Contre Apion (page 4)
243 puis d'admettre qu'ils se révoltent les uns contre les autres, et se querellent au sujet des hommes au point non seulement d'en venir aux mains entre eux, mais encore de se lamenter, et de souffrir, blessés par les mortels. 244 Et, pour comble de grossièreté, n'est-il pas inconvenant d'attribuer des unions et des amours sans frein presque à tous les dieux des deux sexes ? 245 Ensuite, le plus noble d'entre eux et le premier, le père lui-même, après avoir séduit des femmes par la ruse et les avoir rendues mères, les voit, d'un oeil tranquille, emprisonner ou noyer ; et les enfants issus de lui, il ne peut ni les sauver, soumis qu'il est au destin, ni supporter leur mort sans pleurer. 246 Voilà de belles choses ; d'autres qui suivent ne le sont pas moins, comme l'adultère auquel les dieux assistent au ciel avec tant d'impudence que quelques-uns avouent même qu'ils envient le couple ainsi uni ; que ne devaient-ils pas se permettre quand le plus vieux, le roi, n'a pas même pu refréner son désir de posséder sa femme, ne fût-ce que le temps de gagner sa chambre à coucher[157] ?
247 Et les dieux en esclavage chez les hommes, et salariés tantôt pour bâtir, tantôt pour paître les troupeaux ; d'autres enchaînés dans une prison d'airain à la manière des criminels[158] ! Est-il un homme sensé qui ne soit excité par ces contes à blâmer ceux qui les ont imaginés et à condamner la grande sottise de ceux qui les admettent ? 248 D'autres divinisent la crainte et la terreur, la rage et la fourberie; quelle est celle des pires passions qu'ils n'aient représentée avec la nature et sous la forme d'un dieu ? Ils ont même persuadé aux cités de faire des sacrifices aux plus favorables d'entre elles. 249 Aussi ils sont mis dans la nécessité absolue de croire que certains dieux accordent les biens, et de donner aux autres le nom de « dieux qui détournent les maux »[159]. Alors, ils s'efforcent de les fléchir comme les plus méchants des hommes par des bienfaits et des présents, et s'attendraient à subir de leur part un grand mal s'ils ne les payaient pas.
XXXV
Cela vient de ce que les Grecs n'ont pas à l'origine légiféré sur la religion.
250 Quelle est donc la cause d'une telle anomalie et d'une telle inconvenance à l'égard de la divinité ? Elle vient, je crois, de ce que leurs législateurs n'ont pas eu conscience à l'origine de la véritable nature de Dieu, et que, même dans la mesure où ils ont pu la saisir, ils n'ont pas su la définir exactement pour y conformer le reste de leur organisation politique ; 251 comme si c'était un détail des plus négligeables, ils ont permis aux poètes de présenter les dieux qu'ils voudraient, soumis à toutes les passions, et aux orateurs de donner le droit de cité par un décret à celui des dieux étrangers qui serait utile. 252 Les peintres aussi et les sculpteurs jouirent à cet égard d'une grande liberté chez les Grecs, chacun tirant de sa propre imagination une forme, que l'un modelait dans la glaise et que l'autre dessinait. Les artistes les plus admirés se servent de l'ivoire et de l'or, qui fournissent matière à des inventions toujours nouvelles. 253 Et puis certains dieux, après avoir connu les honneurs dans la maturité, ont vieilli pour me servir d'un euphémisme ; 254 d'autres nouvellement introduits, obtiennent l'adoration[160]. Certains temples sont désertés et de nouveaux s'élèvent, les hommes bâtissant chacun suivant son caprice, alors qu'ils devraient au contraire conserver immuable leur croyance en Dieu et le culte qu'ils lui rendent.
XXXVI
Analogies entre les lois de Platon et celles des Juifs.
255 Apollonius Molon était parmi les esprits insensés et aveugles ; mais ceux des philosophes grecs qui ont parlé selon la vérité, ont bien vu tout ce que je viens de dire, et ils n'ont point ignoré les froids prétextes des allégories[161]. C'est pourquoi ils les méprisèrent justement, et leur conception de Dieu, vraie et convenable, fut conforme à la nôtre. 256 En partant de cette croyance, Platon[162] déclare qu'il ne faut recevoir dans la République aucun poète, et il en exclut Homère en termes bienveillants après l'avoir couronné, et aspergé de parfum, pour l'empêcher d'obscurcir par ses fables la vraie conception de Dieu.
257 Mais Platon suit surtout l'exemple de notre législateur[163] en ce que sa prescription la plus impérieuse pour l'éducation des citoyens est l'étude exacte et approfondie de la loi, obligatoire pour tous ; par les mesures aussi qu'il a prises pour empêcher que des étrangers ne se mêlassent au hasard à la nation et pour conserver dans sa pureté l'Etat, composé de citoyens fidèles aux lois[164].
258 Sans avoir réfléchi à aucun de ces faits, Apollonios Melon nous a fait un crime de ne point recevoir parmi nous les hommes qui se sont laissé assujettir auparavant par d'autres croyances religieuses, et de ne point vouloir de société avec ceux qui préfèrent d'autres habitudes de vie[165].
259 Mais cette pratique non plus ne nous est pas particulière ; elle est commune à tous les peuples, et non seulement à des Grecs mais aux plus estimés d'entre les Grecs. Les Lacédémoniens, non contents d'expulser couramment des étrangers, n'autorisaient pas leurs concitoyens à voyager au dehors, craignant dans les deux cas la ruine de leurs lois. 260 Peut-être aurait-on droit de leur reprocher leur manque de sociabilité, car ils n’accordaient à personne le droit de cité ni celui de séjourner parmi eux. 261 Nous, au contraire, si nous ne croyons pas devoir imiter les coutumes des autres, du moins nous accueillons avec plaisir ceux qui veulent participer aux nôtres. Et c'est là, je pense, une preuve à la fois d'humanité et de magnanimité.
XXXVII
Les Athéniens aussi punissaient sévèrement l'impiété. De même les Scythes et les Perses.
262 Je n'insiste pas sur les Lacédémoniens. Mais les Athéniens, qui ont cru que leur cité était commune à tous, quelle était sur ce point leur conduite ? Apollonios ne l'a pas su, ni qu'un seul mot prononcé au sujet des dieux en violation de leurs lois était inexorablement puni. 263 En effet, pour quelle autre raison Socrate est-il mort ? Il n'avait point livré sa patrie aux ennemis, il n'avait pillé aucun temple ; mais parce qu'il jurait suivant de nouvelles formules, et disait, par Zeus[166], à ce qu'on raconte, en manière de plaisanterie, qu'un démon se manifestait à lui, il fut condamné à mourir en buvant la ciguë. 264 En outre, son accusateur lui reprochait de corrompre les jeunes gens, parce qu'il les poussait à mépriser la constitution et les lois de leur patrie. Donc Socrate, un citoyen d'Athènes, subit un tel châtiment.
