Commentaire sur les Psaumes (page 5)
ANALYSE.
1. Le Psalmiste invite tout l'univers à !oser le Seigneur, il invite l'un et l'autre monde, celui d'en-haut et celui d'en-bas, le monde sensible comme le monde intelligible; donc, il n'y a qu'un seul et même Créateur pour tous les êtres, soit spirituels, soit matériels : conclusion qui condamne le manichéisme. Toute créature loue Dieu à sa manière.
2 et 3. Ipse dixit et facta sunt : ipse mandavit et creata sunt. Dans ces paroles, saint Chrysostome trouve l'affirmation de ces quatre vérités, que Dieu a créé ce qui existe, qu'il l'a créé en le tirant du néant, qu'il l'a créé sans peine, et qu'il régit et gouverne ce qu'il a créé.
4. Toutes les créatures ont leur utilité, même les serpents et les scorpions. L'homme sage tire son profit de tout ce qui existe.
5. Il vaut encore mieux avoir de mauvais magistrats que de n'en pas avoir du tout.
1. C'est l'habitude des saints, lorsque dans le transport de leur reconnaissance , ils vont rendre à Dieu des actions de grâces, d'appeler, auprès d'eux, un grand nombre de fidèles pour partager ce devoir de bénédiction ; on les voit toujours exhortant les âmes à s'associer à ce culte si beau d'adoration et d'hommages. C'est ce que firent les trois enfants dans la fournaise. (Daniel, III.) Ils invitèrent toutes créatures à bénir Dieu pour le bienfait qu'ils en avaient reçu; à élever vers le Seigneur leurs cantiques et leurs hymnes. C'est ce que fait encore ici le Psalmiste, s'adressant aux deux mondes, à celui d'en-haut, à celui d'en-bas, au monde sensible , au monde que l'esprit seul conçoit. C'est encore ce que fait le prophète Isaïe, quand il dit: " Cieux , louez le Seigneur; terre, soyez dans l'allégresse , parce que le Seigneur a eu pitié de son peuple. " (Isaïe, XLIX, 13.) C'est ce que fait aussi le Psalmiste lui-même, quand il dit: " Lorsque Israël sortit de l'égypte, et la maison de Jacob, du milieu d'un peuple barbare, les montagnes sautèrent comme des béliers, et les collines comme (301) les agneaux des brebis. " (Ps. CXIII, 1, 4.) Ailleurs encore, Isaïe : " Cieux, que les nuées " fassent descendre le juste comme une pluie." (Isaïe, XLV, 8.) Les hommes ne suffisent pas seuls à la tâche de louer, de célébrer Dieu, et alors ils vont partout, cherchant des compagnons de leurs hymnes. Quant au Psalmiste, c'est ce qu'il fait souvent, comme quand il dit: " Adorez-le, vous tous, qui êtes ses anges. " (Ps. XCXVI, 7.) Et encore : " Vous tous qui êtes des puissantes, et qui accomplissez ses ordres. " (Ps. CII, 20.)
Et maintenant le Psalmiste se propose encore une autre pensée, quelle est-elle? Qu'un insensé n'aille pas se figurer qu'il y a deux créateurs du monde. Les créatures sont diverses, les substances, différentes (sensibles, spirituelles, visibles, invisibles, corporelles, incorporelles) ; il ne faut lias, de la diversité des ouvrages, conclure à la diversité des ouvriers. Voilà pourquoi le Psalmiste institue un choeur unique, un seul choeur de toutes les créatures, offrant le cantique au même Dieu, voilà pourquoi il dit que le même Dieu doit être célébré par les créatures d'en-haut, par les créatures du monde inférieur. Il montre par là, que c'est un seul et même ouvrier qui a fait les unes et les autres. Maintenant il commence par celles du monde supérieur et il dit: " Louez-le, vous tous qui êtes ses anges ; louez-le , vous tous qui êtes ses puissances. " Un autre texte: " Vous tous qui composez ses armées : " C'est-à-dire: chérubins, séraphins, dominations, principautés, puissances. C'est le propre d'une âme embrasée, c'est le propre d'un amour brûlant d'exciter tous les êtres à louer celui qu'on aime; c'est le propre d'une âme qui trouve toujours un plaisir plein de charme dans la pensée de Dieu; qui s'extasie devant sa gloire, et qui l'admire. " Soleil et lune, louez-le; étoiles et lumières, louez-le toutes ensemble; " un autre texte : " Etoiles de la lumière, louez-le, cieux des cieux, et que toutes les eaux, qui sont au-dessus des cieux, louent le nom du Seigneur; car il a parlé, et toutes ces choses ont été faites ; il a commandé, et elles ont été créées. Il les a établies pour le siècle, et pour le siècle du siècle. " Un autre texte: " Il les a établies , pour subsister sans interruption. Il leur a prescrit ses ordres, qui ne manqueront point de s'accomplir (3, 4, 5, 6). " Pourquoi, après avoir dit quelques mots des puissances célestes, se précipite-t-il si vite loin du ciel , vers les êtres visibles? pourquoi cette longue énumération, passant, un à un , en revue les objets visibles, et du ciel, et de la terre ? C'est que ces objets se manifestaient plus clairement aux auditeurs; ils les voyaient, ils les avaient sous les yeux. Et voilà pourquoi Moïse aussi, commençant son histoire par la création, ne s'étend, ni beaucoup, ni peu, sur les créatures supérieures; il commence par le ciel et par la terre ; il parle du soleil , de la lune , des plantes, des animaux qui nagent , des quadrupèdes, et finit par l’homme. Quant aux " cieux des cieux, " dont parle ici le Psalmiste, il ne s'agit pas d'une multitude de cieux différents ; " le ciel du ciel " a le même sens. L'hébreu en effet dit d'ordinaire : " Le ciel du ciel; " c'est ainsi qu'autre part encore le Psalmiste dit: " Le ciel du ciel appartient au Seigneur; quant à la terre, il l'a donnée aux enfants des hommes. " (Ps. CXIII, 7.) " Et toutes les eaux qui sont au-dessus des cieux." Vous avez entendu Moïse dire aussi que le Seigneur, partageant les eaux , laissa les unes en bas, éleva les autres sur les voûtes célestes, établit le firmament au milieu de l'abîme, et permit aux eaux supérieures de couler comme sur le dos de ces voûtes.
