenez ce voyage avec une grande ardeur, afin que vous puissiez franchir deux, trois, dix et vingt degrés par jour. — " Seigneur, délivrez mon âme des lèvres injustes et de la langue trompeuse (2).
" On voit briller ici ce précepte évangélique: " Priez afin que vous " n'entriez pas en tentation. " (Luc, XXII, 46.) C'est qu'il n'y a point, ô mes très-chers, de tentation plus dangereuse, que d'être livré à un homme trompeur : il est plus à craindre que n'importe quelle bête sauvage. Elle, du moins, se montre telle qu'elle est, mais le fourbe cache souvent son poison sous le masque de la douceur, afin qu'on ne puisse découvrir les embûches et qu'on tombe sans défiance dans ses piéges. C'est pourquoi le 1 Nous ne comprenons pas pourquoi saint Jean Chrysostome dit que Notre-Seigneur commença ses béatitudes par ces mots: Bien. heureux ceux qui pleurent, puisque ni saint Matthieu, ni saint Luc ne placent cette béatitude la première. (Note des Bénédictins.)
169 Psalmiste demande sans cesse à Dieu, avec instance, d'être délivré de tels ennemis. Que s'il faut fuir les gens fourbes et dissimulés, à plus forte raison les trompeurs, et ceux qui répandent des doctrines perverses. Les lèvres les plus dangereuses sont celles qui attaquent la vertu et qui portent au mal. C'est pourquoi le Prophète demande que son âme en soit délivrée.
C'est vers ce point qu'il dirige tous ses traits: — " Que recevrez-vous et quel fruit vous reviendra-t-il, ô langue trompeuse (3) ? " Une autre version porte: " Que vous produira, que vous rapportera la langue trompeuse? " Et une troisième : " Que vous donnera, que vous rapportera la langue selon l'imposture? " Expressions qui tendent toutes à montrer qu'il s'agit d'une grande malice et d'une espèce de vice horrible. C'est pourquoi vous voyez le Prophète irrité, ému, s'écrier : " Que recevrez-vous et quel fruit vous reviendra-t-il, ô langue trompeuse? " Ce qui revient à ceci quel supplice sera digne d'un tel crime ! Ce qu'Isaïe voulait dire aux Juifs par ces paroles " A quoi servirait de vous frapper de nouveau, vous qui ajoutez péché sur péché (Is. I, 5), " le Psalmiste le dit par celle-ci : " Que retirerez-vous et quel fruit vous reviendra-t-il, ô langue trompeuse? " C'est comme s'il disait le méchant trouve son châtiment dans sa propre faute, et il devance le jugement de Dieu pour se punir puisque de lui-même il engendre le vice . car il n'y a pas de plus grand supplice pour l'âme que d'être livrée au vice, même avant qu'il sort puni. Quel châtiment donc pour un tel crime? Il n'y en a point ici-bas; Dieu seul pourra le trouver, l'homme n'y parviendrait pas, car c'est une malice qui surpasse tout châtiment. Mais Dieu se charge de la vengeance, et c'est ce que veut faire entendre le Prophète quand il ajoute aussitôt : — " Vous avez été percé avec des flèches très-pointues poussées par une main puissante, et vous serez brûlé avec des charbons dévorants (4). "
Le Psalmiste compare ici à des flèches les supplices dont il s'agit. Une autre version porte : " Les flèches de l'homme puissant qui me poursuit sont aigres, elles sont brûlantes comme des charbons accumulés. " Ou bien encore : " Comme des charbons de genévrier; " expressions métaphoriques et variées qui augmentent en nous la crainte du supplice. Car ces mots : " charbons accumulés, charbons de genévrier " ont le même sens. Dans le premier cas on veut faire ressortir le nombre des peines, dans le second, leur intensité. C'est ce qu'ont voulu nous faire entendre les Septante quand ils ont traduit par " charbons dévorants, " c'est-à-dire, dévastateurs, destructeurs, ruineurs. Les saintes Lettres, pour nous donner une idée de la vengeance de Dieu, la comparent à des choses que nous regardons comme terribles et elles nous la représentent comme des flèches ou comme du feu. Il me semble aussi qu'il y a dans ces mots une allusion aux barbares, et c'est dans ce sens qu'un autre interprète a dit : " Délivrez mon âme de la lèvre menteuse. " Car telles sont leurs paroles, telles leurs ruses et leurs embûches. Tout en eux respire la fraude et les plus grands crimes. — " Que je suis malheureux de ce que mon exil est si long ! J'ai demeuré avec les habitants de Cédar (5). " On lit dans une autre leçon : " Que je suis malheureux d'avoir prolongé mon exil ! " Et dans une troisième : "Que je suis malheureux d'avoir été si longtemps dans la terre étrangère ! "
Ce sont des lamentations au sujet de la captivité de Babylone. Saint Paul parlant de l'exil de cette vie qui se prolonge trop longtemps s'écrie : "Pendant que nous sommes dans le corps comme dans une tente, nous gémissons sous le poids de notre condition mortelle (II Cor. V, 4); " et encore : " Et non-seulement les créatures soupirent, mais nous qui avons reçu les prémices de l'Esprit nous gémissons nous-mêmes. " (Rom. VIII, 23.) C'est que la vie présente est un exil. Que dis-je, un exil ? C'est quelque chose de pire. Et Notre-Seigneur lui-même l'a appelée un passage quand il a dit : " La porte de la vie est petite et la voie qui y mène est étroite. "
(Matth. VII, 14.) Aussi la meilleure, et par conséquent la première science pour nous, c'est de savoir que nous ne sommes dans ce monde que des voyageurs. Les anciens patriarches n'avaient pas d'autre doctrine et saint Paul les en loue hautement, comme on peut le voir dans ses Epîtres : " Pour cette cause Dieu ne rougit point d'être appelé leur Dieu. " (Héb. XI, 16.) Pour quelle cause, je vous le demande? Parce qu'ils confessèrent qu'ils étaient étrangers et voyageurs.
(Héb. XI, 13.) Car c'est là le principe et le fondement de toute vertu, parce que celui qui est étranger au milieu de ce (170) monde sera citoyen du ciel. Celui qui est étranger aux objets d'ici-bas, ne se complaira point dans le présent; maison, argent., bonne chère, rien ne le touchera; mais semblable à ceux qui habitent un pays étranger, dont tous les actes, toutes les pensées tendent à les faire rentrer dans leur patrie, et qui chaque jour ont hâte de revoir la terre qui les a vus naître; ainsi celui qui est enflammé du désir des biens futurs, ne se laissera ni abattre par les adversités, ni enorgueillir par les prospérités du présent, mais il passera par-dessus tout, comme le voyageur qui fait sa route. C'est pourquoi nous devons dire dans notre prière : " Que votre règne arrive ! (Matth. VI, 10; Luc, XI, 2), " afin qu'entretenant dans notre âme la pensée et le désir ardent de cet avènement, et que l'ayant sans cesse devant les yeux, nous ne considérions plus les choses présentes. Si les Juifs, désireux de revoir Jérusalem, même après leur délivrance, pleurent encore au souvenir du passé, serons-nous pardonnables, pourrons-nous être excusés de ne pas être embrasés d'un violent amour de la Jérusalem céleste ?
3. Voyez donc comme ils se lamentent d'être obligés de vivre avec leurs ennemis : " J'ai demeuré, " disent-ils, " avec les habitants de Cédar, mon âme a été longtemps étrangère. " Ils ne gémissent pas seulement d'être détenus sur la terre, de l'exil, mais encore d'habiter avec des barbares, imitant en cela l'exemple des autres prophètes qui se lamentent en ces termes sur la. vie présente : " Malheur à moi, parce qu'on ne trouve plus de saints sur la terre; il n'y a personne qui ait le coeur droit. " (Mich. VII, 12.) Le Psalmiste lui même ne s'est-il pas écrié dans un autre endroit? " Sauvez-moi, Seigneur, parce qu'il n'y a plus de saints sur la terre! " (Ps. XI, 2.) C'est qu'en effet cette vie n'est pas seulement pénible parce qu'elle renferme une grande vanité et des soucis importuns, mais encore à cause du grand nombre des méchants. Car il n'y a rien de plus fâcheux pour les gens de bien que d'être obligés de vivre avec des hommes pervers. La fumée et la vapeur fatiguent moins les yeux que le commerce des méchants n'attriste l'âme. Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même prend soin de nous montrer combien de pareils rapports sont à charge. En effet, quand il s'écrie : " Jusqu'à quand serai-je avec vous? Jusqu'à quand vous supporterai-je?" N'est-ce pas dire en termes moins clairs : " J'ai demeuré avec les habitants de Cédar? " Ces peuples barbares ont pour habitude de traiter leurs inférieurs avec la cruauté des bêtes sauvages, en sorte qu'ils vivent sous des tentes et qu'ils sont réduits à la férocité de ces animaux. Mais plus terribles encore sont ces ravisseurs cupides qui passent leur vie dans les débauches, dans le luxe et les plaisirs de toutes sortes. — " Mon âme a été longtemps en exil (6). "
Pourtant il semble que non, car cet exil ne fut que de soixante-dix ans. Mais le Psalmiste a moins en vue le nombre des années que les peines qu'il avait endurées, car quelque court que soit le temps d'une affliction, il paraît fort long à ceux qui souffrent.
Tels doivent être nos propres sentiments, et quoique nous vivions peu d'années sur cette terre, elles doivent nous paraître nombreuses à cause du désir des biens célestes. Et en parlant de la sorte, je ne veux point accuser la vie présente ; loin de moi une telle pensée, car cette vie est l'œuvre de Dieu, mais je voudrais faire naître en vous le désir des biens futurs et y détruire toute complaisance dans la possession des objets présents et tout attachement à voire corps, comme aussi vous empêcher de ressembler à ces âmes vulgaires qui, après une longue vie, se plaignent de n'avoir eu que peu d'années sur cette terre. Quoi de plus insensé ! Quelle n'est pas la stupidité de ces hommes à qui on offre le ciel avec tous ses biens que l'œil n'a point vus, que l'oreille n'a point entendus (I Cor. XI, 9), et qui soupirent après des ombres, et qui veulent traverser le fleuve de cette vie, trouvant leur plaisir à rester continuellement au -milieu des flots, des tempêtes et des naufrages. Il n'en était pas ainsi de saint Paul. Niais il avait hâte d'avancer, et il n'y avait qu'une chose qui pût le retenir, le salut de ses frères. " Je gardais un esprit de paix avec ceux qui haïssaient la paix; dès que je leur parlais, ils s'élevaient contre moi (7). "
C'est ainsi que le Prophète nous montre combien il est pénible de demeurer dans cette vie. Il n'a pas dit : " Avec ceux qui n'ont pas la paix, " mais, " avec ceux qui haïssent la paix, j'étais pacifique. " Voilà l'avantage de l'affliction, voilà le fruit de la captivité. Qui de nous pourrait maintenant en dire autant? Nous trouvons que c'est déjà beaucoup d'être pacifique avec les pacifiques, tandis que le (171) Prophète gardait un esprit de paix avec ceux qui haïssaient la paix. Que devons-nous donc faire pour n'être pas en défaut sur ce point? C'est de demeurer sur cette terre comme des étrangers — car j'en reviens toujours à mon premier raisonnement, — comme des voyageurs qui ne se laissent arrêter par aucune des choses présentes. Il n'y a rien, en effet, contre quoi nous devions lutter et combattre autant que contre l'amour des choses présentes et le désir de la gloire, de l'argent et des délices. Mais quand nous aurons coupé tous ces liens et que notre âme ne sera plus retenue par aucun, nous verrons où était le principe de la lutte et sur quoi doivent reposer les bases de la vertu. Ainsi encore, le Christ veut que nous soyons " comme des brebis au milieu des loups (Matth. X, 16), " afin que nous ne disions pas J'ai tant souffert que je suis devenu violent. — Car, nous répond-il, quand vous auriez souffert mille maux, gardez la douceur de la brebis et vous triompherez des loups. Cet homme est méchant et vif, mais vous disposez de forces si considérables que vous êtes au-dessus de tous les méchants. Quoi de plus doux que la brebis, de plus sauvage que le loup? Elle triomphera de lui cependant, comme on l'a vu par tes martyrs. C'est qu'il n'y a rien de plus puissant que la mansuétude, rien de plus fort que la douceur. Aussi le Christ nous ordonne-t-il d'être comme des agneaux au milieu des loups. Puis, après avoir parlé de la sorte, comme si celle douceur ne suffisait pas à qui veut paraître son disciple, il ajoute autre chose encore : " Soyez, " nous dit-il, " simples comme des colombes (Matth. X, 16), " réunissant ainsi la mansuétude des deux animaux doux et simples par excellence. Tant est grande la vertu qu'il exige de nous quand nous sommes avec des gens sauvages ! Et ne me dites pas : Cet homme est méchant, je ne puis le souffrir. Car c'est surtout avec des personnes grossières et inhumaines qu'il faut faire preuve de douceur. C'est alors qu'éclate la vertu, c'est alors que son utilité, son heureux succès, ses fruits brillent à tous les yeux.
" Dès que je leur parlais ils s'élevaient contre moi.
" Un autre interprète dit . " Et quand je leur parlais, ils combattaient. " Ce qui signifie : " J'étais pacifique avec ceux qui haïssaient la paix; " ou bien : Quand je leur parlais ils combattaient contre moi. Expressions qui reviennent toutes à ceci: Au moment même où je parlais à mes ennemis, alors surtout que je montrais ma charité en proférant les paroles les plus affectueuses, ils s'emportaient, ils me dressaient des embûches et rien ne les arrêtait. Néanmoins , je faisais paraître ma vertu, sans avoir égard à leurs mauvaises dispositions.
Ainsi doit-il en être de nous. Quoiqu'on réponde à notre amour en nous frappant, en nous blessant, en nous tendant des piéges, ne cessons point de nous montrer pleins de bonté, nous souvenant de la parabole qui nous ordonne d'être comme des agneaux et des colombes au milieu des loups. En agissant ainsi nous rendrons nos ennemis meilleurs et nous mériterons les biens célestes. Puissions-nous tous les posséder un jour, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire dans les siècles des siècles! Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXX. CANTIQUE DES DEGRéS, OU BIEN, CANTIQUES DES MONTéES. 1. " J'AI LEVé MES YEUX VERS LES MONTAGNES D'OU ME VIENDRA LE SECOURS. " OU BIEN , " JE LèVE, " ETC.
ANALYSE.
1. L'âme accablée de maux se tourne vers Dieu pour y puiser sa consolation. Mais si les Juifs charnels et grossiers agissaient de la sorte au milieu de leurs infortunes, à combien plus forte raison doit-il en être ainsi pour nous qui aspirons à des biens infini ment supérieurs. Soyons donc pleins de courage dans l'adversité, faisant tout notre possible et Dieu fera le reste.
2. Nous serons fermes au milieu des épreuves, notre pied ne sera pas ébranlé, si, détachés de la terre, nous regardons en haut d'où viendra notre secours. Placer ici-bas nos espérances, c'est nous tromper nous-mêmes, car on ne saurait compter sur l'homme et à cause de son impuissance à faire toujours le bien, et à cause de son inconstance. Il n'y a que Dieu qui soit toutpuissant et qui ne trompe jamais.
1. Voici l'âme qui, accablée de maux, ne peut se débarrasser ni trouver une issue, et qui se tourne vers Dieu pour y puiser sa consolation. Constatons de nouveau l'avantage des épreuves: elles élèvent et fortifient l'âme, elles la portent à implorer le secours d'en-haut et la détachent de tout ce qui appartient à cette vie. Si les Juifs grossiers et attachés à la terre étaient rendus meilleurs par la douleur de leur captivité, au point de tourner ainsi leurs regards vers le ciel, il est bien juste que dans nos maux, nous les imitions en recourant au Seigneur, car nous sommes tenus à une plus grande perfection. Ils étaient alors au milieu de leurs ennemis, sans ville, sans forteresse, sans armes, sans argent, sans ressource en un mot; mais captifs et esclaves, ils demeuraient avec leurs maîtres et leurs vainqueurs. Accablés sous le poids de leurs malheurs, ils recouraient à une force invincible, et privés de tout secours humain, ils trouvaient dans cet abandon même le principe de leur force, en disant à Dieu: " J'ai levé les yeux vers les montagnes d'où me viendra mon secours. " En d'autres termes : Tout ce que les hommes peuvent nous procurer nous manque ou bien nous a abandonnés, nous avons tout perdu, il ne nous reste désormais qu'un moyen de salut: c'est Dieu. " Mon secours me doit venir du Seigneur qui a fait le ciel et la terre (2). " Comme ils cherchent Dieu partout., sur la terre, au ciel, sur les montagnes, dans les déserts. de toutes parts ils le placent devant leurs yeux. Comme leur âme s'élève toujours davantage (173) et comme en toutes circonstances ils annoncent la providence de Dieu ! Ce n'est pas sans motif que le Psalmiste a ajouté : " Qui a fait le ciel et la terre. " Mais il y a dans ces paroles un raisonnement caché qui revient à dire : Si Dieu a fait le ciel et la terre, il peut, même dans une terre étrangère, porter secours et tendre partout, jusque dans un pays barbare , une main secourable; comme aussi, conserver ceux qui ont été chassés de leur patrie. Si une seule parole lui a suffi pour produire tous ces éléments, à plus forte raison pourra-t-il nous délivrer de nos ennemis.
Voyez, depuis qu'ils sont dans un pays étranger, avec quelle sagesse raisonnent ceux qui avaient moins d'intelligence que des pierres. Ils ne songent plus à leur temple, mais au ciel et à la terré.
Admirons comment ils proclament la création du monde, la sagesse de Dieu et sa providence. Ceux qui un peu auparavant disaient au bois : " Vous êtes mon Dieu, " et à la pierre : " Vous m'avez donné la vie (Jér. II, 27)," reconnaissent aujourd'hui le Créateur de tout l'univers. Mon secours me doit venir du Seigneur et non des hommes, ni du nombre des chevaux, ni des richesses, ni de la fidélité des alliés, ni de la force des remparts. Notre secours nous doit venir du Seigneur, c'est une assistance insurmontable, une protection invincible, et non-seulement invincible, mais encore prompte et facile. Il est tout près de nous et il ne faut, pour l'obtenir, ni flatter les gardiens de la maison, ni dépenser de grandes sommes, ni envoyer des ambassades, mais chacun peut, sans sortir de sa maison, en être favorisé, en le demandant à Dieu avec un coeur détaché des choses humaines et plein de confiance, pourvu qu'il ait les regards fixés sur le ciel. C'est afin de nous faire sentir la nécessité de nous détacher des choses sensibles pour nous élever plus haut, que Dieu a créé l'homme droit, à l'exclusion des autres animaux, et qu'il lui a placé les yeux à la partie supérieure du corps. Il n'y a que lui, en effet, qui soit fait de la sorte, car les autres animaux sont courbés vers la terre, et ils ont le regard tourné en bas. L'homme au contraire se dresse vers le ciel afin d'en contempler les objets, de les méditer, de les approfondir et de rendre ainsi plus pénétrants les yeux de son âme. C'est ce qui faisait dire à la sagesse : " Les yeux du sage sont à la tête. " (Ecclés. II, 14.) C'est-à-dire qu'il est affranchi de tous les objets terrestre, il vit dans le ciel pour en contempler les merveilles. " Ne permettez donc point, ô enfant d'Israël, que votre pied soit ébranlé. Et que celui qui vous garde ne s'endorme point (3). " Quelle diligence ces paroles exigent de nous ! Comme les Juifs se sont souvenus du secours de Dieu et qu'ils implorent son assistance, le Prophète vient les aider de ses conseils, leur disant en quelque sorte : Si vous voulez être exaucés, faites tout ce qui dépendra de vous. Mais que leur recommande-t-il? Ecoutez : "Ne permettez point que votre pied soit ébranlé.
" C'est-à-dire, ne soyez point renversés ni abattus et vous verrez Dieu vous tendre la main, et il ne vous délaissera pas, il ne se retirera pas de vous. Tout dépend donc de nous, et le succès est en notre pouvoir. Mais puisqu'il en est ainsi, si nous voulons obtenir quelque chose, nous ne devons rien négliger, car telle est la volonté de Dieu ; quelque faibles et de peu d'importance que soient nos efforts, nous devons les faire valoir, et ne pas rester oisifs, engourdis, mous et abattus, mais agir et employer tous nos soins pour notre salut. C'est ce qui est signifié par les ouvriers de la onzième heure.
