La Reine Margot (page 51)

Alexandre Dumas · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — La Reine Margot (Dumas) · 63 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

— Haw ! haw ! Bec-de-Fer, cria Charles, encourageant son faucon, prouve-nous que tu es de race. Haw ! haw !

Comme s’il eût entendu cet encouragement, le noble animal partit, semblable à une flèche, parcourant une ligne diagonale qui devait aboutir à la ligne verticale qu’adoptait le héron, lequel montait toujours comme s’il eût voulu disparaître dans l’éther.

— Ah ! double couard, cria Charles, comme si le fugitif eût pu l’entendre, en mettant son cheval au galop et en suivant la chasse autant qu’il était en lui, la tête renversée en arrière pour ne pas perdre un instant de vue les deux oiseaux. Ah ! double couard, tu fuis. Mons Bec-de-Fer est de race ; attends ! attends ! Haw ! Bec-de-Fer ; haw !

En effet, la lutte fut curieuse, les deux oiseaux se rapprochaient l’un de l’autre, ou plutôt le faucon se rapprochait du héron.

La seule question était de savoir lequel dans cette première attaque conserverait le dessus.

La peur eut de meilleures ailes que le courage.

Le faucon, emporté par son vol, passa sous le ventre du héron qu’il eût dû dominer. Le héron profita de sa supériorité et lui allongea un coup de son long bec.

Le faucon, frappé comme d’un coup de poignard, fit trois tours sur lui-même, comme étourdi, et un instant on dut croire qu’il allait redescendre. Mais, comme un guerrier blessé qui se relève plus terrible, il jeta une espèce de cri aigu et menaçant et reprit son vol sur le héron.

Le héron avait profité de son avantage, et, changeant la direction de son vol, il avait fait un coude vers la forêt, essayant cette fois de gagner de l’espace et d’échapper par la distance au lieu d’échapper par la hauteur.

Mais le faucon était un animal de noble race, qui avait un coup d’œil de gerfaut.

Il répéta la même manœuvre, piqua diagonalement sur le héron, qui jeta deux ou trois cris de détresse et essaya de monter perpendiculairement comme il l’avait fait une première fois.

Au bout de quelques secondes de cette noble lutte, les deux oiseaux semblèrent sur le point de disparaître dans les nuages. Le héron n’était pas plus gros qu’une alouette, et le faucon semblait un point noir qui, à chaque instant, devenait plus imperceptible.

Charles ni la cour ne suivaient plus les deux oiseaux. Chacun était demeuré à sa place, les yeux fixés sur le fugitif et sur le poursuivant.

— Bravo ! bravo ! Bec-de-Fer ! cria tout à coup Charles. Voyez, voyez, Messieurs, il a le dessus ! Haw ! haw !

— Ma foi, j’avoue que je ne vois plus ni l’un ni l’autre, dit Henri.

— Ni moi non plus, dit Marguerite.

— Oui, mais si tu ne les vois plus, Henriot, tu peux les entendre encore, dit Charles ; le héron du moins. Entends-tu, entends-tu ? il demande grâce !

En effet, deux ou trois cris plaintifs, et qu’une oreille exercée pouvait seule saisir, descendirent du ciel sur la terre.

— Écoute, écoute, cria Charles, et tu iras les voir descendre plus vite qu’ils ne sont montés.

En effet, comme le roi prononçait ces mots, les deux oiseaux commencèrent à reparaître.

C’étaient deux points noirs seulement, mais à la différence de grosseur de ces deux points, il était facile de voir cependant que le faucon avait le dessus.

— Voyez ! voyez ! cria Charles… Bec-de-Fer le tient.

En effet, le héron, dominé par l’oiseau de proie, n’essayait même plus de se défendre. Il descendait rapidement, incessamment frappé par le faucon et ne répondant que par ses cris : tout à coup il replia ses ailes et se laissa tomber comme une pierre ; mais son adversaire en fit autant, et lorsque le fugitif voulut reprendre son vol, un dernier coup de bec l’étendit ; il continua sa chute en tournoyant sur lui-même, et, au moment où il touchait la terre, le faucon s’abattit sur lui, poussant un cri de victoire qui couvrit le cri de défaite du vaincu.