Mais maintenant, dira-t-on, quelles louanges peuvent faire entendre des créatures, sans voix, sans langue, sans âme , sans raison, sans intelligence; qui n'ont ni l'organe de la parole, ni la pensée? Il y a deux manières, de glorifier: l'une par les paroles, l'autre par ce que soient les yeux. On peut même ajouter une troisième manière, par la conduite et par les oeuvres. Car, ce ne sont pas seulement les paroles, le silence même de l'homme glorifie Dieu; c'est ainsi que le Christ a dit: " Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes couvres et qu'ils glorifient votre Père, qui est dans les cieux. " (Matth. V, 16); et ailleurs: " Ceux qui me glorifient, je les glorifierai. " (I Rois, II, 30.) Il y a, sans doute la glorification par la langue, exemple Moïse, glorifiant Dieu avec Marie et disant: " Chantons des hymnes au Seigneur, parce qu'il a fait éclater sa gloire. " (Exode, XV, 1.) Il y a aussi la glorification qui résulte de la création même; c'est encore le Psalmiste qui nous dit: " Les cieux racontent la gloire de Dieu , et le firmament publie les ouvrages de ses mains. " (Ps. XVIII, 1.) Ainsi la (302) création même le loue par la beauté, par la position, la grandeur, la nature, l'usage, les services, la persistance, l'utilité; donc lorsque le Psalmiste dit: Louez le Seigneur, anges, vertus, cieux, lune, soleil, étoiles, eaux, qui êtes au-dessus des cieux, il veut dire que toute créature manifeste la sagesse de l'ouvrier, fait éclater des merveilles; ce que Moïse a exprimé rapidement au commencement de son récit. " Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites, et elles étaient très-bonnes (Gen. I, 3l);
" tellement bonnes qu'elles glorifiaient l'ouvrier, et portaient le spectateur de ces oeuvras à louer Celui qui les avait faites.
2. Voilà donc la louange qu'entend le Psalmiste, c'est la beauté des oeuvres; voilà ce qui provoque en l'honneur de l’ouvrier les hymnes de louanges. Ce que Paul exprime aussi, en disant : " Les perfections invisibles de Dieu sont devenues visibles, depuis la création du monde, sa puissance éternelle et sa divinité." ( Rom. I, 20.) Et le Psalmiste, après avoir parlé des créatures, et laissé au spectateur le soin de conclure, de l'aspect des choses visibles, la beauté, la grandeur et l'utilité des oeuvres de Dieu, indique une autre raison de louanges. " Dieu a parlé, et toutes ces choses ont été faites; il a commandé, et elles ont été créées. Il les a établies pour le siècle, et pour le siècle du siècle, il leur a prescrit ses ordres, qui ne manqueront point de s'accomplir. " La beauté, la merveilleuse magnificence de ses couvres se manifestent suffisamment aux regards. Quant à cette vérité, qu'il y a un ouvrier qui les a faites; qu'elles ne sont ni des effets du hasard, ni incréées, c'est ce que l'on peut déduire des paroles mêmes de l'écriture. Je veux apprendre à celui qui doute, qu'il y a, de ces oeuvres un créateur, un ouvrier, prévoyant, plein de sollicitude. L'écriture en effet pose ici deux vérités, ou plutôt trois; et, si l'on examine le texte avec attention on verra même qu'il y en a quatre, à savoir: que l'ouvrier a créé, et a crée du néant, et a créé facilement, et que ce qu'il fait exister, il le gouverne. En effet, cette expression, " il a parlé " montre la facilité de l'oeuvre; c'est ainsi que Paul disait: " Qui vivifie les morts, et qui appelle ce qui n'est, point, comme ce qui est. " (Rom. IV, 17.) Ce mot " appelle " c'est pour montrer la facilité. Quant à ce fait, que Dieu gouverne ce qu'il fait exister, le Prophète l'indique encore par ces paroles : " Il les a établies pour le siècle, et pour le siècle du siècle. Il leur a prescrit ses ordres, qui ne manqueront point de s'accomplir. " Voyez comme, ici encore, il nous montre la puissance, l'autorité, non-seulement par ce que l'ouvrier a établi, mais aussi, parce qu'il a prescrit ses ordres ; le Psalmiste emploie le langage humain pour faire comprendre l'action divine. De même qu'il vous est facile, à tous, de parler, de donner un ordre; de même il est facile, pour Dieu, de créer du néant, et de gouverner ce qu'il fait exister, disons mieux, la facilité n'est pas égale ; elle est, chez Dieu, de beaucoup plus grande; il n'est pas de paroles pour exprimer l'extrême facilité avec laquelle il a tout créé ; et, ce qui est admirable, ce n'est pas seulement qu'il gouverne, ni que les lois de la nature sont immuables, mais c'est que la création se perpétue à l'infini. Considérez la longueur du temps, et aucune confusion n'a troublé les êtres; la mer n'a pas inondé la terre ; le soleil n'a pas dévoré, de ses feux, les objets visibles ; le ciel ne s'est pas ébranlé;
les limites du jour et de la nuit ne se sont pas confondues; il n'y a pas eu de bouleversement dans les saisons, ni rien de pareil : tout ce qui a reçu l'être, et dans le monde supérieur, et sur la terre, a conservé exactement les limites une fois prescrites dès le commencement du monde à chaque partie de la création.
Après avoir parlé des créatures supérieures,, de celles qui résident dans les cieux, le Psalmiste descend sur la terre. Nous l'avons déjà vu parlant des créatures supérieures, commencer par les puissances super-célestes, descendre ensuite aux créatures célestes; de même, ici : des créatures célestes, il se précipite d'un bond vers celles de la terre. En effet, certains hommes décident que les créatures célestes sont dignes de Dieu, mais, pour celles de la terre, ils les censurent, parce que l'on trouve sur la terre des scorpions, des lions, des vipères, des dragons et d'autres espèces d'animaux; des arbres stériles. Le Psalmiste, comme pour leur répondre, entreprend une autre manière de raisonnement. Or, voyez ce que fait le Psalmiste: laissant de côté les animaux dont l'utilité est reconnue, les brebis, les bœufs, dont l'utilité est une vérité de l'expérience ; les ânes, les chameaux, toits les animaux qui nous servent à transporter des fardeaux, il s'occupe de ceux qui paraissent inutiles, des dragons ; il parle des mers, qui ne sont pas navigables; il parle de ce qui semble créé pour nous importuner; (303) du feu, de la grêle, de la neige, de la glace; ensuite des arbres stériles, des montagnes ; il laisse, ici encore, de côté les plaines spacieuses et propres à la culture, les vergers produisant des fruits utiles et agréables ; il passe aux montagnes, aux collines, aux lieux déserts, et il mentionne tous les serpents. Pour plus de clarté, écoutons ses paroles mêmes. Après avoir dit: " Il leur a prescrit ses ordres, qui ne manqueront point de s'accomplir, " il ajoute : "Louez le Seigneur, ô vous qui êtes sur la terre ; vous, dragons, et vous tous, abîmes d'eau, feu, grêle, neige, glace, vents, qui excitez les tempêtes; vous tous, qui exécutez sa parole. " Un autre texte : " Vent de Typhon; vous montagnes, et toutes les collines; arbres fruitiers, et tous les cèdres; bêtes sauvages, et tous les autres animaux, reptiles, et vous oiseaux qui avez des ailes. (7, 8, 9, 10.) " D'où vient qu'il entreprend un pareil discours? Il veut montrer à satiété la providence de Dieu. Et en effet, si les êtres en apparence inutiles, ennemis du genre humain, sont tellement bons, tellement utiles qu'eux aussi célèbrent Dieu, qu'ils exaltent la gloire de l'ouvrier qui les a faits, réfléchissez en vous-mêmes, que dirons-nous des autres êtres? Si vous voulez bien, reprenons une à une chacune des créatures qu'il a nommées, " vous, dragons, " dit-il, " et vous tous abîmes d'eau." Il faut entendre ici par " dragons, " les baleines comme dans un autre passage où il dit : " Ce dragon que vous avez formé pour s'y jouer (Ps. cru, " 26) ;" les passages abondent, où l'on peut voir la baleine appelée de ce nom.
