Catéchèses (Treizième catéchèse) (page 2)
Jésus-Christ dans sa chair se chargea de nos péchés pour les porter sur la croix, afin que, mourant avec lui au péché, nous vécussions à la justice (1 Pi. 2, 24.) La victime ne fut pas d’une minime valeur. Ce ne fut pas une brebis prise et choisie dans un troupeau quelconque, ni un homme tel qu’un autre ; ce n’était pas seulement un Ange ; c’était un Dieu et un Dieu homme. (Is. 63, 9.) Quelque grands, quelque énormes, quelque multipliés que fussent les péchés des hommes, ils étaient encore au-dessous de la justice de celui qui se sacrifiait pour eux. Non, l’énormité des crimes commis sur toute la terre ne pouvait être mise en balance avec la justice de celui qui se donna pour notre victime expiatoire, qui mourut quand il voulut, et qui reprit la vie quand il voulut. Voulez-vous encore une preuve évidente et palpable de la mort volontaire du Sauveur ? Écoutez les dernières paroles qu’il adresse à son Père sur la croix : Mon Père, je remets mon âme entre vos mains. (Lc. 23, 46.) Je remets, dit-il, c’est-à-dire en dépôt, mon âme pour la reprendre quand je voudrai. Et à ces mots il rendit le soupir (Mt. 27, 50) mais pour le reprendre peu de temps après. Ce qu’il fit en effet lors de sa résurrection. XXXIV. Le soleil retira sa lumière de dessus la terre au moment où le soleil de justice s’éclipsa. (Lc. 23,45. Mal. 4, 2.) Les rochers se fendirent, lorsque la pierre spirituelle tomba. (1 Co. 10, 1.) Les sépulcres s’ouvrirent et rendirent à la lumière leurs dépôts ; (Mt. 27, 52) ; les morts ressuscitèrent à la vue de celui qui était venu en toute liberté prendre place parmi eux. (Ps. 87, 6.) Il retira ses captifs d’un lac sans eau. (Zac. 9, 11.) Ne rougissez donc pas de Jésus crucifié ; mais dites avec confiance comme le Prophète : Il s’est chargé de nos péchés ; c’est pour nous qu’il a souffert ; ce sont ses plaies qui nous ont guéris. (Is. 51, 4-5.) Ne soyons donc pas ingrats envers notre bienfaiteur qui nous dit encore par la bouche de son Prophète : Ce sont les iniquités de mon peuple qui l’ont conduit à la mort ; je donnerai les méchants pour prix de sa sépulture, et pour sa mort je livrerai les riches.
(Id. 9, Sept.) C’est ce qui a fait dire à l’Apôtre en termes plus précis et plus clairs, que Jésus-Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu’il avait été enseveli et qu’il avait ressuscité le troisième jour suivant les Écritures. (1 Co. 15, 3-4.) XXXV. Vous demandez sans doute où il a été enseveli ; si son tombeau a été fait de la main des hommes ; si, comme celui des rois, c’est un monument qui, dédaignant la terre, s’élève vers le ciel ; s’il a été construit de pierres entassées les unes sur les autres ; quelle était son épitaphe. Prophètes, répondez-nous, dites-nous où était son tombeau, faites-nous-en la description, indiquez-nous le moyen de le découvrir. Ceux-ci vous répondent : Écoutez-moi, vous qui marchez sur les pas du juste et qui cherchez le Seigneur, regardez dans ce roc que vous avez taillé, dans ce trou de mort que vous avez creusé. (Is. 51, 1-2 Sept.) Regardez et voyez. (Sir. 2, 10 Sept.) Comparez maintenant le Prophète avec l’Évangéliste. Joseph le déposa enveloppé d’un linceul dans un sépulcre taillé dans le roc. (Mc. 15, 46.) Et ensuite ? Quelle porte y avait-il à ce tombeau ? Un autre Prophète vous l’apprendra : Après m’avoir tué, ils m’ont mis dans un tombeau fermé d’une pierre. (Lam. 3,53.) Moi, la pierre angulaire, la pierre choisie, la pierre précieuse, je suis renfermé, caché dans l’intérieur d’un roc, mais pour peu de temps. Pierre de scandale pour les Juifs, pierre de salut pour les fidèles ! (1 Pi. 2,6, 8.) L’arbre de vie a donc été planté sur la terre, pour rendre à cette terre maudite son antique bénédiction, et aux morts la vie et la liberté. XXXVI. Loin donc de rougir du nom de Jésus crucifié, traçons hardiment de nos doigts sur notre front le signe auguste de la croix ; laissons-en l’empreinte partout autour de nous, soit que nous mangions ou que nous buvions, soit que nous sortions ou que nous rentrions, soit que nous nous couchions ou que nous nous levions, soit que nous agissions ou que nous nous reposions ; marquons le commencement et la fin de chacune de nos actions par ce redoutable signe.
C’est une puissante sauvegarde, gratuite pour les pauvres, facile pour les malades. C’est une faveur spéciale de Dieu attachée à ce signe des fidèles, d’être la terreur des esprits infernaux (Col. 2, 15) ; c’est en ce signe que Jésus-Christ a triomphé des puissances de l’enfer. Déployez-le audacieusement devant eux. À cette vue ils se rappellent aussitôt Jésus crucifié ; ils redoutent celui qui écrasa la tête du serpent. Ce signe auguste ne doit rien perdre de son prix à vos yeux en raison de sa gratuité ; votre reconnaissance envers votre bienfaiteur n’en doit être que plus vive. XXXVII. Si le hasard vous amène à des discussions sur votre foi, et si les moyens de démonstration vous échappent, n’en soyez pas moins inébranlable. Si vous vous sentez assez fort pour soutenir la discussion, fermez la bouche aux Juifs en leur opposant les Prophètes. Faites taire les gentils en les mettant en présence de leurs fables. Ceux-ci adorent ceux que la foudre a frappés(U). Eh bien ! apprenez-leur que, si la foudre tombe du ciel, ce n’est pas la main d’un aveugle hasard qui l’a dirigée ; et que, s’ils n’ont pas honte d’adorer ceux-là que Dieu dans sa justice a foudroyés, vous ne devez pas craindre d’adorer le Fils de Dieu crucifié pour vous, en qui Dieu se complaît. La pudeur ne me permet pas d’étaler ici les vices abominables de ces êtres auxquels les gentils ne rougissent pas de-donner le nom de Dieu. D’ailleurs, le temps ne me le permet pas. Mais je recommande à ceux qui sont en état de le faire, de ne pas négliger ce moyen, toutes les fois que l’occasion s’en présentera. Fermez aussi la bouche à tous les hérétiques ; si un d’eux vous dit que la croix n’est qu’un fantôme, tournez-lui le dos ; si un autre vous dit que toute l’histoire de la Passion s’est passée en illusion, que le Christ n’a été crucifié qu’en apparence et non en réalité, regardez-le avec mépris et retirez-vous. Car c’est de la croix que nous vient le salut. Si la croix n’est qu’une illusion, qu’un puéril effet de nos sens trompés, il en faudra dire autant de la résurrection et de l’ascension du Sauveur, et nous sommes encore sous l’empire du péché.
