Les Trois Mousquetaires (page 63)

Alexandre Dumas · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Trois Mousquetaires · 68 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

— Je l’attends lui-même.

— Lui-même ? d’Artagnan, ici !

— Lui-même.

— Mais, c’est impossible ! il est au siége de La Rochelle avec le cardinal ; il ne reviendra à Paris qu’après la prise de la ville.

— Vous le croyez ainsi ; mais est-ce qu’il y a quelque chose d’impossible à mon d’Artagnan, noble et loyal gentilhomme !

— Oh ! je ne puis vous croire.

— Eh bien ! lisez donc ! dit, dans l’excès de son orgueil et de sa joie, la malheureuse jeune femme en présentant une lettre à milady.

— L’écriture de Mme de Chevreuse ! se dit en elle-même milady. Ah ! j’étais bien sûre qu’ils avaient des intelligences de ce côté-là !

Et elle lut avidement ces quelques lignes :

« Ma chère enfant, tenez-vous prête ; notre ami vous verra bientôt, et il ne vous verra que pour vous arracher de la prison où votre sûreté exigeait que vous fussiez cachée ; préparez-vous donc au départ et ne désespérez jamais de nous.

« Notre charmant Gascon vient de se montrer brave et fidèle comme toujours ; dites-lui qu’on lui est bien reconnaissant quelque part de l’avis qu’il a donné. »

— Oui, oui, dit milady, oui, la lettre est précise, et savez-vous quel est cet avis ?

— Non. Je me doute seulement qu’il aura prévenu la reine de quelque nouvelle machination du cardinal.

— Oui, c’est cela sans doute, dit milady en rendant la lettre à Mme Bonacieux et en laissant retomber sa tête pensive sur sa poitrine.

En ce moment, on entendit le galop d’un cheval.

— Oh ! s’écria Mme Bonacieux en s’élançant à la fenêtre, serait-ce déjà lui ?

Milady était restée dans son lit, pétrifiée par la surprise ; tant de choses inattendues lui arrivaient tout à coup que pour la première fois la tête lui manquait.

— Lui ! lui ! murmura-t-elle ; serait-ce lui ! Et elle demeurait dans son lit les yeux fixes.

— Hélas, non ! dit Mme Bonacieux, c’est un homme que je ne connais pas. Il a l’air de venir ici. Oui, il ralentit sa course, il s’arrête à la porte, il sonne.

Milady sauta hors de son lit.

— Vous êtes bien sûre que ce n’est pas lui ? dit-elle.

— Oh ! oui, bien sûre.

— Vous avez peut-être mal vu.

— Oh ! je verrais la plume de son feutre, le bout de son manteau, que je le reconnaîtrais, lui !

Milady s’habillait toujours.

— N’importe, cet homme vient ici, dites-vous ?

— Oui, il est entré.

— C’est ou pour vous ou pour moi.

— Oh ! mon Dieu, comme vous semblez agitée !

— Oui, je l’avoue, je n’ai pas votre confiance, je crains tout du cardinal.

— Chut ! dit Mme Bonacieux ; on vient.

Effectivement la porte s’ouvrit et la supérieure entra.

— Est-ce vous qui arrivez de Boulogne ? demanda-t-elle à milady.

— Oui, c’est moi, répondit celle-ci ; et tâchant de ressaisir son sang-froid : qui me demande ?

— Un homme qui ne veut pas dire son nom, mais qui vient de la part du cardinal.

— Et qui veut me parler ? demanda milady.

— Qui veut parler à une dame arrivant de Boulogne.

— Alors faites entrer, madame, je vous prie.

— Oh ! mon Dieu, mon Dieu, dit Mme Bonacieux, serait-ce quelque mauvaise nouvelle ?

— J’en ai peur.

— Je vous laisse avec cet étranger ; mais aussitôt son départ, si vous le permettez, je reviendrai.

— Comment donc ! je vous en prie.

La supérieure et Mme Bonacieux sortirent.

Milady resta seule, les yeux fixés sur la porte. Un instant après on entendit le bruit des éperons qui retentissaient sur les escaliers, puis les pas se rapprochèrent, puis la porte s’ouvrit et un homme parut.

