Stromates — Livre III

Clément d'Alexandrie · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — stromates3/31/32.htm — trad. de Genoude 1839 · 11 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

L'auteur réfute l'opinion des Basilidiens sur la continence et sur le mariage. Les Valentiniens qui font descendre originairement des divins embrassements les alliances conjugales, approuvent le mariage. Quant aux Basilidiens, ils disent que les apôtres ayant interrogé le Seigneur pour savoir s'il ne valait pas mieux se marier, le Seigneur leur répondit :

« Tous n'entendent pas cette parole ; car il y a des eunuques de naissance et des eunuques de nécessité. »

Or, les Basilidiens interprètent ainsi cette réponse :

Il est des hommes qui, de naissance, ont pour la femme une aversion naturelle. Ceux-là font bien d'obéir à leur tempérament, et de ne point se marier. Ils sont eunuques de naissance. Les eunuques de nécessité sont tous ces hommes qui s'exercent sur les théâtres, et que le soin de leur gloire oblige à garder la continence. Ceux qu'un accident quelconque a mutilés sont eunuques par nécessité. Ceux donc qui deviennent eunuques par nécessité, ne le deviennent point conformément à la sagesse divine, mais bien ceux qui se font eux-mêmes eunuques pour le royaume éternel. Ils prennent, disent-ils, ce parti pour éviter les soucis ordinaires du mariage, et dans la crainte des soins attachés à l'entretien d'une famille.

« Il vaut mieux se marier que de brûler? »

204 L'apôtre, répondent-ils, a voulu dire : Si vous ne vous mariiez pas, vous risqueriez de jeter votre âme dans le feu en résistant nuit et jour et en craignant de perdre la continence ; car une âme qui est tout occupée à résister, se sépare de l'espérance.

« Prenez donc, dit en propres termes Isidore dans ses Morales, une femme d'une forte constitution, de peur que vous ne vous sépariez de la grâce de Dieu ; puis, après avoir éteint votre feu en satisfaisant à votre passion, vous pourrez prier avec plus de liberté. Et lorsque votre action de grâces, poursuit-il, se sera transformée en demande, et que désormais vous aurez résolu, non pas de bien faire, mais de ne pas succomber, mariez-vous. Mais voici un jeune homme, il est pauvre et porté aux plaisirs de la chair, et conformément à la sagesse, il ne veut pas se marier. Qu'il prenne bien garde de ne pas se séparer d'un frère ; qu'il dise : je suis entré dans la voie sainte; rien de mal ne saurait m'arriver. A-t-il quelque crainte? qu'il dise : frère, impose-moi la main, afin que je ne pèche point; et il recevra du secours et dans son âme et dans son corps. Qu'il veuille seulement accomplir ce qui est bien et il y réussira. Mais souvent nous disons de bouche : je ne veux pas pécher, et notre cœur persévère dans les liens du péché. C'est la crainte et l'appréhension d'un supplice qui empêchent un homme animé de ces sentiments d'exécuter ce qu'il projette. La nature humaine a des besoins nécessaires et des besoins seulement naturels. Les vêtements sont à la fois nécessaires et naturels. Les plaisirs charnels sont naturels, mais non pas nécessaires. »