(1 Co. 15, 47.) Il en faudra dire autant de son second avènement et du jugement dernier ; et tout ne sera pour nous qu’illusions et fantômes, il n’y aura plus de certitude sur la terre. XXXVIII. Prenez donc la croix pour fondement inébranlable de votre foi, et sur elle construisez votre corps de doctrine et de croyance. Gardez-vous de nier la réalité de la Passion du Sauveur et de sa mort. Car vous soulèveriez contre vous mille redoutables témoins. Judas, le traître, se lèverait aussitôt le premier pour vous confondre. (Mt. 27, 3.) Lui qui l’a livré, sait que ce n’est pas un fantôme que les Princes des Prêtres et les Anciens du peuple ont condamné. Il vous montrera les trente deniers, prix de sa trahison, (Id. 26, 13) le jardin de Gethsémani, théâtre de son attentat. Je ne vous dis rien encore du mont des Oliviers, (Lc. 22, 39) ni des témoins de sa prière nocturne, de cette lune qui éclairait son agonie, de ce soleil qui épouvanté refusa au monde sa lumière (Lc. 23, 45) de ce feu près duquel Pierre se chauffait. (Jn. 18, 18.) Si vous reniez la croix du Sauveur, le feu éternel sera votre unique partage. Ces vérités sont dures ; mais il vaut mieux les entendre que les expérimenter. Rappelez-vous les épées tirées contre lui dans le jardin de Gethsémani (Mt. 26, 55) si vous redoutez le glaive éternel. La maison de Caïphe, ou plutôt ses ruines(X) qui sont encore là, attesteront contre vous de la puissance de celui qui y fut jugé. Au jugement dernier, Caïphe en personne se lèvera contre vous, ainsi que ce valet dont la main impure souilla par un soufflet la face auguste du Sauveur, et ceux qui le garrottèrent et le traînèrent au prétoire. Hérode, Pilate, seront là pour vous dire : Quoi ! vous reniez celui qui devant nous fut calomnié, que nous avons reconnu nous-mêmes pour innocent. Quant à moi, vous dira Pilate, je m’en lavai les mains. Tous ces sycophantes, toute cette masse impure de faux témoins, toute cette soldatesque qui le couvrit par dérision d’un marteau de pourpre, qui le couronna d’épines, tous les bourreaux qui le crucifièrent sur le Golgotha, les soldats qui tirèrent au sort sa robe, Simon le Cyrénéen qui lui aida à porter sa croix, seront alors contre vous d’impitoyables accusateurs.
XXXIX. Toute la nature se soulèvera ; le soleil vous rappellera son éclipse, la terre son vin aromatisé, son roseau, son hysope, le bois de la croix qu’elle a produits, la mer son éponge ; le soldat qui lui perça le flanc ; les femmes qui pleurèrent au pied de la croix ; le voile du temple qui se déchira ; le prétoire de Pilate, lequel, par la puissance de Jésus crucifié, ne présente aujourd’hui que l’aspect d’un désert ; ce Golgotha sacré qui élève ici sa tête superbe, qui nous montre encore aujourd’hui les rochers fendus à la mort du Christ ; ce sépulcre qui est ici proche, cette pierre posée à l’entrée du monument(Z), et que nous voyons encore aujourd’hui à la même place ; cet Ange qui en garda l’entrée ; les saintes femmes qui l’adorèrent après sa résurrection ; Pierre, Jean, qui coururent au sépulcre ; Thomas qui mit sa main dans la plaie de son côté, et les doigts dans celles de ses mains. Car, remarquez-le, c’est dans votre propre intérêt que Thomas fut un si scrupuleux scrutateur de la vérité. C’est pour vous qui n’y étiez pas, et qui aujourd’hui voudriez satisfaire votre curiosité, que Dieu permit que Thomas se livrât à ce rigoureux examen. XL. Vous avez aujourd’hui pour témoins de Jésus crucifié douze Apôtres, toute la terre et toute cette masse de fidèles répandus sur le globe, qui croient en Jésus crucifié. Qu’est-ce qui vous amène ? ici Si ce n’est la puissance, la vertu de la croix. Qui vous a ici réunis ? Sont-ce des soldats ? Vous a-t-on enchaînés pour vous y amener ? En vertu de quelle loi, de quel arrêt vous trouvez-vous ici ? C’est la croix de Jésus-Christ, c’est le trophée du salut qui vous a tous amenés ici. C’est elle qui a fait la conquête des Perses, qui a apprivoisé le Scythe ; c’est elle qui a purgé les temples d’Égypte des chiens, des chats qu’un peuple stupide y adorait, pour s’y implanter. C’est elle qui aujourd’hui guérit encore les maladies, met en fuite les démons, détourne les maléfices des enchanteurs. XLI. C’est avec ce signe que Jésus-Christ apparaîtra un jour sur les nuées.
