Scivias, ou Les trois livres des visions et révélations (page 3)
Tant de gloire et d’honneur qui vous avaient été donnés, pouvaient-ils rester sans épreuve ? tandis que l’or qui n’est que néant doit être éprouvé par le feu, et que les pierres précieuses doivent être purifiées et polies, et que toutes les choses doivent être transformées ainsi : Ô hommes insensés ! comment ce qui a été fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, pourrait-il rester sans épreuve ? L’homme, en effet, doit être examiné de préférence à toute créature, et éprouvé plus que tout le reste, et par toute créature.
Comment ? L’esprit doit être éprouvé par l’esprit, la chair par la chair, la terre par l’air, le feu par l’eau, la guerre par la paix, le bien par le mal, la beauté par la difformité, la pauvreté par la richesse, la douceur par l’amertume, la santé par l’infirmité, la longueur par la brièveté, la dureté par la mollesse, la hauteur par la profondeur, la lumière par les ténèbres, la vie par la mort, la joie par la peine, le ciel par la géhenne, les choses terrestres avec les choses terrestres, et les célestes avec les célestes. Ainsi l’homme est éprouvé en toute créature, dans le paradis, sur la terre, dans les enfers ; et il est ensuite placé dans le ciel.
Vous voyez manifestement peu de choses, de tout ce qui est mystère devant vos yeux. Et pourquoi vous moquez-vous de tout ce qui est droit, juste, équitable et bon entre tous les biens, aux yeux de Dieu ? Pourquoi vous indignez-vous de ces choses ? Dieu est juste ; mais le genre humain dans la prévarication des préceptes divins est injuste, lorsqu’il veut paraître plus sage que Dieu. Dis-moi, ô homme, que penses-tu avoir été, lorsque tu n’étais pas dans l’âme et dans le corps ? Tu ne sais même pas comment tu as été créé ! Et maintenant, ô homme, tu veux scruter le ciel et la terre, et juger de leur justice dans la constitution divine ! connaître les choses les plus hautes (l’infiniment grand), lorsque tu ne peux apprécier les plus petites (l’infiniment petit) ! lorsque tu ne sais pas comment tu vis dans le corps, et comment tu en es dépouillé.
Celui qui t’a créé dans le premier homne, celui-là a prévu toutes ces choses. Mais le Père très bon envoya son Fils unique mourir pour le peuple, afin de délivrer l’homme de la puissance diabolique. Et l’homme ainsi délivré brille en Dieu, et Dieu en l’homme ; l’homme ayant une affinité avec Dieu, possède dans le ciel une splendeur plus grande que celle d’avant sa chute.. Ce qui n’eût pas été, si le Fils de Dieu ne s’était pas revêtu de la chair ; parce que, si l’homme était resté dans le Paradis, le Fils de Dieu ne fût pas mort sur la croix. Mais lorsque l’homme fut trompé par le rusé serpent, Dieu touché d’une vraie miséricorde, voulut que son Fils unique s’incarnât dans une Vierge très pure ; et ainsi, après la ruine de l’homme, s’élevèrent pour resplendir dans le ciel, de nombreuses vertus, telle que l’humilité, la reine des vertus, qui fleurit dans l’enfantement virginal ; comme aussi les autres vertus, qui conduisent les élus de Dieu vers les régions célestes. Car lorsqu’un champ est bien cultivé, il produit beaucoup de fruits ; comme il a été montré, en ce qui concerne le genre humain ; puisqu’après la ruine de l’homme, de nombreuses vertus surgirent pour son relèvement. Mais ô hommes, appesantis par le corps, vous ne voyez pas cette gloire immense, qui vous est préparée, sans tache et sans mécompte, dans la pleine justice de Dieu, et que nul ne peut vous ravir ; car avant l’établissement du monde, Dieu avait prévu toutes ces choses dans la vraie justice. C’est pourquoi, ô homme, considère cette comparaison :
Le Seigneur qui veut faire un jardin, choisit premièrement un lieu favorable ; et ensuite, disposant la place de chaque plantation, il examine l’utilité des fruits des bons arbres, leur saveur, le parfum de ceux qui portent des aromates, et la diversité des espèces. Et ainsi le Seigneur, grand et sublime jardinier, dispose chaque plantation, pour les bien discerner en vue de son utilité ; et ensuite il pense à la haie vive dont il l’environnera, afin que nul ennemi ne vienne ravager sa plantation. Alors, il établit aussi des jardiniers, qui sachent arroser le jardin, et en cueillir les fruits, pour des usages divers. C’est pourquoi, ô homme, considère diligemment que si le Seigneur prévoit que le jardin, qui ne porte aucun fruit et n’est d’aucune utilité, doit être ravagé : pourquoi un si grand et si sublime jardinier trace-t-il, plante-t-il, arrose-t-il et défend-il ce jardin, avec tant de soins et tant de labeurs ? Écoute donc et comprends : Dieu qui est le soleil de justice, envoya sa splendeur sur la boue qu’est la prévarication de l’homme ; et cette splendeur l’illumina d’une grande clarté, car cette boue était bien horrible et épaisse. Le soleil en effet resplendit dans sa clarté ; et la boue dégäge des odeurs fétides ; ce qui fait que le soleil serait admiré avec plus de délectation, si la boue ne lui était pas unie, Mais comme la boue paraît horrible à l’image du soleil, ainsi la transgression de l’homme est inique devant la justice de Dieu. Aussi, la justice doit être aimée, parce qu’elle est belle ; et l’iniquité doit être détestée, parce qu’elle est horrible. Son horreur fut cause de la perte de la brebis du Seigneur qui avait planté le jardin. Et cette brebis, par son propre consentement, non par la faute du Seigneur, fut soustraite à sa puissance ; mais dans la suite, le Seigneur la reconquit par son amour et sa justice. C’est pourquoi, les chœurs des anges furent transportés d’une grande joie, lorsqu’ils virent dans le ciel l’homme racheté. Que signifie cela ? Lorsque l’agneau innocent fut suspendu à la croix, les éléments s’agitèrent ; parce que le très noble fils de la Vierge fut mis à mort corporellement par des mains homicides. Par cette mort, la brebis perdue fut ramenée vers les pâturages de vie.
