Les Trois Mousquetaires (page 34)

Alexandre Dumas · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Trois Mousquetaires · 68 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Planchet tourna et retourna le billet, puis, accoutumé à l’obéissance passive, il sauta à bas de la terrasse, enfila la ruelle et rencontra au bout de vingt pas d’Artagnan, qui, ayant tout vu, allait au-devant de lui.

— Pour vous, monsieur, dit Planchet, présentant le billet au jeune homme.

— Pour moi ? dit d’Artagnan ; en es-tu bien sûr ?

— Pardieu ! si j’en suis sûr ; la soubrette a dit : « Pour ton maître. » Je n’ai d’autre maître que vous ; ainsi… Un joli brin de fille, ma foi, que cette soubrette !

D’Artagnan ouvrit la lettre, et lut ces mots :

« Une personne qui s’intéresse à vous plus qu’elle ne peut le dire, voudrait savoir quel jour vous serez en état de vous promener dans la forêt. Demain, à l’hôtel du Champ-du-Drap-d’Or, un laquais noir et rouge attendra votre réponse. »

— Oh ! oh ! se dit d’Artagnan, voilà qui est un peu vif. Il paraît que milady et moi nous sommes en peine de la santé de la même personne. Eh bien ! Planchet, comment se porte ce bon M. de Wardes ? il n’est donc pas mort ?

— Non, monsieur, il va aussi bien qu’on peut aller avec quatre coups d’épée dans le corps, car vous lui en avez, sans reproche, allongé quatre, à ce cher gentilhomme, et il est encore bien faible, ayant perdu presque tout son sang. Comme je l’avais dit à monsieur, Lubin ne m’a pas reconnu, et m’a raconté d’un bout à l’autre notre aventure.

— Fort bien, Planchet, tu es le roi des laquais ; maintenant, remonte à cheval et rattrapons le carrosse.

Ce ne fut pas long ; au bout de cinq minutes on aperçut le carrosse arrêté sur le revers de la route ; un cavalier richement vêtu se tenait à la portière.

La conversation entre milady et le cavalier était tellement animée, que d’Artagnan s’arrêta de l’autre côté du carrosse sans que personne autre que la jolie soubrette s’aperçût de sa présence.

La conversation avait lieu en anglais, langue que d’Artagnan ne comprenait pas ; mais, à l’accent, le jeune homme crut deviner que la belle Anglaise était fort en colère ; elle termina par un geste qui ne lui laissa point de doute sur la nature de cette conversation : c’était un coup d’éventail appliqué de telle force, que le petit meuble féminin vola en mille morceaux.

Le cavalier poussa un éclat de rire qui parut exaspérer milady.

D’Artagnan pensa que c’était le moment d’intervenir ; il s’approcha de l’autre portière, et se découvrant respectueusement :

— Madame, dit-il, me permettez-vous de vous offrir mes services ? Il me semble que ce cavalier vous a mise en colère. Dites un mot, madame, et je me charge de le punir de son manque de courtoisie.

Aux premières paroles, milady s’était retournée, regardant le jeune homme avec étonnement, et lorsqu’il eut fini :

— Monsieur, dit-elle en très bon français, ce serait de grand cœur que je me mettrais sous votre protection si la personne qui me querelle n’était point mon frère.

— Ah ! excusez-moi, alors, dit d’Artagnan ; vous comprenez que j’ignorais cela, madame.

— De quoi donc se mêle cet étourneau, s’écria, en s’abaissant à la hauteur de la portière le cavalier que milady avait désigné comme son parent, et pourquoi ne passe-t-il pas son chemin ?

— Étourneau vous-même, dit d’Artagnan en se baissant à son tour sur le cou de son cheval, et en répondant de son côté par la portière ; je ne passe pas mon chemin parce qu’il me plaît de m’arrêter ici.

Le cavalier adressa quelques mots en anglais à sa sœur.

