Scivias, ou Les trois livres des visions et révélations (page 8)
Et ensuite, je vis comme une tour ronde immense, formée d’une seule pierre intacte et resplendissante de blancheur, ayant trois fenêtres à son sommet, par lesquelles une si grande lumière éclata, que même le toit de la tour qui s’était érigé comme dans une cavité, se voyait sans nuage dans la clarté de cette lumière. Et ces fenêtres étaient environnées de superbes émeraudes. Et cette tour était posée au milieu du dos de la femme de la dite image, à l’instar de quelque tour placée dans les murs d’une ville, de telle sorte que cette image, à cause de sa force, ne pouvait tomber en ruines.
Et je vis les enfants qui entraient (comme il a été dit) dans le ventre de l’image, resplendissants d’une grande clarté ; parmi eux, les uns étaient ornés, du front jusqu’aux pieds, comme de rayons d’or ; les autres resplendissants de lumière n’avaient pas cette couleur. De même, quelques-uns d’entre eux contemplaient une splendeur pure et lucide, les autres une lueur pourpre et trouble tournée vers l’orient. Mais, parmi ceux qui considéraient la splendeur pure et lucide, quelques-uns, ayant des yeux clairvoyants et des pieds robustes, s’avançaient puissamment dans le ventre de cette image. Mais les autres, aux yeux faibles et aux pieds débiles, étaient poussés çà et là par le vent. Et, tenant un bâton dans leurs mains, ils couraient devant l’image et ils la frappaient quelquefois, mais faiblement.
Quelques-uns au contraire, aux yeux clairvoyants mais aux pieds débiles, couraient çà et là dans l’air devant l’image. D’autres avaient les yeux faibles mais des pieds robustes, et cependant, ils marchaient lentement devant l’image. Mais, parmi ceux qui regardaient cette lueur pourpre et trouble, les uns avançaient allègrement et bien ornés, dans ladite image ; d’autres, se retirant d’elle, la combattaient et ruinaient ses justes constitutions ; parmi eux, quelques-uns revenaient humblement à elle, par les fruits de pénitence ; d’autres, restaient par mépris dans l’orgueilleux endurcissement de la mort. — Et j’entendis, de nouveau une voix du ciel qui me disait :
De même que la nouvelle épouse de l’Agneau qui, après l’illustration des baptêmes, apparut dans le soleil de justice, qui a sanctifié le monde en le pénétrant de ses rayons, est embellie et confirmée dans la perfection de sa beauté : ainsi pareillement, l’homme fidèle qui reçoit la régénération par la vertu de l’esprit et de l’eau, doit être orné et fortifié par l’onction du docteur suprême ; afin que, façonné dans tous ses membres, dans le but de la béatitude, portant la plénitude du fruit de la souveraine justice, il recouvre parfaitement l’ornement de sa suprême beauté.
C’est pourquoi cette tour que tu vois, désigne l’embrasement des dons du St-Esprit, que le Père a envoyé dans le monde pour l’amour de son Fils, embrasant les cœurs de ses disciples de ses langues de feu ; par quoi ils devinrent plus forts, au nom de la Trinité sainté et véritable. Mais, que ces mêmes (disciples), avant la descente du Saint-Esprit, fussent assis enfermés dans leur cénacle : cela montre qu’ils avaient leur cœur fermé ; et ils étaient timides pour annoncer la justice de Dieu, et faibles pour supporter les peines de leurs adversaires.
Et parce qu’ils avaient vu mon Fils dans sa chair, ayant les yeux intérieurs (de l’âme) fermés, ils l’aimaient dans la chair, de telle sorte qu’ils ne voyaient pas alors la doctrine manifeste, qu’ils répandirent ensuite dans le monde, lorsqu’ils eurent reçu la force du St-Esprit. Et à sa venue, ils furent confirmés, de telle sorte qu’ils ne redoutaient désormais aucune peine, et qu’ils supportaient tout avec courage. C’est ce qui constitue la force de cette tour, par laquelle l’Église est si bien défendue, qu’aucune attaque de la fureur diabolique ne pourra l’emporter sur elle.
Mais, que tu la voies immense et ronde, ne formant qu’une seule pierre intacte dans sa blancheur, cela signifie que la douceur du St-Esprit est infinie, et qu’elle enveloppe de sa grâce toute créature ; de telle sorte que nulle corruption ne peut résister à sa vertu, dans l’intégrité de la plénitude de la justice ; parce que, ce torrent qui suit son cours, entraîne toutes les sources de sainteté dans les eaux limpides de son cours impétueux, dont aucune souillure ne vient ternir la clarté, parce que le St-Esprit lui-même est la lumière ardente et brillante, qui embrase puissamment les vertus éclatantes et ne s’éteint jamais ; et c’est pourquoi toutes les ténèbres s’évanouissent devant lui.
La tour a trois fenêtres à son sommet, d’où resplendit tant de lumière, que même le toit de cette tour, qui s’élève comme d’une cavité, s’aperçoit très clairement dans la splendeur de sa lumière, parce que l’ineffable Trinité se manifeste par l’effusion des dons de l’excellence du St-Esprit ; de telle sorte que, de la même bienheureuse Trinité, émane une si grande clarté de justice, par la doctrine des apôtres, que même de là, une puissante vertu de la divinité qui réside dans les hauteurs inaccessibles de sa toute puissante majesté, se manifeste ouvertement à l’homme, créature mortelle, autant qu’il lui est possible de l’entrevoir par la foi.
Aussi les fenêtres (de la tour) sont environnées de très belles émeraudes, car la bienheureuse Trinité est illustrée dans le monde entier, par les vigoureuses vertus et les afflictions des apôtres, dont la foi n’est jamais aride et stérile. Comment ? Parce qu’on sait de quelle manière ils ont été opprimés, à cause de leur foi en la vérité, par les persécutions des loups rapaces, ce qui les a rendus plus robustes pour livrer le combat, de telle sorte que, en combattant, ils constituèrent l’Église et ils la fortifièrent par de puissantes vertus, pour l’édification de la foi ; et ils l’ornèrent des splendeurs de la perfection. Et parce que l’Église, en vertu de l’inspiration du St-Esprit, s’est affermie dans ces perfections, elle veut et demande que ses fils soient ornés du signe du St-Esprit par son onction, de la même manière que le même St-Esprit pénétra le cœur des fidèles, par sa grande miséricorde qui est toute mystique, lorsque, sous la forme de langues de feu, par la volonté du Dieu le Père, il vint dans le monde. C’est pourquoi l’homme, purifié par le baptême du salut, doit être confirmé par l’onction du docteur suprême, de même que l’Église a été affermie sur la pierre inébranlable.