En effet, lorsque l’antique persécuteur vit qu’il avait perdu cette brebis, à cause du sang que l’agneau sans tache avait versé, pour la rémission des péchés des hommes : alors il connut quel était cet agneau ; parce qu’il n’avait pu connaître auparavant, comment l’agneau céleste s’est incarné, sans la semence virile et sans aucune concupiscence du péché, dans le sein d’une Vierge, par l’opération du St-Esprit ; car le même persécuteur, au commencement de sa création, s’éleva au souffle de l’orgueil, se précipitant lui-même dans la mort, et éloignant l’homme de la gloire du paradis, sans que Dieu voulût lui résister par sa puissance, se réservant de l’emporter sur lui par l’humilité de son Fils. Et parce que Lucifer méprisa la justice de Dieu, par un juste jugement de Dieu, il ne put connaître l’incarnation du Fils unique de Dieu. Car dans ce conseil secret (des trois personnes de la sainte Trinité) la brebis perdue fut ramenée à la vie. Et d’où vient, ô hommes rebelles, que vous soyez si endurcis ? Dieu ne voulut pas abandonner l’homme, mais il envoya son Fils pour le sauver ; et ainsi Dieu écrasa la tête de l’orgueil superbe, dans l’antique serpent. Quand l’homme fut arraché à la mort, l’enfer dut ouvrir ses abîmes, malgré les hurlements de Satan qui s’écriait : Malédiction ! Malédiction ! Qui donc pourra me secourir ? Mais toutes les légions diaboliques se retirèrent dans un horrible frémissement, admirant quelle était cette puissance étrange, à laquelle elles-mêmes et Satan le prince du mal ne pouvaient résister, quand ils voyaient que les âmes fidèles leur étaient enlevées.
Ainsi l’homme fut élevé au-dessus des cieux ; parce que Dieu apparut dans l’homme, et l’homme dans Dieu, par le Fils de Dieu.
Le même Seigneur qui avait perdu la brebis, mais l’avait ramenée si glorieusement à la vie, fit pour elle ce que l’on fait pour la pierre précieuse qui est tombée dans la boue : Il la rechercha lui-même, et l’ayant trouvée, il la retira avec joie, et la purifia de toute souillure ; comme l’or a coutume d’être expurgé dans la fournaise ; et il la rétablit dans sa dignité première, avec une gloire plus grande. Car Dieu créa l’homme, qui, de lui-même, par la persuasion de Satan, tomba dans la mort, de laquelle le Fils de Dieu le releva par la vertu de son sang ; et il le conduisit glorieusement vers les honneurs célestes. Comment ? Par l’humilité et la charité. L’humilité fit naître le Fils de Dieu de la Vierge, dans laquelle fut trouvée (encore) l’humilité ; et ce ne fut pas dans les embrassements de l’homme, ni dans les curiosités de la chair, ni dans les richesses terrestres, ni dans les ornements précieux qu’il naquit, mais le Fils de Dieu fut couché dans une crèche, à cause de la grande pauvreté de sa mère. — L’humilité dans les gémissements et les larmes tue le crime ; et c’est son ouvrage. Quiconque veut combattre Satan, qu’il se munisse et s’arme de l’humilité, parce que Lucifer la fuit ; et, comme une couleuvre, il se cache devant elle dans les abîmes ; car, partout où elle le saisit, elle le brise aussitôt comme un fil fragile. La charité aussi contient le Fils unique de Dieu, dans le sein du Père, dans le ciel ; et elle l’envoie dans le sein de la mère, sur la terre ; parce qu’elle ne méprise ni les pécheurs, ni les publicains, mais elle s’efforce de les sauver tous. C’est pourquoi, en faisant couler souvent la source des larmes des yeux des fidèles, elle amollit la dureté du cœur. En cela l’humilité et la charité sont plus belles que les autres vertus ; car l’humilité et la charité sont comme l’âme et le corps, qui ont des vertus plus grandes que les autres facultés de l’âme ou chaque membre du corps. Comment ? L’humilité est comme le corps, et la charité comme l’âme ; et elles ne peuvent être séparées l’une de l’autre, mais elles agissent ensemble ; de la même manière que l’âme et le corps qui sont inséparables, s’entr’aident l’un l’autre, tant que l’homme vit dans son corps. Et comme les divers membres du corps sont soumis à l’âme et au corps, suivant leur rôle, ainsi les autres vertus sont, comme il est juste, les humbles servantes de l’humilité et de la charité. Et c’est pourquoi, Ô hommes, pour la gloire de Dieu et pour votre salut, suivez l’humilité et la charité ; et ainsi armés, vous ne craindrez pas les embûches du démon, et vous possèderez la vie éternelle. Quiconque a la science du St-Esprit et les ailes de la foi, ne transgressera pas mon conseil, mais il le recevra pour en faire les délices de son âme.
