Les Trois Mousquetaires (page 9)

Alexandre Dumas · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Trois Mousquetaires · 68 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

— J’ai entendu parler de M. d’Artagnan comme d’un jeune homme fort brave, dit le bourgeois, et cette réputation dont il jouit à juste titre m’a décidé à lui confier un secret.

— Parlez, monsieur, parlez, dit d’Artagnan, qui, d’instinct, flaira quelque chose d’avantageux.

Le bourgeois fit une nouvelle pause et continua :

— J’ai ma femme qui est lingère chez la reine, monsieur, et qui ne manque ni de sagesse ni de beauté. On me l’a fait épouser, voilà bientôt trois ans, quoiqu’elle n’eût qu’un petit avoir, parce que M. de la Porte, le porte-manteau de la reine, est son parrain et la protège.

— Eh bien ! monsieur ? demanda d’Artagnan.

— Eh bien ! reprit le bourgeois, eh bien ! monsieur, ma femme a été enlevée hier matin comme elle sortait de sa chambre de travail.

— Et par qui votre femme a-t-elle été enlevée ?

— Je n’en sais rien sûrement, monsieur, mais je soupçonne quelqu’un.

— Et quelle est cette personne que vous soupçonnez ?

— Un homme qui la poursuivait depuis longtemps.

— Diable !

— Mais voulez-vous que je vous dise, monsieur, continua le bourgeois, je suis convaincu, moi, qu’il y a moins d’amour que de politique dans tout cela.

— Moins d’amour que de politique, reprit d’Artagnan d’un air fort réfléchi, et que soupçonnez-vous ?

— Je ne sais pas si je devrais vous dire ce que je soupçonne…

— Monsieur, je vous ferai observer que je ne vous demande absolument rien, moi. C’est vous qui êtes venu, c’est vous qui m’avez dit que vous aviez un secret à me confier. Faites donc à votre guise, il est encore temps de vous retirer.

— Non, monsieur, non, vous m’avez l’air d’un honnête jeune homme, et j’aurai confiance en vous. Je crois donc que ce n’est pas à cause de ses amours que ma femme a été arrêtée, mais à cause de celles d’une plus grande dame qu’elle.

— Ah ! ah ! serait-ce à cause des amours de Mme de Bois-Tracy ? fit d’Artagnan, qui voulut avoir l’air, vis-à-vis de son bourgeois, d’être au courant des affaires de la cour.

— Plus haut, monsieur, plus haut.

— De Mme d’Aiguillon ?

— Plus haut encore.

— De Mme de Chevreuse ?

— Plus haut, beaucoup plus haut !…

— De la… D’Artagnan s’arrêta.

— Oui, monsieur, répondit si bas, qu’à peine si on put l’entendre, le bourgeois épouvanté.

— Et avec qui ?

— Avec qui cela peut-il être, si ce n’est avec le duc de…

— Le duc de…

— Oui, monsieur, répondit le bourgeois en donnant à sa voix une intonation plus sourde encore.

— Mais comment savez-vous tout cela, vous ?

— Ah ! comment je le sais ?

— Oui, comment le savez-vous ? Pas de demi-confidence, ou… vous comprenez.

— Je le sais par ma femme, monsieur, par ma femme elle-même.

— Qui le sait, elle ?… Par qui ?

— Par M. de Laporte. Ne vous ai-je pas dit qu’elle était la filleule de M. de Laporte, l’homme de confiance de la reine ? Eh bien, M. de Laporte l’avait mise près de Sa Majesté pour que notre pauvre reine au moins eût quelqu’un à qui se fier, abandonnée comme elle l’est par le roi, espionnée comme elle l’est par le cardinal, trahie comme elle l’est par tous.

— Ah ! ah ! voilà qui se dessine, dit d’Artagnan.

— Or, ma femme est venue il y a quatre jours, monsieur ; une de ses conditions était qu’elle devait me venir voir deux fois la semaine ; car, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous le dire, ma femme m’aime beaucoup ; ma femme est donc venue et m’a confié que la reine, en ce moment-ci, avait de grandes craintes.

— Vraiment ?