(Matt. XX, 6.) Et si vous me demandez ce qu'ils pouvaient faire de si important à la onzième heure, je vous répondrai que leur travail devait être l'occasion et la cause de leurs couronnes, et voilà pourquoi David ajoute : " Ne permettez donc pas que votre pied soit ébranlé, et Celui qui vous garde ne s'endormira point." Faites ce que vous pourrez, et Dieu fera le reste. Il résulte également de ce qui précède que, malgré nos efforts, nous avons besoin du secours de Dieu pour être en sûreté et pour demeurer fermes et solides.
2. Mais quel est l'homme dont le pied est ébranlé, sinon celui qui se porte vers les objets passagers, qui ne reposent sur rien de solide? Tel, l'amour de l'argent, le désir des choses qui ont rapport à cette vie. C'est pourquoi il est souvent renversé et abattu et il court de grands dangers au sujet des choses les moins importantes. C'est qu'en effet les choses du monde ne sont jamais stables ni immobiles; mais toujours elles changent, elles sont en mouvement; elles sont plus agitées que les flots, elles passent plus vite que la pluie qui tombe, elles offrent moins de consistance que le sable et elles se répandent plus promptement. " Assurément, celui qui garde Israël ne (174) s'assoupira point et rie s'endormira point (4)." Si vous vous êtes prémunis , comme je viens de le dire, continue le Psalmiste, le Seigneur ne " s'assoupira point et ne s'endormira point; " en d'autres termes, il ne vous quittera pas, il ne vous délaissera pas , il ne vous abandonnera pas dans votre nudité et votre isolement. Et c'est pour nous bien pénétrer de cette pensée qu'il a ajouté à dessein : " Celui qui garde Israël. " Ce qui revient à dire : si par un acte continuel de sa providence, depuis un temps qui remonte jusqu'à vos ancêtres, il a pris soin de vous, il ne cessera pas de faire ce qu'il a fait et il agira comme par le passé, à moins dire " votre pied ne soit ébranlé.
" Et non-seulement, il ne vous abandonnera pas, mais il vous défendra et il vous tiendra en grande sûreté. Voilà pourquoi le Psalmiste poursuit en ces termes : " Le Seigneur vous gardera, le Seigneur sera sur votre droite pour vous donner sa protection (5). " Une autre leçon porte : " Le Seigneur sera à votre droite. " Il sera votre défenseur , votre aide , votre secours. Remarquez comment, dans cette circonstance encore , le Seigneur vent que nous agissions. Semblable à ceux qui assistent dans les combats, il sera à notre droite, afin que nous soyons indomptables, forts, puissants, que nous triomphions, que nous remportions la victoire, car c'est principalement par sa protection que nous faisons toutes choses. Non-seulement il sera près de nous, mais il nous secourra , mais il nous protégera. Je le dis de nouveau, c'est par les choses qui sont sous nos yeux que le Prophète exprime le secours de Dieu : et par " sa droite et sa protection " il figure sa garde la plus absolue en tous points et son secours le plus prochain. " Le soleil ne vous brûlera point durant le jour, ni la lune pendant la nuit (6). " C'est ce qui eut lieu pour les Juifs quand ils sortirent de l'Egypte et qu'ils vivaient dans le désert. Ici le Psalmiste a voulu figurer une grande sécurité. il est même vraisemblable que ces mêmes Juifs, à leur retour de la captivité, fuient favorisés de quelque miracle de cette sorte. Et ce prophète n'a ajouté ce qui précède que pour nous montrer abondamment cette providence de Dieu qui, non contente de délivrer des maux, affranchit même ses enfants des incommodités auxquelles les hommes sont sujets. Il donne son secours avec une telle générosité et une bonté si ineffable que non-seulement il est proportionné à nos besoins, mais qu'il nous récompense au delà de nos espérances. " Le Seigneur vous gardera de tout mal, le Seigneur gardera votre vie (7). "
Celui , en effet, qui étend son souci et sa providence jusqu'aux plus petites choses pour empêcher qu'elles ne vous nuisent, saura bien vous délivrer de ceux qui voudraient vous assiéger.
Tout ce qui peut nous arriver de fâcheux, cède au moindre signe de Dieu; ce qui n'est pas au pouvoir de l'homme. Car si bien souvent il a délivré d'un mal , il n'a pu délivrer d'un autre, ou s'il l'a pu, il ne l'a pas voulu. Mais la main de Dieu est forte et toute-puissante, et il sera toujours à même de repousser et de dissiper tout ce qui nous assaillira et de nous délivrer en toute circonstance. " Le Seigneur protégera votre sortie et votre entrée, ou votre approche, " selon une autre version.
L'entrée et la sortie de la vie n'indiquent-elles pas un secours continuel et incessant? Y a-t-il rien de comparable à une pareille charité, à une pareille miséricorde? Le Psalmiste embrasse ici toute la vie, car elle est renfermée tout entière entre ces deux termes, l'entrée et la sortie. Et pour nous le faire comprendre plus clairement encore il a ajouté : " Dès maintenant et jusque dans l'éternité. " Ce n'est point un jour, dit-il, ni deux, ni trois, ni vingt, ni cent, mais toujours. Les hommes seraient incapables de pareilles choses, étant sujets, comme ils le sont, à des changements nombreux, à une grande instabilité, à des vicissitudes continuelles. Tel est aujourd'hui votre ami, qui demain est votre ennemi, et celui qui vous secourt en ce moment vous abandonne bientôt après. Souvent même, il ne se contente pas de vous abandonner, mais il vous opprime et il vous tend des pièges plus dangereux que ceux de n'importe quel ennemi. Mais en Dieu, tout demeure immobile, perpétuel, immortel, stable et sans fin.
Faisons donc tout notre possible pour mériter ses biens. Nous nous rendrons ainsi dignes de jouir d'une grande paix et d'être mis en possession des biens futurs, en Jésus-Christ Notre-Seigneur, à qui soit la gloire dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXI. " JE ME SUIS RéJOUI, LORSQU'ON M'A DIT : NOUS IRONS DANS LA MAISON DU SEIGNEUR. "
ANALYSE.
1. Le Psalmiste nous montre les avantages des épreuves par l'exemple de la captivité des Juifs. Eux, qui auparavant ne voulaient pas entendre la parole sainte et qui priaient avec dégoât, se réjouissent d'apprendre qu'ils reverront la maison du Seigneur.
2. C'est qu'il y avait pour eux de grands avantages dans la nécessité où ils étaient de monter à Jérusalem pour les grandes solennités : les principaux étaient d'entretenir entre tous l'esprit de charité, et de conserver parmi eux la connaissance du vrai Dieu et le souvenir des merveilles opérées en leur faveur. En retour, Dieu les récompense par ses bénédictions les plus abondantes.
1. Voilà une parole qu'on n'aime guère aujourd'hui. Qu'on soit invité à aller au cirque, au théâtre d'iniquités, on accourt en foule, mais s'il s'agit de la maison de prière, il y a bien des indifférents. Il n'en fut pas ainsi des Juifs: et, chose bien grave à observer, c'est que les Chrétiens paraissent plus négligents qu'eux. Mais d'où venaient aux Juifs de pareils sentiments? Je l'ai déjà dit, ce fut la captivité qui les rendit meilleurs. — A dater de ce temps ceux qui auparavant abandonnaient avec dégoût, le temple et l'audition de la parole sainte pour courir sur les montagnes, sur les collines, dans les bois se livrer à toutes sortes d'infamies, se détachèrent de ce culte impie et depuis lors cette annonce les ranima, les excita, les fortifia et remplit leur âme de joie. Ils étaient encore tourmentés par la faim et parla soif, mais cette fois il ne s'agissait plus de pain ni d'eau, mais bien de la parole de Dieu dont ils étaient affamés et altérés. (Amos, VIII, 11.) Ainsi corrigés par le châtiment qu'ils venaient de subir, ils désiraient ardemment de recouvrer cette maison de Dieu qu'ils avaient perdue. Alors ils embrassaient jusqu'au sol lui-même, et ils s'écriaient: " Ces ruines ont été agréables à vos serviteurs et ils auront compassion de cette terre (Ps. CI, 15); " et encore: " Quand viendrai-je et quand paraîtrai-je devant la face de mon Dieu (Ps. XLI, 3) ? " ou bien . " Je me souviendrai de vous dans la terre du Jourdain, près d'Hermon, et de la petite montagne (Ibid. 7) ; " enfin : " Je me suis souvenu de ces choses et j'ai répandu mon âme au dedans de moi-même. " (Ib. 5.) Mais dites-nous quelles sont ces choses dont vous vous êtes souvenu : " C'est que je passerai dans le lieu du tabernacle admirable où paraît la gloire du Seigneur, et que j'irai jusqu'à la maison de mon Dieu. " (Ib. 5). C'est-à-dire, je verrai de nouveau les danses et les grandes assemblées, le culte de mon Dieu et ses cérémonies. " Mes pieds étaient fermes dans ton enceinte, ô Jérusalem {2) ! " Une (176) autre leçon porte: " Je me suis réjoui lorsqu'on m'a dit : Nous allons dans la maison du Seigneur. Nos pieds sont arrêtés à tes portes, ô Jérusalem ! " Quelle allégresse extraordinaire ! On croirait les voir déjà en possession de ce qu'ils souhaitent si ardemment, tant ils se réjouissent d'en parler, 'embrassent de leurs désirs la maison de prière et la ville sainte. C'est ainsi que Dieu a toujours coutume d'agir: quand nous ne savons pas apprécier les biens que nous possédons, il les arrache de nos mains, afin que la privation opère ce que l'usage n'a pu faire. Aussi les Juifs remis en possession de leur ville et de leur temple rendent de grandes actions de grâces pour avoir recouvré leur patrie. "Jérusalem qui est bâtie comme une ville (3) ; " ou bien: " Jérusalem bâtie comme une ville. "
Selon les Septante, il s'agit ici du temps qui a précédé la construction de Jérusalem et il faut traduire : " Jérusalem sera bâtie comme une ville. " — Selon un autre interprète, il est question de ce qui est arrivé après la captivité et on doit lire : " Nous avons recouvré a Jérusalem bâtie comme une ville. " Comme il régnait alors une solitude extrême dans la ville sainte qui n'offrait que des ruines, en sorte que ses tours rasées, ses murailles abattues ne présentaient plus que des vestiges de l'ancienne patrie, les Juifs, en voyant à leur retour une pareille désolation, se souviennent de la prospérité d'autrefois; ils racontent les splendeurs du passé et rapportent comment a été réduite à un état si honteux, celle qui était autrefois magnifique et illustre, qui possédait un temple, des princes, des rois et des pontifes, qui était la plus belle et la plus ornée. Si vous doutez qu'il en fût ainsi, écoutez ce qui suit: " Jérusalem qui est bâtie comme une ville. " Donc, ce n'était plus une ville alors, et cette vérité ressort encore de ce qui suit: " Dont toutes les parties sont dans une parfaite union entre elles. " Ces paroles indiquent qu'avant la captivité il y avait des édifices nombreux, solides et bien disposés, en sorte qu'ils présentaient un ensemble compacte et harmonieux et servaient de retraite à une population immense. Et c'est ce qu'a voulu faire entendre un autre interprète quand il a dit de Jérusalem qu'elle était "parfaitement unie." Voici d'autres attributs de Jérusalem qui proclament sa gloire: " C'est là que sont montées toutes les tribus, les tribus du Seigneur, comme les témoins et les députés d'Israël, pour y célébrer les louanges du nom du Seigneur (4). " Ce qui en effet faisait une des plus belles gloires de la cité, c'était moins sa grandeur et ses édifices, que parce qu'elle était le centre où tout aboutissait, soit qu'il s'agît d'un conseil, d'une assemblée sainte ou d'une délibération sur un sujet quelconque. C'est qu'en effet là était le temple où s'accomplissaient tous les rites, toutes les cérémonies;
là étaient les prêtres, les lévites, la demeure royale, le sanctuaire, les vestibules, et l'autel des sacrifices, et les fêtes, et les grandes assemblées, et les prières, et les lectures publiques, et pour tout dire en un mot, là résidait tout ce qui constituait la forme du gouvernement. Et voilà pourquoi toutes les tribus devaient s'y réunir principalement trois fois par an, aux fêtes publiques et solennelles de Pâques, de la Pentecôte et de la Scénopégie ou des Tabernacles. Et il n'était pas permis d'aller ailleurs. C'est donc pour célébrer cette prérogative glorieuse de Jérusalem que le Psalmiste s'écrie : "C'est là que sont montées toutes les tribus.
" Ou, " que sont montés tous les sceptres, " selon une autre version. Et remarquez que le Prophète n'a pas dit simplement " toutes les tribus, " mais, " toutes les tribus du Seigneur. " Bien que toutes les tribus appartinssent au Seigneur, il ne leur était pas permis d'exercer clans leur pays les actes dont nous venons de parler. — C'était un privilège réservé à la métropole qui rassemblait tout et attirait tout à elle.
2. Il en était ainsi afin que les Juifs eussent une raison de connaître Dieu; car, dispersés çà et là, ils auraient pu être portés à l'idolâtrie et s'engager dans le culte des fausses divinités. C'est pourquoi le Seigneur leur ordonna de s'assembler à Jérusalem pour y célébrer leurs fêtes, sacrifier et prier, afin que leurs dispositions au vagabondage et à t'impiété fussent ainsi limitées, comprimées et retenues. Tel est le sens de ces paroles : " Les tribus du Seigneur, comme les témoins et les députés d'Israël. "
Que signifient ces " témoins d'Israël? " C'est-à-dire, le témoignage le plus grand, la marque évidente de la Providence divine, en sorte qu'il n'était plus possible d'excuser ceux qui abandonneraient leur Dieu pour courir aux idoles , car le Seigneur ne pouvait pas donner une preuve plus éclatante de sa providence, de sa puissance et de sa sagesse. C'est là, en effet, qu'on lisait la Loi (177) contenant le récit des faits mémorables du passé et de l'histoire. Ce temps qu'ils passaient ensemble resserrait les liens de la charité qui les unissait. Les fêtes qu'on devait célébrer étaient un motif de réunion , et une plus grande crainte du Seigneur, une piété plus vive et d'autres biens innombrables résultaient de leur assemblée dans la ville sainte. " Pour y a célébrer les louanges du nom du Seigneur, " c'est-à-dire pour rendre grâces, adorer, prier, offrir des sacrifices qui les portaient à la piété et rendaient plus sûre l'observance des moindres détails de leur religion. " Car c'est là qu'ont été établis les trônes pour la maison de David (5). "
Voici encore une autre prérogative de la ville sainte, qui est d'être la demeure des rois. Car c'est le sens de ces paroles : " C'est là qu'ont été établis les trônes pour la maison de David, " ou " de la maison de David. " Jérusalem, en effet, était le centre d'une double principauté; la principauté des prêtres et celle des rois, qui étaient en quelque sorte inséparables, en sorte que la ville était ornée comme d'une double couronne et d'un double diadème. C'est là que résidaient les juges auxquels on déférait tout ce qui surpassait l'intelligence, de la multitude. Si, dans les autres villes, il avait été porté une sentence sur la justice de laquelle il y avait doute, la cause était déférée aux juges qui siégeaient à Jérusalem, comme il arrive dans les appels. Quand ils avaient prononcé, on ne pouvait plus en revenir. C'est ainsi qu'il en était autrefois, mais aujourd'hui quel spectacle navrant ! partout la solitude et des ruines; on aperçoit quelques restes d'édifices ravagés par le feu, d'une apparence misérable, tristes vestiges et souvenirs bien minimes d'une grandeur qui n'est plus. Aussi le Prophète ne termine-t-il pas son discours par cet affligeant tableau, mais il rappelle les Juifs à des espérances plus joyeuses en leur disant: " Demandez tout ce qui peut contribuer à la paix de Jérusalem (6). " Que signifient ces paroles : " Demandez tout ce qui peut contribuer à la paix de Jérusalem? " C'est-à-dire priez, sollicitez. Une autre leçon porte : " Embrassez, " ou, " saluez Jérusalem. " En d'autres termes : Demandez à ce qu'elle revienne à son ancienne prospérité, afin qu'elle soit à l’abri des guerres fréquentes et que désormais elle jouisse de la sécurité. Si tel n'est point le sens de ces paroles, elles sont une prédiction, et alors " demandez tout ce qui peut contribuer à la paix de Jérusalem, " indique qu'elle jouira de la paix. " Et que ceux qui l’aiment, ô ville sainte, soient dans l'abondance, " ou bien, " qu'ils soient en paix; " ou bien encore, " qu'ils soient dans la prospérité. " C'est là une grande source de bonheur, que non-seulement les biens soient dans Jérusalem, mais que ceux qui l'aiment puissent en jouir. C'est le contraire qui arrivait autrefois. Car ceux qui la haïssaient et qui l'opprimaient étaient les plus puissants, les plus célèbres et les plus illustres et ils triomphaient facilement. Mais maintenant ceux qui la chérissent seront dans une grande sécurité, ainsi que ceux qui font cause commune avec elle. Par ces derniers, le Psalmiste entend ceux qui devaient soutenir son parti, ou ses propres habitants. " Que la paix soit dans tes forteresses. " ou " dans ton avant-mur, " ou bien, " dans tes remparts (7). "Dans tes forteresses, c'est-à-dire dans ta substance, dans ceux qui t'habitent, dans ta prospérité. Comme la guerre est chose pernicieuse et que c'est ce qui l'a perdue, il lui souhaite la paix, " et l'abondance dans tes tours, " ou bien, " dans les palais. " Selon un autre interprète le Psalmiste souhaite à Jérusalem " la félicité " ou " le repos. " Il ne prédit pas seulement sa future délivrance des maux, mais la possession de biens innombrables, la paix, l'abondance, la fertilité. De quel prix, en effet, peut être la paix pour ceux qui vivent dans la pauvreté, la faim et la misère ? A quoi sert l'abondance dans les périls de la guerre? C'est pourquoi le Prophète prédit ces deux biens à la fois : l'abondance et la paix qui permettra d'en jouir. — " A cause de mes frères et de mes proches (8). " Ou il s'agit des voisins qui se sont réjouis de la chute des Juifs, et. il souhaite la paix afin qu'à leur tour ils soient confondus et qu'ils reconnaissent la puissance de Dieu; ou, par ses frères il entend ceux qui habitent la ville, et dans ce dernier cas il veut dire : A cause de mes frères et de mes proches je prie pour la paix afin qu'ils respirent enfin, maintenant que le malheur les a rendus meilleurs.
" J'ai parlé de paix pour toi, ô Jérusalem ! — J'ai cherché à te procurer toutes sortes de biens à cause de la maison du Seigneur, notre Dieu (9). " Une autre version porte : " Je parlerai afin que la paix soit au milieu de toi. " Comme le Psalmiste avait dit : " A (178) cause de mes frères et. de mes proches, " il a voulu montrer qu'il n'appuyait pas sa prière sur leurs mérites, mais qu'il souhaitait seulement de les voir comblés d'un plus grand bienfait, et voilà pourquoi il a ajouté : " A cause de la maison du Seigneur, notre Dieu." C'est-il dire, par sa gloire je souhaite la paix, afin que son cule soit de nouveau rétabli et sa doctrine répandue partout. Comme il y avait des Juifs qui étaient nés au temps de la captivité, tandis que les autres avaient été témoins du départ et du retour; quand ils s'étaient acquittés de leurs devoirs envers Dieu, ils s'entretenaient ensemble du passé, et les anciens parlaient et de leur félicité d'autrefois, et de la prospérité dont, ils avaient joui et qu'ils avaient perdue. Admirons aussi comment le Psalmiste réprime l'arrogance des Juifs : Dans la crainte qu'ils ne s'imaginent qu'ils ont suffisamment expié leurs fautes , puisqu'ils ont recouvré leurs biens, il leur apprend que c'est à cause de la gloire de Dieu qu'ils sont de retour dans leur patrie, afin que cette connaissance leur procure la sécurité et les préserve du péché qui leur attirerait de nouveau les mêmes châtiments.