VISION TROISIÈME
Sommaire : Que par les choses visibles et temporelles les invisibles et les éternelles sont manifestées. — Du firmament sous une forme ovale. — Du feu lucide et de l’enveloppe d’ombre. — De la position du soleil et de trois étoiles. — De l’ascension du soleil. — De son inclinaison et ce qu’elle signifie. — Les paroles des Actes des apôtres sur le même sujét. — Du premier vent et de ses tourbillons. — Du second vent et de ses tourbillons. — Du feu ténébreux, de son crépitement et des pierres aiguisées. — De l’air très pur, de la position de la lune et de deux étoiles, — Du troisième vent et de ses tourbillons. — De l’air humide et de l’enveloppe (nuée) blanche. — Du quatrième vent et de ses tourbillons. — Du globe terrestre sablonneux, — Les paroles de David sur le même sujet. — Du tremblement de terre et de sa signification. — De la plus grande montagne entre l’Aquilon et l’Orient, — De ceux qui, par un art pervers, scrutent l’avenir dans les créatures. — Paroles de l’Évangile — Comment Satan se moque des hommes par l’art magique. — Parabole sur le même sujet. — Lorsque tout sera achevé pour le salut et l’utilité de l’homme, le siècle changera. — Paroles de Job sur le même sujet. — Les paroles de Dieu sur le même sujet. — Que Dieu ne veut plus tolérer les augures par les étoiles et les autres créatures. — De la sottise et de l’opiniâtreté de l’homme. — Comparaison du bouc, du cerf et du loup. — Comparaison du médecin. — Paroles de Jean.
Après cela, je vis une immense sphère ronde et ombreuse, ayant la forme ovale, moins large au sommet, plus ample au milieu, rétrécie à la base ; ayant à sa partie extérieure un cercle de lumière étincelante, et au dessous une enveloppe ténébreuse. Et dans ce cercle de flamme, était un globe embrasé si grand, que toute la sphère en était illuminée, il avait au dessus de lui, rangées avec ordre, trois étoiles qui retenaient le même globe dans son activité igniée, de peur qu’elle ne tombât peut à peu ; et ce globe s’éleva parfois plus haut, et il lui vint plus de lumière ; de telle sorte qu’il put lancer ses rayons de flamme plus loin ; et puis parfois, il descendit plus bas, et le froid fut plus intense parce qu’il avait retiré sa flamme.
Mais de ce réseau de flamme qui entourait la sphère, un souffle (vent) avec ses tourbillons sortait ; et de l’enveloppe ténébreuse qui environnait le réseau de flamme, un autre vent avec ses tourbillons grondait, et se répandait en tous sens sur la sphère. Dans cette même enveloppe était un feu ténébreux, qui inspirait une si grande horreur, que je ne pouvais le regarder ; et qui, plein de troubles, de tempêtes et de pierres aiguës, grandes et petites, agitait cette enveloppe de toute sa puissance. Tandis qu’il faisait entendre son crépitement, le cercle lumineux, et les vents et l’air étaient agités ; de telle sorte que les éclairs prévinrent le grondement lui-même, parce que ce feu ressentait d’abord en lui la commotion qui produisait le tumulte. Mais sur la même enveloppe le ciel était très pur, et n’avait aucun nuage au dessus ; et dans ce ciel aussi, je distinguais un globe de feu ardent d’une certaine grandeur ; et au-dessus de lui, deux étoiles placées ostensiblement, qui retenaient le globe lui-même, pour qu’il n’excédât pas le but de sa course ; et dans le même ciel, beaucoup d’autres sphères lumineuses étaient placées de toutes parts, parmi lesquelles, le même globe se déversant un peu, envoyait par instant sa lumière ; et recourant au premier globe de feu embrasé, pour restaurer sa flamme, l’envoyait de nouveau vers les mêmes sphères.
Mais de ce ciel lui-même sortait, avec impétuosité, un souffle de vent avec ses tourbillons ; qui se répandait sur toute la sphère céleste. Sous ce ciel même, je voyais l’air humide, qui avait au-dessous une (enveloppe blanche) un nuage, qui se répandant de tout côté, étendit cette humidité sur toute la sphère. Et cette humidité s’étant amoncelée, une pluie soudaine tomba avec beaucoup de bruit ; et lorsqu’elle se fut épanchée doucement, une pluie fine tomba avec un léger bruissement. Alors un souffle (de vent) avec ses tourbillons sortit pour se répandre sur toute la sphère. Et au milieu de tous ces éléments, était un globe sablonneux d’une immense étendue, que les mêmes éléments environnaient, de telle sorte, qu’il ne pouvait disparaître ni dans un sens ni dans l’autre. Et tandis que les mêmes éléments avec les divers souffles luttaient ensemble, ils contraignaient le même globe (sablonneux) à se mouvoir un peu par sa force. Et je vis, entre l’Aquilon et l’Orient, (le nord et l’est) comme une grande montagne qui retenait vers l’Aquilon de nombreuses ténèbres, et vers l’Orient beaucoup de lumière ; de telle sorte que cependant la lumière ne pouvait atteindre les ténèbres, et les ténèbres atteindre la lumière.
Et j’entendis de nouveau une voix du ciel qui me disait : Dieu qui a fait toutes choses par sa volonté, les a créées pour la connaissance et l’honneur de son nom ; non seulement pour montrer en elles les choses visibles et temporelles, mais pour manifester en elles les choses invisibles et éternelles. Ce qui est démontré par la vision que tu contemples. Car cette immense sphère ronde et ombreuse que tu vois, ayant la forme ovale, moins évasée au sommet, plus ample au milieu, et rétrécie à la base, signifie fidèlement, le Dieu tout-puissant, incompréhensible en sa majesté, et inestimable dans ses mystères, l’espoir de tous les fidèles. Primitivement les hommes étaient rudes et simples dans leurs mœurs ; ensuite dans l’ancienne et la nouvelle loi, devenus plus instruits, ils se molestèrent et s’affligèrent mutuellement ; mais sur la fin des temps ils auront à souffrir beaucoup de traverses, dans leur endurcissement.
