Trois Contes (page 7)
Il se fit un cilice avec des pointes de fer. Il monta sur les deux genoux toutes les collines ayant une chapelle à leur sommet. Mais l’impitoyable pensée obscurcissait la splendeur des tabernacles, le torturait à travers les macérations de la pénitence.
Il ne se révoltait pas contre Dieu qui lui avait infligé cette action, et pourtant se désespérait de l’avoir pu commettre.
Sa propre personne lui faisait tellement horreur qu’espérant s’en délivrer il l’aventura dans des périls. Il sauva des paralytiques des incendies, des enfants du fond des gouffres. L’abîme le rejetait, les flammes l’épargnaient.
Le temps n’apaisa pas sa souffrance. Elle devenait intolérable. Il résolut de mourir.
Et un jour qu’il se trouvait au bord d’une fontaine, comme il se penchait dessus pour juger de la profondeur de l’eau, il vit paraître en face de lui un vieillard tout décharné, à barbe blanche et d’un aspect si lamentable qu’il lui fut impossible de retenir ses pleurs. L’autre, aussi, pleurait. Sans reconnaître son image, Julien se rappelait confusément une figure ressemblant à celle-là. Tout à coup, il poussa un cri ; c’était son père ; et il ne pensa plus à se tuer.
Ainsi, portant le poids de son souvenir, il parcourut beaucoup de pays ; et il arriva près d’un fleuve dont la traversée était dangereuse, à cause de sa violence et parce qu’il y avait sur les rives une grande étendue de vase. Personne depuis longtemps n’osait plus le passer.
Une vieille barque, enfouie à l’arrière, dressait sa proue dans les roseaux. Julien en l’examinant découvrit une paire d’avirons ; et l’idée lui vint d’employer son existence au service des autres.
Il commença par établir sur la berge une manière de chaussée qui permettrait de descendre jusqu’au chenal ; et il se brisait les ongles à remuer les pierres énormes, les appuyait contre son ventre pour les transporter, glissait dans la vase, y enfonçait, manqua périr plusieurs fois.
Ensuite, il répara le bateau avec des épaves de navires, et il se fit une cahute avec de la terre glaise et des troncs d’arbres.
Le passage étant connu, les voyageurs se présentèrent. Ils l’appelaient de l’autre bord, en agitant des drapeaux ; Julien bien vite sautait dans sa barque. Elle était très lourde ; et on la surchargeait par toutes sortes de bagages et de fardeaux, sans compter les bêtes de somme, qui, ruant de peur, augmentaient l’encombrement. Il ne demandait rien pour sa peine ; quelques-uns lui donnaient des restes de victuailles qu’ils tiraient de leur bissac ou les habits trop usés dont ils ne voulaient plus. Des brutaux vociféraient des blasphèmes. Julien les reprenait avec douceur ; et ils ripostaient par des injures. Il se contentait de les bénir.
Une petite table, un escabeau, un lit de feuilles mortes et trois coupes d’argile, voilà tout ce qu’était son mobilier. Deux trous dans la muraille servaient de fenêtres. D’un côté s’étendaient à perte de vue des plaines stériles ayant sur leur surface de pâles étangs, çà et là ; et le grand fleuve, devant lui, roulait ses flots verdâtres. Au printemps, la terre humide avait une odeur de pourriture. Puis un vent désordonné soulevait la poussière en tourbillons. Elle entrait partout, embourbait l’eau, craquait sous les gencives. Un peu plus tard, c’était des nuages de moustiques, dont la susurration et les piqûres ne s’arrêtaient ni jour ni nuit. Ensuite, survenaient d’atroces gelées qui donnaient aux choses la rigidité de la pierre, et inspiraient un besoin fou de manger de la viande.
Des mois s’écoulaient sans que Julien vît personne. Souvent il fermait les yeux, tâchant, par la mémoire, de revenir dans sa jeunesse ; — et la cour d’un château apparaissait, avec des lévriers sur un perron, des valets dans la salle d’armes, et, sous un berceau de pampres, un adolescent à cheveux blonds entre un vieillard couvert de fourrures et une dame à grand hennin ; tout à coup, les deux cadavres étaient là. Il se jetait à plat ventre sur son lit, et répétait en pleurant :
— Ah ! pauvre père ! pauvre mère ! pauvre mère !
Et tombait dans un assoupissement où les visions funèbres continuaient.
Une nuit qu’il dormait, il crut entendre quelqu’un l’appeler. Il tendit l’oreille et ne distingua que le mugissement des flots.