3. Et comment, dira-t-on, cet animal glorifie-t-il celui qui l'a fait? Je réponds, moi, comment ne le glorifie-t-il pas ? Vous en voyez la grandeur, la structure, si nettement racontée dans le livre de Job. (Job, XL, 41 et suiv.) Comment n'admireriez-vous pas l'ouvrier, qui a produit un si grand animal ? Et en vérité, la grandeur n'est pas ici ce qui doit nous frapper; remarquons de plus ce fait, que cet animal a pour résidence des mers qui ne sont pas navigables, et il faut admirer que ces limites ne soient pas franchies par un monstre féroce et d'une incomparable grandeur. Il reste dans les régions qui lui ont été fixées, et, non-seulement il ne s'élance pas sur la terre, ni vers des contrées habitables, mais il ne s'échappe même pas vers ces parties de la mer que visitent les navigateurs; il ne détruit pas les différentes espèces de poissons;
il vit en se renfermant dans les limites à lui fixées. Et ce n'est pas là la seule merveille; considérons, dans l'abîme, l'immensité de la profondeur. Ce que nous avons remarqué dans un animal, peut encore se remarquer dans la mer; soulevée par les vents, elle est irrésistible, le volume de ses eaux est immense et cependant elle ne franchit pas ses limites ; elle n'inonde pas les terres voisines, elle demeure attachée par d'indissolubles liens , quelle que soit d'ailleurs l'insolence de ses flots. Voyez donc une telle grandeur, les souffles si puissants qui la soulèvent, et cette merveille, cette masse désordonnée, cette masse énorme, cet élément d'une violence irrésistible, ne sort pas du lieu qui lui est propre ; et, au sein de perturbations si grandes, conserve l'ordre et la mesure. Méditez ces réflexions en vous-mêmes et vous chanterez alors le cantique de louanges en l'honneur de Dieu, et vous admirerez sa puissance, son habileté, sa force, son empire. Il y a encore des causes ineffables, connues seulement de celui qui a tout créé. De là, ce que disait un sage : " Ne demandez pas pourquoi ceci , à quoi bon cela? Car tout a été fait à son usage. " (Eccl. XXXIX, 2.) " Feu, grêle, neige, glace, vents qui excitez les tempêtes, vous tous qui exécutez sa parole. "
Ici encore, le Psalmiste ajoute une idée nouvelle. En effet, dans le psaume précédent, il admirait qu'en un instant bien court, là neigé envahit toute la surface de la terre; il admirait la glace qui durcit, qui se transforme, se change en ses contraires. Maintenant, dans le psaume qui nous occupe, il s'étonne que ce qui n'était pas ait été fait.; que ce qui a été fait subsiste, et que ces créatures qui subsistent soient des serviteurs qui, quoique dépourvus de raison, exécutent les ordres de Dieu avec une parfaite obéissance. ( Ps. CXLVII; 5, 6. ) Ce n'est pas tout, souvent un seul ordre a suffi pour la transformation complète des éléments en leurs contraires comme on l'a vu dans la fournaise de Babylone, où le feu brûlait et servait en même temps de rosée. Eh bien, après? objecte-t-on, y a-t-il là une raison de rendre à Dieu des actions de grâces ? Sans doute, et une raison des plus puissantes. En effet, Dieu mérite également d'être loué, quand il punit et quand il exempte du châtiment; car il y a là deux preuves qui manifestent également sa sollicitude, deux preuves égales de sa bonté. (304) Les hommes suivent tantôt la bonté, tantôt la perversité, la colère;
Dieu, par des moyens différents, ne révèle jamais que sa bonté. Il faut donc également le louer d'avoir mis Adam dans le paradis et de l'en avoir chassé; il faut lui rendre grâces, non-seulement pour la royauté qu'il nous destine, mais aussi pour !'enfer; car s'il l'a fait, s'il nous en menace, c'est pour nous affranchir du vice. En effet, si nous remercions le médecin, non-seulement quand il nous permet la nourriture, mais quand il nous impose les tourments de la faim, non-seulement quand il nous envoie en promenade sur la place publique, mais quand il nous tient chez nous, enfermés ; non-seulement quand il nous frictionne, mais quand il brûle et ampute nos membres, parce que si les traitements sont différents, c'est toujours la même fin qu'il se propose; de même il faut louer Dieu pour tout ce qu'il fait et il faut le louer beaucoup plus encore, parce que c'est Dieu; le médecin n'est qu'un homme et souvent le résultat trompe le médecin; mais ce que Dieu fait témoigne de la plus sage sollicitude. Et, voyez maintenant : la grêle et le feu n'ont pas été seulement des instruments de supplices, mais la grêle et le feu ont affranchi du supplice, ont terminé des guerres, ont repoussé des invasions ennemies. Ignorez-vous les prodiges accomplis par le moyen de ces éléments, et en Egypte, et dans la Judée, et au milieu de notre génération ? Et la puissance de Celui qui commande est si grande, que les oeuvres qu'il accomplit par ses anges, par des créatures spirituelles, par de grandes puissances, il lui arrive souvent de les accomplir par le moyen des éléments, d'une manière admirable. Ce que Dieu fait, afin que l'insensé n'attribue pas les oeuvres à l'ange, mais à Celui qui lui a commandé. Un ange a mis fin à une guerre? la grêle en a fait autant. Un ange a exterminé les premiers-nés des Egyptiens? La mer en fureur, elle aussi, a exterminé tout un peuple. Donc, pour toutes ces merveilles, rendez grâces au Dieu de bonté. " Vous, montagnes, et toutes les collines, arbres fruitiers et tous les cèdres; vous, bêtes sauvages, et tous les autres animaux; vous reptiles, et vous, oiseaux qui avez des ailes. " Voyez-vous la complaisance avec laquelle il s'arrête sur les êtres inutiles, les montagnes, les bois, les collines, les animaux, les reptiles, les arbres stériles ? Les arbres fruitiers montrent d'eux-mêmes leur utilité, de même que les plaines et les animaux d'un caractère doux; mais les bêtes féroces, les serpents, les montagnes, les arbres stériles, dira-t-on, quelle utilité présentent-ils? Une très-grande assurément et qui répond pour nous à de grands besoins, car les montagnes, et les collines, et les arbres stériles nous sont très-précieux, pour nous fournir des matériaux de construction. Si ces matériaux nous manquaient, notre race périrait; de même donc que nous avons besoin de champs cultivés pour en tirer nos aliments, de même nous avons besoin de bois stériles et de pierres pour construire nos maisons et pour mille autres usages.
