Aphorismes (page 14)
QUATRIÈME SECTION (suite)
37. Chez un individu pris d'esquinancie, il est bon qu'il survienne un gonflement au cou (141).
38. Il vaut mieux ne pas traiter ceux qui ont des cancers occultes. Les malades meurent bientôt s'ils font des remèdes; s'ils n'en font pas, ils vivent plus longtemps (142).
39. Les spasmes viennent de plénitude ou de vacuité; il en est de même du hoquet.
40. Chez ceux qui ont des douleurs à l'hypocondre sans inflammation, s'il survient de la fièvre, elle résout la douleur.
41. Quand une collection purulente existe dans quelque partie du corps et ne se manifeste pas au dehors, c'est à cause de l'épaisseur du pus ou des parties (143) qu'elle ne se manifeste pas.
42. Chez les ictériques, il est funeste que le foie devienne dur.
43. Chez ceux qui ont la rate gonflée et dure, s'il survient une dysenterie de long cours, l'hydropisie ou la lienterie vient la compliquer et les malades sont perdus (144).
44. Ceux chez qui un iléus survient à la suite de la strangurie, meurent en sept jours, à moins qu'avec l'invasion de la fièvre il n'arrive un flux abondant d'urines (145).
45. Quand une plaie dure un an ou plus longtemps, l'os s'exfolie nécessairement, et il en résulte des cicatrices profondes.
46. Ceux qui, avant la puberté, sont atteints de gibbosité par suite d'un asthme ou de toux, sont perdus (146).
47. Ceux à qui là saignée ou les purgatifs [de précaution] conviennent, doivent être saignés ou purgés au printemps.
48. La dysenterie survenant chez ceux qui ont la rate gonflée et dure, c'est avantageux.
49. Les affections goutteuses, quand la phlegmasie a cessé, disparaissent en quarante jours.
50. Chez ceux dont l'encéphale est profondément divisé, il survient nécessairement de la fièvre et un vomissement bilieux (147).
51. Ceux qui, en pleine santé, sont pris tout à coup de maux de tête, deviennent subitement aphones, et dont la respiration est stertoreuse, meurent en sept jours, à moins que la fièvre ne survienne.
52. Il faut aussi faire attention à ce que l'on entrevoit du globe de l'oeil pendant le sommeil; car si à travers les paupières entr'ouvertes, une partie du blanc de l'oeil apparaît, sans qu'il y ait eu diarrhée ou administration de purgatifs, c'est un signe suspect et tout à fait mortel.
53. Les délires gais sont moins dangereux; les délires sérieux sont plus dangereux.
54. Dans les maladies aiguës avec fièvre, la respiration gémissante est mauvaise.
55. Les affections goutteuses [et les affections maniaques se déclarent principalement au printemps et à l'automne (148).
56. Dans les maladies mélancoliques, les déplacements [de la matière peccante] sont dangereux : ils annoncent ou l'apoplexie du corps, ou des spasmes, ou la manie, ou la cécité.
57. On est surtout exposé à l'apoplexie depuis l'age de quarante jusqu'à celui de soixante ans.
58. Si l'épiploon est sorti, il doit nécessairement se gangrener.
59. Chez ceux qui sont attaqués d'une coxalgie chronique, quand l'ischion (la tête du fémur) sort de sa cavité et y rentre de nouveau, il se forme des mucosités (149).
60. Chez ceux qui sont attaqués d'une coxalgie chronique, quand l'ischion sort de sa cavité, le membre s'atrophie et la claudication s'ensuit si l'on ne cautérise pas.
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(126) Aph. 2. - 126. Je complète cet aphorisme en plaçant sous les yeux du lecteur l'admirable tableau qu'a tracé; de la consomption dorsale par suite du libertinage, l'auteur du traité des Maladies. J'emprunte la traduction à m. Lallemand. (Voir t. II, p. 320 de son beau traité sur les Pertes séminales involontaires. « Consomption dorsale. La consomption dorsale vient de la moelle. Elle affecte principalement les nouveaux mariés et les libertins. Ils sont sans fièvre, ils mangent bien ; cependant ils dépérissent. Si vous les interrogez, ils vous diront qu'il leur semble sentir des fourmis descendre de la tête le long du dos. Lorsqu'ils urinent ou qu'ils vont à la selle, ils rendent beaucoup de sperme liquide, et la génération n'a pas lieu. Ils ont des évacuations [pollutions] pendant leurs songes, qu'ils couchent avec une femme ou non. Lorsqu'ils marchent ou qu'ils courent, surtout en montant, ils éprouvent de l'essoufflement, de la faiblesse, de la pesanteur et des sifflements dans les oreilles. Si, plus tard, ils sont pris de fièvre ardente, ils meurent de lipyrie » (des Maladies, II, §. 49).
