Scivias, ou Les trois livres des visions et révélations (page 10)
C’est pourquoi, que nul ne se hâte de quitter le monde, et de signer audacieusement mon pacte, de par sa volonté, avant de s’être soumis à un mûr examen ; car, celui qui s’attache à la tunique de mon fils, je ne veux pas qu’il l’abandonne.
Et celui qui s’est revêtu de son incarnation et a pris dans ses mains sa croix, il ne convient plus qu’il abandonne son Seigneur.
C’est pourquoi, fais attention à ces choses. L’homme qui dans la volonté de son cœur s’est déterminé, et dans la dévotion de son âme a fait vœu de porter mon joug, dans le mépris des biens du siècle ; s’il a en même temps, dans l’ardeur de son cœur, par la volonté de son âme désireuse, pris le signe de religion, avec une intention juste : qu’il y persévère, de peur que, s’il venait à le mépriser, il n’eût à subir un jugement sévère. Pourquoi ? Car il mépriserait ainsi celui dont il a pris le signe ; comme les Juifs le méprisèrent, lorsque, dans la folie de leur incrédulité, ils le clouèrent sur la croix.
Et de même que les Juifs n’hésitèrent pas devant ce forfait ainsi lui-même ne craindrait pas de renier sa passion, en rejetant son vœu. Car ce que l’homme me promet, il doit le tenir, comme David en rend témoignage, lorsqu’il dit : J’entrerai dans ta maison en vertu des holocaustes, et je t’offrirai les vœux que distilleront mes lèvres. Que signifient ces paroles ? Par l’intention d’un acte juste et bon, j’entrerai, ô mon Dieu, dans la constitution de ta grâce très sainte, en abandonnant, dans un désir ardent, le lit de ma volupté ; de telle sorte qu’il n’y aura rien de plus doux pour moi que d’aspirer vers toi, le Créateur de toutes choses. Et, pour cela, je t’offrirai les vœux que profèreront mes lèvres avec mon âme ; car je veux accomplir ce que je t’ai promis dans un ardent désir et un esprit de justice, c’est-à-dire, diriger vers toi mes actes, car j’ai transgressé follement ta loi. Mais, maintenant, par ton secours, je veux éviter le mal et faire le bien ; car la raison et l’intelligence qui luisent en moi, aspirent davantage vers toi, ô Dieu vivant, par une vie de pénitence, qu’à l’imitation du démon, par la folie de la contradiction à tes lois.
C’est pourquoi, ô homme, lorsque tu m’offriras de cette manière ton cœur, considère de le faire avec prudence.
Car mon œil voit lumineusement où se porte la volonté de l’homme. Et ce qui m’appartient, je le réclame scrupuleusement. C’est pourquoi, ô insensés et plus qu’insensés, comment vous imposez-vous de si grandes charges, pensant qu’il est si facile d’abandonner votre volonté charnelle ? En effet par la loi qui vous est donnée, en vertu de mes préceptes, vous n’êtes pas contraints d’abandonner le siècle, à moins de vous être éprouvés auparavant par de multiples labeurs, de telle sorte que vous puissiez imposer un frein aux désirs charnels qui s’éveillent en vous.
Mais, vous êtes comparables au vent tiède, car lorsque la vaine gloire enfle votre esprit, alors, à la suite de quelque contrariété, vous parlez ainsi. Je ne veux plus travailler dans le siècle, mais je délibère de le fuir promptement.
Fin du 2e volume de Scivias.