265 Anaxagore, lui, était de Clazomènes ; cependant, parce que les Athéniens prenaient le soleil pour un dieu, tandis qu'il en faisait une masse de métal[167] incandescente, il s'en fallut de peu de suffrages qu'il ne fût par eux condamné à mort. 266 Ils promirent publiquement un talent pour la tête de Diagoras de Mélos, parce qu'il passait pour railler leurs mystères. Protagoras, s'il n'avait promptement pris la fuite, aurait été arrêté et mis à mort parce que, dans un ouvrage, il avait paru contredire les sentiments des Athéniens sur les dieux. 267 Faut-il s'étonner qu'ils aient eu cette attitude à l'égard d'hommes aussi dignes de foi, quand ils n'ont pas même épargné les femmes? En effet, ils mirent à mort la prêtresse Ninos[168] parce qu'on l'avait accusée d'initier au culte de dieux étrangers ; or la loi chez eux l'interdisait, et la peine édictée contre ceux qui introduisaient un dieu étranger était la mort. 268 Ceux qui avaient une telle loi ne pensaient évidemment pas que les dieux des autres fussent dieux ; car ils ne se seraient point privés d'en admettre un plus grand nombre pour en tirer profit.
269 Voilà pour les Athéniens. Mais les Scythes eux-mêmes, qui se complaisent dans le meurtre des hommes et qui ne sont pas très supérieurs aux bêtes, croient cependant devoir protéger leurs coutumes; et leur compatriote, dont les Grecs admiraient la sagesse, Anarcharsis, fut mis à mort par eux à son retour[169], parce qu'il leur paraissait revenir infecté des coutumes grecques. 270 Chez les Perses on trouverait aussi de nombreux personnages châtiés pour la même raison. Cependant Apollonios aimait les lois des Perses et les admirait, apparemment parce que la Grèce a bénéficié de leur courage et de la concordance de leurs idées religieuses avec les siennes, de celle-ci quand ils réduisirent les temples en cendres, de leur courage quand elle faillit subir leur joug ; il imita même les coutumes perses, outrageant les femmes d'autrui et mutilant des enfants[170].
271 Chez nous la mort est la peine édictée contre qui maltraite ainsi même un animal privé de raison[171]. Et rien n'a été assez fort pour nous détourner de ces lois, ni la crainte de nos maîtres, ni l'attrait des usages honorés chez les autres peuples. 272 Nous n’avons pas non plus exercé notre courage à entreprendre des guerres par ambition, mais à conserver nos lois. Nous supportons patiemment d'être amoindris de toute autre façon, mais quand on vient à nous contraindre de changer nos lois, alors, même sans être en force, nous entreprenons des guerres, et nous tenons contre les revers jusqu'à la dernière extrémité. 273 Pourquoi, en effet, envierions-nous à d'autres leurs lois, quand nous voyons leurs auteurs mêmes ne point les observer ? En effet, comment les Lacédémoniens n'auraient-ils pas condamné leur constitution insociable et leur mépris du mariage[172], les Éléens et les Thébains la liberté sans frein des rapports contre nature entre mâles[173] ? 274 Ces pratiques, en tout cas, que jadis ils croyaient très honorables et utiles, si en fait ils ne les ont pas absolument abandonnées, ils ne les avouent plus, 275 et même ils répudient les lois relatives à ces unions, qui chez les Grecs furent jadis tellement en vigueur, qu'ils mettaient sous le patronage des dieux les rapports avec des mâles[174]
et, suivant le même principe, les mariages entre frères et soeurs[175], imaginant cette excuse aux plaisirs anormaux et contraires à la nature, auxquels ils s'adonnaient eux-mêmes[176].
XXXVIII
Mais les autres peuples trouvent des moyens de violer la loi.
276 Je laisse de côté pour le moment les pénalités : toutes les échappatoires que dès l'origine la plupart des législateurs offrirent aux coupables, édictant contre l'adultère l'amende, et contre le séducteur le mariage ; dans les affaires d'impiété aussi tous les prétextes qu'ils fournissent de nier au cas où l'on entreprendrait une enquête. En effet, chez la plupart tourner les lois est devenu une véritable étude. 277 Il n'en est pas ainsi chez nous; qu'on nous dépouille même de nos richesses, de nos villes, de nos autres biens, notre loi du moins demeure immortelle. Et il n'est pas un Juif, si éloigné de sa patrie, si terrorisé par un maître sévère, qu'il ne craigne la loi plus que lui. 278 Si donc c'est grâce à la vertu de nos lois que nous leur sommes tellement attachés, qu'on nous accorde qu'elles sont excellentes. Et si l'on estime mauvaises des lois auxquelles nous sommes à ce point fidèles, quel châtiment ne mériteraient pas ceux qui en transgressent de meilleures ?
XXXIX
La loi juive a subi l'épreuve du temps et a été adoptée par plusieurs peuples.
279 Or donc, puisqu'une longue durée passe pour l'épreuve la plus sûre de toute chose, je pourrais la prendre à témoin de la vertu de notre législateur et de la révélation qu'il nous a transmise de Dieu. 280 Car un temps infini s'étant écoulé depuis, si l'on compare l'époque où il vécut à celle des autres législateurs, on trouvera que pendant tout ce temps les lois ont été approuvées par nous et se sont attiré de plus en plus la faveur de tous les autres hommes. 281 Les premiers, les philosophes grecs, s'ils conservèrent en apparence les lois de leur patrie, suivirent Moïse dans leurs écrits et dans leur philosophie, se faisant de Dieu la même idée que lui[177], et enseignant la vie simple et la communauté entre les hommes. 282 Cependant la multitude aussi est depuis longtemps prise d'un grand zèle pour nos pratiques pieuses, et il n'est pas une cité grecque ni un seul peuple barbare, où ne se soit répandue notre coutume du repos hebdomadaire, et où les jeûnes, l'allumage des lampes, et beaucoup de nos lois relatives à la nourriture ne soient observés[178].
