Contre Apion (page 2)
199 Leur feu ne s'éteint jamais ni la nuit ni le jour. Pas la moindre statue ni le moindre monument votif. Aucune plante absolument, comme arbustes sacrés ou autres semblables. Des prêtres y passent les nuits et les jours à faire certaines purifications et s'abstiennent complètement de vin dans le temple[125].
» 200 L'auteur témoigne, en outre, que les Juifs firent campagne avec le roi Alexandre[126], et ensuite avec ses successeurs. Lui-même dit avoir assisté à un incident créé par un Juif pendant l'expédition et que je vais rapporter. 201 Voici ses paroles : « Marchant vers la mer Erythrée, j'avais avec moi, parmi les cavaliers de mon escorte, un Juif nommé Mosollamos[127], homme intelligent, vigoureux, et le plus habile archer, de l'aveu unanime, parmi les Grecs et les barbares. 202 Cet homme, voyant de nombreux soldats aller et venir sur la route, un devin prendre les auspices et décider la halte de toute ta troupe, demanda pourquoi l'on restait là. 203 Le devin lui montra l'oiseau et lui dit que, s'il restait posé là, l'intérêt de tous était de s'arrêter ; s'il prenait son vol en avant, d'avancer ; s'il le prenait en arrière, de rebrousser chemin. Alors, le Juif, sans dire un mot, banda son arc, lança la flèche et frappa l'oiseau, qu'il tua.
204 Le devin et quelques autres s'indignèrent et l'accablèrent d'imprécations. “Pourquoi cette fureur, dit l'homme, ô malheureux ?” Puis, prenant la bête entre ses mains : “Comment cet oiseau, qui n'a pas su pourvoir à son propre salut, nous donnerait-il sur notre marche une indication sensée ? S'il avait pu prévoir l’avenir, il ne serait pas venu ici, de crainte de mourir frappé d'une flèche par le Juif Mosollamos[128]”. »
205 Mais en voilà assez sur des témoignages d'Hécatée ; si l'on veut en apprendre davantage, il est facile de lire son livre. Je n'hésiterai pas à nommer aussi Agatharchide, qui, pour railler notre sottise, à ce qu'il croit, fait mention de nous[129]. 206 Il raconte l'histoire de Stratonice[130], comment elle vint de Macédoine en Syrie après avoir abandonné son mari Démétrius, comment, Séleucus ayant refusé sa main contre son attente, elle souleva Antioche pendant qu'il faisait son expédition en partant de Babylone, 207 puis, après le retour du roi et la prise d'Antioche, comment elle s'enfuit à Séleucie, et, au lieu de gagner rapidement le large ainsi qu'elle le pouvait, se laissa arrêter par un songe, fut prise et mise à mort. 208 Après ce récit, Agatharchide raille la superstition de Stratonice et cite comme exemple de faiblesse pareille ce qu'on raconte de nous. 209 Il s'exprime ainsi : « Ceux qu'on appelle Juifs, habitants de la ville la plus fortifiée de toutes, que les naturels nomment Jérusalem, sont accoutumés à se reposer tous les sept jours, à ne point, pendant ce temps, porter leurs armes ni cultiver la terre ni accomplir aucune autre corvée, mais à prier dans les temples jusqu'au soir les mains étendues.
210 Aussi lorsque Ptolémée fils de Lagos envahit leur territoire avec son armée, comme, au lieu de garder la ville, ces hommes persévérèrent dans leur folie, leur patrie reçut un maître tyrannique, et il fut prouvé que leur loi comportait une sotte coutume[131]. 211 Par cet événement, tout le monde, sauf eux, apprit qu'il ne faut recourir aux visions des songes et aux superstitions traditionnelles concernant la divinité, que lorsque les raisonnements humains nous laissent en détresse dans des circonstances critiques. » 212 Agatharchide trouve le fait ridicule ; mais, si on l'examine sans malveillance, on voit qu'il y a pour des hommes de la grandeur et un mérite très louable à se soucier toujours moins et de leur salut et de leur patrie que de l'observation des lois et de la piété envers Dieu.
XXIII
Autres auteurs grecs qui ont parlé des Juifs.
213 J'ajoute que ce n'est pas par ignorance de notre nation, mais par jalousie, ou pour d'autres causes honteuses, que quelques-uns des historiens ont omis de nous mentionner ; je vais, je crois, en fournir la preuve. Hiéronyme, qui a composé l'histoire des successeurs d'Alexandre, contemporain d'Hécatée, et ami du roi Antigone, gouvernait la Syrie. 214 Cependant, tandis qu'Hécatée a écrit un livre entier sur nous, Hiéronyme ne nous a mentionnés nulle part dans son Histoire[132], bien qu'il eût vécu presque dans notre pays, tant ces hommes différaient de sentiments! A l'un nous avons semblé mériter une mention importante; une passion tout à fait défavorable à la vérité empêcha l'autre de voir clair. 215 Pourtant il suffit, pour prouver notre antiquité, des annales égyptiennes, chaldéennes et phéniciennes, auxquelles s'ajoutent tant d'historiens grecs. 216 Outre ceux que j'ai déjà cités, Théophile, Théodote, Mnaséas, Aristophane, Hermogène, Evhémère, Conon, Zopyrion et beaucoup d'autres peut-être - car je n'ai pas lu tous les livres - ont parlé de nous assez longuement[133]. 217 La plupart de ces auteurs se sont trompés sur les origines pour n’avoir pas lu nos livres sacrés; mais tous s'accordent à témoigner de notre antiquité dont j'ai fait l'objet de ce traité. 218 Pourtant Démétrius de Phalère, Philon l'ancien et Eupolémos ne se sont pas beaucoup écartés de la vérité[134]. il faut les excuser, car ils ne pouvaient suivre nos annales en toute exactitude.
XXIV
Les calomnies à l'adresse des Juifs. Raison générale.
219 Il me reste encore à traiter un des points essentiels annoncés au début de ce traité[135] : montrer la fausseté des accusations et des propos injurieux par lesquels on s'est attaqué à notre race, et invoquer contre ceux qui les ont écrits leur propre témoignage. 220 Que beaucoup d'autres peuples aient subi le même sort par l'inimitié de quelques-uns, c'est un fait connu, je pense, de ceux à qui la lecture des historiens est plus familière. 221 D'aucuns, en effet, ont essayé de salir la noblesse des peuples et des villes les plus illustres et de diffamer leur constitution, Théopompe celle d'Athènes, Polycrate celle de Lacédémone ; l'auteur des Trois cités - ce n'est pas Théopompe, comme certains le croient - a aussi déchiré Thèbes[136]. Timée également a, dans ses Histoires, beaucoup diffamé ces cités et d'autres encore[137].
222 ils s'attachent surtout aux personnages les plus célèbres, les uns par envie et par malveillance, d'autres dans la pensée que ce langage nouveau les rendra dignes de mémoire. Auprès des sots ils ne sont point déçus dans cette espérance, mais les esprits au jugement sain condamnent leur grande méchanceté.
XXV
Elles vinrent d'abord des Égyptiens, qui les haïssaient.
223 Les calomnies à notre adresse vinrent d'abord des Égyptiens, puis, dans l'intention de leur être agréables, certains auteurs entreprirent d'altérer la vérité; ils n'avouèrent pas l'arrivée de nos ancêtres en Égypte telle qu'elle eut lieu, ni ne racontèrent sincèrement la façon dont ils en sortirent.
224 Les Égyptiens eurent bien des motifs de haine et d'envie : à l'origine la domination de nos ancêtres sur leur pays[138], et leur prospérité quand ils l'eurent quitté pour retourner chez eux. Puis l'opposition de leurs croyances et des nôtres leur inspira une haine profonde, car notre piété diffère de celle qui est en usage chez eux autant que l'être divin est éloigné des animaux privés de raison. 225 Toute leur nation, en effet, d'après une coutume héréditaire, prend les animaux pour des dieux, qu'ils honorent d'ailleurs chacun à sa façon, et ces hommes tout à fait légers et insensés, qui dès l'origine s'étaient accoutumés à des idées fausses sur les dieux, n'ont pas été capables de prendre modèle sur la dignité de notre religion, et nous ont jalousés en voyant combien elle trouvait de zélateurs. 226 Quelques-uns d'entre eux ont poussé la sottise et la petitesse au point de ne pas hésiter à se mettre en contradiction même avec leurs antiques annales, et, bien mieux, de ne pas s'apercevoir, dans l'aveuglement de leur passion, que leurs propres écrits les contredisaient.
XXVI
Calomnies de Manéthôs.
227 Le premier qui m'arrêtera, c'est celui dont le témoignage m'a déjà servi un peu plus haut à prouver notre antiquité.
228 Ce Manéthôs, qui avait promis de traduire l'histoire d'Égypte d'après les Livres sacrés, après avoir dit que nos aïeux, venus au nombre de plusieurs myriades en Égypte, établirent leur domination sur les habitants, avouant lui-même que, chassés plus tard, ils occupèrent la Judée actuelle, fondèrent Jérusalem et bâtirent le temple; Manéthôs, dis-je, a suivi jusque-là les annales.
229 Mais ensuite, il prend la liberté, sous prétexte de raconter les fables et les propos qui courent sur les Juifs, d'introduire des récits invraisemblables et veut nous confondre avec une foule d'Égyptiens lépreux et atteints d'autres maladies, condamnés pour cela, selon lui, à fuir l'Égypte. 230 En effet, après avoir cité le nom du roi Aménophis, qui est imaginaire, sans avoir osé, pour cette raison, fixer la durée de son règne, bien qu'à la mention des autres rois il ait exactement ajouté les années[139], il lui applique certaines légendes, oubliant sans doute que depuis cinq cent dix-huit ans, d'après son récit, avait eu lieu l'exode des pasteurs vers Jérusalem.
231 En effet, c'est sous le règne de Tethmôsis qu'ils partirent ;
or, suivant l'auteur, les règnes qui succèdent à celui-là remplirent trois cent quatre-vingt-treize ans jusqu'aux deux frères Séthôs et Hermaios, dont le premier reçut, dit-il, le nouveau nom d'Ægyptos, et le second celui de Danaos. Séthôs, ayant chassé son frère, régna cinquante-neuf ans, et l'aîné de ses fils, Rampsès, lui succéda pendant soixante-six ans[140].
232 Ainsi, après avoir avoué que tant d'années s'étaient écoulées depuis que nos pères avaient quitté l'Égypte[141], intercalant dans la suite le fabuleux roi Aménophis, il raconte que ce prince désira contempler les dieux comme l'avait fait Or, l'un de ses prédécesseurs au trône[142], et fit part de son désir à Aménophis, son homonyme, fils de Paapis, qui semblait participer à la nature divine par sa sagesse et sa connaissance de l'avenir[143].
233 Cet homonyme lui dit qu'il pourrait réaliser son désir s'il nettoyait le pays entier des lépreux et des autres impurs. 234 Le roi se réjouit, réunit[144]
tous les infirmes de l'Égypte - ils étaient au nombre de quatre-vingt mille - 235 et les envoya dans les carrières à l'est du Nil[145]
travailler[146] à l'écart des autres Égyptiens. Il y avait parmi eux, suivant Manéthôs, quelques prêtres savants[147] atteints de la lèpre. 236 Alors cet Aménophis, le sage devin, craignit d'attirer sur lui et sur le roi la colère des dieux si on les forçait à se laisser contempler ; et, voyant des alliés dans l'avenir se joindre aux impurs et établir leur domination en Égypte pendant treize ans, il n'osa pas annoncer lui-même ces calamités au roi, mais il laissa le tout par écrit et se tua. Le roi tomba dans le découragement. 237 Ensuite Manéthôs s'exprime ainsi textuellement : « Les hommes enfermés dans les carrières souffraient depuis assez longtemps, lorsque le roi, supplié par eux de leur accorder un séjour et un abri, consentit à leur céder l'ancienne ville des Pasteurs, Avaris, alors abandonnée.
238 Cette ville, d'après la tradition théologique, est consacrée depuis l'origine à Typhon[148]. Ils y allèrent et, faisant de ce lieu la base d'opération d'une révolte, ils prirent pour chef un des prêtres d'Héliopolis nommé Osarseph[149]
et lui jurèrent d'obéir à tous ses ordres.
239 Il leur prescrivit pour première loi de ne point adorer de dieux[150], de ne s'abstenir de la chair d'aucun des animaux que la loi divine rend le plus sacrés en Égypte[151], de les immoler tous, de les consommer et de ne s'unir qu'à des hommes liés par le même serment. 240 Après avoir édicté ces lois et un très grand nombre d'autres, en contradiction absolue avec les coutumes égyptiennes, il fit réparer par une multitude d'ouvriers les murailles de la ville et ordonna de se préparer à la guerre contre le roi Aménophis. 241 Lui-même s'associa quelques-uns des autres prêtres contaminés comme lui, envoya une ambassade vers les Pasteurs chassés par Tethmôsis, dans la ville nommée Jérusalem, et, leur exposant sa situation et celle de ses compagnons outragés comme lui, il les invita à se joindre à eux pour marcher tous ensemble sur l'Égypte. 242 Il leur promit de les conduire d'abord à Avaris, patrie de leurs ancêtres, et de fournir sans compter le nécessaire à leur multitude, puis de combattre pour eux, le moment venu, et de leur soumettre facilement le pays.