— Je vous parle français, moi, dit d’Artagnan ; faites-moi donc, je vous prie, le plaisir de me répondre dans la même langue. Vous êtes le frère de madame, soit, mais vous n’êtes pas le mien, heureusement.

On eût pu croire que milady, craintive comme l’est ordinairement une femme, allait s’interposer dans ce commencement de provocation, afin d’empêcher que la querelle n’allât plus loin ; mais, tout au contraire, elle se rejeta au fond de son carrosse, et cria froidement au cocher :

— Touche à l’hôtel !

La jolie soubrette jeta un regard d’inquiétude sur d’Artagnan, dont la bonne mine paraissait avoir produit son effet sur elle.

Le carrosse partit et laissa les deux hommes en face l’un de l’autre, aucun obstacle matériel ne les séparant plus.

Le cavalier fit un mouvement pour suivre la voiture ; mais d’Artagnan, dont la colère déjà bouillante s’était encore augmentée en reconnaissant en lui l’Anglais qui, à Amiens, lui avait gagné son cheval et avait failli gagner à Athos son diamant, sauta à la bride et l’arrêta.

— Eh ! Monsieur, dit-il, vous me semblez encore plus étourneau que moi, car vous me faites l’effet d’oublier qu’il y a entre nous une petite querelle engagée.

— Ah ! ah ! dit l’Anglais, c’est vous, mon maître. Il faut donc toujours que vous jouiez un jeu ou un autre ?

— Oui, et cela me rappelle que j’ai une revanche à prendre. Nous verrons, mon cher monsieur, si vous maniez aussi adroitement la rapière que le cornet.

— Vous voyez bien que je n’ai pas d’épée, dit l’Anglais ; voulez-vous faire le brave contre un homme sans armes ?

— J’espère bien que vous en avez chez vous, répondit d’Artagnan. En tout cas, j’en ai deux, et si vous le voulez, je vous en jouerai une.

— Inutile, dit l’Anglais, je suis muni suffisamment de ces sortes d’ustensiles.

— Eh bien ! mon digne gentilhomme, reprit d’Artagnan choisissez la plus longue et venez me la montrer ce soir.

— Où cela, s’il vous plaît ?

— Derrière le Luxembourg, c’est un charmant quartier pour les promenades dans le genre de celle que je vous propose.

— C’est bien, on y sera.

— Votre heure ?

— Six heures.

— À propos, vous avez aussi probablement un ou deux amis ?

— Mais j’en ai trois qui seront fort honorés de jouer la même partie que moi.

— Trois ? à merveille ! comme cela se rencontre ! dit d’Artagnan, c’est juste mon compte.

— Maintenant, qui êtes-vous ? demanda l’Anglais.

— Je suis monsieur d’Artagnan, gentilhomme gascon, servant aux gardes, compagnie de M. des Essarts. Et vous ?

— Moi, je suis Lord de Winter, baron de Sheffield.

— Eh bien ! je suis votre serviteur, monsieur le baron, dit d’Artagnan, quoique vous ayez des noms bien difficiles à retenir.

Et piquant son cheval, il le mit au galop, et reprit le chemin de Paris.

Comme il avait l’habitude de le faire en pareille occasion, d’Artagnan descendit droit chez Athos.

Il trouva Athos couché sur un grand canapé, où il attendait, comme il l’avait dit, que son équipement le vînt trouver.

Il raconta à Athos tout ce qui venait de se passer, moins la lettre de M. de Wardes.

Athos fut enchanté lorsqu’il sut qu’il allait se battre contre un Anglais. Nous avons dit que c’était son rêve.

On envoya chercher à l’instant même Porthos et Aramis par les laquais, et on les mit au courant de la situation.

Porthos tira son épée hors du fourreau et se mit à espadonner contre le mur en se reculant de temps en temps et en faisant des pliés comme un danseur. Aramis, qui travaillait toujours à son poème, s’enferma dans le cabinet d’Athos et pria qu’on ne le dérangeât plus qu’au moment de dégaîner.

Athos demanda par signe à Grimaud une bouteille.