Aussi, cette tour est édifiée comme sur le milieu du dos de la dite femme de l’image, à l’instar d’une tour qui est placée dans le mur de la ville, de telle sorte que sa puissance la préserve de toute chute ; parce que le St-Esprit, en vertu de l’incarnation de celui qui est le véritable époux de l’Église, a accompli magnifiquement ses merveilles, et il a montré l’église si forte dans la défense de ses remparts, qu’à cause de cette force qui lui vient de ce don de flamme, elle ne peut jamais tomber dans l’erreur d’aucune perversité ; puisque, en vertu de la protection d’en haut, elle se réjouira toujours de l’amour de son époux, en conservant sa beauté sans tache et sans ride ; car mon Fils unique, conçu du St-Esprit, est né d’une vierge sans tache, ainsi que je l’ai dit à Moïse : Voici, dit-il, ce qui m’a été dit : Tu seras posée sur la pierre, et lorsque ma gloire passera, je te placerai dans le creux de la pierre ; et ma droite te protégera, jusqu’à ce que je passe, et que je retire ma main, afin que tu voies mes mystères. Que signifie cela ? Le miracle est proche, qui doit être accompli par ma volonté. Mais toi, d’abord, tu combattras à cause de la sévérité des préceptes légaux, en montrant leur vertu par leur signification extérieure, et tu ne rencontreras en eux ni la douceur, ni la suavité qui se trouvera dans mon Fils. Et cette dureté de la loi que tu graveras dans mon précepte, demeurera, pour la dureté des cœurs de pierre, jusqu’à ce que soit manifestée la gloire, qui doit m’être attribuée par toi et tes imitateurs avant la manifestation de mon Fils.
Et lorsque cela sera accompli dans la loi que tu écris, je serai glorifié, et je te placerai dans la pierre creusée. Comment ? Je te placerai dans la dureté de la loi lorsque, en vertu de mon précepte, je t’élèverai au-dessus d’elle, en te nommant le maître de cette antiquité que mon Fils traversera, en l’exposant plus que toi dans des paroles mystiques, lorsqu’au temps opportun, je l’enverrai dans le monde. Et c’est pourquoi sa force te protègera ; parce que lui, apportera des paroles plus tranchantes que les tiennes, et il découvrira ce qui est caché dans les préceptes légaux ; jusqu’à ce qu’il revienne vers moi. Que signifie cela ? Lui-même donnera corporellement des préceptes (paroles) salutaires au monde, jusqu’au temps où dans sa chair qu’il prendra d’une vierge, il subira corporellement la mort. Alors je lèverai ma main ; parce que je l’élèverai vers moi au-dessus des astres, découvrant tous ses mystères par le St-Esprit ; et ainsi tu verras son incarnation, comme un homme que l’on voit de dos et non de face, parce que tu le connaîtras incarné ; mais tu ne saisiras pas sa divinité, car tes fils le verront mieux lorsqu’il reviendra vers moi, qu’ils ne le comprendront lorsqu’il conversera visiblement avec eux.
Et comme tu vois, ces enfants qui pénètrent dans le ventre de l’image (ainsi qu’il a été dit), rayonnants d’une grande clarté, signifient que ceux qui ont obtenu la maternité de l’Église, comme il t’a été montré, par l’innocence de leur cœur purifié dans la fontaine de la régénération, sont les fils de lumière, à cause de la purification de leurs péchés. Parmi eux, les uns sont : ornés des pieds à la tête d’une auréole d’or ; parce que, du premier pas dans le chemin des bonnes œuvres jusqu’au sommet de la sainteté, ils sont ornés par la main du pontife, en vertu du saint chrème, des dons magnifiques du St-Esprit, dans l’onction de la vraie foi. Comment ? De même que les pierres précieuses décorent celui qui les porte : ainsi celui qui, avec la foi, reçoit l’onction du St-Chrême, par la main du docteur suprême, se montre orné de cette onction du baptême ; comme il est écrit : Le Roi traversait le torrent du Cédron, et tout le peuple s’avançait sur la voie des Oliviers qui regardait vers le désert. Que signifie cela ? Le Fils de la Vierge qui gouverne le monde entier, comme un roi terrestre, a traversé, pour le reste du peuple, les eaux torrentueuses du très saint baptême, ce qui, en vertu des saints désirs, sous l’inspiration du St-Esprit, indique la voie du salut. Que signifie cela ? Il est sorti de la mort pour passer à la vie, lorsque dans la régénération de l’Esprit et de l’eau, c’est-à-dire dans la splendeur de la céleste Jérusalem qui ne défaille jamais, il annonça la suprême béatitude. C’est pourquoi tout le peuple qui croyait en lui, marcha sous l’inspiration du St-Esprit, sur cette voie qui est signifiée mystérieusement par l’onction de l’huile, concernant la prévarication d’Adam, par laquelle avait été délaissée la beauté de l’héritage de la justice de Dieu ; et ayant pour but de faire revenir la postérité d’Adam sur la voie du salut ; parce que la blessure du péché du premier homme nécessitait l’onction sacerdotale ; mais il n’en était pas ainsi pour le fils de la Vierge, parce qu’il a été conçu dans la sainteté, sans que le sein de sa mère fût blessé ou souillé, mais conservant toujours la pureté parfaite. Car ce qui a été affaibli et troublé par la blessure occasionnée par la suggestion de Satan, doit être fortifié et orné par l’onction du saint chrême ; de telle sorte que la plaie sanglante que fait la concupiscence de la chair soit cicatrisée.