— Oui. M. le cardinal, à ce qu’il paraît, la poursuit et la persécute plus que jamais. Il ne peut pas lui pardonner l’histoire de la sarabande. Vous savez l’histoire de la sarabande ?

— Pardieu, si je la sais ! répondit d’Artagnan, qui ne savait rien du tout, mais qui voulait avoir l’air d’être au courant.

— De sorte que maintenant ce n’est plus de la haine, c’est de la vengeance.

— Vraiment ?

— Et la reine croit…

— Eh bien ! que croit la reine ?

— Elle croit qu’on a écrit à Buckingham en son nom.

— Au nom de la reine ?

— Oui, pour le faire venir à Paris, et une fois venu à Paris, pour l’attirer dans quelque piége.

— Diable ! mais votre femme, mon cher monsieur, qu’a-t-elle à faire dans tout cela ?

— On connaît son dévoûment pour la reine, et l’on veut ou l’éloigner de sa maîtresse ou l’intimider pour avoir les secrets de Sa Majesté, ou la séduire pour se servir d’elle comme d’un espion.

— C’est probable, dit d’Artagnan ; mais l’homme qui l’a enlevée, savez-vous qui il est ?

— Je vous ai dit que je croyais le savoir.

— Son nom ?

— Ah ! son nom ? vous m’en demandez trop ; je suis sûr seulement que c’est une créature du cardinal, son âme damnée.

— Mais vous l’avez vu ?

— Oui, ma femme me l’a montré un jour.

— A-t-il un signalement auquel on puisse le reconnaître ?

— Oh ! certainement, c’est un seigneur de haute mine, poil noir, teint basané, œil perçant, dents blanches, et une cicatrice à la tempe.

— Une cicatrice à la tempe ! s’écria d’Artagnan, et avec cela dents blanches, œil perçant, teint basané, poil noir, et haute mine, c’est mon homme de Meung.

— C’est votre homme, dites-vous ?

— Oui, oui, mais cela ne fait rien à la chose. Non, je me trompe, cela la simplifie beaucoup, au contraire : si votre homme est le mien, je ferai d’un coup deux vengeances, voilà tout ; mais où rejoindre cet homme ?

— Je n’en sais rien.

— Vous n’avez aucun renseignement sur sa demeure ?

— Aucun ; un jour que je reconduisais ma femme au Louvre, il en sortait comme elle allait y entrer, et elle me l’a fait voir.

— Diable ! diable ! murmura d’Artagnan, tout ceci est bien vague ; par qui avez-vous su l’enlèvement de votre femme ?

— Par M. de Laporte.

— Vous a-t-il donné quelque détail ?

— Il n’en avait aucun.

— Et vous n’avez rien appris d’un autre côté ?

— Si fait ; j’ai reçu…

— Quoi ?

— Mais je ne sais pas si je ne commets pas une grande imprudence.

— Vous revenez encore là-dessus ; cependant je vous ferai observer que cette fois il est un peu tard pour reculer.

— Aussi je ne recule pas, mordieu, s’écria le bourgeois en jurant pour se monter la tête. D’ailleurs, foi de Bonacieux…

— Vous vous appelez Bonacieux ? interrompit d’Artagnan.

— Oui ; c’est mon nom.

— Vous disiez donc, foi de Bonacieux ! Pardon si je vous ai interrompu, mais il me semblait que ce nom ne m’était pas inconnu.

— C’est possible, monsieur. Je suis votre propriétaire.

— Ah ! ah ! fit d’Artagnan en se soulevant à demi et en saluant. Ah ! vous êtes mon propriétaire !

— Oui, monsieur, oui. Et comme depuis trois mois que vous êtes chez moi, et que, distrait sans doute par vos grandes occupations, vous avez oublié de me payer mon loyer, comme, dis-je, je ne vous ai pas tourmenté un seul instant, j’ai pensé que vous auriez égard à ma délicatesse.

— Comment donc, mon cher monsieur Bonacieux, reprit d’Artagnan, croyez que je suis plein de reconnaissance pour un pareil procédé, et que, comme je vous l’ai dit, si je puis vous être bon à quelque chose…

— Je vous crois, monsieur, je vous crois, et comme j’allais vous le dire, foi de Bonacieux, j’ai confiance en vous.