Milady jeta un cri de joie. Cet homme, c’était le comte de Rochefort, l’âme damnée de Son Éminence.

CHAPITRE LXII. DEUX VARIÉTÉS DE DÉMONS.

h ! s’écrièrent ensemble Rochefort et milady, c’est vous !

— Oui, c’est moi.

— Et vous arrivez ? demanda milady.

— De La Rochelle. Et vous ?

— D’Angleterre.

— Buckingham ?

— Mort, ou blessé dangereusement ; comme je partais sans avoir rien pu obtenir de lui, un fanatique venait de l’assassiner.

— Ah ! fit Rochefort avec un sourire, voilà un hasard bien heureux et qui satisfera fort Son Éminence. L’avez-vous prévenue ?

— Je lui ai écrit de Boulogne. Mais comment êtes-vous ici ?

— Son Éminence, inquiète, m’a envoyé à votre recherche.

— Je suis arrivée d’hier seulement.

— Et qu’avez-vous fait depuis hier ?

— Je n’ai pas perdu mon temps.

— Oh ! je m’en doute bien.

— Savez-vous qui j’ai rencontré ici ?

— Non.

— Devinez.

— Comment voulez-vous ?

— Cette jeune femme que la reine a tirée de prison.

— La maîtresse du petit d’Artagnan !

— Oui, madame Bonacieux, dont le cardinal ignorait la retraite.

— Eh bien, dit Rochefort, voilà encore un hasard qui peut aller de pair avec l’autre. M. le cardinal est en vérité un homme privilégié.

— Comprenez-vous mon étonnement, continua milady, quand je me suis trouvée face à face avec cette femme ?

— Vous connaît-elle ?

— Non.

— Alors elle vous regarde comme une étrangère ?

Milady sourit.

— Je suis sa meilleure amie.

— Sur mon honneur, dit Rochefort, il n’y a que vous, ma chère comtesse, pour faire de ces miracles-là.

— Et bien m’en a pris, chevalier, dit milady, car savez-vous ce qui se passe ?

— Non.

— On va la venir chercher demain ou après-demain, avec un ordre de la reine.

— Vraiment, et qui cela ?

— D’Artagnan et ses amis.

— En vérité, ils en feront tant que nous serons obligés de les envoyer à la Bastille.

— Pourquoi n’est-ce point déjà fait ?

— Que voulez-vous ! parce que M. le cardinal a pour ces hommes une faiblesse que je ne comprends pas.

— Vraiment ? Eh bien, dites-lui ceci, Rochefort ; dites-lui que notre conversation à l’auberge du Colombier-Rouge a été entendue par ces quatre hommes ; dites-lui qu’après son départ, l’un d’eux est monté et m’a arraché par violence le sauf-conduit qu’il m’avait donné ; dites-lui qu’ils avaient fait prévenir lord de Winter de mon passage en Angleterre ; que, cette fois encore, ils ont failli faire échouer ma mission, comme ils ont fait échouer celle des ferrets ; dites-lui que, parmi ces quatre hommes, deux seulement sont à craindre, d’Artagnan et Athos ; dites-lui que le troisième, Aramis, est l’amant de Mme de Chevreuse ; il faut laisser vivre celui-là, on sait son secret, il peut être utile ; quant au quatrième, Porthos, c’est un sot, un fat et un niais : qu’il ne s’en occupe même pas.

— Mais ces quatre hommes doivent être à cette heure au siége de La Rochelle.

— Je le croyais comme vous ; mais une lettre que Mme Bonacieux a reçue de Mme de Chevreuse et qu’elle a eu l’imprudence de me communiquer, me porte à croire que ces quatre hommes au contraire sont en campagne pour la venir enlever.

— Diable ! comment faire ?

— Que vous a dit le cardinal à mon égard ?

— De prendre vos dépêches écrites ou verbales, de revenir en poste. Quand il saura ce que vous avez fait, il avisera à ce que vous devez faire.

— Je dois donc rester ici ? demanda milady.

— Ici ou dans les environs.

— Vous ne pouvez m’emmener avec vous ?