Mais d’autres, comme tu vois, ayant seulement la clarté, ne possédaient pas cette auréole d’or ; parce que, purifiés seulement dans l’ablution du baptême, ils n’avaient pas reçu l’onction du saint chrême, de la main du prêtre suprême (de l’évêque), qui est le signe resplendissant du St-Esprit. Que signifie cela ? L’onction de la confirmation, par le don du St-Esprit, appartient spécialement à l’office épiscopal, qui doit être exercé pour le peuple fidèle après la régénération de l’Esprit et de l’eau, lorsque l’homme croyant doit être confirmé (affermi) sur la pierre inébranlable. Comment ? Mon Fils a reçu le baptême dans son corps, le sanctifiant ainsi par sa chair ; dans laquelle il n’est pas divisé ; parce que lui seul il est le Fils vivant de la Vierge ; et c’est pourquoi, il est appelé le Fils de l’homme, parce que cette vierge ne l’a pas conçu de son sein, comme les autres femmes, mais elle l’a enfanté de l’intégrité de sa virginité. Et après les tourments de la passion et la gloire de sa résurrection, il rentra dans le ciel avec sa chair, en revenant à moi ; et ensuite le St-Esprit illumina le monde de l’ardeur de sa flamme, confirmant toute justice dans les cœurs de ses disciples, lorsqu’il leur découvrit ce qui leur était voilé auparavant. Comment ? Le St-Esprit embrasa leur cœur, comme le soleil, lorsqu’il commence d’apparaître sous le nuage, manifeste sa chaleur ardente dans la splendeur de sa lumière. Comment cela ? L’amour de mon Fils brûlait secrètement leur âme ; et ainsi la chaleur du St-Esprit les pénétrant, faisait resplendir le soleil puissant de leur doctrine ; car tel est le témoignage que le St-Esprit rendit à l’Église que la mort ne peut résister à la justice de Dieu. C’est pourquoi vous, ô fils de la vérité, écoutez et comprenez la confirmation du St-Esprit, qu’il vous offre lui-même avec bonté, par l’onction suave de son magistère, de qui dépendent toutes les autres onctions. Et c’est pourquoi cette onction doit être administrée seulement par l’évêque ; parce que tout ordre ecclésiastique a été institué par le St-Esprit, et cette onction est du St-Esprit. Aussi l’homme qui accepte le mystère de la régénération pour la vie, s’il n’est pas oint de cette manière, ne reçoit pas l’ornement (de la grâce), que confère la plénitude (du pouvoir) ecclésiastique, dont est ornée l’Église par l’amour ardent du St-Esprit, comme il a été montré plus haut.
Mais, de même que l’Église est perfectionnée par les dons du St-Esprit, ainsi l’homme fidèle doit être confirmé par l’onction du premier docteur (de l’évêque) qui, par honneur pour le St-Esprit, exerce une magistrature redoutable ; car le même St-Esprit pénètre et embrase le peuple chrétien de la certitude de sa doctrine. C’est pourquoi, ceux qui pendant cette onction du St-Esprit ont été unis à celui qui la recevait, ne peuvent lui être joints par le lien charnel, parce qu’ils lui sont unis dans le St-Esprit. Que signifie cela ? La foi entraîne l’homme à recevoir cette onction, et celui qui le tient alors par les mains désigne la foi, qui ne recherche pas les choses charnelles, mais ne tend que vers les choses spirituelles. Car mon regard voit comment l’homme doit venir à moi par ses œuvres.
Que si toi, ô homme, tu m’abandonnes. après le baptême, et tu retournes vers le démon, tu seras condamné par un juste jugement ; car je t’ai communiqué le don magnifique de l’intelligence, et j’ai déployé pour toi ma miséricorde dans la fontaine du baptême. Car tous ceux qui cherchent ma miséricorde dans le baptême, la découvrent sans peine, à cause de mon Fils qui est venu dans le monde et qui a supporté de nombreux labeurs dans son corps ; et c’est : pourquoi, ô homme, tu dois supporter patiemment les combats de l’âme et du corps ; et, à cause de mon Fils, je te recevrai ; car nul ne doit être repoussé de la purification. du baptême, parmi ceux qui le recherchent fidèlement, en mon nom ; parce que, quel que soit le temps où l’homme me recherche, je le reçois avec amour. Que si ses œuvres sont dans la suite mauvaises, elles. le jugent elles-mêmes pour la mort. C’est pourquoi, ô homme, plonge-toi dans la régénération du Sauveur, et oins-toi de l’onction de sainteté ; fuis la mort, et imite la vie. Car la mère des fidèles, qui est l’Église, pour que ses fils évitent la mort et trouvent la vie, prie fidèlement pour eux. Comment ? Elle a une voix suppliante à l’égard de ses fils ; et elle la gardera, jusqu’à ce que la plénitude de ses fils soit rentrée dans le tabernacle de la cité d’en haut. Et elle possède cette voix, pour m’avertir, moi qui suis avant les siècles, de voir et considérer toujours que mon Fils unique s’est incarné, afin que je pardonne, pour son amour, à ses fils qu’elle a elle-même recueillis dans la régénération de l’esprit et de l’eau ; parce qu’ils ne peuvent entrer dans le royaume céleste, si ce n’est par la porte du salut. C’est pourquoi elle parle ainsi : Craignez le Père ! Aimez le Fils ! et embrasez-vous dans le St-Esprit ! Comment ? Cette voix lui a été donnée de moi Père, par mon Fils, dans le St-Esprit ; et c’est une voix qui résonne comme la trompette dans la cité. Et elle ne parle pas d’une autre manière envers ses fils. Et de cette manière le Dieu très fort est averti par son Fils, de pardonner aux hommes pécheurs, qui doivent être tolérés, en vue de la pénitence, sans encourir la perdition ; parce que le Fils de Dieu lui-même a revêtu l’humanité sans péché. Il ne pouvait revêtir la chair souillée, qui est conçue de la semence du péché ; parce que Dieu est juste, et la splendeur du royaume céleste ne peut être souillée de la boue du péché. Et comment pouvait-il se faire que l’homme qui s’est déshonoré par son abjection, rentrât dans le royaume d’en haut, si ce n’est par mon Fils incarné sans péché, qui reçoit les pécheurs purifiés par la pénitence ? Et qui pourrait accomplir ce prodige si ce n’est Dieu ? Aussi l’Église se retourne vers ses fils et les favorise de sa maternelle dilection.