283 Ils s'efforcent aussi d'imiter et notre concorde et notre libéralité et notre ardeur au travail dans les métiers et notre constance dans les tortures subies pour les lois. 284 Car ce qui est le plus étonnant, c'est que, sans le charme ni l'attrait au plaisir, la loi a trouvé sa force en elle-même, et, de même que Dieu s'est répandu dans le monde entier, de même la loi a cheminé parmi tous les hommes. Que chacun examine lui-même sa patrie et sa famille, il ne mettra point en doute mes paroles. 285 Il faut donc ou bien que nos détracteurs accusent tous les hommes de perversité volontaire pour avoir désiré suivre des lois étrangères et mauvaises plutôt que leurs lois nationales et bonnes, ou qu'ils cessent de nous dénigrer. 286 Car nous n'élevons pas une prétention critiquable en honorant notre propre législateur et en croyant à sa doctrine prophétique au sujet de Dieu ; en effet, si même nous ne comprenions pas par nous-mêmes la vertu de nos lois, de toute façon le nombre des hommes qui les suivent nous eût portés à en concevoir une haute idée.
XL
Résumé de ce traité.
287 Au reste j'ai rapporté en détail les lois et la constitution des Juifs dans mes écrits sur les Antiquités[179] ; ici j'en ai fait mention dans la mesure où c'était nécessaire, non pour blâmer les moeurs des autres ni pour exalter les nôtres, mais pour prouver que les écrivains injustes à notre égard ont attaqué avec impudence la vérité elle-même. 288 Je pense avoir suffisamment rempli dans cet ouvrage ma promesse du début. J'ai montré en effet que notre race remonte à une haute antiquité, tandis que nos accusateurs la disent très récente. J'ai produit d'antiques témoins en grand nombre, qui nous mentionnent dans leurs histoires, tandis qu’à croire leurs affirmations il n'en existe aucun. 289 Ils prétendaient que nos aïeux étaient Égyptiens ; j'ai montré qu’ils étaient venus en Égypte d'un autre pays. Ils ont affirmé faussement que les Juifs en avaient été chassés à cause de l'impureté de leur corps ; j' ai montré qu'ils étaient retournés dans leur patrie parce qu'ils le voulaient, et qu'ils étaient les plus forts. 290 Ils ont vilipendé notre législateur en le représentant comme très méprisable ; mais pour témoin de sa valeur il a trouvé Dieu autrefois et, après Dieu, le temps.
XLI
Conclusion.
291 Sur les lois je n'avais pas besoin de m'étendre davantage: elles ont montré par elles-mêmes qu'elles enseignent, non l'impiété, mais la piété la plus vraie ; qu'elles invitent non à la haine des hommes, mais à la mise en commun des biens; qu'elles s'élèvent contre l'injustice, se préoccupent de l'équité, bannissent la paresse et le luxe, enseignent la modération et le travail ;
292 qu'elles repoussent les guerres de conquêtes, mais préparent les hommes à les défendre elles-mêmes vaillamment, inflexibles dans le châtiment, insensibles aux sophismes des discours apprêtés, s'appuyant toujours sur des actes ; car ce sont là nos arguments, plus clairs que les écrits. 293 Aussi oserai-je dire que nous avons initié les autres peuples à de très nombreuses et aussi à de très belles idées. Quoi de plus beau que la piété inviolable ? de plus juste que d'obéir aux lois ? 294 Quoi de plus utile que de s'accorder entre concitoyens, de ne point se désunir dans le malheur, et dans la prospérité de ne point provoquer de dissensions par excès d'orgueil ; dans la guerre de méprisez la mort, dans la paix de s'appliquer aux arts et à l'agriculture, et de croire que Dieu étend sur tout et partout son regard et son autorité ? 295 Si ces préceptes avaient été antérieurement écrits chez d'autres hommes, ou s'ils avaient été observés avec plus de constance, nous devrions à ces hommes une reconnaissance de disciples; mais si l'on voit que personne ne les suit mieux que nous, et si nous avons montré que la création de ces lois nous appartient, alors, que les Apion, les Molon et tous ceux dont le plaisir est de mentir et d’injurier soient confondus. 296 A toi, Épaphrodite, qui aimes avant tout la vérité, et par ton entremise à ceux qui voudront également être fixés sur notre origine, je dédie ce livre et le précédent.
[1] Apion, qui florissait sous Tibère, Caligula et Claude, avait écrit de nombreux ouvrages d'érudition, notamment sur Homère, et une histoire d'Egypte en 5 livres. L'étendue de son savoir, mais aussi de son charlatanisme, est attestée par de nombreux témoignages. Il joua un rôle actif dans l'agitation antijuive d'Alexandrie sous Caligula. Ses attaques contre les Juifs se trouvaient en partie dans son Histoire d'Egypte (infra § 10), en partie, semble-t-il, dans un écrit spécial (§ 6-7).
[2] Nous avons déjà vu ce détail dans Manéthôs, supra, I, § 238.
[3] Apion, dans son ignorance, confond les synagogues occidentales (προσευχαί) ou peut-être le temple d'Onias avec le temple de Jérusalem. En Occident on priait vers l'Orient, c'est-à-dire dans la direction de Jérusalem ; à Jérusalem même, cette direction, qui est celle du soleil levant, était prohibée par les docteurs, pour éviter toute confusion avec les païens (Soukka,
51 b ; Baba Batra, 25 a) ; dans le Temple, le Saint des Saints était à l'Ouest.
[4] Il y a là peut-être quelque vague souvenir dos bassins et des colonnes de bronze du temple. Apion les a comparés à un de ces cadrans solaires à base hémisphérique ou conique comme on en a trouvé notamment en Égypte (Dictionnaire des Antiquités, Horologium, fig. 3886). Le mot
sa‹fh, scaphion, était précisément employé pour désigner la conque hémisphérique du cadran solaire. Cf. Th. Reinach dans les Mélanges Kaufmann, p. 13 suiv.
[5] Josèphe aurait dû rappeler, à propos d’Homère, qu’Apion prétendait avoir appris d’un homme d’Ithaque la nature du jeu auquel jouissait les prétendants de Pénélope (Athénée I, p. 16 F). – On faisait de Pythagore tantôt un Samien, tantôt un Tyrrhénien ou même un Syrien (de l’île de Syros ?). Cf. Diogène Laërce, VII, i ; Clément d’Alexandrie, Stromat., I, 14.
[6] Pour les dates de l’Exode, d’après Manéthôs et Lysimaque, voir plus haut, I, 103 et
305. Pour (Apollonios) Molon, voir infra, II, 79, etc.. La date proposée par Apion correspond à 752 avant J.-C. C’est à peu près la date assignée au Bocchoris de la XXIVe dynastie par les chronographes. Mais cette date a pour but de faire coïncider les fondations de Carthage et de Rome, synchronisme absurde, emprunté à Timée (Denys d’Halicarnasse, I, 74).
