Divinae institutiones (Institutions divines) (page 10)

Lactance · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — eglise/lactance · 47 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Mais voici une espèce de sacrifice bien différent des autres, car on y dit des injures au dieu à qui on l'offre: on l'accable de paroles outrageuses et de malédictions, au lieu des bénédictions et des louanges dont on a coutume d'honorer les dieux. C'est cependant le grand Hercule qu'on traite ainsi à Linde,[96]

dans l'île de Rhodes ; et voici la raison qu'on apporte d'une chose si peu commune. On dit qu'Hercule ayant abordé à cette plage, et se sentant pressé de la faim, demanda à un villageois qui labourait là auprès, l'un des deux bœufs qu'il avait à sa charrue, offrant de le lui payer ce qu'il vaudrait. Le laboureur refusa de le lui vendre, s'excusant sur ce qu'il ne se pouvait passer de ses bœufs, qu'il n'avait pour tout bien que ce morceau de terre, dont la récolte lui servait à nourrir sa famille. Hercule, sans vouloir écouter les raisons du bonhomme, et usant de sa modération ordinaire, n'ayant pu avoir de gré un de ces bœufs, les enleva tous deux de force, les fit assommer sur-le-champ, et apprêter pour son dîner et pour celui de ses compagnons ; ce que voyant le malheureux villageois, il se mit à vomir mille injures contre Hercule ; mais ce héros, prenant la chose en galant homme, les écouta sans s'émouvoir, et ne fit que rire avec ses compagnons de la colère du pauvre laboureur. Toutefois, après que l'admiration où on était de sa valeur lui eut fait déférer les honneurs divins, les habitants de cette contrée lui élevèrent un autel au même lieu où la chose s'était passée, qu'il nomma lui-même l’Autel des deux Bœufs, et il ordonna qu'à l'avenir on lui immolerait deux bœufs joints ensemble par un même joug. Il se consacra aussi un prêtre auquel il enjoignit expressément d'employer dans les sacrifices qui lui seraient offerts les mêmes injures que le villageois lui avait dites, avouant que de sa vie il n'avait fait un repas si agréable.

A quelle autre fin a-t-on institué la fête de Jupiter Crétois, sinon pour renouveler la mémoire de sa naissance, de son enlèvement dans l'île de Crète, et de la nourriture qu'il y reçut ? La nymphe Amalthée n'est autre que la chèvre qui l'allaita; c'est la pensée du poète Aratus qui fait parler Germanicus en ces termes :

Cette nymphe fut la nourrice de Jupiter, s'il est vrai, comme on le dit, qu'une chèvre de l’île de Crète l'ait nourri de son lait, et que ce divin nourrisson, pour marquer sa reconnaissance, lui ait donné une place honorable parmi les astres de la nuit.

Mais, ayant résolu de faire de cette chèvre une étoile brillante, il lui ôta sa peau mortelle pour la revêtir d'immortalité ; et de cette peau de chèvre il s'en fit un bouclier, qui lui servit bien contre les Titans, ce qui a donné lieu aux poètes de l'appeler l’Égide de Jupiter. On fait encore dans cette même fête de Jupiter Crétois diverses représentations de ce que sa mère fit pour le dérober à la cruauté de Saturne; ce qu'Ovide exprime ainsi:[97]

Le bruit des clairons et des trompettes fit autrefois retentir les rochers du mont Ida, de peur que les cris du céleste enfant, que sa mère leur avait confié, ne trahissent la sûreté de son asile. Ici les Curètes frappaient sur des boucliers d'airain ; là les Corybantes faisaient entrechoquer des casques d'acier. Enfin, l'enfant fut sauvé, et le secret fut gardé. Chaque année renouvelle la mémoire de ce grand événement ; mais les flûtes et les hautbois ont pris la place des trompettes et des clairons.

