Humani Generis Redemptionem (page 2)
122. Et de quelle façon l’Apôtre donnait-il ses explications ? Certes, pas avec le langage persuasif de la sagesse humaine (1 Co 2, 4). Combien il importe, Vénérables Frères, que, plus que toutes les autres, cette parole soit approfondie ! Ne voyons-nous pas nombre d’orateurs sacrés passer sous silence les Saintes Ecritures, les Pères et les Docteurs de l’Eglise, les arguments de la théologie sacrée ? Ils ne parlent presque de rien, sinon de la raison. Assurément, c’est un travers car rien ne peut être profitable dans l’ordre surnaturel par le seul secours humain.
A cela l’on objecte: il ne peut être fait créance aux paroles d’un prédicateur insistant sur les choses qui ont été révélées par Dieu. Est-ce vrai ? Soit, nous l’admettons pour ceux qui ne sont pas catholiques; bien que, lorsque les Grecs cherchaient la sagesse – évidemment celle du siècle – l’Apôtre cependant leur prêchait Jésus crucifié (cf. 1 Co 1, 22-23). Et si nous tournons les yeux vers les nations catholiques, que voyons-nous ? Ceux qui nous sont hostiles conservent presque la racine de la foi car si leur esprit est aveuglé, c’est que leur cœur est corrompu.
123. Enfin, avec quel esprit saint Paul prêchait-il ? Non pour plaire aux hommes, mais au Christ : Si, dit-il, je plaisais aux hommes, je ne serais pas serviteur du Christ (Ga 1, 10). Comme il portait un cœur brûlant de la charité divine, il ne recherchait rien en dehors de la gloire du Christ. Oh ! plaise à Dieu que tous ceux qui travaillent au ministère de la parole aiment Jésus-Christ; plaise à Dieu qu’ils puissent s’approprier cette parole de saint Paul: Pour son amour, j’ai voulu tout perdre (Ph 3, 8) et cette autre: Le Christ est ma vie (Ph 1, 21). Ceux dont l’amour est si ardent savent enflammer les autres. C’est pourquoi saint Bernard donne aux prédicateurs le conseil suivant: " Si vous avez du goût, montrez que vous êtes comme le bassin et non comme le canal d’une fontaine (In Cant., sermo XVIII, PL 183, 1321) ". Ce qui signifie: Soyez rempli de ce que vous dites, et ne vous contentez pas de le faire passer dans les autres. " Vraiment, ajoute le même docteur, nous avons aujourd’hui, dans l’Eglise, beaucoup de canaux, mais bien peu de fontaines (ibid.) ".
124. Pour qu’il n’en soit pas ainsi dans l’avenir, que vos efforts tendent, Vénérables Frères, à mettre tout en œuvre pour que les prédicateurs qui sont selon le cœur de Dieu existent bientôt en très grand nombre. Ecartez notamment les indignes, choisissez ceux qui sont capables, en ayant recours à des règlements appropriés. Qu’à la prière de la Vierge très sainte, Mère auguste du Verbe incarné et Reine des Apôtres, Jésus-Christ, le Pasteur éternel, abaisse sur son troupeau un regard de miséricorde; et que, réchauffant au sein du clergé l’esprit de l’apostolat, il multiplie ceux qui s’étudient à se montrer agréables à Dieu, ouvriers irréprochables, et traitant d’une façon digne d’elle la parole de vérité (cf. 2 Tm 2, 15).
Comme gage des faveurs divines et de Notre bienveillance envers vous, Nous accordons très affectueusement, Vénérables Frères, à vous, à votre clergé, à votre peuple, la Bénédiction Apostolique.
Donné à Rome, près St-Pierre, en la fête du Sacré Cœur de Jésus, le 15 juin 1917, la troisième année de Notre Pontificat.