— Au faucon ! au faucon ! cria Charles, et il lança son cheval au galop dans la direction de l’endroit où les deux oiseaux s’étaient abattus.

Mais tout à coup il arrêta court sa monture, jeta un cri lui-même, lâcha la bride et s’accrocha d’une main à la crinière de son cheval, tandis que de son autre main il saisit son estomac comme s’il eût voulu déchirer ses entrailles.

À ce cri tous les courtisans accoururent.

— Ce n’est rien, ce n’est rien, dit Charles le visage enflammé et l’œil hagard ; mais il vient de me sembler qu’on me passait un fer rouge à travers l’estomac. Allons, allons, ce n’est rien.

Et Charles remit son cheval au galop.

D’Alençon pâlit.

— Qu’y a-t-il donc encore de nouveau ? demanda Henri à Marguerite.

— Je n’en sais rien, répondit celle-ci ; mais avez-vous vu ? mon frère était pourpre.

— Ce n’est pas cependant son habitude, dit Henri.

Les courtisans s’entre-regardèrent étonnés et suivirent le roi.

On arriva à l’endroit où les deux oiseaux s’étaient abattus. Le faucon rongeait déjà la cervelle du héron.

En arrivant, Charles sauta à bas de son cheval pour voir le combat de plus près.

Mais en touchant la terre il fut obligé de se tenir à la selle, la terre tournait sous lui. Il éprouva une violente envie de dormir.

— Mon frère ! mon frère ! s’écria Marguerite, qu’avez-vous ?

— J’ai, dit Charles, j’ai ce que dut avoir Porcie quand elle eut avalé ses charbons ardents ; j’ai que je brûle, et qu’il me semble que mon haleine est de flamme.

En même temps Charles poussa son souffle au dehors, et parut étonné de ne pas voir sortir du feu de ses lèvres.

Cependant, on avait repris et rechaperonné le faucon, et tout le monde s’était rassemblé autour de Charles.

— Eh bien ! eh bien ! que veut dire cela ? Corps du Christ ! ce n’est rien, ou si c’est quelque chose, c’est le soleil qui me casse la tête et me crève les yeux. Allons, allons, en chasse, Messieurs ! Voici toute une compagnie de hallebrands. Lâchez tout, lâchez tout. Corbœuf ! nous allons nous amuser !

On déchaperonna en effet et on lâcha à l’instant même cinq ou six faucons, qui s’élancèrent dans la direction du gibier, tandis que toute la chasse, le roi en tête, regagnait les bords de la rivière.

— Eh bien ! que dites-vous, Madame ? demanda Henri à Marguerite.

— Que le moment est bon, dit Marguerite, et que si le roi ne se retourne pas, nous pouvons d’ici gagner la forêt facilement.

Henri appela le valet de vénerie qui portait le héron ; et tandis que l’avalanche bruyante et dorée roulait le long du talus qui fait aujourd’hui la terrasse, il resta seul en arrière comme s’il examinait le cadavre du vaincu.

XX le pavillon de françois ier.

C’était une belle chose que la chasse à l’oiseau faite par des rois, quand les rois étaient presque des demi-dieux et que la chasse était non-seulement un loisir, mais un art.

Néanmoins nous devons quitter ce spectacle royal pour pénétrer dans un endroit de la forêt où tous les acteurs de la scène que nous venons de raconter vont nous rejoindre bientôt.

À droite de l’allée des Violettes, longue arcade de feuillage, retraite moussue où, parmi les lavandes et les bruyères, un lièvre inquiet dresse de temps en temps les oreilles, tandis que le daim errant lève sa tête chargée de bois, ouvre les naseaux et écoute, est une clairière assez éloignée pour que de la route on ne la voie pas ; mais pas assez pour que de cette clairière on ne voie pas la route.