243 Les Pasteurs, au comble de la joie, s'empressèrent de se mettre en marche tous ensemble au nombre de deux cent mille hommes environ et peu après arrivèrent à Avaris. Le roi d'Égypte Aménophis, à la nouvelle de leur invasion, ne fut pas médiocrement troublé, car il se rappelait la prédiction d'Aménophis, fils de Paapis. 244 Il réunit d'abord une multitude d'Égyptiens, et après avoir délibéré avec leurs chefs, il se fit amener les animaux sacrés les plus vénérés dans les temples et recommanda aux prêtres de chaque district de cacher le plus sûrement possible les statues des dieux. 245 Quant à son fils Séthôs, nommé aussi Ramessès du nom de son grand-père Rampsès[152], et âgé de cinq ans, il le fit emmener chez son ami[153].
Lui-même passa (le Nil) avec les autres Égyptiens, au nombre de trois cent mille guerriers bien exercés, et rencontra l'ennemi sans livrer pourtant bataille ;
246 mais pensant qu'il ne fallait pas combattre les dieux, il rebroussa chemin vers Memphis, où il prit l'Apis et les autres animaux sacrés qu'il y avait fait venir, puis aussitôt, avec toute son armée et le peuple d'Égypte, il monta en Éthiopie ; car le roi d'Éthiopie lui était soumis par la reconnaissance.
247 Celui-ci l'accueillit et entretint toute cette multitude à l'aide des produits du pays convenables à la nourriture des hommes, leur assigna des villes et des villages suffisants pour les treize ans d'exil imposés par le destin à Aménophis loin de son royaume, et n'en fit pas moins camper une armée éthiopienne aux frontières de l'Égypte pour protéger le roi Aménophis et les siens[154].
248 Les choses se passaient ainsi en Éthiopie. Cependant les Solymites firent une descente avec les Égyptiens impurs et traitèrent les habitants d'une façon si sacrilège et si cruelle que la domination des Pasteurs paraissait un âge d'or à ceux qui assistèrent alors à leurs impiétés. 249 Car non seulement ils incendièrent villes et villages, et ne se contentèrent pas de piller les temples et de mutiler les statues des dieux, mais encore ils ne cessaient d'user des sanctuaires comme de cuisines pour rôtir les animaux sacrés qu'on adorait, et ils obligeaient les prêtres et les prophètes à les immoler et à les égorger, puis les dépouillaient et les jetaient dehors. 250 On dit que le prêtre d'origine héliopolitainne qui leur donna une constitution et des lois, appelé Osarseph[155], du nom du dieu Osiris adoré à Héliopolis, en passant chez ce peuple changea de nom et prit celui de Moïse. »
XXVII
Sottises du récit de Manéthôs.
251 Voilà ce que les Égyptiens racontent sur les Juifs, sans compter bien d'autres histoires que je passe pour abréger. Manéthôs dit encore que dans la suite Aménophis revint d'Éthiopie, suivi d'une grande armée, ainsi que son fils Rampsès, à la tête d'une armée lui aussi, que tous deux ensemble attaquèrent les Pasteurs et les impurs, les vainquirent, et qu'après en avoir tué un grand nombre, ils les chassèrent jusqu'aux frontières de Syrie. Voilà, avec des faits du même genre, ce qu'a raconté Manéthôs[156].
252 Or il dit manifestement des sottises et des mensonges, comme je vais le montrer en retenant d'abord ce fait, pour réfuter plus tard d'autres auteurs ; il nous a accordé et il a reconnu que notre race ne tire pas son origine des Égyptiens, mais que nos ancêtres vinrent du dehors s'emparer de l'Égypte et qu'ils la quittèrent. 253 Mais nous n'avons pas été mêlés dans la suite aux Égyptiens infirmes, et Moïse, qui conduisit le peuple, loin d'être des leurs, avait vécu bien des générations plus tôt, comme je vais essayer de le prouver par les propres discours de Manéthôs.
XXVIII
Absurdité du point de départ.
254 D'abord la cause sur laquelle il édifie sa fable est ridicule : « Le roi Aménophis, dit-il, désira voir les dieux. » Lesquels? Si ce sont les dieux consacrés par leurs lois, le boeuf, la chèvre, les crocodiles et les cynocéphales, il les voyait. 255 Quant à ceux du ciel, comment le pouvait-il? Et pourquoi eut-il ce désir ? - Parce que, par Zeus[157]
déjà avant lui un autre roi les avait vus. - Il avait donc appris de lui leur nature et comment celui-ci avait pu les voir ; alors il n'avait pas besoin d'un nouveau moyen. - 256 Mais le devin grâce auquel le roi pensait réussir était, dit-on, un sage. - Alors comment n'a-t-il pas prévu que le désir du roi était irréalisable ? et en fait il ne s'est pas réalisé. Et pour quelle raison la présence des mutilés et des lépreux rendait-elle les dieux invisibles ? Les dieux s'irritent contre l'impiété, non contre les infirmités du corps.
257 Puis, comment quatre-vingt mille lépreux et malades ont-il pu être réunis presque en un seul jour ? Comment le roi n'a-t-il pas écouté le devin ? Il lui avait prescrit, en effet, de faire passer la frontière d'Égypte aux infirmes, et le roi les enferma dans les carrières, comme un homme qui a besoin d'ouvriers, mais non qui a décidé de purifier le pays.
258 D'après Manéthôs, le devin se tua parce qu'il prévoyait la colère des dieux et le sort réservé à l'Egypte, et il laissa au roi par écrit sa prédiction. Alors pourquoi dès le début le devis n'a-t-il pas eu la prescience de sa mort ?
259 Pourquoi n'a-t-il pas combattu tout de suite la volonté qu'avait le roi de voir les dieux? Puis, était-il raisonnable de craindre des maux qui ne se produiraient pas de son vivant ? Et pouvait-il lui arriver rien de pire que ce suicide précipité ?
260 Mais voyons le trait le plus absurde de tous. Informé de ces faits, et redoutant l'avenir, le roi, même alors, ne chassa pas du pays ces infirmes dont il devait, suivant la prédiction, purger l'Égypte, mais, sur leur demande, il leur donna pour ville, d'après Manéthôs, l'ancienne résidence des pasteurs, nommée Avaris. 261 Ils s'y réunirent en masse, dit-il, et choisirent un chef parmi les anciens prêtres d'Héliopolis, et ce chef leur apprit à ne point adorer de dieux, à ne point s'abstenir des animaux honorés d'un culte en Égypte, mais à les immoler et à les manger tous et à ne s'unir qu'à des hommes liés par le même serment; il fit jurer au peuple l'engagement de rester fidèle à ces lois, et, après avoir fortifié Avaris, il porta la guerre chez le roi.
262 Il envoya une ambassade à Jérusalem, ajoute Manéthôs, pour inviter le peuple de cette ville à s'allier à eux, avec la promesse de leur donner Avaris, car cette ville avait appartenu aux ancêtres de ceux qui viendraient de Jérusalem ; ils partiraient de là pour s'emparer de toute l'Égypte. 263 Puis, dit-il, ceux-ci firent invasion avec deux cent mille soldats, et le roi d'Égypte Aménophis, pensant qu'il ne fallait pas lutter contre les dieux, s'enfuit aussitôt en Éthiopie après avoir confié l'Apis et quelques-uns des autres animaux sacrés à la garde des prêtres.
264 Alors les Hiérosolymites, qui avaient envahi le pays, renversèrent les villes, incendièrent les temples, égorgèrent les prêtres, en un mot ne reculèrent devant aucun crime ni aucune cruauté. 265 Le fondateur de leur constitution et de leurs lois était, d'après notre auteur, un prêtre originaire d'Héliopolis, nommé Osarseph du nom d'Osiris, le dieu d'Héliopolis, mais il changea de nom et s'appela Moysès. 266 Treize ans plus tard - c'était la durée fixée par le destin à son exil - Aménophis, suivant Manéthôs, arriva d'Éthiopie avec une armée nombreuse, attaqua les Pasteurs et les impurs, remporta la victoire, et en tua un grand nombre après les avoir chassés jusqu'aux frontières de la Syrie[158].
XXIX
Invraisemblances de la suite du récit.
267 Là encore Manéthôs ne comprend pas l'invraisemblance de ses mensonges. Les lépreux et la foule qui les accompagnait, en admettant qu'ils fussent irrités au début contre le roi et ceux qui leur avaient infligé ce traitement suivant la prédiction du devin, se seraient en tout cas adoucis à son égard quand ils sortirent des carrières et reçurent de lui une ville et un pays.
268 Et Si même ils lui en avaient voulu, ils auraient conspiré contre sa personne et n'auraient point déclaré la guerre à tous les Égyptiens, alors qu'évidemment ils avaient parmi ceux-ci une foule de parents, nombreux comme ils étaient. 269 Même résolus à combattre aussi les Égyptiens, ils n'auraient point osé faire la guerre à leurs propres dieux et n'auraient point non plus rédigé des lois absolument contraires à celles de leurs pères, dans le respect desquelles ils avaient été élevés.
270 Nous devons savoir gré à Manéthôs de dire que, si les lois furent violées, ce ne fut point sur l'initiative des gens venus de Jérusalem, mais sur celle des Égyptiens eux-mêmes, et que leurs prêtres surtout s'en sont avisés et ont fait prêter serment à la foule. 271 Mais cette invention-ci n'est-elle point absurde ? Alors qu'aucun de leurs proches ou de leurs amis ne les suivit dans leur révolte ni ne prit sa part de leurs dangers, les contaminés envoyèrent à Jérusalem, et en ramenèrent des alliés ! 272 Quelle amitié, quelle parenté existait donc entre eux auparavant ? Au contraire, ils étaient ennemis et les moeurs les plus différentes les séparaient. Suivant lui, les gens de Jérusalem prêtèrent tout de suite l'oreille à la promesse qu'ils occuperaient l'Égypte, comme si eux-mêmes ne connaissaient point parfaitement le pays dont ils avaient été chassés par la force ! 273 Encore si leur situation avait été embarrassée ou mauvaise, peut-être se seraient-ils exposés au danger. Mais, habitant une ville opulente, et recueillant les fruits d'un vaste pays plus fertile que l'Egypte[159], pourquoi, dans l'intérêt d'anciens ennemis et d'estropiés qu'aucun même de leurs proches ne supportait, allaient-ils s'exposer au danger en les secourant ? Car certainement ils ne prévoyaient pas que le roi s'enfuirait.
274 Au contraire, Manéthôs dit lui-même qu'à la tête de trois cent mille hommes le fils d'Aménophis[160]
marcha à leur rencontre dans la direction de Péluse[161].
La nouvelle en était notoire dans tous les cas parmi ceux qui étaient là; en revanche, d'où auraient-ils conjecturé qu'il changerait d'avis et prendrait la fuite ? - 275 Vainqueurs de l'Égypte, dit-il ensuite, les envahisseurs venus de Jérusalem commettaient mille sacrilèges qu'il leur reproche, comme s'il ne les avait pas introduits en qualité d'ennemis ou comme s'il était juste de faire un crime de cette conduite à des hommes appelés de l'étranger, alors qu'avant leur arrivée des Égyptiens de race commettaient ces mêmes impiétés et avaient juré de les commettre.
276 D'autre part, dans la suite Aménophis revint à la charge, gagna une bataille, et, tout en massacrant les ennemis, il les chassa jusqu'en Syrie. Ainsi, pour tous les envahisseurs, d'où qu'ils viennent, l'Égypte est une proie facile ; 277 ainsi, ses conquérants d'alors, informés qu'Aménophis était vivant, n'ont ni fortifié les routes par où l'on vient d'Éthiopie, bien qu'ils eussent pour le faire de nombreux armements, ni préparé leurs autres forces ! « Le roi, dit Manéthôs, les poursuivit jusqu'en Syrie en les massacrant, à travers le sable du désert ». Or, on sait que même sans combattre, il est difficile à une armée de le traverser.
XXX
Les Juifs ne sont pas Égyptiens d'origine.
278 Donc, d'après Manéthôs (lui-même), notre race n'est point originaire de l'Egypte, et elle n'a point été non plus mélangée d'hommes de ce pays ; car beaucoup de lépreux et de malades moururent vraisemblablement dans les carrières où ils avaient longtemps séjourné et souffert, beaucoup dans les combats qui suivirent, la plupart dans le dernier, et dans la fuite.