4. Mais les serpents, dira-t-on, les scorpions, les dragons, les lions, à quoi cela sert-il ? quelle en est l'utilité ? immense, inexprimable, aussi précieuse que celle que nous retirons des animaux apprivoisés. Ceux-ci nous sont utiles, à titre de serviteurs;
les autres vous inspirent la crainte, pour vous apprendre la modération; pour vous exercer à la lutte; pour vous rappeler la faute de votre premier père ; pour vous montrer les déplorables suites de la désobéissance. 'En effet, ces animaux n'étaient pas, dès le principe, terribles pour l'homme; l'homme n'avait pas de raison pour les fuir; ils étaient doux et apprivoisés ; tel était leur caractère, lorsque Dieu les conduisit auprès d'Adam, lorsque Adam leur donna leurs noms. Le serpent adresse la parole à la femme; Eve ne s'en détourne pas avec horreur ; mais une fois que le commandement du Seigneur eut été transgressé , une fois que l'homme eut désobéi à Dieu, l'homme perdit la plus grande partie de ses glorieux privilèges. Donc, à la vue d'un lion, à la vue d'un serpent, rappelez vous l'enseignement sacré, et ce spectacle sera pour vous une éloquente leçon de sagesse; rappelez-vous aussi Daniel ; quand son âme eut reconquis l'antique innocence, il méprisa ces animaux qui inspirent la terreur. Paul, de même, méprisa la vipère. (Act. XXVIII.) Ces souvenirs réveilleront votre zèle, votre application.
Nous pouvons d'ailleurs admirer encore ici une autre preuve de la sagesse avec laquelle Dieu a disposé les choses. Quelle est-elle? c'est que Dieu a fixé à ces animaux des résidences loin des villes, à savoir, les solitudes ; ils sont terribles et ils ne séjournent pas dans les cités; ils ne s'élancent pas sur les hommes qui les (305) habitent; la solitude leur plaît , ils sen contentent, parce que c'est là, dès le commencement, le séjour que Dieu leur a fixé. Ainsi, quand vous dormez, ces animaux parcourent la solitude: ce que le Prophète montre encore dans un autre endroit, par ces paroles : " Vous avez répandu les ténèbres , et la nuit a été faite, et c'est durant la nuit que toutes les bêtes de la forêt se répandent sur la terre. " ( Ps. CIII, 20. )
Voyez-vous les traces, encore aujourd'hui subsistantes, de votre premier empire? Quelque diminution qu'il ait subie, quoique mutilé , il conserve encore quelque signe qui le fait reconnaître. Ces bêtes sauvages sont comme des esclaves , relégués loin de nous, séparés de nous, par le temps et par l'espace; ne les attaquez pas, elles n'oseront pas vous attaquer; elles vivent dans les déserts; vos angoisses, vos chagrins, parce que des bêtes féroces ont été faites , rie prouvent que votre démence. Si votre conduite est conforme à la vertu, elles ne vous feront aucun mal ; si vous avez souffert du mal que vous ont fait les bêtes féroces, pensez que vous avez souffert beaucoup plus. de celui que vous ont fait les hommes. L'homme est plus redoutable que la bête féroce;
celle-ci montre sa férocité, l'homme cache sa perversité sous le masque de la douceur; de là vient qu'il est souvent difficile de s'en préserver. Pratiquez la sagesse; ni bêtes féroces, ni hommes ne vous nuiront, mais au contraire vous serviront beaucoup. Et que parlé-je de la bête féroce et de l'homme , lorsque le démon lui-même, non-seulement n'a fait. à Job , aucun mal, mais a été pour lui l'occasion de conquérir les plus glorieuses couronnes? Que parlé-je de la bête féroce et de l'homme, lorsque les éléments mêmes que vous portez eu vous, si vous tombez dans le relâchement, sont, pour vous, des causes bien autrement graves de douleur? je parle de la bile ou de la pituite, que, dans votre intempérance, vous ne songez pas à réprimer, ennemis funestes, tant il est vrai que nous avons un besoin absolu de modération et de vigilance. Mais ici, de même que la négligence attire les plus grands maux, ainsi l'attention à veiller sur soi-même suffit pour trouver les plus précieux avantages; car enfin tout dépend de la volonté, du libre arbitre. Ce qu'est la neige dans l'univers, et le feu, et le vent des tempêtes; la pituite, le sang et la bile le sont pour le corps, et ce qu'il faut, c'est que la parfaite sagesse règle notre tempérament, si nous voulons retirer, de notre constitution, futilité qu'elle comporte; si nous ne voulons pas nous exposer aux maladies. Mais à quoi bon parler du corps? l'âme aussi a des puissances qui, une fois exagérées, deviennent des maladies ; châtiez-les, modérez-les, ces mêmes puissances deviennent des auxiliaires ; la colère convenable est un remède salutaire ; la colère immodérée cause votre perte. Le désir naturel, suivi avec modération, fait de vous un père; en effet, au point de vue de la procréation des enfants, ce désir a son utilité ; mais lâchez la bride, et il vous jette , trop souvent, dans les impuretés, dans les adultères. Donc, n'accusez pas les choses, n'accusez jamais que votre volonté. Si vous négligez de la surveiller, vous trouvez en vous-mêmes ce qui vous blesse; dans votre propre corps, ce qui le perd. Avez soin de votre âme; ni les anges déchus, ni le démon ne pourra vous nuire; et les bêtes féroces, bien moins encore.