Il sera précédé de ce trophée glorieux, pour que ceux qui l’ont crucifié, qui l’ont méprisé,’outragé, le voient et le reconnaissent. C’est alors que ceux qui, comme les Juifs, n’auront pas fait pénitence, se lamenteront. Une tribu accusera une autre tribu, et toutes se maudiront. C’est alors qu’ils se repentiront ; mais le temps de la pénitence sera passé. (Zac. 12,12.) Pour nous, glorifions-nous dans la croix du Sauveur ; adorons le Sauveur des hommes, crucifié pour nous, et Dieu son Père qui l’a envoyé avec le Saint-Esprit, à qui appartient la gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. NOTES SUR LA TREIZIÈME CATÉCHÈSE. (A). pag. 9. — Que la passion du Sauveur a été un acte purement spontané de sa volonté. Voici une vérité sur laquelle insiste fortement S. Cyrille, et sur laquelle il reviendra plus tard. (n. 13, et Catéch. xiv, 8.) Nous ne la considérerons pas ici sous le point de vue théologique, en ce qui concerne la double volonté du Christ, et comme homme, et comme Dieu. Mais qu’on nous permette de jeter les yeux sur ce sacrifice volontaire qui devait sauver le genre humain, que la tradition a constamment prédit et consacré d’avance chez toutes les nations. Car nous demanderons à tout homme qui réfléchit un peu, quel était cet instinct qui avait dit à tous les peuples de la terre, qu’il fallait que les victimes propitiatoires ou expiatoires vinssent sans contrainte se présenter aux autels : Ducebantur, et non trahebantur victimæ, dit Cicéron. (Lib. de Divinat.) Les victimes étaient conduites et non traînées à l’autel. DUCUNTUR NIVEÆ, populo plaudente, juvencæ. (Virg.) On mène, au grand applaudissement du peuple, des génisses blanches comme neige. Casurum tibi rusticas ad aras Ducam cornibus aureis juvencum. (Mart.) Je conduirai à tes autels rustiques un jeune taureau aux cornes dorées, pour être sacrifié. Le mot victime vient, dit Pompeius Festus, du mot vinctus, lié, parce qu’on les amenait à l’autel liées. C’est ainsi que Jésus-Christ fut lié au Gethsemani et conduit chez Caïphe le grand sacrificateur.
Pourquoi l’antiquité païenne prend-elle pour victime une génisse. un jeune taureau ; pourquoi sera-t-elle blanche comme neige ? Pourquoi sera-t-elle liée ? N est-ce pas le type prophétique de la victime pure et sans tache qui devait réconcilier le genre humain avec le ciel. La victime doit être conduite et non traînée, quoique liée, devant les prêtres. Qui ne reconnaîtra pas ici la figure typique de la véritable victime propitiatoire qui, du jardin des Olives, ira, non traînée, quoique liée, mais conduite, plaudente populo, aux acclamations d’un peuple phrénétique, devant le Grand-Prêtre, donner sa vie pour le salut des hommes sur le Calvaire ? « Car, dit Macrobe, on a observé « que les sacrificateurs renvoyaient l’hostie, lorsqu’elle avait fait une « forte résistance en venant à l’autel, parce qu’ils ne la croyaient pas « agréable au Dieu ; si, au contraire, elle se présentait sans contrainte, « ils la jugeaient alors agréable à la divinité. » (Saturnales, lib. 3, cap. 5.) « Il a été encore remarqué, dit Pline, que les veaux apportés au « temple, sur l’épaule, étaient presque toujours de sinistre augure, « dans les sacrifices, ainsi que les boiteux, et que les Dieux rejetaient « l’hostie qui répugnait au sacrifice. » (Lib. 8, cap. 45.) Laissant de plus nombreux témoignages que nous pourrions ici entasser, nous nous contenterons de faire remarquer le langage de tous les auteurs de l’antiquité lorsqu’ils parlent d’un sacrifice d’heureux augure. Ovide dit que les bœufs ont présenté leur col au couteau. Colla ferienda boves præbuisse. Velléius Paterculus (lib. 46) Valérius Maxim. (lib. 1, cap. 13) Pétronius (Arbit.) Sénèque l’ancien, Juvénal, se servent tous de ces mots : Cervicem feriendam dare, afferre, porrigere, nec gladio, nec securi subtrahere. Qui ne reconnaîtra pas dans cette antique tradition du paganisme la figure prophétique de l’Agneau sans tache dont parle Isaïe : Quasi agnus coram tondente se comme un agneau sous la main du tondeur ? Disons un mot du choix des victimes, ou de cé que les prêtres appelaient probation, La génisse et le jeune taureau, la brebis, l’agneau »
s’ils étaient blancs et sans tache, étaient dites optatæ, de choix. Il fallait au moins que la victime fût sans défaut corporel. « Les sacrificateurs, dit Lucien, couronnent l’animal, après l’avoir longtemps examiné et reconnu comme parfait, né voulant rien immoler qui ne fût digne « des Dieux, et conduisent ensuite la victime à l’autel. » « Je m’étonne, disait Tertullien, du soin que vos prêtres, les plus vicieux des hommes, apportent dans l’examen et le choix des victimes ; pourquoi on examine plutôt le cœur des hosties que celui des sacrificateurs. » Qui ne reconnaîtra pas dans cette hostie parfaite, dans cette probata hostia que recherche le Paganisme sur les indices de la tradition, et, disons-le, d’une révélation primitive, ce(agneau sans tache qui doit effacer les péchés des hommes, cette victime que le Roi-Prophète avait montrée aux générations à venir, dans le plus beau des enfants des hommes ? Speciosus forma præ filits hominum. Il est encore une autre circonstance de la Passion du Sauveur dont je ne me rappelle pas avoir trouvé dans les Livres saints la figure typique. Je veux parler du couronnement des victimes. Nunc ad altaria debent Plena coronato stare boves capite. (Tib.) Velatum vittisque juvencum. (Virgile.) On les ornait de festons, on dorait les cornes des génisses et des taureaux. Rapprochez cette cérémonie du paganisme, du couronnement de la Passion, de ce manteau de pourpre, de ce roseau en forme de sceptre. Et vous verrez que ces cornes dorées, ces festons, ces bandelettes, ces couronnes sont sur la tête de la victime, aussi dérisoires que dans la scène du crucifiement, et que dans l’un et l’autre sacrifice la victime était le jouet d’un peuple stupide, plaudente populo. C’est à une révélation primitive, c’est à la tradition des premiers âges, conservée sous un amas de monstrueuses et ridicules erreurs, que nous devons ce type archi-prophétique du sacrifice du Calvaire. C’est un amas de folies et d’erreurs, dira-t-on ; sans doute, mais toute erreur présuppose la vérité, verum falso prius.
C’est dans l’erreur d’un siècle qu’il faut chercher son prototype, c’est-à-dire, la vérité qui lui a donné naissance. C’est des fouilles du paganisme que j’aime extraire les preuves d’une révélation primitive, et par conséquent les preuves fondamentales du Christianisme.