(127) Aph. 9. - 127. D'après Alde, Dietz et Oribase, il faudrait traduire « les larges exanthèmes et qui ne causent point de démangeaison, sont difficiles à guérir. » Galien ( t. XVIII, p. 19) et Théophile ( p. 490) ont suivi le texte vulgaire.
(128) Aph. 10. - 128. J'ai suivi l'interprétation de Théophile ; Galien (p. 20), ne paraît pas avoir lu : ou du sang par les narines.
(129) Aph. 12. - 129. Le texte vulgaire conservé par Foës, qui traduit néanmoins comme je l'ai fait, porte : ἢν μὲν μίᾳ φυλαχθῇ (si on en conserve une); mais Galien ( p. 22 ), Damascius et Théophile ( p. 492) ont : ἢν μὴ. Cette leçon est d'une part appuyée sur l'expérience journalière; et d'une autre part sur plusieurs autres passages de la collection hippocratique. Ainsi, à la fin du liv. I V des Épid., p. 1189, éd. de Foës, il est dit qu'Alcippe devint fou pour avoir été radicalement guéri de ses hémorroïdes; et dans le VIε liv. des Epid., sect. 3, sent. 28, l'auteur appelle ἰητρευθέντες ἀκαίρως ceux qui guérissent à contre-temps toutes les hémorroïdes. Enfin on lit dans l'appendice au traité dans les Maladies aiguës, §. 29, t. II, p. 517, éd. de M. Littré : « Pour les hémorroïdes, vous les traverserez avec l'aiguille, et vous les lierez avec un brin de laine non lavée, aussi épais et aussi long que possible; car cela rend l'opération plus sûre. Après avoir serré la ligature, servez-vous d'un médicament corrosif, n'employez pas de fomentations humides avant la chute des hémorroïdes. Ayez soin d'en laisser toujours une. » Il est vrai que dans le traité des Hémorroïdes il est expressément recommandé de cautériser toutes les hémorroïdes et de n'en laisser subsister aucune. Cette opposition n'a rien qui doive étonner, puisque les écrits qui composent la collection viennent de divers écrivains qui se combattent souvent l'un l'autre; et c'est peut-être à l'auteur du traité des Hémor. que l'auteur du VIe liv. des Epid. s'adresse indirectement par cette épithète d'ἀκαίρως, donnée aux chirurgiens qui guérissaient toutes les hémorroïdes. L'auteur du Traité des Hémorroïdes usait de quatre procédés pour la cure de cette maladie : 1°. la cautérisation transcurrente, qui desséchait les tumeurs hémorroïdales sans les brûler; 2°. l'excision ou plutôt la rescision; et après l'opération, l'emploi des hémostatiques; 3°. la cautérisation avec les escharrotiques; 4°. l'arrachement des bourrelets hémorroïdaux externes ou internes, dont le pédicule est bien prononcé. Pour les hémorroïdes internes, l'auteur portait le cautère dans l'intérieur du rectum à l'aide d'un speculum ani.
(130) Aph. 14. - 130. Je suppose qu'il s'agit ici de l'anasarque, maladie dans laquelle Hippocrate croyait les vaisseaux remplis d'eau, et qui se guérit quelquefois, comme on le sait, par d'abondantes évacuations alvines liquides. - Cet aphorisme est reproduit par la 461e sentence des Coaques; c'est à tort que j'ai vu dans cette 461e sentence (cf. p. 92) la mention de l'hydropisie ascite; quel que soit du reste le sens que je donne à cette sentence, je me suis également trompé quand j'ai cru y trouver une doctrine opposée à celle professée aujourd'hui sur la solution des hydropisies par l'absorption de l'eau épanchée dans l'abdomen et transportée ensuite par les veines dans les intestins et la vessie. En effet, si on admet qu'Hippocrate a parlé de l'hydropisie ascite, on trouvera qu'il y a plutôt un rapprochement à faire qu'une opposition à marquer entre sa doctrine et la nôtre.
