La Guerre des Juifs (page 3)
9. [268] Cependant les
Parthes, restés à Jérusalem, se livrèrent au pillage ; ils envahirent les maisons des fugitifs et le palais, n'épargnant que les richesses d'Hyrcan, qui ne dépassaient pas trois cents talents ; ils ne trouvèrent pas chez les autres autant qu'ils espéraient, car Hérode, perçant depuis longtemps la perfidie des Barbares, avait fait transporter en Idumée ses trésors les plus précieux, et chacun de ses amis en avait fait autant. Après le pillage, l'insolence des Parthes dépassa toute mesure : ils déchaînèrent sur tout le pays les horreurs de la guerre, sans l'avoir déclarée. Ils ruinèrent de fond en comble la ville de Marisa, et, non contents d'établir Antigone sur le trône, ils livrèrent à ses outrages Phasaël et Hyrcan enchaînés. Antigone, quand Hyrcan se jeta à ses pieds, lui déchira lui-même les oreilles avec ses dents[139], pour empêcher que jamais, même si une révolution lui rendait la liberté [139a], il pût recouvrer le sacerdoce suprême ; car nul ne peut être grand-prêtre s'il n'est exempt de tout défaut corporel.
10. [271] Quant à Phasaël, son courage rendit vaine la cruauté du roi, car il la prévint en se brisant la tête contre une pierre, n'ayant à sa disposition ni ses bras ni un fer. Il mourut ainsi en héros, se montrant le digne frère d'Hérode et fit ressortir la bassesse d'Hyrcan : fin digne des actions qui avaient rempli sa vie. D'après une autre version, Phasaël se serait remis de sa blessure, mais un médecin envoyé par Antigone, sous prétexte de le soigner, appliqua sur la plaie des médicaments toxiques et le fit ainsi périr. Quelque récit qu'on préfère, la cause de la mort n'en est pas moins glorieuse, On dit encore qu’avant d'expirer, il apprit d'une femme qu'Hérode s'était sauvé. « Maintenant, dit-il, je partirai avec joie, puisque je laisse vivant un vengeur pour punir mes ennemis ».
11. [273] Ainsi mourut
Phasaël. Les Parthes, quoique déçus dans leur plus vif désir, celui de ravir des femmes, n'en installèrent pas moins Antigone comme maître à Jérusalem, et emmenèrent Hyrcan prisonnier en Parthyène.
XIV
1-3. Hérode, repoussé par le roi des Arabes Malichos, traverse l’Égypte et Rhodes et se rend à Rome. – 4. Antoine fait déclarer Hérode roi des Juifs par le Sénat.
1[140]. [274] Cependant Hérode hâtait sa marche vers l'Arabie, croyant son frère encore vivant et pressé d'obtenir de l'argent du roi, seul moyen de sauver Phasaël en flattant la cupidité des Barbares. Au cas ou l'Arabe, oubliant l'amitié qui l'unissait au père d’Hérode, lui refuserait par avarice un présent, il comptait du moins se faire payer le prix de la rançon, en laissant comme otage le fils du prisonnier : car il emmenait avec lui son neveu, enfant de sept ans. Il était d'ailleurs prêt à donner jusqu’à trois cents talents, en invoquant la caution des Tyriens qui s'offraient. Mais la destinée prévint son zèle, et la mort de Phasaël rendit vaine l'affection fraternelle d'Hérode. Au reste, il ne trouva pas chez les Arabes d'amitié durable. Leur roi Malichos envoya au plus vite des messagers pour lui enjoindre de quitter son territoire, sous prétexte que les Parthes lui avaient mandé par héraut d'expulser Hérode de l'Arabie : en fait, il préférait ne pas s'acquitter des obligations qu’il avait contractées envers Antipater et se refusait décidément à fournir, en échange de tant de bienfaits, la moindre somme à ses fils malheureux. Ceux qui lui conseillèrent cette impudente conduite voulaient également détourner les dépôts confiés à eux par Antipater, et c’étaient les personnages les plus considérables de sa cour.
2. [277] Hérode, trouvant les Arabes hostiles pour les raisons mêmes qui lui avaient fait espérer leur dévouement, donna aux envoyés la réponse que lui dicta sa colère et se détourna vers l'Égypte. Le premier soir, il campa dans un temple indigène, où il rallia ceux de ses compagnons qu'il avait laissés en arrière ; le lendemain, il parvint à Rhinocouroura et y reçut la nouvelle de la mort de son frère. Il accorda le temps nécessaire à sa douleur, puis, secouant ses préoccupations[141], reprit sa marche. Le roi des Arabes, se repentant un peu tard, envoya en hâte des messagers pour rappeler celui qu'il avait offensé. Mais Hérode, les devançant, était déjà arrivé à Péluse. Là il se vit refuser le trajet par les navires qui stationnaient dans le port. Il alla donc trouver les commandants de la place, qui, en considération de sa renommée et de sa valeur, l'accompagnèrent jusqu'à Alexandrie. Arrivé dans cette ville, Cléopâtre le reçut avec éclat, espérant lui confier le commandement d'une expédition qu'elle préparait : mais il éluda les offres de la reine et, sans considérer la rigueur de l'hiver ni les troubles d'Italie. il s'embarqua pour Rome.