Au milieu de cette clairière, deux hommes couchés sur l’herbe, ayant sous eux un manteau de voyage, à leur côté une longue épée, et auprès d’eux chacun un mousqueton à gueule évasée, qu’on appelait alors un poitrinal, ressemblaient de loin, par l’élégance de leur costume, à ces joyeux deviseurs du Décaméron ; de près, par la menace de leurs armes, à ces bandits de bois que cent ans plus tard Salvator Rosa peignit d’après nature dans ses paysages.

L’un d’eux était appuyé sur un genou et sur une main, et écoutait comme un de ces lièvres ou de ces daims dont nous avons parlé tout à l’heure.

— Il me semble, dit celui-ci, que la chasse s’était singulièrement rapprochée de nous tout à l’heure. J’ai entendu jusqu’aux cris des veneurs encourageant le faucon.

— Et maintenant, dit l’autre, qui paraissait attendre les événements avec beaucoup plus de philosophie que son camarade, maintenant, je n’entends plus rien : il faut qu’il se soient éloignés… Je t’avais bien dit que c’était un mauvais endroit pour l’observation. On n’est pas vu, c’est vrai, mais on ne voit pas.

— Que diable ! mon cher Annibal, dit le premier des interlocuteurs, il fallait bien mettre quelque part nos deux chevaux à nous, puis nos deux chevaux de main, puis ces deux mules si chargées que je ne sais pas comment elles feront pour nous suivre. Or, je ne connais que ces vieux hêtres et ces chênes séculaires qui puissent se charger convenablement de cette difficile besogne. J’oserais donc dire que, loin de blâmer comme toi M. de Mouy, je reconnais, dans tous les préparatifs de cette entreprise qu’il a dirigée, le sens profond d’un véritable conspirateur.

— Bon ! dit le second gentilhomme dans lequel notre lecteur a déjà bien certainement reconnu Coconnas, bon ! voilà le mot lâché, je l’attendais. Je t’y prends. Nous conspirons donc ?…

— Nous ne conspirons pas, nous servons le roi et la reine.

— Qui conspirent, ce qui revient exactement au même pour nous.

— Coconnas, je te l’ai dit, reprit La Mole, je ne te force pas le moins du monde à me suivre dans cette aventure qu’un sentiment particulier que tu ne partages pas, que tu ne peux partager, me fait seul entreprendre.

— Eh ! mordi ! qui est-ce donc qui dit que tu me forces ? D’abord, je ne sache pas un homme qui pourrait forcer Coconnas à faire ce qu’il ne veut pas faire ; mais crois-tu que je te laisserai aller sans te suivre, surtout quand je vois que tu vas au diable ?

— Annibal ! Annibal ! dit La Mole, je crois que j’aperçois là-bas sa blanche haquenée. Oh ! c’est étrange comme, rien que de penser qu’elle vient, mon cœur bat.

— Eh bien ! c’est drôle, dit Coconnas en bâillant, le cœur ne me bat pas du tout, à moi.

— Ce n’était pas elle, dit La Mole. Qu’est-il donc arrivé ? c’était pour midi, ce me semble.

— Il est arrivé qu’il n’est point midi, dit Coconnas, voilà tout, et que nous avons encore le temps de faire un somme, à ce qu’il paraît.

Et sur cette conviction, Coconnas s’étendit sur son manteau en homme qui va joindre le précepte aux paroles ; mais comme son oreille touchait la terre, il demeura le doigt levé et faisant signe à La Mole de se taire.

— Qu’y a-t-il donc ? demanda celui-ci.

— Silence ! cette fois j’entends quelque chose et je ne me trompe pas.

— C’est singulier, j’ai beau écouter, je n’entends rien, moi.

— Tu n’entends rien ?

— Non.

— Eh bien ! dit Coconnas en se soulevant et en posant la main sur le bras de La Mole, regarde ce daim.

— Où ?

— Là-bas.

Et Coconnas montra du doigt l’animal à La Mole.

— Eh bien ?

— Eh bien, tu vas voir.