Quant à d’Artagnan, il arrangea en lui-même un petit plan dont nous verrons plus tard l’exécution, et qui lui promettait quelque gracieuse aventure, comme on pouvait le voir aux sourires qui, de temps en temps, passaient sur son visage dont ils éclairaient la rêverie.

CHAPITRE XXXI. ANGLAIS ET FRANÇAIS.

’heure venue, on se rendit avec les quatre laquais derrière le Luxembourg, dans un enclos abandonné aux chèvres. Athos donna une pièce de monnaie au chevrier pour qu’il s’écartât. Les laquais furent chargés de faire sentinelle.

Bientôt une troupe silencieuse s’approcha du même enclos, y pénétra et joignit les mousquetaires ; puis, selon les habitudes d’outre-mer, les présentations eurent lieu.

Les Anglais étaient tous gens de la plus haute qualité : les noms bizarres de leurs adversaires furent donc pour eux un sujet, non seulement de surprise, mais encore d’inquiétude.

— Mais, avec tout cela, dit Lord de Winter quand les trois amis eurent été nommés, nous ne savons pas qui vous êtes, et nous ne nous battrons pas avec des noms pareils. Ce sont des noms de bergers, ces noms-là.

— Aussi, comme vous le supposez bien, milord, ce sont de faux noms, dit Athos.

— Ce qui ne nous donne qu’un plus grand désir de connaître les noms véritables, répondit l’Anglais.

— Vous avez bien joué contre nous sans les connaître, dit Athos, à telles enseignes que vous nous avez gagné nos deux chevaux.

— C’est vrai ; mais nous ne risquions que nos pistoles. Cette fois nous risquons notre sang. On joue avec tout le monde, on ne se bat qu’avec ses égaux.

— C’est juste, dit Athos.

Et il prit à l’écart celui des quatre Anglais avec lequel il devait se battre et lui dit son nom tout bas. Porthos et Aramis en firent autant de leur côté.

— Cela vous suffit-il, dit Athos à son adversaire ; et me trouvez-vous assez grand seigneur pour me faire la grâce de croiser l’épée avec moi ?

— Oui, monsieur, dit l’Anglais en s’inclinant.

— Eh bien ! maintenant, voulez-vous que je vous dise une chose ? reprit froidement Athos.

— Laquelle ? demanda l’Anglais.

— C’est que vous auriez aussi bien fait de ne pas exiger que je me fisse connaître.

— Pourquoi cela ?

— Parce qu’on me croit mort, que j’ai des raisons pour désirer qu’on ne sache pas que je vis, et que je vais être obligé de vous tuer pour que mon secret ne coure pas les champs.

L’Anglais regarda Athos, croyant que celui-ci plaisantait ; mais Athos ne plaisantait pas le moins du monde.

— Messieurs, dit-il en s’adressant à la fois à ses compagnons et à leurs adversaires, y sommes-nous ?

— Oui, répondirent tout d’une voix Anglais et Français.

— Alors, en garde ! dit Athos.

Et aussitôt huit épées brillèrent aux rayons du soleil couchant, et le combat commença avec un acharnement bien naturel entre gens deux fois ennemis.

Athos s’escrimait avec autant de calme et de méthode que s’il eût été dans une salle d’armes.

Porthos, corrigé sans doute de sa trop grande confiance par son aventure de Chantilly, jouait un jeu plein de finesse et de prudence.

Aramis, qui avait le troisième chant de son poème à finir, se dépêchait en homme très pressé.

Athos le premier tua son adversaire. Il ne lui avait porté qu’un coup, mais, comme il l’en avait prévenu, le coup avait été mortel, l’épée lui traversa le cœur.

Porthos le second étendit le sien sur l’herbe : il lui avait percé la cuisse. Alors, comme l’Anglais, sans faire plus longue résistance, lui avait rendu son épée, Porthos le prit dans ses bras et le porta dans son carrosse.

Aramis poussa le sien si vigoureusement, qu’après avoir rompu une cinquantaine de pas, il finit par le mettre hors de combat.