3. [280] Il faillit faire naufrage sur les côtes de Pamphylie ; à grand-peine, après avoir jeté la plus grande partie de la cargaison, il put trouver un refuge dans l’île de Rhodes, fortement éprouvée par la guerre contre Cassius. Accueilli par ses amis Ptolémée et Sapphinias, il se fit construire[142], malgré son dénuement, une très grande trirème. C'est sur ce bâtiment qu'il se rendit avec ses amis à Brindes, d'où il se hâta vers Rome. Il alla d'abord voir Antoine, confiant dans l'amitié qui l'unissait à son propre père ; il lui raconta ses malheurs et ceux de sa famille, et comment il avait laissé ses plus chers amis assiégés dans une citadelle, pour traverser la mer en plein hiver et venir se jeter à ses pieds.
4. [282] Antoine fut touché de compassion au récit de ces vicissitudes ; le souvenir de la généreuse hospitalité d'Antipater, et, en général, le mérite du suppliant lui-même lui inspirèrent la résolution d'établir roi des Juifs celui qu'il avait auparavant lui-même fait tétrarque. Autant que son estime pour Hérode, il écouta sa haine contre Antigone, qu'il considérait comme un fauteur de troubles et un ennemi de Rome. Il trouva César encore mieux disposé que lui ; ce dernier rappelait à sa mémoire les campagnes d'Egypte, dont Antipater avait partagé les fatigues avec son père, l’hospitalité et les continuelles marques d'amitié que celui-ci en avait reçues ; il considérait aussi le caractère entreprenant d'Hérode. Il[143]
rassembla donc le Sénat, auquel Messala et après lui Atratinus présentèrent Hérode : ils exposèrent les services rendus par son père, la bienveillance du fils envers les Romains et dénoncèrent l'hostilité d'Antigone ; elle s'était déjà montrée à la promptitude avec laquelle il leur avait cherché querelle, mais plus encore à ce moment même, quand il prenait le pouvoir avec l'appui des Parthes, au mépris du nom romain. A ces paroles, le Sénat s'émut, et quand Antoine s'avança pour dire qu'en vue même de la guerre coutre les Parthes, il était avantageux qu'Hérode fût roi, tous votèrent dans ce sens. Le Sénat se sépara, et Antoine et César sortirent ayant Hérode entre eux ; les consuls et les autres magistrats les précédèrent au Capitole pour sacrifier et y consacrer le sénatus-consulte. Le premier jour du règne d'Hérode, Antoine lui offrit à dîner[144]
.
XV
1. Siège de Masada par Antigone. – 2. Ventidius et Silo en Syrie. – 3-4. Arrivée d’Hérode. Prise de Joppé : délivrance de Masada. – 5-6. Siège de Jérusalem par Hérode et Silo.
1[145]. [286] Pendant ce temps. Antigone assiégeait les réfugiés de Masada. Bien pourvus de tout le reste, l'eau leur faisait défaut. Aussi Joseph, frère d'Hérode, résolut-il de fuir, avec deux cents compagnons, chez les Arabes, apprenant que Malichos s’était repenti de son injuste conduite à l'égard d'Hérode. Au moment où il allait quitter la place, la nuit même du départ, la pluie tomba en abondance ; les citernes se trouvèrent remplies, et Joseph ne jugea plus la fuite nécessaire. Dés ce moment la garnison prit l’offensive contre les soldats d'Antigone et, soit à découvert soit dans des embuscades, en tua un très grand nombre. Toutefois ses sorties ne furent pas toujours heureuses ; plus d'une fois, elle fut battue et repoussée.
2. [288] A ce moment
Ventidius, général romain, qui avait été envoyé pour chasser les Parthes de Syrie, passa à leur poursuite en Judée, sous prétexte de secourir Joseph et sa troupe, mais en réalité pour tirer de l'argent d'Antigone. Il campa donc tout prés de Jérusalem et, quand il fut gorgé d'or, partit en personne avec la plus grande partie de son armée, laissant derrière lui Silo et quelques troupes ; il eût craint, en les emmenant toutes, de mettre son trafic en évidence, de son côté, Antigone, espérant que les Parthes lui fourniraient encore des secours, continuait néanmoins à flatter Silo, pour l'empêcher de déranger ses affaires.
3. [290] Mais déjà Hérode, après avoir navigué d'Italie à Ptolémaïs et rassemblé une armée assez considérable de compatriotes et d'étrangers, s'avançait contre Antigone à travers la Galilée, aidé de Ventidius et de Silo, que Dellius, envoyé par Antoine, avait décidés à ramener Hérode. Ventidius était alors occupé à pacifier les villes troublées par les Parthes ; Silo séjournait en Judée, ou. il se laissait corrompre par Antigone. Cependant les forces d'Hérode n'étaient pas médiocres ; à mesure qu'il s'avançait, il voyait augmenter journellement l'effectif de son armée; toute la Galilée, à peu d'exceptions près, se joignit à lui. L’entreprise la plus pressante était celle de Masada, dont il devait avant tout faire lever le siège pour sauver ses proches ; mais on était arrêté par l'obstacle de Joppé. Cette ville était hostile, et il fallait d'abord l'enlever pour ne pas laisser derrière soi, en marchant sur Jérusalem, une place d'armes aux ennemis. Silo se joignit volontiers à Hérode, ayant trouvé là un prétexte à sa défection, mais les Juifs le poursuivirent et le serrèrent de près. Hérode avec une petite troupe court les attaquer et les met bientôt en fuite, sauvant Silo, qui se trouvait en mauvaise posture.