Sur la partie extérieure, tout autour, se trouve une flamme lumineuse, environnée d’une enveloppe d’ombre. Elle désigne ceux qui étant hors de la foi, sont consumés par le feu de la vengeance de Dieu ; ceux au qui demeurent dans la foi catholique, Dieu les purifie par le feu de sa consolation ; déjouant ainsi les desseins ténébreux de Satan ; comme il fut fait lorsque le démon, créature de Dieu, voulant se révolter contre lui, tomba foudroyé dans la perdition. — Et dans cette flamme le globe d’un feu étincelant d’une grandeur telle, qu’il éclaire toute la sphère, montre, par la splendeur de sa clarté, ce qu’est dans Dieu le Père, son Fils unique ineffable, le soleil de justice embrasé de l’ardente charité, et possédant une gloire si grande, que toute créature est illuminée par la clarté de sa lumière. Il a au-dessus de lui trois étoiles, rangées avec ordre, qui retiennent le globe dans le rayonnement de leur flamme, c. à d. la Trinité qui assujettit toutes choses à son administration ; elles démontrent que le Fils de Dieu, descendant du ciel sur la terre, délaissant les anges dans les cieux, manifesta même aux hommes qui ont un corps et une âme les choses célestes ; et ceux-ci, le glorifiant du bénéfice de sa lumière, renoncèrent à toute erreur funeste ; lorsqu’il fut magnifié comme étant le véritable Fils de Dieu, incarné dans le sein d’une vierge sans tache ; lorsque l’ange le leur eut annoncé, et que l’homme vivant dans son corps et dans son âme, l’eut reçu avec une joie fidèle.
Le même globe s’élève parfois plus haut, et il lui vient plus de lumière, de telle sorte qu’il étend ses flammes (rayons) plus loin : signifiant que lorsque le temps fut venu, que le Fils unique de Dieu dut s’incarner pour la rédemption et le relèvement du genre humain, par la volonté du Père, le St-Esprit, en la vertu du Père, opéra merveilleusement les suprêmes mystères dans la bienheureuse Vierge ; de telle sorte que, le même Fils de Dieu resplendissant admirablement dans la pudeur virginale, par la virginité féconde, la virginité devint glorieuse, puisque l’incarnation très désirable fut réalisée dans une très illustre Vierge.
Et le même globe de feu s’incline parfois plus bas, et il lui vient plus de froidure, c’est pourquoi il retire aussitôt sa flamme, pour signifier que le même Fils unique de Dieu, né d’une vierge, et abaissé ainsi miséricordieusement vers la pauvreté des hommes, au milieu des misères de toutes sortes, supporta toutes les infirmités corporelles, après s’être montré corporellement au monde ; et quitta le monde, pour retourner vers son père, en présence de ses disciples, comme il est écrit : Il s’éleva en leur présence, et une nuée le ravit à leurs yeux. Ce qui veut dire : Les enfants de l’Église, ayant reçu le Fils de Dieu dans la science intérieure de leur cœur : la sainteté de son corps s’éleva, par la puissance de sa divinité ; et, dans un miracle mystique, la nuée du secret mystère le ravit, pour le cacher aux yeux mortels ; car les éléments étaient à son service.
Mais comme tu vois, de cette flamme lumineuse qui entoure la sphère, sort un souffle (de vent) avec ses tourbillons : ce qui montre que, du Dieu qui remplit l’univers de sa toute puissance, une réelle diffusion se fit de paroles de justice, lorsque le vrai Dieu vivant fut manifesté aux hommes en vérité. Et de cette enveloppe qui l’environne, un autre souffle impétueux fait rage avec ses tourbillons, parce que de la colère de Satan, qui ignorant Dieu ne le craint pas, sort la mauvaise renommée avec les discours insensés, qui se répandent en tous sens sur la sphère ; car dans le siècle, des rumeurs utiles ou inutiles se mêlent de diverses manières, parmi les peuples.
Dans la même enveloppe, un feu ténébreux inspire une si grande horreur, que tu ne peux le regarder : ce qui signifie, que dans les plus lâches et les pires embûches de l’antique trompeur, l’affreux homicide cause tant de troubles, que l’esprit humain ne peut discerner son insanité, qui agite toute cette enveloppe ; parce que l’homicide, mit le comble, par son horreur, à toutes les malignités diaboliques ; lorsque dans les premiers nés, la haine bouillonnant de colère, perpétra le fratricide. — Ce feu était plein de grondements de tempêtes, et de pierres aiguisées grandes et petites : parce que l’homicide se mêle à l’avarice, à l’ivresse et aux plus cruelles méchancetés qui, sans miséricorde, se mettent en furie pour l’homicide et les crimes moins iniques. — Lorsqu’il fait entendre son grondement, la flamme lumineuse, et les vents et les airs s’agitent : parce que lorsque l’homicide fait un bruit strident, dans le désir de l’effusion du sang : la suprême justice, les rumeurs rapides, qui tendent de toutes parts à la ruine du criminel, se soulèvent pour la vengeance, en vue du juste jugement : de telle sorte que les éclairs précèdent le son, parce que ce feu éprouve d’abord en soi la commotion qui produit le tonnerre. Car la sévérité du divin examen, l’emportant sur le crime, opprime le criminel ; parce que la divine majesté, avant que le frémissement que cause un pareil crime se manifeste publiquement, avec ce regard auquel rien n’échappe, a tout prévu manifestement.