— Non, l’ordre est formel ; aux environs du camp, vous pourriez être reconnue, et votre présence, vous le comprenez, compromettrait Son Éminence, surtout après ce qui vient de se passer là-bas. Seulement, dites-moi d’avance où vous attendrez des nouvelles du cardinal, que je sache toujours où vous retrouver.

— Écoutez, il est probable que je ne pourrai rester ici.

— Pourquoi ?

— Vous oubliez que mes ennemis peuvent arriver d’un moment à l’autre.

— C’est vrai ; mais alors cette petite femme va échapper à Son Éminence.

— Bah ! dit milady avec un sourire qui n’appartenait qu’à elle, vous oubliez que je suis sa meilleure amie.

— Ah ! c’est vrai ; je puis donc dire au cardinal, à l’endroit de cette femme…

— Qu’il soit tranquille, acheva milady.

— Voilà tout ? il saura ce que cela veut dire ?

— Il le devinera.

— Maintenant, voyons, que dois-je faire ? demanda Rochefort.

— Repartir à l’instant même, il me semble que les nouvelles que vous reportez, valent bien la peine que l’on fasse diligence.

— Ma chaise s’est cassée en entrant à Lilliers.

— À merveille.

— Comment, à merveille ?

— Oui, j’ai besoin de votre chaise, moi, dit la comtesse.

— Et comment partirai-je, alors ?

— À franc étrier.

— Vous en parlez bien à votre aise, cent quatre-vingts lieues !

— Qu’est-ce que cela ?

— On les fera. Après ?

— En repassant à Lilliers, vous me renvoyez la chaise avec ordre à votre domestique de se mettre à ma disposition.

— Bien.

— Vous avez sans doute sur vous quelque ordre du cardinal ?

— J’ai mon plein pouvoir.

— Vous le montrez à l’abbesse, et vous dites qu’on viendra me chercher, soit aujourd’hui, soit demain, et que j’aurai à suivre la personne qui se présentera en votre nom.

— Très bien !

— N’oubliez pas de me traiter durement en parlant de moi à l’abbesse.

— À quoi bon ?

— Je suis une victime du cardinal. Il faut bien que j’inspire de la confiance à cette pauvre petite Mme Bonacieux.

— C’est juste. Maintenant voulez-vous me faire un rapport de tout ce qui est arrivé ?

— Mais je vous ai raconté les événements, vous avez bonne mémoire, répétez les choses comme je vous les ai dites ; un papier se perd.

— Vous avez raison ; seulement que je sache où vous retrouver, que je n’aille pas courir inutilement dans les environs.

— C’est juste, attendez.

— Voulez-vous une carte ?

— Oh ! je connais ce pays à merveille.

— Vous ! quand donc y êtes-vous venue ?

— J’y ai été élevée.

— Vraiment ?

— C’est bon à quelque chose, vous le voyez, que d’avoir été élevée quelque part.

— Vous m’attendrez donc ?…

— Laissez-moi réfléchir un instant… Eh ! tenez, à Armentières.

— Qu’est-ce que cela Armentières ?

— Une petite ville sur la Lys. Je n’aurai qu’à traverser la rivière et je suis en pays étranger.

— À merveille, mais il est bien entendu que vous ne traverserez la rivière qu’en cas de danger.

— C’est bien entendu, dit la comtesse.

— Et, dans ce cas, comment saurai-je où vous êtes ?

— Vous n’avez pas besoin de votre laquais ?

— Non.

— C’est un homme sûr ?

— À l’épreuve.

— Donnez-le-moi ; personne ne le connaît : je le laisse à l’endroit que je quitte et il vous conduit où je suis.

— Et vous dites que vous m’attendez à Argentières ? demanda Rochefort.

— À Armentières, répondit milady.

— Écrivez-moi ce nom là sur un morceau de papier, de peur que je ne l’oublie. Ce n’est pas compromettant, un nom de ville, n’est-ce pas ?

— Eh ! qui sait ? mais n’importe, dit milady en écrivant le nom sur une demi-feuille de papier, je me compromets.