J'ai cité ces paroles pour rappeler au devoir ceux des Basilidiens qui se conduisent mal, et qui se font de la perfection un prétexte pour commettre le péché; ou qui tout au moins se flattent d'être infailliblement sauvés, quand même ils pécheraient ici-bas, parce qu'ils ont été élus, disent-ils, dès le sein de leur mère. Ils verront par là que tel n'était pas le sentiment des premiers auteurs de leur doctrine. De grâce donc, qu'ils ne fassent plus blasphémer le nom du Christ en se donnant pour Chrétiens et en menant une vie plus licencieuse 205 que les plus intempérants des gentils; c'est de tels hommes qu'il a été dit : faux apôtres, ouvriers trompeurs, et le reste jusqu'à ces mots : dont la fin sera selon leurs œuvres. La continence donc est le mépris du corps, conformément à la promesse qu'on en a faite à Dieu. Car la continence a pour objet la fuite, non-seulement des plaisirs de la chair, mais encore de tous ceux que l'âme, convoite d'une manière illicite, ne sachant pas se contenter du nécessaire. Ainsi la continence s'exerce sur la langue, dans les possessions, dans la jouissance, dans les désirs. La continence ne nous apprend pas seulement à être tempérants; mais comme elle est une force et une grâce divine, elle nous donne la tempérance. Voici donc notre opinion sur la question qui nous occupe : Nous bénissons la continence et ceux auxquels Dieu l'a accordée. Nous vénérons l'unité de mariage, et tout ce qu'il y a de beau et d'honnête à ne s'être marié qu'une fois; mais aussi nous disons qu'il faut être compatissant, et porter les fardeaux les uns des autres, de peur que celui qui croit être debout et ferme ne tombe aussi lui-même. Quant au mariage en secondes noces :

« Si tu brûles, dit l'apôtre, marie-toi. »

Il réfute aussi la doctrine de Carpocrate et d'Epiphane sur la communauté des femmes. Ceux qui professent les opinions de Carpocrate et d'Épiphane, prêchent la communauté des femmes; de là, le plus horrible blasphème qu'ait jamais essuyé le nom du Christ. Cet Épiphane, dont les écrits sont encore dans beaucoup de mains, était le fils de Carpocrate et d'une femme nommée Alexandria. Originaire d'Alexandrie, par son père, et de Céphallénie par sa mère, il ne vécut que dix-sept ans, et fut honoré comme un dieu à Samé de Céphallénie. Là, on lui érigea un temple de pierres gigantesques, on lui consacra des autels, des bois, un musée; et à chaque nouvelle lune, les Céphalléniens se 206 rendent au temple, offrent des sacrifices à Épiphane pour honorer le jour de son apothéose, font des libations, célèbrent des festins et chantent des hymnes en son honneur. Son père lui fit parcourir le cercle entier des sciences, et l'instruisit dans la philosophie de Platon. C'est lui qui inventa la doctrine des monades; c'est à lui que remonte l'hérésie des Carpocratiens. Il dit donc dans son livre De la justice :

« La justice de Dieu est une certaine communauté ayant pour base l'égalité. Le ciel ne se déroule-t-il pas également de toutes parts, et n'enveloppe-t-il pas la terre entière dans une même circonférence? La nuit ne fait-elle pas également briller toutes les étoiles; et d'en haut, Dieu ne verse-t-il pas également les rayons du soleil, source du jour et père de la lumière, sur tous ceux qui peuvent voir? et l'aspect de cet astre ne leur est-il pas commun à tous? C'est que Dieu ne distingue pas le riche du pauvre ni du puissant, le fou du sage, la femme de l'homme, le maître de l'esclave. Il n'agit pas autrement, même envers les brutes; mais en versant du haut du ciel sur tous les animaux, bons et mauvais, une égale portion de lumière, il affermit le règne de la justice, personne ne pouvant avoir plus qu'un antre, ni enlever à son prochain sa part de lumière, et doubler par ce surcroît la sienne propre. Le soleil fait naître des aliments communs pour tous les animaux. Une justice commune veille également aux intérêts de chacun, et à cet égard les bœufs sont comme les génisses, les porcs comme leurs femelles, les brebis comme les béliers, et ainsi des autres animaux. C'est à cette communauté de biens que se manifeste en eux la répartition de la justice. C'est encore en commun que l'on sème toutes les graines, chacune selon son espèce. Une nourriture égale et commune germe à la surface de la terre pour tous les animaux qui paissent sans aucune distinction ; mais par les soins du donateur qui lèvent ainsi, elle est également et justement répartie entre tous. A l'égard de la génération, ils n'ont aucune loi écrite; eût-elle existé, elle serait anéantie ; car ils sèment et engendrent également avec la première venue, grâce à la communauté que la nature, fille de la justice, a établie parmi eux ;