" Que les rois de la terre et tous les peuples (11); " un autre texte : " Et toutes les tribus." " Que les princes et tous les juges de la terre; que les jeunes hommes et tes jeunes filles (12) ; " un autre texte : " Choisis. " Que les " vieillards; avec les plus jeunes; " un autre texte : " Avec les jeunes gens," " louent le nom du Seigneur. " Ici maintenant le Psalmiste parle d'une autre preuve de la Providence, à savoir, (les princes; ce que Paul proclame aussi, dans sa lettre aux Romains, montrant, avec beaucoup de sagesse, que c'est une opération de la providence de Dieu d'avoir partagé tout le genre humain, d'une part en magistrats, d'autre part, en hommes qui leur obéissent. " Car le prince est le ministre de Dieu, " dit-il, " pour vous, en vue du bien. " (Rom. XIII, 4.) Supprimez-le, c'est la ruine du genre humain tout entier. Et en effet, si aujourd'hui que tant de princes et de magistrats sont corrompus et dépravés, leur utilité pourtant est si grande; s'il est vrai que, malgré leur malignité, ils nous rendent de si importants services, réfléchissez en vous-mêmes, supposez que tous ceux à qui des commandements sont confiés, sont des hommes vertueux, quel ne serait pas alors le bonheur du genre humain? Mais que des magistrats aient été établis, voilà l'oeuvre de Dieu ; que des pervers soient élevés aux magistratures, et abusent de leur pouvoir, (306)
c'est ce qu'il ne faut attribuer qu'à la perversité humaine.
5. Donc, le Psalmiste nous dit qu'il faut rendre à Dieu de grandes actions de grâces, parce qu'il y a des rois et des juges. En effet, s'il a pris le soin de constituer, selon un ordre fixe, dans une mesure déterminée, le gouvernement des hommes; s'il n'a pas voulu qu'un grand nombre d'hommes vécussent d'une vie plus grossière que celle des bêtes sauvages, il a dû alors, comme il a inventé l'art de conduire les chars, et la science de diriger les navires, inventer aussi les puissances des magistrats et des rois. Donc, prince ou magistrat, rends grâces au Dieu de bonté, qui t'a donné l'occasion de montrer tant de zèle et d'activité ; et toi, qui n'es qu'un simple citoyen, rends ainsi grâces au Seigneur, qui t'a donné quelqu'un pour prendre soin de toi ; qui n'a pas voulu que les trames des méchants pussent t'écraser; vieillard ou jeune homme, rends grâces à Dieu ; c'est là en effet ce que prouve avant tout ce psaume. Il faut louer Dieu, pour toutes choses; que l'on soit magistrat, ou que l'on soit simple citoyen. Voilà pourquoi le Psalmiste dit: " Et tous les peuples, " c'est-à-dire, vieillard ou jeune homme, homme ou femme. " Parce qu'il n'y a que lui dont le nom est vraiment élevé. " Un autre texte. " Est au-dessus de tous (13). " " Au-dessus du ciel et de la terre se publient ses louanges; " un autre texte: " Et se chantent ses hymnes. C'est lui qui élèvera la puissance de son peuple.
Qu'il soit loué par tous ses saints, par les enfants d'Israël, par ce peuple, qui est proche de lui (14). " Ce qui revient à dire : j'ai montré, par toutes les créatures visibles, sa prévoyance, sa gloire, sa majesté. Eh bien ! c'est lui-même qu'il faut louer, non-seulement pour ces raisons, mais, de plus, sans ces raisons, car, avant et sans ces raisons de louanges, à lui l’élévation, à lui la gloire, à lui, de la part de tous les êtres, les actions de grâces.
Et maintenant cette expression, " Il n'y a que lui " c'est pour le distinguer des faux dieux. Le Psalmiste élève encore l'auditeur à une contemplation plus haute ; de la terre il l'enlève au ciel. De même, en effet, qu'au commencement, il est descendu du ciel sur la terre, de même, par un mouvement contraire, il emporte l'homme loin de tous les êtres visibles, au-dessus du ciel, en disant: " Au-dessus du ciel et de la terre, se publient ses louanges, " ce qui veut dire, que, bien que les puissances supérieures, invisibles, purement spirituelles, ne cessent pas de rendre grâces à Dieu et de le louer, Dieu pourtant, un tel Dieu, un si grand Dieu, a daigné nous aussi, nous appeler son peuple, et non-seulement nous appeler, mais nous élever, nous exalter. Voilà pourquoi il a ajouté : " Et c'est lui qui élèvera la puissance de son peuple.
" Nouvelle raison de rendre, à ce Dieu, un plus grand culte; et le Psalmiste nous montre que ce Dieu n'a besoin ni du culte ni de la vénération particulière de ce peuple (comment en aurait-il besoin, lui que glorifie la nature entière, à qui sont soumises tant de créatures ?). C'est par sa seule bonté qu'il s'est attaché particulièrement ce peuple, qu'il en a fait son ami, qu'il l'a rendu glorieux, illustre dans l'univers; ce que montrent ces paroles : " Qu'il soit chanté par tous ses saints, par les enfants d'Israël, par ce peuple qui est proche de lui. " Le Psalmiste, en effet, n'a pas voulu ménager des prétextes à la nonchalance, à l'indolence en appelant les Israélites le peuple de Dieu; il n'a pas voulu que, se confiant à ce titre, ils négligeassent la vertu. Aussi, après avoir dit. " Qu'il soit chanté par tous " il ne dit pas simplement, les hommes, mais " ses saints; " et encore , après avoir dit, " par les enfants d'Israël, " il a ajouté : " Par ce peuple qui est proche de lui. " Maintenant un autre interprète, au lieu de, qu'il soit chanté, dit, " qu'il soit loué. " Donc, ce que dit le Psalmiste, revient à ceci: si vous êtes saints, si vous vous approchez de Dieu, vous obtiendrez une grande gloire, car tous ses biens sont éternels, comme il convient à Celui qui possède tant de richesses et tant de gloire. Il faut donc, de plus, de notre côté, faire ce qui dépend de nous, afin de jouir, nous aussi, de la plénitude de la gloire, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire, et l'empire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXLIX. 1. " CHANTEZ AU SEIGNEUR UN CANTIQUE NOUVEAU. "
ANALYSE.