Pour nous, qui sommes instruits de ces choses, faisons tous nos efforts pour ne pas tomber; et, s'il nous est arrivé de commettre le mal, appliquons-nous à nous relever promptement, et à ne pas retomber de nouveau dans la crainte d'encourir la menace qui fut faite au paralytique : " Vous voilà guéri, ne péchez plus à l'avenir, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pis. " (Jean, V, 14. )En parlant ainsi, Notre-Seigneur a voulu exhorter les bons à se conserver avec soin dans la vertu et ceux qui sont délivrés de leurs péchés à persévérer dans leur conversion, afin que tous ensemble nous obtenions les biens célestes. Puissions-nous en jouir tous, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et la puissance, dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXII. 1. " J'AI éLEVé MES YEUX MAIS VOUS QUI HABITEZ DANS LES CIEUX. "
ANALYSE.
Dieu, quelque part qu'on l'invoque, exauce toujours nos prières. Mais c'est à la condition qu'on s'abandonnera ! lui sans réserve, n'ayant d'autre espérance que dans son secours. Il faut surfont se présenter à lui avec les sentiments de l'humilité la plus profonde, car il ne hait rien tant que l'orgueil.
On voit briller partout l'heureux fruit de la captivité , car ceux qui étaient attachés aux choses temporelles et qui mettaient leur confiance dans les Assyriens et les Egypliens , aussi bien que dans la puissance de leurs murailles et la quantité de leurs richesses, ont abandonné toutes ces espérances, pour se réfugier sous la main invincible du Seigneur, en laquelle seule ils espèrent, l'esprit tourné en haut et détaché des choses de ce monde. Comme ils ne peuvent plus aller, selon leur coutume, dans le temple qui a été détruit, ils invoquent enfin le Dieu du ciel. Quand nous disons qu'il habite dans le ciel, nous ne prétendons pas qu'il puisse être circonscrit dans un lieu: loin de nous une pareille idéel car il remplit tout. Mais c'est que le ciel est plus spécialement le siège de sa puissance et le lieu de son repos. N'est-il pas écrit aussi qu'il demeure parmi les hommes ? " J'habiterai en eux et je m'y promènerai. " (II Cor. VI, 16.) Donc, pendant que les Juifs demeuraient parmi les barbares, ils reçurent une grande leçon, car dans le dénuement où ils étaient, de toutes les choses de la vie, ils virent clairement comment Dieu , quelque part qu'on l'invoque, exauce promptement nos prières. Comme le rayon d'un nouveau genre de vie allait briller bientôt à leurs regards, le Prophète prélude aux événements futurs en soulevant peu à peu et d'une manière énigmatique le voile qui les cache.
" Comme les yeux des serviteurs sont attachés sur les mains de leurs maîtres et comme les yeux de la servante le sont sur les mains de sa maîtresse, de même nos yeux sont fixés vers le Seigneur notre Dieu, en attendant qu'il ait pitié de nous (2). " Ici encore, quelle piété ferme et solide ! Ils n'ont pas une espérance d'un instant, mais ils y demeurent constamment attachés et comme enchaînés. Aussi , par l'exemple qu'ils ont apporté , ils veulent nous faire comprendre qu'ils D'espèrent pas d'autre assistance ni d'autre secours, et que c'est vers Dieu seul qu'ils tournent leurs regards. C'est ainsi que la servante et le serviteur n'ont d'autre ressource pour préparer la nourriture, les vêtements et les autres choses (180) nécessaires que d'avoir recours à leurs maîtres. Ils ne se retirent point, ils attendent jusqu'à ce qu'ils aient reçu ce qu'il faut,, et après avoir reçu, ils rendent grâces, c'est là un devoir auquel ils ne manquent jamais. Voilà pourquoi le Psalmiste, pour nous faire comprendre que les Juifs ont les yeux tournés vers le Seigneur. et cela assidûment, qu'ils n'ont pas d'autre espérance et qu'ils sont tellement attentifs à attendre son secours qu'ils le regardent seul comme l'auteur de tout bien, a rappelé l'exemple de la servante et des serviteurs. Remarquez comment ceux qui, avant leurs malheurs, avaient besoin d'être excités à recourir à Dieu et qui recevaient ces exhortations avec ennui et dégoût, sont devenus meilleurs. C'est à un point que maintenant ils ne veulent plus se passer de lui ; mais fidèles à son service ils l'invoquent jusqu'à ce qu'il ait pitié d'eux. Ils ne disent pas : En attendant qu'il nous ait satisfaits ou récompensés, mais, "Jusqu'à ce qu'il ait pitié de nous. " Vous donc, chrétiens, persévérez avec constance dans vos prières, que vous receviez ou non ce que vous demandez. et quand même vous ne seriez pas exaucés tout de suite, ne vous retirez point, vous le serez plus tard. Si la persévérance de la veuve fléchit ce juge cruel dont parle l'Evangile (Luc, XVIII), quelle excuse feront valoir ceux qui sont si portés au découragement, à la paresse, au silence ? N'avez-vous pas remarqué comme les servantes sont sous la dépendance de leurs maîtresses, fixant sur elles leurs pensées et leurs regards? Qu'il en soit de même pou nous à l'égard de Dieu. Attachons-nous à lui seul, et mettant tout le reste de côté, soyons au nombre de ses serviteurs. Alors, tout ce qui nous sera utile, nous l'obtiendrons sûrement. " Ayez pitié de nous; Seigneur, ayez pitié de nous, parce que nous sommes remplis de confusion et dans le dernier mépris (3). En " effet, notre âme est toute remplie (4). " Voilà bien le langage du coeur contrit. Les Juifs s'appuient sur la miséricorde du Seigneur pour demander leur salut, et cette miséricorde ils ne croient point la mériter, alors ils invoquent les grands châtiments qu'ils ont endurés, selon ce mot de Daniel : " Nous sommes réduits à un plus petit nombre que toutes les autres nations qui sont sur la terre. " (Dan. III, 37.) Ils s'écrient dans leurs prières : Nous avons enduré la dernière misère, nous avons été dé pouillés de notre patrie et de notre liberté, conduits en esclavage chez tes barbares, depuis longtemps nous vivons dans l'opprobre, consumés par la faim, la soif et les privations de toutes sortes, nous n'avons cessé d'être conspués, foulés aux pieds; épargnez-nous donc, ayez donc pitié de nous. Mais que signifient ces mots : " Notre âme est toute remplie? " C'est-à-dire, notre âme a été fondue, anéantie par la grandeur de nos maux. Il y en a que l'excès du malheur trouve courageux, mais il n'en a pas été de même pour nous, l'affliction nous est insupportable et nous abat. C'est ainsi que Dieu leur fait payer par l'adversité l'abus qu'ils ont fait des honneurs, car il a coutume d'agir de la sorte en toute circonstance. Ainsi, avait-il puni Adam en le chassant du paradis terrestre, pour avoir abusé des avantages de ce séjour, et Eve trouva dans la servitude et la dépendance le remède à la faute qu'elle avait commise en voulant s'égaler à Dieu. De même, les Juifs que la liberté et une longue sécurité dans leurs foyers avaient rendus pervers et dissolus furent corrigés par l'excès contraire. Et maintenant qu'ils implorent la miséricorde de Dieu, ils lui disent : " Notre âme est toute remplie de confusion , étant devenue un objet d'opprobre aux riches et de mépris aux superbes. " Une autre version porte : " Notre âme est bien rassasiée des blâmes de ceux qui sont dans l'abondance et des mépris des superbes; " une troisième : " des railleries des arrogants, " ou bien, " du mépris de ceux qui sont dans l'abondance. " Mais toutes ces expressions ont le même sens et nous montrent les Juifs déplorant leur malheur en disant : " Notre âme est rassasiée de mépris. "
Les Septante renferment un autre sens que voici : Puissent nos maux, en accablant nos ennemis, leur faire éprouver ce qu'ils nous ont fait et rabattre ainsi leur force et leur orgueil ! C'est du reste, ce que nous voyons fréquemment., car le Seigneur a coutume d'abaisser les esprits superbes et d'humilier ceux qui s'élèvent., afin de les détourner de la voie qui les conduirait à leur perte. C'est qu'il n'y a rien de pire que l'orgueil. C'est là, en effet, que sont venues les tentations et les peines, la mort et tous les malheurs qui nous accablent, de là les souffrances et les maladies qui sont comme autant de freins destinés à réprimer l'âme superbe et enflée par l'orgueil. Ne vous (181) troublez donc pas, mes très-chers, lorsque vous êtes tentés, mais souvenez-vous de cette parole du Prophète : " Il est bon que vous m'ayez humilié, afin que j'apprenne vos ordonnances pleines de justice. " (Ps. CXVIII, 71.) Recevez le malheur comme un remède et sachez profiter de la tentation, alors vous pourrez acquérir une plus grande tranquillité. Puissions-nous en être trouvés dignes, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et l'empire dans les siècles des siècles! Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXIII. 1. " SI LE SEIGNEUR N'AVAIT éTé AVEC NOUS. "
ANALYSE.
1. L'homme a deux grands ennemis à combattre : le démon et ses semblables. Le premier est terrible, comme il l'a bien fait voir par la manière dont il a traité Job dans sa personne et dans tous ses biens. Les hommes ne sont pas moins à craindre, car l'homme livré à la colère est pire qu'un animal sauvage; cette passion le rendant aveugle et insensé : notre saint nous donne les remèdes pour la guérir.
2. Mais la protection divine. est plus que suffisante pour nous garder et quels que soient le nombre et la fureur de ceux qui cherchent à nous nuire, elle saura bien nous sauver. Quant à Satan, notre Sauveur l'a vaincu et désarmé, et il n'y a que les 1âches qui lui cèdent la victoire. Aussi, sommes-nous sans excuse si nous ne profitons pas des armes spirituelles qu'il nous a laissées et qui doivent nous assurer infailliblement la victoire.
1. Ce que j'ai dit souvent, je le répète en ce moment et je le répéterai encore, à savoir, que la captivité offre un grand enseignement et qu'elle peut ramener à la sagesse tout esprit attentif. Voyez, en effet, ceux qui se précipitaient vers les idoles, qui méprisaient Dieu et qui s'adonnaient à l'impiété, que disent-ils après leur captivité?
En quels termes attribuent-ils leur salut à lieu ? Le Prophète lui-même, comme un excellent conseiller, leur ordonne de répéter souvent les mémés choses. Il commence donc par parler le premier, après quoi il leur commande, comme un maître à ses disciples, de redire après lui : " Qu'Israël dise maintenant : Si le Seigneur n'avait été avec nous lorsque les hommes s'élevaient contre nous, ils auraient pu nous dévorer tout vivants. " (182) Ils s'étaient vus sans armes, dépouillés de tout, captifs et esclaves; récemment délivrés de leurs maux, ils avaient une ville qui n'était pas environnée de murailles, ce n'était pas même une ville, et ainsi après leur retour ils étaient comme une proie sans défense. Mais Dieu leur servit de rempart et de citadelle. Disons, nous aussi, en ce moment . " Si le Seigneur n'avait été avec nous… nos ennemis auraient pu nous dévorer tout vivants. Que n'aurait pas fait, en effet, le diable, notre ennemi, si le Seigneur n'eût été pour nous? Ecoutez ces paroles du Sauveur à Pierre : " Simon, Simon, Satan a demandé souvent à vous cribler, comme on crible le froment, mais j'ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point. " (Luc, XXII, 31.) C'est une bête méchante et insatiable, et si elle n'était continuellement réprimée, elle sèmerait partout le désordre et la destruction. Dieu ne lui lâcha qu'un instant la bride contre le saint homme Job, et il renversa sa maison de fond en comble, disloqua son corps et fit comme une affreuse tragédie, en détruisant ses richesses, en tuant ses enfants, en faisant sortir de sa chair des vers en abondance , en soulevant contre lui sa femme, ses amis, ses ennemis, jusqu'à ses serviteurs qui l'accablaient de leurs reproches. Il nous anéantirait nous-mêmes si le Seigneur ne le retenait par mille moyens. C'est pourquoi le Psalmiste s'écrie : " Si le Seigneur n'avait été avec nous.
" Les Juifs étaient en petit nombre et méprisés, et à peine de retour ils avaient à supporter de nombreuses attaques. Or, la sagesse de Dieu se montrait encore, en ce qu'il ne leur donnait pas la sécurité subitement et d'un seul coup, ruais à la longue et par degrés, afin de les maintenir dans la connaissance de son saint nom, et de ne pas laisser passer sans fruit la leçon qu'ils avaient reçue dans leur captivité. Comme la délivrance des maux a pour effet de rendre les hommes plus négligents, le Seigneur, tout en leur accordant les biens, permet qu'ils soient constamment tentés, afin qu'ils trouvent, dans les épreuves, un exercice continuel de la sagesse. Cependant, il ne les laisse pas toujours dans l'affliction, car ils succomberaient; ni dans le repos et la prospérité, pour les préserver du relâchement; mais il les sauve en les faisant passer par des vicissitudes sans fin.
" Ils auraient pu nous dévorer tout vivants." Quelle cruauté dans leurs ennemis ! Ce sont des hommes qui montrent une férocité égale à celle des bêtes sauvages. Que dis-je? Elle la surpasse même puisqu'elle s'exerce centre leurs semblables. Après son premier choc, l'animal se calme et se retire; repoussé, il ne revient pas à la charge ; mais quand les hommes ont échoué dans leurs projets pervers, ils attaquent de nouveau , et ils se montrent avides de sang. Telle est la colère insensée, tels sont l'ardeur et le feu que cette passion allume dans l'âme. Comment guérir cette maladie? Songeons à ce que nous sommes, réfléchissons à la mort et à ceux qui nous quittent tous les jours, méditons sur notre nature ; nous ne sommes que cendre et poussière. Si la beauté de votre visage vous fait encore illusion, allez visiter les tombeaux et les cercueils de vos pères, contemplez-les dans leur repos, et en voyant cette poignée de terre, vous trouverez une grande occasion de vous abaisser. Ne trouvez pas ce langage trop sévère. De même que ceux qui out eu la fièvre ont besoin d'un air pur après leur guérison, ainsi ceux que les passions poussent à la folie, trouveront dans les tombeaux, comme dans une demeure très-salutaire, un remède à de nombreuses maladies.
La vue seule d'une urne suffit, en effet, pour abaisser les plus arrogants. Transportez-vous ensuite, par la pensée, à ce jour terrible du jugement dernier, où personne ne prendra votre défense;
songez aux questions qui vous seront adressées, au compte que vous aurez à rendre, à ces supplices où il n'y a plus de soulagement à espérer, Ces réflexions seront comme un charme qui calmera vos passions. Voyez aussi, parmi les hommes, ceux qui, dans la vie présente, ont passé de la richesse à la pauvreté, de la gloire à l'ignominie, et si vous éprouvez encore de la colère , que ce ne soit pas contre votre semblable, mais contre l'esprit du mal. Voilà de quoi vous fâcher. Ne vous réconciliez jamais avec lui, tournez et épuisez contre lui toute votre fureur, c'est contre lui qu'il faut diriger vos coups et lui faire une guerre acharnée. " Lorsque leur fureur s'est irritée contre nous, sans doute alors les eaux nous auraient submergés (4), un torrent aurait été amené sur notre âme. Assurément notre âme eût trouvé cette inondation insupportable."
L'eau et le torrent marquent ici la grande colère des ennemis des Juifs. L'eau, en effet, se précipite (183) en désordre, entraînant avec une grande force et une grande violence tout ce qu'elle rencontre. Il ne s'agit pas seulement ici de l'invasion des maux, mais de leur peu de durée.
2. Ne nous décourageons donc pas quand le malheur fond sur nous. Ce n'est qu'un torrent qui se précipite, une nuée qui passe.
S'agit-il de quelque chose de fâcheux? cela aura une fin ; de quelque chose de difficile? cela ne durera pas toujours. S'il en était autrement, la nature n'y suffirait pas. Mais, direz-vous, un grand nombre sont entraînés par le torrent. Sans doute. Mais la cause en est moins clans sa violence que dans la lâcheté de ceux qui se laissent abattre trop facilement. Afin donc que le torrent ne nous entraîne pas et que nous puissions marcher d'un pas ferme jusque dans ses plus grandes profondeurs, sondons-le et saisissons l'ancre divine, pour n'avoir plus à redouter aucun naufrage. Un torrent n'est terrible que pour un temps, bientôt après il s'apaise d'une manière étonnante: " Les eaux nous auraient submergés. " Selon une autre version : " Alors les eaux nous auraient inondés en passant sur notre âme comme un torrent, et notre âme eût trouvé cette inondation insurmontable; " ou bien : " Alors les superbes auraient passé sur notre âme comme un torrent. " Admirons la grandeur du secours de Dieu et comment, au milieu de tant de maux, il ne permet pas que ses enfants soient submergés. En effet, s'il laisse augmenter les maux, ce n'est pas pour nous accabler, mais pour nous éprouver davantage et faire éclater sa puissance. Les superbes, dont il est ici question, sont les ennemis qui, tout en se précipitant sur les Juifs avec plus de violence qu'un torrent quelconque ou qu'une inondation insurmontable, ne leur ont fait aucun mal. La cause en est dans la protection de Dieu, dans son assistance divine et son secours invincible. Aussi, après avoir dit qu'il a été délivré des maux, il nomme son libérateur et il le comble de louanges. " Béni soit le Seigneur qui ne nous a pas laissés en proie à leurs dents (5) ! Car notre âme a été arrachée de leurs mains comme un passereau du filet des chasseurs. "
Quel contraste entre la faiblesse des Juifs et la puissance de leurs ennemis. Ces derniers se précipitaient semblables à des bêtes féroces et à des lions prêts à se nourrir de leur chair, pleins de force et de colère; eux, au contraire étaient plus faibles que le passereau. Mais les miracles de la puissance divine n'apparaissent jamais mieux que quand la faiblesse triomphe de la force insurmontable. Et puis, ce qui rendait ces embûches intolérables, ce n'était pas seulement la puissance redoutable des uns, leur colère, et leur soif de carnage, et fa faiblesse des, autres, leur petit nombre et leur peu de défense: mais, de plus, ces derniers étaient environnés de maux, comme enveloppés par les difficultés, et ayant de toutes parts des guerres à soutenir. Cependant, Celui qui est la puissance par excellence, dit le Psalmiste, et qui peut toujours sauver, quels que soient les maux et les périls dont on est environné, nous a délivrés avec une grande facilité. Tel est le sens de ces paroles : " Notre âme a été arrachée de leurs mains comme un passereau du filet des chasseurs. " — " Le filet a été rompu et nous avons été délivrés (7). " Mais comment cela s'est-il fait? C'est ce qu'indiquent les paroles suivantes : " Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre (8). " Comme il est fort, comme il est puissant, Celui qui est venu à leur secours ! Il a même fait disparaître ce qui servait à dresser des embûches. Tout ce qui précède peut être pris dans le sens anagogique et doit s'entendre du diable et du genre humain. Nous y voyons comment le Seigneur a renversé et détruit les piéges de Satan depuis le jour où il a dit à ses disciples : " Foulez aux pieds les serpents et les scorpions et toute la puissance de l'ennemi de votre salut." (Luc, IX, 19.) Il ne s'agit plus d'une guerre ouverte, la partie n'est pas égale , notre ennemi est renversé par terre et abattu, tandis que nous sommes debout, le dominant et le frappant de haut. Il est sans force, tandis que nous sommes pleins de vigueur. Comment se fait-il alors qu'il triomphe si souvent? C'est l'effet de notre lâcheté et de la paresse de ceux qui dorment; si vous vouliez résister il n'oserait pas vous attaquer de front. S'il triomphe de ceux qui s'endorment, ce n'est point à cause de sa puissance, mais de notre négligence. Qui ne triompherait d'un homme endormi, fût-on le plus faible de tous? Le fort est enchaîné, tous ses filets sont rompus, sa puissance brisée, sa demeure renversée, ses armes sans effet. Que faut-il de plus? Pouvez-vous encore le craindre? Pourquoi trembler? On nous ordonne de fouler aux pieds celui qui est déjà terrassé. (184)
Encore une fois, pourquoi tremblez-vous? pourquoi attendre pourquoi hésiter? Oublions-nous clone quel est Celui qui nous doit secourir? Non-seulement notre ennemi est devenu moins fort, mais notre secours est plus grand. Le triomphe de la chair a été arrêté, le poids du péché enlevé, et nous avons reçu la grâce du Saint-Esprit qui donne la force. " Ce qu'il était impossible que la loi fît, parce qu'elle était affaiblie par la chair, Dieu l'a fait, ayant envoyé son propre Fils revêtu d'une chair semblable à celle qui est sujette au péché; et par le péché commis contre ce même Fils, lorsqu'il a été conduit à la mort, il a condamné le péché qui régnait dans notre chair, afin due la justice de la loi soit accomplie en nous qui ne marchons pas selon la chair. " (Rom. VIII, 3, 4.) Il nous a assujetti la chair, il nous a donné pour armure le bouclier de la justice, la ceinture de la vérité, le casque du salut, l'épée de la foi, le glaive de l'esprit. Il nous a laissé des arrhes, en nous présentant sa chair pour nourriture, son sang pour breuvage; il nous a offert sa croix comme une lance, mais une lance qui ne cède jamais. Il a lié notre ennemi, il l'a terrassé.