4. [293] Ensuite il s'empara de Joppé et se dirigea à marches forcées vers Masada pour sauver ses amis. Les indigènes venaient à lui, entraînés les uns par un vieil attachement à son père, d'autres par sa propre renommée, d'autres encore par la reconnaissance pour les services du père et du fils, le plus grand nombre par l'espérance qui s'attachait à un roi d'une autorité déjà assurée ; c'est ainsi que s'assemblait une armée difficile à battre [145a]. Antigone essaya de l'arrêter dans sa marche en plaçant des embuscades aux passages favorables, mais elles ne causaient aux ennemis que peu ou point de dommage. Hérode recouvra sans difficulté ses amis de Masada et la forteresse de Thrésa, puis marcha sur Jérusalem : il fut rejoint par le corps de Silo et par un grand nombre de citoyens de la ville, qu'effrayait la force de son armée.
5. [295] Il posta son camp sur le flanc ouest de la ville. Les gardes placés de ce côté le harcelèrent à coups de flèches et de javelots, tandis que d'autres, formés en pelotons, dirigeaient de brusques sorties contre ses avant-postes. Tout d'abord, Hérode fit promener un héraut autour murailles, proclamant qu'il venait pour le bien du peuple et le salut de la cité, qu'il ne se vengerait pas même de ses ennemis déclarés et qu'il accorderait l'amnistie aux plus hostiles. Mais comme les exhortations contraires des amis d'Antigone empêchaient les gens d'entendre les proclamations et de changer de sentiment, Hérode ordonna à ses soldats de combattre les ennemis qui occupaient les murailles ; en conséquence ils tirèrent sur eux et les chassèrent bientôt tous de leurs tours.
6. [297] C'est alors que
Silo montra bien qu'il s'était laissé corrompre. A son instigation, un grand nombre de soldats se plaignirent à grands cris de manquer du nécessaire ; ils réclamaient de l'argent pour acheter des vivres et demandaient qu'on les emmenât prendre leurs quartiers d'hiver dans des endroits favorables, car les environs de la ville étaient vidés par les troupes d'Antigone qui s'y étaient déjà approvisionnées. Là-dessus il mit son camp en mouvement et fit mine de se retirer. Hérode alla trouver les chefs, placés sous les ordres de Silo, et aussi les soldats en corps, les suppliant de ne pas l'abandonner, lui que patronnaient César, Antoine et le Sénat : il ferait, dés ce jour même, cesser la disette. Après ces prières, il se mit lui-même en campagne dans le plat pays et ramena une assez grande abondance de vivres pour couper tout prétexte à Silo ; puis, voulant pour l'avenir assurer le ravitaillement, il manda aux habitants de Samarie, qui s’étaient déclarés pour lui, de conduire à Jéricho du blé, du vin, de l'huile et du bétail. A cette nouvelle, Antigone envoya dans le pays des messagers pour répandre l'ordre d'arrêter les convoyeurs et de leur tendre des embûches. Les habitants obéirent, et une grosse troupe d'hommes en armes se rassembla au-dessus de Jéricho ; ils se postèrent sur les montagnes, guettant les convois de vivres. Cependant Hérode ne restait pas inactif : il prit dix cohortes, dont cinq de Romains et cinq de Juifs, mêlées de mercenaires, avec un petit nombre de cavaliers ; à la tête de ce détachement il marcha sur Jéricho. Il trouva la ville abandonnée et les hauteurs [145b] occupées par cinq cents hommes avec leurs femmes et leurs enfants, il les fit prisonniers, puis les renvoya, tandis que les Romains envahissaient et pillaient le reste de la ville, ou ils trouvèrent des maisons remplies de toutes sortes de biens. Le roi revint, laissant une garnison à Jéricho ; il envoya l'armée romaine prendre ses quartiers d'hiver dans des contrées dont il avait reçu la soumission, Idumée, Galilée, Samarie. Ce son côté, Antigone obtint, en achetant Silo, de pouvoir loger une partie de l'armée romaine à Lydda ; il faisait ainsi sa cour à Antoine.
XVI
1-3. Campagne d’Hérode en Idumée et en Galilée pendant l’hiver ; défaite des brigands à Arbèles. - 4. Extermination des brigands des cavernes. – 5. Nouveau soulèvement et châtiment de la Galilée. – 6. Machacras en Judée, son attitude équivoque. – 7. Hérode secourt Antoine au siège de Samosate.
1[146]. [303] Pendant que les Romains vivaient dans l'abondance et l'inaction, Hérode, toujours actif, occupait I'Idumée avec deux mille fantassins et quatre cents cavaliers, qu'il y envoyait sous son frère Joseph, pour prévenir toute nouvelle tentative en faveur d'Antigone. Lui-même cependant installait à Samarie sa mère et ses autres parents, qu'il avait emmenés de Masada ; quand il eut pourvu à leur sûreté, il partit pour s'emparer des dernières forteresses de Galilée et en chasser les garnisons d'Antigone.