— Bien, dit Rochefort en prenant des mains de milady le papier, qu’il plia et qu’il enfonça dans la coiffe de son chapeau. D’ailleurs, soyez tranquille, je vais faire comme les enfants, et dans le cas où je perdrais ce papier, je répéterai le nom tout le long de la route. Maintenant, est-ce tout ?

— Je le crois.

— Cherchons bien : Buckingham mort ou grièvement blessé ; votre entretien avec le cardinal entendu des quatre mousquetaires ; lord de Winter prévenu de votre arrivée à Portsmouth ; d’Artagnan et Athos à la Bastille ; Aramis l’amant de Mme de Chevreuse ; Porthos un fat ; Mme Bonacieux retrouvée ; vous envoyer la chaise le plus tôt possible ; mettre mon laquais à votre disposition ; faire de vous une victime du cardinal, pour que l’abbesse ne prenne aucun soupçon ; Armentières sur les bords de la Lys : est-ce cela ?

— En vérité, mon cher chevalier, vous êtes un miracle de mémoire. À propos, ajoutez une chose.

— Laquelle ?

— J’ai vu de très jolis bois qui doivent toucher au jardin du couvent. Dites qu’il m’est permis de me promener dans ces bois ; qui sait ! j’aurai peut-être besoin de sortir par une porte de derrière.

— Vous pensez à tout.

— Et vous, vous oubliez une chose…

— Laquelle ? interrompit le comte.

— C’est de me demander si j’ai besoin d’argent.

— C’est juste, combien voulez-vous ?

— Tout ce que vous aurez d’or.

— J’ai cinq cents pistoles à peu près.

— J’en ai autant. Avec mille pistoles, on fait face à tout. Videz vos poches.

— Voilà, comtesse.

— Bien, mon cher comte.

— Et vous partez ?…, demanda milady.

— Dans une heure, le temps de manger un morceau, pendant lequel j’enverrai chercher un cheval de poste.

— À merveille. Adieu, comte.

— Adieu, comtesse.

— Recommandez-moi au cardinal, dit milady.

— Recommandez-moi à Satan, répliqua Rochefort.

Milady et Rochefort échangèrent un sourire et se séparèrent.

Une heure après, Rochefort partit au grand galop de son cheval ; cinq heures après il passait à Arras.

Nos lecteurs savent déjà comment il avait été reconnu par d’Artagnan, et comment cette reconnaissance, en inspirant des craintes aux quatre mousquetaires, avait donné une nouvelle activité à leur voyage.

CHAPITRE LXIII. UNE GOUTTE D’EAU.

peine Rochefort fut-il sorti, que Mme Bonacieux rentra. Elle trouva milady le visage riant.

— Eh bien, dit la jeune femme, ce que vous craigniez est donc arrivé : ce soir ou demain le cardinal vous envoie prendre ?

— Comment savez-vous cela ?

— Je l’ai entendu de la bouche même du messager.

— Venez vous asseoir ici près de moi, dit milady.

— Me voici.

— Attendez que je m’assure si personne ne nous écoute.

— Pourquoi toutes ces précautions ?

— Vous allez le savoir.

Milady se leva et alla à la porte, l’ouvrit, regarda dans le corridor, et revint s’asseoir près de Mme Bonacieux.

— Alors, dit-elle, il a bien joué son rôle.

— Qui cela ?

— Celui qui s’est présenté à l’abbesse comme l’envoyé du cardinal.

— C’était donc un rôle qu’il jouait ?

— Oui, mon enfant.

— Cet homme n’est donc point ?…

— Cet homme, dit milady en baissant la voix, c’est mon frère.

— Votre frère ! s’écria Mme Bonacieux.

— Il n’y a que vous qui sachiez ce secret, mon enfant ; si vous le confiez à qui que ce soit au monde, je serai perdue, et vous aussi peut-être.

— Ô mon Dieu !

— Écoutez ; voici ce qui se passe ; mon frère, qui venait à mon secours pour m’enlever ici de force, s’il le fallait, a rencontré l’émissaire du cardinal qui venait me chercher. Il l’a suivi. Arrivé à un endroit du chemin solitaire et écarté, il a mis l’épée à la main en sommant le messager de lui remettre les papiers dont il était porteur. Le messager a voulu se défendre : mon frère l’a tué.