Mais la même voix reprit :
— Julien !
Elle venait de l’autre bord, ce qui lui parut extraordinaire, vu la largeur du fleuve.
Une troisième fois on appela :
— Julien !
Et cette voix haute avait l’intonation d’une cloche d’église.
Ayant allumé sa lanterne, il sortit de la cahute. Un ouragan furieux emplissait la nuit. Les ténèbres étaient profondes, et çà et là déchirées par la blancheur des vagues qui bondissaient.
Après une minute d’hésitation, Julien dénoua l’amarre. L’eau, tout de suite, devint tranquille, la barque glissa dessus et toucha l’autre berge, où un homme attendait.
Il était enveloppé d’une toile en lambeaux, la figure pareille à un masque de plâtre et les deux yeux plus rouges que des charbons. En approchant de lui la lanterne, Julien s’aperçut qu’une lèpre hideuse le recouvrait ; cependant, il avait dans son attitude comme une majesté de roi.
Dès qu’il entra dans la barque, elle enfonça prodigieusement, écrasée par son poids ; une secousse la remonta ; et Julien se mit à ramer.
À chaque coup d’aviron, le ressac des flots la soulevait par l’avant. L’eau, plus noire que de l’encre, courait avec furie des deux côtés du bordage. Elle creusait des abîmes, elle faisait des montagnes, et la chaloupe sautait dessus, puis redescendait dans des profondeurs où elle tournoyait, ballottée par le vent.
Julien penchait son corps, dépliait les bras, et, s’arc-boutant des pieds, se renversait avec une torsion de la taille, pour avoir plus de force. La grêle cinglait ses mains, la pluie coulait dans son dos, la violence de l’air l’étouffait, il s’arrêta. Alors le bateau fut emporté à la dérive. Mais, comprenant qu’il s’agissait d’une chose considérable, d’un ordre auquel il ne fallait pas désobéir, il reprit ses avirons ; et le claquement des tolets coupait la clameur de la tempête.
La petite lanterne brûlait devant lui. Des oiseaux, en voletant, la cachaient par intervalles. Mais toujours il apercevait les prunelles du Lépreux qui se tenait debout à l’arrière, immobile comme une colonne.
Et cela dura longtemps, très longtemps !
Quand ils furent arrivés dans la cahute, Julien ferma la porte ; et il le vit siégeant sur l’escabeau. L’espèce de linceul qui le recouvrait était tombé jusqu’à ses hanches ; et ses épaules, sa poitrine, ses bras maigres disparaissaient sous des plaques de pustules écailleuses. Des rides énormes labouraient son front. Tel qu’un squelette, il avait un trou à la place du nez ; et ses lèvres bleuâtres dégageaient une haleine épaisse comme un brouillard, et nauséabonde.
— J’ai faim ! dit-il.
Julien lui donna ce qu’il possédait, un vieux quartier de lard et les croûtes d’un pain noir.
Quand il les eut dévorés, la table, l’écuelle et le manche du couteau portaient les mêmes taches que l’on voyait sur son corps.
Ensuite, il dit :
— J’ai soif !
Julien alla chercher sa cruche ; et, comme il la prenait, il en sortit un arôme qui dilata son cœur et ses narines. C’était du vin ; quelle trouvaille ! mais le Lépreux avança le bras, et d’un trait vida toute la cruche.
Puis il dit :
— J’ai froid !
Julien, avec sa chandelle, enflamma un paquet de fougères, au milieu de la cabane.
Le Lépreux vint s’y chauffer ; et, accroupi sur les talons, il tremblait de tous ses membres, s’affaiblissait ; ses yeux ne brillaient plus, ses ulcères coulaient, et d’une voix presque éteinte, il murmura :
— Ton lit !
Julien l’aida doucement à s’y traîner, et même étendit sur lui, pour le couvrir, la toile de son bateau.
Le Lépreux gémissait. Les coins de sa bouche découvraient ses dents, un râle accéléré lui secouait la poitrine, et son ventre, à chacune de ses aspirations, se creusait jusqu’aux vertèbres.
Puis il ferma les paupières.
— C’est comme de la glace dans mes os ! Viens près de moi !
Et Julien, écartant la toile, se coucha sur les feuilles mortes, près de lui, côte à côte.
Le Lépreux tourna la tête.
— Déshabille-toi, pour que j’aie la chaleur de ton corps !
Julien ôta ses vêtements ; puis, nu comme au jour de sa naissance, se replaça dans le lit ; et il sentait contre sa cuisse la peau du Lépreux, plus froide qu’un serpent et rude comme une lime.