2. [304] Il arriva, malgré de violentes chutes de neige, devant Sepphoris et occupa la ville sans combat, la garnison s'étant enfuie avant l'attaque. Là il laissa se refaire ses soldats, que l'hiver avait éprouvés, car il y trouva des vivres en abondance. Puis il partit relancer les brigands des cavernes, qui, ravageant une grande partie de la contrée, maltraitaient les habitants autant que la guerre même. Il envoya en avant trois bataillons d’infanterie et un escadron de cavalerie au bourg d'Arbèles ; lui-même les y rejoignit le quarantième jour avec le reste de ses forces. Les ennemis ne se dérobèrent pas à l'attaque ; ils marchèrent en armes à sa rencontre, joignant à l'expérience de la guerre l'audace des brigands. Ils engagèrent donc la lutte et avec leur aile droite mirent en déroute l'aile gauche d'Hérode ; mais lui, pivotant vivement avec son aile droite qu'il commandait en personne, vint porter secours aux siens : non seulement il arrêta la fuite de ses propres troupes, mais il s'élança encore contre ceux qui les poursuivaient et contint leur élan jusqu'au moment où ils cédèrent aux attaques de front et prirent la fuite.
3. [307] Hérode les poursuivit, en les massacrant, jusqu'au Jourdain ; un grand nombre périt, le reste se dispersa au delà du fleuve. Ainsi la Galilée fut délivrée de ses terreurs, sauf toutefois les brigands qui restaient blottis dans les cavernes et dont la destruction demanda du temps. Hérode accorda donc d'abord à ses soldats le fruit de leurs peines, distribuant à chacun d'eux cent cinquante drachmes d'argent et aux officiers une somme beaucoup plus considérable ; puis il les envoya dans leurs quartiers d'hiver. Il ordonna à Phéroras, le plus jeune de ses frères, de pourvoir à leur approvisionnement[147] et de fortifier Alexandreion[148], Phéroras s'acquitta de cette double tâche.
4. [309] Dans le même temps, Antoine séjournait à Athènes[149], et Ventidius manda Silo et Hérode auprès de lui pour le seconder dans la guerre contre les Parthes, les invitant à régler d'abord les affaires de Judée. Hérode, sans se faire prier, lui envoya Silo, mais lui-même se mit en campagne contre les brigands des cavernes. Ces cavernes étaient situées sur le flanc de montagnes escarpées, inabordables de toutes parts, n'offrant d'accès que par des sentiers étroits et tortueux ; de front la roche plongeait dans des gorges profondes, dressant ses pentes abruptes et ravinées. Longtemps le roi fut paralysé à la vue de ces difficultés du terrain : enfin il imagina un stratagème très hasardeux. Il plaça ses soldats les plus vigoureux dans des coffres, qu'il fit descendre d'en haut à l'aide de cordes et amena à l'entrée des Cavernes ; ceux-ci massacraient alors les brigands et leurs enfants et lançaient des brandons enflammés contre ceux qui se défendaient. Hérode, voulant en sauver quelques-uns, les invita par la voix d'un héraut à se rendre auprès de lui. Aucun n'obéit de son propre gré[150], et parmi ceux qui y furent contraints, beaucoup préférèrent la mort à la captivité. C’est là qu'ou vit un vieillard, père de sept enfants, tuer ses fils qui, avec leur mère, le priaient de les laisser sortir et se rendre à merci ; il les fit avancer, l'un après l'autre, et, se tenant à l'entrée, les égorgea un à un. Du haut d'une éminence, Hérode contemplait cette scène, profondément remué, et tendait la main vers le vieillard pour le conjurer d'épargner ses enfants mais celui-ci, sans s'émouvoir en rien de ces paroles, invectivant même l'ignoble naissance d'Hérode, tua, après ses fils, sa femme, jeta les cadavres dans le précipice et finalement s'y lança lui-même.
5. [314] Hérode se rendit ainsi maître des cavernes et de leurs habitants. Après avoir laissé (en Galilée) sous les ordres de Ptolémée un détachement suffisant, à son avis, pour réprimer des séditions, il retourna vers Samarie, menant contre Antigone trois mille hoplites et six cents cavaliers. Alors, profitant de son absence, les fauteurs ordinaires de troubles en Galilée attaquèrent à l'improviste le général Ptolémée et le tuèrent. Ensuite ils ravagèrent la contrée, trouvant un refuge dans les marais et les places d'un accès difficile. A la nouvelle de ce soulèvement, Hérode revint en hâte à la rescousse ; il massacra un grand nombre des rebelles, assiégea et prit toutes les forteresses et imposa aux villes une contribution de cent talents pour les punir de cette défection.