Salluste rejette ce récit et le traite de pure fiction; mais il faut avouer que le tour qu'il y donne est ingénieux. Il dit « que les Curètes représentent ceux qui, les premiers, ont pénétré dans les choses divines et en ont acquis la science; et que, comme nous attachons à tout ce qui est éloigné de nous une certaine idée qui en inspire la vénération, on s'est avisé de nommer ces premiers sages les nourriciers de Jupiter, » pour exprimer que les secrets de la divinité leur ont été confiés dès son enfance, si l'on peut se servir de ce terme, c'est-à-dire dès le commencement et avant que les autres hommes en eussent connaissance. Mais n'en déplaise à ce savant historien, il a suivi une fausse lumière dans l'explication de cette fable ; car si Jupiter est, selon les Curètes, le premier des dieux et le principe de toute religion, sans doute ils n'ont pas eu l'intelligence des choses divines, ils ne sont pas les interprètes de la vérité, mais les maîtres de l'erreur, et ils l'ont répandue dans le monde en donnant à leur Jupiter la divinité, dont il n'y a que le vrai Dieu qui soit propriétaire.

Qu'on se donne la peine de consulter les livres sacrés, les registres des pontifes, ces monuments de la religion, qui en doivent être les titres les plus authentiques, et je suis sûr qu'on y trouvera de quoi se convaincre que tout ce qu'on estime saint et digne de vénération, ne mérite que le mépris et la risée des gens raisonnables, n'est que vanité, qu'extravagance ; en un mot, qu'impiété et que profanation.

S'il se trouve enfin quelqu'un qui, ayant honte de son erreur, vienne à considérer les choses avec des yeux purifiés par la sagesse, quel ridicule ne découvrira-t-il point dans la plupart des cérémonies qui font partie du culte religieux? Pourra-t-il s'empêcher de rire, ou plutôt de verser des larmes, pour peu que la charité le presse, lorsqu'il verra les sacrés ministres des dieux, les véritables interprètes de leurs volontés, les sages dépositaires des mystères, lors, dis-je, qu'il les verra danser en public, et mêler à des sauts de bouffon des postures de courtisanes ; qu'il les verra courir dans les places, tantôt nus et frottés d'huile comme des athlètes, tantôt couronnés de fleurs comme des victimes, tantôt masqués, déguisés, barbouillés comme d'infâmes comédiens? Que dirai-je des boucliers sacrés que le temps a presque réduits en poussière?[98] Cependant ceux qui les portent sur leurs épaules, dans des processions solennelles, croient porter des dieux. Et l'on raconte d'un certain préteur,[99] qu'il voulut par un sentiment de dévotion porter un de ces boucliers,[100] devant lequel il fit par honneur marcher tous ses huissiers, quoique sa charge l'exemptât de cette fonction. Ce bonhomme n'était-il pas bien fou de s'imaginer qu'un pareil ministère donnerait du lustre à sa dignité? Peut-on enfin voir sans indignation pratiquer sérieusement, et par un esprit de religion, ce qu'on jugerait digne de censure dans les jeux et les divertissements du peuple ?

XXII. Celui qui commença à introduire dans Rome de vaines superstitions fut Numa Pompilius, son second roi, qui trouvant des esprits grossiers et susceptibles de toutes sortes d'impressions, se servit de cette disposition pour leur inspirer ce qu'il voulut touchant le culte des dieux. Pour le faire avec plus d'autorité et de succès, il feignit qu'une certaine nymphe Egérie lui révélait de hauts mystères dans les entretiens qu'il avait avec elle durant la nuit. Assez proche de Rome, dans un bois épais, se voit un antre obscur et profond d'où sort une eau claire et pure qui va arroser le pied des arbres voisins; c'est là que Numa passait les nuits sans témoins, et, sortant le matin de sa retraite, il annonçait au peuple ce qu'il avait appris de son épouse immortelle, sur la manière dont les dieux voulaient être servis.

