La Reine Margot (page 37)
Le souper s’acheva ; deux heures sonnèrent à Notre-Dame.
— Maintenant, dit Charles, en récompense de son compliment, Marie, tu vas lui donner un fauteuil où il puisse dormir jusqu’au jour ; bien loin de nous seulement, parce qu’il ronfle à faire peur. Puis, si tu t’éveilles avant moi, tu me réveilleras, car nous devons être à six heures du matin à la Bastille. Bonsoir, Henriot. Arrange-toi comme tu voudras. Mais, ajouta-t-il en s’approchant du roi de Navarre et en lui posant la main sur l’épaule, sur ta vie, entends-tu bien, Henri ? sur ta vie, ne sors pas d’ici sans moi, surtout pour retourner au Louvre.
Henri avait soupçonné trop de choses dans ce qu’il n’avait pas compris pour manquer à une telle recommandation.
Charles IX entra dans sa chambre, et Henri, le dur montagnard, s’accommoda sur un fauteuil, où bientôt il justifia la précaution qu’avait prise son beau-frère de l’éloigner de lui.
Le lendemain, au point du jour, il fut éveillé par Charles. Comme il était resté tout habillé, sa toilette ne fut pas longue. Le roi était heureux et souriant comme on ne le voyait jamais au Louvre. Les heures qu’il passait dans cette petite maison de la rue des Barres étaient ses heures de soleil.
Tous deux repassèrent par la chambre à coucher. La jeune femme dormait dans son lit ; l’enfant dormait dans son berceau. Tous deux souriaient en dormant.
Charles les regarda un instant avec une tendresse infinie. Puis se tournant vers le roi de Navarre :
— Henriot, lui dit-il, s’il t’arrivait jamais d’apprendre quel service je t’ai rendu cette nuit, et qu’à moi il m’arrivât malheur, souviens-toi de cet enfant qui repose dans son berceau.
Puis les embrassant tous deux au front, sans donner à Henri le temps de l’interroger :
— Au revoir, mes anges, dit-il.
Et il sortit.
Henri le suivit tout pensif.
Des chevaux tenus en main par des gentilshommes auxquels Charles IX avait donné rendez-vous, les attendaient à la Bastille. Charles fit signe à Henri de monter à cheval, se mit en selle, sortit par le jardin de l’Arbalète, et suivit les boulevards extérieurs.
— Où allons-nous ? demanda Henri.
— Nous allons, répondit Charles, voir si le duc d’Anjou est revenu pour madame de Condé seule, et s’il y a dans ce cœur-là autant d’ambition que d’amour, ce dont je doute fort.
Henri ne comprenait rien à l’explication : il suivit Charles sans rien dire.
En arrivant au Marais, et comme à l’abri des palissades on découvrait tout ce qu’on appelait alors les faubourgs Saint-Laurent, Charles montra à Henri, à travers la brume grisâtre du matin, des hommes enveloppés de grands manteaux et coiffés de bonnets de fourrures qui s’avançaient à cheval, précédant un fourgon pesamment chargé. À mesure qu’ils avançaient, ces hommes prenaient une forme précise, et l’on pouvait voir, à cheval comme eux et causant avec eux, un autre homme vêtu d’un long manteau brun et le front ombragé d’un chapeau à la française.
— Ah ! ah ! dit Charles en souriant, je m’en doutais.
— Eh ! sire, dit Henri, je ne me trompe pas, ce cavalier au manteau brun, c’est le duc d’Anjou.
— Lui-même, dit Charles IX. Range-toi un peu, Henriot, je désire qu’il ne nous voie pas.
— Mais, demanda Henri, les hommes aux manteaux grisâtres et aux bonnets fourrés quels sont-ils ? et dans ce chariot qu’y a-t-il ?
— Ces hommes, dit Charles, ce sont les ambassadeurs polonais, et dans ce chariot il y a une couronne. Et maintenant, continua-t-il en mettant son cheval au galop et en reprenant le chemin de la porte du Temple, viens, Henriot, j’ai vu tout ce que je voulais voir.
VI la rentrée au louvre.