[7] Supra, I, § 126.
[8] Supra, I, § 110 suiv.
[9] Ce chiffre ne s'accorde ni avec celui de la Bible (I Rois, vi, i), 480 ans, ni avec celui de Josèphe lui-même dans les Antiquités (VIII, 3, i, § 61) 592 ans. Mais on le retrouve dans un autre passage des Antiquités (XX, 10, 1, § 230).
[10] L'extrait de Lysimaque ci-dessus (I, 304 suiv.) ne donne aucun chiffre. Nous avons déjà (note, I, § 234) signalé d'autres omissions de ce genre, réparées après coup par Josèphe.
[11] Le texte ci-dessus d'Apion (§ 21), quoique très entortillé, pourrait s'interpréter autrement : le sabbat aurait été institué en Judée, en souvenir du repos du 7e jour, mais ce repos n'aurait pas eu lieu nécessairement en Judée.
[12] Willrich (Juden und Griechen vor der makkabaïchen Erhebung, p. 176) signale une contradiction entre ce texte et le § 48 où il serait question des ancêtres Macédoniens d'Apion ; mais dans ce dernier §, le mot Maxedñnvn est probablement interpolé (Naber).
[13] Il n'y a aucune raison de mettre on doute l'assertion de Josèphe suivant laquelle Apion serait né dans l'oasis d'Egypte, c'est-à-dire dans une des deux grandes oasis qui formaient des nomes particuliers (Ptol., IV, 5, 61). Mais il n'on r6sulte pas nécessairement, comme le veut Josèphe, qu'il fût de race égyptienne, ni même, comme celui-ci l'insinue plus loin (§§ 32 et 41), qu'Apion ne dût la qualité d'Alexandrin qu'à la naturalisation personnelle. Nous savons par les papyrus que beaucoup de Grecs habitant les nomes de province jouissaient du droit de cité alexandrine, soit qu'ils fussent d'origine alexandrine, soit que leurs ancêtres eussent été naturalisés alexandrins. Sur cette question voir, outre le livre cité de Willrich, Isidore Lévy, Rev. Et. juives, XLI (1900), p. 188 suiv. ; Wilcken, Grundzüge, p. 46 ; Schubart, Archiv f. Papyruskunde, V, 105 ; Jouguet, Vie municipale, p. 10, 95.
[14] Le quartier juif était situé dans l'Est d'Alexandrie, au delà du port, mais dans le voisinage du château royal ; la nécropole était à l'extrême Ouest de la ville.
[15] Cf. Bellum, II, 8, 7. En réalité l'établissement des Juifs à Alexandrie ne paraît pas antérieur à Ptolémée Sôter ; cf. Ant., XII, 8.
[16] Jouguet suppose que le terme macédonien désignait à Alexandrie les immigrés, par opposition aux indigènes égyptiens.
[17] Nous ne savons rien de ces lettres et ordonnances. Quant à la « stèle de César le Grand » qui est encore mentionnée Ant., XIV, 10, 1, elle émane en réalité d'Auguste (R. ét. Juives, 1924, p. 123).
[18] S'agit-il du titre d'Alexandrin usurpé par les Juifs ou ce titre leur avait-il été conféré dans quelque document officiel ? Nous connaissons un document de ce genre : c'est l'édit de Claude, Ant., XIX, 280. Mais dans le pap. Berlin 1140 un pétitionnaire juif ayant été désigné comme ᾿Αλεξαδρείας
le scribe a corrigé en : ᾿Ιουδαίων τῶν ἀπὸ ᾿Αλεξαδρείας.
[19] Assertion réitérée (Ant., XII, 3, 1) dont on voudrait la preuve. Dans II Maccabées, IV, 9, nous voyons Jason promettre des sommes considérables à Antiochus Épiphane, s'il permet, entre autre, τοὺς ἐν ῾Ιεροσολύοις ᾿Αντιοχεῖς ἀνχγράφαι. Ce texte se rapporte à Jérusalem, non à Antioche. En tout cas, à l'époque romaine, les Juifs d'Antioche jouissent du droit de cité et leurs privilèges sont inscrits sur des tables de bronze (Bellum, VII, 5, 2).
[20] Cf. Ant., XII, 3, 2, où l’on voit que la chose est contestée. Il s’agit surtout d’Antiochus II Théos. Voir la note de Schürer, III (3e éd.), p. 81-2
[21] Il y a là, en ce qui concerne les Ibères (Espagnols), une forte exagération. L’Espagne renfermait bon nombre de colonies, de municipes, et Vespasien en 75 avait conféré le Jûs Latii à toute la péninsule (Tacite, Hist., III, 53, 70 ; Pline, III, 4, 30) ; mais le droit latin n’était pas encore la cité romaine.
[22] Assertion répétée au § 72 infra, mais qui est exagérée. Nous savons seulement : 1° que les Égyptiens pour arriver à la cité romaine devaient d’abord être reçus citoyens d’Alexandrie (Pline à Trajan, Ep. 6), admission qui devait être accordée par l’empereur (Pline à Trajan, Ep. 10 ; Trajan à Pline, Ep. 7) ; 2° que l’Égyptien, même admis à la cité romaine, ne pouvait exercer les fonctions qui donnaient au sénat (Dion Cassius, LI, 17, 2).
[23] Ce renseignement ne dérive pas du véritable Hécatée, car c'est sous Démétrius II que trois districts seulement de la Samaritide furent annexés, avec exemption d'impôts, à la Judée (I Maccabées, xi, 34). Cf. Schürer, I (2e édit.), p. 141 et Willrich, Judaica, p. 97.
[24] Ici et Ant., XII, c. 7-9, Josèphe s'inspire du pseudo-Hécatée et du pseudo-Aristée, c. 13 Wendland, et par conséquent exagère ; mais il y avait certainement de petites garnisons juives en Égypte, par exemple celle d'Athribis, au sud du Delta (Rev. ét. j., XVII, 1888, p. 435), les castra Judaeorum à l'est (Notitia dignitatum) et le ᾿Ιουδαίων στρατόπεδον à l'ouest (Ant., XIV, 8, 25 ; Bellum, I, 9, 4). Peut-être même la garnison juive d'Éléphantine a-t-elle encore subsisté quelque temps sous les Ptolémées. Cf. Schürer, III (3e éd.) p. 22.
[25] Renseignement non confirmé par ailleurs.
[26] Tout ce § dérive de la « lettre d'Aristée à Philocrate ».
[27] Ce renseignement ne se trouve nulle part ailleurs.
[28] Ptolémée VI Philométor régna de 181 à 145 avant J.-C. ; Cléopâtre (II) était sa femme et sa soeur.