Mais que tu voies, parmi les enfants précités, les uns regardant une lumière pure et lucide, les autres une lueur pourpre et trouble du côté de l’Orient : cela signifie que parmi les fils que l’Église, par la vertu de Dieu, fait sortir de la corruption, pour leur donner l’innocence : quelques-uns, par amour du vrai soleil, foulant aux pieds les biens de la terre, sont attentifs à la pureté de la vie spirituelle, qui resplendit dans la vertu sereine ; mais d’autres, ayant des facultés charnelles que trouble la diversité des vices, et cependant restant fidèlement dans la vraie foi, aspirent aussi vers les choses éternelles, par une rétribution suprême. — Et parmi ceux qui considèrent la splendeur pure et lucide, les uns ont les yeux clairs et les pieds fermes, et s’avancent puissamment dans le ventre de l’image, parce que ceux-ci, lorsqu’ils recherchent les biens célestes, placent dans les commandements de Dieu la vue d’une juste considération, et s’avancent pour atteindre le but véritable, marchant entourés tellement de l’amour maternel que, ni dans les choses du temps ni dans celles de l’éternité, ils ne changent la droiture de leur intention. Mais les autres ont les yeux faibles et les pieds débiles, parce qu’ils n’ont pas l’intention droite, et ne prennent aucune résolution virile, pour les œuvres de perfection ; c’est pourquoi, ils sont jetés par le vent en tous sens ; car, dans la diversité des mœurs, ils se perdent dans les multiples tentations de l’orgueil. Mais ils tiennent un bâton dans leurs mains, s’agitent devant l’image, et la heurtent parfois mais sans force ; parce que, plaçant une ferme confiance dans leurs œuvres, ils se montrent à l’Église de Dieu avec une réputation fausse ; et ils l’illustrent parfois, mais d’une manière insensée, par la sagesse du siècle ; et lorsque, par une vaine ressemblance, ils passent pour sages aux yeux des hommes, ils sont insensés aux yeux de Dieu, à cause de leur futile gloire.
Quelques-uns, aux yeux sereins mais aux pieds débiles, vont çà et là dans l’air devant cette image ; parce que, comme les divins préceptes leur sont connus, par le regard de la réflexion, ils sont cependant hésitants lorsqu’il s’agit de les remplir ; et ils se manifestent à l’épouse du Christ, dans le cours de leur propre instabilité, comme cherchant la sagesse dans l’ombre, pensant l’avoir en leur puissance avant qu’elle pénètre dans leur esprit, et ils n’en obtiennent aucune vertu. Mais d’autres, ont des yeux faibles et des pieds fermes, et cependant ils marchent débilement devant la même image ; parce qu’ils n’ont qu’une faible intention (dans l’accomplissement) des œuvres bonnes, lorsqu’ils devraient avancer courageusement dans les œuvres de justice. Mais ils marchent péniblement dans les devoirs ecclésiastiques, parce que leur esprit s’attache davantage aux choses terrestres qu’aux choses célestes ; et c’est pourquoi ils sont insensés aux yeux de Dieu, car ils veulent comprendre, par leur sagesse humaine, ce qu’ils ne peuvent atteindre. Mais, parmi ceux qui considèrent cette lueur trouble et rouge, les uns, ornés magnifiquement, s’avancent avec courage dans la dite image ; parce que, bien qu’ils possèdent les biens terrestres, cependant, comme ils apportent dans le sein de l’Église le trésor de leurs labeurs, ils ne dédaignent pas de marcher droit dans le chemin de la loi divine ; et, obéissant aux commandements de Dieu, ils recueillent les pèlerins, vêtent ceux qui sont nus, et nourrissent ceux qui ont faim. Oh ! comme ils sont heureux ceux-là ! car, de cette manière, ils reçoivent Dieu ; et lui même habite avec eux. Mais d’autres, se détournant de la dite image, la combattent, et troublent ses institutions ; car, ceux-ci abandonnant le sein maternel et les douceurs de l’Église, la fatiguent de multiples erreurs, et déchirent ses lois établies, par diverses oppressions. Parmi eux, quelques-uns reviennent humblement à elle, par les fruits de pénitences ; car, comme ils sont tombés gravement, ils se punissent sévèrement, pour l’amendement de leur vie par la pénitence ; mais d’autres, par le mépris de l’obstination, demeurent dans l’orgueil de la mort, négligeant la vie dans l’endurcissement de leur cœur ; et pour leur folle impénitence, ils reçoivent le jugement de mort, comme dit Ezéchiel dans une vision mystique : Le roi pleurera, et le prince sera revêtu de tristesse, et les mains du peuple de la terre seront toutes tremblantes. Je les traiterai selon leur voie, et je les jugerai selon leurs jugements, et ils sauront que je suis le Seigneur. Que signifient ces paroles ? L’âme dans laquelle se trouve la raison souveraine, lorsqu’elle sent la délectation du péché, comme elle connaît le mal, reprend son funeste consentement. Comment ? Parce que sa raison est inspirée par la sagesse et la science de Dieu, et bien qu’elle s’accorde avec le corps, cependant elle considère le mal comme indigne et sent sa méchanceté. C’est pourquoi lorsqu’elle est souillée de divers crimes par les œuvres de la chair, faisant entendre des soupirs, elle aspire vers Dieu. Et lorsque l’œuvre criminelle est accomplie avec l’esprit de superbe : alors le corps comme un prince d’ignominie est revêtu de confusion, lorsqu’il exerce sa suprématie parmi les splendeurs ; parce que, de même que l’homme se plaint lorsqu’il est revêtu de vêtements indignes ; ainsi pareillement, il s’attriste lorsque les rumeurs d’infamie procèdent de lui pour sa confusion.