207 communauté à laquelle ils participent tous également. Le créateur et le père de toutes choses leur a également donné à tous, par une loi de sa justice, un œil pour voir, sans distinguer le mâle de la femelle ; ni l'homme de la brute, en un mot, sans établir aucune différence; en leur partageant également et en commun le don de la vue, il les en a tous gratifiés à la fois et par une seule et même loi. Mais les lois, n'ayant pu corriger l'ignorance des hommes, leur ont appris à enfreindre les lois. Car les lois particulières ont dissous et anéanti la communauté consacrée par la loi divine, ajoute Épiphane, sans comprendre cette parole de l'apôtre :

« C'est par la loi que j'ai connu le péché. »

Le mien et le tien, poursuit-il, se sont introduits furtivement chez les hommes par le canal des lois. Les hommes n'ont plus joui eu commun, ni de la terre, ni des biens acquis, ni même du mariage, comme ils avaient le droit d'en jouir. Car Dieu a fait la vigne pour les besoins de tous; elle ne refuse ses fruits ni au passereau ni au voleur. Il en est ainsi du blé et des autres fruits. C'est la violation de la communauté et de l'égalité qui a suscité le voleur de bestiaux et le voleur de fruits. Dieu donc, en créant tout pour l'usage de tous, en rapprochant les deux sexes pour des unions communes, et en unissant de la même sorte tous les êtres vivants, a proclamé pour souveraine justice la communauté et l'égalité. Mais ceux qui sont nés ainsi, ont renié celle qui leur donna le jour, la communauté des hommes et des femmes. Si donc, dit-il, quelqu'un en épouse une, qu'il la garde; puisque tous peuvent s'unir à toutes, comme le prouvent les autres animaux. Ce sont ses paroles formelles; puis il ajoute en propres termes :

« Pour assurer la perpétuité des races, Dieu a fait naître dans l'homme un désir plus violent et plus vif que chez la femme. Ce désir, aucune loi, aucune coutume, rien ne peut l'étouffer; c'est une loi de Dieu. »

Mais comment nous arrêter davantage à l'examen d'une doctrine ouvertement subversive de la loi de Moïse et de l'Évangile? La loi dit :

« Tu ne seras point adultère. »

« Quiconque aura regardé une femme pour la convoiter, a déjà commis l'adultère. »

208 révèlent que c'est un même Dieu que proclament la loi, les prophètes et l'Évangile ; car il est écrit :

« Tu ne désireras point la femme de ton prochain. »

Or, le prochain du juif n'est pas le juif; il est sou frère et il a reçu le même esprit. Il faut donc entendre par prochain tout homme d'une autre nation. Comment, en effet, ne serait-il pas notre prochain, celui qui peut participer au même esprit. Abraham n'est pas seulement le père des Hébreux, il l'est encore des Gentils. Mais, si la loi punit de mort la femme adultère et son complice, il est évident que le commandement ainsi conçu :

« Tu ne désireras point la femme de ton prochain, »

concerne les Gentils ; afin que celui qui, selon la loi, se sera abstenu et de sa sœur et de la femme de son prochain, entende publiquement ces paroles du Seigneur :

« Et moi je dis : Tu ne désireras pas. » L'addition de ce pronom moi, montre que le commandement est encore plus formel. Mais ce qui prouve que Carpocrate et Épiphane sont en guerre avec Dieu, c'est le passage suivant, que l'on trouve dans le célèbre ouvrage ayant pour titre De la justice.

« En conséquence, y est-il dit en propres termes, il faut regarder comme ridicule cette parole sortie de la bouche du législateur : Tu ne désireras pas, jusqu'à cette autre plus ridicule encore : le bien de ton prochain. En effet, c'est lui qui nous a donné le désir, comme contenant le principe de la génération, et maintenant il nous ordonne de le réprimer, lorsqu'il en est autrement chez tous les animaux. Et ces mots : la femme de ton prochain, par lesquels il soumet la communauté à la propriété particulière, ne sont-ils pas encore plus ridicules? »