— Achevez donc ce que vous avez commencé à me dire.

Le bourgeois tira un papier de sa poche et le présenta à d’Artagnan.

— Une lettre ! fit le jeune homme.

— Que j’ai reçue ce matin.

D’Artagnan l’ouvrit, et comme le jour commençait à baisser, il s’approcha de la fenêtre. Le bourgeois le suivit.

« Ne cherchez pas votre femme, lut d’Artagnan, elle vous sera rendue quand on n’aura plus besoin d’elle. Si vous faites une seule démarche pour la retrouver, vous êtes perdu. »

— Voilà qui est positif, continua d’Artagnan ; mais, après tout, ce n’est qu’une menace.

— Oui, mais cette menace m’épouvante, moi, monsieur ; je ne suis pas homme d’épée du tout, et j’ai peur de la Bastille.

— Hum ! fit d’Artagnan, mais c’est que je ne me soucie pas plus de la Bastille que vous, moi. S’il ne s’agissait que d’un coup d’épée, passe encore.

— Cependant, monsieur, j’avais bien compté sur vous dans cette occasion.

— Oui !

— Vous voyant sans cesse entouré de mousquetaires à l’air fort superbe, et reconnaissant que ces mousquetaires étaient ceux de M. de Tréville, et par conséquent des ennemis du cardinal, j’avais pensé que vous et vos amis, tout en rendant justice à notre pauvre reine, seriez enchantés de jouer un mauvais tour à Son Éminence.

— Sans doute.

— Et puis j’avais pensé que me devant trois mois de loyer dont je ne vous ai jamais parlé…

— Oui, oui, vous m’avez déjà donné cette raison, et je la trouve excellente.

— Comptant de plus, tant que vous me ferez l’honneur de rester chez moi, ne jamais vous parler de votre loyer à venir…

— Très bien.

— Et ajoutez à cela, si besoin était, comptant vous offrir une cinquantaine de pistoles si, contre toute probabilité, vous vous trouviez gêné en ce moment.

— À merveille ; mais vous êtes donc riche, mon cher monsieur Bonacieux ?

— Je suis à mon aise, monsieur, c’est le mot ; j’ai amassé quelque chose comme deux ou trois mille écus de rente dans le commerce de la mercerie, et surtout en plaçant quelques fonds sur le dernier voyage du célèbre navigateur Jean Mocquet ; de sorte que, vous comprenez, monsieur… Ah ! mais… s’écria le bourgeois.

— Quoi ? demanda d’Artagnan.

— Que vois-je là ?

— Où ?

— Dans la rue, en face de vos fenêtres, dans l’embrasure de cette porte : un homme enveloppé dans un manteau.

— C’est lui ! s’écrièrent à la fois d’Artagnan et le bourgeois, chacun d’eux, en même temps ayant reconnu son homme.

— Ah ! cette fois-ci, s’écria d’Artagnan en sautant sur son épée, cette fois-ci il ne m’échappera pas.

Et tirant son épée du fourreau, il se précipita hors de l’appartement.

Sur l’escalier il rencontra Athos et Porthos qui le venaient voir. Ils s’écartèrent ; d’Artagnan passa entre eux comme un trait.

— Ah çà ! où courez-vous ainsi ? lui crièrent à la fois les deux mousquetaires.

— L’homme de Meung ! répondit d’Artagnan. Et il disparut.

D’Artagnan avait plus d’une fois raconté à ses amis son aventure avec l’inconnu, ainsi que l’apparition de la belle voyageuse à laquelle cet homme avait paru confier une si importante missive.

L’avis d’Athos avait été que d’Artagnan avait perdu sa lettre dans la bagarre. Un gentilhomme, selon lui, — et au portrait que d’Artagnan avait fait de l’inconnu, ce ne pouvait être qu’un gentilhomme, — un gentilhomme devait être incapable de cette bassesse de voler une lettre.

Porthos n’avait vu dans tout cela qu’un rendez-vous amoureux donné par une dame à un cavalier ou par un cavalier à une dame, et qu’était venue troubler la présence de d’Artagnan et de son cheval jaune.