Il ne nous reste donc plus d'excuse si nous sommes vaincus, et si nous cédons, nous n'avons plus de pardon à espérer. Nous avons en effet mille moyens de vaincre.
" Le filet a été rompu, " dit-il, " et nous avons été délivrés. Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. " Nous avons donc pour général et pour roi Celui qui a créé l'univers, et qui par sa seule parole a produit tant d'êtres, et cette masse de la terre, et cette immensité de l'espace. Point d'abattement donc, mais résistez courageusement, rien ne peut vous empêcher de triompher.
Sachant cela, mes bien-aimés, soyons sobres, combattons vaillamment, ne nous endormons pas, ruais après avoir préparé nos armes et raffermi notre courage, frappons notre ennemi avec ardeur, afin qu'après avoir remporté une victoire éclatante nous soyons mis glorieusement en possession du royaume des cieux. Puissions-nous l'obtenir, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et l'empire, dans les siècles des siècles! Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXIV. 1. " CEUX QUI METTENT LEUR CONFIANCE DANS LE SEIGNEUR SONT FEMMES COMME LA MONTAGNE DE SION. "
ANALYSE.
1 C'est par les épreuves et les tribulations que l'homme devient meilleur et semblable à ce juste du poète païen; rien ne doit l‘ébranler. L'homme, être raisonnable, n'est pas destiné à une vie molle et oisive, mais il doit lutter et combattre constamment, sans se laisser jamais abattre, à l'exemple de Daniel et des trois jeunes hommes dans la fournaise.
2. La raison de sa confiance, c'est qu'il a pour protecteur un chef invincible qui ne permettra pas que les biens des justes, si enfants, soient aux mains des pécheurs. Il est si bon, du reste, qu'il ne nous punit que faiblement sur cette terre, pour nous rappeler à lui et nous faire mériter les récompenses éternelles. Mais il demande de nous un coeur droit , une lime franche et sans dissimulation : c'est à ces coeurs et à ces âmes qu'il promet la paix sur la terre et au ciel.
l. Que signifie: " de Sion? " Pourquoi n'avoir pas dit simplement : " Comme une montagne, " au lieu de nommer cette montagne? — C'est pour nous apprendre que nous ne devons pas perdre courage dans les épreuves ni en être accablés ; mais mettre en Dieu toute notre espérance et tout supporter avec courage, les guerres, les combats et les troubles. De même que cette montagne , qui avait été autrefois déserte et sans habitants , était revenue à sa prospérité première , et. dans son premier état, s'était de nouveau peuplée d'habitants et avait vu s'opérer des miracles; ainsi l'homme fort, malgré les malheurs sans nombre qui l'accablent, ne sera jamais renversé. Ne recherchez donc pas une vie exempte de soucis et de peines, hais courageuse au milieu des dangers. Il y a bien de la différence entre rester tranquillement au port, et traverser la mer en fureur. Dans le premier cas on devient mou , lâche et énervé; tandis que celui qui a eu à lutter contre les rochers cachés dans la mer, contre les écueils du rivage , la violence des vents et une foule d'autres périls et qui en a triomphé, a rendu son âme plus courageuse. C'est que cette vie ne nous a pas été donnée pour que nous la passions dans l'oisiveté , ou le découragement et à l'abri de l'adversité, mais afin que la souffrance nous rende plus illustres. Ne recherchez donc pas une existence oisive et inutile, semée de plaisirs et de délices. Ce n'est point là le désir d'un homme fort, d'un être raisonnable, mais plutôt d'un ver de terre , d'un animal sans intelligence. Priez surtout afin que vous n'entriez point en tentation ; que s'il vous arrive parfois d'y tomber, n'en soyez ni attristés, ni troublés, mais faites tous vos efforts pour en sortir meilleurs. Voyez un vaillant soldat: quand le clairon l'appelle il ne pense qu'au triomphe, à la (186) victoire, aux couronnes, aux exemples de ses ancêtres qui se sont signalés. Vous aussi, quand la trompette spirituelle sonne, résistez avec le courage d'un lion: qu'on vous oppose le fer ou le feu , avancez. Les éléments eux-mêmes savent respecter les mâles courages. Les bêtes féroces, elles aussi, ont coutume de craindre les hommes valeureux, et malgré la faim . malgré la nature qui les aiguillonne et les excite, elles oublient tout en présence du juste , elles mettent un frein à leur courroux. Soyez donc remplis d'une sainte ardeur et vous ne craindrez pas les flammes, quand même vous les verriez s'élever jusqu'au ciel. Vous avez un chef généreux et tout-puissant qui d'un simple signe peut faire disparaître tout ce qui vous importune. Il tient tout en son pouvoir: le ciel, la terre, la mer, les animaux sauvages, et le feu. Il peut tout transformer, tout mouvoir à son gré.
Je vous demande donc d'où peuvent venir vos craintes, sinon de votre lâcheté et de votre nonchalance personnelle. La mort n'est-elle pas le plus grand de tous les maux? Eh bien ! ce n'est cependant qu'une dette que nous payons à la nature. Pourquoi ne travaillez-vous pas à vous la rendre profitable? Puisqu'il faut bon gré, mal gré , avancer dans cette vie, pourquoi ne serait-ce pas à notre avantage ? Aux rudes épreuves de ce monde succéderont les biens de l'éternité, qui seront une source de jouissances infiniment au-dessus de la douleur présente. Que si ces épreuves vous paraissent insupportables, songez à ceux qui , sans aucune récompense, se consument à la longue, en proie à une faim continuelle , à des maladies incurables et longues qui leur font souvent souhaiter la mort. On en a vu qui se sont poignardés, d'autres qui se sont pendus pour en finir avec la vie. Pour vous, qui avez devant les yeux et le ciel et les biens qu'il renferme, vous ne craignez pas, vous ne tremblez pas d'être mous et lâches, surtout quand vous avez un aide aussi puissant! Ecoutez donc le Prophète qui vous crie: " Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur sont fermes comme la montagne de Sion; " voulant nous faire entendre par cette montagne , que notre confiance cri Dieu doit être immuable, solide, invincible et inexpugnable. Car, de même que les machines les plus nombreuses et les plus puissantes ne sauraient ni renverser, ni ébranler cette montagne, ainsi celui qui a placé en Dieu son espérance, résistera à toutes les attaques:
il n'y a pas de montagne, en effet, dont la force puisse être comparée à la confiance en Dieu. — " Celui qui demeure dans Jérusalem ne sera jamais ébranlé. " Une autre leçon porte — " Il sera inébranlable à tout jamais celui qui demeure près de Jérusalem. "
Mais quoi ? Daniel et les trois enfants ne lurent-ils pas ébranlés? — Nullement, car s'ils furent expatriés, conduits en captivité, ils ne furent pas ébranlés un seul instant. Et au milieu d'une si grande perturbation de toutes choses, malgré la violence des flots, ils étaient immobiles comme le rocher et restaient tranquilles dans le port, sans éprouver rien de pénible. N'appelez pas ébranlement , l'émotion causée par les événements de la vie. Etre ébranlé, c'est donner la mort à son âme , perdre sa vertu ; ce qui n'a pas lieu pour ceux qui sont sobres et vigilants au milieu des périls; leur sagesse au contraire, y puise une nouvelle vigueur et ils en sortent avec plus d'éclat. Si vous voulez entendre dans un sens anagogique ces paroles: " Celui qui demeure dans Jérusalem ne sera jamais ébranlé , "
représentez-vous la cité céleste. Ceux qui y sont parvenus sont à l'abri des épreuves. Il n'y a rien qui puisse les faire déchoir, ni passions, ni plaisirs, ni occasion de pécher, ni douleur, ni ennui, ni danger: tout cela est bien loin. — " Jérusalem est environnée de montagnes et le Seigneur est autour de son peuple pour le défendre dès maintenant et pour toujours (2). " Ces paroles signifient que Jérusalem tire un grand secours de sa position même, mais le Prophète ne veut pas qu'elle s'y confie, et il l'élève jusqu'à un autre secours inexpugnable , qui est Dieu.
2. Sans doute, dit le Psalmiste, les montagnes la défendent, mais il lui faut encore un protecteur qui la rende inexpugnable, selon cette parole d'un autre interprète: " Le Seigneur environne son peuple. " En d'autres termes, ne vous fiez pas à la hauteur des montagnes, car ce qui rend Jérusalem inexpugnable, c'est que " le Seigneur ne laissera pas toujours le sort des justes sous la verge des pécheurs(2). " Montrant ainsi aux justes un motif légitime d'attendre le secours de Dieu, et de s'y confier. Quel est ce motif ? C'est que le Seigneur ne laissera pas les biens des justes aux mains des pécheurs: paroles bien propres à nous faire confier dans l'assistance divine et (187) à persévérer dans la vertu, puisque c'est le moyen de jouir à jamais de son secours et de conserver nos biens. Il résulte de là, en effet, qu'il ne tient qu'à nous d'avoir la paix et de n'être pas dépouillés. Ici "
la verge des pécheurs, " signifie le règne de nos ennemis et ce verset peut s'entendre ainsi : il ne permettra pas que les pécheurs s'emparent de l'héritage des justes. Si parfois le contraire a lieu pour un temps, c'est à titre de correction, de châtiment et de leçon. " De peur, que les justes a n'étendent la main vers l'iniquité." Ou bien : " C'est pourquoi les justes n'étendent point les mains vers l'iniquité. " Comme il a été dit que le Seigneur les défendrait, les vengerait; repousserait leurs ennemis, et les maintiendrait dans leurs possessions, le Psalmiste semble ajouter maintenant: Châtiés par les épreuves et rendus meilleurs par les biens qu'ils auront reçus, les justes auront, pou r persévérer dans la vertu, un double motif qui les préservera du mal. Tout a donc été fait pour rendre leur âme meilleure ; l'adversité a servi à la corriger, et les faveurs reçues à augmenter son zèle. — " Faites donc du bien, Seigneur, " ou bien, " accordez vos bienfaits à ceux qui sont bons et dont le coeur est droit (4). " — Mais pour ceux qui se détournent dans les voies obliques, le Seigneur les joindra à ceux qui commettent l'iniquité (5)." C'est ainsi qu'en toute circonstance les biens que nous recevons, les châtiments que nous encourons, dépendent de nous. Toutefois, la bonté de Dieu n'en brille pas avec moins d'éclat, car elle triomphe de nos résistances par des récompenses qu'elle nous distribue avec une largesse extraordinaire. Tombons-nous en faute? elle ne nous inflige qu'une faible peine; tandis qu'elle paye le bien que nous avons fait par une récompense infiniment au-dessus de nos mérites.
Par " coeurs droits " on entend ici les coeurs simples, ennemis de la dissimulation, ignorant les détours ou les feintes. Dieu attache un tel prix à la droiture que partout il la met en première ligne. Telle est aussi la vertu, simple et franche, contrairement au vice qui est hideux, ami des détours et de l'obscurité. Des exemples feront mieux ressortir la chose. Voyez celui qui veut monter et dresser des embûches : que d'essais, que de tentatives variées, de discours trompeurs! quel artifice ! quelle éloquence ! Chez celui qui dit la vérité, au contraire, il n'y a ni travail, ni difficulté, ni feinte, ni art, ni fourberie, ni rien de semblable, car la vérité se montre assez par elle-même. Et comme les corps difformes ont besoin de beaucoup d'art et de déguisements pour masquer leur laideur naturelle, tandis que ceux qui sont naturellement beaux, se prisent assez, sans avoir besoin d'un éclat emprunté, ainsi en est-il de la vérité et du mensonge, de la vertu et du vice. D'où il résulte clairement, qu'indépendamment de la justice divine, le vice porte avec lui son supplice et la vertu sa récompense. Et' de même que celle-ci a en elle des récompenses qui précèdent les couronnes immortelles, ainsi le vice contient un châtiment qui devance la punition de Dieu. Car en fait de châtiment, y en a-t-il de plus grave que le péché lui-même ?Aussi saint Paul parlant de ceux qui exercent des métiers infâmes, en prostituant la fleur de l'âge et en renversant les lois de la nature, a-t-il proclamé que leurs actions étaient leur plus grand supplice, même avant tes châtiments de Dieu : " Les hommes commettant avec les hommes une infamie abominable, et recevant ainsi en eux-mêmes la juste peine qui était due à leur erreur.
" (Rom. I, 27). Appelant ainsi récompense du péché, le péché lui-même et les excès auxquels il porte.
" Que la paix soit sur Israël. " Le Psalmiste termine par une prière. Telles sont les âmes des saints : à l'exhortation, aux conseils, ils joignent la prière pour donner à leurs auditeurs le plus grand secours possible. Il s'agit ici non. de la paix terrestre, mais de celle qui est infiniment au-dessus. Le Prophète dit d'où elle vient et il demande que l'âme ne se jette pas dans un trouble funeste en entrant en guerre avec elle-même. Recherchons-la, nous aussi, cette paix, afin de pouvoir obtenir les biens qui nous sont promis, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et l'empire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !
EXPLICATION DU PSAUME CXXV. 1" LORSQUE LE SEIGNEUR A FAIT VENIR CEUX DE SION QUI éTAIENT CAPTIFS, NOUS AVONS éTé COMBLéS DE CONSOLATIONS. " UN AUTRE INTERPRèTE DIT : " LORSQUE LE SEIGNEUR AURA FAIT REVENIR CEUX QUI éTAIENT CAPTIFS, NOUS SERONS CONSOLéS. "
ANALYSE.
1. On distingue plusieurs captivités, mais la pire de toutes, c'est celle qui consiste à être sous la domination de Satan.
Il n'y a pas tyran plus impitoyable, comme il l'a bien fait voir par l'exemple de Judas. Heureux au contraire ceux qui sont les serviles captifs de Notre-Seigneur : ils ont tout lieu de se glorifier, comme saint Paul.
2. Peur recueillir les joies da ciel, il faut semer ici-bas dans les larmes de l'affliction, car de même que la terre doit être bouleversée et déchirée pour rapporter du fruit, ainsi l'âme a besoin d'être remuée et agitée par les tribulations de toutes sortes, pour produire tes fruits de vertu qui lui mériteront les récompenses éternelles. La pluie arrose et féconde la terre, les larme sont la rosée fécondante de l’âme : Heureux donc ceux qui sèment dans les larmes, ils recueilleront les joies et l'allégresse de l'éternité !
1. Le mot " captivité " n'a qu'une signification, il est vrai, mais il s'entend de bien des façons. Il y a, en effet, une bonne captivité, selon ce mot de saint Paul : " Réduisant en captivité tous les esprits pour les soumettre à Jésus-Christ (II Cor.
X, 5), " et il y en a une mauvaise, d'après ces autres paroles : " Traînant après eux, comme captives, des femmes chargées de péché. " (II Tim. III, 6.) Il y a une captivité spirituelle exprimée ainsi par Isaïe : " Prêchez la grâce aux captifs (Is. LXI , 1) ; " et il y a une captivité matérielle, sensible, infligée par l'ennemi. De ces deux dernières, la première est la plus grave, car souvent ceux qui ont fait des prisonniers de guerre, épargnent les vaincus, et quand même ils leur ordonneraient de transporter du bois, de l'eau , ou des vivres pour les chevaux, ils ne peuvent atteindre leur âme. Celui, au contraire, qui est devenu l'esclave du péché a un maître dur et intraitable, qui le force à faire les choses les plus honteuses et les plus déshonorantes, car la tyrannie du vice ne pardonne pas, elle est s'ans pitié. Aussi, voyez comment après avoir rendu captif le misérable et infortuné Judas, elle est cruelle à son égard au point d'en faire un sacrilège et un traître. Et puis, après qu'il a commis son crime, elle le conduit en présence des Juifs pour qu'il avoue sa faute : mais ne voulant pas que cet aveu lui serve, elle le potasse à se pendre au lieu de lui laisser recueillir les fruits de sa pénitence. C'est un tyran redoutable, en effet, que celui qui nous commande le mal et qui déshonore ceux qui lui obéissent. C'est pourquoi, je vous en conjure, fuyons son empire avec le plus grand soin, luttons avec lui, qu'il n'y ait pas de réconciliation possible , et une fois délivrés, demeurons clans notre liberté.
Si ceux qui ont échappé à la captivité des (189) barbares ont été consolés , à plus forte raison, nous qui avons été arrachés au ,joug du péché devons-nous être dans la joie et l'allégresse et conserver à jamais notre bonheur, évitant de le troubler ou de le perdre en retombant aussitôt dans les mêmes fautes.
" Nous avons été comblés de consolation. " Ou selon d'autres interprètes d'accord avec l'hébreu: " Nous avons été comme des gens qui rêvent. " (Dans l'étonnement où nous étions notre délivrance nous a paru comme un songe. ) Que signifie le mot: " Consolés ? " C’est-à-dire , remplis de repos, de joie et de plaisir. — " Alors notre bouche a été remplie de cantiques de joie et notre langue de cris d'allégresse. Alors on dira de nous, parmi les nations : le Seigneur a fait de grandes choses en leur faveur (2). — Oui, le Seigneur a fait pour nous de grandes choses (3). " En d'autres termes: la joie que nous ressentons d'être délivrés de la captivité ne doit pas peu contribuer à nous rendre meilleurs. — Mais le moyen, direz-vous, de ne pas se réjouir d'un tel bien? — Cependant, quand leurs pères eurent été affranchis de la servitude d'Egypte et remis en liberté , par la plus noire ingratitude ils murmuraient malgré les biens dont ils étaient comblés, ils s'indignaient, ils étaient tristes, mécontents. Pour nous, semblent-ils dire, il en sera tout autrement: nous nous réjouissons, nous sommes dans l'allégresse, apprenez d'eux le sujet de leur joie. — Nous nous réjouissons, s'écrient-ils, non-seulement parce que nous avons été délivrés de nos maux, mais encore parce que tous verront par là que Dieu prend soin de nous. "Car alors, on dira de nous parmi les nations : Le Seigneur a fait de grandes choses en leur faveur. Oui, le Seigneur a fait pour nous de grandes choses. " Cette répétition ne sert qu'à faire mieux ressortir le sujet de leur joie. Dans le premier cas, ce sont les nations qui parlent, dans le second membre de phrase ce sont eux-mêmes. Et puis, remarquez qu'ils n'ont pas dit: " Le Seigneur nous a sauvés; " ni, " le Seigneur nous a délivrés; " mais, " il a fait pour nous de grandes choses, " afin de faire éclater davantage la conduite admirable et merveilleuse de Dieu à leur égard. Et c'est ainsi , comme je vous l'ai fait observer bien des fois, que le monde entier était instruit par ce peuple tandis qu'il était conduit en, captivité et rendu à la liberté. Leur retour lui-même était comme une prédication, car on parlait d’eux partout, la miséricorde de Dieu envers eux brillait à tous les regards à cause des miracles frappants dont ils avaient été l'objet et qui dépassaient tout ce qu'on pouvait imaginer. Aussi bien, Cyrus qui les retenait les laissa partir sans qu'on l'en priât, mais parce que Dieu avait fléchi son coeur; et non content de les renvoyer il voulut encore les combler de largesses et de présents. " Et nous en sommes remplis de joie. — Seigneur, faites revenir nos frères captifs, qu'ils se répandent dans cette terre comme un torrent dans le pays du midi (4) " Comment le Prophète a-t-il pu dire ait commencement de ce psaume : " Lorsque le Seigneur a fait revenir ceux de Sion qui étaient captifs? " et ici: " Faites revenir, " comme s'il s'agissait d'une chose future? Du reste, ce dernier sens nous est particulièrement indiqué par la version qui porte, non point: " Lorsque le Seigneur a fait revenir; " mais bien: " Lorsque le Seigneur aura fait revenir; " parce que la chose était alors commencée et qu'elle ne fut pas accomplie tout d'un coup , car il y eut plusieurs captivités: on en compte trois.