Lorsque Catherine pensa que tout était fini dans la chambre du roi de Navarre, que les gardes morts étaient enlevés, que Maurevel était transporté chez lui, que les tapis étaient lavés, elle congédia ses femmes, car il était minuit à peu près, et elle essaya de dormir. Mais la secousse avait été trop violente et la déception trop forte. Ce Henri détesté, échappant éternellement à ses embûches d’ordinaire mortelles, semblait protégé par quelque puissance invincible que Catherine s’obstinait à appeler hasard, quoique au fond de son cœur une voix lui dît que le véritable nom de cette puissance fût la destinée. Cette idée, que le bruit de cette nouvelle tentative, en se répandant dans le Louvre et hors du Louvre, allait donner à Henri et aux huguenots une plus grande confiance encore dans l’avenir, l’exaspérait, et en ce moment, si ce hasard contre lequel elle luttait si malheureusement lui eût livré son ennemi, certes, avec le petit poignard florentin qu’elle portait à sa ceinture, elle eût déjoué cette fatalité si favorable au roi de Navarre.
Les heures de la nuit, ces heures si lentes à celui qui attend et qui veille, sonnèrent donc les unes après les autres sans que Catherine pût fermer l’œil. Tout un monde de projets nouveaux se déroula pendant ces heures nocturnes dans son esprit plein de visions. Enfin au point du jour elle se leva, s’habilla toute seule et s’achemina vers l’appartement de Charles IX.
Les gardes, qui avaient l’habitude de la voir venir chez le roi à toute heure du jour et de la nuit, la laissèrent passer. Elle traversa donc l’antichambre et atteignit le cabinet des Armes. Mais là elle trouva la nourrice de Charles qui veillait.
— Mon fils ? dit la reine.
— Madame, il a défendu qu’on entrât dans sa chambre avant huit heures.
— Cette défense n’est pas pour moi, nourrice.
— Elle est pour tout le monde, Madame.
Catherine sourit.
— Oui, je sais bien, reprit la nourrice, je sais bien que nul ici n’a droit de faire obstacle à Votre Majesté ; je la supplierai donc d’écouter la prière d’une pauvre femme et de ne pas aller plus avant.
— Nourrice, il faut que je parle à mon fils.
— Madame, je n’ouvrirai la porte que sur un ordre formel de Votre Majesté.
— Ouvrez, nourrice, dit Catherine, je le veux !
La nourrice, à cette voix plus respectée et surtout plus redoutée au Louvre que celle de Charles lui-même, présenta la clef à Catherine, mais Catherine n’en avait pas besoin. Elle tira de sa poche la clef qui ouvrait la porte de son fils, et sous sa rapide pression la porte céda.
La chambre était vide, la couche de Charles était intacte, et son lévrier Actéon, couché sur la peau d’ours étendue à la descente de son lit, se leva et vint lécher les mains d’ivoire de Catherine.
— Ah ! dit la reine en fronçant le sourcil, il est sorti ! J’attendrai.
Et elle alla s’asseoir, pensive et sombrement recueillie, à la fenêtre qui donnait sur la cour du Louvre et de laquelle on découvrait le principal guichet.
Depuis deux heures elle était là immobile et pâle comme une statue de marbre, lorsqu’elle aperçut enfin rentrant au Louvre une troupe de cavaliers à la tête desquels elle reconnut Charles et Henri de Navarre.
Alors elle comprit tout. Charles, au lieu de discuter avec elle sur l’arrestation de son beau-frère, l’avait emmené et sauvé ainsi.
— Aveugle, aveugle, aveugle ! murmura-t-elle ; et elle attendit.
Un instant après des pas retentirent dans la chambre à côté, qui était le cabinet des Armes.
— Mais, sire, disait Henri, maintenant que nous voilà rentrés au Louvre, dites-moi pourquoi vous m’en avez fait sortir et quel est le service que vous m’avez rendu ?
— Non pas, non pas, Henriot, répondit Charles en riant. Un jour tu le sauras peut-être ; mais pour le moment c’est un mystère. Sache seulement que pour l’heure tu vas, selon toute probabilité, me valoir une rude querelle avec ma mère.