6. [317] Cependant quand les Parthes eurent été chassés et Pacoros tué[151], Ventidius, suivant les ordres d'Antoine, envoya comme auxiliaires à Hérode, pour les opposer à Antigone, mille chevaux et deux légions ; leur chef était Machæras. Antigone écrivit lettres sur lettres à ce général, le suppliant de l'aider plutôt lui-même, ajoutant force plaintes sur la violence d'Hérode et les dommages qu'il causait au royaume ; il y joignait des promesses d'argent. Machæras n'osait pas mépriser ses instructions, et d'ailleurs Hérode lui donnait d’avantage ; aussi ne se laissa-t-il pas gagner à la trahison[152] ; toutefois, feignant l'amitié, il alla observer la situation d'Antigone, sans écouter Hérode, qui l'en détournait. Or Antigone, qui avait deviné ses intentions, lui interdit l'entrée de la ville et du haut des murs le fit repousser comme un ennemi. Enfin, Machæras, tout confus, se retira à Emmaüs, auprès d'Hérode ; rendu furieux par sa déconvenue, il tua sur son chemin tous les Juifs qu'il rencontrait, sans même épargner les Hérodiens, mais les traitant tous comme s'ils appartenaient à la faction d'Antigone.
7. [320] Hérode, fort mécontent, s'élança d'abord pour attaquer Machæras comme un ennemi, mais il maîtrisa sa colère et se rendit auprès d'Antoine pour dénoncer les procédés injustes de ce personnage. Celui-ci, ayant réfléchi sur ses fautes, courut après le roi et, à force de prières, réussit à se réconcilier avec lui. Hérode n'en continua pas moins son voyage auprès d'Antoine. Apprenant que ce général assiégeait avec des forces considérables Samosate, importante place voisine de l'Euphrate, il pressa encore sa marche, voyant là une occasion favorable de montrer son courage et de se pousser dans l'amitié d'Antoine. Son arrivée amena le dénouement du siège ; il tua de nombreux ennemis et fit un butin considérable. De là deux résultats : Antoine, qui admirait depuis longtemps la valeur d'Hérode, s'affermit encore dans ce sentiment et accrut de toute manière ses honneurs et ses espérances de règne ; quant au roi Antiochus, il fut contraint de rendre Samosate.
XVII
1-2. Défaite et mort de Joseph, frère d’Hérode, près de Jéricho. Défections en Galilée et en Idumée. – 3-4. Retour d’Hérode en Palestine. Incident à Jéricho. – 5-6. Victoire d’Hérode à Cana (ou Isana) ; mort de Pappos. – 8 Hérode assiège Jérusalem. Ses noces avec Mariamme. – 9. Sosius rejoint Hérode devant Jérusalem.
1[153]. [323] Pendant cette expédition, les affaires d'Hérode subirent un grave échec en Judée. Il y avait laissé son frère Joseph avec de pleins pouvoirs, mais en lui recommandant de ne rien entreprendre contre Antigone jusqu'à sou retour : car Machæras, à en juger d'après sa conduite passée, n'était pas un allié sûr. Mais Joseph, dès qu'il sut son frère assez loin, négligea cette recommandation et marcha vers Jéricho avec cinq cohortes que Machæras lui avait prêtées ; son objet était d'enlever le blé, car on était au fort de l'été. Sur la route il fut attaqué par les ennemis qui s'étaient postés au milieu des montagnes dans un terrain difficile ; il périt dans le combat après avoir montré une brillante valeur et tout le contingent romain fut détruit ; ces cohortes venaient d'être levées en Syrie, et on n’y avait pas mêlé de ces « vieux soldats », comme on les appelle, qui auraient pu secourir l'inexpérience des jeunes recrues[154].
2. [325] Antigone ne se contenta pas de la victoire : il porta la fureur au point d'outrager Joseph même après sa mort. Comme les cadavres étaient restés en sa puissance, il fit couper la tête de Joseph, malgré la rançon de cinquante talents que Phéroras, frère du défunt, lui offrait pour la racheter. En Galilée, la victoire d’Antigone produisit un si grand bouleversement que ceux des notables qui favorisaient Hérode furent emmenés et noyés dans le lac (de Génésareth) par les partisans d'Antigone. Il y eut aussi de nombreuses défections en Idumée[155], où Machæras fortifiait à nouveau une place du nom de Gittha. De tout cela, Hérode ne savait encore rien. Antoine, après la prise de Samosate, avait établi Sossius gouverneur de Syrie ; il lui ordonna de secourir Hérode contre Antigone et s'en retourna de sa personne en Égypte[156]. Sossius envoya tout de suite deux légions pour seconder Hérode ; lui-même suivit de près avec le reste de ses troupes.
3. [328] Tandis qu’Hérode était à Daphné, près d’Antioche, il eut un rêve qui lui annonçait clairement la mort de son frère. Il sauta tout troublé du lit au moment où entrèrent les messagers qui lui apprirent son malheur. La douleur lui arracha quelques gémissements, puis il ajourna la plupart des marques de deuil et se mit vivement en route contre ses ennemis. Marchant a étapes forcées, il arriva au Liban, où il s'adjoignit comme auxiliaires huit cents montagnards et rallia une légion romaine. Puis, sans attendre le jour[157], il envahit la Galilée et refoula les ennemis, qui s'opposèrent à sa marche, dans la forteresse qu'ils venaient de quitter. Il pressa la garnison par de fréquentes attaques, mais avant d'avoir pu la prendre, un orage terrible le força de camper dans les bourgades environnantes. Peu de jours après, la seconde légion prêtée par Antoine le rejoignit ; alors les ennemis, que sa puissance effrayait, évacuèrent nuitamment la forteresse.