(131) Aph. 18. - 131. « Comme θανατῶδες, dit Galien, p. 27 et suiv., signifie dans Hippocrate tantôt nécessairement, tantôt probablement mortel, il est difficile de savoir s'il a prétendu que, dans tous ces cas, la mort est inévitable ou seulement que la guérison est très difficile et très rare. Les uns pensent que toute plaie du cœur est nécessairement mortelle; mais d'autres soutiennent qu'il faut que la blessure pénètre dans les ventricules, et qu'Hippocrate a voulu marquer cette condition en se servant du verbe διασκόπειν (diviser de part en part). On croit également que les plaies de la vessie, de la partie nerveuse (centre) du diaphragme et des petits intestins ne peuvent se réunir. Quant aux plaies de l'estomac; on rapporte des cas de guérison ; on dit même que non seulement des plaies profondes du foie se sont guéries, mais qu'on a pu enlever impunément un lobe tout entier; et l'on sait que l'auteur du traité des Plaies dangereuses (que ce soit Hippocrate ou un autre) a entrepris la guérison de semblables blessures. » Après avoir rapporté l'opinion des autres chirurgiens, Galien énonce la sienne de la manière suivante : « On peut accorder que les plaies du cœur et du diaphragme ne se réunissent point à cause de la mobilité de ces parties, et qu'il en est de même pour les plaies du corps de la vessie, parce qu'il est nerveux (fibreux) et exsangue; mais on sait, par l'opération de la taille, que les plaies faites au col de cet organe sont susceptibles de réunion. Quant aux plaies du foie, elles causent de grandes hémorragies, et les malades meurent avant qu'elles se soient guéries. Ainsi, ils s'écartent de la vérité, ceux qui disent avoir vu se guérir des plaies même superficielles du foie ; ils s'en écartent surtout, ceux qui prétendent avoir vu enlever impunément des lobes tout entiers. Quand mon précepteur Pélops vivait encore, j'ai observé, à Smyrne, en Ionie, un homme qui guérit d'une grande plaie du cerveau; mais on sait que les plaies qui pénètrent dans les ventricules sont de nécessité mortelles. Les plaies superficielles de l'estomac et des petits intestins se guérissent quelquefois; celles qui sont pénétrantes se réunissent rarement. Je ne crois pas que ce soit à cause de la nature de leur substance, mais parce qu'on ne peut pas y porter de médicaments comme sur les plaies externes. Aussi l'auteur du traité des Plaies dangereuses [ouvrage perdu] traitait les plaies du canal intestinal par des médicaments pris à l'intérieur. » Je tenais à rapporter ce commentaire en entier pour fixer l'état de la science ancienne sur la question de pathologie chirurgicale soulevée par Hippocrate. Si l'on compare ces données avec les résultats de l'observation moderne, on trouvera que les propositions d'Hippocrate et de Galien sont vagues, que certaines sont inexactes et d'autres fausses. Je ne veux point abuser de l'espace qui m'est donné pour établir des rapprochements que chacun pourra faire, en consultant le premier ouvrage de chirurgie qui lui tombera sous la main, de La Motte, Boyer, Cooper, Dupuyren, Chléius, par exemple.
(132) Aph. 19. - 132. Galien pense que les chairs peuvent se régénérer, mais que ni les cartilages ni les os ne peuvent se reproduire. « Pour ce qui est des fractures, dit Galien, p. 30), on se trompe en pensant que les fragments des os peuvent se rejoindre. Il est facile de se convaincre du contraire à l'inspection du cal qui se forme dans les fractures chez certains animaux. Qu'on les examine morts ou vivants, on verra par la dissection que les parties divisées ont été réunies par une espèce de lien circulaire; et si l'on détache le cal en le grattant, on s'apercevra que les parties profondes de la fracture sont encore séparées. » (Trad. de M. Lallemand.) Le savant chirurgien que je viens de citer remarque que Galien n'a probablement examiné le cal que dans les premiers mois qui suivent la fracture, c'est-à-dire dans la première période, cal provisoire de Dupuytren; car, plus tard, il aurait vu que la matière gélatineuse qui séparait les deux fragments, finit par s'incruster de phosphate de chaux et par acquérir même une dureté plus grande que celle de l'os ordinaire. J'ajouterai que cela est surtout constant dans les fractures qui intéressent l'extrémité des os. - « On sait, du reste, aujourd'hui que la nature reproduit certaines parties des tissus vivants dans certaines circonstances.... Chez l'homme, on ne voit pas d'organe complexe se régénérer...; toutefois, on ne peut nier qu'il y ait reproduction nouvelle à la surface des plaies. Il est également certain qu'il se forme de toute pièce et par l'organisation ultérieure de la matière plastique des tissus plus composés, tels que les tissus osseux, fibreux, celluleux, séreux, et que des muqueuses accidentelles se développent dans certaines conditions données. » ( Compend. de chirurgie, t. I, p. 311; Dict. de médecine; t. XXIV, p. 547 ; articles de M. A. Bérard.) La vérité n'est donc exclusivement ni du côté d'Hippocrate ni du côté de Galien.
(133) Aph.. 20. - 133. Le sens que j'ai suivi est celui de la plupart des interprètes (Gal., p. 32); il est, du reste, le plus naturel. Suivant quelques-uns, il s'agirait soit de l'estomac, soit du ventre en général. Quoi qu'il en soit, pour que cet aphorisme fut vrai, il faudrait entendre ἐκπυησθῆναι, non pas dans le sens de corruption, mais dans celui d'altération. Celse ( ΙΙ, 7 ) traduit : Si in ventrem sanguis confluxit, ibi in pus vertitur.