Il tâchait de l’encourager ; et l’autre répondait, en haletant :
— Ah ! je vais mourir !… Rapproche-toi, réchauffe-moi ! Pas avec les mains ! non ! toute ta personne.
Julien s’étala dessus complètement, bouche contre bouche, poitrine sur poitrine.
Alors le Lépreux l’étreignit ; et ses yeux tout à coup prirent une clarté d’étoiles ; ses cheveux s’allongèrent comme les rais du soleil ; le souffle de ses narines avait la douceur des roses ; un nuage d’encens s’éleva du foyer, les flots chantaient.
Cependant une abondance de délices, une joie surhumaine descendait comme une inondation, dans l’âme de Julien pâmé ; et celui dont les bras le serraient toujours grandissait, grandissait, touchant de sa tête et de ses pieds les deux murs de la cabane. Le toit s’envola, le firmament se déployait ; — et Julien monta vers les espaces bleus, face à face avec Notre-Seigneur Jésus, qui l’emportait dans le ciel.
Et voilà l’histoire de saint Julien l’Hospitalier, telle à peu près qu’on la trouve, sur un vitrail d’église, dans mon pays.
NOTES
de
HÉRODIAS.
« Hérodias a été inspiré par les sculptures d’un des portails latéraux de la cathédrale de Rouen. » (Max. Du Camp, Souvenirs littéraires.) C’est à Paris, après avoir achevé un Cœur simple, que Flaubert songea à développer l’histoire de saint Jean-Baptiste qu’il méditait depuis longtemps. Si je m’y mets, écrivait-il, cela me ferait trois contes, de quoi publier à l’automne un volume assez drôle. « L’histoire d’Hérodias, telle que je la comprends, n’a aucun rapport avec la religion. Ce qui me séduit là dedans, c’est la mine officielle d’Hérode (qui était un vrai préfet) et la figure farouche d’Hérodias, une sorte de Cléopâtre et de Maintenon ; la question des races dominait tout. » (Lettre à Mme Roger des Genettes, Correspond., t. IV.) Quelques mois plus tard, rentré à Croisset, il rassemble aussitôt la documentation scientifique de ce conte et, le 25 octobre 1876, il écrit à Maupassant : « Dans sept ou huit jours (enfin) je commence mon Hérodias, mes notes sont terminées et maintenant je débrouille mon plan. Le difficile, là dedans, c’est de se passer autant que possible d’explications indispensables. » On verra plus loin, dans la lettre qu’il écrivit à Flaubert, comment Taine interprète cette absence d’explications.
LE PLAN DE HÉRODIAS.
Les notes documentaires de Hérodias se composent de 57 feuillets de grand format, recouverts d’une feuille de papier blanc sur laquelle Flaubert a écrit : Notes. Le premier feuillet est le scénario du conte ; en voici le texte et la disposition :
RÉSUMÉ.
Machaerous.
Antipas sur sa terrasse — sa situation politique. Une voix — il a peur.
Le Samaritain reçoit l’ordre de tenir Jean serré.
Hérodias son frère est mort — regrette sa fille — caresses antiques.
L’Essénien se montre.
Jean nuit à Hérodias comme politique. Pourquoi elle le déteste personnellement — reproches à son mari, mais on aperçoit une jeune fille. Elle se calme.
L’Essénien parle pour Jean. Antipas se tait.
Courrier annonçant l’arrivée de Vitellius.
II. Vitellius, avec son fils — compliments.
— Les prêtres de Jérusalem — leurs réclamations, plaintes sur Ponce Pilate — murmures à propos des (illisible).
— Vitellius visite le château — et découvre les munitions.
— La Fosse — Jean.
Les discours rapportés par l’interprète — tableau.
Vitellius met des sentinelles — Jean ne sera pas sauvé.
— Prédiction de l’Essénien.
Peur d’Antipas. Sa femme lui donne une médaille.
III. La salle du Festin — aspect général.
Parfum, le Baaras — Il est question de Jésus.
Matathias le défend, c’est peut-être le Messie.
Dispute sur le Messie — Il Faut des signes avant-coureurs.
Mais Élie est venu.
Ce que c’est qu’Élie.
Élie c’est Jean.
Discussion sur la Résurrection.
Scandale à propos d’une viande immonde.
— Le peuple au pied du château.
Tous ont intérêt à la mort de Jean.
Le festin devient farouche, Antipas et Vitellius se trouvent menacés.