4. [331] Il continua sa marche rapide à travers Jéricho, ayant hâte de rejoindre les meurtriers de son frère. Dans cette ville il fut le héros d'une aventure providentielle : échappé à la mort par miracle, il y acquit la réputation d'un favori de la divinité. En effet, comme ce soir-là un grand nombre de magistrats soupaient avec lui, au moment où le repas venait de se terminer et tous les convives de partir, soudain la salle s'écroula. Il vit là un présage à la fois de dangers et de salut pour la guerre future, et leva le camp dés l'aurore. Six mille ennemis environ, descendant des montagnes, escarmouchèrent avec son avant-garde. N'osant pas en venir aux mains avec les Romains, ils les attaquèrent de loin avec des pierres et des traits et leur blessèrent beaucoup de monde. Hérode lui-même, qui chevauchait devant le front des troupes, fut atteint d’un javelot au côté.
5. [333] Antigone, voulant se donner l'apparence non seulement de l'audace, mais encore de la supériorité du nombre, envoya contre Samarie Pappos, un de ses familiers, à la tête d’un corps d’armée, avec la mission de combattre Machæras. Cependant Hérode fit une incursion dans le pays occupé par l'ennemi, détruisit cinq petites villes, y tua deux mille hommes et incendia les maisons ; puis il revint vers Pappos, qui campait près du bourg d'Isana [157a].
6. [335] Tous les jours une foule de Juifs, venus de Jéricho même et du reste de la contrée, le rejoignaient, attirés à lui les uns par leur haine d'Antigone, les autres par les succès d'Hérode, la plupart par un amour aveugle du changement. Il brûlait de livrer bataille, et Pappos, à qui le nombre et l'ardeur de ses adversaires n'inspiraient aucune crainte, sortit volontiers à sa rencontre. Dans ce choc des deux armées, le gros des troupes ennemies résista quelque temps, mais Hérode, animé par le ressentiment[158]
de la mort de son frère, ardent à se venger des auteurs du meurtre, culbuta rapidement les troupes qui lui faisaient face, et ensuite, tournant successivement ses efforts contre ceux qui résistaient encore, les mit tous en fuite. Il y eut un grand carnage, car les fuyards étaient refoulés dans la bourgade d'où ils étaient sortis, tandis qu'Hérode, tombant sur leurs derrières, les abattait en foule. Il les relança même à l'intérieur du village, où il trouva toutes les maisons garnies de soldats et les toits mêmes chargés de tireurs. Quand il en eut fini avec ceux qui luttaient dehors, Hérode, éventrant les habitations, en extrayait ceux qui s’y cachaient. Beaucoup périrent en masse sous les débris des toits qu'il fit effondrer ceux qui s'échappaient des ruines étaient reçus par les soldats à la pointe de l'épée : tel fut l'amoncellement des cadavres que les rues obstruées arrêtaient les vainqueurs. Les ennemis ne purent résister à ce coup : quand le gros de leur armée, enfin rallié, vit l'extermination des soldats du village, ils de dispersèrent. Enhardi par ce succès, Hérode eut aussitôt marché sur Jérusalem, si une tempête d'une extrême violence ne l'en avait empêché. Cet accident ajourna la complète victoire d’Hérode et la défaite d'Antigone, qui songeait déjà à évacuer la capitale.
7. [340] Le soir venu, Hérode congédia ses compagnons fatigués et les envoya réparer leurs forces : lui-même, encore tout chaud de la lutte, alla prendre son bain comme un simple soldat, suivi d’un seul esclave. Au moment d'entrer dans la maison de bain, il vit courir devant lui un des ennemis, l'épée à la main, puis un second, un troisième, et plusieurs à la suite. C’étaient des hommes échappés au combat, qui s'étaient réfugiés, tout armés, dans les bains ; ils s'y étaient cachés et s’étaient dérobés jusque-là aux poursuites ; quand ils aperçurent le roi, anéantis par l’effroi, ils passèrent près de lui, en tremblant, quoi qu'il fut sans armes, et se précipitèrent vers les issues. Le hasard fit que pas un soldat ne se trouva là pour les saisir. Hérode, trop heureux d’en être quitte pour la peur, les laissa tous se sauver.
8. [342] Le lendemain, il lit couper la tête à Pappos, général d'Antigone, qui avait été tué dans le combat, et envoya cette tête à son frère Phéroras, comme prix du meurtre de leur frère : car c'était Pappos qui avait tué Joseph. Quand le mauvais temps fut passé[159], il se dirigea sur Jérusalem et conduisit son armée jusque sous les murs : il y avait alors trois ans qu’il avait été salué à Rome du nom de roi. Il posa son camp devant le Temple, seul côté par où la ville fut accessible ; c'est là que Pompée avait naguère dirigé son attaque quand il prit Jérusalem. Après avoir réparti son armée en trois corps [159a] et coupé tous les arbres des faubourgs : il ordonna d’élever trois terrasses et d’y dresser des tours ; il chargea ses lieutenants les plus actifs de diriger ces travaux, et lui-même s'en alla à Samarie, rejoindre la fille d'Alexandre, fils d'Aristobule, à qui, nous l'avons dit, il était fiancé. Il fit ainsi de son mariage un intermède du siège, tant il méprisait déjà ses adversaires.