XXXI
Absurdité des assertions de Manéthôs sur Moïse.
279 Il me reste à réfuter ses assertions sur Moïse. Les Égyptiens, qui considèrent ce personnage comme admirable et divin, veulent en faire un des leurs par une calomnie invraisemblable: ils disent qu'il appartenait au groupe des prêtres chassés d'Héliopolis pour cause de lèpre. 280 Or, on voit dans les annales qu'il a vécu cinq cent dix-huit ans plus tôt[162] et qu'il conduisit nos pères de l'Égypte dans le pays que nous habitons aujourd'hui. 281 Et il n'était pas non plus affecté d'une maladie de ce genre, comme ses propres paroles le prouvent. En effet, il défend aux lépreux et de séjourner dans une ville et de résider dans un village; ils doivent errer seuls, les vêtements déchirés. Celui qui les a touchés ou a vécu sous leur toit est, selon lui, impur. 282 Si même, grâce aux soins apportés à la maladie, le lépreux revient à la santé, il lui prescrit force purifications: de laver ses souillures en se baignant dans des eaux de source, et de raser complètement sa chevelure; il lui ordonne aussi de faire des sacrifices nombreux et divers avant d'entrer dans la ville sainte[163].
283 Et pourtant il eût été naturel, au contraire, s'il avait été victime de cette calamité, qu'il usât de soins prévoyants et d'humanité envers ceux qui avaient eu le même malheur.
284 Or, non seulement il a ainsi légiféré sur les lépreux, mais ceux même dont le corps porte la moindre mutilation n'ont point le droit d'être prêtres, et si un accident de ce genre arrive à un prêtre même en exercice, Moïse lui enlève cet honneur[164]. 285 Est-il probable ou qu'il ait établi sans bon sens, ou que des hommes rassemblés à la suite de semblables calamités aient accepté des lois faites contre eux-mêmes à leur honte et à leurs dépens ? 286 Mais, de plus, Manéthôs a transformé son nom de la manière la plus invraisemblable. On l'appelait, dit-il, Osarseph. Ce mot n'a point de rapport avec celui qu'il remplace. Le vrai nom signifie: « celui qui fut sauvé de l'eau », car l'eau chez les Égyptiens se dit « Môü[165] ».
287 La preuve est assez claire, je pense : tant que Manéthôs suivait les antiques annales, il ne s'écartait guère de la vérité ; mais lorsqu'il s'est tourné vers les légendes sans autorité, il les a combinées sans vraisemblance ou il a cru des propos dictés par la haine.
XXXII
Récit de Chærémon.
288 Après lui, je veux examiner Chærémon[166]. Cet auteur également déclare qu'il écrit l'histoire d'Égypte, et, après avoir cité le même nom de roi que Manéthôs, 289 Aménophis, et Ramessès son fils, il raconte qu'Isis apparut à Aménophis dans son sommeil, lui reprochant la destruction de son temple pendant la guerre. L'hiérogrammate Phritobautès dit que, s'il purifiait l'Égypte des hommes atteints de souillures, ses terreurs cesseraient. 290 Le roi réunit deux cent cinquante mille de ces hommes nuisibles et les chassa. A leur tête étaient Moïse et Joseph, également hiérogrammates. Leurs noms égyptiens étaient Tisithen pour Moïse, et Peteseph pour Joseph. 291 Ces exilés arrivèrent à Péluse et rencontrèrent trois cent quatre-vingt mille hommes abandonnés par Aménophis, qui n'avait pas voulu les amener en Égypte[167].
292 ils conclurent avec eux un traité d'amitié et marchèrent sur l'Egypte. Aménophis, sans attendre leur attaque, s'enfuit en Éthiopie, laissant sa femme enceinte. Elle se cacha dans des cavernes et mit au monde un enfant du nom de Ramessès, qui, devenu homme, chassa les Juifs en Syrie au nombre d'environ deux cent mille, et reçut son père Aménophis revenu d'Ethiopie.
XXXIII
Ses mensonges. Manéthôs et lui se contredisent.
293 Voilà ce que raconte Chærémon. Il résulte claire¬ment, je pense, des récits précédents que l'un et l'autre ont menti[168].
Car s'ils s'étaient appuyés sur quelque fait réel, un pareil désaccord était impossible. Mais ceux qui composent des livres mensongers ne mettent point leurs écrits d'accord les uns avec les autres ; ils façonnent les faits à leur fantaisie. 294 Ainsi, pour Manéthôs, le désir qu'avait le roi de voir les dieux fut l'origine de l'expulsion des contaminés; Chærémon y substitue sa propre invention, l'apparition d'lsis en songe. 295 Pour celui-là, c'est Aménophis qui, dans sa prédiction, conseilla au roi la purification; pour celui-ci, c'est Phritobautès. Voyez aussi combien se rapprochent leurs évaluations de cette multitude : l'un parle de quatre-vingt mille hommes, l'autre de deux cent cinquante mille !
296 De plus, Manéthôs jette d'abord les contaminés dans les carrières ; puis il leur donne Avaris comme résidence, les excite à la guerre contre les autres Egyptiens, et c'est alors que, selon lui, ils appelèrent à leurs secours les Hiérosolymites. 297 Pour Chærémon, chassés d'Égypte, ils trouvèrent auprès de Péluse trois cent quatre-vingt mille hommes abandonnés par Aménophis et, avec eux, revenant sur leurs pas, ils attaquèrent l'Égypte et Aménophis s'enfuit en Éthiopie. 298 Mais le plus beau, c'est qu'il ne dit ni qui étaient, ni d'où venaient tant de milliers de soldats, s'ils étaient Égyptiens ou arrivés du dehors. Il n'a pas même révélé pour quelle raison le roi n'avait pas voulu les amener en Égypte, lui qui, au sujet des lépreux, a imaginé l'apparition d'Isis. 299 A Moïse Chærémon a adjoint Joseph, chassé avec lui, croit-il, dans le même temps, alors qu'il mourut quatre générations avant Moïse[169], ce qui fait à peu près cent soixante-dix ans[170].
300 Ramessès, fils d'Aménophis, suivant Manéthôs, est un jeune homme qui combat avec son père[171], et partage son exil après la fuite en Éthiopie ; suivant la version de Chærémon, il naît dans une caverne, après la mort de son père[172], puis remporte une victoire sur les Juifs et les chasse en Syrie au nombre d'environ deux cent mille. 301 Ô légèreté ! il n'avait pas dit d'abord qui étaient les trois cent quatre-vingt mille hommes et il ne dit pas non plus comment périrent les quatre cent trente mille[173] (qui manquaient), s'ils tombèrent dans le combat, ou s'ils passèrent dans le camp de Ramessès. 302 Mais voici le plus étonnant : il est impossible d'apprendre de lui à qui il donne le nom de Juifs et qui il désigne ainsi : les deux cent cinquante mille lépreux ou les trois cent quatre-vingt mille hommes de Péluse. 303 Mais ce serait sottise, sans doute, de réfuter plus longuement des auteurs qui se réfutent eux-mêmes ; d’être réfuté par d'autres serait moins extraordinaire.
XXXIV
Récit de Lysimaque, plus invraisemblable encore.
304 Après eux je présenterai Lysimaque[174], qui a pris pour ses mensonges le même thème que les écrivains précités, la fable des lépreux et des infirmes, mais qui les surpasse par l'invraisemblance de ses inventions; aussi est-il clair que son ouvrage est inspiré par une profonde haine. 305 D'après lui, sous Bocchoris, roi d'Égypte, le peuple juif atteint de la lèpre, de la gale et d'autres maladies, se réfugia dans les temples, et y mendiait sa vie. Comme un très grand nombre d'hommes étaient tombés malades, il y eut une disette en Égypte. 306 Bocchoris, roi d'Égypte[175], envoya consulter l'oracle d’Ammon au sujet de la disette. Le dieu ordonna de purger les temples des hommes impurs et impies en les chassant de là dans des lieux déserts, de noyer les galeux et les lépreux, car, selon lui, le soleil était irrité de leur existence, et de purifier les temples; qu'ainsi la terre porterait des fruits. 307 Bocchoris, informé de l'oracle, appela près de lui les prêtres et les serviteurs de l'autel, leur ordonna de faire un recensement des impurs et de les livrer aux soldats pour qu'ils les emmenassent dans le désert, et de lier les lépreux entre des feuilles de plomb pour les jeter à la mer. 308 Les lépreux et les galeux noyés, on réunit les autres et on les transporta dans des lieux déserts pour qu'ils périssent. Ceux-ci s'assemblèrent, délibérèrent sur leur situation; la nuit venue, ils allumèrent du feu et des torches, montèrent la garde, et, la nuit suivante, après un jeûne, ils prièrent les dieux pour leur salut. 309 Le lendemain un certain Moïse leur conseilla de suivre résolument une seule route jusqu'à ce qu'ils parvinssent à des lieux habités et leur prescrivit de n'avoir de bienveillance pour aucun homme, ni de jamais conseiller le meilleur parti, mais le pire, et de renverser les temples et les autels des dieux qu'ils rencontreraient. 310 Les autres y consentirent et mirent à exécution leurs décisions; ils traversèrent le désert, et, après bien des tourments, arrivèrent dans la région habitée, puis, outrageant les hommes, pillant et brûlant les temples, ils vinrent dans le pays appelé aujourd'hui Judée, y bâtirent une ville et s'y fixèrent. 311 Cette ville fut nommée Hiérosyla (sacrilège) à cause de leurs dispositions d'esprit. Plus tard, devenus maîtres du pays, avec le temps, ils changèrent cette appellation pour éviter la honte, et donnèrent à la ville le nom de Hiérosolyma, à eux-mêmes celui de Hiérosolymites[176].
XXXV
Ses mensonges et ses contradictions.
312 Lysimaque n'a donc même pas trouvé moyen de nommer le même roi que les précédents, mais il a imaginé un nom plus nouveau, et, laissant de côté le songe et le prophète égyptien, il s'en est allé chez Ammon pour en rapporter un oracle sur les galeux et les lépreux. 313 En disant qu'une foule de Juifs était réunie dans les temples, a-t-il voulu donner ce nom aux lépreux, ou seulement à ceux des Juifs qui avaient été frappés de ces maladies ? 314 Car il dit : « le peuple juif ». Quel peuple ? Etranger ou indigène ? Pourquoi, si ces hommes sont Égyptiens, les appelez-vous Juifs ? S'ils étaient étrangers, pourquoi ne dites-vous pas leur origine ? Et comment, si le roi en a noyé beaucoup dans la mer et chassé le reste dans des lieux déserts, en a-t-il survécu un si grand nombre[177] ?
315 Ou de quelle manière ont-ils traversé le désert, conquis le pays que nous habitons aujourd'hui, fondé une ville et bâti un temple célèbre dans l'univers ? 316 Il fallait aussi ne pas se contenter de dire le nom du législateur, mais encore nous informer de sa race et de sa famille. Et pourquoi se serait-il avisé d'établir pour eux de semblables lois sur les dieux et sur les offenses à faire aux hommes pendant le voyage ? 317 Égyptiens, ils n'eussent point changé si facilement les coutumes de leur patrie. S'ils venaient d'ailleurs, ils avaient de toute façon des lois conservées par une longue habitude. 318 S'ils avaient juré contre ceux qui les chassèrent une éternelle hostilité, c'eût été un récit vraisemblable ; mais qu'ils aient engagé contre toute l'humanité une guerre implacable, eux qui avaient besoin du secours de tout le monde, vu leur état misérable qu'il dépeint lui-même, cela dénote une très grande folie, non de leur part, mais de la part de l'historien menteur. 319 Il a encore osé dire qu'ils ont dénommé leur ville en souvenir du pillage des temples et ont changé son nom dans la suite. Il est clair que ce nom attirait la honte et la haine sur leurs descendants ; et eux, les fondateurs de la ville, auraient pensé se faire honneur en la nommant ainsi ! Et le digne homme, dans l'ivresse de l'injure, n'a pas compris que le pillage des temples n'est pas désigné par le même mot chez les Juifs et chez les Grecs.
320 Que pourrait-on ajouter contre un menteur si impudent ? Mais comme ce livre est déjà d'une étendue convenable, je vais en commencer un second où j'essaierai de présenter le reste des observations relatives à mon sujet.
suite
[1] Les intitulés des chapitres sont de notre fait.
[2] C'est le même auquel est dédiée la Vita et qui fut un des patrons des Antiquités (I, § 8). Le langage de Josèphe dans ces divers passages prouve que c'était un personnage haut placé et qui avait subi des vicissitudes politiques; aussi l'a-t-on identifié, non sans vraisemblance, à Épaphrodite, affranchi et secrétaire de Néron, qui aida son maître à se tuer, et fut plus tard, à raison de ce fait, banni puis mis à mort par Domitien en 96 (Suétone, Domitien, 14). La seule objection c'est que la Vita, dédiée à Épaphrodite, parle d'Agrippa II comme étant mort (c. 65, § 359) ; or, d'après Photius (cod. 33), ce roi serait mort l'an 3 de Trajan (100 ap. J.-C.). Mais ce renseignement est suspect et nous ne possédons aucune monnaie d'Agrippa postérieure à Domitien. Épaphrodite ayant été tué en 95 (Dion, LXVII, 14) et les Antiquités achevées en 93 (Ant., XX, 11), il en résulte que le Contre Apion a été écrit en 94 ou 95.