Quelle différence les Gentils faisaient-ils entre victime et hostie, victima et hostia ? Victima, dit Festus, vient du mot : vincire, lier ; Hostia vient d’hostis, étranger.
Jésus-Christ dans sa Passion a réalisé l’étymologie prophétique de ces deux mots. Nous avons déjà vu comme il a réalisé celle de victime. Nous allons le considérer maintenant comme hostie, puisque l’Église a consacré ce mot dans sa liturgie, non sans quelques motifs.
Hostia, a dit Ovide, vient d’hostis. Mais que signifie ce mot ?
Terentius Varro, dans une lettre à Cicéron, va nous l’apprendre : Multa verba aliud nunc ostenduni, aliud antè significadant, ut hostis. Nam tùüm eo verbo dicebant peregrinem qui auis legsdbus nteretur ; nunc dicunl eum quem tüm dicebant perduwellem. (Terent. Varro. Epist. ad Cicer. lib. iv.) « Beaucoup de mots présentent aujourd’hui un sens autre que celui « qu’ils avaient jadis, tel que celui d’Acstis : il signifiait autrefois un « étranger qui vivait selon ses lois natales ; aujourd’hui c’est un « ennemi. »
En langue tudesque le mot osé signifie étranger. Ce mot hostis avait passé les Alpes de très-bonne heure avec beaucoup d’autres mots, et signifiait donc Etranger. De là les mots latins : Hospes (hostispes) un hôte, le pied de l’étranger ; hospitium, hospice, hostage, hôtel.
(Voy. Ducange, v° Hostagium.)
Poursuivons : Le Créateur avait si profondément gravé dans le cœur de l’homme l’idée que le péché ne pouvait être effacé sur la terre, que le ciel ne pouvait être apaisé que par le sang d’une victime pure, sans tache, étrangère au péché, qu’on retrouve cette même idée toute entière sous les plus monstrueuses erreurs du Paganisme. La peste ravage-t-elle un pays ? Un fléau désole-t-il une contrée ? C’est le ciel qui est irrité contre ce pays, contre cette ville criminelle.
Jusques là point d’erreur. El faut apaiser le courroux céleste par le sang d’une victime. C’est ainsi que la tradition l’a voulu. Cette victime doit être innocente, c’est-à-dire, étrangère aux crimes de la nation. Voilà ce que la tradition prophétique a voulu marquer, en appelant aux autels les animaux les plans pacifiques et les plus utiles à l’homme, tels que la brebis, le veau, la génisse, le bœuf, le bouc, et parmi les volatiles, la colombe, la tourterelle. Mais, voici l’erreur où le prince des ténèbres entraîna le genre humain par ses oracles et ses devins. C’est que la Divinité ne se contentait pas du sang des animaux ; mais c’est qu’elle avait soif du sang de l’homme. Alors chaque peuple, chaque ville, croyant ou feignant de croire que toute la nation était coupable, lorsqu’un crime avait été commis dans son sein, pour ne pas sacrifier un parent, un ami, un homme puissant, un fils, un frère, s’emparait du premier étranger qu’elle rencontrait, et l’immolait à ses Dieux. De là le mot de supplice, de supplier la Divinité avec le sang innocent. La peste ravage l’armée des Grecs devant Troye : c’est qu’Apollon est irrité, parce que sa prêtresse a été enlevée ; il faut l’apaiser. Calchas son devin annonce que la peste ne cessera que quand on lui aura sacrifié une vierge, et une vierge du sang royal, Iphigénie, innocente, étrangère à l’enlèvement de Chryséide. Voilà l’hostie, De là, les sacrifices de Pylade sur les terres de Thoas, ceux des trente jeunes Athéniens voués annuellement au Minotaure de Crète, celui des filles de Leo. (Voy. Théodoret. Demonstrat. lib. 2, cap. 15.) De là ces sacrifices humains, surtout ceux des enfants dans l’âge d’innocence en vogue chez les Chananéens, les Phéniciens, les Tyriens, les Carthaginois ; en vogue chez les Romains qui, pour se garantir de l’invasion des Gaulois, d’après le conseil des Aruspices, enterrent vifs deux Grecs et deux Gaulois ; en vogue chez nos aïeux, dans les Gaules jusqu’à l’établissement du Christianisme (vid. de Bello gallico, vi, 16) ; en vogue encore aujourd’hui chez les Païens des Indes et du Japon.
De là ces dévouments suicides qui ne peuvent avoir pour base qu’une antique vérité profondément et universellement gravée dans le cœur de l’homme : Il faut qu’un meure pour tous. Oportet unum mori pro omnibus. Dernier oracle de la Synagogue. (Voy. ce que nous dirons de Jonas, Catéch. xiv, 17.) (Note du Traducteur.) (B). pag. 11. – C’est la ruine de votre Jérusalem. Jérusalem détruite par Tite et Vespasien et qu’Hadrien acheva de raser, fut tellement éclipsée par la ville dite Ælia que cet Empereur fit bâtir non loin de la première, que l’ancienne ville tomba totalement dans l’oubli parmi les Gentils, au point qu’on demanda un jour à Firmilianus préfet de la Palestine, au commencement du IVe siècle, où était située Jérusalem. Il répondit qu’il n’en avait jamais entendu parler. (Eusèbe, His(. Eccles. lib. vin, 21.) Jérusalem ne recouvra de la célébrité et de la splendeur que par les pèlerinages et la restauration qu’en firent Constantin et l’Impératrice Hélène, après l’Invention de la Ste Croix. (Voy. Procat. n. 16.) C’est alors qu’elle reprit son ancien nom. (Voy. Eusèbe, lib. aus, Vit. Constant. cap. 32. Socrat. lib. 1, cap. 17.) pro omnibus. Dernier oracle de la Synagogue. (Voy. ce que nous dirons de Jonas, Catéch. xiv, 17.) (Note du Traducteur.) (C). pag. 17. – Parle au contraire d’un épuratoire en général. Sur cette difficulté nous ferons observer que le mot grec Choneutérion qu’on lit dans les Septante, se traduit par conflatorium, fourneau à fondre le métal. Mais Aquila dans sa version a traduit l’hébreu par ces mots : πρὸς τὲν πλάστην, ad fictorem, au mouleur, et que nous pouvons rendre aussi par figulum, potier : les plâtriers, les potiers, les statuaires font des statues en plâtre, en argile, qui servent souvent de noyaux au fondeur en métal. La Vulgate a traduit par statuarium, statuaire. Ainsi la difficulté que se fait S. Cyrille me paraît avoir été résolue par Aquila qui ne s’en doutait pas, et par S, Jérôme d’une manière plus lumineuse. (Note du Trad.) (D).