C’est pourquoi les mauvaises œuvres de ces hommes, qui se perchent vers la terre pour accomplir les actes mauvais, sont troublées (par le souvenir) des préceptes divins, car ils n’ont pas les vêtements du salut, c’est-à-dire qu’ils ne jouissent pas de la béatitude avec Dieu ; et ceux auxquels manque cette félicité sont pleins de trouble et de confusion. Et c’est pourquoi ceux qui suivent sans cesse la voie de l’iniquité et se plaisent dans le péché, n’accomplissant aucune justice sous l’inspiration du St-Esprit, n’auront aucun droit à ma miséricorde ; parce que n’ayant nulle science du bien ils ne me craignent pas, mais dans leur rage de l’iniquité ils me fatiguent, moi Créateur de toutes choses, en faisant tout ce qu’ils veulent. C’est pourquoi je les jugerai selon leur propre justice, c’est-à-dire, selon les œuvres qu’ils accomplissent pour satisfaire leurs désirs ; ne leur réservant aucune félicité, mais leur opposant des peines pour leur perdition ; car ils ne me rendent aucun honneur. Et ils apprendront par là, que nul ne saurait les délivrer, si ce n’est moi qui suis le Seigneur de toutes choses. Mais que celui qui considère ces choses de ses yeux vigilants, et les écoute de ses oreilles attentives, embrasse amoureusement ces paroles mystiques, qui émanent de moi qui suis la Vie.
VISION CINQUIÈME
Sommaire : Que les apôtres et leurs servants qui les suivent, c’est-à-dire les prêtres ornent splendidement l’église par leur doctrine. — Exemple d’Abel. — Que les ministres de l’Église doivent garder la chasteté. Que ceux qui parmi eux vivent régulièrement, assujettis à une règle sans le souci des choses matérielles, acquièrent une récompense infinie. — De l’état de perfection excellente de l’allégresse virginale. De l’image d’une vierge, — De la foule merveilleusement ornée qui l’environne. — Paroles de Jean sur le même sujet. — Que la virginité vouée à Dieu doit être conservée prudemment. Ce qu’elle devient, le pacte de virginité étant rompu, elle manque de la fleur d’intégrité, et n’est plus considérée comme maîtresse, mais comme servante. — Exemple sur le même sujet. — Qu’il y a une grande différence entre le désir céleste et la concupiscence terrestre, de telle sorte que, sans le sang du Fils de Dieu, l’homme n’est pas été racheté, — De ceux qui, imitant la passion du Christ dans leur ardente charité, sont comme son parfum vivant, et prennent le chemin de la régénération mystérieuse. — Paroles de l’Évangile sur le même sujet. — Que la race des vierges et cet ordre qui fait vœu de suivre le chemin du secret renouvellement, ne sont pas dans le précepte de la loi. — Exemple de Jean sur le même sujet. — Que ceux qui font vœu de suivre le chemin de la perfection pour la nécessité et l’utilité de l’Église, reçoivent le gouvernement ecclésiastique, renonçant à la contagion des biens terrestres, — Paroles de l’Évangile de Jean. — Que par leurs vêtements, différents des autres, est signifié l’incarnation et la sépulture du Christ. — Que la première lueur du jour désigne la doctrine apostolique ; l’aurore, le commencement de cette institution ; — le soleil, la voie parfaite en Benoit qui est comme un autre Moïse, — Ceux qui sont éprouvés dans cette Institution reçoivent, pour la nécessité de l’Église, la plénitude du sacerdoce. Que nul n’entreprenne inconsidérément de rentrer dans cette voie, s’il ne s’est éprouvé intimement. — Que le séculier, qui conserve la loi de Dieu, orne beaucoup l’Église du Dieu. — Que le mari et la femme ne peuvent s’abandonner l’un l’autre pour suivre la voie parfaite, si ce n’est par la volonté des deux. — Paroles de l’Évangile. Que les dites Institutions ecclésiastiques consolident l’Église par sa hiérarchie et ses ordres, Que dans chaque ordre il faut garder la concorde, éviter la diversité des mœurs, la singularité et la nouveauté de vie et de vêtements, — Parole de Jean sur le même sujet. — Comparaison des artisans. — Qu’à chacun doit suffire, dans son humilité, la règle de ses prédécesseurs — Paroles de l’Évangile sur le même sujet. — L’Évangile sur ceux qui se font des lois, selon leur cœur. — Nouvelles paroles de l’Évangile. — Que dans ses nouveautés Dieu en repousse quelques-uns, il en tolère tacitement d’autres, mais il se réserve de les juger dans l’avenir. Que du degré inférieur, il convient de monter au supérieur, non du supérieur (de descendre) à l’inférieur. Exemple des âmes et des anges. Que ceux qui, étant la règle vivante, font vœu de suivre le chemin de la secrète régénération, désignent le grain qui fait la nourriture des forts, leurs aides désignent le fruit d’un goût suave ; et le peuple séculier désigne la chair. — Que ces trois ordres ecclésiastiques suivent une double voie. — Celui qui abandonnera le caractère religieux accepté dans la volonté de son cœur, subira le jugement d’un examen sévère. Paroles de David sur le même sujet — Que ceux qui, non par amour divin, mais poussés par quelque mesure séculière, recoivent le signe d’une religion feinte, ressemblent à Balaam, — Exemple de Balaam, — Qui reçoit imprudemment le signe de religion (l’habit religieux), et s’acquitte mal (de ses devoirs), va à sa ruine. — Paroles de Jérémie sur le même sujet. — Que celui qui veut soumettre ses enfants à une règle sainte, le fasse non imprudemment mais sagement, avec leur consentement, sans aucune contrainte, — Exemple du champ. Celui qui détourne, par sa malice, ceux qui voulaient suivre Dieu, commet un sacrilège. — Paroles de Moïse, — Celui qui volontairement entreprend le service de Dieu et le néglige ensuite, doit être rappelé sévèrement. — Paroles de l’Évangile, — Ceux qui étant assujettis à une règle, ne veulent nullement être corrigés, doivent être chassés de peur qu’ils ne pervertissent le troupeau du Seigneur. Paroles de l’apôtre sur le même sujet. — Que ceux qui feignent d’être convertis, s’abusent eux-mêmes, et que ceux qui se convertissent de tout cœur sont agréés par Dieu. — Paroles de David sur le même sujet. — Que l’impénitent qui blasphème contre le St-Esprit, et celui qui se précipite lui-même dans la mort, Dieu les ignore. — Paroles de l’Évangile. — Paroles de David sur le même sujet. — Sur qui retombe le blasphème du désespoir ; — si dans les tourments il se relève, Dieu lui vient aussitôt en aide, Que celui là tombe dans la perdition qui sépare le corps et l’âme que Dieu a unis, — Paroles de l’Évangile.