Mais sur cette enveloppe le ciel est très pur et sans voile ; parce que, sous les embûches de l’antique trompeur, la foi lumineuse resplendit, dans laquelle ne se cache aucune incertitude d’infidélité ; elle ne vient pas d’elle-même, mais elle est fondée sur le Christ. Et dans ce ciel, tu vois un globe de feu brûlant, d’une grande étendue, qui désigne véritablement l’Église, unie dans la foi, comme te le démontre cette blancheur d’innocente clarté, qui lui forme une auréole de gloire ; et au-dessus d’elle deux étoiles placées distinctement, et retenant le globe de peur qu’il ne s’écarte de sa course : qui montrent par leur signification, que deux Testaments, celui de l’ancienne et de la nouvelle autorité, édités par la volonté d’en haut, conduisent l’Eglise (à l’accomplissement) des divins préceptes, basés sur les mystères célestes ; et ils la retiennent, de peur qu’elle ne s’avance précipitamment, selon la variété des mœurs ; et parce que l’ancien et le nouveau témoignage, lui montrent la béatitude de l’héritage suprême. C’est pourquoi aussi, dans le même ciel, de nombreuses sphères lumineuses sont posées de tout côté, sur lesquelles le même globe (lumineux) se déversant parfois, envoie sa clarté ; parce que dans la pureté de la foi, de nombreuses et magnifiques œuvres de piété apparaissent de tout côté, dans lesquelles l’Église soutient un peu de temps le mépris, tandis que la splendeur de ses merveilles s’évanouit un peu, et que plongée dans la tristesse, elle admire cependant l’éclat des premières œuvres dans des hommes parfaits ; et ainsi, recourant au globe de feu, pour y restaurer sa flamme, il la fait rayonner sur les mêmes sphères ; parce qu’elle-même, plongée dans le repentir, et s’avançant sous la protection du Fils de Dieu, reçoit de lui le support de la divine consolation, en manifestant l’amour des choses célestes, par les bonnes œuvres.
De ce ciel, un souffle (de vent) avec ses tourbillons s’échappe avec impétuosité, et se répand de toutes parts sur la dite sphère ; parce que, sur l’unité de la foi, la retentissante renommée venant au secours des hommes, avec les preuves et les assertions véritables, atteint avec une grande célérité les confins de l’univers. Sous le même ciel, tu vois l’air humide, et au-dessous une enveloppe blanche (un nuage) qui, s’étendant en tous sens, propage l’humidité sur toute la sphère ; parce que, par la foi qui était l’âme des pères anciens ou modernes, le baptême, établi dans l’Église pour le salut des croyants, (comme il t’est manifesté véridiquement) sur l’innocence de la bienheureuse constance, se propagea partout sous l’inspiration divine, découvrant à l’univers entier, la source du salut pour les croyants.
Lorsque ce nuage s’amasse soudain, il laisse tomber la pluie avec les frimas ; et pendant qu’il s’épanche doucement, tombe une pluie légère avec un bruissement ; parce que, tandis que parfois, le baptême se propageait par les apôtres de la vérité, dans tout l’élan de la prédication et la profondeur de leur esprit : il se manifestait à l’étonnenement des hommes par l’abondance rapide des paroles, et dans le débordement de leur prédication ; parfois aussi, le baptême se dilatant par la prédication, avec une douce modération, se propageait par une irrigation suave, les peuples se sentant attirés avec tout le discernement désitable.
Et de lui aussi, un souffle avec ses tourbillons sortait et se répandait par toute la sphère ; parce que dès la diffusion du baptême, qui apportait le salut aux croyants, la renommée véritable se propageant avec les paroles de doctes discours, pénétra le monde entier de la manifestation de sa béatitude, chez les peuples qui délaissaient l’infidélité, pour embrasser la foi catholique, comme il a été dit clairement.
Et au milieu de ces éléments est un globe sablonneux, d’une grande étendue, que les éléments entourent ; de telle sorte qu’il ne peut se porter dans un sens ou dans l’autre : ce qui montre manifestement, dans la puissance des créatures de Dieu, l’homme objet des profondes considérations (de la Trinité sainte), fait du limon de la terre, d’une manière admirable, en vue d’une grande gloire ; et tellement environné de la vertu des créatures, qu’il ne peut être nullement séparé d’elles ; parce que les éléments du monde, créés pour le service de l’homme, sont à son usage ; tandis que l’homme, assis au milieu d’eux, les domine par une disposition divine ; comme le dit David inspiré par moi : Vous l’avez couronné de gloire et d’honneur, et vous l’avez établi roi sur les ouvrages de vos mains. Ce qui veut dire : Ô Dieu, qui avez fait admirablement toutes choses, vous avez couronné l’homme de la couronne d’or de l’intelligence ; et vous l’avez revêtu du vêtement superbe de la beauté visible ; en le plaçant ainsi, comme un prince, au-dessus de vos ouvrages parfaits, que vous avez disposés avec justice et bonté, parmi vos créatures. Car vous avez octroyé à l’homme des dignités plus grandes et plus admirables qu’aux autres créatures.
Mais, comme tu vois, tandis que parfois ces éléments luttent entr’eux avec les vents, ils contraignent le globe lui-même à se mouvoir un peu : parce que, quand il est convenable, les créatures de Dieu, par la renommée des miracles du créateur, s’assemblent entr’elles ; de telle sorte que le miracle disparaît sous un miracle plus grand, par la vertu des paroles ; et l’homme saisi par la grandeur de ces merveilles, sent l’agitation de son esprit et de son corps ; et, terrassé par ces prodiges, il considère le néant de sa fragilité.