[3] Même chiffre Ant. Proœm : les 5.000 années se d6composent en 3.000 de la création à Moïse (infra, I, 39) et en 2.000 depuis l'époque de Moïse et Aaron (infra, I, 36 et II, 226). Ailleurs (Ant., X, 8, 5, etc.) Josèphe ne compte que 4223 ans depuis la création jusqu'à Titus.
[4] Déluges d'Ogygès et de Deucalion, etc. Idée empruntée à Platon, Timée, p. 22 B, comme tout ce développement.
[5] Allusion aux discussions soulevées parmi les érudits alexandrins au sujet de l'interprétation des σήματα λυγρά de l'Iliade (VI, 168).
[6] Ce passage est une des pierres angulaires des Prolégomènes de Wolf.
[7] En réalité, Cadmos parait avoir fleuri vers le milieu du vie siècle.
[8] Seul texte qui attribue une origine égyptienne ou chaldéenne aux doctrines de Phérécyde de Syros. Cependant Gompers, Griechische Denker, I, 430, identifie ᾿Ογηνός avec l'Ouginna babylonien.
[9] On retrouve chez Apollonios de Tyane (Jamblique, Vit. Pyth., 12) et Plutarque l'idée que Thalès de Milet fut disciple des Égyptiens ; l'adjonction des Chaldéens est propre Josèphe.
[10] A l'appui de ces assertions on peut citer les fr. 7 et 12 d'Acousilaos, 19 d'Éphoro, 55, 125 et 143 de Timée ; Polémon, Istros et Polybo ont attaqué Timée, et Thucydide, Ctésias, Manéthôs, Strabon ont critiqué Hérodote.
[11] D'après la plupart des auteurs, Dracon avait, en réalité, rédigé un code de lois complet, mais seules ses lois sur le meurtre furent maintenues par Solon. Nous possédons encore des fragments d'une copie officielle sur pierre qui en fut faite an 409/8 avant J.-C. (Inscriptions juridiques grecques, II, n° xxi). La législation de Dracon (vers 624 av. J.-C.) est antérieure de plus de soixante ans à la première usurpation de Pisistrate (561) : Josèphe la rajeunit pour les besoins de sa thèse.
[12] Josèphe confond volontairement la tenue des registres généalogiques, telle qu'elle était pratiquée sous le second temple par le sacerdoce, avec la manière toute différente dont furent composés les anciens livres historiques de la Bible. Il est curieux de le voir affirmer que, même après la ruine de l'Etat juif, ces registres continueront à être tenus à jour. L'évènement n'a pas confirmé cette prédiction.
[13] Sur ses indications sur le mariage des prêtres, comparer les renseignements généalogiques fournis par Josèphe au commencement de son autobiographie et extraits par lui « des registres publics ». En réalité, la loi était encore plus exigeante que ne le dit ici Josèphe : la femme d'un prêtre ne devait pas seulement être de race israélite, mais n'être ni veuve, ni divorcée, ni déflorée, ni prostituée (cf. Lévitique, xxi, 7-14; Ant., III, ch. III, § 276-277.).
[14] Quintilius Varus, gouverneur de Syrie, étouffa la révolte qui éclata après la mort d'Hérode (4 av. J.-C.).
[15] Les « livrets » (γράμματα) sont des généalogies particulières, extraites des archives, et que conservait chaque famille sacerdotale.
[16] Cf. Ant., III, 12, 2; XIII, 10, 5; Mishna Ketoubot, II, 9. Ce qui n'empêcha pas Josèphe lui-même (qui était prêtre) d'épouser en premières noces une captive (Vita. 414).
[17] Ailleurs (Ant., XX, 10, 1) Josèphe compte 83 grands-prêtres depuis Aaron jusqu'au temps de Titus, mais il ne les énumère pas et l'on ne voit pas à quelles annales il est fait ici allusion.
[18] Josèphe a en vue le livre d'Esther.
[19] Même chiffre, Ant., X, 2, 2.
[20] On a discuté sur l'identification des 17 livres qui composent, avec le Pentateuque, le canon de 22 livres adopté par Josèphe. Voici la liste de Gutschmid: 4 anciens prophètes (Josué, Juges avec Ruth, Samuel, Rois), 4 nouveaux (Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Petits prophètes), 5 hagiographes (Job, Daniel, Chroniques, Esther, Esdras), 4 livres lyriques et moraux (Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Can¬tique). Le chiffre de 22 se retrouve encore ailleurs (Méliton, Origène, saint Jérôme). Mais ce qui est caractéristique c'est que la liste de Josèphe concorde avec la division de la Bible grecque (où Ruth est rattaché à Juges et les Lamentations à Jérémie) tandis que la tradition palestinienne compte 24 livres. Hœlscher (dans Pauly-Wiasowa, p. 1996) voit là une nouvelle preuve de la dépendance de Josèphe vis-à-vis de l'érudition judéo alexandrine.
[21] Je crois avec Thackeray (Josephus, I, p. 181) que Josèphe lait ici allusion non à l'Histoire de Juste de Tibériade (Vita, 336 suiv.) mais à des histoires bâclées pour la circonstance par des auteurs grecs ou latins, et qui n'ont pas laissé de trace.
[22] Julius Archélaüs, fils d'Helcias, avait épousé Mariamme, fille d'Agrippa Ier (Ant., XIX, 355); il était donc le beau-frère d'Agrippa II.
[23] Hérode ὁ σεμνότατος est non pas, comme l'a cru Dessau, le très jeune fils d'Aristobule (roi de Petite Arménie et arrière petit-fils d'Hérode le Grand), mais, probablement, suivant Otto (Pauly-Wissowa, Supplément, II, 162), un fils de Phasaël (neveu d'Hérode le Grand) et de Salampio (fille du même). Cf. Ant., XVIII, 131-138.
[24] Cf. Thucydide, I, 22.
[25] Ant., I, 5 ; XX, 261.
[26] L’interprétation rabbinique.
[27] L'Etat juif n'a en effet atteint la côte méditerranéenne que très tard, sous l'Hasmonéen Simon et le judaïsme ne prédomina jamais dans les ports palestiniens.
[28] La médiocre place que la navigation occupait dans la vie d'Israël ressort de la pénurie des informations de la Bible sur la marine; en dehors du récit des entreprises de Salomon et de Josaphat sur la Mer Rouge et des mentions du trafic phénicien, les seuls textes de quelque étendue qui concernent la mer sont Jonas, i-ii et le Psaume 107, 23-32.
[29] D'après Ezéchiel xxxvi, 2, Tyr aurait applaudi à la destruction de Jérusalem. A une époque plus récente, les Tyriens de Kydasa furent pour les Galiléens de mauvais voisins (Bellum IV, 2, 3 § 111) et en 66 les gens de Tyr massacrèrent un grand nombre de Juifs (Bellum, II, 18, 5 § 478).
[30] Le Laurentianus emploie le plus souvent la forme Manéthon qui a passé dans l'usage, mais Josèphe a écrit Manéthôs, que le copiste a laissé subsister § 228, 287, 288, 296, 300. Manéthôs est attesté depuis le iiie siècle av. J.-C. (Hibeh Pap., n° 72); le mot signifie peut-être « Vérité de Thot » (Spiegelberg, Orient. Literaturz., 1928 et 1929).
[31] Les § 75-82 sont un extrait textuel de Manéthôs, de première ou seconde main, peu importe.
[32] Toutimaios est vraisemblablement la transcription du nom d'un des deux rois Tetoumes qui doivent appartenir à la fin de la 14e dynastie ; cf. Journal Asiatique, 1910, II, p. 323 et Ed. Meyer, Geschichte des Alterlums, I, ii, 4e éd., p. 307.
[33] Manéthôs revient § 90 sur la menaçante puissance assyrienne. Mais l'époque à laquelle nous transportent les récits des § 77 et 90 est bien antérieure à celle où l'Assyrie a commencé à inquiéter les régions méditerranéennes. Maspero a supposé (Histoire ancienne, II, p. 52) qu'il faut lire Chaldéens pour Assyriens ; il est bien plus probable que le narrateur croit conformes à l'histoire les fables grecques sur l'empire assyrien de Ninos et de Sémiramis (Ed. Meyer, l. l., p. 312).
[34] Le nom égyptien est Haouarit. D'après quelques-uns, il signifie « maison de la fuite » et se rattacherait à la légende de Set-Typhon (voir infra, § 237).
[35] La forme véritable de ce nom (conservée par Eusèbe) parait être „UxoussÅw. Il est probable, d'ailleurs, que c'est le roi des étrangers seulement qui était désigné sous ce nom, Hiq Shaousou, « roi des pillards ». Cf. Maspero, Histoire ancienne, II, 54.
[36] On ne peut pas considérer le § 83 comme une annotation (primitivement marginale) de l'archétype du Laurentianus (cf. § 92 et § 98), car tout ce passage se lit ainsi chez Eusèbe. Ce sont plutôt des corrections apportées à Manéthôs par un commentateur auquel Josèphe les emprunte sans bien se rendre compte de leur origine (Ed. Meyer, Æg. Chronologie, p. 72). Manéthôs lui-même n'admettait certainement pas l'origine arabe des Hycsos, puisque les chronographes qui ont reproduit sa liste des rois pasteurs l'intitulent Φοὶνικες ξένοι βασιλεῖς.
[37] Les § 84-90 sont non plus une citation textuelle, mais un soi-disant résumé de Manéthôs, emprunté à une autre source et cette source était négligente ou mal informée : 1° parce qu'elle parle d'Avaris comme s'il n'en avait pas été question ; 2° parce qu'elle attribue la prise de cette ville à deux rois plus tardifs (cf. § 95) et non au véritable conquérant Amôsis.
[38] Transcription fautive de Menkheperra Thoutmès (Thoutmès III).
[39] Environ 2 756 hectares. Les mots
t¯n perÛmetron (ajoutés par Josèphe) semblent impliquer qu'il a pris l'aroure pour une mesure de longueur.
[40] Josèphe oublie qu'il a déjà été question d'Avaris et de ses fortifications (§ 78).
[41] D'après les documents égyptiens et les chroniqueurs (Eusèbe, Africanus) Avaris aurait, au contraire, été prise de vive force par le roi Amôsis. Cf. Maspero, op. cit., II, 86 suiv.
[42] Ce chiffre reproduit celui des « hoplites », donné plus haut, § 78.
[43] Cet « autre livre » serait, d'après certains commentateurs, une désignation incorrecte de l'« autre exemplaire » mentionné plus haut, § 83. En tout cas le § 95 paraît faire double emploi avec 83.
[44] Dans leur conversation avec Pharaon, les fils de Jacob déclarent qu'ils sont bergers, comme l'ont été leurs pères (Genèse, xlvi,
34 et xlvii, 3).
[45] Ou plutôt à son échanson (Genèse, xl, 15). Le Florentinas a ici en marge: « Dans un autre exemplaire on lit : Vendu par ses frères, il fut amené en Égypte au roi de ce pays ; plus tard, il fit venir auprès de lui ses frères, avec la permission du roi. »
[46] Voir plus bas, ch. xxvii.
[47] Ici un nouvel extrait authentique de Manéthôs (§ 94-102) mais qui, jusqu'au § 97, n'a conservé que le squelette chronologique.
[48] Tout à l'heure (§ 88) il était appelé Thoummôsis. Le nom paraît interpolé.
[49] Ce Touthmôsis fils de Misphragmouthôsis ressemble singulièrement au Thoummôsis fils de Misphragmouthôsis sous lequel aurait au lieu l'expulsion des Hycsos (§ 88).
[50] Ici le ms. a en marge : « Dans une autre copie on lit : Après lui Séthôsis et Ramessès, deux frères ; le premier, ayant une armée navale, subjuguait de force tous les peuples maritimes qui osaient l'affronter (?) ; peu après, ayant tué son frère Ramessès, il nomma gouverneur de l'Égypte son autre frère Harmaïs. » D'après Gutschmid, il s'agirait d'une autre copie de Manéthôs et la note émanerait de Josèphe ; nous ne pouvons nous ranger à cet avis : il s'agit d'une correction au texte de Josèphe et qui suppose déjà la lecture de Σέθωσις καὶ ῾Ραμέσσης (Meyer). Séthôsis est le Sésostris d'Hérodote, qui rapporte aussi ses victoires navales (II, 102).