En achevant ces mots, Charles souleva la tapisserie et se trouva face à face avec Catherine.
Derrière lui et par-dessus son épaule apparaissait la tête pâle et inquiète du Béarnais.
— Ah ! vous êtes ici, Madame ! dit Charles IX en fronçant le sourcil.
— Oui, mon fils, dit Catherine. J’ai à vous parler.
— À moi ?
— À vous seul.
— Allons, allons, dit Charles en se retournant vers son beau-frère, puisqu’il n’y avait pas moyen d’y échapper, le plus tôt est le mieux.
— Je vous laisse, sire, dit Henri.
— Oui, oui, laisse-nous, répondit Charles ; et puisque tu es catholique, Henriot, va entendre la messe à mon intention, moi je reste au prêche.
Henri salua et sortit.
Charles IX alla au-devant des questions que venait lui adresser sa mère.
— Eh bien ! Madame, dit-il en essayant de tourner la chose au rire ; pardieu ! vous m’attendez pour me gronder, n’est-ce pas ? j’ai fait manquer irréligieusement votre petit projet. Eh ! mort d’un diable ! je ne pouvais pas cependant laisser arrêter et conduire à la Bastille l’homme qui venait de me sauver la vie. Je ne voulais pas non plus me quereller avec vous ; je suis bon fils. Et puis, ajouta-t-il tout bas, le bon Dieu punit les enfants qui se querellent avec leur mère, témoin mon frère François II. Pardonnez-moi donc franchement, et avouez ensuite que la plaisanterie était bonne.
— Sire, dit Catherine, Votre Majesté se trompe ; il ne s’agit pas d’une plaisanterie.
— Si fait, si fait ! et vous finirez par l’envisager ainsi, ou le diable m’emporte !
— Sire, vous avez par votre faute fait manquer tout un plan qui devait nous amener à une grande découverte.
— Bah ! un plan… Est-ce que vous êtes embarrassée pour un plan avorté, vous, ma mère ? Vous en ferez vingt autres, et dans ceux-là, eh bien ! je vous promets de vous seconder.
— Maintenant, me secondassiez-vous, il est trop tard, car il est averti et il se tiendra sur ses gardes.
— Voyons, fit le roi, venons au but. Qu’avez-vous contre Henriot ?
— J’ai contre lui qu’il conspire.
— Oui, je comprends bien, c’est votre accusation éternelle ; mais tout le monde ne conspire-t-il pas peu ou prou dans cette charmante résidence royale qu’on appelle le Louvre ?
— Mais lui conspire plus que personne, et il est d’autant plus dangereux que personne ne s’en doute.
— Voyez-vous, le Lorenzino ! dit Charles.
— Écoutez, dit Catherine s’assombrissant à ce nom qui lui rappelait une des plus sanglantes catastrophes de l’histoire florentine ; écoutez, il y a un moyen de me prouver que j’ai tort.
— Et lequel, ma mère ?
— Demandez à Henri qui était cette nuit dans sa chambre.
— Dans sa chambre… cette nuit ?
— Oui. Et s’il vous le dit…
— Eh bien ?
— Eh bien ! je suis prête à avouer que je me trompais.
— Mais si c’était une femme cependant, nous ne pouvons pas exiger…
— Une femme ?
— Oui.
— Une femme qui a tué deux de vos gardes et qui a blessé mortellement peut-être M. de Maurevel !
— Oh ! oh ! dit le roi, cela devient sérieux. Il y a eu du sang répandu ?
— Trois hommes sont restés couchés sur le plancher.
— Et celui qui les a mis dans cet état ?
— S’est sauvé sain et sauf.
— Par Gog et Magog ! dit Charles, c’était un brave, et vous avez raison, ma mère, je veux le connaître.
— Eh bien ! je vous le dis d’avance, vous ne le connaîtrez pas, du moins par Henri.
— Mais par vous, ma mère ? Cet homme n’a pas fui ainsi sans laisser quelque indice, sans qu’on ait remarqué quelque partie de son habillement ?
— On n’a remarqué que le manteau cerise fort élégant dans lequel il était enveloppé.