Voilà donc les admirables dogmes des Carpocratiens ! On dit que ces malheureux et plusieurs autres partisans des mêmes perversités, après s'être réunis hommes et femmes pour un repas, ( car je n'appellerai pas agape leur assemblée ), après s'être gorgés de mets qui excitent aux plaisirs de la chair, et avoir renversé les flambeaux dont leur justice, je me trompe, dont leur prostitution, ne peut supporter la lumière, s'accouplent pêle-mêle comme ils veulent et avec qui ils veulent. On dit aussi qu'après avoir 209 essayé, dans cette agape, de la communauté, ils ne manquent pas, les jours suivants, de sommer les femmes qu'ils convoitent d'obéir à la loi, je ne dis pas du divin Carpocrate, Dieu m'en préserve, mais de Carpocrate. Carpocrate aurait dû, selon moi, offrir de pareilles lois à la lubricité des chiens, des porcs et des boucs. Au reste, il me semble avoir mal compris Platon quand il dit dans sa République :

« Toutes les femmes doivent être communes. »

Communes en ce sens, qu'avant d'être mariées, elles pourront être demandées en mariage par quiconque le désirera. C'est ainsi que le théâtre est commun à tous les spectateurs. Mais, du reste, il voulait qu'une fois mariées, elles appartinssent à leur premier époux et ne fussent plus communes. Xanthus, dans son ouvrage intitulé Des mages, rapporte que les mages partagent la couche de leurs mères et de leurs filles ; qu'il leur est permis de s'approcher de leurs sœurs, et que les femmes sont communes entre eux, non par force ni par ruse, mais par un mutuel consentement, lorsque l'un veut épouser la femme de l'autre. Jude me semble, dans son épitre, avoir dit prophétiquement de ces hérétiques et de ceux qui tombent dans les mêmes erreurs :

« Ceux-là aussi rêvent; car s'ils étaient éveillés, ils n'oseraient jamais combattre ainsi la vérité; »

et le reste, jusqu'à ces mots :

« Et leur bouche profère des paroles qui respirent l'orgueil. »

Platon et quelques anciens philosophes ont devancé les Marcionites et d'autres hérétiques qui s'abstiennent du mariage parce qu'ils pensent que la créature est mauvaise et que les hommes naissent pour la douleur.

Platon, il est vrai, ( et les Pythagoriciens, et plus tard encore les Marcionites, ont été du même sentiment); Platon, dis-je, a pensé que la génération était chose mauvaise; mais il 210 était loin de supposer que les femmes dussent être communes. Les Marcionites sont allés plus loin. Ils disent que la nature est mauvaise, et d'une mauvaise matière, quoique sortie des mains d'un Créateur juste. C'est pourquoi ils refusent de peupler le monde, œuvre du Créateur, et veulent que l'on s'abstienne du mariage, faisant profession ouverte de résister à leur Créateur et de tendre vers l'être bon qui les a appelés, et non vers celui qui est Dieu, disent-ils, d'une autre manière. Et par suite de cette résistance, pour ne rien omettre sur ce point de tout ce qui est en leur pouvoir, ils embrassent la continence, non par estime pour elle, mais par haine pour le Créateur, et pour ne point user de ce qui a été créé par lui. Toutefois, ces mêmes hommes, auxquels leur guerre impie contre Dieu a fait perdre tous les sentiments naturels, ces mêmes hommes qui méprisent la patience et la bouté de Dieu, quoiqu'ils refusent de se marier, usent cependant des aliments créés et respirent l'air du Créateur; eux-mêmes ils sont l'ouvrage de ses mains et demeurent parmi ses œuvres. Ils annoncent, disent-ils, une doctrine nouvelle : soit, mais au moins qu'ils remercient donc le Seigneur d'avoir créé le monde, puisque c'est dans le monde du Créateur qu'ils ont reçu le nouvel Évangile. Nous les réfuterons pleinement lorsque nous arriverons à la question des principes. Quant aux philosophes dont nous avons fait mention, et dans la doctrine desquels les Marcionites ont puisé le dogme impie, que la génération est criminelle, mais dont ils se glorifient néanmoins comme s'il émanait d'eux, ils ne veulent pas que la génération soit criminelle de sa nature, mais qu'elle ait été rendue telle par l'âme qui a trahi la vérité. Car notre âme, à laquelle ils reconnaissent une essence divine, ils la font descendre ici-bas comme dans un lieu de supplice ; et selon eux, les âmes sont unies à des corps afin de se purifier. Ainsi ce dogme est celui, non plus des Marcionites, mais de ceux qui pensent que les âmes sont envoyées dans les corps, qu'elles y sont enchaînées, et qu'elles sont, pour ainsi dire, transvasées d'un corps dans un autre. Nous les réfuterons 211 plus tard, lorsque nous traiterons de l'âme. Héraclite donc parait maudire la génération dans le passage suivant :