Aramis avait dit que ces sortes de choses étaient mystérieuses, mieux valait ne les point approfondir.

Ils comprirent donc, sur les quelques mots échappés à d’Artagnan, de quelle affaire il était question, et comme ils pensèrent qu’après avoir rejoint son homme ou l’avoir perdu de vue, d’Artagnan finirait toujours par rentrer chez lui, ils continuèrent leur chemin.

Lorsqu’ils entrèrent dans la chambre de d’Artagnan, la chambre était vide ; le propriétaire, craignant les suites de la rencontre qui allait sans doute avoir lieu entre le jeune homme et l’inconnu, avait, par suite de l’exposition qu’il avait faite lui-même de son caractère, jugé qu’il était prudent de décamper.

CHAPITRE IX. D’ARTAGNAN SE DESSINE.

omme l’avaient prévu Athos et Porthos, au bout d’une demi-heure d’Artagnan rentra. Cette fois encore il avait manqué son homme, qui avait disparu comme par enchantement. D’Artagnan avait couru, l’épée à la main, toutes les rues environnantes, mais il n’avait rien trouvé qui ressemblât à celui qu’il cherchait, puis enfin il en était revenu à la chose par laquelle il aurait dû commencer peut-être, et qui était de frapper à la porte contre laquelle l’inconnu était appuyé ; mais c’était inutilement qu’il avait dix ou douze fois de suite fait résonner le marteau, personne n’avait répondu, et des voisins qui, attirés par le bruit, étaient accourus sur le seuil de leur porte ou avaient mis le nez à leurs fenêtres, lui avaient assuré que cette maison, dont au reste toutes les ouvertures étaient closes, était depuis six mois complètement inhabitée.

Pendant que d’Artagnan courait les rues et frappait aux portes, Aramis avait rejoint ses deux compagnons, de sorte qu’en revenant chez lui, d’Artagnan trouva la réunion au grand complet.

— Eh bien ? dirent ensemble les trois mousquetaires en voyant entrer d’Artagnan, la sueur sur le front et la figure bouleversée par la colère.

— Eh bien ! s’écria celui-ci en jetant son épée sur le lit, il faut que cet homme soit le diable en personne ; il a disparu comme un fantôme, comme une ombre, comme un spectre.

— Croyez-vous aux apparitions ? demanda Athos à Porthos.

— Moi, je ne crois qu’à que j’ai vu, et comme je n’ai jamais vu d’apparitions, je n’y crois pas.

— La Bible, dit Aramis, nous fait une loi d’y croire : l’ombre de Samuel apparut à Saül, et c’est un article de foi que je serais fâché de voir mettre en doute, Porthos.

— Dans tous les cas, homme ou diable, corps ou ombre, illusion ou réalité, cet homme est né pour ma damnation, car sa fuite nous fait manquer une affaire superbe, messieurs, une affaire dans laquelle il y avait cent pistoles et peut-être plus à gagner.

— Comment cela ? dirent à la fois Porthos et Aramis.

Quant à Athos, fidèle à son système de mutisme, il se contenta d’interroger d’Artagnan du regard.

— Planchet, dit d’Artagnan à son domestique, qui passait en ce moment la tête par la porte entrebaillée pour tâcher de surprendre quelques bribes de la conversation, descendez chez mon propriétaire M. Bonacieux, et dites-lui de nous envoyer une demi-douzaine de bouteilles de vin de Beaugency ; c’est celui que je préfère.

— Ah çà ! mais vous avez donc crédit ouvert chez votre propriétaire ? demanda Porthos.

— Oui, répondit d’Artagnan, à compter d’aujourd’hui, et soyez tranquilles, si son vin est mauvais, nous lui en enverrons quérir d’autre.

— Il faut user et non abuser, dit sentencieusement Aramis.

— J’ai toujours dit que d’Artagnan était la forte tête de nous quatre, fit Athos, qui, après avoir émis cette opinion, à laquelle d’Artagnan répondit par un salut, retomba aussitôt dans son silence accoutumé.