[51] Meyer (loc. cit., p. 75) croit sans raison décisive que l'identification du couple Séthôs-Harmaïs avec Ægyptos-Danaos est due, non à Manéthôs, mais à un commentateur ou interpolateur juif.
[52] L’addition des chiffres donnés au ch. XV ne fournit, entre l’expulsion des Hycsos et l’avènement de Séthôs, que 334 ans. Il est probable, comme l’a vu Lepsius, que Josèphe (ou plutôt sa source) a ajouté à cette somme les 59 ans qu’il assigne plus loin (§ 231) au roi Séthôs. Josèphe a donc reproduit ce total d’après un apologiste antérieur sans se soucier de le mettre en accord avec la liste précédente (Hœlscher).
[53] Josèphe oublie Inachos, le plus ancien roi d'Argos (Spanheim).
[54] Ce chiffre paraît trop élevé d'environ 400 ans.
[55] Voir plus loin, ch. xxvi.
[56] Ce chiffre résulte des durées des règnes données au ch. xviii.
[57] Rien de pareil dans les extraits donnés plus loin (note du § 113).
[58] Cf. Ant. jud. VIII, 5, 3. D'après la Bible, c'est le père de Salomon, David, qui était déjà lié d'amitié avec Hirôm (I Rois, v, i ; II Samuel, v, ii).
[59] Ces renseignements sont empruntés au livre des Rois, I, ix, 10-14.
[60] Les négociations entre Salomon et Hirôm sont racontées I Rois, v; mais il n'est question ni d'énigmes comme dans le cas de la reine de Saba (I Rois, x, i), ni d'échange de lettres. Josèphe pense vraisemblablement aux lettres qu'il a reproduites Ant. VIII, 2, 6, et qui furent sans doute forgées par Eupolémos (cf. Eusèbe, Praep., IX, 33).
[61] Le texte de Dios est également reproduit dans les Antiquités, VIII, 5, 3, § 147-9. On ne sait d'ailleurs rien de cet auteur, que C. Müller (Frag. hist. gr., IV, 398) identifie à Ælius Dios, auteur d'un ouvrage περὶ ᾿Αλεξανδρείας. Mais il pourrait aussi y avoir une confusion avec
Ααἴτος, auteur de Foinikik‹ (ibid., 437).
[62] C'est dans ces mots (cf. infra § 118) que Josèphe trouve (à tort) une allusion à la construction du temple de Jérusalem.
[63] Ce texte n'est pas d'accord avec ce qui suit, car l'amende est d'abord payée par celui qui ne résout pas les énigmes sans condition de réciprocité.
[64] Le texte de Ménandre est également reproduit dans les Antiquités, VIII, 5, 3, § 144-146. Cet historien est appelé par Clément d'Alexandrie et Tatien « Ménandre le Pergaménien ». Gutschmid estime que son ouvrage ne concernait que l'histoire des villes de Phénicie. Époque inconnue.
[65] Ce réveil d'Héraclès paraît avoir été une fête phénicienne se rattachant au mythe d'après lequel Héraclès, tué par Typhon, aurait été ranimé au contact d'une caille que lui apporta Iolas (Eudoxe de Cnide, ap. Athénée, IX, 392 D). - Abel (Revue Biblique, 1908, p. 577) a rapproché de l'information de Ménandre le titre d'έγερσε(ίτης) [τοῦ] ῾Ηραχλέου(ς)qui figure dans une inscription d'Amman-Philadelphie.
[66] Le mois Péritios correspond à peu près à février.
[67] Trait qui manque à la relation de Dios (supra, § 115) et dont l'intérêt a été remarqué par Cosquin, Revue Biblique, 1899, p. 67. L'enfant prodige dont la sagacité assure la victoire d'un souverain défié par un rival reparaît dans le Conte démotique de Siosiri, où, grâce au héros âgé de douze ans, Ramsès II a le dessus sur le roi d'Ethiopie (I. Lévy, La légende de Pythagore, p. 194). Assez proche d'Abdémon et de Siosiri est le jeune Daniel de l'histoire de la chaste Suzanne (Daniel, xiii) qui à l'âge de douze ans d'après certaines versions (cf. Baumgartner, Archiv für Religionw, XXIV, p. 273), confond l'imposture des deux vieillards.
[68] Le chiffre 17 (Théophile, etc.) doit être adopté de préférence à 7 (Laurentianus) pour obtenir au § 126 le total exigé : de même au § 124 nous avons adopté pour Mettên 29 ans de règne (Théophile) au lieu de 9 (Laurentianus).
[69] Josèphe a remarqué, dans les Ant. Jud., l'identité d'Ithobal avec Ethba'al, le père de Jézabel.
[70] Nous adoptons, comme Gutschmid et Naber, ce chiffre de préférence à celui de quarante-huit ans, qui a pour lui la majorité des témoins, mais est difficilement conciliable avec le contexte : Ithobal aurait été père de Balezoros à neuf ans, grand prêtre, puis meurtrier de Phellès et roi à seize ans.
[71] En 814 d'après la date la plus communément admise.
[72] Ailleurs (Ant. VIII, 3, i, § 62) Josèphe dit que la construction commença l'an onze d'Hirôm, an 240 de Tyr. Gutschmid suppose que cette date était donnée dans les chroniques tyriennes pour la construction du temple d'Héraclès et que Josèphe l'a transportée arbitrairement à celle du temple de Jérusalem.
[73] Cf. Antiq. jud., VIII, 3, i suiv.
[74] Auteur d'un ouvrage sans doute intitulé Babyloniaca, dédié à Antiochos Sôter et qui avait été publié, suivant Lehmann-Haupt, en 275.
[75] Le texte de Bérose est cité littéralement Antiq. jud., I, 3, 6, § 93. A la suite de Gutschmid et Ed. Schwartz, P. Schnabel, Berossos, p. 166, pense que Josèphe n'a connu ce passage de Bérose qu'à travers Alexandre Polyhistor (auquel Eusèbe emprunte le récit du déluge). Nous rappelons que Bérose parlait non de Noé, mais de Xisuthros ; l'identification est du fait de Josèphe.
[76] Josèphe a par étourderie placé ici sous le règne de Nabopalassar la destruction du temple, qui n'eut lieu que sous celui de son fils. Au reste, il résulte du texte même reproduit plus loin que Bérose n'a pas fait mention de cet événement.
[77] C'est la durée que Josèphe assigne régulièrement à la captivité de Babylone (Ant. Jud. X, 9, 7 § 184 ; XI § 1 ; XX, 10, 2 § 233). Le chiffre, trop élevé de plus de vingt ans pour l'intervalle qui sépare la déportation sous Nabuchodonosor et le retour sous Cyrus, est emprunté à la chronologie factice de II Chroniques xxxvi, 21, elle-même basée sur Jérémie xxv, 11 et xxix, 10. Josèphe, dont l'impéritie en matière de chronographie est extrême (cf. I. Lévy, Revue des Et. Juives, 1906, I, p. 169) n'a pas remarqué (v. infra, § 154) que ce chiffre est inconciliable avec celui qui résulte des données de Bérose.
[78] Le jugement sur Nabuchodonosor, roi qui éclipsa ses devanciers, se retrouve Ant. X, § 219. Josèphe l'a emprunté avec tout le § 133 à la source qui lui a fourni l'extrait de Bérose.
[79] Il s'agit du roi d'Égypte, Néchao. L'historiographie chaldéenne officielle le désignait comme un « satrape rebelle ».
[80] Sans doute la bataille de Karkemish, sur l'Euphrate, où Nabuchodonosor battit Néchao en l'an 4 de Iehoiakim de Judée (Jérémie, xlvi, 2).
[81] Il est surprenant que les Juifs soient nommés en tête, alors que la Judée n'a pas été mentionnée dans le résumé du § 133 et ne paraît pas avoir été touchée par la campagne de 605. Après Hugo Winckler, Julius Lewy a conjecturé (Mutteil. vorderas. - aeg. Gesellsch., t. 29, 2, p. 35, n. 3) que ᾿Ιουδαίων τε καί est une addition de Josèphe. Cette hypothèse est inacceptable: 1° Josèphe n'a jamais, à notre connaissance, falsifié de son chef un témoignage ; 2° dans le récit des Antiquités sur la campagne contre Néchao (X, 6, § 86) il note expressément qu'après la bataille de Karkhamissa Nabuchodonosor occupa la Syrie jusqu'à Péluse à l'exception de la Judée ; 3° les mots suspectés figurent dans l'extrait de Polyhistor préservé par l'Eusèbe arménien. Josèphe est donc hors de cause ; mais on peut se demander si Polyhistor n'a pas été interpolé par un Juif surpris de ne pas trouver trace des déportations de Nabuchodonosor, et si la fin du § 138 n'est pas de la même main que ᾿Ιουδαίων τε καί.
[82] Gutschmid constatant que
xaÛ est mal attesté et supposant qu'ἐθνῶν est interpolé, propose de lire Συρῶν τῶν κατὰ τὴν Αἴγυπτον. Il est probable que t. k. t. A. concerne les peuples de l'Arabie nommée § 133 à côté de la Syrie.
[83] L'exactitude des informations de Bérose sur les grands travaux de Nabuchodonosor a été confirmée par les fouilles (cf. Koldewey, Des wiederersteende Babylon) et par les textes épigraphiques. En particulier, l'histoire de la construction du palais en quinze jours, qui a l'air de sortir d'un conte de fées, est textuellement traduite d'une inscription du roi (Langdon, Neubabyl. Königsinschriften, p. 139).
[84] Nabuchodonosor avait épousé, d'après un texte de Bérose conservé par l'Eusèbe arménien et le Syncelle, la princesse Amytis, fille d'Astyage.
[85] Ctésias, Deinon, Clitarque, etc., que suivront encore Strabon, Diodore, Quinte-Curce, etc.
[86] La citation de Philostrate est donnée avec plus de précision dans les Antiquités, X, ii, 1, § 228. Ici l'allusion au siège de Tyr (dont il ne sera question que plus loin, § 156) reste peu intelligible pour le lecteur.
[87] G. Müller et Gutschmid lisent IIe au lieu de IVe : l'ouvrage de Mégasthène n'avait probablement que trois livres.
[88] Même citation dans les Antiquités, X, ii, 1, § 227. Schnabel, à la suite de Gutschmid, estime que Josèphe n'a connu ce texte de Mégasthène qu'à travers Alexandre Polyhistor auquel l'emprunte également Abydénos (ap. Eusèbe, Praep. ev., IX, 41).
[89] Plus haut, § 132. Mais la citation qui va suivre ne prouve rien de ce qu'avance Josèphe.
[90] Probablement le « mur de Médie » mentionné par Xénophon et Strabon (Gutschmid).
[91] Jérémie, lii, 29. Ailleurs (Jérémie, ibid., 12 ; II Rois, xxv, 8) on trouve indiquée la 19e année.
[92] Ce chiffre de 50 ans, qu'Eusèbe lisait dans Josèphe (le Laurentianus donne
¥pt‹, sept) ne figure nulle part dans la Bible qui, comme on l'a vu (note à § 132), parle de soixante-dix ans ; il résulte des données de Bérose (§ 147-9 : 43 - 18 + 2 + 4 + 0,9 + 17) combinées avec la notion de la 2e année de Cyrus qui provient d'Esdras, iii, 8. Plus loin, la 2e année de Darius est tirée de Zacharie, i, 12 et d’Esdras, iv, 24 (en réalité, cette année marque la reprise des travaux du Temple, et non leur achèvement, qui eut lieu quatre ans plus tard, Esdras, vi, 15).
[93] La citation qui suit est probablement empruntée à Ménandre d'Éphèse.
[94] Même chiffre dans Ant., X, 228, d'après Philostrate.
[95] ὧν μεταξὺ signifierait en bon grec « dans l'intervalle desquels », mais cela est peu intelligible. C'est ce qui a conduit Gutschmid à admettre le sens (hellénistique) de « après » ; cependant Josèphe lui-même semble n'avoir pas compté à part l'année de Balator.
[96] Le total des années énumérées aux § 156-8 donne 55 ans 3 mois ; Josèphe ne compte que 54, 3, soit parce qu’il prend
metajç (157) au sens classique, soit parce que son point de départ sous-entendu est non le siège de Tyr (an 17) mais la destruction du temple qui eut lieu (154) l’an 18 de Nabuchodonosor. Comme la reconstruction commença l’an 2 de Cyrus = 16 (?) d’Hirôm, il faut retrancher du total les 4 dernières années d’Hirôm et l’on obtient bien les 50 ans du § 154.
[97] Cf. l'histoire de l'ânesse de Balaam, Nombres, xx, 22-23.
[98] Cf. Exode, XXII, 28 ; Lévitique, XIX, 16. Comparer les textes du Talmud qui défendent de prendre le bain de purification dans une eau stagnante (Mishna Mikwaot) ou de boire de l'eau qui est restée découverte la nuit (Houllin, 9 b ; jer. Teroum., 48 c).