[29] Dosithéos (Samaritain ?) n'est pas autrement connu. Onias peut bien être identique au fondateur du temple de Léontopolis (vers 160).
[30] Après la mort de Philométor (145), sa veuve avait proclamé roi leur fils (Philopator néos) ; mais le frère du feu roi, Ptolémée (VIII) Evergète II (Physcon), vint de Cyrène, sans doute à l'invitation des Alexandrins, tua le jeune roi et s'empara du trône et de la reine, qu'il épousa.
[31] L. Minucius Thermus qui avait déjà en 154 installé Evergète II à Cypre (Polybe, XXXIII, 5).
[32] Filios = enfants, non fils. Philométor ne laissa pas plusieurs fils, mais un seul, Philopator Néos ; un fils aîné (Eupator) était mort avant son père. Mais il y avait aussi une fille, Cléopâtre III, que Physcon épousa peu après.
[33] L'épisode des éléphants est mis sur le compte de Ptolémée IV Philopator (221-204) par le IIIe livre des Macchabées, c. 4-5. L'origine commune de ces légendes doit être une fête véritable, analogue à celle de Pourim, et qui fut peut-être l'origine de celle-ci. D'autre part Willrich a cherché à montrer (Hermes, XXXIX, 244 suiv.) que l'intervention des généraux juifs contre Physcon est une transposition d'un épisode qui se placerait en réalité vers 88 au temps où Sôter II supplanta Ptolémée Alexandre. Une persécution des juifs d'Alexandrie à cette époque est attestée par Jordanès, c. 81 Mommsen.
[34] Représenter la guerre de Cléopâtre contre Octave comme une « révolte », est bien caractéristique de l'historiographie officielle de l'Empire.
[35] Celle de 43/2 av. J. C. Cf. Wilcken, Grundzüge, p. 364,
[36] Jules César fut secouru par le contingent juif d'Hyrcan et d'Antipater dans la guerre d'Alexandrie, dont le récit lui était attribué.
[37] En 19 ap. J.C. Le véritable motif est que des distributions de ce genre ne devaient profiter qu'aux citoyens (Wilcken, Hermes, 63, 52).
[38] Sur ces « camps juifs » cf. Schürer, 3. éd., III, 98, note.
[39] Josèphe songe aux conflits qui opposaient les adeptes de cultes locaux antagonistes (Plutarque, De Iside, 72 ; Juvénal, Sat. xv, 33-92).
[40] L'idée parait être que les Égyptiens, en adorant des animaux hostiles à l'espèce humaine, manquent à la loi de solidarité entre les hommes.
[41] Cf. plus haut § 41 et la note.
[42] On se rappelle la crise soulevée par la prétention de Caligula de faire ériger sa statue dans le temple de Jérusalem.
[43] Au temple de Jérusalem on sacrifiait deux fois par jour pour le salut de l'Empereur et du peuple romain (Guerre, II, 197). Mais il semble que ce fût aux frais de l'empereur (Philon, Leg. ad Caium, § 157).
[44] Antiochos Sidétès surnommé Εὐσεβής; (Ant. jud., XIII, § 244), qui prit Jérusalem en 130 av. J.-C.
[45] Sur les honneurs rendus en Égypte à la victime d'un crocodile, v. Hérodote, II, 90. L'assertion relative à la vipère est isolée, mais on ne doit sans doute pas être mise doute. Spiegelberg (Sitzungsb. Bayr. Ak. Wissenschaften, 1925, 2, p. 2) s'est appuyé sur le texte de Josèphe pour conjecturer que Cléopâtre a voulu mourir de la morsure d'une vipère pour s'assurer la divinisation.
[46] Pourtant le Deutéronome (xxv, 4) défend de museler le boeuf qui foule le grain, à plus forte raison de le battre s'il en mange un peu.
[47] Josèphe veut-il dire qu'Apion a copié une source écrite, ou qu'il a suivi des on-dit ? Dans le premier cas, le seul écrivain ancien dont on puisse le rapprocher est Damocrite, auteur d'un ouvrage sur les Juifs connu par une notice de Suidas (Textes d'auteurs grecs et romains, p 121). Mais l'époque de ce Damocrite est complètement inconnue. Il est du moins certain qu'il y a une parenté entre l'écrit résumé par Suidas et celui d'Apion : Damocrite a élevé contre les Juifs les deux mêmes griefs (culte de la tête d'âne, sacrifice de l'étranger), qu'Apion a groupés dans l'histoire de la visite d'Épiphane au Temple. Les variantes sont d'importance secondaire : la principale porte sur la fréquence du meurtre rituel.
[48] Apion ne paraît pas responsable de l'absurdité que lui prête Josèphe le texte cité § 95 ne signifie pas que tous les Juifs participent au sacrifice.
[49] Texte peut-être mutilé.
[50] La description qui suit est une des sources de notre connaissance du temple détruit par Titus, quoiqu'elle soit moins circonstanciée que Bell. V, 5 et Ant. Jud. XV, II. Josèphe s'y est inspiré de ses souvenirs personnels.
[51] Plus exactement « dans le sanctuaire ».
[52] On ne voit pas bien de quel autel il s'agit. Ailleurs (Guerre, V, 5, 5) Josèphe ne mentionne que les trois derniers objets.
[53] Ces quatre tribus représentent les quatre groupes sacerdotaux primitifs revenus avec Zorobabel : Yedaya, Immer, Pachkhour, Kharim. Notre passage est le seul qui atteste encore l'existence de cette division à la fin de l'époque du second Temple, où d'ordinaire (par ex. Vita, c. I) l'on compte 24 classes de prêtres (6 par groupe, Talmud de Jérusalem, Taanit, 68 a). Le chiffre de 5.000 prêtres par groupe est sans doute exagéré, même en y comprenant les lévites.
[54] Mnaséas de Patara, polygraphe du iiie siècle av. J.-C.
[55] Il s'agit bien probablement dans la pensée de Mnaséas de Adora (aujourd'hui Doûra) ville effectivement située en Idumée. La même faute se retrouve Ant. jud., XIV,
88 (cf. Benzinger, v. Adora dans Pauly-Wissowa).
[56] Culte attesté chez les Iduméens par l'inscription de Memphis, Strack, Archiv für Pap., III, 129.
[57] Ici reprend le texte grec.
[58] 30 sur 15 d'après Guerre, V, 202.
[59] 20 par porte (Guerre, VI, 293).