Il imitait en cela l'adresse de Minos qui, voulant rendre ses lois plus vénérables, feignait que Jupiter les lui avait dictées dans l'antre sacré de ce dieu, où il passait plusieurs heures en conférence avec lui ; afin que les hommes apprissent à obéir non seulement par un motif de crainte, mais aussi par un principe de religion.

Mais, après tout, il n'était pas difficile à Numa d'abuser de la crédulité de simples bergers, qui faisaient alors la plus grande partie de ses sujets. Il institua donc un souverain pontife, des prêtres de Jupiter, des saliens, des augures ; il composa la généalogie des dieux ; il en forma diverses branches et diverses familles, et fournissant à ce peuple farouche divers amusements, il adoucit peu à peu sa férocité naturelle, et le fit insensiblement passer de l'ardeur qu'il avait pour la guerre à l'amour du repos et de la paix. Mais, s'il abusa de sa trop grande facilité à croire ce qu'il voulut lui inspirer, il n'eut garde de se laisser surprendre lui-même aux faux préjugés d'une religion dont il était l'auteur ; car il composa en latin un traité du droit des pontifes, et un autre en grec, qui contenait les règles et les principaux axiomes de la sagesse ; et dans ces deux ouvrages il s'applique non seulement à détruire les principes de la religion qu'il avait lui-même imaginée, mais aussi à ruiner les fondements des autres religions. Or, il arriva longtemps après la mort de ce roi, sous le consulat de Cornélius et de Bébius, que des ouvriers travaillant à remuer la terre dans un champ qui est au pied du Janicule et qui appartenait au secrétaire d'Etat Pétilius, vinrent à découvrir deux coffres de pierre, dans l'un desquels était le corps de Numa, et dans l'autre les deux traités dont nous venons de parler; ce qui ayant été rapporté au sénat, il ordonna qu'on les supprimerait. Q. Pétilius les fit brûler dans une assemblée du peuple. Mais cette ordonnance me semble peu digne de la sage prévoyance d'une compagnie aussi éclairée et aussi politique que celle-là ; car son dessein en supprimant ces livres était de faire perdre le souvenir de ce qu'ils contenaient de contraire à la religion du peuple romain, et c'est ce qui l'a conservé.

Ainsi ces dévots sénateurs, en voulant apprendre à la postérité avec quel zèle et quelle piété ils avaient soutenu l'honneur de leurs dieux, lui ont appris en même temps qu'on pouvait impunément se dispenser de les honorer, en lui découvrant les endroits faibles de leur culte.

Mais si Numa, chez les Romains, fut l'inventeur d'une religion ridicule et vaine, les peuples du Latium[101]

en la personne de Faune reconnaissent le fondateur de la leur. Ce Faune était petit-fils de Saturne, et il fit une étrange profusion des honneurs divins à tous ceux de sa famille; car premièrement il mit son père[102]

au nombre des dieux, et de sa sœur[103]

ayant fait sa femme, il en fit ensuite une déesse: outre le nom de Fauna qu'elle avait, on lui donna encore celui de Destinée, parce qu'elle disait la bonne aventure aux femmes, comme Faune, son frère et son mari, la disait aux hommes. Varron écrit de cette Fauna qu'elle vécut si retirée et qu'elle fut d'une chasteté si exemplaire, que nul homme, hors son mari, ne put se vanter d'avoir vu son visage, ni lui avoir seulement ouï prononcer une seule parole. C'est elle que les femmes appellent la Bonne Déesse, et c'est pour honorer une vie si cachée et si éloignée de tout bruit, qu'elles font soigneusement fermer les portes de son temple lorsqu'elles lui sacrifient, et que l'entrée en est entièrement fermée aux hommes.[104]