pag. 20. – En firent un présent au roi de Jarim. Ce passage du Prophète Osée avait déjà été interprété par S. Justin (Dial. pag. 331) dans le même sens que S. Cyrille le fait ici. Ruffin a marché sur les pas de l’un et de l’autre. Tous les trois ont vu, dans les paroles du Prophète, l’envoi que les Juifs firent de Jésus à Pilate et à Hérode. Symmaque dans sa traduction a rendu le mot de Jarim par præsui, préfet, ce qui équivaudrait au Roi-Préfet. Sans le vouloir, Symmaque est entré dans le sens deS. Cyrille. Car, qu’était Hérode ? Un roi placé par les Romains, ad nutum, un préfet décoré du titre de roi. Mais comme le mot hébreu Jarim ou Jarib signifie sylvester, sauvageon, voici sur ce texte le commentaire de Ruffin : Et bene addidit JARIM, quod est sylvester. Non enim erat Herodes de domo Israel nec de vinea ea Israelitica, sed erat sylvester, id est, ex sylva alienigena. (E). pag. 23. – Fous n’avez pas oublié ce qui vous en a déjà été dit. C’est peut-être dans une homélie qui n’est pas venue jusqu’à nous, qu’il en a parlé. pag. 24. – Moi, agneau innocent qu’on mène à l’autel, ne l’ai-je pas su ? S. Cyrille veut qu’on lise οὐχ ἔγνον non cognovi, avec un point d’interrogation qu’on ne trouve ni dans le texte hébreu, ni dans la Vulgate. Ruffin est seul de l’avis de S. Cyrille. (G). pag. 24. – Venez, jetons du bois sur son pain. Ruffin a textuellement copié S. Cyrille. Tous les Pères de l’Église se sont généralement accordés à voir dans ce texte de Jérémie, sous le nom de pain, le corps de Jésus-Christ, qu’il devait un jour nous donner en nourriture dans le sacrement de l’Eucharistie. La loi du silence ne permet pas à Cyrille de parler aujourd’hui plus clairement en présence des non-baptisés. Mais dans sa xxii Catéchèse, n. 3, il s’expliquera ouvertement. Tertullien dit aux Juifs : Dieu a insinué par son Prophète Jérémie que vous diriez un jour : Venez, jetons du bois sur son pain, exterminons-le, etc. Car c’est ce que le Christ nous a révélé en donnant à son corps le nom de pain, nom que le Prophète nous avait d’avance fait connaître sous l’emblème d’une figure.
Aoccepit Jesus pdnem, et ait : Accipite et comedite. Hoc est enim corpus meum. (Tertul. Adv. Judæos, cap. x, p. 196. Edit. Paris, 16775, ec alibi.) (H). pag. 25. – Votre vie (votre Sauveur) sera constamment pendue sous vos yeux, etc. Jamais prédiction ne fut plus littéralement accomplie. Le Juif dispersé sur le globe, est poursuivi partout à chaque pas par la rencontre de la croix qui le frappe d’épouvante, et il reste dans sa stupide incrédulité. (Note du Traduct.) (I). pag. 27. — Nos Pères… lui ont encore attribué un autre motif. L’eau et le sang sortis du côté de Jésus-Christ, sont la figure des deux baptêmes connus sous le nom de baptême du sang et baptême de l’eau ; telle fut l’opinion commune des Pères grecs et latins. Parmi les Grecs consultez Origène (Homil. vir, én Lib. judic.) Chrysostome (Homil. ad Neophytos.) Parmi les Latins, consultez Gennadius (de Eccles. Dogmat. cap. xLt) où il établit le rapport parfait qui existe entre le martyre et le baptême. Quant à la raison que donne S. Cyrille, pour laquelle le côté de Jésus-Christ fut la source merveilleuse de ce sang et de cette eau, on la trouve également dans beaucoup d’anciens auteurs ; dans l’auteur de l’homil. (de Passione, n. 25, apud Athan. tom. 2, sive 3, p.100) dans Apollinaire et Antiochus de Ptolémaïde, auteur de la Catenæ (in Joh. cap. xix, vers. 34) ; dans S. Augustin (Tract. 120, in Joh. n. 2.) C’est, ont-ils dit, à cause du péché dont la femme tirée du flanc d’Adam avait été le principe et l’auteur. (K). pag. 27. – Commencez par en marquer votre front. S. Porphyre, évêque de Gaza, élevé dans l’Église de Jérusalem sous Jean, successeur de Cyrille, mit à profit ce conseil. Entamant un jour une dispute publique avec une femme Manichéenne, il débuta par le signe de la croix, et la femme fut muette. (Bolland, Febr. xxvi. n. 61.) (L). pag. 29. – Golgotha signifie tête ou crâne d’homme. On donna ce nom à une montagne voisine de Jérusalem ou à cause de sa forme qui approchait du crâne humain, ou parce qu’on y exécutait les criminels, ou parce qu’on croyait que la tête du premier homme y avait été enterrée.