— Ah ! ah ! un manteau cerise ! dit Charles : je n’en connais qu’un à la cour assez remarquable pour qu’il frappe ainsi les yeux.
— Justement, dit Catherine.
— Eh bien ? demanda Charles.
— Eh bien ! dit Catherine, attendez-moi chez vous, mon fils, et je vais voir si mes ordres ont été exécutés.
Catherine sortit, et Charles demeura seul, se promenant de long en large avec distraction, sifflant un air de chasse, une main dans son pourpoint et laissant pendre l’autre main, que léchait son lévrier chaque fois qu’il s’arrêtait.
Quant à Henri, il était sorti de chez son beau-frère fort inquiet, et, au lieu de suivre le corridor ordinaire, il avait pris le petit escalier dérobé dont plus d’une fois déjà il a été question et qui conduisait au second étage. Mais à peine avait-il monté quatre marches, qu’au premier tournant il aperçut une ombre. Il s’arrêta en portant la main à son poignard. Aussitôt il reconnut une femme, et une charmante voix dont le timbre lui était familier lui dit en lui saisissant la main :
— Dieu soit loué, sire, vous voilà sain et sauf. J’ai eu bien peur pour vous ; mais sans doute Dieu a exaucé ma prière.
— Qu’est-il donc arrivé ? dit Henri.
— Vous le saurez en rentrant chez vous. Ne vous inquiétez point d’Orthon, je l’ai recueilli.
Et la jeune femme descendit rapidement, croisant Henri comme si c’était par hasard qu’elle l’eût rencontré sur l’escalier.
— Voilà qui est bizarre, se dit Henri ; que s’est-il donc passé ? qu’est-il arrivé à Orthon ?
La question malheureusement ne pouvait être entendue de madame de Sauve, car madame de Sauve était déjà loin.
Au haut de l’escalier Henri vit tout à coup apparaître une autre ombre ; mais celle-là, c’était celle d’un homme.
— Chut ! dit cet homme.
— Ah ! ah ! c’est vous, François !
— Ne m’appelez point par mon nom.
— Que s’est-il donc passé ?
— Rentrez chez vous, et vous le saurez ; puis ensuite glissez-vous dans le corridor, regardez bien de tous côtés si personne ne vous épie, entrez chez moi, la porte sera seulement poussée.
Et il disparut à son tour par l’escalier, comme ces fantômes qui au théâtre s’abîment dans une trappe.
— Ventre-saint-gris ! murmura le Béarnais, l’énigme se continue ; mais puisque le mot est chez moi, allons-y, et nous verrons bien.
Cependant ce ne fut pas sans émotion que Henri continua son chemin ; il avait la sensibilité, cette superstition de la jeunesse. Tout se reflétait nettement sur cette âme à la surface unie comme un miroir, et tout ce qu’il venait d’entendre lui présageait un malheur.
Il arriva à la porte de son appartement et écouta. Aucun bruit ne s’y faisait entendre. D’ailleurs, puisque Charlotte lui avait dit de rentrer chez lui, il était évident qu’il n’avait rien à craindre en y rentrant. Il jeta un coup d’œil rapide autour de l’antichambre, elle était solitaire ; mais rien ne lui indiquait encore quelle chose s’était passée.
— En effet, dit-il, Orthon n’est point là.
Et il passa dans la seconde chambre.
Là tout fut expliqué.
Malgré l’eau qu’on avait jetée à flots, de larges taches rougeâtres marbraient le plancher ; un meuble était brisé, les tentures du lit déchiquetées à coups d’épée, un miroir de Venise était brisé par le choc d’une balle ; et une main sanglante appuyée contre la muraille, et qui avait laissé sa terrible empreinte, annonçait que cette chambre muette alors avait été témoin d’une lutte mortelle.
Henri recueillit d’un œil hagard tous ces différents détails, passa sa main sur son front moite de sueur, et murmura :
— Ah ! je comprends ce service que m’a rendu le roi ; on est venu pour m’assassiner… Et… — Ah ! de Mouy ! qu’ont-ils fait de de Mouy ! Les misérables ! ils l’auront tué !