2. Voici donc ce qu'on peut dire : Le Prophète demande que la délivrance soit complète et absolue, contrairement au désir de beaucoup de Juifs qui voulaient rester au milieu des barbares , et dans son immense désir de la voir se réaliser, il s'écrie:
" Faites revenir le reste de nos frères captifs. " Qu'ils se répandent dans cette terre comme un torrent dans le pays du midi. " En d'autres termes, excitez-nous , pressez-nous avec une grande ardeur et une grande violence. C'est ce que voulaient exprimer d'autres interprètes quand ils disaient: " Qu'ils se répandent comme des canaux; " ou bien: "Comme des bassins qu'on vide; " ou bien encore : " comme des écluses qu'on ouvre. — Ceux qui sèment dans les larmes, moissonneront dans la joie (5). " Ces paroles ont été dites des Juifs, mais elles peuvent trouver leur application dans bien d'autres cas. C'est en effet le propre de la vertu d'être largement récompensé de ses peines.
Mais il faut d'abord commencer par travailler et par souffrir avant de chercher le repos. C'est du reste ce qui a lieu pour tout ce qui se rapporte à cette vie. Et voilà pourquoi le Psalmiste y fait allusion dan:t son discours, en nous parlant du semeur et (190) de la moisson. De même que celui qui sème doit travailler, souffrir, endurer le chaud et le froid, ainsi en est-il de celui qui est à la poursuite de la vertu. C'est que rien n'est, moins que l'homme, fait pour le repos; et voilà pourquoi Dieu a rendu étroit et difficile le chemin qui conduit à la vertu. Bien plus , ce n'est pas seulement la vertu qui est pénible, mais c'est tout ce qui a rapport à cette vie, et même à un plus haut degré. Car, celui qui sème comme celui qui bâtit, le voyageur, le charpentier, l'artisan, quiconque en un mot, veut se procurer quelque avantage, doit travailler et souffrir: et de même qu'il faut les pluies aux semeurs, il nous faut les larmes; et comme la terre a besoin d'être labourée et retournée, ainsi l'âme fidèle a besoin des tentations et des afflictions pour l'empêcher de produire des mauvaises herbes, pour la rendre plus souple et tempérer son effervescence et son orgueil. Car la terre, elle aussi, ne produit rien de bon, si on ne la cultive avec soin. Le Prophète veut donc que les Juifs se réjouissent non-seulement de leur retour, mais encore de leur captivité et qu'ils remercient Dieu de ces deux bienfaits. Voilà pour le semeur, passons maintenant à ce qui regarde la moisson.
Semblables, leur dit-il encore, à ceux qui sèment avec peine pour recueillir ensuite des fruits abondants , on vous a vus pendant votre captivité affligés, repoussés, persécutés , supportant l'hiver, la rigueur des saisons, la guerre , les pluies, le froid et la glace et répandant des larmes. — Car les larmes sont à l'affliction ce que les pluies sont aux semences. Mais voici que vous avez reçu la récompense de toutes ces peines. Ainsi donc ces paroles: — " En s'en allant, ils marchaient en pleurant et ils répandaient leur semence (6). Mais en s'en revenant ils marcheront avec des transports de joie, en portant les gerbes de leur moisson, " doivent s'entendre non du blé, mais des événements de la vie, et elles nous apprennent à ne pas nous inquiéter et à ne pas gémir dans les afflictions. De même que celui qui sème ne se laisse pas abattre par les difficultés sans nombre qu'il rencontre , dans la prévision d'une moisson splendide et abondante, ainsi celui qui est éprouvé ne doit pas s'inquiéter ni se tourmenter, quelle que soit la grandeur de ses maux, dans l'attente d'une riche moisson, et en considération des avantages nombreux dont l'affliction est pour lui la source. Que ces mêmes réflexions nous fassent remercier Dieu des épreuves comme du repos et de la paix. Quelle que soit la diversité des événements, tous tendent au même but comme pour la semence et la moisson. Supportons donc les adversités avec un coeur fort et généreux, en rendant grâces à Dieu dont nous célébrerons également la gloire dans le repos et la prospérité, afin de mériter les biens éternels, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et l'empire, dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXVI. 1. " SI LE SEIGNEUR NE BATIT UNE MAISON, C'EST EN VAIN QUE TRAVAILLENT CEUX QUI LA BATISSENT; SI LE SEIGNEUR NE GARDE UNE VILLE, C'EST EN VAIN QUE VEILLE CELUI QUI LA GARDE. — 2. C'EST EN VAIN QUE VOUS VOUS LEVEZ AVAIT LE JOUR, LEVEZ-VOUS APRèS QUE VOUS VOUS SEREZ REPOSéS. "
ANALYSE.
1. L'essentiel pour l'homme, c'est d'attirer sur lai la protection divine ; sans elle, tous ses efforts seront vains, toutes ses peines inutiles, avec elle au contraire, il réussira toujours. biais il ne faut pas qu'il se contente d'implorer cette protection et qu'il reste ensuite trois la nonchalance et le repos, mais il doit déployer toute son énergie. C'est à cette condition que le Seigneur l'assistera.
2. Avec cette assistance divine, tout prospérera, tout lui réussira, et il trouvera dans les épreuves mêmes une source de bonheur et de joie; car le comble de la félicité et le souverain bien consistent à être armés du secours d'en-haut.
C'est ce que, nous voyons se réaliser pour les Juifs quand ils viennent relever Jérusalem.
1. Ce psaume traite de l'état des choses après le retour des Juifs. Délivrés de la captivité, sortis du milieu des barbares, ils trouvèrent leur ville en ruine, leurs murailles et leurs tours renversées, et ils s'efforcèrent de les relever; mais leurs voisins en grand nombre les attaquaient de toutes parts, pour les en empêcher, soit jalousie de leur bonheur, soit crainte de leurs succès. Cependant le temps marchait, et avec une telle rapidité, qu'on employa plus de quarante ans, seulement pour construire le temple, comme les Juifs le proclamèrent plus tard : " On a été quarante-six ans à bâtir ce temple. " ( Jean, II, 20. ) Paroles qui doivent s'entendre non de la première construction faite par Salomon, mais de celle qui fut exécutée après la délivrance de la domination des Perses. Ainsi donc, comme la construction de la ville, du temple et des murailles exigeait beaucoup de temps (car il en fallut considérablement pour relever la ville), le Psalmiste l'exprime de la sorte pour apprendre aux Juifs à recourir à Dieu, en leur montrant que tous leurs efforts seront vains et inutiles, s'ils n'attirent sur eux le secours divin. Car non-seulement ce secours leur a été indispensable pour être délivrés de la captivité, mais il l'est encore afin qu'après leur délivrance ils puissent relever leurs murailles. Et sans parler de murs à élever, ni de ville à bâtir, quand même tout cela serait terminé et parfaitement organisé , on ne pourrait pas même les garder sans l'assistance divine. En parlant ainsi, le Prophète voulait, par tous les moyens possibles, porter les Juifs à implorer la protection d'en-haut, car il craignait que le repos et la prospérité ne les rendissent,pus négligents. C'est pour les mêmes raisons que Dieu ne leur donna pas tous ses bienfaits à la fois et d'un seul coup, mais successivement et (192) à la longue, de peur que, délivrés trop promptement de leurs maux. ils ne retombassent dans leurs premiers égarements. Et puis, à mesure qu'il leur accordait ses biens, il les avertissait fréquemment, en réveillant de temps en temps leur torpeur par les attaques de l'ennemi. Par conséquent, ce qui est dit ici ne doit pas être restreint au cas particulier dont il s'agit, hais il faut y voir un principe général qui s'applique à tout, et en conclure que dans les événements de la vie, nous ne devons jamais être lâches ni nous laisser abattre, mais faire tous nos efforts et ensuite nous abandonner complètement à la volonté du Seigneur, plaçant en lui toutes nos espérances. De même que sans l'aide de Dieu nous ne pourrons réussir en rien, ainsi notre négligence et notre lâcheté paralyseront son assistance au point de nous empêcher d'arriver à nos fins . " C'est en vain que vous vous levez avant le jour pour vous enrichir par votre travail. Levez-vous après que vous vous serez reposés. " Un autre interprète dit : " C'est en vain que vous attendez pour vous reposer, " et un troisième : " Que vous différez de vous reposer. " Ce qui revient à dire : malgré votre vigilance, quoique vous vous leviez de grand matin et que vous vous couchiez fort lard, passant tout votre temps à travailler et à souffrir, sans le secours d'en-haut, tous ces efforts purement humains n'aboutiront à rien, et toute cette application, toute cette peine seront sans fruit.
" Vous qui mangez d'un pain de douleur. " Ces dernières paroles nous font voir combien pénible est la vie des Juifs qui sont obligés d'être sous les armes pour bâtir. C'est qu'en i ffet, d'une main ils portaient la corbeille ou la pierre et de l'autre le glaive, obligés qu'ils étaient de se partager pour travailler et pour combattre et de joindre des armes à leurs instruments de travail. Car la ville était sans fortifications et par conséquent à découvert, ils craignaient à chaque instant les attaques de l'ennemi. C’est pourquoi ils se tenaient sous les armes, pour élever leurs murs, tout prêts à saisir le glaive ou l'épée au cas où les sentinelles avancées donneraient le signal d'une irruption soudaine en sonnant de la trompette aussitôt qu'ils verraient un mouvement. Mais malgré tant de précautions, ajoute le Psalmiste, quand même vous " mangeriez le pain de la douleur," vos efforts seront inutiles à moins que vous n'attiriez sur vous la protection divine. Que si, pour relever une ville et der murailles, l'assistance du Seigneur était si indispensable , quel besoin plus grand n'en avons-nous pas, nous qui voulons parcourir la voie qui conduit au ciel? car " après le sommeil qu'il aura donné à ses bien-aimés. ils verront naître des enfants qui seront comme un héritage et un don du Seigneur (3). " Que signifie cette conclusion? — Elle est admirable et bien en harmonie avec ce qui précède, car elle revient à ceci : sans l'aide de Dieu rien ne subsiste ; mais qu'il paraisse, il apporte avec lui, le sommeil agréable, le repos, la vie exempte de périls et pleine de sécurité.
2. Lors donc que Dieu aura donné le repos à ses enfants, quand il aura réparé leurs forces, repoussé cens qui les attaquaient, non-seulement. ils pourront bâtir leur ville et la garder, mais ils recevront des biens infiniment plus importants : ils deviendront les pères de nombreux enfants, et leur postérité croîtra brillante. Et ainsi " le fruit de leurs entrailles sera la récompense de leurs travaux , " ou bien " leur récompense sera la fécondité du sein de la mère. " En d'autres termes, ils recevront en récompense une postérité nombreuse. Car bien que ce soit là une chose qui paraisse toute naturelle , quand Dieu s'en mêle, elle réussit mieux ; le secours d'en-haut lui est même indispensable, et c'est la condition pour que Jérusalem soit peuplée d'habitants. Mais tout leur bonheur consistera-t-il à élever une ville, à la bien garder, à posséder une postérité nombreuse?
— Non, car à ces biens viendront s'en ajouter d'autres que le Psalmiste nous indique dans les paroles suivantes : " Telles sont les flèches dans la main d'un homme fort, tels sont les enfants de ceux qui ont été éprouvés par l'affliction, " ou, selon une autre version, par la captivité: " Ce qui revient à dire: non-seulement ils seront en sûreté derrière leurs murailles, et dans l'intérieur de leur ville fortifiée, non-seulement leur postérité sera nombreuse, mais, de plus, ils seront terribles pour leurs ennemis et redoutables comme des flèches. Et remarquez qu'ils ne sont pas comparés simplement à des flèches, mais " à des flèches dans la main des forts. " Les flèches en effet ne sont pas terribles par elles-mêmes, et c'est seulement quand elles sont lancées par un bras vigoureux qu'elles portent la mort où elles sont dirigées. C'est donc ainsi qu'ils (193) seront terribles. Mais de qui s'agit-il? — " Des enfants de ceux qui ont été éprouvés par l'affliction. " C'est-à-dire, de ceux qui étaient autrefois faibles et enchaînés. Le Prophète rappelle souvent aux Juifs, pendant leur prospérité, les malheurs du passé, afin de ramener leur esprit à de meilleurs sentiments, et par les maux qu'ils ont soufferts et dont ils sont délivrés, et par les biens qui les attendent. — " Heureux l'homme qui a accompli son désir en eux; de tels enfants ne seront point confondus lorsqu'ils parleront à leurs ennemis à la porte de la ville (5). " — On lit dans l'hébreu : " Heureux l'homme qui a rempli son carquois de telles flèches; " parce qu'avec cette grâce ils obtiendront la force du corps, une vigueur irrésistible, une nombreuse et belle famille, la sécurité et la splendeur de la cité, la victoire et le triomphe dans les guerres. Aussi le Psalmiste proclame-t-il bienheureux ceux auxquels est réservée une pareille félicité, car, dit-il, ils seront armés pour la défense. Mais ce ne sera pas encore là tout leur bonheur : ils auront de plus, le privilège de ne pouvoir être humiliés. " Ils ne seront point confondus lorsqu'ils parleront à leurs ennemis à la porte de la ville.
" Que signifient ces paroles, sinon, la plus grande gloire, la plus belle illustration, le comble de l'allégresse et de la félicité ? On ne pourra plus leur reprocher d'avoir un Dieu qui n'a pas eu soin d'eux, un Dieu impuissant, ou bien un Dieu fort dont leurs péchés ont éloigné l'assistance. Illustres en tout, à cause de leur ville, de leurs murailles, de leurs forteresses, de leurs enfants, de leurs armes, de leur puissance, ils ne se cacheront pas de honte à la vue de leurs ennemis, mais ils marcheront vaillamment leur rencontre, pleins de confiance et d'ardeur, parce que Dieu montrera. toujours qu'il s'est chargé de leur défense. Le comble de leur félicité et leur souverain bien consistent désormais à être armés du secours d'en-haut. Et le Prophète termine son psaume par ces paroles pour nous apprendre à rechercher, nous aussi, cet ornement qui doit faire notre unique gloire. Que tel soit donc le but de tous nos efforts, et nous serons dignes des biens éternels, par la grâce et la miséricorde de Notre- Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire, en union avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXVIII. 1. " ILS M'ONT SOUVENT ATTAQUé DEPUIS MA JEUNESSE; OUI, QU'ISRAEL LE DISE. — 2. ILS M'ONT SOUVENT ATTAQUé DEPUIS MA JEUNESSE; C'EST QU'EN EFFET ILS N'ONT RIEN PU CONTRE MOI. UN AUTRE INTERPRèTE TRADUIT : MAIS ILS N'ONT RIEN PU CONTRE MOI. "
" Ils m'ont souvent attaqué depuis ma a jeunesse; oui, qu'Israël le dise (1). Ils m'ont "souvent attaqué depuis ma jeunesse; c'est qu'en effet ils n'ont rien pu contre moi (2). " Un autre interprète traduit : " Mais ils n'ont rien pu contre moi. "
Ce psaume se rattache encore au précédent. Car la construction du temple ayant été interrompue, et l'ouvrage ne s'achevant pas, le Psalmiste veut donner bon espoir aux Juifs, afin qu'ils ne se découragent point, et cherchant dans le passé de quoi les disposer à la confiance pour l'avenir; il leur apprend à dire les paroles du psaume dont il s'agit. Et que signifient-elles? Que les ennemis des Juifs, quoique les ayant souvent attaqués, ne purent l’emporter sur eux, et ne remportèrent point de victoire complète. Et cependant, dit le Psalmiste, ces ennemis firent les Juifs prisonniers, les transportèrent en pays étranger, et les vainquirent dans plusieurs guerres. Oui, mais avant tout, ce ne fut pas par leur propre force que ces ennemis triomphèrent alors, ce fut par l'effet du péché des Juifs; et en outre, ils ne gardèrent pas leur supériorité jusqu'à la fin. Ils ne purent ni exterminer tout à fait la race, ni anéantir entièrement la ville, ni perdre la nation pour toujours; mais après que, par la permission de Dieu, ils eurent eu quelque temps le dessus, ils furent vaincus à leur tour. Et comment le furent-ils? En ce que les Juifs redevinrent florissants comme auparavant. C'est ce qu'exprime un autre interprète, en traduisant : " Mais ils n'ont pas été plus forts que (200) moi. Les pécheurs travaillaient sur mon dos, ils ont prolongé leur iniquité (3). " Que signifient ces paroles? Le Psalmiste veut dire : Ils ne m'ont pas tendu des piéges ordinaires, mais ils ont formé contre moi nombre de complots et d'embûches, ourdissant mille ruses et m'assaillant en cachette. Car l'expression, " sur mon dos, " indique ou la perfidie et la dissimulation, ou bien un traitement exercé de vive force et avec une grande rigueur. Cela signifie donc, ils cherchaient à briser ma puissance. Un autre interprète, au lieu de : " Ils travaillaient, " traduit par : " Ils ont labouré, " pour montrer qu'ils mettaient toute leur ardeur à tendre ces piéges contraires à la justice. "Ils ont prolongé leur iniquité. " Que veut dire ici le Psalmiste?
Il fait voir qu'ils mirent dans leurs attaques non-seulement beaucoup de violence, mais encore beaucoup de persistance, y employant un temps considérable, faisant de ces embûches leur grande affaire, et y mettant un acharnement continuel. Toutefois, ils n'y gagnèrent rien, grâce non pas à notre force, mais à la puissance de Dieu. C'est pourquoi, voulant montrer Celui qui élève le trophée et qui est l'auteur de 1a victoire, il ajoute : " Le Seigneur dans sa justice a tranché les cous des pécheurs (4). " Et un autre traducteur, au lieu de : " les cous, " a mis : " les lacets, " pour signifier les embûches, les artifices, les ruses. Et le Psalmiste a eu raison de ne pas dire : il a détruit, mais, " Il a tranché, " pour mieux mettre en évidence qu'il a opéré ce résultat en rendant leurs desseins désormais inutiles. Et en effet, lorsque la ville commençait à se rebâtir, une foule de gens, consumés d'envie, attaquèrent les Juifs de tous côtés, et ce ne fut pas une ou deux fois seulement, mais à bien des reprises. Cela est arrivé aussi à l'église. Quand elle commençait à s'accroître, tout le monde l'attaquait continuellement:
ce furent d'abord les princes, les peuples, les tyrans; puis vinrent les piéges des hérésies : de toutes parts une vaste guerre s'alluma, sous des formes diverses. Malgré cela, elle ne servit de rien les plans des ennemis ont été déjoués, et l'église est florissante. " Que tous ceux qui détestent Sion soient couverts de honte et forcés " à tourner le dos (1) (5). Qu'ils deviennent
1. Apostraphetosan et anatrapetosan ont un sens trop analogue, surtout suivis de eis ta opiso , pour qu'on puisse traduire en français une différence de versions que donne ici saint Chrysostome. (Em.) comme l'herbe des toits, qui s'est desséchée avant qu'on l'arrachât (6); dont le moissonneur n'a point rempli sa main (1). Et dont " celui qui ramasse les javelles n'a point rempli son sein (7). Et ceux qui passent n'ont point dit : Que la bénédiction du Seigneur soit sur vous. Nous vous avons bénis au nom du Seigneur (8). " Le Psalmiste termine par une prière cette exhortation; et, tant par le récit des événements passés que par cette même prière, il dispose l'auditeur à prendre courage, et lui montre le motif injuste de cette guerre. C'est l'envie, c'est la haine, qui a fait entreprendre cette suite de combats; aussi dit-il : " Que tous ceux qui détestent Sion soient couverts de honte et forcés à tourner le dos. " Puissent-ils non-seulement avoir le dessous , mais d'une manière honteuse et digne de risée.