Ambr. (in Luc. lib. XXIII Jérôme (in Ephes. vers. 14, Idem Epist. ad Marcellam sub nomine Paulæ et Eustochii) Origène (in Matth.) Epiph. (Hæres. XLVI) Basil. (in Isai.) Chrysost.(in Joan. Homil. XIV) August. (de Civit. Dei, lib.XVI, cap. 32) C’est la tradition de tout l’Orient que le premier homme a été enterré sur le Calvaire. Les Syriens et les Arabes appellent cette montagne Cranion ou Acranion, qui signifie tête ou chef, parce qu’ils croient que le premier ou le chef des hommes, Adam, y a été enterré. Les Mahométans ont un livre dans lequel on lit un dialogue entre Jésus-christ et le crâne d’Adam. (D’Herbelot, Biblioth. Orient. pag. 278, v° Cranion.) (Note du Traducteur.) (M). pag. 31. – Jésus n’avait qu’une tunique et une robe. Le mot tunica qui vient de tuendo, dit Varron (lib. 4, de Ling. Lat) est ce que nous appelons la chemise ou indusium. (Note du Traducteur.) pag. 32. – Elles sont connues des chantres attachés à CETTE Église. Il y avait peut-être parmi les catéchumènes de ces chantres qui, comme dans l’Église d’Alexandrie, étaient pris indistinctement parmi les aspirants au baptême et les fidèles, pour entretenir la psalmodie perpétuelle. (Voy. Socrate, Hisé. Eccles. lib. v, cap. 22.) Ces chantres, dits psalmistes, attachés à l’Église du St-Sépulcre, chantaient nuit et jour à certaines heures, dites canoniales. (O). pag. 33. – Le Golgotha est le centre du monde. C’est une opinion commune à presque tous les Pères que le Calvaire était le point central de la terre. Ils se fondaient sur ces paroles du Psalmiste : Operatus est salutem in medio terræ. (Ps. 73, 12.) (Note du Traducteur.) (P). pag. 34. – Ils lui donnèrent du vin mêlé de myrrhe. Il ne faut pas confondre les deux boissons qui furent présentées à Jésus-Christ. Selon S. Marc il lui fut offert, avant d’être crucifié, du vin mêlé de myrrhe qui est d’une extrême amertume. C’était un usage, disent Maimonides, Fagius. Kimchi, de donner aux patients cette boisson pour les affermir ou les étourdir.
Apulée (Métamorph. 6 et 10) parle d’un homme qui s’affermissait contre les coups par des potions de myrrhe. Jésus-Christ refusa cette potion. Puis, lorsqu’il dit : Sitio, j’ai soif, on lui présenta du vinaigre ; ce vinaigre faisait partie des rations accordées aux soldats. C’était un petit vin aigre dont Columelle, Pline, Caton, nous ont donné la composition, et dont on se sert encore en Espagne et en Italie pendant les moissons. Mais Jésus-Christ ne but ni de l’un ni de l’autre, parce que, comme l’observe fort bien M. Drach (Note sur la II e lettre d’un Rab. conv. pag. 277) : « Allant sacrifier sur l’autel de la croix, il ne devait rien « boire d’enivrant, conformément au précepte du lévitique, (10, 9) « D’ailleurs il était encore défendu de boire, après la manducation de « l’Agneau pascal, d’autre vin que celui de la coupe que l’on bénissait à la suite de la cérémonie, coupe que, dans la sainte Cène, Notre-Seigneur a changée en son précieux sang. C’est ce qui explique pourquoi le Sauveur dit, après la consécration du vin Eucharistique : Non « bibam amodo de hoc genimine vitis. (Mt. 26, 29.) » Mais la suite de ce texte offre encore matière à la sagacité des commentateurs : Usque in diem illum, cùm illud bibam vobiscum novum in regno Patrés mei. Nous l’expliquons ainsi avec Théophylacte, commentateur de S. Jean Chrysostôme. Sumpto poculo, renuntiat corporals potioni ; novum aufem promittit, id est, novum quemdam modum sumplionis, in regno, hoc est, in resurrectione. Cùm resurrexisset enim, comedit ac bibit novo quodam modo : non enim, quasi indigeret cibo, corporalem sumpsit cibum, sed ut crederetur vera corporis natura. Regnum autem meritô suam resurrectionem nominal ; tum enim vicit mortem et re ipsa regem secomprobavit. (Théophyl. Archiepise. Bulgar. Enarrat. in Evangel.) (Note du Trad.) (Note du Traducteur.) (Q). pag. 34. – Mon bien-aimé a eu une vigne plantée sur un lieu élevé, gras et fertile. En effet, Moïse parle de la Palestine comme du meilleur et du plus beau pays de la terre, d’un pays où coulent des torrents de lait et de miel.
Les auteurs profanes en parlent de même. Hécathée, qui écrivait sous le premier Ptolémée, parle de cette contrée comme d’une terre très-fertile, très-peuplée, très-riche en toutes sortes de productions. (Apud Joseph. contra Appium.) Pline ne tarit pas en éloges sur Jérusalem, la plus riche ville de tout l’Orient, sur la beauté du Jourdain, du lac de Génésareth, sur le baume de la Judée et sur les palmiers. (Lib. 5, cap. 14 et 15.) Tacite, Ammien Marcellin, et la plupart des anciens en ont parlé de même. Les Mahométans, nous dit, d’Herbelot (Bibliot. orient. p. 336) parlent de son état passé avec exagération. Les raisins, disent-ils, y étaient si gros, que cinq hommes pouvaient à peine en porter une grappe. Au reste, Dieu ne tarda pas à mettre à exécution l’arrêt de désolation ; car elle précéda même la destruction de Jérusalem. D’affreuses famines désolèrent ce pays immédiatement après la mort de Jésus-Christ. Strabon qui vivait vers la fin du règne de Tibère, nous peint déjà la Palestine, comme un pays désolé, si stérile qu’il ne faisait envie à personne, et qui n’était pas digne d’une conquête. S. Jérôme, témoin oculaire, dit qu’il est plein de montagnes stériles qu’on y souffre la sécheresse, qu’on y buvait de l’eau de pluie et de citernes, faute de fontaines. Ainsi la stérilité actuelle dont les philosophes ont voulu faire un argument contre les Livres de Moïse, est incontestablement la preuve la plus forte en faveur du Christianisme, après la dispersion de la nation Juive. Ce sont deux faits aussi incontestables qu’évidents. (Note du Trad.) (R). pag. 34. – En effet, les nuées, c’est-à-dire les Prophètes, se sont détournées. David avait depuis longtemps annoncé au peuple Juif le malheur dont il était menacé : Nous ne voyons plus nos signes, déjà il n’y a plus de Prophète parmi nous. Le Seigneur ne nous connaîtra plus. (Ps.73, 9.) Le Rabbi Moïse Hadarsan, dans son commentaire sur ces paroles du Psalmiste, dit que le R. Natronai en ayant demandé l’explication au R.