[99] Antonius Diogène ap. Porphyre, Pyth. 11 ; Aristobule ap. Eusèbe, Praep. XIII, 12, 4.
[100] Ou plutôt « offert à Dieu » (Lévitique, i, 10 ; ii, 4 ; iii) = tabou. Le prétendu serment « par l'or du Temple », Korbanas (Matth., xxiii, 16) se confond avec celui-ci.
[101] Hérodote, II, 104 (texte rappelé aussi en abrégé Ant., VIII, 262).
[102] Les mots « Syriens de Palestine », dans la langue d'Hérodote, désignent les Philistins ; or nous savons qu'au moins à l'époque biblique ceux-ci étaient incirconcis. On a essayé de diverses manières de justifier soit Hérodote, soit Josèphe. Cf. mes Textes d’auteurs grecs et romains, p. 2.
[103] Il florissait vers la fin du ve siècle.
[104] Le raisonnement de Josèphe est ingénieux, mais peu probant. Les fabuleux monts Solymiens (inconnus, quoi qu'il en dise, en Judée et qu'on chercha en Lycie) ont été empruntés par Chœrilos à Homère (Odyssée, V, 383 ; texte visé par Josèphe, Antiquités, VII, 3, 2, § 67 ; cf. Tacite, Hist., V, 2). La tonsure ronde, coutumière chez les Arabes (Jérémie, ix, 25 ; Hérodote, III, 8), est expressément interdite aux Juifs (Lévitique, xix, 27). La coiffure en protome de cheval appartient aux Éthiopiens d'Asie (Hérodote, VII, 70).
[105] Dans son traité De l'éducation (Diog. Laërce, prooem. § 9), Cléarque faisait descendre les gymnosophistes des mages et Diogène ajoute : « quelques-uns prétendent que les Juifs aussi descendent des mages ». Le parallèle entre les Juifs et les brahmanes était aussi indiqué par Mégasthène (ap. Clem. Alex., Stromat., I, 15).
[106] En réalité, Calanos n'est que le sobriquet individuel du gymnosophiste Sphinès qui suivit l'armée d'Alexandre et mit volontairement fin à sa vie en montant sur le bûcher.
[107] Il s'agit du séjour d'Aristote à Atarné (348-345).
[108] E. Havet a supposé que Josèphe avait un autre motif de ne pas prolonger sa citation : c'est que le Juif d'Atarné serait identique au « magnétiseur », assez vulgaire dont il était question dans le même traité de Cléarque (fr. ap. Pitra, Analecta sacra, V, 2, p. 2 1).
[109] Ce livre ne doit pas être confondu avec l'ouvrage certainement apocryphe sur Abraham, également attribué à Hécatée (cf. Textes, p. 236). Les uns, comme Willrich, voient dans le livre sur les Juifs un faux, d'autres le croient identique à l'ouvrage (ou à la partie d'un grand ouvrage ?) d'Hécatée auquel Diodore a emprunté son aperçu du judaïsme (Diodore, XL, 3- Textes, p. 14 suiv.).
[110] En 312 av. J.-C.
[111]
323 av. J.-C.
[112] Ezéchias ne figure pas sur la liste des grands-prêtres juifs de cette époque donnée par Josèphe (Antiq., XI, 8, 7; XII, 2, 4), liste d'ailleurs sujette à caution (cf. Willrich, Juden und Griechen, p. 107 suiv.) Willrich a supposé, Urkundenfälschung, p. 29, que la figure d'Ezéchias est calquée sur celle du grand-prêtre Onias qui se réfugia en Égypte sous Philométor.
[113] Chiffre très inférieur à celui de 4289 donné (pour le temps de Zorobabel) par Esdras, ii, 36-39, et Néhémie. vii, 39-42.
[114] Quelle dignité ? la grande prêtrise ou bien quelque distinction qui lui fut accordée par Ptolémée Sôter et dont il était question dans un passage sauté par Josèphe ?
[115] Texte sans doute altéré. J. Février (La Date, la Composition et les Sources de la Lettre d'Aristée, p. 70) a proposé de reconnaître dans διαφορὰν un mot rarissime qui signifierait livre ; il s'agirait du Pentateuque.
[116] Cette entreprise est attestée par Arrien, VII, 17 et Strabon, xvi, i, 5.
[117] Il ne s'agit pas de la déportation de Juifs par Artaxerxés Ochus (Syncelle, I, 486 Dindorf), mais de la captivité de Babylone elle-même qu'Hécatée (?), mal informé, attribue aux Perses et non aux Chaldéens. J. G. Müller (Des Flavius Josephus Schrift gegen den Apion, p. 175) voit dans cette erreur une preuve de l'authenticité du morceau, mais, comme le remarque Willrich, II Maccabées, I, 19, parle aussi de la captivité de Babylone comme d'une déportation εἰς τὴν Περσικήν.
[118] 825.000 hectares. L'évaluation d' « Hécatée » est modérée, à la différence de celle de la Lettre d'Aristée, § 116 : la Palestine au moment de la conquête par les Hébreux aurait compté 60 millions d'aroures (plus de 16 millions d'hectares).
[119] Anachronisme.
[120] 40 stades seulement suivant Timocharès (Textes, p. 52) et Aristée (§ 105), 33 selon Josèphe (Bellum, V, 4, 2), 27 selon Xénophon l'arpenteur (Textes, p. 54). Le chiffre de la population est pareillement exagéré.
[121]
150 mètres.
[122] Autre exagération. Le décret de Cyrus (Esdras, vi, 3) prescrit 60 coudées pour la largeur du temple.
[123] L'autel de l'Exode (xxvii, i, suiv.) n'a que 5 coudées de long et de large sur 3 de haut. Il est remarquable que les dimensions ici indiquées sont celles que la Chronique (II, iv, i) attribue à l'autel d'airain du temple de Salomon.
[124] Cf. I Maccabées, i, 23.
[125] Lévitique, i, 9. Le « service de nuit » des prêtres ne peut être qu'une garde.
[126] Mensonge évident.
[127] Transcription grecque de Meschoullam.
[128] L'histoire de Mosollamos est la caricature d'un très vieux thème : déjà l'Iliade (B, 858) met en scène un oiônistès que son art ne prémunit pas contre les dangers de l'expédition où il trouvera la mort.
[129] Agatharchide de Cnide, qui florissait sous Ptolémée VI Philométor (181-146 av. J.-C.) avait laissé d'importants ouvrages géographiques et historiques, notamment une Histoire d'Europe en 49 livres et une Histoire d'Asie en 10 livres. Le fragment suivant est reproduit en partie dans les Antiquités, XII, I, i.
[130] Stratonice, fille d'Antiochus Ier Soter, roi d'Asie, avait épousé Démétrius II de Macédoine. Lorsque celui-ci prit une autre femme, vers 239, elle vint à Antioche dans l'espoir d'épouser son neveu Séleucus II Gallinicus.
[131] La date de cet évènement est inconnue : il ne peut s'agir de l'expédition de 320, où Ptolémée envoya en Syrie son lieutenant Nicanor (Diodore, XVIII, 43). Willrich a supposé (Juden und Griechen, p. 23) que la prise de Jérusalem suivit la victoire de Gaza (312), mais, comme il le rappelle lui-même, Diodore ne mentionne (XIX, 85 suiv.) parmi les villes de Palestine prises, puis rasées à cette occasion, que Joppé, Samarie et Gaza. Nous savons, d'autre part, que Jérusalem fut démantelée par Ptolémée (Appien, Syr., 50).
[132] Hiéronyme de Cardie vécut environ de 360 à 265 avant J.-C. Son histoire des diadoques et des épigones allait de la mort d'Alexandre à celle de Pyrrhus.
[133] Théophile avait parlé des rapports de Salomon avec Hirôm (Polyhistor, fr. 19) Théodote, Samaritain, est l'auteur d'un
PerÜ
ƒIoudaÛvn, en vers (ibid., fr. 9). Nous retrouverons Mnaséas plus loin (II, 9). Hermogène avait écrit des Φρυγιακά où il était question de Nannacos, le Noé phrygien (Frag. hist. graec., III, 524 Didot). Evhémère est l'auteur célèbre du roman intitulé Histoire sacrée. Aristophane, Conon, Zopyrion sont inconnus ou douteux.
[134] Auteurs juifs cités par Polyhistor que Josèphe a pris pour des Grecs.
[135] Plus haut, §§ 3-4 et 59.
[136] Théopompe avait la réputation d’un écrivain âpre et médisant (maledicentissimus scriptor, Nepos, Alcib., 11) mais sa malveillance s’était exercée particulièrement contre Athènes ; tout au plus, en sa qualité de victime des démocrates, avait-il jugé sévèrement les démagogues athéniens (cf. C. Müller, FHG, I p. lxxv). Le Τριπολιτικός, plus souvent appelé
Τρικάρανος, était un pamphlet contre Athènes ; Sparte et Thèbes, œuvre du sophiste Anaximène, qui l’avait faussement mis sous le nom de Théopompe (Pausanias, VI, 18). Quant à Polycrate, on ne sait s’il faut y voir l’auteur d’ailleurs inconnu de Λακωνικά dont Athénée (IV, 139 D=FHG., IV 480) cite une description de la fête des Hyacinthies, ou, comme le croit
C. Müller, le sophiste athénien du ive siècle, auteur d’un pamphlet célèbre contre Socrate.
[137] Timée devait à sa médisance, particulièrement contre les rois, le surnom de
ƒEpitÛmaiow que lui donna Istros.
[138] Les Hycsos assimilés à Joseph.
[139] Ed. Meyer (Chronologie, p. 77) a fait observer que Manéthôs n'indique la durée d'un règne qu'à la fin de celui-ci; et il pense que Josèphe ne disposait que d'un extrait qui s'arrêtait avant la fin du règne d'Aménophis. Il est difficile de savoir d'ailleurs sous quel Aménophis Manéthôs plaçait l'histoire des Impurs. D'après Josèphe, elle serait postérieure au règne de Séthôs = Seti, 3e roi de la 19e dynastie; or, aucun roi de cette dynastie ne porte le nom d'Amenhotep. Si l'histoire était racontée « hors cadre » on pourrait songer soit à Aménophis III (1411-1375) sous lequel vécut Aménophis, fils de Paapis (= § 232) soit à Aménophis IV (1375-1358) dont la réforme religieuse et le culte solaire trouvaient un écho dans l'anecdote du « prêtre d'Héliopolis » rebelle. Quoi qu'il en soit, Josèphe paraît admettre (§ 231) que l'Aménophis en question est le successeur de Ramsès (II) fils de Séthôs. Mais il se trompe dans son calcul en plaçant son avènement (§ 230) 518 ans après l'exode des Hycsos. En effet, comme je l'ai déjà montré plus haut (note sur le § 103) le total des règnes énumérés entre cet exode et l'avènement de Séthôs ne fournit que 334 ans et non 393 (§ 103, 231 et II, 16); en y ajoutant 59 + 66 = 125 ans pour les règnes de Séthôs et de Ramsès (§ 231) on trouve donc 459 ans et non 518. Il semble bien que Josèphe (ou sa source) ait compté deux fois les 59 ans de Séthôs.
[140] Voir la note ci-dessus.
[141] Mais Manéthôs n'assimilait pas les Hycsos aux Hébreux.
[142] Or est le 9e roi de la XVIIIe dynastie (supra. § 96). Mais Hérodote, II, 42, raconte la même histoire de l'Héraclès égyptien et il y a peut-être une confusion avec le dieu Horus.
[143] Ce personnage paraît avoir une réalité historique: c'est Amenhotep, fils de Hapou, ministre d'Aménophis III, dont Mariette a découvert la statue avec une inscription intéressante; on lui attribuait des grimoires magiques (Maspero, II, 298 et 449; Wilcken, Ægyptiaca, p. 147 suiv. ; Breasted, Ancient Records, II, 911).
[144] On apprend plus loin, § 237, que le rassemblement des infirmes s’est fait en très peu de temps. Josèphe a supprimé ce détail, de même que § 245 il omet de présenter l'« ami », et de dire que la rencontre d'Aménophis avec les envahisseurs a lieu vers Péluse (fait mentionné seulement au § 274).
[145] Ce sont (Lepsius, F. G. Müller, Maspero) les carrières de Tourah, déjà connues d'Hérodote (II, 8 et 124) comme ayant fourni les matériaux des pyramides.
[146] Sur l'emploi des forçats dans les carrières à l'époque ptolémaïque, v. Bouch-Leclercq, Histoire des Lagides III, 241 et IV, 193 et 337.
[147] Osarseph d'Héliopolis et ses confrères, qui sont sans doute ses compatriotes (infra. § 238 et 245) : les Héliopolitains sont, d'après Hérodote II, 3, Αἰγυπτίων λογιώτατοι.