— Hérodias porte la santé de l’Empereur.
Salomé — danse — La requête — La peur du bourreau — On apporte la tête — pleurs d’Antipas, tableau final.
Retour des deux hommes. Conversion subite de l’Essénien.
Puis vient une documentation étendue extraite de l’ouvrage de Aug. Parent, Machaerous (Franck 1868) : Machaerous — Description des forteresses, teinte des montagnes, costumes, etc. D’autres notes sont empruntées à l’Essai sur l’Histoire et la Géographie de la Palestine, d’après les Thalmuds et les autres sources rabbiniques de Derenbourg (Franck 1867) et nous trouvons tout un passage sur les Phéniciens, puis quelques commentaires sur Rome, Tibère, d’après Rome sous la Judée, par Champagny, et sur Auguste (30 ans av. J.-C. — 14 ans après J.-C.). Un feuillet est consacré aux mœurs romaines orientales, puis sur quatre autres feuillets sont transcrites des notes les plus diverses extraites de l’Histoire des Juifs de Flavius Josèphe.
Puis viennent des notes sur :
Les inscriptions arabes (voir Waddington, — Inscriptions).
Les Religions orientales et romaines.
La magie chez les Chaldéens et les origines (voir Lenormant).
Les Doctrines religieuses des Juifs.
Saint Jean-Baptiste, d’après Luc, Mathieu, Marc, Jean.
Saint Jean-Baptiste et Hérode avant le baptême.
Les coutumes religieuses de tous les peuples (Beaunier I).
Les Prophètes.
Les psaumes (traduction Reuss).
Le livre d’Enoch.
Les jeux.
Les Festins (voir Desaubry, t. I, p. 333).
Hérode (Dictionnary of the Bible) (Smith).
Les Machabées.
L’Histoire d’Hérode (d’après Saulcy).
L’administration militaire et religieuse.
Les paysages.
Un autre feuillet ayant pour titre : Personnages contient les notes suivantes :
Hérodias. Juive, mais par ses aïeux et de nature, monarchique. Ses ancêtres avaient été rois et sacrificateurs — et le peuple en voulait aux Asmonéens qui s’étaient imposés comme grands prêtres.
Se moquait d’Antipas, comme la gde Mariamne s’était moquée d’Hérode. On avait cru que Mariamne avait donné un philtre à Hérode, — on pouvait croire la même chose d’Hérodias, par rapport à Antipas. Son premier mari Hérode vivait à Rome des bienfaits d’Auguste. C’est là qu’Antipas l’avait vue ; personnage insignifiant, Hérode ne l’avait pas comprise. Antipas lui convenait mieux pour ses plans d’ambition. Sa mère Bérénice (veuve d’Aristobule) et fille de Salomé vivait à Rome et avait pour amie Antonia, mère de Germanicus et de Claude. Herrenius, gouverneur de Damnia, était l’ennemi d’Agrippa.
Io Kim, fils de Zamarès, Juif Babylonien.
Le Bourreau Samaritain — avait participé au sacrilège du temple — os des morts.
Vitellius (suivent des lignes illisibles).
Enfin, nous trouvons deux réponses de M. Clermont-Ganneau et une de M. Baudry à une demande de références de Flaubert. En voici le texte :
Mon cher Monsieur, Je serais fort en peine de vous dire si Iazer est visible ou non de Machærous, par la simple raison que messieurs les exégètes ne savent pas trop où placer sur le terrain cette ville problématique.
L’opinion la plus en faveur veut reconnaître Iazer dans d’intéressantes ruines nommées Scir ou Sir, droit au nord de Machaerous, entre Philadelphie et le Jourdain. Dans ce cas, je crains que le lieu ne soit masqué par les hauteurs interposées du mont Nebo et du Djebel atarus. Du moment que vous ne tenez pas à vous cantonner pour votre panorama dans la région située à l’ouest de la mer Morte et du Jourdain, ne pourriez-vous prendre, droit au nord, le mont Nebo et la ville du même nom ? Vous pourriez encore vous servir de Hesbon un peu à l’Est.
Je ne me rappelle plus si nous avons tiré parti du Baal Meon, qui n’est séparé de Machaerous que par la profonde entaille de la vallée du Zerqa Maïn.
Tout à vous bien cordialement et toujours à votre disposition.
Clermont-Ganneau.______
______Mon cher Monsieur,
Voici quelques noms dissyllabes qui pourraient peut-être trouver place dans le panorama de Machaerous :
Karmel, localité biblique au sud de Hébron (entièrement distinct du mont Carmel).