9. [345] Après ses noces, il retourna à Jérusalem avec des forces plus considérables encore. Il fut rejoint par Sossius, avec une forte armée d’infanterie et de cavalerie ; il avait envoyé ces troupes en avant par l'intérieur, tandis que lui-même cheminait par la Phénicie. Quand furent concentrées toutes ses forces, qui comprenaient onze légions d’infanterie et six mille chevaux, sans compter les auxiliaires de Syrie, dont l’effectif était assez élevé, les deux chefs campèrent près du mur nord. Hérode mettait sa confiance dans les décisions du Sénat, qui l'avait proclamé roi, Sossius dans les sentiments d'Antoine, qui avait envoyé son aimée pour soutenir Hérode.
XVIII
1. Siège de Jérusalem. – 2. Prise de la ville : massacre et pillage. – 3. Hérode rachète le Temple de la profanation ; supplice d’Antigone. – 4-5. Représailles d’Hérode. Exactions de Cléopâtre.
1[160]. [347] La multitude des Juifs enfermés dans la ville était agitée en sens divers. Les plus faibles, agglomérés autour du Temple, se livraient à des transports mystiques et débitaient force discours prophétiques selon les circonstances[161] ; les plus hardis formaient des compagnies qui s’en allaient marauder : ils rançonnaient surtout les environs de la ville et ne laissaient de nourriture ni pour les hommes ni pour les chevaux[162]. Quant aux soldats, les plus disciplinés étaient employés à déjouer les attaques des assiégeants ; du haut de la muraille, ils écartaient les terrassiers et imaginaient toujours quelque nouvel engin pour combattre ceux de l'ennemi ; c'est surtout dans les travaux de mine qu’ils montraient leur supériorité.
2. [349] Pour mettre fin aux déprédations des brigands, le roi organisa des embuscades, qui réussirent à déjouer leurs incursions : au manque de vivres il remédia par des convois amenés du dehors ; quant aux combattants ennemis, l’expérience militaire des Romains assurait Hérode l'avantage sur eux, encore que leur audace ne connût point de bornes. S'ils évitaient d'attaquer les Romains en face et de courir à une mort assurée[163], en revanche ils cheminaient par les galeries de mines et apparaissaient soudain au milieu même des assiégeants ; avant même qu’une partie de la muraille fût ébranlée, ils en élevaient une autre derrière ; en un mot, ils n'épargnaient ni leurs bras ni les ressources de leur esprit, bien résolus à tenir jusqu’à la dernière extrémité. Aussi, malgré l'importance des forces qui entouraient la ville, ils supportèrent le siège pendant cinq mois[164] ; enfin, quelques soldats d’élite d'Hérode eurent la hardiesse d’escalader le mur et s'élancèrent dans la ville ; après eux montèrent des centurions de Sossius. D'abord ils prirent le quartier voisin du Temple et comme les troupes débordaient de toutes parts, le carnage sévit sous mille aspects, car la longueur du siège avait exaspéré les Romains, et les Juifs de l'armée d’Hérode s’appliquaient à ne laisser survivre aucun de leurs adversaires. On égorgea les vaincus par monceaux dans les ruelles et les maisons où ils se pressaient ou aux abords du Temple qu'ils qu’ils cherchaient à gagner ; on n’épargna ni l’enfance ni la vieillesse ni la faiblesse du sexe ;
le roi eut beau envoyer partout des messagers exhorter à la clémence, les combattants ne retinrent point leurs bras, et, comme ivres de fureur, firent tomber leurs coups sur tous les âges indistinctement. Alors Antigone, sans considérer ni son ancienne fortune ni sa fortune présente, descendit de la citadelle (Baris) et se jeta aux pieds de Sossius. Celui-ci, loin de s'apitoyer sur son infortune, éclata de rire sans mesure et l'appela Antiqona ;
cependant il ne le traita pas comme une femme, qu'on eût laissée en liberté : Antigone fut mis aux fers et placé sous une garde étroite.
3. [354] Hérode, vainqueur des ennemis, se préoccupa maintenant de vaincre ses alliés étrangers. Les Gentils se ruaient en foule pour visiter le Temple et les ustensiles sacrés du sanctuaire. Le roi exhortait, menaçait, quelquefois même mettait les armes à la main pour repousser les curieux, jugeant sa victoire plus fâcheuse qu’une défaite, si ces gens étaient admis à contempler les choses dont la vue est interdite. Il s'opposa aussi dès lors au pillage de la ville, ne cessant de représenter à Sossius que si les Romains dépouillaient la ville de ses richesses et de ses habitants, ils ne le laisseraient régner que sur un désert ; il ite voudrait pas, au prix du meurtre de tant de citoyens, acheter l'empire de l'univers. Sossius répliquant qu'il était juste d'autoriser le pillage pour payer les soldats des fatigues du siège, Hérode dit qu’il leur accorderait lui-même à tous des gratifications sur son trésor particulier. Il racheta ainsi les restes de sa patrie et sut remplir ses engagements. Chaque soldat fut récompensé largement, les officiers à proportion, et Sossius lui-même avec une libéralité toute royale, en sorte que nul ne s'en alla dépourvu. Sossius, de son côté, après avoir dédié à Dieu une couronne d’or partit de Jérusalem emmenant vers Antoine Antigone enchaîné. Celui-ci, attaché jusqu'au bout à la vie par une misérable espérance, périt sous la hache, digne châtiment de sa lâcheté.