[148] Voir plus haut, §§ 78 et 86.
[149] Ce nom théophore est clairement calqué sur celui de Joseph par la substitution de l'élément Osiris à Iahveh, quoique plus loin ce personnage joue le rôle, non de Joseph, mais de Moïse.
[150] L'« athéisme » vient en tête des commandements d'Osarseph-Moïse, à titre de « première loi ». L'auteur sait-il que le Décalogue commence par l'ordre de n'avoir d'autre dieu que Iahveh ? Ou se rappelle-t-il l'ordonnance des listes de devoirs dressés par les moralistes grecs et où est inculqué, comme premier précepte (Xénophon, Mem. IV, 4, 19, Poème doré, v. i, cf. Dieterich, Nekyia, p. 146 et suiv.) le respect des dieux ?
[151] Cf. Tacite, Histoires, V, 4 : ils sacrifient le bélier comme pour insulter Hammon, et le boeuf, parce que les Égyptiens adorent Apis.
[152] Le prince héritier, fils d'Aménophis, porte les deux noms de Séthôs et de Ramessès comme le roi Séthôs-Ramessès de § 98, également fils d'Aménophis. On remarque que le double nom n'apparaît jamais chez Josèphe qu'une seule fois : le Séthôs
d kaÜ
„Ram¡sshw de § 98 est Séthôs tout court §§ 101, 102 et 231 (comme d'ailleurs chez l'Africain), celui de § 245, au contraire, ne s'appelle plus que Ramessès ou Rampsès §§ 251 et 300 (comme chez Chaeremon, infra § 292). Les mots Σέθων τὸν καὶ du présent texte et d καὶ ῾Ραμέσσης de § 98 sont donc des éléments adventices destinés à identifier un Séthôs fils d'Aménophis et un Ramessès fils d'Aménophis ; cf. Ed. Meyer, Chronologie, p. 91, qui considère les additions comme des interpolations à Manéthôs.
[153] Quel ami ? Il n'est pas certain qu'il s'agisse du roi d'Éthiopie dont il sera bientôt question.
[154] Texte suspect.
[155] Josèphe (Manéthôs ?) paraît oublier qu'il a déjà mentionné Osarseph au § 238. E. Meyer (op. cit. p. 77) voit dans ce paragraphe une addition d'un commentateur antisémite de Manéthôs, de sorte que l'assimilation Osarseph = Moïse n'émanerait pas de ce dernier.
[156] Tout ce récit de Manéthôs est, comme le dit Maspero, « un roman où très peu d'histoire se mêle à beaucoup de fables ». Il semble même que ce peu d'histoire se borne aux noms du roi et de son ministre sorcier. L’invention première ne parait pas appartenir à Manéthôs, car Hécatée d'Abdère, dont l'ouvrage est, semble-t-il, un peu plus ancien, raconte déjà (ap. Diodore, XL, 3) que les Hébreux sont des étrangers expulsés d'Égypte à la suite d'une peste: c'était la tradition juive elle-même, accommodée au goût du public égyptien. La version d'Hécatée se corsa de nouveaux détails dont le motif est transparent : par exemple, les Juifs ont prétendu que Dieu frappa les Egyptiens de la lèpre ; on riposte qu'eux-mêmes sont des lépreux, etc. Les auteurs de ces contes polémiques n'avaient qu'une connaissance très superficielle de la Bible et, en fait de noms propres, n'avaient guère retenu que ceux de Joseph et de Moïse. On faisait de Moïse le petit-fils de Joseph (Apollonios Molon) ou son fils (Justin) ; parfois même leurs rôles ont dû être confondus. C'est ce qui explique que Manéthôs donne à Moïse un nom égyptien qui visiblement avait été d'abord inventé pour Joseph. S'il fait de lui un prêtre d'Héliopolis, c'est peut-être parce que lui-même était prêtre de Sébennytos et qu'il y avait rivalité entre les deux corporations.
[157] Singulière expression sous la plume d'un Juif. Elle reparaît plus loin, II, 63
[158] On ne peut s'empêcher de trouver extrêmement oiseuse cette répétition presque textuelle (§§ 260-266) de ce qui a été raconté il y a un instant (§§ 237-250). On dirait que Josèphe avait d'abord procédé par analyse du texte de Manéthôs et qu'ayant ensuite jugé à propos d'insérer la citation textuelle il a oublié de remanier en conséquence le « résumé » qui suit
[159] Exagération manifeste.
[160] Nous avons vu plus haut (§ 245) que c'est Aménophis lui-même qui fit cette marche inutile et que son fils n'était alors âgé que de cinq ans. Josèphe contredit Manéthôs sans le relire, ici comme § 300.
[161]
V. la note à § 234.
[162] Cf. la note sur § 231
[163] Cf. Lévitique xiii, 45-46 ; xiv.
[164] Sur l'exclusion du sacerdoce à raison d'un accident corporel, cf. Lévitique, xxii, 16-23.
[165] Cette étymologie est également donnée (avec l'addition nécessaire que
és°w signifie sauvé) Antiq., II, 9, 6, § 228, et avec une légère variante par Philon, De vita Moysis, I, 4.
[166] Philosophe stoïcien, directeur du Musée d'Alexandrie, hiérogrammate et précepteur de l'empereur Néron. Très probablement identique au
Xair®mvn LevnÛdou qui figure parmi les envoyés alexandrins auprès de l'empereur Claude (pap. 1912 du Br. Mus. = Bell, Jews and Christians in Egypt, p. 29).
[167] Josèphe lui-même (§ 298) interprète ainsi cette phrase obscure et probablement corrompue.
[168] Josèphe aura beau jeu à relever les contradictions des deux récits de Manéthôs et de Chærémon; mais il aurait dû simplement en conclure que ce dernier n'est qu'une modification arbitraire de celui de Manéthôs.
[169] Exode, vi, 16 suiv.
[170] Le chiffre de 170 ans quoique dérivé de Exode, vi, 16-20, est en contradiction avec la durée du séjour des Hébreux en Egypte, Exode, xix, 40 et Ant., II, 9, 1, § 204.
[171] Nouvelle défaillance de mémoire. On a vu (§ 245) que, d'après Manéthôs, Ramsès n'avait que cinq ans au moment de la fuite de son père. Cf. § 274.
[172] Chærémon ne dit rien de pareil (§ 292).
[173] Correction nécessaire (le ms. a 230.000), car 250.000 lépreux (§ 290) et 380.000 Pélusiens (§ 293) font 630.000 et Ramsès ne chasse que 200.000 Juifs (§ 292). On pourrait également songer à conserver 230.000 pour les morts et disparus, en lisant 400.000 pour les survivants, mais le chiffre 200.000 est attesté par deux fois, §§ 292 et 300.
[174] L'époque exacte de cet écrivain est inconnue. On sait seulement (Athénée, IV, 158 D) qu'il vécut après Mnaséas (IIe siècle). Il était d'Alexandrie et avait écrit, outre l'ouvrage cité par Josèphe, des
Θηβαικὰ παράδοξα et des Νόστοι.
[175] Nous verrons plus loin. (II, 2, § 16) que ce Bocchoris est censé avoir vécu I 700 ans avant Josèphe ; on ne peut dans ce cas le confondre avec le Bocchoris de Manéthôs (XXIVe dynastie, VIIIe siècle ?), quoique la date de ce dernier prince concorde avec celle qu'Apion assignait à l'Exode. Diodore de Sicile (I, 65) mentionne un Bocchoris, difforme et rusé, qui aurait régné immédiatement après les constructeurs de pyramides ; peut-être est-ce le même qu'a en vue Lysimaque. Les anecdotes rapportées par divers auteurs sur le compte du roi Bocchoris ne précisent pas la date de ce prince.
[176] Le récit de Lysimaque est reproduit dans Tacite, Hist., V, 3, avec des détails supplémentaires, qui ont probablement la même provenance.
[177] Il est singulier que Josèphe n'ait pas relevé une autre contradiction entre Lysimaque et ses prédécesseurs : si tous les lépreux ont été noyés (§ 307), les Juifs ne sont donc pas des lépreux, mais seulement des impurs.
Flavius Josèphe : Contre Apion - livre 2.
texte numérisé et mis en page par François-Dominique FOURNIER
Contre Apion
Flavius Josèphe
livre II
Traduction de René Harmand
Agrégé de l’Université, professeur au lycée de Nancy
Révisée et annotée par
Théodore Reinach
Membre de l’Institut
1911
Ernest Leroux, éditeur - Paris
livre I
texte grec
LIVRE 2
I
Plan de la réfutation d'Apion.
1 Dans le cours du premier livre, très honoré Épaphrodite, j'ai fait voir la vérité sur l'antiquité de notre race, m'appuyant sur les écrits des Phéniciens, des Chaldéens et des Égyptiens, et citant comme témoins de nombreux historiens grecs ; j'ai, en outre, soutenu la controverse contre Manéthôs, Chœrémon et quelques autres. 2 Je vais commencer maintenant à réfuter le reste des auteurs qui ont écrit contre nous. Pourtant je me suis près à douter s'il valait la peine de combattre le grammairien Apion[1] ; 3 car dans ses écrits, tantôt il répète les mêmes allégations que ses prédécesseurs, tantôt il ajoute de très froides inventions ; le plus souvent ses propos sont purement bouffons et, à dire vrai, témoignent d'une profonde ignorance, comme émanant d'un homme au caractère bas et qui toute sa vie fut un bateleur.
4 Mais puisque la plupart des hommes sont assez insensés pour se laisser prendre par de tels discours plutôt que par les écrits sérieux, entendent les injures avec plaisir et les louanges avec impatience, j'ai cru nécessaire de ne point laisser sans examen même cet auteur, qui a écrit contre nous un réquisitoire formel comme dans un procès. 5 D'ailleurs, la plupart des hommes, je le vois, ont aussi l'habitude de se réjouir fort quand celui qui a commencé par calomnier autrui se voit lui-même convaincu de son ignominie. 6 Il n'est pas facile d'exposer son argumentation ni de savoir clairement ce qu'il veut dire. Mais on distingue à peu près, dans le grand désordre et la confusion de ses mensonges, que les uns rentrent dans le même ordre d'idées que les récits examinés plus haut sur la façon dont nos ancêtres sortirent d'Égypte, que les autres constituent une accusation contre les Juifs résidant à Alexandrie ; 7 en troisième lieu, il mêle à ces assertions des calomnies contre les cérémonies de notre temple et le reste de nos lois.
II
Ses absurdités sur Moïse et sur les maladies des Juifs qui s'enfuirent d'Égypte.
8. Que nos pères n'étaient point de race égyptienne, qu'ils ne furent chassés d'Égypte ni en raison de maladies contagieuses, ni pour d'autres infirmités de ce genre, je crois en avoir donné plus haut des preuves, non seulement suffisantes, mais encore surabondantes. Je vais mentionner brièvement les allégations ajoutées par Apion. 10 Il s'exprime ainsi dans le troisième livre de son Histoire d'Égypte: « Moïse, comme je l'ai entendu dire aux vieillards parmi les Égyptiens, était d'Héliopolis[2] ; assujetti aux coutumes de sa patrie, il installa des lieux de prières en plein air, dans des enceintes telles qu'en avait la ville et les orienta tous vers l'est[3] ; car telle est aussi l'orientation d'Héliopolis. Au lieu d'obélisques, il dressa des colonnes sous lesquelles était sculptée une barque; l'ombre projetée par une statue sur la barque y décrivait un cercle correspondant à celui du soleil dans l'espace.[4] »
12 Telle est l'étonnante assertion de ce grammairien. Ce mensonge n'a pas besoin de commentaire.; les faits le mettent en pleine évidence. En effet, ni Moïse lui-même, quand il éleva à Dieu le premier tabernacle, n'y a placé aucune sculpture de ce genre ou n’a recommandé à ses successeurs de le faire ; ni Salomon, qui dans la suite construisit le temple de Jérusalem, ne s'est permis aucune oeuvre superflue comme celle qu'a imaginée Apion. 13 D'autre part, il dit avoir appris « des vieillards » que Moïse était Héliopolitain : c'est sans doute qu'étant plus jeune lui-même, il a cru des hommes qui, en raison de leur age, avaient dû connaître Moïse et vivre de son temps. 14 Du poète Homère, lui grammairien, il ne peut nommer la patrie avec certitude, ni celle de Pythagore, qui a vécu, peu s'en faut, hier et avant-hier[5]. Mais sur Moïse, qui les précède de tant d'années, il se montre si crédule aux récits des vieillards que son mensonge en devient manifeste. 15 Sur l'époque où, selon lui, Moïse emmena les lépreux, les aveugles et les boiteux, l'accord est parfait, j'imagine, entre les écrivains antérieurs et cet exact grammairien. 16 En effet, selon Manéthôs, c'est sous le règne de Tethmôsis que les Juifs furent chassés d’Égypte, 393 ans avant la fuite de Danaos à Argos ; selon Lysimaque, c'est sous le roi Bocchoris, c'est-à-dire il y a 1.700 ans ; Molon et d'autres donnent la date à leur fantaisie. 17 Mais Apion, le plus sûr de tous, a fixé la sortie d’Égypte exactement à la VIIe olympiade et à la première année de cette olympiade, année, dit-il, où les Phéniciens fondèrent Carthage[6]. Il a ajouté de toutes pièces cette mention de Carthage dans la pensée qu'elle était un témoignage éclatant de sa véracité. Mais il n'a pas compris que par là il s'attire un démenti. 18 En effet, s'il faut, sur cette colonie, croire les annales phéniciennes, il y est écrit que le roi Hirôm vécut cent cinquante-cinq ans avant la fondation de Carthage[7] ;
19 j'en ai fourni les preuves plus haut d'après les annales phéniciennes, montrant que Hirôm était l'ami de Salomon qui éleva le temple de Jérusalem, et qu'il contribua pour une grande part à la construction de cet édifice[8]. Or, Salomon lui-même bâtit le temple six cent douze ans après que les Juifs furent sortis d'Égypte[9].