Mais cette bonne déesse, avec toute sa chasteté, se laissait quelquefois surprendre au plaisir de la bouteille: ce fut après avoir vidé une bouteille de vin de Falerne que son mari la trouva ivre; et étant outre de voir sa dignité royale si fort avilie par l'intempérance de sa femme, il la prit et la fouetta si cruellement avec des branches de myrte, qu'elle expira sous les coups ; ce qui fut dans la suite si sensible à cet époux, qu'après que sa colère fut un peu ralentie, pour soulager son extrême déplaisir, il la plaça parmi les déesses. Il lui en donna l'appareil; il lui assigna des sacrifices. Mais parmi les offrandes qu'on met sur son autel, on n'oublie pas des flacons d'excellent vin, comme une des plus agréables oblations qu'on lui puisse faire. Ce Faune, aussi bien que les autres faiseurs de divinités, a laissé à la postérité de quoi la faire tomber dans l'erreur; mais les sages s'en préservent par le secours de leurs lumières. Lucrèce, l'un de ces sages, parle ainsi de celui qui, par une superstition outrée, croit que toutes les statues qu'il voit sont autant de dieux.

« Cet homme, dit-il, a une superstitieuse vénération pour toutes ces petites divinités de la façon de Faune et de Numa; il tremble à leur aspect : il n'y en a pas une à laquelle il aille porter ses vœux et son offrande. Semblable aux enfants qui s'imaginent que toutes les figures qu'ils voient sont des hommes véritables, il prend pour des vérités ce qui n'est que pure fiction ; il croit qu'il y a un esprit qui meut, instruit et anime ces statues de bronze et de marbre. O homme crédule! ne voyez-vous pas que ce ne sont la que des ouvrages de l'art, et que les dieux que vous adorez et devant qui vous tremblez ne doivent leur être qu'a quelque habile statuaire ? »

Le poète compare à des enfants ces gens qui donnent dans toutes les superstitions, quelque monstrueuses qu'elles soient, et moi je trouve que les enfants sont bien plus raisonnables : les enfants, il est vrai, croient que des statues inanimées sont des hommes vivants, et ceux-là jurent que ce sont des dieux immortels. Un âge sans expérience rend les enfants susceptibles de ces fausses impressions, et les superstitieux reçoivent toutes celles que leur folie leur fait prendre; l'innocente erreur où sont les enfants diminue à mesure que la lumière de la raison croit en eux, au lieu que la fausse persuasion où sont ces malheureux esclaves de la superstition augmente, se fortifie et dure autant que leur vie.

Ce fut Orphée qui institua la fête de Bacchus,[105]