Aprés ces choses, je vis qu’une certaine splendeur blanche comme la neige et translucide comme le cristal reluisait autour de la dite image de femme, du sommet de la téte jusqu’à la gorge. Mais, de la gorge jusqu’à l’ombilic, une autre splendeur pourpre l’environnait qui, de la gorge jusqu’aux mamelles, brillait comme l’aurore ; mais, des mamelles jusqu’à l’ombilic resplendissait comme la pourpre mélée d’hyacinthe. Et, où brillait l’aurore, elle étendit sa clarté dans les hauteurs des mystères du ciel ; et, dans cette clarté, une très belle image de vierge apparut, ayant la tête sans voile ombragée : d’une chevelure noire, et son corps revétu d’une tunique rouge, qui se répandait en longs plis sur ses pieds. Et j’entendis une voix du ciel qui disait : C’est la fleur de la céleste Sion, la mère et la reine des roses et des lis de la vallée. Ô fleur tu seras épousée par le fils du roi tout-puissant, auquel tu engendreras une race fameuse, lorsque ton temps sera venu. Et, autour de cette vierge, je vis une grande foule d’hommes plus resplendissants que le soleil, et qui tous étaient ornés merveilleusement d’or et de pierres précieuses ; et quelques-uns d’entre eux avaient la tête environnée de voiles blancs et d’une couronne d’or ; au sommet de leur tête, l’image de l’ineffable Trinité ; ainsi que le type m’en fut montré : elle apparut, à travers ces voiles, comme sculptée dans une sphère ; et, sur le front (de ces hommes) l’Agneau de Dieu ; et, à leur cou, l’image de l’homme ; et, à l’oreille droite, un chérubin ; et, à l’oreille gauche, une autre figure angélique ; de telle sorte que, de l’image même de la glorieuse Trinité, comme un rayon d’or était projeté vers ces figures (d’hommes). Mais, parmi eux, d’autres apparurent qui avaient des mitres sur leurs têtes, et le pallium de la charge épiscopale sur leurs épaules. Et de nouveau j’entendis une voix d’en haut qui disait : Ce sont les filles de Sion ; et, avec elles, sont les cithares des cithares, et tous les genres d’harmonie, et la voix de toute allégresse, et la joie de toutes les joies. Mais, sous la même splendeur, au point où il semblait que l’aurore resplendissait, je vis, entre le ciel et la terre, apparaître d’épaisses ténèbres, qui inspiraient une telle épouvante, que la langue humaine ne peut l’exprimer. Et de nouveau j’entendis une voix du ciel qui disait : Si le Fils de Dieu n’était pas mort sur la croix, ces ténèbres ne permettraient nullement à l’homme de parvenir à la suprême clarté. Mais, où cette splendeur reluisait d’une lumière, empourprée mêlée d’hyacinthe, s’unissant étroitement à la dite image de femme, elle étincelait. Mais une autre splendeur, comme une nuée blanche, environnait l’image de l’ombilic au sommet, sans toutefois s’étendre plus loin. Et ces trois splendeurs, rayonnant au loin autour de l’image, montraient en elle plusieurs degrés et échelons bien et décemment ordonnés. Mais en voyant ces choses, dans la grande frayeur qui s’empara de moi, je tombai à terre sans forces, et je ne pus répondre à personne. Et voici que dans une splendeur magnifique, je me sentis touchée comme par une main, et ce contact me rendit la force et la voix. Et j’entendis de nouveau une voix qui me disait : Ce sont là de grands mystères ! Considère en effet le soleil, la lune et les étoiles. J’ai formé le soleil afin qu’il luise pendant le jour, et la lune et les étoiles afin qu’elles luisent pendant la nuit. Le soleil signifie mon Fils, qui sortit de mon cœur et illumina le monde, lorsqu’il naquit d’une vierge, à la fin des temps (prescrits), comme le soleil en naissant illumine le monde, lorsqu’il apparaît à la fin de la nuit. Mais la lune désigne l’Église, unie à mon Fils dans de véritables et suprêmes épousailles. Et de même que la lune a toujours en sa constitution, des moments de croissance et de décroissance, et ne tire sa lumière que de celle du soleil, ainsi est l’Église dans son évolution, de telle sorte que ses fils avancent souvent dans l’accroissement des vertus, et souvent ils décroissent dans la diversité des mœurs, et dans les persécutions ; de telle sorte que, souvent elle est combattue en ses mystères par des loups rapaces ; en sa foi par des hommes mauvais, tant chrétiens que juifs, et les autres infidèles ; et, à cause de cela, elle ne brille pas en elle-même, pour la tolérance ; mais elle est éclairée en moi par mon Fils, afin qu’elle persévère dans le bien.
Les étoiles différentes les unes des autres par l’éclat de leur lumière, signifient les peuples de divers ordres de la religion de l’église.