20 Après avoir donné à la légère, pour le nombre des expulsés, la même évaluation que Lysimaque[10] - il prétend qu'ils étaient cent dix mille - Apion indique une cause extraordinaire et bien vraisemblable qui explique, d'après lui, le nom du sabbat. 21 « Ayant marché, dit-il, pendant six jours, ils eurent des tumeurs à l'aine et, pour cette raison, ils instituèrent de se reposer le septième jour, une fois arrivés sains et saufs dans le pays nommé aujourd'hui Judée, et ils appelèrent ce jour sabbat, conservant le terme égyptien. Car le mal d'aine se dit en Égypte sabbô. »
22 Comment ne pas rire de cette niaiserie, ou, au contraire, comment ne pas s'indigner de l'impudence qui fait écrire de pareilles choses ? Apparemment tous ces cent dix mille hommes avaient des tumeurs à l'aine ? 23 Mais s'ils étaient aveugles, boiteux et atteints de toutes les maladies, comme le prétend Apion, ils n'auraient pas pu fournir même une marche d'un seul jour. Et s'ils ont été capables de traverser un vaste désert, et de vaincre, en combattant tous, les ennemis qui se dressaient devant eux, ils n'auraient pas été en masse atteints de tumeurs à l'aine après le sixième jour. 24 Car cette maladie n'atteint point naturellement ceux qui marchent par force: des myriades d'hommes, dans les armées, font pendant de longs jours de suite les étapes convenables ; et, d'autre part, comment croire que cette maladie leur soit venue toute seule ? ce serait l'hypothèse la plus absurde de toutes. 25 L'étonnant Apion, après avoir commencé par dite qu'ils mirent Six jours à parvenir en Judée[11], raconte ensuite que Moïse gravit la monta8ne nommée Sinaï, située entre l'Égypte et l'Arabie, y resta caché quarante jours et en descendit pour donner les lois aux Juifs. Cependant, comment se peut-il que les mêmes hommes restent quarante jours dans le désert sans eau, et aient traversé tout l'espace (entre les deux pays) en six jours ? 26 Quant au nom du Sabbat, le changement grammatical qu'il opère dénote beaucoup d'impudence ou une profonde ignorance ; car sabbô et sabbaton sont très différents. 27 En effet, sabbaton, dans la langue des Juifs, désigne la cessation de tout travail, et sabbô signifie chez les Égyptiens, comme il le dit, le mal d'aine.
III
Il voudrait faire croire que les Juifs sont de race égyptienne.
28 Voilà sur Moïse et les Juifs chassés d'Égypte les nouveautés imaginées par l'Égyptien Apion, en contradiction avec les autres auteurs. Faut-il d'ailleurs s'étonner qu'il mente sur nos aïeux et dise qu'ils étaient Égyptiens de race ? 29 Car lui-même a fait sur son propre compte le mensonge inverse: né dans l'oasis d'Égypte, et plus Égyptien qu'aucun autre[12], pourrait-on dire, il a renié sa vraie patrie et sa race, et, quand il se donne faussement comme Alexandrin, il avoue l'ignominie de sa race. 30 Il est donc naturel qu'il appelle Egyptiens les gens qu'il déteste et veut insulter. En effet, s'il n'avait pas eu le plus grand mépris pour les Égyptiens, il ne se serait pas évadé lui-même de cette race: les hommes fiers de leur patrie se flattent d'en être appelés citoyens et attaquent ceux qui s'arrogent sans droit ce titre. 31 A notre égard les Égyptiens ont l'un de ces deux sentiments : ou ils imaginent une parenté avec nous pour en tirer gloire, ou ils nous attirent à eux pour nous raire partager leur mauvaise réputation. 32 Quant au noble Apion, il semble vouloir par ses calomnies contre nous payer aux Alexandrins le droit de cité qu'il a reçu d'eux, et, connaissant leur haine pour les Juifs qui habitent Alexandrie avec eux, il s'est proposé d'injurier ceux-là, et d'envelopper dans ses invectives tous les autres Juifs, mentant avec impudence sur les uns et les autres[13].
IV
Accusations injustes contre les Juifs d'Alexandrie.
33 Voyons donc quelles sont les graves et terribles accusations qu'il a dirigées contre les Juifs habitant Alexandrie. « Venus de Syrie, dit-il, ils s'établirent auprès d'une mer sans ports, dans le voisinage des épaves rejetées par les flots ». 34 Or, Si le lieu mérite une injure, elle retombe je ne dis pas sur la patrie, mais sur la prétendue patrie d'Apion, Alexandrie. Car le quartier maritime fait également partie de cette ville et, de l'aveu général, c'est le plus beau pour une résidence.
35 Et je ne sais ce qu'aurait dit Apion si les Juifs avaient habité près de la nécropole au lieu de s'établir près du palais[14].
36 Si les Juifs ont occupé ce quartier de force, sans jamais en avoir été chassés dans la suite, c'est une preuve de leur vaillance. Mais, en réalité, ils le reçurent d'Alexandre comme résidence[15] ; chez les Macédoniens, ils obtinrent la même considération qu'eux-mêmes, et, jusqu'à nos jours, leur tribu[16] à porté le nom de Macédoniens. 37 S'il a lu les lettres du roi Alexandre et de Ptolémée, fils de Lagos, si les ordonnances des rois d'Égypte suivants lui sont tombées sous les yeux, ainsi que la stèle qui s'élève à Alexandrie, contenant les droits accordés aux Juifs par César le Grand, si, dis-je, connaissant ces documents il a osé écrire le contraire, il fut un malhonnête homme ; s'il ne les connaissait pas, un ignorant[17]. 38 Et quand il s'étonne qu'étant Juifs ils aient été appelés Alexandrins[18], il fait preuve de la même ignorance. En effet, tous les hommes appelés dans une colonie, si diverses que soient leurs races, reçoivent leur nom du fondateur. 39 A quoi bon citer les autres peuples ? Les hommes de notre propre race qui habitent Antioche s'appellent Antiochiens ; car le droit de cité leur fut donné par son fondateur Séleucus[19]. De même les Juifs d'Ephèse et au reste de l'Ionie ont le même nom que les citoyens indigènes, droit qu'ils ont reçu des successeurs d'Alexandre[20].
40 Les Romains, dans leur générosité, n'ont-ils pas partagé leur nom avec tous les hommes, ou peu s’en faut, non seulement avec des individus, mais avec de grands peuples tout entiers ? Par exemple les Ibères d'autrefois, les Etrusques, les Sabins sont appelés Romains[21]. 41 Mais si Apion supprime ce genre de droit de cité, qu'il cesse de se dire Alexandrin. Car né, ainsi que je l'ai déjà dit, au plus profond de l'Égypte, comment serait-il Alexandrin si l'on supprimait le don du droit de cité, comme lui-même le demande pour nous ? Pourtant les Égyptiens seuls se voient refuser par les Romains, maîtres aujourd'hui de l'univers, le droit d'être reçus dans aucune cité[22].
42 Mais Apion a le coeur si noble que, voulant prendre sa part d'un bien dont il était écarté, il a entrepris de calomnier ceux qui l'ont reçu à bon droit. Car ce n'est pas faute d'habitants pour peupler la ville fondée par lui avec tant de zèle qu'Alexandre y a réuni quelques-uns des nôtres ; mais, soumettant à une épreuve attentive la vertu et la fidélité de tous les peuples, il accorda aux nôtres ce privilège. 43 Car il estimait notre nation au point même que, suivant Hécatée, en reconnaissance des bons sentiments et de la fidélité que lui témoignèrent les Juifs, il ajouta à leurs possessions la province de Samarie exempte de tribut[23].
44 Ptolémée, fils de
Lagos, partageait les sentiments d'Alexandre à l'égard des Juifs qui habitaient Alexandrie. En effet, il mit entre leurs mains les places fortes de l'Egypte dans la pensée qu'ils les garderaient fidèlement et bravement[24] ; et comme il désirait affermir sa domination sur Cyrène et les autres villes de Libye, il envoya une partie des Juifs s'y établir[25].
45 Son successeur, Ptolémée, surnomme Philadelphe, non seulement rendit tous les prisonniers de notre race qu'il pouvait avoir, mais il donna maintes fois aux Juifs des sommes d'argent, et, ce qui est le plus important, il désira connaître nos lois et lire nos livres sacrés. 46 Il est constant qu'il fit demander aux Juifs de lui envoyer des hommes pour lui traduire la loi, et il ne confia pas aux premiers venus le soin de bien faire rédiger la traduction, mais c'est Démétrios de Phalère, Andréas et Aristée, l'un, le plus savant homme de son temps, 47 les autres, ses gardes du corps, qui furent chargés par lui de surveiller l'exécution de ce travail; or il n'aurait pas désiré approfondir nos lois et la sagesse de nos ancêtres s'il avait méprisé les hommes qui en usaient, au lieu de les admirer beaucoup[26].
V
Estime des rois d'Egypte et des empereurs romains pour les Juifs d'Alexandrie.
48 Apion a aussi ignoré que successivement presque tous les rois de ses aïeux témoignèrent à notre égard les plus bienveillantes dispositions. En effet, Ptolémée III, surnommé Evergète après avoir conquis toute la Syrie, ne sacrifia pas aux dieux égyptiens en reconnaissance de sa victoire, mais il vint à Jérusalem, y fit suivant notre rite de nombreux sacrifices à Dieu, et lui consacra des offrandes dignes de sa victoire[27].
49 Ptolémée Philométor et sa femme Cléopâtre[28]
confièrent à des Juifs tout leur royaume et mirent à la tête de leur armée entière Onias et Dosithéos[29], deux Juifs, dont Apion raille les noms, quand il devrait admirer leurs actions et, loin de les injurier, leur être reconnaissant d'avoir sauvé Alexandrie dont il se prétend citoyen. 50 En effet, alors que les Alexandrins faisaient la guerre à la reine Cléopâtre[30] et couraient le danger d'être anéantis misérablement, ce sont ces hommes qui négocièrent un accommodement et conjurèrent les troubles civils. « Mais ensuite, dit-il, Onias mena contre la ville une forte armée, alors que Thermus, l'ambassadeur romain était là et présent[31].
» 51 Je prétends qu'il eut raison et agit en toute justice. Car Ptolémée surnommé Physcon, après la mort de son frère Ptolémée Philométor, vint de Cyrène dans l'intention de renverser du trône Cléopâtre et les enfants[32]
du roi pour s'attribuer injustement la couronne. 52 C'est pour cela qu'Onias lui fit la guerre afin de défendre Cléopâtre, et n'abandonna pas dans le péril la fidélité qu'il avait vouée à ses rois. 53 Dieu témoigna clairement de la justice de sa conduite; en effet, comme Ptolémée Physcon n'osait pas combattre l'armée d'Onias, mais prenant tous les Juifs citoyens de la ville avec leurs femmes et leurs enfants, les livra nus et ligotés aux éléphants pour qu'ils mourussent écrasés par ces bêtes, enivrées pour la circonstance, l'événement tourna contrairement à ses prévisions. 54 Les éléphants, sans toucher aux Juifs placés devant eux, se précipitèrent sur les amis de Physcon, dont ils tuèrent un grand nombre. Après cela, Ptolémée vit un fantôme terrible qui lui défendait de maltraiter ces hommes. 55 Et comme sa concubine favorite, nommée Ithaque par les uns, Irène par les autres, le suppliait de ne pas consommer une telle impiété, il céda à son désir, et fit pénitence pour ce qu'il avait déjà fait et pour ce qu'il avait failli faire. C'est l'origine de la fête qu'avec raison célèbrent, comme on sait, à l'anniversaire de ce jour, les Juifs établis à Alexandrie, parce qu'ils ont manifestement mérité de Dieu leur salut[33].