Le Comte de Monte-Cristo (page 142)
« Dites à l’ange qui va veiller sur votre vie, Morrel, de prier quelquefois pour un homme qui, pareil à Satan, s’est cru un instant l’égal de Dieu, et qui a reconnu, avec toute l’humilité d’un chrétien, qu’aux mains de Dieu seul sont la suprême puissance et la sagesse infinie. Ces prières adouciront peut-être le remords qu’il emporte au fond de son cœur.
« Quant à vous, Morrel, voici tout le secret de ma conduite envers vous : il n’y a ni bonheur ni malheur en ce monde, il y a la comparaison d’un état à un autre, voilà tout. Celui-là seul qui a éprouvé l’extrême infortune est apte à ressentir l’extrême félicité. Il faut avoir voulu mourir, Maximilien, pour savoir combien il est bon de vivre.
« Vivez donc et soyez heureux, enfants chéris de mon cœur, et n’oubliez jamais que, jusqu’au jour où Dieu daignera dévoiler l’avenir à l’homme, toute la sagesse humaine sera dans ces deux mots :
« Attendre et espérer !
« Votre ami,
« Edmond Dantès,
« Comte de Monte-Cristo. »
Pendant la lecture de cette lettre, qui lui apprenait la folie de son père et la mort de son frère, mort et folie qu’elle ignorait, Valentine pâlit, un douloureux soupir s’échappa de sa poitrine, et des larmes, qui n’en étaient pas moins poignantes pour être silencieuses, roulèrent sur ses joues ; son bonheur lui coûtait bien cher.
Morrel regarda autour de lui avec inquiétude.
— Mais, dit-il, en vérité le comte exagère sa générosité ; Valentine se contentera de ma modeste fortune. Où est le comte, mon ami ? conduisez-moi vers lui.
Jacopo étendit la main vers l’horizon.
— Quoi ! que voulez-vous dire ? demanda Valentine : Où est le comte ? où est Haydée ?
— Regardez, dit Jacopo.
Les yeux des deux jeunes gens se fixèrent sur la ligne indiquée par le marin, et, sur la ligne d’un bleu foncé qui séparait à l’horizon le ciel de la Méditerranée, ils aperçurent une voile blanche, grande comme l’aile d’un goéland.
— Parti ! s’écria Morrel ; parti ! Adieu, mon ami, mon père !
— Partie ! murmura Valentine. Adieu, mon amie ! adieu, ma sœur !
— Qui sait si nous les reverrons jamais ? fit Morrel en essuyant une larme.
— Mon ami, dit Valentine, le comte ne vient-il pas de nous dire que l’humaine sagesse était tout entière dans ces deux mots :
— Attendre et espérer !
fin du comte de monte-cristo
DU SIXIÈME VOLUME
Pages.
I. — L’auberge de la Cloche et de la Bouteille
1
II. — La loi
19
III. — L’apparition
34
IV. — Locuste
44
V. — Valentine
52
VI. — Maximilien
61
VII. — La signature Danglars
74
VIII. — Le cimetière du Père-Lachaise
90
IX. — Le partage
110
X. — La fosse aux Lions
133
XI. — Le juge
143
XII. — Les assises
157
XIII. — L’acte d’accusation
166
XIV. — Expiation
176
XV. — Le départ
189
XVI. — Le passé
206
XVII. — Peppino
224
XVIII. — La carte de Luigi Vampa
240
XIX. — Le pardon
250
XX. — Le 5 octobre
258