Mais la splendeur blanche comme la neige et translucide comme le cristal, que tu vois environnant la dite image de femme, du sommet de la tête jusqu’à la gorge, signifie que l’Église des fidèles, épouse incorruptible du Fils de Dieu, est environnée de la doctrine apostolique, qui annonça l’incarnation lumineuse de celui qui du ciel descendit dans le sein d’une vierge, et qui est le miroir très puissant et très lucide de tous les croyants ; de telle sorte que cette doctrine, du jour où elle commença à édifier cette même Église, jusqu’au temps où elle put se nourrir puissamment du pain de vie, l’environna fidèlement, en l’illuminant magnifiquement. Comment ? La doctrine apostolique auréola la tête de l’Église, lorsque les apôtres commencèrent d’abord à l’édifier par leur prédication ; lorsque, allant en divers lieux, ils assemblaient des ouvriers qui la fortifiaient dans la foi catholique, et qui lui fournissaient des prêtres, des évêques, à tous les degrés de la hiérarchie ecclésiastique, et déterminaient les droits des hommes et des femmes engagés dans les liens du mariage, et les autres choses semblables. C’est pourquoi suivent la même doctrine les servants, qui ressemblaient aux prêtres du témoignage légal, qui sous la loi de la circoncision étaient placés pour nourrir le peuple, de la nourriture intérieure ; et c’est pourquoi les apôtres choisissaient ces ordres, sous l’inspiration d’en haut, pour en orner l’Église. Pourquoi cela ? Car leurs suivants, portant à leur place les bienfaits salutaires, parcourent fidèlement les rues des bourgs, des villes et toutes les régions de la terre, pour annoncer au peuple la loi divine. Car ils sont eux-mêmes des pères et des dispensateurs d’élite, pour répandre par leur doctrine la discipline ecclésiastique dans tout le peuple et lui dispenser la nourriture de vie ; et ils se montrent tels dans leur vie, que mes brebis ne soient pas offensées par leurs œuvres, mais qu’elles marchent dignement après eux, parce qu’ils ont pour office de distribuer ouvertement au peuple le pain de vie ; et afin qu’ils accomplissent fidèlement leur devoir vis à vis de chacun, ils se contraignent eux-mêmes à ne pas désirer l’union charnelle, parce qu’ils doivent distribuer aux croyants la nourriture spirituelle, et offrir à Dieu un sacrifice immaculé, ainsi que l’indique la figure d’Abel dont il est écrit : Abel offrit aussi les prémices de ses troupeaux et de ce qu’ils avaient de meilleur. Que signifie cela ? À l’origine du siècle naissant la sanctification du roi qui devait paraître, resplendit en celui qui menait une vie innocente, ce qui émut la demeure du Dieu tout-puissant, non la terre mais le ciel. Comment ? Parce qu’Abel, en son intégrité, offrit à Dieu l’intention de sa volonté et la plénitude de cette même volonté, lorsqu’il pensa, dans son cœur, à lui offrir le premier fruit qu’il recueillit de son propre bien, et qu’il accomplit ce devoir d’une manière parfaite, honorant ainsi dans sa fidélité le père d’en haut, et lui rendant le culte qui lui est dû. Et de même aussi qu’Abel eut la charge de son troupeau et le conduisit dans les pâturages, et qu’il offrit à Dieu, avec un cœur simple, ses prémices et les plus beaux de ses fruits : ainsi pareillement, ceux qui sont destinés à guider les fils de l’Église, c’est-à-dire à paître les brebis du Christ, doivent les nourrir fidèlement des paroles de la doctrine, suivant les règles ecclésiastiques, les prémunir fortement contre les embûches de l’antique imposteur, et offrir à celui qui voit toutes choses des dons parfaits, avec une attention scrupuleuse. Comment ? Car, s’ils ne peuvent pas faire que tous ces dons soient parfaits en toute chose, qu’ils en offrent à Dieu quelqu’un de tel, sortant de leur troupeau, et tout d’abord l’intention droite de leur bonne volonté, qui est comme le germe des prémices de leur troupeau, et ensuite l’œuvre parfaite dans son accomplissement par leur volonté, qui est comme le fruit suave et choisi parmi les meilleurs. Mais d’où vint qu’Abel honora Dieu d’une manière si parfaite ? La pureté de son innocence lui inspirait un tel amour.
C’est pourquoi ceux qui sont consacrés : pour offrir à Dieu le sacrifice sacro-saint, doivent approcher de son autel dans l’innocence de la chasteté ; parce que s’ils sont eux-mêmes les auteurs de la corruption, comment pourront-ils appliquer le remède salutaire, sur les blessures de ceux qui sont corrompus ? Par conséquent, afin qu’ils puissent d’autant plus sûrement administrer le remède aux autres, je veux qu’ils imitent courageusement mon Fils, dans : l’amour de la chasteté. Que s’ils viennent à tomber, qu’ils se hâtent de se relever aussitôt par la pénitence, et qu’ils fuient l’ignominie du péché, en recherchant la médecine salutaire, et en imitant fidèlement Abel dont le sacrifice était agréable à Dieu. Mais ceux qui parmi eux se tiennent, par amour de mon Fils, dans une étroite subordination, et considèrent dans leurs mœurs le relèvement des méchants, qu’ils entreprennent sous mon inspiration sans avoir le souci des choses extérieures, bien qu’ils n’en aient pas la charge onéreuse, parce qu’ils sont soumis à leurs supérieurs, en vue des récompenses éternelles, ils acquièrent pour eux-mêmes, dans la cité des élus, la même récompense infinie.
Mais tu vois que, de la gorge à l’ombilic de cette même image, une autre splendeur, de couleur pourpre, l’environne : c’est parce qu’après la doctrine des apôtres, lorsque l’Église est devenue si puissante, qu’elle peut véritablement discerner la nourriture salutaire, et la transmettre aux parties d’elle-même qui veulent augmenter leur force : alors la remarquable perfection de la religion de l’Église se manifeste, capable d’apprécier dans son amour ardent la suprême douceur ; et se contraignant sévèrement, elle vise à l’accroissement de sa force secrète, sans parvenir cependant à se séparer de l’amertume charnelle, parce qu’elle méprise le lien charnel. Comment ? Car, la même splendeur rayonne, de sa gorge jusqu’à ses mamelles, comme l’aurore ; parce que cette perfection, dans une merveilleuse effloraison, s’épanouit dans l’allégresse virginale, pour le parfait entretien de l’Église ; de telle sorte que, des mamelles jusqu’à l’ombilic, une splendeur pourpre mêlée d’hyacinthe brille ; parce qu’elle se munit, par une valeureuse éducation, pour le maintien de la chasteté intime, en imitant la passion de mon Fils, à cause de l’amour ardent qu’elle garde toujours dans son cœur.
C’est pourquoi, où elle brille comme l’aurore, elle étend sa clarté en haut vers les mystères du ciel ; car cette perfection qui fleurit en l’honneur de la virginité, dirige merveilleusement sa vertu, non en bas vers les choses terrestres, mais en haut vers les choses du ciel.
Et, dans cette clarté, une très belle image de vierge apparaît, dont la tête sans voile est ornée d’une chevelure noire : c’est la sereine virginité, innocente de toute souillure de l’humaine concupiscence, ayant son esprit dégagé de tout lien de corruption, mais cependant ne pouvant détourner complètement encore la fatigue des pensées ténébreuses, dans ses fils, tant qu’ils sont dans le monde, tout en s’y opposant fortement pour y résister. C’est pourquoi elle est revêtue d’une tunique rouge, qui tombe en longs plis sur ses pieds ; car elle persévère dans la peine des labeurs, pour l’accomplissement des bonnes œuvres, jusqu’au complet épanouissement de sa perfection bienheureuse, environnée de toutes les vertus, imitant en cela celui qui est la plénitude de la sainteté.