Et tu vois entre l’aquilon et l’orient comme une grande montagne, environnée du côté de l’aquilon de beaucoup de ténèbres, et du côté de l’orient d’une grande lumière : parce que, entre l’impiété diabolique et la divine bonté, apparaît la grande chute de l’homme, par l’affreux mensonge de l’esprit malin qui causa aux réprouvés les multiples misères de la damnation ; et, par le salut désirable en faveur des élus, l’abondante félicité de la rédemption ; de telle sorte que, ni cette lumière ne peut aboutir aux ténèbres, ni ces ténèbres à la lumière ; parce que les œuvres de lumière ne peuvent se mêler aux œuvres des ténèbres, et les œuvres des ténèbres ne peuvent monter jusqu’aux œuvres de lumière ; bien que le démon travaille fréquemment à offusquer ces dernières, par le moyen des hommes mauvais ; comme il arrive chez les payens, les hérétiques, les pseudoprophètes, et tous ceux que ceux-ci s’efforcent d’entraîner à leur suite, par le mensonge. Comment ? Parce qu’ils veulent connaître ce qu’ils ne peuvent savoir, imitant celui qui voulut être semblable au Très-Haut. Et comme ils le suivent, il leur montre le mensonge sous l’aspect de la vérité, selon leur volonté ; c’est pourquoi ils ne sont pas avec moi, ni moi avec eux, car ils ne marchent pas dans mes voies ; mais ils aiment les sentiers détournés, recherchant ce que de folles créatures leur montrent faussement sur les causes futures ; ils veulent connaître ces choses, et s’efforcent de les découvrir d’une manière perverse, dans le mépris et l’abandon de mes saints qui m’aiment d’un amour sincère.
Mais ces sortes d’hommes, qui me tentent si opiniâtrement par leur art pervers, en scrutant la créature faite pour leur service, et lui demandant de leur montrer, selon leur volonté, ce qu’ils veulent savoir : peuvent-ils par les recherches de leur art, prolonger ou abréger le temps de la vie qui leur a été fixé par le créateur ? Certes, ils ne le peuvent faire, ni pour un jour, ni pour une heure. Ou bien peuvent-ils détourner la prédestination de Dieu ? Nullement, ô misérables ! mais je permets que parfois les créatures vous démontrent vos passions, et leurs signes distinctifs, parce qu’elles me craignent comme leur Dieu ; de la même manière que le serviteur montre quelquefois la puissance de son maître, et comme le bœuf ou l’âne et les autres animaux manifestent la volonté de leur maître, lorsqu’ils la remplissent fidèlement dans leur servitude.
Ô insensés, quand vous me vouez à l’oubli, sans vouloir vous retourner vers moi ni m’adorer, et que vous regardez vers la créature qui vous est soumise, pour savoir ce qu’elle vous présage ou ce qu’elle vous indique, alors vous renoncez à moi obstinément ; et vous honorez la créature infirme, de préférence à votre Créateur.
C’est pourquoi je te demande, ô homme, pourquoi honores-tu cette créature qui ne peut ni te consoler, ni te porter secours, ni te faire avancer vers la félicité ? comme les astrologues ordonnateurs de la mort, qui tracent la voie à l’infidélité des peuples idolâtres, et qui ont coutume d’affirmer témérairement : que les étoiles donnent la vie aux hommes et disposent tous leurs actes. Ô misérables, qui donc a fait les étoiles ? Mais parfois les étoiles, par ma permission, se manifestent aux hommes avec des signes, comme le montre mon Fils dans l’Évangile, lorsqu’il dit : Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Ce qui veut dire : Par la clarté de ces étoiles les hommes seront illuminés ; et les temps des temps seront démontrés par leur évolution. Aussi, dans les derniers temps, des périodes lamentables et périlleuses se manifesteront en elles, par ma permission ; de telle sorte que, les rayons du soleil, la splendeur de la lune, et la clarté des étoiles disparaîtront parfois, afin d’émouvoir le cœur des hommes.
De même, c’est par une étoile que l’incarnation de mon Fils s’est manifestée, selon ma volonté. Mais l’homme n’a pas une étoile particulière pour disposer sa vie, comme le peuple imbécile et qui s’abuse, s’efforce de le faire croire ; et toutes les étoiles sont communes à tout le peuple, pour son service. Mais que l’étoile (de l’incarnation) ait resplendi d’une manière plus éclatante que les autres, c’est parce que mon Fils unique, qui est au-dessus de tous les hommes, naquit par l’enfantement d’une vierge sans péché. Mais cette étoile n’apporta aucune autre aide à mon Fils, que d’annoncer fidèlement au peuple son incarnation ; parce que toutes les étoiles et les créatures qui me craignent, accomplissent seulement ma volonté ; et elles n’ont nulle autre signification d’aucune sorte, dans quelque créature que ce soit. Car, lorsqu’il me plaît, elles indiquent ma volonté à la créature ; comme lorsque l’artisan frappe une monnaie, il y imprime la forme qu’il lui plaît ; alors la monnaie indique la forme imposée, la chose ne dépendant nullement de sa puissance ; et elle ne connaît pas le moment où l’artisan voudra lui imprimer une autre forme ; car elle ne discerne pas la longueur ou la briéveté du temps, que durera celle qu’il lui a donnée. Que signifie cela ? Ô homme, si une pierre était à tes pieds, dans laquelle, en l’examinant diligemment, tu conjecturerais quelques signes de tes passions : alors, selon ta fausse estimation, contristé de ton infélicité, ou enorgueilli de ta prospérité, dans ton erreur, tu te dirais : Ah ! je mourrai… ou bien : quel bonheur ! je vivrai… ou hélas ! quelle infélicité. … ou bien : heureux mortel ! quelle prospérité est la mienne ! Et alors, que te donnerait cette pierre ? Mais, peut-elle te donner ou t’enlever quelque chose que ce soit ? Elle ne peut t’être utile ou nuisible en rien. De même aussi, ni les étoiles, ni le feu, ni les oiseaux, ni quelqu’autre créature que ce soit, dans les signes qu’on peut en augurer, ne sauraient te servir ou te nuire en rien.
Que si, en m’abandonnant, tu te fies à cette créature qui a été créée pour ton service : alors, moi aussi, par un juste jugement, je te rejetterai loin de ma face, et je te priverai de la félicité de mon royaume.