[60] Le développement qui suit (§ 121-124) serait mieux à sa place après le § 111 puisqu'il se rattache à la légende du serment contre les Grecs du § 95. Peut-être s'agit-il d'un morceau rajouté par Josèphe in extremis en marge et introduit à une fausse place par les copistes.
[61] L'invocation à Dieu qui a créé ciel, terre et mer est biblique (Néhémie, ix,
6 ; Psaume, 146, 6 ; Actes des Apôtres, iv,
24). Apion a-t-il su l'existence de cette formule ? Ou son texte a-t-il été remanié par Josèphe ou sa source juive ?
[62] La prise de Jérusalem par Pompée a inspiré à Cicéron une réflexion analogue (Pro Flacco, § 69 = Textes d'auteurs grecs et romains, p. 241).
[63] Cf. Ovide, Métamorphoses, V, 325 suiv. ; Diodore, I, 86, etc.
[64] Les incendies de l'Acropole d'Athènes par les Perses, du temple d'Éphèse par Hérostrate sont bien connus L'allusion nu temple de Delphes peut se rapporter soit à l'incendie du temple primitif (548) soit à celui qu'allumèrent les barbares Maides au temps de Sylla (Plut. Num. 9); il s'agit plutôt de ce dernier évènement.
[65] Allusion possible à la cécité dont auraient été frappés Sésostris et son fils (Hérodote, II, iii).
[66] Depuis l'insurrection des Macchabées (168).
[67] Sur la circoncision des Égyptiens, cf. Hérodote, II, 37 et 104 ; sur celle des prêtres en particulier, voir W. Otto, Priester und Tempel im hellenistischen Aegypten, I, 214; II, 326. Sur l'abstinence de la viande de porc, Plutarque, Quaest. conviv., IV. 5.
[68] Hérodote, II, 104 (v. supra. I, § 169).
[69] Le plaidoyer pour la législation juive ainsi annoncé (ch. xv et suiv.) présente de nombreuses concordances avec les Hypothetica de Philon dont Eusèbe a conservé un extrait, Praep. Ev., VIII, 6-7, pp. 355 c-361 b (cf. Wendland, Die Therapeuten und die phil. Schrift vom beachaul. Leben, 709-12; B. Motzo, Atti della R. Ac. di Torino, XLVII, 1911-2, 760; I. Lévy, La Légende de Pythagore. p. 212). Josèphe est tributaire de la source même où a puisé Philon, une apologie du judaïsme composée suivant toute apparence à Alexandrie vers le début de l'époque romaine. Il affecte de défendre la pure loi de Moïse, tandis que Philon reconnaît (l. l., 358 d) que les prescriptions qu'il énumère ne sont pas toutes contenues dans le Pentateuque et proviennent en partie de « lois non écrites ».
[70] Le mot nñmow ne se trouve pas, en effet, dans les poèmes homériques ; les plus anciens exemples sont dans Hésiode.
[71] Josèphe songe sans doute aux objets précieux dont les fils d'Israël, au moment du départ, dépouillèrent les Égyptiens (Exode, xii, 35-7). Les Juifs alexandrins, choqués de ce que la Bible contait comme un tour de bonne guerre, ont essayé de divers moyens pour éliminer de l'incident tout ce qui ressemblait à un abus de confiance, cf. Josèphe, Ant., I, § 314, et Ezekiel le Tragique, fr. 7, v. 35.
[72] Noter la prudence rationaliste avec laquelle Josèphe défend « l'inspiration » divine de Moïse.
[73] Josèphe a utilisé cet argument dans les Ant. II, 3, i § 23-4, où Ruben, pour dissuader ses frères de tuer Joseph, leur remontre que Dieu, à qui rien n'échappe, châtiera le fratricide. L'idée, qui n'est pas formulée dans la Bible, est un lieu commun pythagoricien, cf. Jamblique 174.
[74] Ces insulteurs sont d'après § 145 Apollonios Molon et Lysimaque; le grief de go®teia revient chez Celse (Origène, Contre Celse, I, 26 = Textes, p. 165), et Pline (XXX, i = Textes, p. 282) ainsi qu'Apulée (Apol., 90 = Textes, p. 335) nomment Moïse dans une liste de magiciens fameux. Josèphe a puisé à la même source que Philon, ap. Eusèbe, Praep. Ev. VIII, 6, 356 a.
[75] Texte très altéré. Les conjectures de Niese admises, il s'agit de Minos et de Lycurgue.
[76] Division platonicienne, qu'on retrouve chez Polybe, Cicéron, etc.
[77] Ce mot, qui a fait fortune on changeant un peu de sens, est donc de l'invention de Josèphe - ou de sa source.
[78] L'idée que les philosophes grecs sont tributaires de la Bible est depuis l'époque ptolémaïque un lieu commun de l'apologétique judéo-alexandrine. Déjà Artapanos imaginait qu'Orphée fut le disciple de Mousaios-Moïse. Suivant Philon, c'est de Moïse que se sont inspirés Héraclite et les stoïciens (cf. Elter, De gnomol. graec. historia, 221 ; Bréhier, Les idées philos. et relig. de Philon d'Alexandrie, 48 ; Paul Krüger, Philo und Josephas als Apologeten des Judentam 21). Aristobule (soi-disant contemporain de Ptolémée VI Philométor, en réalité prête-nom d'un faussaire d'époque impériale) fait dépendre de Moïse, outre Homère et Hésiode, Pythagore, Socrate et Platon (Eusèbe, Praep. Ev., XIII, 12) et Clément d'Alexandrie assure qu'il attribuait la même origine à la philosophie péripatéticienne (Strom. V, 14, 97).
[79] Josèphe s'aventure beaucoup en identifiant, par exemple, le panthéisme stoïcien au monothéisme hébreu.
[80] Même expression chez Philon, Vita Mosis. I, 6 § 29 et déjà dans la source de Jamblique,
V. P., 176.
[81] Cette « concorde » remplace la sagesse, φρόνησις, comme 4e vertu cardinale (Thackeray).
[82] Le début de § 172, avec les mots de § 172 « ce qu'il fallait faire ou éviter » provient du document copié par Jamblique, Vil. Pyth. 86 et 137. Il en est de même de § 192 (« il faut suivre Dieu ») et de § 197 (sur la prière). Cf. I. Lévy, La Légende de Pythagore, p. 213.
[83] V. Plutarque, Lycurg., 13.
[84] Théorie conforme à l'enseignement talmudique. Cf. Aboth R. Nathan, p. 22; Sabbath, p. 318.
[85] Josèphe, comme le Talmud de Jérusalem (Megilla, IV, 75 a), attribue à Moïse l'institution des lectures sabbatiques.
[86] Allusion aux assesseurs des archontes athéniens et au conseil des gouverneurs romains.