Aha, celui-ci lui avait répondu que ces paroles avaient été dites de la race des méchants qui ne croiront pas aux miracles que fera le Messie, mais qui diront de lui, qu’il fait ses prodiges par art magique et par des noms impurs. (Voy. Galatin, lib. viix, cap. 5.) C’est ainsi que se sont réalisées les paroles du Prophète Osée : Malheur à ceux qui se sont retirés de moi ! ils seront ravagés, parce qu’ils ont prévariqué contre moi. (S). pag. 34. – Agabus était Prophète. C’était un des 70 disciples du Sauveur. Il prédit la famine dont nous venons de parler. Les Grecs disent qu’il fut martyrisé à Antioche. Ils font sa fête le 8 mars, et les Latins la célèbrent, dès le IX e siècle, le 13 février. Mais Godescard n’en fait aucune mention. (T). pag. 35. – Il n’avait plus que quelques instants de vie. S. Cyrille prétend que le bon larron, tout en expirant, fut non-seulement sauvé, mais qu’il entra en jouissance du paradis avant les Patriarches et les Prophètes qui, justifiés par de longs et pénibles travaux sur la terre, soupiraient depuis tant de siècles après l’heureux moment de leur délivrance. C’est ainsi que S. Paulin a dit : Longas in momenti fide et momento confessionibus anticipans Sanctorum vias in magnis laboribus Sanctorum, non immerité ante ipsos Apostolos ct Martyres præparctum ipsis ab initio, ut ait, regnum primus invasit, et pius cæli prædo diripuit. ( Epist. 31, 6.) Au reste ; S. Cyrille n’entend pas parler ici du ciel, mais du paradis qui sera le sujet de la note suivante. (V). pag. 37.— Abraham, le fidèle Abraham n’est pas encore entré. Les opinions touchant le paradis où fut introduit le bon larron ont été parmi les théologiens anciens et modernes très-variées. S. Cyrille paraît avoir suivi l’opinion dominante de son temps et qui paraît la plus vraisemblable, c’est-à-dire, que Jésus-Christ s’introduisit dans le paradis d’où Adam avait été chassé et où on place Hénoch et Élie. (Vid. Catéch. xiv, 10.) Quant à ce qu’il dit qu’il y est entré avant les Patriarches et les Prophètes, c’est encore une opinion qui lui est commune, comme nous l’avons vu ci-dessus, avec beaucoup de Pères grecs et latins.
Mais si Jésus-Christ, dont la mort fut antérieure de quelques heures à celle du larron, délivra de suite les Patriarches et les Prophètes, comme c’est probable, le larron ne serait entré en paradis qu’après eux. L’Évangile de l’enfance de Jésus qui est un livre apocryphe, très ancien, raconté que pendant la fuite du Sauveur en Égypte, l’enfant Jésus, la sainte Vierge et S. Joseph tombèrent dans une bande de voleurs qui étaient tous endormis, à l’exception de deux, dont l’un voulait tuer toute cette sainte famille, mais que l’autre l’en détourna, qu’alors Jésus enfant prédit qu’un jour ces deux voleurs seraient attachés à la croix à côté de lui, que l’un entrerait en paradis et l’autre irait en enfer. Le premier s’appelait Titus, et l’autre Damachus. Le faux Évangile de Nicodème les nomme Démas et Gertas. Une histoire persanne de la vie de Jésus-Christ leur donne les noms de Vicimus et Justinus. L’auteur du Florilegium attribué au vénérable Bède, les appelle Matha et Joca. Plusieurs Pères (Hilar. de Trinitate, lib. x, in Psal. uxvi. Hier. Epist. xi11. August, lib. 1, cap. 9, de Anima) ont donné au bon larron le titre de martyr à cause du témoignage qu’il a rendu à la vérité dans un moment où elle paraissait presqu’abandonnée de tout le monde. Il fut baptisé dans son propre sang, et la mort qu’il souffrit dans un esprit de foi et de charité, lui mérita la grâce de la béatitude immédiates ment après sa mort. Les Églises orientales, les Églises grecque et latine ont rendu un culte public à un Saint si favorisé de Dieu. Les Églises de Syrie et de Mésopotamie marquent sa fête le samedi de la semaine de Pâques. Dans l’Église grecque elle est indiquée au 23 mars ; dans l’Église latine, au 25 du même mois, suivant l’ancienne tradition qui tenait que Jésus-Christ était mort le même jour. (Voyez Baillet, Vie des Saints, 25 mars.) D’autres ont célébré sa fête le 3 avril ou 5 mai. On lui a érigé des chapelles en certains endroits sous, le vocable. de S. Dimas ou Dysmas. La croix du bon larron et celle de son compagnon furent trouvées avec celle du Sauveur par Ste Hélène.
Celle du bon larron fut envoyée à Constantinople et enterrée dans la place Constantinienne, et de là transportée à Nicosie en Chypre. (Extrait du Dictionnaire de la Bible par D. Calmet, où Larron.) (Note du Traducteur.) (U). pag. 43. – Ils adorent ceux que la foudre a frappés. C’est un coup de foudre qui valut à Esculape les honneurs de l’apothéose, ainsi qu’à Zoroastre, persan célèbre par la magie, qui, ayant été tué de la foudre, fut à l’instant placé au ciel sous le nom de Zooaster, astre vivant. (Voy. les Récognit. de S. Clément, lib. 1v, 28.) Artémidore, en parlant des honneurs qu’on rendait aux fulminés, dit : Ils sont vêtus de blanc, comme des favoris de Jupiter. Tout homme frappé de la foudre est réputée honorable. C’est pourquoi on l’adore comme un Dieu. (Liv. 2, cap. 8, de Fulminatis.) Quintus Fabius, surnommé Eburno, à cause de la blancheur de sa peau, fut encore décoré du titre de puilus Jovis, le poulet de Jupiter, parce qu’il avait été frappé de la foudre aux fesses. Festus, de qui nous Lenons ce fait, dit que les anciens donnaient le nom de poulet aux enfants chéris. (Vid. Origines Ling. Lat. pag. 386.) (Note du Trad.) (X). pag. 44. – La maison de Caïphe, ou plutôt ses ruines. Ce n’était pas alors seulement la maison de Caïphe qui était ruinée : le Prétoire et toute la montagne de Sion ne présentaient que des décombres. (Voy. Catéch. xvi, 18. Eusèbe, Demonstr. Evangel. lib. vis.) Quant à la maison de Caïphe, voici ce qu’en dit l’Itinéraire de Jerusalem (Itinerarium à Burdegala Jerosolymam usque. Cel ouvrage, que nous devons à Pierre Pithou, date du commencement du IVe siècle, et a été imprimé avec les itinéraires d’Antonin à Cologne, MDC, in-8.) : « Sur la montagne de Sion on remarque la place qu’occupait la maison de Caïphe. On y vait encore la colonne à laquelle le « Christ fut attaché et flagellé. » Cette colonne fut dans la suite placée dans l’intérieur d’une Église pour soutien d’un portique. « On fit voir à Ste Paule une colonne qui « soutenait le portique de l’Église encore teinte du sang du Sauveur « qui y avait été attaché et flagellé.