« Ceux qui sont nés veulent vivre et engendrer pour la mort, ou plutôt ils veulent se livrer au repos du sommeil, et ils laissent des enfants qui mourront après eux. » I Il est évident qu'Empédocle est du même avis : « J'ai pleuré, s'écrie-t-il, et je me suis lamenté en voyant pour la première fois un monde auquel je n'étais point « accoutumé. » Il dit encore : « L'être, la nature nous fait passer par la mort en changeant notre forme. » Et ailleurs : « Grands dieux ! qu'elle est malheureuse la race des mortels ! Oh? qu'elle est misérable! A quelles discordes et à quels gémissements, pauvres humains, êtes-vous réservés! » La sibylle dit aussi : « Hommes sujets à la mort, hommes de chair et qui n'êtes rien. » C'est aussi l'opinion du poète qui écrit : « La terre ne nourrit rien de plus misérable que l'homme. » Théognis également montre que la génération est un mal, lorsqu'il dit : « De tous les biens, le plus grand pour les mortels est de ne pas naitre et de ne pas voir l'éclatante lumière du soleil ; pour celui qui est né, c'est de franchir au plutôt les portes de la mort, et de se reposer dans la tombe sous un monceau de terre. » Le poète tragique, Euripide, parle dans le même sens :

« Il fallait nous réunir et pleurer sur l'enfant qui naissait, en le voyant entrer dans cette carrière de maux; aujourd'hui qu'il est mort, et se repose enfin de ses labeurs pénibles, il faut nous réjouir et le porter au bûcher au milieu de joyeuses félicitations. » Il exprime ailleurs la même pensée : 212 « Vivre est-ce mourir ? Mourir est-ce vivre? Qui le sait?» Hérodote semble mettre dans la bouche de Solon des paroles semblables :

« Ô Crésus, tout homme n'est que misère.»

La fable de Cléobis et de Biton n'est évidemment écrite que dans le but de condamner la naissance et de louer la mort. « Telle la naissance des feuilles, telle aussi celle des hommes, dit Homère.» Dans le Cratyle, Platon attribue à Orphée le dogme que l'âme subit dans le corps un châtiment. Voici les paroles de Platon :

« Il en est qui veulent que le corps ( en grec Sôma ) soit le tombeau (Sèma) de l'âme, parce qu'elle est ensevelie dans la vie présente. Comme sa signification se confond avec celle du mot âme, c'est avec raison qu'on l'a nommé Sèma. Orphée, ce me semble, a donné ce nom au corps surtout, parce que l'âme y subit le châtiment de fautes antérieures. »

Il est bon de rappeler ici les paroles de Philolaüs; ce pythagoricien nous dit :

« Les théologiens et les devins antiques attestent que l'âme a été jointe au corps pour expier un crime, et qu'elle a été ensevelie dans le corps comme dans un tombeau.»

Pindare lui-même, parlant des mystères d'Eleusis, en tire cette conclusion :

« Quiconque les a vus, descend heureux dans les profondeurs de la terre; il connaît la fin de la vie; il connaît l'empire donné par Jupiter.»

Platon, aussi, dans le Phédon, ne craint pas d'écrire ces paroles :

« Or, ceux qui ont établi les mystères parmi nous, n'ont rien fait autre chose, etc., etc...»

jusqu'à ces mots : « Il habitera avec les dieux.» Et ces autres paroles du même Platon :

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