Ensuite, par ces paroles " Qu'ils deviennent comme l'herbe des toits," il insiste sur l'image; il ne les compare pas simplement à l'herbe, mais à celle des toits. Pourtant même celle qui croît dans une bonne terre, passe bien vite; eh bien! pour peindre plus vivement encore le peu de valeur de nos adversaires, il les compare à l'herbe qui pousse sur les maisons; de manière que la facilité de renverser nos ennemis ressort pour nous d'un double rapprochement : la nature de l'herbe et la nature du lieu. Telles sont, nous dit-il, leurs attaques : elles n'ont ni racine, ni soutien; ces adversaires semblent d'abord un instant fleurir, mais ensuite on les voit ce qu'ils sont, et leurs menées retombent sur eux-mêmes. Telle est aussi la prospérité de ceux qui vivent dans l'iniquité, tel est le brillant des choses de la vie; à peine apparu, tout cela s'évanouit, n'ayant ni fondement ni force intime. Il ne faut donc pas tenir compte de ces avantages, mais, songeant à leur fragilité, il faut aspirer aux biens immortels, inébranlables et immuables. Puissions-nous tous les obtenir, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec lequel gloire au Père ainsi qu'au Saint-Esprit, dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
1 Même remarque pour Kheir main en général, et drax main fermée pour tenir une poignée de quelque chose; mais avec plero , remplir, il n'y a pas en français deux manières de traduire. (Em.)
EXPLICATION DU PSAUME CXXIX. 1. " DES PROFONDEURS J'AI CRIé VERS VOUS, SEIGNEUR. SEIGNEUR, EXAUCEZ MA PRIèRE. "
ANALYSE.
1. Les prières, pour être bonnes, doivent partir du fond du coeur. Dieu exauce la prière ardente.
2. Nul homme; si Dieu voulait le juger à la rigueur, ne serait trouvé juste.
3. De la confiance en Dieu.
1. Que signifient ces mots : " Des profondeurs? " Ce n'est pas simplement la bouche, ni simplement la langue qui prononce ces mots, tandis que la pensée est errante; non, ils sortent du fond le plus intime du coeur, c'est avec un grand zèle, une grande ferveur, que la pensée les tire de ses profondeurs. Telle est, en effet, l'âme des affligés; elle remue en même temps qu'elle le couur tout entier, en invoquant Dieu avec une grande componction, et c'est pour cela qu'elle se fait écouter. Oui, de telles prières ont une grande force, et rien ne les abat ni ne les ébranle, quand même le démon viendrait à la charge avec une grande violence. De même qu'un arbre vigoureux, qui envoie de toutes parts ses racines sous terre à une grande profondeur, et en étreint rigoureusement tous les replis, résiste ainsi à toute la violence des vents, tandis que celui qui ne tient qu'à la surface du sol est ébranlé au moindre souffle qui arrive, et bientôt, arraché avec sa racine, s'en va joncher la terre; de même les prières, lorsqu'elles partent du coeur, qu'elles ont des racines profondes, alors taille et mille pensées ont. beau survenir, et le démon déployer tous ses armements, elles demeurent fermes et invincibles, rien ne peut les abattre; celles au contraire qui ne partent que de la bouche, que des lèvres, qui ne viennent pas du coeur, ne peuvent pas non plus monter jusqu'à Dieu, à cause de la tiédeur de celui qui les profère. Un tel homme, au moindre bruit le voilà renversé; le moindre tumulte l'arrache à son oraison ; la bouche retentit, mais le cœur est vide et la pensée au dépourvu. Ah ! ce n'est pas ainsi que priaient les saints, eux dont la contention d'esprit allait jusqu'à ployer le corps tout entier. Ainsi le bienheureux Elie, voulant prier, chercha d'abord la solitude; puis, s'étant mis la tête entre les genoux, il embrasa son cœur d'une grande ferveur, et donna cours alors à ses prières. (III Rois, XVIII, 42.) Voulez-vous maintenant le voir prier debout? Contemplez-le une autre fois dressé vers le ciel, et avec une telle contention qu'il fait descendre le feu d'en-haut. (ibid. V, 36-38.) De même lorsqu'il voulut ressusciter le fils de la veuve, c'est en se raidissant tout entier qu'il opéra cette résurrection, et cela sans en être brisé, sans bâiller (202) comme nous autres, mais réchauffé au contraire par l'ardeur de sa prière. (III Rois, XVII, 19-22.) Mais pourquoi parler d'Elie et de ces saints illustres?
J'ai souvent vu des femmes prier tellement du fond du coeur pour un mari en voyage ou un enfant malade, et verser de tels torrents de larmes, qu'elles obtenaient enfin ce qu'elles demandaient par leur prière. Eh bien! si pour la santé d'un enfant, si pour un mari qui est à l'étranger, des femmes s'enflamment à ce point dans leurs prières, quelle excuse aura l'homme qui n'a que de la tiédeur lorsque son âme est morte ? C'est bien pour cela que souvent, après avoir prié , nous nous retirons vides comme auparavant. Ecoutez comment Anne priait du fond du coeur, quels torrents de larmes elle versait, et comment elle était transportée au sortir de sa prière!
(I Rois, I, 10-11.) C'est que celui qui prie ainsi, recueille de grands avantages de sa prière, même avant d'obtenir ce qu'il demande, car il fait taire toutes ses passions, il apaise sa colère, se dépouille de sa jalousie, mortifie sa concupiscence, dompte son amour pour les choses de la vie, établit son âme dans un grand calme, enfin s'élève jusqu'au ciel. Car de même que la pluie, en tombant sur la terre desséchée, la fait devenir molle, ou de même que le feu assouplit le fer, ainsi une telle prière amollit et attendrit plus énergiquement que le feu, plus efficacement que la pluie, la sécheresse que les passions ont communiquée à l'âme.
L'âme est chose tendre et impressionnable; mais, semblable à l'Ister, dont l'eau devient souvent dure comme la pierre sous l'influence du froid, ainsi notre âme, sous l'influence du péché et d'une grande tiédeur, s'endurcit et se pétrifie. Nous avons donc besoin d'une forte chaleur pour amollir cette dureté. Or, c'est principalement la prière qui en vient à bout. Lors donc que vous y avez recours, ne cherchez pas seulement à obtenir ce que vous demandez , cherchez aussi comment vous pourrez, en priant, rendre votre âme meilleure. Car c'est là l'œuvre de la prière. L'homme qui prie ainsi s'élève au-dessus des choses de ce monde, il s'envole par la pensée, il donne de l'agilité à son intelligence et n'est plus emprisonné par aucune passion. "Des profondeurs j'ai crié vers vous, Seigneur." Le Psalmiste met ici deux choses : " Des profondeurs, " et : " J'ai crié vers vous. " Par ces cris, il ne veut pas dire le son de la voix, mais la disposition de notre esprit. " Seigneur, écoutez ma voix. " Il y a deux enseignements à tirer de là : le premier, c'est que nous ne pouvons absolument rien obtenir de Dieu, si nous n'y apportons ce qui dépend de nous; c'est pour cela qu'il commence par dire : " Des profondeurs , j'ai crié, " et qu'il ne dit qu'ensuite : " Ecoutez ma voix. " Le second point, c'est qu'une prière énergique, à laquelle se joignent les flots de larmes de la componction, a un grand pouvoir auprès de Dieu pour le faire accéder à ce que nous implorons. Et en effet, c'est en homme qui a accompli quelqu'oeuvre très-méritoire, et qui a fait ce qui dépendait de lui, que le Psalmiste ajoute : " Seigneur, écoutez ma voix (1). Que vos oreilles deviennent attentives à la voix de rua prière (2). " Il appelle " oreilles " la faculté que Dieu a d'entendre ; et par le mot de " voix, " il fait allusion non pas au son produit par notre souffle, ni à nos cris, mais à notre tension d'esprit. " Si vous considérez les iniquités, Seigneur, " Seigneur, qui pourra résister ? " Ceci, c'est afin que personne ne vienne dire : Pécheur comme je suis, et sous le poids de misères sans nombre, je ne puis m'approcher de Dieu, le prier ni l'invoquer ; pour détruire ce prétexte, le Psalmiste s'exprime ainsi : " Si vous considérez les iniquités, Seigneur, Seigneur, qui pourra résister ? " Car cette question : " Qui pourra? " revient à dire : Il n'y a personne qui puisse. Non en effet, cela ne se peut, il n'y a personne au monde qui, s'il rendait un compte exact de ses actions, fût jamais en état d'obtenir indulgence et miséricorde.
2. Et si je vous parle ainsi, ce n'est pas afin de porter les âmes à la tiédeur, c'est pour consoler ceux qui tombent dans le découragement. Car qui pourra se vanter d'avoir le coeur pur, " ou dire avec assurance qu'il est exempt de péché? " (Prov, XX, 9.) Sans aller chercher d'autres exemples, je n'ai qu'à vous citer saint Paul; et si je voulais lui faire passer rigoureusement en revue sa conduite, il n'y résisterait pas non plus. En effet, qu'aurait-il à dire? Il avait lu les Prophètes avec soin, en observateur zélé de la loi de ses pères, il voyait les prodiges qui s'accomplissaient, et pourtant il restait persécuteur; et il ne changea pas avant d'avoir été favorisé de cette merveilleuse vision, et d'avoir entendu cette voix terrible ; jusque-là il avait continué à jeter partout le (203) trouble et le désordre. Néanmoins, Dieu oublia tout cela, il l'appela, et daigna le combler de sa grâce. Et que dirons-nous de Pierre, lui qui occupe le premier rang? Après des miracles et des prodiges sans nombre, après tant d'exhortations et d'avertissements Dieu ne le convainquit-il point d'avoir gravement failli ? Pourtant, Dieu oublia cela aussi, et il établit Pierre le prince des apôtres. Aussi lui dit-il : " Simon, Simon, voilà que Satan a cherché à te passer au crible comme le blé; et moi j'ai prié pour toi afin que ta foi ne vienne pas à manquer. " (Luc, XXII, 31, 32.) Vous le voyez, si après tout cela Dieu n'usait de miséricorde et d'indulgence, s'il venait juger les hommes d'après un examen rigoureux, il les trouverait coupables tous absolument. C'est ce qui fait dire à saint Paul : " Ma conscience ne me reproche rien, mais je ne suis pas justifié pour cela (I Cor. IV, 4) ; " et au Psalmiste : " Si vous considérez les iniquités, Seigneur, Seigneur ! " La répétition de ce dernier mot n'est pas l'effet du hasard : elle montre un homme saisi d'étonnement et d'admiration devant l'extrême miséricorde , l’immense majesté de Dieu, devant l'océan sans bornes de sa bonté. " Qui pourra résister? " Le Psalmiste ne dit pas : Qui pourra échapper?
mais: "Qui pourra résister ? " On ne pourra même , veut-il dire, rester en la présence de Dieu. " Parce que c'est de vous que vient la propitiation (11). " Que signifient ces mots? En voici le sens : Ce n'est pas en vertu de nôs propres mérites, mais c'est grâce à votre bonté, qu il nous est possible d'échapper au châtiment. En effet, si votre justice nous épargne, cela dépend de votre miséricorde. Si cette dernière nous est refusée; nos propres actions ne suffiront pas pour nous soustraire à la colère à venir.
3. C'est ce que Dieu nous enseigne encore lorsqu'il dit par son Prophète: " C'est moi qui efface tes iniquités. " (Isaïe, XLIII, 25.)
C'est-à-dire, cela n'appartient qu'à moi , c'est le fait de ma bonté, de mon amour pour toi. De sorte que tes actions ne sauraient jamais suffire pour te mettre à l'abri du châtiment, si ma miséricorde n'y venait ajouter son œuvre. Et plus loin: " Je vous supporte (Isaïe, XLVI, 4), " dit-il encore. " A cause de votre nom, je vous ai a attendu, Seigneur. Mon âme a attendu l'effet de votre parole. " (Ps. CXXIX, 4.) " Mon âme a espéré dans le Seigneur. " (Ibid. 5.) Une autre version porte: " A cause de votre loi, " et une troisième: " Afin que votre parole fût connue.
" Dans tous les cas, voici le sens: à cause de votre miséricorde, à cause de votre loi , j'ai attendu mon salut ; car si je considérais ce qui dépend de moi, il y a. longtemps que j'aurais perdu tout courage et tout espoir; mais comme je songe à votre loi et à votre parole , j'en conçois de bonnes espérances. A quelle parole songe-t-il? A la parole de la miséricorde divine. Car c'est ce Dieu qui dit: " Autant le ciel est distant de la terre , autant mes résolutions sont distantes des vôtres, et mes voies de vos voies. " (Isaïe, LIX, 9.) Et autre part: " Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre , autant le Seigneur a affermi sa miséricorde sur ceux qui le craignent. " (Ps. CII, 11.) Et ensuite : " Autant l'orient est distant de l'occident, autant il a éloigné de nous nos iniquités. " (Ibid. 12.) C'est-à-dire, je n'ai pas seulement sauvé ceux qui avaient fait de bonnes couvres , mais j'ai épargné les pécheurs, et au milieu de tes prévarications j'ai fait paraître ma protection et ma sollicitude. Un autre interprète traduit: " Afin que vous soyez redouté, je vous ai attendu , Seigneur. " Redouté de qui? de mes ennemis , de ceux qui me tendent des embûches et qui me baissent. Maintenant, que signifie: " A cause de votre nom? " C'est-à-dire : Quoique je sois un pécheur, et sous le poids de misères sans nombre, cependant, je le savais, de peur que votre nom ne fût profané, vous ne nous auriez pas laissés périr. C'est ce que Dieu dit aussi dans Ezéchiel: " Ce n'est pas à cause de vous que je le fais, mais à cause de mon nom, afin qu'il ne soit pas profané parmi les nations. " (Ezéch.
XXXVI, 22. ) Ce qui veut dire : par nous-mêmes, nous ne méritions pas d'être sauvés, et nous ne pouvions fonder aucune espérance sur nos actions; mais nous attendons notre salut à cause de votre nom, et cet espoir nous est laissé. Dans une autre version nous lisons: " A cause de la crainte j'ai attendu le Seigneur. " Dans une autre : " A cause de la loi j'ai attendu le Seigneur. Mon âme a attendu l'effet de ta parole. " Dans une autre : " Mon âme a espéré en sa parole. " Et dans une autre : " Mon âme a attendu , et j'ai prêté l'oreille pour entendre sa parole. " C'est-à-dire, j'avais une ancre sainte qui m'était fournie par les déclarations et les promesses continuelles attestant sa miséricorde et sa (204) bonté, et je ne désespérais pas de mes propres intérêts.
" Depuis la première heure du matin jusqu'à la nuit, qu'Israël espère dans le Seigneur (6). " Il veut dire par là: toute la vie, puisque c'est: le jour et la nuit durant. Car il n'est rien de tel pour le salut, que de l'avoir toujours en vue, et de rester attaché à cette espérance, malgré les mille événements qui peuvent survenir et nous porter au découragement. Cette idée est un rempart indestructible , un abri inviolable , une forteresse inattaquable. Ainsi , quand même les circonstances vous menaceraient de la mort, de quelque danger, d'une ruine totale , ne renoncez pas à espérer en Dieu, à attendre de lui votre salut. Tout est pour lui facile et aisé, et il saura bien trouver une issue pour vous tirer d'une position inextricable. Ce n'est donc pas seulement lorsque les événements suivent leur cours naturel, que vous devez vous attendre à ce que Dieu vous accorde ses secours, c'est encore et surtout quand survient la tempête, quand se gonflent les flots, et que nous courons les derniers dangers. Car c'est surtout alors que Dieu déploie sa puissance. Tel est donc le sens de ce passage: il faut espérer continuellement dans le Seigneur, tout le temps de notre existence , durant toute notre vie. " Parce qu'auprès du Seigneur est la miséricorde, et que la rédemption abonde auprès de lui. Et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités (7). " Que signifie: " Parce qu'auprès du Seigneur est la miséricorde (8) ? " C'est-à-dire, il y a en lui une source, un trésor d'amour pour les hommes, qui se répand continuellement sur eux. Où est la miséricorde, est aussi la rédemption : et une rédemption non pas ordinaire , mais considérable , un océan immense d'amour pour nous. Ainsi, même quand nous sommes compromis par nos péchés, il ne faut ni perdre courage ni désespérer. Car là où il y a miséricorde et monté, on n'exige pas un compte rigoureux des fautes commises, attendu que le juge, dans sa grande compassion, et entraîné par son penchant à nous aimer, néglige la plupart des griefs. Tel est Dieu en effet. il est porté, il est enclin à faire continuellement miséricorde et à nous accorder notre pardon:
" Et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités.
" Si donc Dieu est ainsi, si la grandeur de son amour pour nous se déverse de toutes parts , il est aisé de voir qu'il sauvera aussi son peuple, et qu'il l'affranchira non-seulement du châtiment, mais encore des péchés. Instruits de cette vérité , persévérons dans l'invocation et dans la prière, et n'y renonçons jamais, soit que nous obtenions, soit que nous n'obtenions pas. Car s'il est le maître de donner, il l'est aussi de donner quand il veut, et c'est lui également qui connaît à point le moment favorable.
Persévérons donc dans nos supplications , dans nos invocations , dans notre confiance en sa miséricorde et en sa bonté, et ne désespérons jamais de notre salut, mais contribuons-y selon notre pouvoir, et alors ce qui dépend de lui ne pourra manquer de venir à la suite, puisqu'il y a chez lui miséricorde ineffable et amour illimité pour les hommes. Puissions-nous tous en ressentir les effets, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec lequel gloire au Père et au Saint-Esprit, dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXX. 1. " SEIGNEUR, MON COEUR NE S'EST POINT éLEVé D'ORGUEIL, ET MES YEUX NE SE SONT PAS FIéREMENT PORTéS EN HAUT. " — AUTRE TEXTE : " MES YEUX NE SE SONT POINT éLEVéS D'ORGUEIL, ET JE N'AI PAS MARCHé AU MILIEU DES CHOSES GRANDES, NI AU MILIEU DES CHOSES SURPRENANTES ET AU-DESSUS DE MOI. " — AUTRE TEXTE : " AU MILIEU DES CHOSES MAGNIFIQUES. " — AUTRE TEXTE : " AU MILIEU DES CHOSES POMPEUSES, NI AU MILIEU DES CHOSES DONT LA GRANDEUR FUT AU-DESSUS DE MOI (1). "
ANALYSE.
Quand est-ce qu'il est permis de se glorifier. C'est même quelquefois un devoir pour nous. — Combien nous devons fuir l'orgueil et la société des orgueilleux.
1. Eh quoi ! saint Paul, tout en y étant forcé, dit que c'est une folie, de se louer soi-même; aussi ajoute-t-il : "Je me suis glorifié a follement, c'est vous qui m'y avez forcé.