Quant à d’Artagnan, il avait joué purement et simplement un jeu défensif ; puis, lorsqu’il avait vu son adversaire bien fatigué, il lui avait, d’une vigoureuse flanconade, fait sauter son épée. Le baron se voyant désarmé fit deux ou trois pas en arrière, mais dans ce mouvement son pied glissa, et il tomba à la renverse.

D’Artagnan fut sur lui d’un seul bond, et lui portant l’épée à la gorge :

— Je pourrais vous tuer, monsieur, dit-il à l’Anglais, et vous êtes bien entre mes mains ; mais je vous donne la vie pour l’amour de votre sœur.

D’Artagnan était au comble de la joie ; il venait de réaliser le plan qu’il avait arrêté d’avance et dont le développement avait fait éclore sur son visage les sourires dont nous avons parlé.

L’Anglais, enchanté d’avoir affaire à un gentilhomme d’aussi bonne composition, serra d’Artagnan entre ses bras, fit mille caresses aux trois mousquetaires, et, comme l’adversaire de Porthos était déjà installé dans la voiture et que celui d’Aramis avait pris la poudre d’escampette, on ne songea plus qu’au défunt.

Comme Porthos et Aramis le déshabillaient dans l’espérance que sa blessure n’était pas mortelle, une grosse bourse s’échappa de sa ceinture. D’Artagnan la ramassa et la tendit à lord de Winter.

— Eh ! que diable voulez-vous que je fasse de cela ? demanda l’Anglais.

— Vous la rendrez à sa famille, dit d’Artagnan.

— Sa famille se soucie bien de cette misère ! elle hérite de quinze mille louis de rente. Gardez cette bourse pour vos laquais… Et maintenant, mon jeune ami, car vous me permettrez, je l’espère, de vous donner ce nom, continua lord de Winter, dès ce soir, si vous le voulez bien, je vous présenterai à ma belle-sœur, lady Clarick de Winter, car je veux qu’elle vous prenne à son tour dans ses bonnes grâces, et comme elle n’est pas tout-à-fait mal en cour, peut-être dans l’avenir un mot dit par elle ne vous sera-t-il point inutile.

D’Artagnan rougit de plaisir et s’inclina en signe d’assentiment.

Pendant ce temps Athos s’était approché de d’Artagnan, et lui prenant la bourse :

— Donnons cela, lui dit-il à demi-voix, non à nos laquais mais aux anglais.

Puis, la jetant dans la main du cocher :

— Pour vous et vos camarades, cria-t-il.

Cette grandeur de manières, dans un homme entièrement dénué, frappa Porthos lui-même, et cette générosité française, redite par lord de Winter et son ami, eut partout un grand succès, excepté auprès de MM. Grimaud, Mousqueton, Planchet et Bazin.

Lord de Winter, en quittant d’Artagnan, lui donna l’adresse de sa sœur ; elle demeurait à la place Royale, qui était alors le quartier à la mode, au no 6. D’ailleurs, il s’engageait à le venir prendre pour le présenter. D’Artagnan lui donna rendez-vous à huit heures chez Athos.

Cette présentation à milady occupait fort la tête de notre Gascon. Il se rappelait de quelle façon étrange cette femme avait été mêlée jusque là dans sa destinée. Selon sa conviction, c’était quelque créature du cardinal, et cependant il se sentait invinciblement entraîné vers elle par un de ces sentiments dont on ne se rend pas compte. Sa seule crainte était que milady ne reconnût en lui l’homme de Meung et de Douvres. Car alors elle saurait qu’il était des amis de M. de Tréville, et par conséquent qu’il appartenait corps et âme au roi, ce qui, dès lors, lui ferait perdre une partie de ses avantages, puisque, connu de milady comme il la connaissait, il jouerait avec elle à jeu égal. Quant à ce commencement d’intrigue entre elle et le comte de Wardes, notre présomptueux ne s’en préoccupait que médiocrement, bien que le marquis fût jeune, beau, riche et fort avant dans la faveur du cardinal. Ce n’est pas pour rien que l’on a vingt ans et surtout que l’on est né à Tarbes.