Maon, tout près de Karmel.
Halboul, au nord de Hébron.
Il y aurait aussi quelque chose qui irait bien, malheureusement c’est un trissyllabe : Herodium, la haute montagne conique (au sud-est de Bethléem), au sommet de laquelle Hérode le Grand avait été enseveli une vingtaine d’années auparavant dans un splendide mausolée.
Tout à vous, bien cordialement.
Clermont-Ganneau.______
À cette lettre était joint un plan du panorama de Machaerous.
______Mon cher Ami,
J’en perds la tête, de courir après vos noms de constellations et d’étoiles, et cela en un moment où la besogne me déborde et où mes yeux refusent presque le service. Jusqu’ici je n’ai rien pu accrocher pour Persée et pour Mira Cœti. On m’avait promis pour hier et je l’attends encore.
Mais en attendant, comme je connais votre impatience congéniale, je vous envoie ce que j’ai recueilli :
Les noms hébreux et les noms arabes sont les mêmes.
La grande Ourse se nomme en hébreu Agalah : le char, arabe Adjilet ; Algol est le mot arabe lui-même, Al-gol, la goule, le vampire. C’est la traduction de la tête de Méduse que cette étoile est censée figurer, dans la constellation, sur le bouclier de Persée.
Tout à vous.
F. Baudry.______
D’autre part son ami M. Laporte lui écrit : « Voici, mon bon géant, tout ce que je trouve dans Arago : L’étoile Alcor (le Petit Poucet), située près de l’étoile Mizar de la Grande Ourse, était appelée Saidab par les Arabes, c’est-à-dire l’épreuve, parce qu’ils s’en servaient pour éprouver la portée de la vue (Arago, t. l, p. 338). »
Et nous trouvons enfin un dessin des ruines du palais d’Hyrcan (176 av. J.-C.) et celui d’une porte qui paraît être une reconstitution des portes de ce palais.
LES ÉBAUCHES.
« Cette histoire d’Hérodias, à mesure que le moment de l’écrire approche, m’inspire une venette biblique. J’ai peur de retomber dans les effets produits par Salammbô, car mes personnages sont
de la même race et c’est un peu le même milieu. » (Lettre à Mme Roger des Genettes. Correspond., t. IV.)
L’état des ébauches indique en effet une grande indécision, de nombreux tâtonnements pour arriver à l’expression définitive. C’est ainsi que dans un exposé développé du conte, composé de 16 feuillets de papier blanc, la 1re page du chapitre I est reprise 9 fois et celle du chapitre II 7 fois. L’écriture en est illisible et il faut renoncer à suivre Flaubert à la recherche de sa phrase.
Il existe deux ébauches de Hérodias. Elles comprennent 118 feuillets de papier bleu grand format. Selon son habitude, Flaubert a tracé sa seconde ébauche au verso de la première après avoir barré celle-ci de deux traits en diagonale. La pagination est ici assez imprécise : quelques feuillets sont sans no d’ordre, d’autres sont paginés en lettres, selon les reprises, et la plupart en chiffres.
Le dernier de ces 118 feuillets porte le no 31 ; nous lisons au-dessous de la dernière ligne du conte : Comme elle était très lourde, ils la portaient alternativement, l’indication suivante :
Mercredi soir, 31 janvier 1877. 10 h. 10m._______
Ces deux ébauches donnent l’impression d’un travail prodigieux. Nous avons trouvé, mêlés à ces deux ébauches, les 22 premiers feuillets recopiés de Hérodias, mais néanmoins très surchargés. Il est fort probable que Flaubert, encore peu satisfait, avait entrepris une troisième ébauche de sa nouvelle.
Le manuscrit définitif est une copie, sans corrections, écrite
par Flaubert.
VARIANTES DE HÉRODIAS
d’après le manuscrit original.
Page 137, ligne 13, pierres, se tenant au-dessus…
Page 138, ligne 9, des ravins, étaient…
Page 138, ligne 19, vignes, gazer des champs…
Page 144, ligne 5, Cependant on avait…
Page 146, ligne 4, pressait, suivant le Tétrarque…
Page 149, ligne 23, jour y tombait…
Page 157, ligne 14, cents dans la Sardaigne…
Page 164, ligne 25, teinturier. Il vous pilera comme du grain. il vous…
Page 165, ligne 17, des vieux prophètes.
Page 165, ligne 21, annonçait une ère de justice et de prospérité, un…
Page 166, ligne 9, statues, pour ses théâtres, pour…