" (II Cor. XII, 11.) Comment donc le Prophète a-t-il ignoré cela et se glorifie-t-il maintenant, non pas devant deux ou trois personnes, non pas devant une dizaine d'auditeurs, mais à la face du monde entier? Et voici en quels termes il se glorifie : Je suis humble et modéré, je suis excessivement humble, je suis simple; car c'est là le sens de : " Comme est l'enfant a sevré à l'égard de sa mère (2). " Pourquoi donc tient-il ce langage? C'est qu'il n'est pas toujours défendu de se glorifier et que dans Certains cas cela est même nécessaire; bien plus, il y a des circonstances où ce n'est pas en nous glorifiant, mais en ne nous glorifiant pas, que nous serions insensés. C'est pour cela que le même saint Paul nous dit : " Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur. " (II Cor. X, 17.) En effet, celui qui ne se glorifie point de la croix, est le plus insensé et le plus coupable des hommes, celui qui ne se glorifie pas de la foi est le plus malheureux des mortels, celui qui ne se glorifie point et ne se confie point en ces choses-là périra infailliblement. Aussi l'Apôtre disait-il plein d'assurance " Quant à moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie, excepté dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. " (Gal. VI, 14.) Et l'on trouve ailleurs dans l'Ecriture : " Que le riche ne se glorifie pas dans sa richesse, ni le sage dans sa sagesse, ruais voici de quoi il doit se glorifier, c'est de comprendre et de connaître le Seigneur. " (Jér. IX, 23, 24.) Quelle est donc la mauvaise manière de se glorifier ? C'est quand nous le faisons comme le Pharisien. (Luc, XVIII.) Et pourquoi, demandera-t-on, saint Paul a-t-il dit : " Je me suis glorifié (206) follement, c'est vous qui m'y avez forcé? " Parce qu'il racontait les actions méritoires de sa vie, sa belle conduite, choses qu'il n'aurait pas dû proclamer s'il n'y avait pas eu nécessité.
Il dit aussi un peu plus haut : " Même si je veux me glorifier, je ne serai pas insensé, car je dirai la vérité. " (II Cor. XII, 6.) De sorte que celui qui dit la vérité, quand la circonstance l'y détermine, n'est pas un insensé. Ainsi le Prophète non plus n'était pas insensé lorsqu'il se glorifiait, car il disait la vérité. Mais quel est le motif qui l'a amené à tenir ce langage? C'était pour apprendre à ceux qui l'écoutaient qu'après avoir été délivrés de leurs maux, ils ne devaient pas s'abandonner de nouveau au vertige de l'orgueil, ni dégagés de leurs chaînes, retomber par de nouveaux écarts, dans la nécessité d'une autre captivité. Ainsi, en racontant sa propre conduite, il corrige l'auditeur et il ne dit pas : Je me suis senti élevé d'orgueil , mais j'ai maîtrisé ma passion; il dit : " Mon coeur ne s'est point élevé d'orgueil; " c'est-à-dire, la malice n'a pas même effleuré mon âme. Sa pensée était comme un port tranquille où n'entrent point les flots de ce mal qui est la cause de tous les autres, la source des plus grandes iniquités. Que veut-il dire par ces paroles : " Seigneur, mon coeur ne s'est point enflé d'orgueil et mes yeux ne se sont pas fièrement portés en haut? " Cela signifie : Je n'ai point froncé les sourcils, ni dressé la tête. Car le mal de l'orgueil, en débordant de la source de passion qui est au dedans de nous, reproduit sur notre corps même l'expression de ce bouillonnement intérieur. "
Et je n'ai pas marché au a milieu des choses grandes, ni des choses surprenantes et au-dessus de moi. " Que signifie : " Au milieu des choses grandes? " Cela veut dire : Parmi les hommes orgueilleux, riches, vains et arrogants. Voyez-vous quelle humilité rigoureuse ? Non-seulement il était lui-même exempt de cette plaie, mais il allait jusqu'à fuir les gens qui en étaient dévorés et dans sa grande haine pour l'orgueil, il se dérobait à de telles sociétés.
Car comme il détestait ce vice, non-seulement il s'y dérobait, non-seulement il lui fermait tout accès à sa pensée, mais encore il fuyait à une grande distance de ceux qui s'y abandonnaient, de sorte que même de ce côté il n'en pouvait subir la contagion.
Or ce n'est pas un faible mérite que de fuir les arrogants, de haïr les orgueilleux, de s'écarter d'eux et de les avoir en horreur : c'est la plus grande sûreté pour la vertu et la meilleure garde pour l'humilité. " Ni au milieu des choses surprenantes et au-dessus de moi." Ou autrement : " Ni au milieu des choses dont la grandeur fût au-dessus de moi (1). " Si je n'ai pas été humble dans mes sentiments, mais haut dans mes pensées, comme est l'enfant sevré à l'égard de sa mère, vous rétribuerez mon âme en conséquence. " Ou autrement : " Que mon âme soit rétribuée en conséquence. " Il use ici d'une transposition; c'est comme s'il y avait : Si je n'ai pas été humble comme est l'enfant sevré à l'égard de sa mère, si j'ai été haut dans mes pensées, que mon âme soit rétribuée en conséquence. Et le sens, le voici : Non-seulement j'étais pur du vice, je veux parler de l'orgueil; non -seulement j'étais étranger à ceux qui le nourrissaient en eux-mêmes, mais je cultivais au dernier point la vertu opposée à ce vice, savoir, l'humilité, la modération, la contrition.
C'est cela même que Jésus-Christ commandait à ses disciples en ces termes : " Si vous ne changez et si vous ne devenez comme les enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. " ( Matth. XVIII, 3.) Ainsi le Prophète veut dire : J'ai eu autant d'humilité que l'enfant à la mamelle. Car de même que cet enfant se tient attaché à sa mère, qu'il est humble, qu'il est exempt de tout, orgueil, qu'il a en partage l'innocence et la simplicité; ainsi étais-je à l'égard de Dieu, me tenant continuellement attaché à lui. Et ce n'est pas au. hasard qu'il donne pour exemple l'enfant que l'on a sevré; il veut nous représenter la tribulation, la détresse, le chagrin, la grandeur des maux. Ainsi, comme l'enfant qu'on vient d'arracher à la mamelle, ne se détache pas pour cela de sa mère, mais qu'avec des plaintes et des larmes, des impatiences, des inquiétudes et des gémissements, il persiste à rester attaché à celle, qui lui a donné le jour, et ne veut pas s'en séparer; de même, dit le Prophète, quoique je fusse dans les tribulations, dans la détresse, dans de nombreux malheurs, je restais attaché à Dieu. Et s'il n'en a pas été ainsi, que mon âme reçoive sa rétribution, c'est-à-dire que je subisse le dernier châtiment. " Qu'Israël espère dans le Seigneur, depuis maintenant et jusque dans l'éternité (4)! " Vous le voyez, comme je vous le disais en (207) commençant, pour les choses qui regardent la foi et les dogmes, il faut, même sans motif particulier, se glorifier continuellement, et celui qui ne s'en glorifie pas est perdu; et quant aux actions méritoires de notre vie, nous ne devons jamais reculer à nous en glorifier, quand les circonstances nous y amènent. Et quelles circonstances? Elles sont nombreuses et diverses, et l'instruction de nos auditeurs est de ce nombre. Le Prophète le savait bien; c'est ce qui fait que, pour nous montrer qu'il rapporte ses propres mérites, afin d'entraîner ses auditeurs au même zèle, il ajoute ces paroles : " Qu'Israël espère dans le Seigneur, depuis maintenant et jusque dans l'éternité : " C'est comme s'il nous disait Quand même les malheurs, les découragements, les guerres, les captivités, n'importe quels maux imprévus viendraient vous assiéger, tenez-vous attaché à l'espérance en Dieu, à l'attente des biens futurs, et alors vous ne pouvez manquer d'obtenir une bonne fin, car Dieu récompensera par la délivrance de vos maux votre bonne espérance d'ici-bas, en Jésus-Christ Notre-Seigneur, auquel appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
EXPLICATION SUR LE PSAUME CXXXI. 1. " SOUVIENS-TOI, SEIGNEUR, DE DAVID, ET DE TOUTE SA DOUCEUR. "
ANALYSE.
1. Douceur de Moise ; en quoi elle consistait. La vraie douceur est accompagnée de fermeté.
2. L'auteur du psaume s'autorise de la douceur de David et des promesses de Dieu pour demander au ciel le rétablissement du temple et du culte.
3. Les biens que demande l'auteur du psaume sont les biens spirituels. Une partie des fils de David n'ayant pas observé les conditions auxquelles les promesses de Dieu étaient attachées , l'auteur du psaume n'a plus à invoquer que la prédilection volontaire de Dieu pour Sion. Quels sont les biens dont Dieu a promis de la combler. Pour tenir ses promesses, Dieu veut que nous remplissions les conditions qu'il y a mises. Il ne faut, ni se relâcher par trop de confiance, ni se décourager par une crainte mal entendue de ses menaces.
1. Nous voyons d'autres circonstances où, aime titre à son salut, on se contente d'invoquer le souvenir de ses ancêtres : mais ici, on rappelle en outre leurs mérites, et spécialement celui qui est la source de toutes les vertus, ce caractère de mansuétude, d'humilité, de douceur, qui faisait principalement admirer Moïse lui-même. En effet, l'Ecriture nous dit : " Il était le plus doux de tous les hommes de la terre. " (Nom. XII, 3.) Ici, certains hérétiques, pensant trouver en faute sa conduite, et ce que, 1'Ecriture dit de lui, (208) s'écrient: Comment donc? c'était le plus doux des hommes, celui qui se jeta sur cet Egyptien, et le tua? celui qui sema parmi les Juifs tant de meurtres et de guerres intestines? celui qui donna ordre aux enfants de Lévi de mettre à mort leurs proches ? celui qui entr'ouvrit la terre par sa prière, qui attira d'en-haut la foudre, engloutit les uns dans la mer, et en brûla d'autres ? Si cet homme était doux, quel sera donc l'homme colère et cruel ? Arrêtez : ne tenez point de discours superflus. Que Moïse fût doux, qu'il fût le plus doux des hommes , c'est ce que je prétends, c'est ce dont je ne me départirai point; et si vous voulez, je n'irai pas chercher ma preuve autre part, je tâcherai de la trouver dans les faits mêmes que l'on objecte. Je serais pourtant bien en droit d'alléguer, et le langage qu'il tint à Dieu au sujet de sa soeur, et les supplications qu'il adressa au ciel en faveur de la nation juive, tant de paroles apostoliques et divines, la mansuétude enfin avec laquelle il conversait avec le peuple. Il me serait permis de citer ces exemples, et d'énumérer bien d'autres faits encore; mais si vous le voulez, laissons-les de côté, et, nous servant des propres objections de nos ennemis, rapportées en premier lieu, montrons qu'il était très-doux, parles raisons même qui font croire à certaines gens qu'il était rigide, cruel et colère. Comment procéderons-nous? Nous distinguerons d'abord, et nous définirons ce que c'est que la douceur, ce que c'est que la dureté. Le seul fait de frapper ne constitue pas absolument ,la dureté, comme celui d'épargner ne prouve pas nécessairement la douceur; celui-là est doux qui, assez courageux pour supporter les offenses qui lui sont faites, défend les opprimés, et se conduit en, vengeur sévère de ceux que l'on outrage; si bien que quiconque agit. autrement est un homme apathique, endormi, un homme autant dire mort, mais il n'est point doux, il n'a point la, mansuétude. N'avoir aucun souci des victimes de l'injustice, ne pas s'affliger de leur sort, ne point s'irriter contre les auteurs de ces outrages, ce n'est pas là de la vertu, c'est de la lâcheté; ce n'est pas de la douceur, c'est de l'apathie. Ainsi, c'est précisément une preuve de sa douceur que cette chaleur qui allait jusqu'à le faire bondir quand il voyait les autres injustement traités, incapable qu'il était de maîtriser son indignation en faveur de la justice. Quand c'était lui l'offensé, il ne se vengeait pas, il ne sévissait pas , il supportait tout jusqu'au bout avec résignation. S'il avait été dur , colère , cet homme si bouillant, si enflammé pour la défense d'autrui , n'aurait pas pu se contenir pour ses griefs personnels; on l'eût vu au contraire s'irriter alors bien davantage. Car vous le savez, nos propres maux nous affectent plus que ceux des autres. Moïse, lui, quand on faisait tort à autrui, tirait vengeance de l'injure à l'égal de ceux. mêmes qui l'avaient soufferte; mais quant aux offenses dont lui-même était l'objet , il en faisait le sacrifice avec une grande patience; de sorte qu'il montrait en, lui, portées au plus haut point, les qualités opposées, la haine de l'iniquité d'une part, et de l'autre la longanimité. Et que devait-il donc faire, selon vous? Laisser l'injustice se commettre, et le mal se répandre par tout le peuple? Mais ce n'était pas là le devoir d'un chef de nation, ni le fait d'un homme patient et longanime; cela n'eût dénoté que l'apathie et l'abattement. Quand la gangrène s'étend et menace d'envahir le corps entier, vous ne blâmez pas le médecin qui en arrête les progrès par l'amputation : et vous dites qu'un homme fut la dureté même, parce qu'il voulut par un coup d'une certaine rigueur, retrancher un mal bien plus cruel que la gangrène et qui allait gagnant tout le peuple? Jugement inconsidéré, car à la tête d'un peuple pareil, pour mener une nation si intraitable, si dure et si rétive, il fallait réprimer les abus dès le principe, couper le mal à sa naissance, pour ne pas lui permettre d'aller plus avant. Mais, dira-t-on, il a englouti Dathan et Abiron. Eh quoi ! Fallait-il donc qu'il laissât fouler aux pieds le sacerdoce, renverser les lois de Dieu, détruire ce dont toutes choses dépendent, c'est-à-dire la dignité sacerdotale; fallait-il qu'il ouvrît à tout le monde le sanctuaire, et que, par sa faiblesse à l'égard de tels hommes, il livrât les enceintes sacrées à quiconque eût voulu y porter ses pas sacrilèges; fallait-il enfin que l'ordre fût partout boule. versé ? C'est là surtout ce qui eût été un acte, non de douceur, mais d'inhumanité et de cruauté, de laisser un si grand mal s'accroître, et, pour épargner deux cents hommes, d'eau perdre tant de milliers. En. effet, répondez, lorsque Moïse ordonna aux enfants de Lévi de massacrer leurs proches, qu'aurait-il fallu faire? Dieu était irrité, l'impiété allait (209) croissant et rien ne pouvait les soustraire à la colère céleste : Moïse aurait-il dû, laissant le fléau du ciel s'abattre sur toutes les tribus, livrer ainsi la race hébraïque à une extermination générale, et, le châtiment s'accomplissant, ne point s'occuper du péché, qui devenait alors irrémédiable. Ou bien n'a-t-il pas dû plutôt, par la punition corporelle et le meurtre de quelques hommes. enlever le péché, apaiser le courroux du ciel, et rendre Dieu propice a toux qui avaient commis de telles offenses? En examinant de cette manière la conduite du juste Moïse, vous trouverez que c'est principalement en cette circonstance qu'il nous montre sa douceur.
2. Mais nous laisserons les personnes qui aiment à s'instruire réfléchir là-dessus d'après ce que nous en avons dit, et afin de ne pas donner à l'accessoire des proportions plus grandes qu'au fond même du discours, revenons à notre sujet. Quel était-il? " Souviens-toi, Seigneur, de David, et de toute sa douceur (1) ; du serment qu'il fit au Seigneur, de la prière qu'il fit au Dieu de Jacob (2). " L'auteur du psaume parle d'abord de la douceur de David ; puis, omettant le récit de ce qui concerne Saül, les frères de David, Jonathas, ainsi que de la patience de David à l'égard du soldat qui l'avait abreuvé de mille outrages;
passant également sous silence bien d'autres faits encore, il en vient à un autre point, qui était particulièrement l'objet d'un grand zèle. Et pourquoi procède-t-il ainsi ?
Pour deux motifs : le premier, c'est que la douceur est la qualité qui plaît le plus à Dieu; " Car sur qui jetterai-je les yeux, " dit-il, " si ce n'est sur l'homme doux et pacifique, et qui redoute mes paroles? (Isaïe, LXVI, 2.) " L'autre motif, c'est que l'affaire la plus urgente, c'était la réédification du temple, la reconstruction de la ville, et le rétablissement des anciennes coutumes: c'est donc principalement à ce point qu'il se hâte d'arriver, et laissant le premier de côté comme évident et reconnu, (ce fait, manifeste pour tout le monde, c'est la douceur de David), il aborde ce dont il a surtout besoin pour le but qu'il se propose. En effet, que désirait-on voir? Le temple rebâti, et les anciens sacrifices rétablis. Et comme David s'était spécialement distingué sous ce rapport, l'auteur du psaume demande à Dieu, en récompense du zèle de David, la reconstruction du temple, et il dit : " Souviens-toi, Seigneur, de David, et de toute sa douceur ; du serment qu'il fit au Seigneur, de la prière, qu'il fit au Dieu de Jacob (2) : Je jure de ne point entrer sous l'abri de ma maison, de ne point monter sur le lit où est ma couche (3), de ne point donner de sommeil à mes yeux , d'assoupissement à mes paupières (1), ni de repos à ma tête, jusqu'à ce que j'aie trouvé un lieu pour le Seigneur, un tabernacle pour le Dieu de Jacob (5). " Mais en quoi cela te concerne-t-il, demandera Dieu à l'auteur du psaume. C'est que, répondra-t-il à Dieu, je suis le descendant de David ; et comme son zèle vous fut agréable, comme vous lui promîtes en récompense d'affermir sa race et sa royauté, nous venons maintenant, à ce titre, réclamer l'effet de ce contrat. Or David n'avait point dit: Jusqu'à ce que j'aie bâti (car cette faveur ne lui avait pas été accordée), mais: " Jusqu'à ce que j'aie trouvé, un lieu pour le Seigneur, et un tabernacle. " Ainsi, l'auteur dit psaume ne parle pas de celui qui avait bâti le temple, et il met en avant celui qui avait promis de le bâtir , afin de vous apprendre quel grand bien c'est qu'une intention droite, et comment Dieu a coutume de réserver toujours une récompense pour la bonne volonté : c'est pour cela qu'il rappelle de préférence le souvenir de David, attendu que c'est plutôt lui, que son fils, qui a bâti le temple. L'un a promis de le construire, l'autre en a reçu l'ordre. Et voyez ici l'empressement de David. Non-seulement il dit qu'il n'entrera pas dans sa maison, qu'il ne montera pas sur sou lit, mais il déclare qu'il ne goûtera pas même sans tourment ce qui est de nécessité physique, tant qu'il n'aura pas trouvé un lieu et un tabernacle pour le Dieu de Jacob. Dieu reprochait aux Juifs le contraire lorsqu'il leur disait : " Vous habitez, vous autres, dans des maisons élégamment, lambrissées;
et moi, ma maison est délaissée. (Aggée, 1, 4.) Jusqu'à ce que j'aie trouvé un lieu pour le Seigneur, un tabernacle pour le Dieu de Jacob. " Voyez encore par ce passage quel zèle, quelle âme pleine de sollicitude ! " Jusqu'à ce que j'aie trouvé un lieu pour le Seigneur , un tabernacle pour le Dieu de Jacob; " ainsi parle le Roi-Prophète, lui qui avait tout à ses ordres, c'est qu'il ne voulait pas simplement bâtir, il voulait que ce fût dans l'emplacement le plus convenable; le mieux approprié au temple; et pour cela lit avait besoin de chercher, tant son âme (210) était vivante ! " Car nous avons appris que l'arche a été à Ephratha, et nous l'avons trouvée dans les champs de la forêt (6). " Ici, l'auteur du psaume rapporte des faits anciens, pour indiquer que l'arche a précédemment erré pendant longtemps, allant de place en place ; c'est ce que signifie-: " Car nous avons appris qu'elle a été à Ephratha, " c'est-à-dire :
nos pères nous ont raconté, nous savons par ouï-dire, que déjà, après avoir erré de tous côtés, dans les plaines et les campagnes, elle s'était ensuite fixée : eh bien ! puisse la même chose arriver encore aujourd'hui ! Par Ephratha, il entend ici la tribu de Juda, où elle avait été amenée après ses nombreux voyages. " Nous entrerons dans les tabernacles du Seigneur, " nous l'adorerons dans le lieu où se sont tenus ses pieds (7.) " Vous novez de quelles expressions matérielles il s'est servi, à cause de l'extrême grossièreté de ses auditeurs, en leur parlant de tabernacles de Dieu, de ses pieds, et d'un lieu, où ses pieds se sont tenus. Il désigne par tous ces mots l'endroit où était l'arche, parce que c'était de l'arche que sortaient des voix terribles qui, dans les affaires des Juifs, dissipaient les obscurités, et qui prédisaient l'avenir. " Lève-toi., Seigneur, pour te rendre au lieu de ton repos, toi et l'arche de ta sanctification (3). " Ou autrement : " De ta force. " Autrement encore : " De ta puissance." Du reste, les deux sens sont conformes à la vérité. Car c'était de l'arche que Dieu envoyait la sainteté, et les paroles écrites qui y étaient placées procuraient à la fois et !a sainteté et la force.