D’Artagnan commença par aller faire chez lui une toilette flamboyante ; ensuite il revint chez Athos, et, selon son habitude, lui raconta tout. Athos écouta ses projets, puis il secoua la tête, et lui recommanda la prudence avec une sorte d’amertume.

— Quoi ! lui dit-il, vous venez de perdre une femme que vous disiez bonne, charmante, parfaite, et voilà que vous courez déjà après une autre ?

D’Artagnan sentit la vérité de ce reproche.

— J’aime Mme Bonacieux avec le cœur, tandis que j’aime milady avec la tête, dit-il ; et, en me faisant conduire chez elle, je cherche surtout à m’éclairer sur le rôle qu’elle joue à la cour.

— Le rôle qu’elle joue, pardieu ! il n’est pas difficile à deviner d’après tout ce que vous m’avez dit. C’est quelque émissaire du cardinal, une femme qui vous attirera dans un piége où vous laisserez votre tête tout bonnement.

— Diable ! mon cher Athos, vous voyez les choses bien en noir, ce me semble.

— Mon cher, je me défie des femmes ; que voulez-vous ! je suis payé pour cela ; et surtout des femmes blondes. Milady est blonde, m’avez-vous dit ?

— Elle a les cheveux du plus beau blond qui se puisse voir.

— Ah ! mon pauvre d’Artagnan, fit Athos.

— Écoutez : je veux m’éclairer ; puis quand je saurai ce que je désire savoir, je m’éloignerai.

— Éclairez-vous, dit flegmatiquement Athos.

Lord de Winter arriva à l’heure dite ; mais Athos, prévenu à temps, passa dans la seconde pièce. Il trouva donc d’Artagnan seul, et comme il était près de huit heures, il emmena le jeune homme.

Un élégant carrosse attendait en bas, et comme il était attelé de deux excellents chevaux, en un instant on fut place Royale.

Milady de Winter reçut gracieusement d’Artagnan. Son hôtel était d’une somptuosité remarquable, et, bien que la plupart des Anglais chassés par la guerre, quittassent la France ou fussent sur le point de la quitter, milady venait de faire faire chez elle de nouvelles dépenses, ce qui prouvait que la mesure générale qui renvoyait les Anglais ne la regardait pas.

— Vous voyez, dit lord de Winter en présentant d’Artagnan à sa belle-sœur, un jeune gentilhomme qui a tenu ma vie entre ses mains et qui n’a point voulu abuser de ses avantages, quoique nous fussions deux fois ennemis, puisque c’est moi qui l’ai insulté, et que je suis Anglais. Remerciez-le donc, madame, si vous avez quelque amitié pour moi.

Milady fronça légèrement le sourcil ; un nuage à peine visible passa sur son front, et un sourire tellement étrange apparut sur ses lèvres, que le jeune homme, qui vit cette triple nuance, en eut comme un frisson.

Le frère ne vit rien ; il s’était retourné pour jouer avec le singe favori de milady, qui l’avait tiré par son pourpoint.

— Soyez le bienvenu, monsieur, dit milady d’une voix dont la douceur singulière contrastait avec les symptômes de mauvaise humeur que venait de remarquer d’Artagnan, vous avez acquis aujourd’hui des droits éternels à ma reconnaissance.

L’Anglais alors se retourna et raconta le combat sans omettre un détail. Milady l’écouta avec la plus grande attention ; cependant on voyait facilement, quelque effort qu’elle fît pour cacher ses impressions, que ce récit ne lui était point agréable : le sang lui montait à la tête, et son petit pied s’agitait sous sa robe.

Lord de Winter ne s’aperçut de rien ; puis, lorsqu’il eut fini, il s’approcha d’une table où étaient servis sur un plateau une bouteille de vin d’Espagne et des verres ; il emplit deux verres, et d’un signe invita d’Artagnan à boire.

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