Car moi, je ne veux pas que tu scrutes les étoiles, ou le feu, ou les volatiles, ou telle autre créature que ce soit, sur les causes futures ; car si tu les observes obstinément, tes regards me déplaisent, et je te rejette comme un ange déchu qui a quitté la vérité pour se précipiter dans la damnation. Ô homme, lorsque les étoiles et les créatures ont été faites, où étais-tu ? Est-ce que tu as donné ton avis sur leur création ? Mais la présomption de cette sorte d’investigation, se fit jour dans le premier schisme ; à savoir lorsque les hommes eurent à ce point oublié Dieu, que chaque nation observa superbement les diverses créatures, et rechercha en elles les signes des causes futures. Cette erreur se manifesta dans Baal, que les hommes trompés adoraient comme Dieu, lorsqu’il n’était que sa créature, et vers lequel la dérision satanique les poussa, parce qu’ils préférèrent la créature au Créateur, et qu’ils voulurent savoir ce qu’ils ne pouvaient connaître. Et les choses ne firent qu’empirer, lorsque les hommes, par l’artifice du démon, commencèrent à divaguer dans l’art magique ; à tel point, qu’ils voyaient et entendaient le démon lui-même, leur parlant et leur montrant faussement, que ce qu’ils considèrent comme telle créature, en est une autre. Il faut taire la manière dont les premiers séducteurs furent instruits par le démon : ils le virent et l’entendirent comme ils le cherchaient ; mais ils furent eux-mêmes très répréhensibles, à cause de cette dépravation ; puisque, de cette manière, ils renièrent Dieu, pour suivre l’antique-séducteur. Ô homme, je t’ai acquis par le sang de mon Fils, non avec malice et iniquité, mais avec la plus grande justice ; et cependant tu m’abandonnes, moi le vrai Dieu, et tu suis celui qui est le mensonge. Je suis la justice et la vérité ; c’est pourquoi je t’avertis dans la foi, je t’exhorte dans l’amour, et je te ramène dans la pénitence ; afin que, bien que tu sois tout ensanglanté par les blessures du péché, tu te relèves cependant de la profondeur de ta chute. Que si tu me méprises, tu éprouveras en toi l’effet de cette parabole :
Un certain Seigneur qui avait beaucoup de serviteurs, donna à chacun d’eux plusieurs armes de guerre en leur disant : Soyez probes et forts, et renoncez à la paresse et à la lâcheté. Mais comme ces serviteurs faisaient route avec lui, ils virent le long du chemin un méchant séducteur, inventeur d’un art étrange ; et quelques-uns d’entr’eux trompés dirent : Nous voulons connaître les artifices de cet homme. Et quittant les armes qu’ils avaient, ils coururent vers lui. D’aucuns leur disaient : Que faites-vous en suivant ce séducteur, et en provoquant votre maître à la colère ? Et eux répondirent : Qu’est-ce que cela peut faire à notre maître ? Et leur maître leur dit : Ô mauvais serviteurs, pourquoi avez-vous abandonné les armes que je vous avais données ? Et pourquoi vous est-il plus cher d’aimer cette vanité, que de me servir, moi votre maître, dont vous êtes les serviteurs naturels ? Suivez donc ce séducteur, comme vous le désirez, puisque vous n’avez plus le courage de me servir, et vous verrez à quoi vous serviront ses mensonges ; et il les éloigna de lui. Que signifie cette parabole ? Ce Seigneur, c’est le Dieu tout puissant, qui soumet tous les peuples à son autorité, qui arma tout homme de raison et d’intelligence, lui commandant d’être courageux et vigilant avec les armes des vertus, en secouant la malice et la négligence. Mais, tandis que les hommes prennent la voie de la vérité, se disposant à persévérer dans l’observation des commandements divins : il leur vient de nombreuses tentations, de telle sorte qu’ils ont égard à Satan, le séducteur de l’univers, et l’artisan pervers de nombreuses victoires, non dans la voie de la vérité, mais au milieu des embûches et des mensonges. D’où il résulte, que quelques-uns d’entr’eux, plus amoureux de l’injustice que du devoir, séduits par le démon, s’efforcent davantage d’imiter les vices de l’antique séducteur, que d’embrasser les vertus divines. Et l’intelligence qu’ils devraient appliquer aux commandements de Dieu, ils la font servir à la satisfaction des vices de l’iniquité terrestre, et se soumettent à Satan. Leurs directeurs, qui sont comme leurs compagnons et leurs commensaux, viennent souvent à leur secours avec les saintes Écritures, leur reprochant leurs actes ; et ils les blâment de ce que, suivant les tromperies de Satan, ils attirent sur eux la vengeance céleste. Mais ils se moquent de leurs avis, et affirment dans leur orgueil qu’ils pèchent en de petites choses, dont Dieu n’est nullement offensé. Et comme ils persévèrent dans cette obstination, ils subissent la divine sentence, parce qu’il est objecté à ces esclaves de l’iniquité, le pourquoi ils ont obscurci leur intelligence, qui leur a été donnée d’en-haut, et le pourquoi ils ont accepté les mensonges de l’antique séducteur, et méprisé leur Créateur qu’ils devaient servir avec courage. Ainsi eux-mêmes, tombés dans le mépris de Dieu, sont livrés aux illusions de Satan, selon leurs œuvres (parce qu’ils n’ont pas voulu servir Dieu) ; ce en quoi ils sont forcés de considérer, que la séduction perverse ne leur a été d’aucune utilité ; puisqu’ainsi rejetés, ils encourent la damnation ; parce que, délaissant les préceptes divins, ils se sont efforcés de suivre Satan, de préférence à Dieu. Car je ne veux pas que les hommes me méprisent, eux qui doivent me connaître par la foi ; parce que s’ils me rejettent, pour suivre la créature qui les sert, imitant en cela l’antique serpent : alors moi je permets qu’il leur soit fait avec la créature et Satan, selon la concupiscence de leur cœur ; afin qu’ils expérimentent ce que peut leur rapporter la créature qu’ils ont adorée, et ce que peut leur octroyer Satan qu’ils ont suivi.