La Mole regarda l’animal. La tête inclinée comme s’il s’apprêtait à brouter, il écoutait immobile. Bientôt il releva son front chargé de bois superbes, et tendit l’oreille du côté d’où sans doute venait le bruit ; puis tout à coup, sans cause apparente, il partit rapide comme l’éclair.

— Oh ! oh ! dit La Mole, je crois que tu as raison, car voilà le daim qui s’enfuit.

— Donc, puisqu’il s’enfuit, dit Coconnas, c’est qu’il entend ce que tu n’entends pas.

En effet, un bruit sourd et à peine perceptible frémissait vaguement dans l’herbe ; pour des oreilles moins exercées, c’eût été le vent ; pour des cavaliers, c’était un galop lointain de chevaux.

La Mole fut sur pieds en un moment.

— Les voici, dit-il, alerte !

Coconnas se leva, mais plus tranquillement ; la vivacité du Piémontais semblait être passée dans le cœur de La Mole, tandis qu’au contraire l’insouciance de celui-ci semblait à son tour s’être emparée de son ami. C’est que l’un, dans cette circonstance, agissait d’enthousiasme, et l’autre à contre-cœur.

Bientôt un bruit égal et cadencé frappa l’oreille des deux amis : le hennissement d’un cheval fit dresser l’oreille aux chevaux qu’ils tenaient prêts à dix pas d’eux, et dans l’allée passa, comme une ombre blanche, une femme qui, se tournant de leur côté, fit un signe étrange et disparut.

— La reine ! s’écrièrent-ils ensemble.

— Qu’est-ce que cela signifie ? dit Coconnas.

— Elle a fait ainsi, dit La Mole, ce qui signifie : Tout à l’heure…

— Elle a fait ainsi dit Coconnas, ce qui signifie : Partez…

— Ce signe répond à : Attendez-moi.

— Ce signe répond à : Sauvez-vous.

— Eh bien ! dit La Mole, agissons chacun selon notre conviction. Pars, je resterai.

Coconnas haussa les épaules et se recoucha.

Au même instant, en sens inverse du chemin qu’avait suivi la reine, mais par la même allée, passa, bride abattue, une troupe de cavaliers que les deux amis reconnurent pour des protestants ardents, presque furieux. Leurs chevaux bondissaient comme ces sauterelles dont parle Job ; ils parurent et disparurent.

— Peste ! cela devient grave, dit Coconnas en se relevant. Allons au pavillon de François Ier.

— Au contraire, n’y allons pas ! dit La Mole. Si nous sommes découverts, c’est sur ce pavillon que se portera d’abord l’attention du roi ! puisque c’était là le rendez-vous général.

— Cette fois, tu peux bien avoir raison, grommela Coconnas.

Coconnas n’avait pas prononcé ces paroles, qu’un cavalier passa comme l’éclair au milieu des arbres, et, franchissant fossés, buissons, barrières, arriva près des deux gentilshommes.

Il tenait un pistolet de chaque main et guidait des genoux seulement son cheval dans cette course furieuse.

— M. de Mouy ! s’écria Coconnas inquiet et devenu plus alerte maintenant que La Mole, M. de Mouy fuyant ! On se sauve donc ?

— Eh ! vite ! vite ! cria le huguenot, détalez, tout est perdu ! J’ai fait un détour pour vous le dire. En route !

Et comme il n’avait pas cessé de courir en prononçant ces paroles, il était déjà loin quand elles furent achevées, et par conséquent lorsque La Mole et Coconnas en saisirent complètement le sens.

— Et la reine ? cria La Mole.

Mais la voix du jeune homme se perdit dans l’espace ; de Mouy était déjà à une trop grande distance pour l’entendre, et surtout pour lui répondre.

Coconnas eut bientôt pris son parti. Tandis que La Mole restait immobile et suivait des yeux de Mouy qui disparaissait entre les branches qui s’ouvraient devant lui et se refermaient sur lui, il courut aux chevaux, les amena, sauta sur le sien, jeta la bride de l’autre aux mains de La Mole, et s’apprêta à piquer.