[87] Deutéronome, vi,
135 et 148.
[89] Les attributions judiciaires des prêtres sont encore très limitées dans le Deutéronome (xvii, 8, etc.). Elles se sont développées à l'époque du second temple, et déjà Hécatée remarque que Moïse confia aux prêtres le jugement des causes les plus importantes (Diodore de Sicile, XL, 3, 6 = Textes d'auteurs grecs et romains, p. 17).
[90] L’idée que Dieu est le commencement et la fin de tout peut s’appuyer sur divers textes bibliques, mais non pas celle qu’il en est aussi le milieu. Selon les rabbins (p. ex. Jer., Sanhédrin, 18 a) si le mot vérité () est le sceau de Dieu, c’est parce qu’il se compose de la première, de la dernière et de la lettre médiane de l’alphabet ; mais n’est pas au milieu de l’alphabet hébreu. J’ai soupçonné ces trois lettres de représenter les initiales (transcrites en hébreu) des mots grecs ἀρχὴ, μέσον, τέλος : ce jeu d’esprit mystique serait alors d’origine alexandrine ; cependant le tav n’est presque jamais transcrit par un t.
[91] Exode, xx, 4, etc.
[92] La lumière est nommée en tête, conformément à Genèse i, 3.
[93] Coup de griffe à Philon (De opif. mundi, § 24), qui, entraîné par le Timée, attribuait à Dieu des collaborateurs. Pour tout le passage, cf. Genèse Rabba, 1 et 3.
[94] Cf. Philon, De opif. mundi, ad fin. ; Rosch Haschana, 11 a (= Houllin 60 a).
[95] Formule qui remonte à Platon, Gorgias, 510 b et à Aristote, Eth. Nicom. VIII, i, 1155. Cf. Dibelius, Neue Jahrb. far das klaas, Alt. 1915, XXXV, p. 232.
[96] Idée platonicienne(Lois, III, 687 D), sans fondement dans la Bible, mais ressemble singulièrement à la doctrine de l’Évangile selon St Mathieu, vi,
8 suiv.
[97] Cette restriction n’est nulle part formulée dans la Loi, mais elle est dans l’esprit du Talmud (interdiction d’épouser une femme stérile : Yebamot, 61 b ; Tossefta Yebamot, 8, 4 ; répudiation de la femme qui n’a pas d’enfants après six ans de mariage : Mishna Yebamot, 6, 6). Josèphe s’est aussi souvenu de la doctrine essénienne, Bell. Jud., II, 8, 13
[98] Lévitique, xviii,
22 ; 29 ; xx, 13.
[99] Usages attestés par l’Écriture, mais non prescrits par le Loi.
[100] Genèse, iii, 16
[101] Les différentes variétés d’adultère sont prévues et punies, Deutéronome, xxii, 22-27 ; Lévitique, xx, 10. Mais nulle part il n’est prescrit au mari « de ne s’unir qu’à sa femme ». L’adultère, dans la Bible, ne désigne que le commerce illégitime avec la femme (ou fille) d’autrui.
[102] La Loi ne renferme aucune disposition contre l’avortement. Il est absurde d’interpréter comme telle la bénédiction, Exode, xxiii, 26.
[103] Sur l’impureté de l’accouchée, cf. Lévitique, xii.
[104] Josèphe paraît avoir mal interprété le verset Lévitique, xv, 18 qui ne vise que le cas où l’homme est affligé d’un flux. Le Talmud connaît des ablutions après les rapports conjugaux : 1° pour les prêtres, avant la consommation des prémices (Baba Kamma, 82 b), 2° pour les laïques, avant la prière ou l’étude de la loi (mais ceci fut abrogé, Berakhot,
22 ; Houllin, 126).
[105] Encore une idée essénienne ; cf. Bell. Jud., ii, 8, 11.
[106] Cela n’exclut pas les fêtes à l’occasion d’une naissance ou d’une circoncision.
[107] Deutéronome, vi, 7 ; xi, 19.
[108] On ne trouve pas de prescriptions à ce sujet dans la Loi, mais bien dans le Talmud (Moed Katan, 27 a ; jer. Schekalim, 11)
[109] Rien de tel dans l’Écriture mais, cf. Talmud, Berakhot, 18 a ; Ecclésiastique, vii, 34.
[110] Nombres, xix, 11 suiv. ; Lévitique, xxi, 1 ; xxii, 4.
[111] L’interpolateur cherche un motif rationnel pour d’antiques usages fondés sur des croyances évanouies.
[112] Dans le Décalogue (Exode, xx,
12 = Deutéronome, v,
16), immédiatement après les articles relatifs à la divinité vient celui qui prescrit d’honorer ses parents.
[113] Deutéronome, xxi, 18 suiv. Mais il faut plus qu’un « manque de reconnaissance » pour être lapidé.
[114] Lévitique, xix, 32.
[115] Daniel, vii, 9 (Dieu est appelé l’Ancien des jours). Josèphe interprète peut-être aussi à sa façon Lévitique, xix,
32 : Tu te lèveras devant la vieillesse… crains l’Eternel, ton
Dieu.
[116] Doctrine essénienne (Bell. Jud., ii, 8, 7), inconnue au Pentateuque.
[117] Plusieurs proverbes prohibent l’indiscrétion (xi,
13 ; xx, 19 ; xxv,
9), mais il n’y est pas question de livrer les secrets de ses anciens amis.
[118] Exode, xxiii, 8 ; Deutéronome, xvi, 19 ; xxvii,
25. Nulle part cependant n’apparaît le peine de mort.
[119] Ce n’est, dans la Bible, qu’un précepte moral : Deutéronome, xv, 7 suiv.
[120] Quoique confirmée par le § 216 cette prescription est bien singulière. En lisant ὁ κατέθηχεν (sans μή) on aurait un parallèle dans Lévitique, v,
11 ; Deutéronome, v,
17.
[122] Exode, xxii, 25 ; Lévitique, xxv, 36-7 ; Deutéronome, xxiii, 7.
[123] Exode, xxii, 21 ; xxiii,
9 ; Lévitique, xix, 33
; Deutéronome, x, 19 ; xxiii, 7.
[124] Probablement une allusion à l'exclusion de l'étranger de la fête de Pâques (Exode, xii, 43).
[125] Deutéronome, xxvii, 18 : « Maudit soit celui qui égare l'aveugle en son chemin ». Juvénal, XIV, 103, reprochait aux Juifs non monstrare vias eadem nisi sacra colenti. Josèphe avait déjà généralisé le précepte du Deutéronome dans Ant., IV, 276.