3. L'auteur du psaume a donc bien dit: oui, Dieu fit éclater une grande puissance par le moyen de l'arche, non pas une ou deux fois, mais souvent, comme par exemple lorsqu'elle fut prise par les habitants d'Azot, lorsqu'elle renversa les idoles, lorsqu'elle frappa ceux qui l'avaient prise, lorsqu'ayant été restituée elle arrêta le fléau; enfin, par d'autres merveilles encore qu'elle opérait là où elle était alors, elle manifestait sa vertu.
Et que signifient ces mots : " Lève-toi pour te rendre au lieu de ton repos? " C'est-à-dire, mets un terme à nos marches errantes, aux déplacements de ton arche que nous portons avec nous et fais enfin qu'elle se repose. " Tes prêtres se revêtiront de justice (9). " Suivant une autre version : " Que tes prêtres s'enveloppent de justice, " et suivant une autre encore : " Que tes prêtres se revêtent de justice, " ce qui est certainement plus clair, car ce sont ici les paroles, non d'un homme qui prophétise, mais d'un homme qui prie et qui demande la possession de la vertu. Il appelle justice les cérémonies saintes, le sacerdoce, le culte, les sacrifices, les offrandes et aussi la régularité de la conduite, car c'est surtout des prêtres qu'elle doit être exigée.
" Et tes saints seront dans l'allégresse, " lorsque ces choses arriveront. Voyez, il n'ambitionne ni la reconstruction de la ville, ni l'abondance des vivres, ni les autres genres de prospérité ; ce qu'il cherche c'est la dignité du temple, le repos de l',arche, la perfection des prêtres, les cérémonies sacrées, le culte, le sacerdoce. Puis, comme les Juifs demandaient aussi tout cela, mais qu'ils étaient coupables de beaucoup de péchés, il s'autorise encore de celui dont il descend . " A cause, " dit-il, " de David ton serviteur, ne repousse pas le visage de ton christ (10). " Pourquoi dit-il : " A cause de David ton serviteur? " Ce n'est pas seulement, veut-il dire, en faveur de la vertu de David, ni parce qu'il a montré tant de zèle pour la construction du temple, mais encore parce que tu as fait un pacte avec lui. " A cause de David ton serviteur , ne repousse pas le visage de ton christ." Quel est ce christ? Celui qui, ayant reçu l'onction sainte, gouverne maintenant le peuple et est à la tête de la nation. " Le Seigneur a juré à David la vérité et il ne la démentira pas. Je placerai sur ton trône quelqu'un qui viendra du fruit de tes entrailles (11). " En effet, après avoir évoqué le souvenir de David et de sa vertu, ainsi que de son zèle relativement au temple, après avoir rappelé les événements d'autrefois et réclamé auprès de Dieu pour que le temple reparût avec ses premières institutions, l'auteur du psaume met en avant ce qui est pour lui l'objet capital, en reproduisant les conventions établies par Dieu. Et quelles sont-elles? " Je placerai sur ton trône quelqu'un qui viendra du fruit de tes entrailles. " Toutefois ce pacte n'a pas été fait purement et simplement, mais avec une certaine restriction. Quelle est-elle donc cette restriction ? écoutez , l'écriture ajoute : " Si tes fils gardent mon alliance et ces témoignages que je leur enseignerai, et si leurs fils les gardent dans la suite des siècles, ils seront assis sur ton trône (12). " Dieu ayant établi ces conventions avec les fils (211) de David, leur en remit l'acte entre les mains; et ceux-ci disaient en réponse : " Nous ferons et nous écouterons tout ce qu'a dit le Seigneur. " (Exode, XXIV, 7.) Puis, comme l'auteur du psaume voit que plusieurs d'entre eux ont transgressé les conventions, il reprend ta suite de son discours, il met tout en couvre pour trouver des paroles de consolation , et voici ce qu'il dit : " Car le Seigneur s'est choisi Sion, il l'a adoptée de préférence pour être a sa demeure (13). Elle est, dit-il, mon lieu de a repos dans la suite des siècles. C'est là que "j'habiterai, parce que je l'ai choisie de préférence (14). " Ce qui signifie, ce n'est pas un homme qui a choisi ce lieu , c'est Dieu même qui l'a désigné par condescendance pour leur faiblesse. Voici donc le sens : ce lieu que vous ayez choisi, que vous avez élu, que vous avez désigné, que vous avez jugé convenable, ne le laissez pas tomber en ruines, ne le laissez pas périr. Car vous avez dit : " J'y habiterai. " Mais il avait parlé ainsi aux conditions précitées. Quelles conditions donc? "Si tes fils gardent mon alliance. Je comblerai sa chasse (1) de mes bénédictions (15). " Un autre interprète traduit : " Sa nourriture. " Le mot chasse signifie ici l'abondance des vivres, des récoltes, ainsi Dieu souhaite que tout leur afflue comme de source. En effet, les Juifs étaient autrefois dans de telles conditions d'existence qu'ils ne ressentaient pas les nécessités physiques; lorsqu'ils avaient Dieu pour eux, il n'y avait chez eux ni disette, ni famine, ni peste, ni mort prématurée, ni aucun de ces fléaux tels qu'il en arrive souvent parmi les hommes : tout leur affluait comme de source, la main de Dieu corrigeant la faiblesse des choses humaines. L'auteur du psaume dit donc ici : Vous avez promis de bénir la chasse de Sion, c'est-à-dire, de lui fournir avec toute garantie l'abondance des choses nécessaires. " Je rassasierai ses pauvres de pains (15). Je revêtirai ses prêtres de salut et ses saints tressailleront d'allégresse (16). C'est là que je ferai paraître la puissance de David , j'ai préparé un flambeau a pour mon christ (17). Je couvrirai ses ennemis de confusion et sur lui fleurira ma sanctification (18). "
1. Comme cette version diffère notablement, par suite du changement d'une seule lettre grecque, du sens que l'on est habitué à voir à ce verset, il n'est pas inutile de remarquer, avec la bible de Vence et l’édition Migne de saint Jean Chrysostome, que Theran , venationem, est la vraie leçon, quoique plusieurs exemplaires, même anciens, des Septante, portent déjà Kheran viduam.
L'hébreu porte (****), qu'Aquila traduit par episitismon , cibum. (E. M.)
Voyez la prospérité résultant de toutes les conditions réunies, aucune des choses nécessaires ne leur manque, les prêtres sont en sûreté, le peuple dans la joie et le roi plein de force. Car ce qu'il appelle ici le flambeau promis au roi, c'est, ou la protection divine, ou le salut, ou la lumière, et ces avantages sont accompagnés du genre de prospérité le plus insigne. Quel est-il? Les ennemis seront couverts de honte et personne ne viendra corrompre tant de biens. Et l'auteur du psaume ne dit pas seulement la ruine, mais la honte, il veut que, restant en vie; ils soient couverts de confusion, qu'ils se cachent et que par les maux qu'ils endureront, ils témoignent de la force et de la prospérité de ce peuple. " Et. sur lui fleurira ma sanctification. " Que signifie : " Et sur lui? " Cela veut dire : Sur le peuple. " Ma sanctification. " Un autre interprète a mis : " La puissance; " un autre " Sa distinction ; " et un autre : " Ce qui le distingue. " Quelle est en définitive le sens de ce passage? Je crois que cela signifie le succès, la sécurité, la force, la royauté.
Les dons que je lui ai réservés dès le commencement, veut dire l'auteur du psaume, demeureront florissants et en pleine vigueur ils ne se flétriront ni ne dépériront; mais tout cela aura lieu, si la condition dont nous avons parlé plus haut continue à être observée. Quelle condition? " Si tes fils gardent mon alliance. " Car les promesses de Dieu, toutes seules, ne nous procurent pas les différents biens, si, de notre côté, nous ne faisons pas ce qui dépend de nous, et nous ne devons pas, comptant sur ces promesses, nous relâcher et nous endormir. Car il y a beaucoup de biens que Dieu a promis et qu'il ne donne pas, parce qu'il trouve que ceux qui en ont reçu les promesses en sont indignes; de même qu'il ne donné pas leur effet aux maux dont il nous avait menacés, lorsque ceux qui l'avaient irrité se convertissent ensuite et désarment sa colère. Instruits de ces vérités, ne nous laissons pas aller à la tiédeur en nous fiant aux promesses de Dieu, afin de ne point faire de chute, et en même temps, ne nous décourageons pas sous l'impression des menaces, mais convertissons-nous. Car c'est ainsi que nous pourrons obtenir les biens futurs, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXXII. 1 " QU’ Y A-T-IL JE. LE DEMANDE, DE BON OU D'AGRéABLE? (AUTRE VERSION : QU'Y A-T-IL, JE LE DEMANDE, DE BON ET DE BEAU), SI CE N'EST QUE DES FRèRES HABITENT ENSEMBLE UNIS ? "
ANALYSE.
Caractères et avantages de la concorde.
Il y a bien des choses moralement belles, qui ne sont pas agréables; d'autres, qui font plaisir. sont dépourvues de la grande et véritable beauté : quant à trouver ces deux qualités réunies, cela n'est pas fort aisé. Mais dans le fait qui nous occupe, les deux conditions se sont rencontrées : plaisir et grande beauté morale. C'est là en effet le principal apanage de la charité : outre son utilité, elle est aussi très-facile, et en même temps agréable à pratiquer. C'est donc bien elle que le Psalmiste célèbre encore ici. En effet, il ne parle pas simplement de la demeure que l'on occupe, ni de réunion dans une seule petite habitation, mais il parle d'habiter ensemble unis, c'est-à-dire dans la concorde et la charité; car il en résulte alors que plusieurs ne font qu'une seule et même âme. Puis, après avoir dit que cela était beau et agréable, il rend son discours encore plus clair, en mettant sous forme de comparaison ce qu'il vient de dire, et il emprunte des images matérielles capables de le présenter plus nettement à nos yeux. Et voyez quelles sont ces images : " C'est comme ce parfum qui, répandu sur la tête, descendit sur la barbe, sur la barbe d'Aaron (9), et jusqu'au bord de son vêtement (3). " En effet Aaron, en sa qualité de grand prêtre, se frottait de ce parfum, qui, ruisselant sur lui de tous côtés, le rendait très-gracieux à voir, en même temps qu'agréable et attrayant à cause de cette bonne odeur. Ainsi, veut dire le Psalmiste, comme Aaron frotté de ce parfum, offre un aspect brillant, un extérieur éclatant, qu'il est tout enveloppé d'une odeur suave, et qu'il est la joie des yeux qui le contemplent; de même cette union entre frères est une belle chose; et de même que ce spectacle non-seulement est beau à voir, mais encore réjouit les yeux, ainsi cette charité met la joie dans l'âme. " C'est comme la rosée de l'Hermon qui descend sur les montagnes de Sion (3). " Nouvelle image qu'il emprunte, fort gracieuse aussi, et propre à charmer l'esprit qui s'y arrête. les expressions qu'il emploie ne sont pas l'effet du hasard : avant la captivité , dix tribus avaient vécu séparées des deux autres : cette division était devenue la cause de nombreuses iniquités; elle avait jeté les Juifs dans les dissensions, les querelles elles guerres; afin donc que cet état de choses ne reparaisse point, il avertit le peuple, il lui conseille de ne plus (213) donner l'exemple de cette scission, mais d'habiter ensemble, de rester uni, d'obéir à un seul chef, à un seul roi, et de faire que la charité répande ses flots salutaires dès à présent et à jamais, semblable à la rosée qui pénètre partout. Il compare la charité à un parfum et à la rosée, voulant par le premier représenter la bonne odeur, et par la seconde, le repos et le charme de la vue. " Parce que c'est là que le " Seigneur a ordonné que fût sa bénédiction (4.). " Quel endroit désigne le mot : " Là? " L'endroit habité de la manière que l'on vient de dire, avec cet accord, cette bonne intelligence, cette union dont on a parlé. Car c'est là la bénédiction, comme le contraire est la malédiction.
C'est pourquoi l'Ecriture loue ailleurs la même chose en ces termes : " L'amitié entre les frères, la concorde entre les proches, le mari et la femme ayant de la condescendance l'un pour l'autre. " (Eccli. XXV, 2.) Et autre part, se servant de figures pour donner à entendre leur force, elle s'exprime ainsi : " S'ils se couchent deux ensemble, ils seront réchauffés, et la corde qui est triple ne sera pas vite rompue. " (Eccle. IV, 11, 12.) En effet elle nous montre ici, et le plaisir et la force; elle nous fait voir que même dans leur repos leur plaisir sera grand, et que s'ils se mettent à agir, grande sera leur force. Elle dit encore : " Le frère secouru par son frère est comme une ville fortifiée. " (Prov. XII, 19.) Et Jésus-Christ nous déclare ceci : " Là où deux ou trois personnes sont réunies en mon nom, j'y suis au milieu d'elles. " (Matt. XVIII, 20.) C'est notre nature même qui le réclame. Aussi , lorsque Dieu forma l'homme au commencement, il dit : " Il n'est pas bon que l'homme soit seul " (Gen. II, 18); " et quand il fit cet être due l'on appelle la femme, il l'unit à l'homme par les liens étroits du besoin, et il nous rapprocha l'un de l'autre en mille manières. Ensuite le Psalmiste ajoute fort bien : " Et la vie dans l'éternité. " Car où est la charité, il y a grande sécurité, et grande assistance de la part de Dieu. En effet, elle est la mère des biens, elle en est la racine et la source, elle est la suppression des guerres, l'anéantissement des dissensions. C'est pour montrer cela qu'il ajoute : " Et la vie dans l'éternité. " Car de même que les dissensions et les querelles occasionnent les morts, et les morts prématurées; de même la charité et la concorde produisent la paix et font les coeurs unis; or, où il y a paix et union des âmes, l'existence est pleine de confiance et de sécurité. Et pourquoi parler de la vie actuelle? C'est encore la charité qui nous fait obtenir le ciel et les biens mystérieux, et elle est la reine des vertus. Puisque nous le savons, soyons diligents à en poursuivre la possession , afin de jouir des biens présents et des biens futurs : puissions-nous tous obtenir cette faveur, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec lequel, gloire au Père ainsi qu'au Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXXIII. " MAINTENANT DONC BéNISSEZ LE SEIGNEUR, VOUS TOUS QUI êTES LES SERVITEURS DU SEIGNEUR, VOUS QUI VOUS TENEZ DANS LA MAISON DU SEIGNEUR. "
ANALYSE.
Quelle grande sainteté est requise pour la réception de la sainte Eucharistie. La nuit ne doit pas être employée tout entière à dormir. Les chrétiens peuvent honorer Dieu partout.
Ici le Psalmiste termine les psaumes des degrés, et pour les couronner dignement, il conclut par la louange et la bénédiction. Il veut que l'on se montre serviteurs du Seigneur non-seulement par la croyance aux dogmes, mais aussi par la pratique des vertus, c'est ce qu'il fait entendre lorsqu'il ajoute : " Vous qui demeurez dans la maison du Seigneur, dans les parvis de la maison de notre Dieu. " Car à celui qui est impur et profane , il n'est pas permis de franchir même le seuil de l'enceinte sacrée. En sorte que quiconque est digne d'entrer, est digne aussi de chanter les louanges. La maison de Dieu est comme le ciel, et non moins que le ciel , la maison de Dieu est fermée à toute puissance ennemie.
Considère, ô homme , quelle est ta dignité, et puisque tu es devenu toi-même un temple, quelle pureté tu ne devrais pas présenter ? Et en quoi consiste cette pureté? à rejeter toute pensée mauvaise, à rendre la forteresse de ton coeur inaccessible aux forces diaboliques, à demeurer comme dans un inviolable sanctuaire, tout occupé d'orner ton coeur. Dans le temple juif, tout lieu n'était pas accessible à tout homme, mais il y avait plusieurs enceintes différentes: une pour les prosélytes , une pour les Juifs d'origine, une pour les prêtres, une pour le grand-prêtre , et encore dans laquelle celui-ci n'entrait pas tous les jours, mais seulement une fuis l'année; s'il en était ainsi pour ce temple matériel, quelle sainteté ne te faut-il pas à toi dépositaire de sacrements bien plus granas que les symboles que renfermait le Saint des saints ! Tu as pour résider en toi non les chérubins , mais le Maître même des chérubins; ni l'urne d'or , ni la manne, ni les tables de pierre, ni la verge d'Aaron, mais le corps et le sana du Seigneur, et au lieu de la lettre, l'esprit, et une grâce surpassant toute pensée humaine, un don inénarrable. Plus sont, grands les sacrements , et redoutables les mystères dont tu as été honoré, plus doit l'être aussi la sainteté exigée de toi , et plus le sera certainement ta punition si tu transgresses les commandements. — " Durant les nuits, élevez vos mains vers le sanctuaire (2). " Une autre version: " Saintement; " une autre : " d'une manière sainte et bénissez le Seigneur.
"
Pourquoi dit-il: " Durant les nuits? " Pour nous apprendre à ne pas donner toute la nuit au sommeil , et pour nous faire entendre que (215) les prières sont plus pures, alors que l'esprit est plus prompt, et le repos plus profond. S'il est recommandé de venir dans le sanctuaire jusque pendant la nuit, songez quelle sera l'excuse de celui qui durant ce temps ne prie pas même dans sa maison. Le Prophète veut que vous quittiez votre couche, que vous vous renfliez au temple, que vous y passiez la nuit en prière, et vous, vous ne priez pas même en ressaut dans l'intérieur de votre maison. " Saintement; " est bien dit, cela nous montre qu'il faut prier sans aucune mauvaise pensée dans l'esprit , pensée de rancune , pensée d'avarice, pensée d'un péché quelconque de nature à donner la mort à l'âme. — " Et bénissez le Seigneur. " La bénédiction parfaite est celle qui résulte de la parfaite harmonie des paroles et de la vie ; elle demande que vous glorifiez aussi par vos actions le Dieu qui vous a créés, selon cette parole de l'évangile:
" Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu'ils voient vos belles actions et qu'ils glorifient votre Père qui est aux cieux. " (Matth. V, 16.) — " Qu'il vous bénisse de Sion, le Seigneur qui a créé le ciel et la terre (3)."
C'est-à-dire si vous faites ces choses, vous obtiendrez en retour la bénédiction de Dieu, c'est-à-dire si vous vous levez la nuit, si vous priez saintement, si vous êtes digne d'entrer dans la maison du Seigneur, si vous faites en sorte d'être vous-mêmes des temples convenables. Avant donc exhorté comme il fallait, le Psalmiste clot son discours par une prière. C'est le propre d'un excellent maître de redresser le disciple par le conseil et de le fortifier ensuite par la prière. Que veut-il montrer en disant : " De Sion ? " C'était un nom agréable à entendre pour les Israélites, c'était le lieu exclusif où s'accomplissaient tous les rites sacrés. C'est pourquoi le Prophète souhaite à ses compatriotes de recouvrer leur premier état religieux, ainsi que la pratique de leurs cérémonies saintes, afin d'obtenir par là les bénédictions de Dieu. Puis pour les élever à des dogmes plus hauts et leur apprendre que Dieu est partout, que c'est pour condescendre à leur faiblesse qu'il a décrété la construction du temple, mais qu'il convient de l'invoquer partout, le Psalmiste a ajouté : "Qui a créé le ciel et la terre.
"
Dans ce temps-là c'était à Sion que les fidèles invoquaient Dieu, nous, nous l'honorons en tout lieu, en tout endroit, à la maison, sur la place publique, dans la solitude, en vaisseau, dans les hôtelleries, partout. Rien de ce qui est du lieu n'empêche la prière, pourvu que la manière de vivre soit convenable à la prière. Réalisons cette condition, et invoquons Dieu partout, et il viendra, et il nous secourra, et tout ce qui sera difficile il nous le rendra aisé et facile, et il daignera nous mettre en possession de., biens éternels, à la jouissance desquels puissions-nous tous parvenir, par la grâce et la charité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l'empire, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles! Ainsi soit-il.