» (Hieron. Episé. xxvii, alicer LXXXVI.) Cette Église avait sans doute été bâtie sur l’emplacement même de l’ancienne maison de Caïphe, autant qu’on en peut juger d’après ces vers du poëte Prudence : Impia blasphemi cecidit domus ecce Caïphæ. Vinctus in his Dominus stetit ædibus, atque columnæ Annexus lergum dedit ut servile flagellis, Perstat adhuc, templumque gerit veneranda columna. (Aurel. Prudentis Enchiridion, p. 439.) Mais ce que dit Nicéphore (Hist. Eccles. lib. VIII, 30) que Ste Hélène construisit sur cet emplacement une église en l’honneur S. Pierre est démontré faux, soit par le texte de S. Cyrille, soit par la relation de l’Itinéraire de Jérusalem, soit par le silence d’Eusèbe, de Théodoret, de Sozomène, qui, en faisant l’énumération des églises bâties par Ste Hélène, ne font aucune mention de celle-ci. (Note du Trad.) (Y). pag. 45. – Les rochers fendus à la mort de Jésus-Christ. On ne peut nier que plusieurs siècles après la mort du Sauveur on voyait et on montrait à tous les pèlerins les rochers fendus au moment de la Passion. D’ailleurs, le témoignage de S. Cyrille est ici une autorité irréfragable. Mais il en est un autre fort curieux que nous a transmis Ruffin, contemporain de S. Jérôme, dans son histoire Ecclés. (lib. 9, cap. G.) Il fait ainsi parler S. Lucien au Préfet son juge, d’après les actes de son martyre. « Si vous hésitez à vous rendre aux « preuves que je viens de vous donner, je vous produirai pour témoin « le lieu même où les choses se sont passées. Vous trouverez à Jérusalem les rochers du mont Golgotha encore brisés sous le poids du « gibet. » Il fut martyrisé l’an 250, sous l’Empereur Dèce. On doit conclure de ces paroles que la montagne s’est entr’ouverte au lieu même où la croix était plantée. Et c’est cette fissure qu’on montre encore à tous les pèlerins. (Z). pag. 45. – Cette pierre posée à l’entrée du monument. Cette pierre, du moins du temps de S. Jérôme, se voyait dans l’intérieur de la grotte du Saint Sépulcre, près du Sarcophage, où reposait le corps du Christ.
Voici ce qu’en dit S. Jérôme, en parlant de Ste Paule : « Étant entrée dans le Saint Sépulcre, elle baisa la pierre « que l’Ange avait détournée de l’ouverture du tombeau. Au reste, « dans le principe, le tombeau de Jésus-Christ était une grotte « creusée dans un double rocher. Le premier servait de vestibule à « l’autre, suivant l’antique usage des Hébreux. (Gen. 23, 19 ; 25, 9.) La première grotte était ouverte. C’est de celle-là que parle le poète Juvencus. (Hisé. Evang. lib. iv, vers. 729.) Limen concludunt immensa volumina petræ. « La grotte intérieure, ou seconde grotte, présentait la forme d’une chambre circulaire taillée sous un immense rocher, qu’un homme debout pouvait à peine atteindre de la main. L’entrée du monument regardait l’orient, c’est à cette entrée que fut placée et scellée la pierre. Le corps du Christ fut placé du côté du nord, dans un-trou pratiqué dans le roc, long de sept pieds, élevé du sol de trois palmes (ou deux pieds) ; l’ouverture de ce trou latéral regardait le midi. » Telle est la description qu’en donnait, dans le IX e siècle. Paschal Rathbert, moine de Corbie. (Lib. 2, in Matth. cap. xxviii, 60.) L’Empereur Hadrien, pour construire son temple dédié à Vénus sur la roche de la Croix, avait fait niveler le terrain et avait enseveli le monument sous des masses prodigieuses de décombres. Et c’est de dessous ces terres rapportées que Constantin l’exhuma et fit de la grotte de la Résurrection une église ou rotonde d’une architecture exquise, an milieu de laquelle était le tombeau. Pour donner à ce nouvel, édifice tous les ornements de l’architecture grecque et l’orne de colonnes, il fallut abattre une partie de la montagne, faire disparaître la première grotte ou vestibule. Et c’est sur cet emplacement ainsi élargi que fut élevée celte basilique assez vaste pour réunir tous les catéchumènes auxquels S. Cyrille adressa ses cinq mystagogiques. S. Epiphane prêcha plusieurs fois dans cette Église en présence d’an nombreux auditoire, sous Jean, successeur de S. Cyrille. (Foy. Hieron. Epist, lxi, aliter xxxviii. Voy. Catéch. xiv, 9.) On peut consulter le voyage de Paul Lucas dans l’Asie Mineure, T. 2, pag. 12 et suiv, qui a visité plusieurs fois ce saint lieu, et en a fait une description exacte, tel qu’il est aujourd’hui. « C’est, dit-il, une espèce de petite chambre presque quarrée par-dedans, haute de huit pieds, un pouce, depuis le bas jusqu’à la voûte, « longue de six pieds, un pouce ; et de quinze pieds, dix pouces, de large. La porte qui regarde l’orient n’a que quatre pieds de haut sur deux pieds, quatre pouces, de large. Cette porte se fermait par une pierre du même roc que celle du tombeau, et c’est sur cette pierre que les Princes des Prêtres appliquèrent leur sceau. » ↑ Dans la Vulgate on lit : Tradebat autem judicanti se INSUSTR. Dans le grec on lit : Tradidit se judicanti justè. (Nempe Deo.) ↑ Le lecteur observera la discrétion du Catéchiste en présence des non-baptisés, sur le mystère de la sainte Eucharistie et le voile dont il enveloppe ses paroles.