4. [358] Le roi Hérode fit deux parts dans la multitude des citoyens de la ville : ceux qui avaient soutenu ses intérêts, il se les concilia plus étroitement encore en les honorant ; quant aux partisans d'Antigone, il les extermina. Se trouvant bientôt à court d'argent, il fit monnayer tous les objets précieux qu'il possédait, pour envoyer des subsides à Antoine et à son entourage. Cependant même à ce prix il ne s'assura pas encore contre tout dommage : car déjà Antoine, corrompu par l'amour de Cléopâtre, commençait à se laisser dominer en toute occasion par sa passion, et cette reine, après avoir persécuté son propre sang au point de ne laisser survivre aucun membre de sa famille, s'en prenait désormais au sang des étrangers. Calomniant les grands de Syrie auprès d'Antoine, elle lui conseillait de les détruire, dans l'espoir de devenir facilement maîtresse de leurs biens. Son ambition s'étendait jusqu'aux Juifs et aux Arabes, et elle machinait sournoisement la perte de leurs rois respectifs, Hérode et Malichos.
5. [361] Antoine n'accorda qu'une partie de ses désirs [164a] : il jugeait sacrilège de tuer des hommes innocents, des rois aussi considérables ; mais il laissa se relâcher l'étroite amitié qui les unissait a lui [164b] et leur enleva de grandes étendues de territoire, notamment le bois de palmiers de Jéricho d'où provient le baume, pour en faire cadeau a Cléopâtre ; il lui donna aussi toutes les villes situées en-deçà du fleuve Eleuthéros, excepté Tyr et Sidon[165]. Une fois mise en possession de toutes ces contrées, elle escorta jusqu'à l'Euphrate Antoine, qui allait faire la guerre aux Parthes, et se rendit elle-même en Judée par Apamée et Damas. Là, par de grands présents, Hérode adoucit son inimitié et reprit à bail pour une somme annuelle de deux cents talents les terres détachées de son royaume : puis il l'accompagna jusqu'à Péluse, en lui faisant la cour de mille manières. Peu de temps après, Antoine revint de chez les Parthes, menant prisonnier Artabaze, fils de Tigrane, destiné à Cléopâtre, car il s'empressa de lui donner ce Parthe avec l'argent et tout le butin conquis[166].
XIX
1-2. Guerre d’Hérode contre les Arabes. Vainqueur à Diospolis, il est battu à Canatha. – 3. Tremblement de terre désastreux. – 4. Harangue d’Hérode à ses troupes. – 5-6. Hérode, vainqueur à Philadelphie, devient protecteur des Arabes.
1[167]. [364] Quand éclata la guerre d'Actium, Hérode se prépara à courir au secours d'Antoine, car il était déjà débarrassé des troubles de Judée et s'était emparé de la forteresse d'Hyrcania, qu'occupait la sœur d'Antigone. Mais Cléopâtre sut par ruse l'empêcher de partager les périls d'Antoine ; car, complotant, comme nous l'avons dit, contre les rois, elle persuada Antoine de confier à Hérode la guerre contre les Arabes, espérant, s'il était vainqueur, devenir maîtresse de l'Arabie, s'il était vaincu, de la Judée, et détruire ainsi les deux rois l'un par l'autre.
2. [366] Toutefois ces desseins tournèrent à l'avantage d'Hérode ; car après avoir d'abord exercé des représailles sur ses ennemis, il ramassa un gros corps de cavalerie et le lança contre eux aux environs de Diospolis : il remporta la victoire, malgré une résistance opiniâtre. Cette défaite provoqua un grand mouvement parmi les Arabes : ils se réunirent en une foule innombrable autour de Canatha[168], ville de Cœlé-Syrie et y attendirent les Juifs. Hérode, arrivé avec ses troupes, aurait voulu conduire les opérations avec prudence et ordonna aux siens de fortifier leur camp. Mais cette multitude ne lui obéit pas ; enorgueillie de sa récente victoire, elle s'élança contre les Arabes. Elle les enfonça au premier choc et les poursuivit ; mais au cours de cette poursuite, Hérode tomba dans un guet-apens. Athénion, l'un des généraux de Cléopâtre, qui lui avait toujours été hostile, souleva contre lui les habitants de Canatha[169]. Les Arabes, à l'arrivée de ce renfort, reprennent courage et font volte-face. Rassemblant toutes leurs forces dans un terrain rocheux et difficile, ils mettent en fuite les troupes d'Hérode et en font un grand carnage. Ceux qui s'échappèrent se réfugièrent à Ormiza ; mais les Arabes y cernèrent leur camp et le prirent avec ses défenseurs.