Eh ! ô hommes insensés ! pourquoi interrogez-vous la créature sur le temps de votre vie ? Nul de vous, en effet, ne peut connaître le temps de sa vie ; éviter ou dépasser celui qui a été déterminé par moi ; parce que, ô homme, lorsque ton salut, soit dans les choses temporelles, soit dans les spirituelles, sera accompli : tu changeras le présent siècle, pour passer à Celui qui n’a pas de fin. Car lorsque l’homme possède une si grande puissance qu’il m’aime plus ardemment que les autres créatures, de telle sorte que, sa conscience n’étant pas engourdie par le fétide péché, il évite les embâches de l’antique serpent : je ne sépare pas son esprit de son corps, avant qu’il ait pu mener à leur maturité ses fruits savoureux, qui sont d’une odeur suave. Mais celui que je considère comme si débile qu’il ne peut supporter mon joug, parmi les tentations du malin séducteur, et dans le pesant esclavage de son corps : je le retire de ce siècle, avant qu’il commence à se dessécher, dans le temps de la flétrissure de son âme ; car je sais tout. Je veux donner au genre humain toute justice pour sa sauvegarde ; de manière que nul ne puisse trouver une excuse, lorsque j’avertis et j’exhorte les hommes, à accomplir les œuvres de justice ; quand je leur inculque la peur du jugement de la mort, comme s’ils devaient bientôt mourir, bien qu’ils aient encore longtemps à vivre. Et je fais cela, parce que personne, si ce n’est selon le fruit que je vois dans l’homme, et selon la volonté par laquelle je lui concède de vivre, ne pourra jouir d’un autre temps, ou en disposer pour lui-même ; comme Job en rend témoignage par moi, lorsqu’il dit : Vous avez posé ses bornes, il ne les dépassera pas. Ce qui veut dire : Toi qui l’emportes sur tous, et qui prévois toutes choses, avant qu’elles ne se fassent : tu as aussi posé les bornes de la vie humaine, dans le secret de ta divine majesté ; de telle sorte que ni la science, ni la prudence, ni la ruse d’aucun être ne pourront passer outre dans l’âge de l’enfance, de la jeunesse et de la vieillesse des hommes ; et rien ne se fera, que selon la providence de tes secrets, à toi, qui as voulu que l’homme soit fait pour la gloire de ton nom. Car moi, ô homme, je t’ai connu avant la constitution du monde, et cependant je veux considérer tes jours, et discerner leurs fruits dans tes œuvres ; en examinant chacune de tes actions diligemment et avec un soin jaloux. Mais celui que je ravis soudainement à la vie temporelle, c’est qu’il ne lui est plus utile de vivre ; à tel point, que s’il lui était donné de prolonger encore ses jours, il n’en récolterait aucun fruit profitable ; et avec la tiédeur d’une foi charnelle, il enverrait (vers moi) comme une vaine fumée de futiles paroles, et il ne me toucherait pas par un élan intime de son cœur.
Aussi, je ne lui accorde pas de trèves pour cette vie ; mais, avant qu’il ne tombe dans la tiédeur de cette infertilité, je le retire de ce siècle. — Or, mon discours est pour toi, ô homme ! Pourquoi me méprises-tu ? Ne t’ai-je pas envoyé mes prophètes et donné mon Fils pour ton salut sur l’arbre de la croix ? et ne t’ai-je pas destiné mes apôtres, pour qu’ils te montrent la voie du salut par l’Évangile ?
Tu ne peux donc t’excuser de ne pas avoir reçu de moi tous les biens. Et pourquoi me laisses-tu de côté ? Mais tu recherches l’erreur perverse, qui consiste dans l’observation des étoiles, du feu, des oiseaux, ou des autres créatures de cette sorte ; pour y découvrir des signes de tes actions. Je ne puis le tolérer davantage ; parce que, tous ceux qui les premiers découvrirent cette erreur, au moyen de la vision diabolique, par le mépris de Dieu, abandonnèrent complètement ses préceptes ; et eux-mêmes furent méprisés. Mais moi je resplendis sur toute créature, dans l’éclat de ma divinité ; c’est pourquoi mes merveilles se sont manifestées dans mes saints : Aussi je ne veux plus que tu exerces cette erreur des divinations, mais je veux que tu regardes vers moi. Ô insensé, considère qui je suis ! considère que je suis le souverain bien. Aussi, je te donne tous les biens, lorsque tu me cherches diligemment. Et qui crois-tu que je sois ? Je suis Dieu, sur toutes choses, et en toutes choses. Mais tu veux me faire passer pour un rustique, qui craint son maître. Comment ? Tu veux que je fasse ta volonté, lorsque tu méprises res commandements ? Dieu n’est pas ainsi. Que signifie cela ? Lui, en effet, n’a pas le sentiment de ce qui commence, ni la crainte de ce qui finit. Les cieux retentissent de mes louanges en me contemplant ; et ils m’obéissent selon cette justice pour laquelle ils ont été créés par moi. Le soleil, la lune, les étoiles, apparaissent dans les nuées du ciel, selon la règle établie par moi. Les rafales des vents, les nuées pluvieuses courent dans les airs, comme il leur a été ordonné ; et toutes ces créatures obéissent à leur créateur, selon l’ordre qu’elles en ont reçu. Toi, au contraire, ô homme, tu n’observes pas mes commandements ; mais tu suis ta volonté, comme si la justice de la loi ne t’était pas démontrée et établie. Tu es dans un tel endurcissement, bien que tu ne sois que poussière, que la justice de ma loi ne te suffit pas, quoiqu’elle soit labourée et cultivée dans le sang de mon Fils, et bien triturée (comme le froment) dans mes saints de l’Ancien et du Nouveau Testament.