— Allons, allons ! dit-il, je répéterai ce qu’a dit de Mouy : En route ! Et de Mouy est un monsieur qui parle bien. En route, en route, La Mole !

— Un instant, dit La Mole ; nous sommes venus ici pour quelque chose.

— À moins que ce ne soit pour nous faire pendre, répondit Coconnas, je te conseille de ne pas perdre de temps. Je devine ; tu vas faire de la rhétorique, paraphraser le mot fuir ; parler d’Horace qui jeta son bouclier, et d’Épaminondas qu’on rapporta sur le sien ; moi, je dirai un seul mot : Où fuit M. de Mouy de Saint-Phale, tout le monde peut fuir.

— M. de Mouy de Saint-Phale, dit La Mole, n’est pas chargé d’enlever la reine Marguerite, M. de Mouy de Saint-Phale n’aime pas la reine Marguerite.

— Mordi ! et il fait bien, si cet amour devait lui faire faire des sottises pareilles à celle que je te vois méditer. Que cinq cent mille diables d’enfer enlèvent l’amour qui peut coûter la tête à deux braves gentilshommes ! Corne de bœuf ! comme dit le roi Charles, nous conspirons, mon cher ; et quand on conspire mal, il faut se bien sauver. En selle, en selle, La Mole !

— Sauve-toi, mon cher, je ne t’en empêche pas, et même je t’y invite. Ta vie est plus précieuse que la mienne. Défends donc ta vie.

— Il faut me dire : Coconnas, faisons-nous pendre ensemble ; et non me dire : Coconnas sauve-toi tout seul.

— Bah ! mon ami, répondit La Mole, la corde est faite pour les manants, et non pour des gentilshommes comme nous.

— Je commence à croire, dit Coconnas avec un soupir que la précaution que j’ai prise n’est pas mauvaise.

— Laquelle ?

— De me faire un ami du bourreau.

— Tu es sinistre, mon cher Coconnas.

— Mais enfin que faisons-nous ? s’écria celui-ci impatienté.

— Nous allons retrouver la reine.

— Où cela ?

— Je n’en sais rien… Retrouver le roi !

— Où cela ?

— Je n’en sais rien… mais nous le retrouverons, et nous ferons à nous deux ce que cinquante personnes n’ont pu ou n’ont osé faire.

— Tu me prends par l’amour-propre, Hyacinthe ; c’est mauvais signe.

— Eh bien ! voyons, à cheval et partons.

— C’est bien heureux !

La Mole se retourna pour prendre le pommeau de la selle ; mais au moment où il mettait le pied à l’étrier, une voix impérieuse se fit entendre.

— Halte-là ! rendez-vous, dit la voix.

En même temps une figure d’homme parut derrière un chêne, puis une autre ; puis trente ; c’étaient les chevau-légers, qui, devenus fantassins, s’étaient glissés à plat-ventre dans les bruyères et fouillaient dans le bois.

— Qu’est-ce que je t’ai dit ? murmura Coconnas.

Une espèce de rugissement sourd fut la réponse de La Mole.

Les chevau-légers étaient encore à trente pas des deux amis.

— Voyons ! continua le Piémontais parlant tout haut au lieutenant des chevau-légers et tout bas à La Mole ; Messieurs, qu’y a-t-il ?

Le lieutenant ordonna de coucher en joue les deux amis.

Coconnas continua tout bas :

— En selle ! La Mole, il en est temps encore : saute à cheval, comme je t’ai vu cent fois, et partons.

Puis se retournant vers les chevau-légers :

— Eh ! que diable, Messieurs, ne tirez pas, vous pourriez tuer des amis.

Puis à La Mole :

— À travers les arbres, on tire mal ; ils tireront et nous manqueront.

— Impossible, dit La Mole ; nous ne pouvons emmener avec nous le cheval de Marguerite et les deux mules ; ce cheval et ces deux mules la compromettraient, tandis que par mes réponses j’éloignerai tout soupçon. Pars ! mon ami, pars !

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