et il fut le premier qui lui sacrifia sur une montagne de la Béotie, assez proche du lieu où ce dieu était né. Il fut aussi nommé Cithéron,[106] parce qu'il jouait souvent de la cithare. On donna encore à cette fête le nom d'Orphée, depuis qu'il y fut déchiré et mis en pièces par les Bacchantes. Ce nouveau culte s'introduisit dans la Grèce à peu près dans le même temps que Faune établissait le sien en Italie. Il y a cependant quelque apparence que Faune était venu après Orphée, puisque cet excellent musicien se trouva avec les Argonautes au premier siège de Troie, où régnait Laomédon, pendant que Picus, père de Faune, régnait en Italie. Remontons donc encore plus haut, et cherchons si bien que nous puissions enfin trouver celui qui a commencé à honorer les faux dieux. Didyme, auteur grec, croit que ce fut Mélissée qui le premier leur offrit des sacrifices; que ce roi de Crète régla les cérémonies qui accompagnent le culte divin, qu'il y mit de l'ordre, et qu'il y ajouta la magnificence et l'éclat extérieur pour les rendre plus vénérables aux peuples. Ce prince eut deux filles, Mélisse et Amalthée, qui nourrirent Jupiter de lait et de miel ; ce qui a donné lieu aux poètes de feindre que des abeilles volaient chaque jour sur la bouche de cet enfant pour lui apporter le miel qu'elles faisaient. Mélisse reçut de la main de son père la dignité de grande prêtresse de la mère des dieux, ce qui a fait donner à toutes celles qui lui ont succédé dans cette charge le nom de Mélisses. Pour Jupiter, l'Histoire Sacrée d'Evhémère nous apprend qu'étant monté sur le trône, il vint à un tel excès d'insolence et d'orgueil qu'il s'érigeait partout à lui-même des temples et autels ; car, s'étant mis à voyager, il savait avec tant d'adresse s'insinuer dans l'esprit des rois et des princes chez qui il passait, et il savait si bien le secret de se les attacher par les démonstrations d'une amitié teinte et sous le spécieux prétexte des devoirs sacrés de l'hospitalité, qu'en les quittant il leur faisait promettre de lui bâtir un temple, comme pour servir de monument éternel de l'alliance qu'ils venaient de contracter ensemble. De là sont venus les noms d'Atabirien, de Labranden, de Laprien, de Molion, de Casien, et tant d'autres sous lesquels Jupiter est adoré en divers lieux, et qui sont les noms de ces princes crédules et de ces officieux hôtes, qui pensant éterniser leurs noms par de superbes édifices, ont bien plus travaillé pour la gloire du roi de Crète[107] que pour la leur : on remarquait même en ces rois une certaine estime religieuse qui faisait qu’ils se soumettaient avec joie à son empire, et qu'ils ordonnaient à leurs sujets de célébrer tous les ans des fêtes et des sacrifices en son honneur ; c'est de cette manière que le culte de Jupiter s'est répandu par toute la terre, et l'exemple d'un dieu qui s'est en quelque sorte consacré lui-même a été suivi par tant d'autres qu'enfin tout l'univers s'est rempli de divinités.

Nous savons donc maintenant l'époque de la fausse religion ; car, ou que ce soit Mélissée qui en ait jeté les premiers fondements, ou que ce soit Jupiter, la différence du temps n'est pas fort considérable, et l'erreur pour se faire recevoir ne saurait se prévaloir de son antiquité.

CAPUT. XXIII. De vanarum superstitionum aetatibus, et quibus coeperint temporibus.

Nunc quoniam vanarum superstitionum originem deprehendimus, superest ut etiam tempora colligamus, per quae fuerint illi quorum memoria colitur. Theophilus in libro de Temporibus ad Autolicum scripto ait, in historia sua Thallum dicere, quod Belus, quem Babylonii et Assyrii colunt, antiquior trojano bello fuisse invenitur trecentis viginti duobus annis: Belum autem Saturno aequalem fuisse, et utrumque uno tempore adolevisse. Quod adeo verum est, ut ratione ipsa colligi possit. Nam et Agamemnon, qui gessit bellum Troicum, Jovis abnepos fuit, et Achilles Ajaxque pronepotes, et Ulysses eodem gradu proximus fuit; Priamus quidem longa serie. Sed auctores quidam tradunt, Dardanum et Jasium Coriti filios fuisse, non Jovis. Nec enim, si ita fuisset, ad usus impudicos Ganymedem pronepotem suum habere potuisset. Itaque parentibus illorum, quos supra nominavi, si congruentes annos dividas, numerus consentiet.

Ab excidio autem Trojanae urbis colliguntur anni MCCCCLXX. Ex hac temporum ratione manifestum est, ante annos non amplius quam MDCCC natum esse Saturnum, qui et sator omnium deorum fuit. Non ergo isti glorientur sacrorum vetustate, quorum et origo, et ratio, et tempora deprehensa sunt. Restant adhuc aliqua, quae ad arguendas religiones falsas plurimum valent. Sed jam finem facere libro decrevi, ne modum excedat. Ea enim plenius sunt exequenda, ut omnibus refutatis, quae veritati videntur obstare, homines, qui bonorum ignorantia vagantur incerti, ad religionem veram possimus imbuere. Primus autem sapientiae gradus est, falsa intelligere; secundus, vera cognoscere. Ergo apud quem haec prima institutio nostra profecerit, qua falsa deteximus, excitabitur ad veri cognitionem, qua nulla est homini jucundior voluptas; et erit jam sapientia coelestis disciplinae dignus, qui ad cognoscenda caetera libens ac paratus accesserit.