Et, aussi pressé d’apprendre des nouvelles que le duc d’Alençon l’était de lui en donner, Henri, après avoir jeté une dernière fois un morne regard sur les objets qui l’entouraient, s’élança hors de la chambre, gagna le corridor, s’assura qu’il était bien solitaire, et poussant la porte entrebâillée, qu’il referma avec soin derrière lui, il se précipita chez le duc d’Alençon.
Le duc l’attendait dans la première pièce. Il prit vivement la main de Henri, l’entraîna, en mettant un doigt sur sa bouche, dans un petit cabinet en tourelle, complétement isolé, et par conséquent échappant par sa position à tout espionnage.
— Ah ! mon frère, lui dit-il, quelle horrible nuit !
— Que s’est-il donc passé ? demanda Henri.
— On a voulu vous arrêter.
— Moi ?
— Oui, vous.
— Et à quel propos ?
— Je ne sais. Où étiez-vous ?
— Le roi m’avait emmené hier soir avec lui par la ville.
— Alors il le savait, dit d’Alençon. Mais puisque vous n’étiez pas chez vous, qui donc y était ?
— Y avait-il donc quelqu’un chez moi ? demanda Henri comme s’il l’eût ignoré.
— Oui, un homme. Quand j’ai entendu le bruit, j’ai couru pour vous porter secours ; mais il était trop tard.
— L’homme était arrêté ? demanda Henri avec anxiété.
— Non, il s’était sauvé après avoir blessé dangereusement Maurevel et tué deux gardes.
— Ah ! brave de Mouy ! s’écria Henri.
— C’était donc de Mouy ? dit vivement d’Alençon.
Henri vit qu’il avait fait une faute.
— Du moins, je le présume, dit-il, car je lui avais donné rendez-vous pour m’entendre avec lui de votre fuite, et lui dire que je vous avais concédé tous mes droits au trône de Navarre.
— Alors, si la chose est sue, dit d’Alençon en pâlissant, nous sommes perdus.
— Oui, car Maurevel parlera.
— Maurevel a reçu un coup d’épée dans la gorge ; et je m’en suis informé au chirurgien qui l’a pansé, de plus de huit jours il ne pourra prononcer une seule parole.
— Huit jours ! c’est plus qu’il n’en faudra à de Mouy pour se mettre en sûreté.
— Après cela, dit d’Alençon, ça peut être un autre que M. de Mouy.
— Vous croyez ? dit Henri.
— Oui, cet homme a disparu très vite, et l’on n’a vu que son manteau cerise.
— En effet, dit Henri, un manteau cerise est bon pour un dameret et non pour un soldat. Jamais on ne soupçonnera de Mouy sous un manteau cerise.
— Non. Si l’on soupçonnait quelqu’un, dit d’Alençon, ce serait plutôt…
Il s’arrêta.
— Ce serait plutôt M. de La Mole, dit Henri.
— Certainement, puisque moi-même, qui ai vu fuir cet homme, j’ai douté un instant.
— Vous avez douté ! En effet, ce pourrait bien être M. de La Mole.
— Ne sait-il rien ? demanda d’Alençon.
— Rien absolument, du moins rien d’important.
— Mon frère, dit le duc, maintenant je crois véritablement que c’était lui.
— Diable ! dit Henri, si c’est lui, cela va faire grande peine à la reine, qui lui porte intérêt.
— Intérêt, dites-vous ? demanda d’Alençon interdit.
— Sans doute. Ne vous rappelez-vous pas, François, que c’est votre sœur qui vous l’a recommandé ?
— Si fait, dit le duc d’une voix sourde ; aussi je voudrais lui être agréable, et la preuve c’est que, de peur que son manteau rouge ne le compromît, je suis monté chez lui et je l’ai rapporté chez moi.
— Oh ! oh ! dit Henri, voilà qui est doublement prudent ; et maintenant je ne parierais pas, mais je jurerais que c’était lui.
— Même en justice ? demanda François.
— Ma foi, oui, répondit Henri. Il sera venu m’apporter quelque message de la part de Marguerite.
— Si j’étais sûr d’être appuyé par votre témoignage, dit d’Alençon, moi je l’accuserais presque.