[126] On a voulu voir là un développement du verset Deutéronome, xxi, 23 qui prescrit d’enterrer le pendu (parce qu’il souille ceux qui le voient). On se rappellera aussi Tobit, i,
16 suiv.
[127] Pas de texte.
[128] Deutéronome, xx, 19.
[129] Rien de pareil dans la Loi.
[130] Deutéronome, xxi, 10 suiv.
[131] Défense de faire travailler le bœuf et l’âne pendant le sabbat, Deutéronome, v, 14, etc.
[132] On cherche vainement cette prescription dans le Pentateuque (mais cf. Baba Mezia, 85 a).
[133] Lévitique, xxii, 28 ; Deutéronome, xxii, 6.
[134] Pas de texte.
[135] Lévitique, xx, 10.
[136] Seulement si la vierge était fiancée, Deutéronome, xxii, 23.
[137] Lévitique, xx, 13.
[138] Texte sans doute altéré.
[139] Sur les faux poids, fausses balances, le dol, etc., les textes sont simplement prohibitifs (Lévitique, xix, 11-13 ; 35-36 ; Deutéronome, xxv, 13-15).
[140] Deutéronome, xxi, 18 ; Lévitique, xxiv, 13.
[141] Opinion pharisienne (Ant., XVIII, 14) sans fondement biblique.
[142] L'opposition entre les Juifs attachés à la tradition et les Grecs amis des nouveautés a déjà été indiquée II, § 182.
[143] Geffcken (Hermes, 1928, p 101) a rapproché l'expression de Josèphe de celle de l'auteur cité par Athénée 508 b c (suivant toute apparence Hérodicus de Babylone) : Athènes, qui a vu naître Dracon, Solon et Platon, a obéi aux deux premiers, mais n'a eu que risée pour les Lois et la République.
[144] Cette observation, qui n'est guère à sa place, parait provenir du contexte de la source de § 169. Il est sans doute fait allusion à Timée 28 c, où Platon déclare qu'il est impossible de communiquer à tout le monde la nature véritable du démiurge.
[145] Cicéron, Pro Flacco, 63, admire les Spartiates pour être restés fidèles jusqu'à son temps aux lois reçues sept siècles auparavant. Moins hyperbolique, Plutarque fait valoir comme un exemple exceptionnel de stabilité politique que Sparte a observé pendant cinq siècles la constitution de Lycurgue sans autre changement que l'institution des éphores (Lycurgue, 30).
[146] Josèphe a déjà indiqué plus haut I, § 36 que l'intervalle qui sépare son époque de celle de Moïse et d'Aaron est de deux mille ans. Ce chiffre qui excède de 200 environ celui qui résulte des données chronologiques précisas disséminées dans les Antiquités et la Guerre, se retrouve chez Philon (Eusèbe, Praep. Ev., VIII, 7, 357 b) et est sans doute emprunté à la source des Hypothetica.
[147] Cf. Nicolas de Damas, fr. 114, 1 ; Elien, Var. Hist., VI, 6, etc.
[148] Allusion notamment à l'affaire de Sphactérie.
[149] Allusion à Exode, xxii, 28, verset que les Septante interprètent ~ et qui est entendu dans le sens indiqué par Philon, Vit. Mos., III, 26 § 205 ; De Monarch., p. 818, § 7 ainsi que par Josèphe lui-même, Ant., IV, 207 (voir la note sur ce passage). On peut aussi rapprocher Exode, xxiii, 13 : « Vous ne prononcerez point le nom d'autres dieux ».
[150] Les Titans.
[151] Allusion à la scène de l'Iliade, A, 399.
[152] Héphaïstos.
[153] Athénée.
[154] Arès.
[155] Apollon.
[156] Apollon et Artémis.
[157] Allusion au célèbre épisode de l'Ida, Iliade, Y, 329 suiv.
[158] Poséidon, Apollon, les Titans.
[159] C'est la traduction normale de ŽpotropaÛouw, mais à lire la phrase suivante il semble bien que Josèphe ait pris ce mot au sens passif « dieux à détourner » qui ne se rencontre qu'avec des termes abstraits, idée, spectacle, calomnie, etc. (Thackeray).
[160] Nous laissons de côté les gloses qui encombrent le texte du Laurentianus, §§ 253 et 254.
[161] Texte obscur.
[162] République, II in fine ; III, 398 A.
[163] Sur Platon imitateur de Moïse, v. supra. note à II § 168.
[164] Lois, XII, 949.
[165] Josèphe a déjà indiqué (II, § 148) qu'Apollonios reprochait aux Juifs leur misanthropie.
[166] Pour cette locution, cf. I, § 255.
[167] Une meule, d'après la leçon du Laurentianus.
[168] Au milieu du ive siècle (Démosthène, XIX, 285 ; et schol., XXXIX, 2 ; XL, 9. Denys d'Halicarnasse, Dinarch., 11). Elle avait introduit des mystères phrygiens.
[169] Hérodote IV, 76-7
[170] Allusion aux incendies de temples et aux attentats contre jeunes filles et jeunes garçons dont Hérodote (VI, 32) accuse les Perses.
[171] Comme dans Ant., IV, 291, Josèphe interprète dans le sens de l'interdiction de la castration le verset Lévitique, xxii, 24 ; mais on ne voit pas d'où lui vient l'idée que le contrevenant encourt la peine de mort.
[172] Cf. supra II, § 259.
[173] Dérive de la même source que Cicéron, Rép., IV, 4 et Plutarque, De educ. pueris, 15.
[174] Zeus et Ganymède.
[175] Zeus et Héra.
[176] Le commerce entre mâles est comme on a vu II § 215 puni de mort par la Bible ; il en est de même pour l'inceste du frère ou de la soeur (Lévitique, xx, 19).
[177] Cf. plus haut, §§ 168 et 256.
[178] Les idées exprimées §§ 280 et 282 apparaissent déjà, suivant la remarque de Cohn, chez Philon, Vita Mosis, II §§ 20-23. Cf. Tertullien, Ad Nationes, I, 13, avec les observations de Schürer, Geschichte, III, 166, n. 49. - L'allumage des lampes (ritus lucernarum chez Tertullien) se pratiquait le vendredi soir, avant le commencement du sabbat, afin de ne pas contrevenir au précepte défendant de faire du feu le jour férié (Exode, xxxv, 3). Cet usage, dont Josèphe et Tertullien attestent la popularité chez les demi-prosélytes, a été raillé par Sénèque et Perse (Textes d'auteurs grecs et romains, p. 263 et 264).
[179] Principalement Ant., livre III, ch. ix - xii.