Et, comme il t’est montré dans le secret de la lumière d’en haut : elle est de la race illustre entre toutes dans la céleste Jérusalem, à savoir, la gloire et l’honneur de ceux qui, par amour de la virginité, versèrent leur sang ; et qui, dans la candeur de l’humilité, conservant leur virginité pour le Christ, reposèrent dans la suavité de la paix ; parce qu’elle est l’épouse du Fils de Dieu tout-puissant, qui est le roi suprême ; et qu’elle lui enfante une race très noble, c’est-à-dire le cœur très pur des vierges ; lorsqu’elle prend des forces en s’avançant dans la paix de l’Église.
Mais tu vois, autour de la même vierge, une grande foule d’hommes plus resplendissante que le soleil, et ces hommes sont merveilleusement ornés d’or et de pierres précieuses : C’est quant au principal chœur des vierges, embrassant d’un amour ardent la très noble virginité, et brillant tous devant Dieu, d’une lumière plus éclatante que le soleil sur la terre ; parce que se méprisant eux-mêmes, ils vainquirent virilement la mort : ce qui fait qu’ils sont ornés merveilleusement par la suprême sagesse, à cause des œuvres très belles qu’ils ont accomplies humblement, pour le Christ.
C’est pourquoi quelques-uns d’entre eux ont leurs têtes couvertes de voiles blancs, couronnées d’un cercle d’or, parce que, resplendissants de la gloire de la virginité, ils manifestent que ceux qui ambitionnent l’honneur de cette vertu, préservent leur esprit de toute ardeur mauvaise ; et ornés de la très pure lumière de chasteté, ils acquièrent dans leur fidélité, la candeur de l’innocence.
Au-dessus de toutes ces merveilles, l’image de l’ineffable Trinité, ainsi qu’il t’a été montré plus haut, apparaît comme gravée, en forme de sphère, sur les voiles mêmes ; pour montrer que les intentions des hommes recherchent fermement et vaillamment, dans la connaissance de l’amour et la stabilité de la chasteté, l’honneur de la suprême et glorieuse Trinité ; ainsi qu’il t’a été montré, d’une manière véritable dans la manifestation du mystère. Qu’ils aient sur leurs fronts l’Agneau de Dieu, et à leur cou, l’image de l’homme, et, à l’oreille droite, un chérubin, et, à la gauche, une autre forme angélique : cela indique que, pour l’honneur de leur chasteté, ils imitent la mansuétude du fils de Dieu, en abaissant l’insolence de l’orgueil superbe ; et se considérant comme des hommes débiles, ils embrassent dans leur prospérité, la véritable et éternelle science ; et, quand vient l’adversité, ils désirent le secours des anges ; de telle sorte que, de cette image de la gloire de la suprême Trinité, rayonne sur ces figures comme un rayon d’or ; car, l’ineffable Trinité ne cesse d’opérer les merveilles des miracles de sa profonde sagesse, en faveur des hommes fidèles qui cherchent la vertu et fuient les séductions diaboliques.
Mais, parmi eux, d’autres apparaissent, portant sur leurs têtes des mitres, et, sur leurs épaules, le pallium de la charge épiscopale, parce que, parmi ceux qui fleurissent en l’honneur de la virginité, quelques-uns, dans la cité d’en haut, tout en exerçant noblement dans le siècle la charge des anciens pères et la gloire de la suprême magistrature, ne perdirent pas cependant l’honneur de la virginité. De là, comme tu l’entends, tous ceux qui avec des soupirs, pour mon amour, conservèrent leur intégrité, sont appelés les filles de Sion dans la demeure céleste, parce qu’ils ont imité mon fils, par amour de la virginité. C’est pourquoi ils se trouvent parmi les échos sonores des esprits et les invocations de toutes les mélodies, et les merveilles des esprits agiles, et la vision d’or des pierres et des perles resplendissantes. Comment ? Car du trône du Fils de Dieu une voix résonne, à laquelle s’harmonise tout le chœur des vierges, dans un désir ardent, en chantant la nouvelle symphonie, comme Jean mon bien-aimé vierge en rend témoignage en disant :
« Et il chantait comme un cantique nouveau devant le trône, et devant les quatre animaux, et devant les vieillards »
Que signifie cela ? Dans ces âmes fidèles qui, embrassant dans une intention pure la chasteté, conservent sans souillure leur virginité, pour l’amour de Dieu, leur bonne volonté éclate pour la gloire du Créateur. Comment ? Car, dans l’aurore de la virginité, qui adhère toujours au Fils de Dieu, se cache une très pure louange à laquelle aucun devoir terrestre, aucun lien légal ne peut résister, sans qu’il s’en dégage un céleste cantique, dans un tressaillement d’allégresse, pour la gloire de Dieu.
Comment ? Parce que, parcourant une voie rapide, ce cantique se fit entendre merveilleusement pour la liberté nouvelle ; et ce cantique ne fut pas entendu avant que le fils unique de Dieu (qui est la véritable fleur de la virginité), s’étant incarné et étant revenu de la terre au ciel, se fût assis à la droite du Père. Mais alors, lorsque l’on vit comme de nouvelles mœurs qu’on n’avait jamais vues auparavant, ce fut de la stupeur ; et ainsi ce nouveau mystère, inouï jusque-là, résonnant alors dans les régions célestes, en l’honneur de la virginité, fut connu devant la majesté de Dieu par qui il s’était accompli ; et devant les quatre cercles qui, parcourant les quatre parties du monde, apportaient la vérité de toute justice et de toute humanité du Sauveur, comme les (quatre) animaux dans la nouvelle loi ; et devant ces anciens qui, pénétrés du Saint-Esprit, annonçaient aux hommes dans l’ancienne loi la voie de la justice, par leur droiture. Que signifie cela ? Que Dieu dans la nouvelle loi de grâce supprima l’austérité de l’ancienne institution.