1. La meilleure action de grâces est celle qui résulte d'une vie remplie de bonnes oeuvres.
2. On a cherché un sens anagogique dans l'usage des instruments nommés dans ce psaume; saint Chrysostome, qui en général se défie de toute allégorie non indiquée par le texte même de l'Ecriture, ne voit dans ces instruments qu'un moyen de soutenir la faiblesse des Juifs.
L'attrait de la musique les attachait au culte de Dieu, que, sans cela, leur peu de ferveur leur aurait fait abandonner. Cette même idée se trouve répétée dans le psaume suivant.
1. Selon le sens anagogique, c'est le Nouveau Testament que désigne ce cantique nouveau ; car tout alors est devenu nouveau. Le Testament : " Je ferai, " dit le Prophète, " avec vous un testament nouveau (Jérém. XXXI, 31) ; " la créature : " S'il y a dans le Christ, une nouvelle créature (II Cor. V, 17) ; " l'homme : " Dépouillez-vous du vieil homme et revêtez-vous du nouveau, qui se renouvelle en avançant dans la connaissance et la ressemblance de Celui qui l'a créé. " (Col. III, 9.) C'est donc parce que la vie est nouvelle, parce que tout le reste est renouvelé, que l'on dit Nouveau Testament. Et le Prophète exhorte en ce moment à chanter un nouveau cantique. Dans le sens historique, le nouveau cantique c'est celui que les Israélites devaient faire entendre pour leurs victoires, pour leurs succès, pour leurs triomphes, cantique illustre et glorieux. " Que sa louange retentisse dans l'assemblée des saints. "
Voyez-vous bien comme il demande avant les paroles, la conduite, la reconnaissance exprimée par les actions, comme il exige les bonnes couvres, avant de vous introduire dans le choeur destiné à louer Dieu. C'est qu'il ne suffit pas des paroles pour l'action de grâces; il y faut joindre encore la vertu dans les actions. " Que sa louange retentisse dans l'assemblée des saints. " Ces paroles renferment encore un autre enseignement. Elles montrent la nécessité des louanges unies à d'autres louanges , des hymnes s'élevant d'un choeur qui forme un concert. L'.Eglise en effet, c'est un corps où tout se tient, c'est une assemblée. " Qu'Israël se réjouisse en celui qui l'a créé (2). " Avant les bienfaits particuliers, le Psalmiste montre le bienfait étendu sur tous ; c'est comme s'il adressait aux fidèles cette exhortation : bénissez Dieu, vous n'étiez pas, et il vous a fait naître et il vous a donné une âme; ce n'est pas là un bienfait peu considérable.
Le Psalmiste en montre ici d'ailleurs un plus grand. Il ne lui suffit pas en effet de la création, il y joint la familiarité, l'affection étroite qui unit à Dieu, et il engage les Israélites à lui rendre grâces, non-seulement parce que Dieu les a faits, mais parce qu'il a fait d'eux son peuple. Voyez-vous comment il unit, comment il attache ce peuple à Dieu, voulant non-seulement que ce peuple lui rende grâces, mais lui rende grâces avec plaisir, de tout son coeur, avec un amour ardent; voilà, en effet, ce que signifie (308) : " Qu'Israël se réjouisse. " II demande donc, à celui qui rend grâces, l'affection, le désir ardent, l'amour énergique, actif, se consacrant tout entier à ce Dieu qu'on célèbre. C'est ce que le même Psalmiste exprimait dans un autre texte : " Comme le cerf soupire après les eaux avives, ainsi mon coeur soupire après vous, mon Dieu; " et encore : " Mon âme est toute brûlante de soif, pour le Dieu fort et brûlant. (Ps. XLI,1, 2); " et encore : " Mon âme brûle d'une soif ardente pour vous, et en combien de manières ma chair se sent-elle pressée de cette ardeur, dans cette terre déserte, sans chemin et sans eaux ? " (Ps. LXII, 2.) Un autre texte donne : " Comme dans une a terre qui a soif. " Le Psalmiste, pour montrer la disposition de son âme, l'ardeur de son désir, compare son coeur à une terre qui a soif, à un cerf altéré. Il exprime encore, par d'autres paroles, le même désir en disant : " Quand viendrai-je , quand paraîtrai-je devant la face de Dieu ? " (Ps. XLI, 3.) Telles sont en effet les âmes des saints; telle était l'âme de Paul, qui gémissait de voir ajourner son départ de cette vie. (II Cor. V, 4.) " Que les enfants de Sion tressaillent de joie en celui qui est leur roi. " Voyez-vous? Il exprime ce que je disais tout à l'heure, la familiarité, l'affection étroite qui a fait de ce peuple un peuple choisi. Voilà pourquoi il a ajouté : " En celui qui est leur roi. " Dieu en effet. n'était pas leur roi seulement par le fait, tic la création, il l'était aussi par cette familiarité étroite , qui l'unissait à ce peuple. " Qu'ils louent son nom en choeur (3). " Voyez encore ici le brillant concert! en effet, les choeurs ont été institués pour que tous, unis d'un même amour. offrent ensemble au Seigneur leurs bénédictions. C'est ce que Paul exprime par ces paroles : " Ne nous retirant point des assemblées des fidèles. " (Hébr. X, 25.) C'est ce qu'exprime encore la prière présentée en même temps par tous : " Notre Père, qui êtes aux cieux (Matth. VI, 9) ; " et : " Remettez-nous nos péchés (Luc, XI, 4); " et " Ne nous induisez pas en tentation ; " et " Délivrez-nous du mal. " Vous y voyez partout le pluriel. C'est ainsi qu'autrefois on instruisait les fidèles à se réunir, pour faire entendre les hymnes et les cantiques en l'honneur de Dieu. Tout les formait à la charité et à la concorde. " Qu'ils célèbrent ses louanges, avec ale tambour et le psaltérion. "