— Mais enfin, voyons, qu’y a-t-il ? demanda Porthos.

— Oui, dit Aramis, confiez-nous cela, mon cher ami, à moins que l’honneur de quelque dame ne se trouve intéressé à cette confidence ; auquel cas vous feriez mieux de la garder pour vous.

— Soyez tranquilles, répondit d’Artagnan, l’honneur de personne n’aura à se plaindre de ce que j’ai à vous dire.

Et alors il raconta mot à mot à ses amis ce qui venait de se passer entre lui et son hôte, et comment l’homme qui avait enlevé la femme du digne propriétaire était le même avec lequel il avait eu maille à partir à l’hôtellerie du Franc-Meunier.

— Votre affaire n’est pas mauvaise, dit Athos, après avoir goûté le vin en connaisseur et indiqué d’un signe de tête qu’il le trouvait bon, et l’on pourra tirer de ce brave homme cinquante à soixante pistoles. Maintenant, reste à savoir si cinquante à soixante pistoles valent la peine de risquer quatre têtes.

— Mais faites attention, s’écria d’Artagnan, qu’il y a une femme dans cette affaire, une femme enlevée, une femme qu’on menace sans doute, qu’on torture peut-être, et tout cela parce qu’elle est fidèle à sa maîtresse !

— Prenez garde, d’Artagnan, prenez garde, dit Aramis, vous vous échauffez un peu trop à mon avis sur le sort de Mme Bonacieux. La femme a été créée pour notre perte, et c’est d’elle que nous viennent toutes nos misères.

Athos, à cette sentence d’Aramis, fronça le sourcil et se mordit les lèvres.

— Ce n’est point de Mme Bonacieux que je m’inquiète, s’écria d’Artagnan, mais de la reine, que le roi abandonne, que le cardinal persécute, et qui voit tomber, les unes après les autres, les têtes de tous ses amis.

— Pourquoi aime-t-elle ce que nous détestons le plus au monde, les Espagnols et les Anglais ?

— L’Espagne est sa patrie, répondit d’Artagnan, et il est tout simple qu’elle aime les Espagnols, qui sont enfants de la même terre qu’elle. Quant au second reproche que vous lui faites, j’ai entendu dire qu’elle aimait non pas les Anglais, mais un anglais.

— Eh ! ma foi ! dit Athos, il faut avouer que cet anglais était bien digne d’être aimé. Je n’ai jamais vu un plus grand air que le sien.

— Sans compter qu’il s’habille comme personne, dit Porthos. J’étais au Louvre le jour où il a semé ses perles, et, pardieu, j’en ai ramassé deux que j’ai bien vendues dix pistoles pièce. Et vous, Aramis, le connaissez-vous ?

— Aussi bien que vous, messieurs, car j’étais de ceux qui l’ont arrêté dans le jardin d’Amiens, où m’avait introduit M. de Putange, l’écuyer de la reine. J’étais au séminaire à cette époque, et l’aventure me parut cruelle pour le roi.

— Ce qui ne m’empêcherait pas, dit d’Artagnan, si je savais où est le duc de Buckingham, de le prendre par la main et de le conduire près de la reine, ne fût-ce que pour faire enrager M. le cardinal ; car notre véritable, notre seul éternel ennemi, messieurs, c’est le cardinal, et si nous pouvions trouver moyen de lui jouer quelque tour bien cruel, j’avoue que j’y engagerais volontiers ma tête.

— Et, reprit Athos, le mercier vous a dit, d’Artagnan, que la reine pensait qu’on avait fait venir le Buckingham sur un faux avis ?

— Elle en a peur.

— Attendez donc, dit Aramis.

— Quoi ? demanda Porthos.

— Allez toujours, je cherche à me rappeler des circonstances.

— Et maintenant je suis convaincu, dit d’Artagnan, que l’enlèvement de cette femme de la reine se rattache aux évènements dont nous parlons, et peut-être à la présence de M. de Buckingham à Paris.

— Le Gascon est plein d’idées, dit Porthos avec admiration.

— J’aime beaucoup l’entendre parler, dit Athos ; son patois m’amuse.

— Messieurs, reprit Aramis, écoutez ceci.

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