XXIII. Après avoir fait connaître la véritable origine des vaines superstitions, ce qui nous reste à faire est de marquer précisément le temps où elles ont été introduites dans le monde, et comme le moment de leur naissance. Nous en avons déjà touché quelque chose dans le chapitre précédent ; mais nous en parlerons un peu plus amplement dans celui-ci. Théophile, dans sa chronologie, rapportant le sentiment de Thallus, ancien historien, dit que Belus, dieu des Assyriens et de Babylone, a vécu 322 ans avant la guerre de Troie. Or Belus et Saturne étaient contemporains, ce qu'il est facile de faire voir en supposant comme un fait certain qu'Agamemnon, qui commandait les Grecs au siège de cette ville, était arrière-petit-fils de Jupiter, comme Achille et Ajax l'avaient pour trisaïeul. Ulysse était au même degré; pour Priam, il en était plus éloigné, et même il y a des auteurs qui assurent que Dardanus et Jasius, ancêtres de Priam, n'étaient pas fils de Jupiter, mais de Coritus; et ce qui rend cette conjecture vraisemblable, c'est que si ce prince[108] eût été du sang de Jupiter, il y a de l'apparence que le roi de Crète[109] n'aurait pas voulu en souiller la pureté, en faisant servir Ganymède,[110] son parent, à l'usage infâme auquel il le consacra.

Depuis la prise de Troie jusqu'aujourd'hui, l'on compte MCCCCLXX (1470)[111] ainsi il n'y a pas plus de MDCCC (1800) ans que Saturne vivait. Or, de l'aveu même de tous ceux qui ont écrit des choses divines, il est le père de tous les autres dieux et comme la souche d'où ils sont sortis. Qu'on juge maintenant quelle est l'antiquité d'une religion dont on connaît l'établissement, l'origine de ses dieux, leur naissance et leur consécration. Il y aurait encore quelque chose à dire pour achever d'abattre entièrement le culte des faux dieux; mais il est temps de finir, et ce livre n'a déjà que trop d'étendue. Nous allons maintenant travailler à écarter tous les nuages qui empêchent les hommes de voir la vérité et d'embrasser la véritable religion. Le premier pas qui conduit les hommes à la sagesse, c'est de démêler le faux d'avec le vrai, et la seconde démarche c'est de s'attacher au vrai : ainsi, celui qui dans le livre des Institutions aura appris à se défendre des atteintes de l'erreur, se trouvera disposé à recevoir dans les autres livres qui suivent les impressions de la vérité.

[20] Il jouait avec lui au palet, et Zéphire, qui était spectateur du jeu et jaloux d'Hyacinthe, poussa le palet d'Apollon contre la tête de ce beau jeune homme, et la lui cassa. Apollon, pour se consoler, le changea en une fleur qui porte son nom.

[21] Ces deux frères partagent l'année entre eux, et pendant les six mois que l'un est sur la terre, l'autre demeure aux enfers; mais, retournant à son tour à la vie durant les autres mois, son frère va prendre sa place parmi les morts.

[22] Castor, Pollux, Hélène et Clytemnestre, étaient tous quatre enfants de Jupiter et de Léda.

[25] Cela est fondé sur ce que les astronomes nomment une certaine constellation la couronne d'Ariane.

[34] C'est qu'elle s'y sauva dans un vaisseau nommé la Vache.

[38] Dans son apologie pour la religion chrétienne, intitulée Octavius.

[41] Les stoïciens réduisaient toutes les fables à un sens ou moral ou en rapport avec les phénomènes naturels.

[45] Ici vient une espèce de dissertation sur l'opération faite à Saturne.

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