2. Quelques personnes appliquant l'interprétation anagogique à ces instruments, prétendent que le tambour réclame de nous la mortification de la chair, tandis que le psaltérion nous avertit d'élever nos renards vers le ciel. En effet, cet instrument se touche par la partie supérieure , non pas par l'inférieure comme la cythare. Pour moi, je dirai que ces peuples se servaient anciennement de ces instruments, parce qu'ils avaient l'esprit lourd, qu'il y avait peu de temps qu'on les avait arrachés aux idoles; et, de même que Dieu leur permit les sacrifices, de même il leur laissa ces instruments, pour s'accommoder à leur faiblesse. Donc, ce qu'il réclame d'eux ici , c'est de chanter avec joie ; voilà en effet ce que signifient ces paroles : " Qu'ils louent son nom par des concerts. " L'harmonie, c'est ici la pureté de la vie. Le Psalmiste, pour raviver leur ardeur, parle ensuite de la bonté du Pieu qu'il faut chanter : " Car le Seigneur a mis sa complaisance dans son peuple (4). " Quelle prospérité se pourrait comparer à la faveur d'un Dieu clément ? " Et il élèvera ceux qui sont doux, et les sauvera. " Voyez encore ici, comme il expose ce qu'il faut attendre de Dieu, ce que Dieu attend des hommes. De même que, tout à l'heure, en réclamant les actions de grâces, il a montré ce qui vient de Dieu, par ces paroles . " Car le Seigneur a mis sa complaisance dans son peuple; " de même, ici encore, en promettant les bienfaits de Dieu, il exige en même temps ce qui dépend des hommes : " Et il élèvera ceux qui sont doux., et les sauvera. " Elever , voilà la part de Dieu ; être doux, voilà la part de l'homme. Ce qui vient de Dieu, ne se montre qu'après ce qui vient de l'homme. Et maintenant voyez la grandeur du don. Il ne dit pas, sauvera n'importe comment, mais : " Il élèvera et sauvera, " c'est-à-dire, non-seulement il délivrera des maux, mais il accordera de plus l'éclat et l'illustration ; avec le salut, il donnera aussi la gloire. Le Psalmiste, développant cette pensée, ajoute : " Les saints seront dans la joie, se voyant comblés de gloire (5). " De même que, plus haut, il réclame fa douceur du coeur, de même ici il demande la sainteté. Partout en effet Dieu se montre avec ses miracles, c'est ainsi qu'il a affranchi les Israélites de la servitude des Egypliens; c'est ainsi qu'il les a ramenés de Babylone, et ce n'est pas seulement en les affranchissant, mais c'est (309) par les prodiges accomplis qu'il a surtout glorifié son peuple. " Ils se réjouiront dans le lieu de leur repos. " Ces paroles expriment la plénitude de la sécurité, la plénitude de la paix, la plénitude de la joie, la plénitude de la félicité. Et ce que dit le Palmiste, c'est pour faire savoir aux Israélites qu'ils ne doivent rien à leurs armes, rien à leur force particulière;
qu'ils doivent tout au secours de Dieu et qu'il importe de le conquérir par l'humilité et par la douceur. " Les louanges de Dieu seront toujours dans leur bouche, et ils auront, dans leurs mains, des épées à deux tranchants, pour exercer la vengeance du Seigneur sur les nations et ses châtiments sur les peuples (6, 7). " Il s'agit ici d'une guerre à faire par les cantiques chantés en choeur;
s'ils chantent, s'ils font entendre leurs hymnes, ils s'assureront la victoire. " Les louanges de Dieu, " ce sont les hymnes, les psaumes, les actions de grâces ; voilà pourquoi, au lieu de louanges, un autre interprète dit : " Les hymnes. " Pour exercer la vengeance du Seigneur sur les nations et ses châtiments sur les peuples. " Qu'est-ce à dire ? C'est que leurs vainqueurs ne cessaient de les outrager; or le Seigneur promet à son peuple de repousser, par la force des événements, les outrages de ces ennemis ; de leur montrer, par les événements mènes, que ce n'est pas à la faiblesse du Dieu des Israélites, mais aux péchés de son peuple , qu'ils ont dû leurs victoires. Quand tes Israélites eurent été suffisamment punis, il suffit d'un signe du Dieu de bonté, pour opérer, en faveur de son peuple, un admirable changement. Et maintenant, voyez l'insigne victoire ! le Psalmiste ajoute en effet : " Pour mettre leurs rois à la chaîne, et les plus nobles d'entre eux, dans les fers (8). " Voyezvous l'excès de la puissance ? Ils n'ont pas seulement chassé, repoussé les ennemis loin d'eux; mais ils les ont faits prisonniers, ils les ont traînés à leur suite, manifestant par tous ces événements la puissance de Dieu.
" Pour exécuter sur eux le jugement qui est inscrit (9). " Qu'est-ce à dire : " Le jugement qui est inscrit? " Cela veut dire, à découvert, manifeste, avéré, qu'il est impossible d'oublier. Tel est en effet le caractère des oeuvres de Dieu, la grandeur; l'excellence de ses miracles s'étend dans toute la durée des siècles. Telle sera donc, dit le Psalmiste, la victoire, tel sera le trophée, qu'il sera pour tous manifeste, à découvert, comme l'inscription d'une colonne, indestructible à jamais. Telle est la gloire réservée à tous ses saints. Quelle est cette gloire? D'avoir vaincu, ou plutôt, ce n'est pas simplement d'avoir vaincu, mais d'avoir vaincu de cette manière, par le bras de Dieu, par le secours d'en-haut. Et maintenant, voyez comme ici encore, il ne se lasse pas de parler des saints, excitant ainsi les fidèles à la pratique et au zèle de la vertu. Quant à moi, je ne crois pas qu'il entende par gloire, la victoire seulement, mais les louanges, les hymnes, les cantiques; il rappelle dans toutes ces paroles, que ceux qui louent le Seigneur recevront un grand accroissement de gloire et deviendront plus illustres, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l'empire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CL. 1. " LOUEZ LE SEIGNEUR DANS SES SAINTS. " UN AUTRE TEXTE : " DANS UN SANCTUAIRE. " UN AUTRE TEXTE : " DANS CE QU'IL SANCTIFIE. "
ANALYSE.
Que tous les membres de notre corps louent Dieu et forment un concert en son honneur.
Ces paroles s'appliquent, soit au peuple, soit à la vie sainte, et aux saints. Or voyez comme ici encore, pour terminer son livre des psaumes, il parle de l'action de grâces, nous montrant, par là, que tel doit être le commencement, et telle doit être la fin de nos actions et de nos paroles. Aussi Paul disait: " Quoi que vous fassiez , ou en paroles ou en actions , faites tout au nom du Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces par lui, à Dieu le Père." (Col. III,
17. ) C'est ainsi que commence notre prière. En effet, dire, "Notre Père, " c'est rendre grâces pour les dons que l'on a reçus, et pour les indiquer, il suffit de prononcer ce nom. Dire, " Notre Père, " c'est reconnaître l'adoption des enfants ; reconnaître l'adoption des enfants, c'est proclamer la justice, la sanctification, la rédemption , la rémission des péchés, tous les dons du Saint-Esprit.