— Oh ! fit Mme Bonacieux en frissonnant.

— C’était le seul moyen, songez-y. Alors mon frère a résolu de substituer la ruse à la force : il a pris les papiers, et il s’est présenté ici comme l’émissaire du cardinal lui-même, et dans une heure ou deux, une voiture doit venir me prendre de la part de Son Éminence.

— Je comprends ; cette voiture, c’est votre frère qui vous l’envoie.

— Justement ; mais ce n’est pas le tout, cette lettre que vous avez reçue, et que vous croyez de Mme de Chevreuse…

— Eh bien ?

— Elle est fausse.

— Comment cela ?

— Oui, fausse : c’est un piége pour que vous ne fassiez pas de résistance quand on viendra vous chercher.

— Mais c’est d’Artagnan qui viendra.

— Détrompez-vous, d’Artagnan et ses amis sont retenus au siége de La Rochelle.

— Comment savez-vous cela ?

— Mon frère a rencontré des émissaires du cardinal en habits de mousquetaires. On vous aurait appelée à la porte, vous auriez cru avoir affaire à des amis, on vous enlevait et on vous ramenait à Paris.

— Oh ! mon Dieu ! ma tête se perd au milieu de ce chaos d’iniquités. Je sens que si cela durait, continua Mme Bonacieux en portant ses mains à son front, je deviendrais folle.

— Attendez.

— Quoi ?

— J’entends le pas d’un cheval, c’est celui de mon frère qui repart, je veux lui dire un dernier adieu ; venez.

Milady ouvrit la fenêtre et fit signe à Mme Bonacieux de l’y rejoindre. La jeune femme y alla.

Rochefort passait au galop.

— Adieu, frère ! s’écria milady.

Le chevalier leva la tête, vit les deux jeunes femmes, et tout courant, fit à milady un signe amical de la main.

— Ce bon Georges ! dit-elle en refermant la fenêtre avec une expression de visage pleine d’affection et de mélancolie.

Et elle revint s’asseoir à sa place comme si elle eût été plongée dans des réflexions toutes personnelles.

— Chère dame ! dit Mme Bonacieux, pardon de vous interrompre ; mais que me conseillez-vous de faire, mon Dieu ! Vous avez plus d’expérience que moi, parlez, je vous écoute.

— D’abord, dit milady, il se peut que je me trompe et que d’Artagnan et ses amis viennent véritablement à votre secours.

— Oh ! c’eût été trop beau ! s’écria Mme Bonacieux, et tant de bonheur n’est pas fait pour moi.

— Alors, vous comprenez, ce serait tout simplement une question de temps, une espèce de course à qui arrivera le premier : si ce sont vos amis qui l’emportent en rapidité, vous êtes sauvée ; si ce sont les satellites du cardinal, vous êtes perdue.

— Oh ! oui ! oui ! perdue sans miséricorde ! Que faire donc ? que faire ?

— Il y aurait un moyen bien simple, bien naturel.

— Lequel, dites ?

— Ce serait d’attendre, cachée dans les environs, et de s’assurer ainsi quels sont les hommes qui viendront vous demander.

— Mais où attendre ?

— Oh ! ceci n’est point une question ; moi-même je m’arrête et je me cache à quelques lieues d’ici en attendant que mon frère vienne me rejoindre ; eh bien ! je vous emmène avec moi, nous nous cachons et nous attendons ensemble.

— Mais on ne me laissera pas partir, je suis ici presque prisonnière.

— Comme on croit que je pars sur un ordre du cardinal, on ne vous croira pas très pressée de me suivre.

— Eh bien ?

— Eh bien ! la voiture est à la porte, vous me dites adieu, vous montez sur le marchepied pour me serrer dans vos bras une dernière fois ; le domestique de mon frère, qui vient me prendre est prévenu, il fait un signe au postillon et nous partons au galop.

— Mais d’Artagnan, d’Artagnan, s’il vient ?

— Ne le saurons-nous pas ?

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