Il faut en effet, que tous ces bienfaits précèdent pour que nous jouissions de l'adoption qui nous fait enfants de Dieu, pour que nous méritions d'appeler Dieu, notre père. Mais il me semble que le Psalmiste insinue encore une autre pensée, quand il dit: " Dans ses saints. " Cela veut dire par le moyen de ses saints; donc rendez grâces i Dieu de ce qu'il a introduit parmi les hommes une telle forme de vie; de ce que, des hommes, il a fait des anges; aussi, après avoir dit. " Dans ses saints , " le Psalmiste ajoute : " Louez-le dans le firmament où il fait éclater sa puissance, " montrant par ces paroles ce que j'ai déjà dit. Car les saints sont plus chers à Dieu que son firmament. Car le ciel est fait pour l'homme , et non l'homme pour le ciel. Maintenant un autre texte, au lieu de, " Dans le firmament, " porte. " Dans l'indestructibilité; " un autre: " Dans le firmament de sa puissance. " Or, le Psalmiste me paraît ici avoir encore une autre pensée, comme dans l'avant-dernier psaume. Là, en effet, il dit; " Louez-le, vous tous qui êtes ses anges. " (Ps. CXLVIII, 2.) Ici, " Louez-le, dans son firmament, " c'est-à-dire, vous qui êtes dans son firmament; le Psalmiste ne se lasse pas d'inviter les puissances supérieures à s'associer à l'élan de ses louanges. " Louez-le dans les effets de son pouvoir (2) ; " un autre: " Par ses puissances." L'hébreu dit: " Begeburothau. " Voici la pensée: louez-le , à cause de tout ce qu'il a de puissance, à cause de sa force, à cause de ses miracles, à cause de son pouvoir, qu'il manifeste par toutes les créatures; par celles qui vivent sur la terre, par celles qui vivent dans les cieux; par les oeuvres générales , par les oeuvres particulières : à chaque instant, et toujours. Louez-le, " selon l'étendue de sa grandeur. " Est-ce possible, et quelles louanges pourraient égaler sa grandeur? Le Psalmiste ne dit pas, une louange qui égale; (311) mais, dit-il, selon que vous pouvez comprendre l'immensité de cette grandeur, vous devez la louer, dans la mesure de vos forces, autant qu'une louange , digne de Dieu , de cette incomparable grandeur, peut sortir de la bouche d'un homme. Nul en effet, ne peut dignement louer Dieu. Avez-vous compris la passion de cette âme sainte? avez-vous compris le feu qui la brûle, qui la tourmente, qui l'excite, qui lutte pour surmonter la naturelle faiblesse ; pour s'élancer de la terre au ciel; l'ardeur de l'âme attachée à Dieu, qu'un désir brûlant jette dans le sein de Dieu? " Louez-le, au son de la trompette ; " un autre texte: " Au son de la trompe. Louez-le, avec le psaltérion et la harpe; " un autre: " Avec le nablum, (espèce de harpe) , et la lyre ; louez-le avec le tambour, et dans les chœurs ; louez-le avec le luth et avec l'orgue; " un autre texte: " Avec des cordes et avec la harpe ; "Louez-le, avec des cymbales harmonieuses; " louez-le avec des cymbales de jubilation. " Un autre: " Avec des cymbales de signification,. " Que toute haleine loue le Seigneur. " Un autre texte: " Que toute respiration. " Il excite tous les instruments; il veut les entendre tous offrir à Dieu leur mélodie , il leur communique à tous la chaleur qui le brûle; il les réveille tous.
Eh bien donc ! de même qu'il ordonne aux Juifs de louer Dieu par tous les instruments, de même il nous prescrit, à nous , de le louer par tous nos membres: par nos yeux, par notre langue, par nos oreilles et par nos mains; ce que Paul, de son côté, exprime ainsi: " Offrez vos corps comme une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu , pour lui rendre un culte raisonnable. " (Rom. XII, 1.) La louange qui vient de l'oeil, ce sont des regards dont rien n'altère la pureté ; la louange de la langue, ce sont les psaumes ; la louange de l'oreille, c'est l'ignorance des chants impurs, des discours qui accusent le prochain; la louange que fait la pensée, c'est la simplicité qui ne connaît pas la ruse, et n'admet que la charité. Les pieds louent le Seigneur, lorsqu'ils ne courent pas au vice, mais aux bonnes oeuvres ; les mains louent le Seigneur, quand elles ne s'abandonnent ni au vol , ni aux rapines, ni aux coups, ni aux violences; quand elles s'emploient à l'aumône, à la défense des opprimés.
L'homme devient alors une harpe harmonieuse d'une mélodie ravissante, spirituelle, qui s'élève à Dieu. Maintenant, ces instruments dont nous avons parlé, furent permis aux Juifs, à cause de la faiblesse de leur esprit; on voulait les main tenir dans la charité , dans la concorde, les exciter à faire avec ardeur ce qui leur procurerait le salut. Dieu voulait, en leur permettant les plaisirs de ce genre, les amener à des désirs plus élevés.
Dieu comprenait combien ces Juifs étaient grossiers, lâches, déchus, et il voulait les réveiller , les consoler de l'assiduité qu'il leur demandait, par les douceurs de la mélodie. Et maintenant que veut dire, " Les cymbales de la signification? " Ce sont les psaumes. Et en effet, ils ne frappaient pas simplement les cymbales, ils ne jouaient pas simplement de la harpe, mais, autant que faire se pouvait, par les cymbales, par les trompettes, par la harpe, ils montraient le sens des psaumes, et le travail, et le zèle dont ils faisaient preuve dans ces exercices, leur était d'une grande utilité. " Que toute haleine " loue le Seigneur. " Après avoir invité au concert de louanges les créatures célestes; après avoir réveillé le zèle du peuple , excité tous les instruments, il s'adresse à la nature entière, il invite tous les âges à ce concert vieillards, hommes faits, jeunes gens, adolescents, femmes, et généralement, sans exception aucune, tous les habitants de la terre; il jette déjà les premières semences du Nouveau Testament, en s'adressant à ceux qui sont répandus sur toute la surface de l'univers. Donc ne nous lassons pas de louer Dieu , de lui rendre, pour toutes choses, des actions de grâces, et par nos paroles, et par nos actions. Voilà , en effet, notre sacrifice , notre oblation ; voilà le ministère par excellence, le digne emploi d'une vie réglée sur le modèle des anges.
Et si nous persévérons ainsi à louer Dieu, nous passerons, sans aucune offense, la vie présente , et nous acquerrons lesbiens à venir. Puissions-nous tous nous les voir accordés , par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent, comme au Père, comme au Saint-Esprit, la gloire, la puissance, l'honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.