Divinae institutiones (Institutions divines) (page 12)

Lactance · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — eglise/lactance · 47 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Denique alio loco religiones deorum et cultus inane esse officium confitetur:

Quae profecto si cassa sunt, non oportet sublimes et excelsos animos avocari, atque in terram premi, sed nihil aliud quam coelestia cogitare.

Impugnatae sunt ergo a prudentioribus falsae religiones, quia sentiebant esse falsas: sed non est inducta vera, quia qualis, aut ubi esset, ignorabant. Itaque sic habuerunt, tanquam nulla esset omnino, quia veram non poterant invenire. Et eo modo inciderunt in errorem multo majorem quam illi qui falsam tenebant. Nam isti fragilium cultores, quamvis sint inepti, quia coelestia constituunt in rebus corruptibilibus atque terrenis, aliquid tamen sapientiae retinent, et habere veniam possunt, quia summum hominis officium, etsi non reipsa, tamen proposito tenent: siquidem hominum atque mutorum, vel solum, vel certe maximum in religione discrimen est. Hi vero quanto fuerunt sapientiores, quod intellexerunt falsae religionis errorem, tanto facti sunt stultiores, quod esse aliquam veram non putaverunt. Itaque quoniam facilius est de alienis judicare, quam de suis; dum aliorum praecipitium vident, non prospexerunt quid ante suos pedes esset. In utraque igitur parte, et summa stultitia invenitur, et odor quidam sapientiae: ut possis dubitare, quos dicas potissimum stultiores, illosne qui falsam religionem suscipiunt, an eos qui nullam. Sed (ut dixi) venia concedi potest imperitis, et qui se sapientes non esse fateantur: his vero non potest qui, sapientiam professi, stultitiam potius exhibent. Non sum equidem tam iniquus, ut eos putem divinare potuisse, ut veritatem per seipsos invenirent; quod fieri ego non posse confiteor. Sed hoc ab his exigo, quod ratione ipsa praestare potuerunt. Facerent enim prudentius, si et intelligerent esse aliquam veram religionem, et falsis impugnatis, aperte pronuntiarent, eam, quae vera esset, ab hominibus non teneri.

Sed moverit eos fortasse illud, quod si qua vera esset religio, exereret se ac vindicaret, nec pateretur esse aliud quidquam. Videre enim nullo modo poterant, quare, aut a quo, et quemadmodum Religio vera opprimeretur; quod est divini sacramenti, et coelestis arcani. Id vero, nisi doceatur, aliquis scire nullo pacto potest. Summa rei haec est: imperiti et insipientes falsas religiones pro veris habent, quia neque veram sciunt, neque falsam intelligunt. Prudentiores vero, quia veram nesciunt, aut in iis, quas falsas esse intelligunt, perseverant, ut aliquid tenere videantur, aut omnino nihil colunt, ne incidant in errorem, cum id ipsum maximi sit erroris vitam pecudum sub figura hominis imitari. Falsum vero intelligere, est quidem sapientiae, sed humanae. Ultra hunc gradum procedi ab homine non potest; itaque multi philosophorum religiones (ut docui) sustulerunt: verum autem scire divinae est sapientiae. Homo autem per seipsum pervenire ad hanc scientiam non potest, nisi doceatur a Deo. Ita philosophi quod summum fuit humanae sapientiae assecuti sunt, ut intelligerent quid non sit: illud assequi nequiverunt, ut dicerent quid sit. Nota Ciceronis vox est : « Utinam tam facile vera invenire possem, quam falsa convincere. » Quod quia vires humanae conditionis excedit, ejus officii facultas nobis est attributa, quibus tradidit Deus scientiam veritatis; cui explicandae quatuor posteriores libri servient. Nunc interim falsa, ut coepimus, detegamus.

III. Mais que sert au peuple et à des gens ignorants de les prêcher ainsi, puisque nous voyons des gens très sages et très savants qui, quoiqu'ils connaissent à merveille la fausseté de ces religions, néanmoins ne laissent pas de persister dans leur erreur et de continuer d'adorer des dieux qu'ils méprisent. Cicéron sentait fort bien que tous les dieux que les Romains adoraient dans leurs temples étaient de faux dieux ; car après avoir dit plusieurs choses qui tendaient à faire voir l'illusion de leur religion et à la détruire, il dit ensuite : « Il ne faut cependant pas disputer sur cette matière devant le peuple, de peur que de pareilles disputes ne ruinent totalement une religion qui deviendrait suspecte. » Que peut-on faire à un homme qui s'égare volontairement, et qui s'arrache les yeux pour que les autres deviennent aveugles? qui ne rend service ni aux autres, qu'il laisse dans l'erreur, ni à lui-même, qui suit les erreurs des autres, qui ne se sert point de ses lumières et ne fait pas le bien qu'il connaît, et qui s'embarrasse lui-même dans le filet d'où il devait retirer le peuple ? Employez, ô Cicéron, les talents que vous avez reçus du ciel pour inspirer quelque sentiment de sagesse à vos concitoyens, c'est un sujet qui mérite que vous déployiez toute la force de votre éloquence. Il ne faut pas appréhender que les paroles vous manquent quand vous défendrez ainsi une si bonne cause, puisque vous en avez souvent trouvé une merveilleuse abondance pour défendre les plus mauvaises. Mais vous faites difficulté d'entreprendre la défense de la vérité, parce que vous appréhendez d'être mis en prison comme Socrate ; l'amour de la sagesse devait vous donner du mépris de la mort, et il valait mieux la souffrir pour avoir fait des discours utiles à tout le monde que pour avoir fait de violentes invectives. Quelque gloire que vos Philippiques vous aient acquise, ce vous en aurait été une incomparablement plus grande d'avoir détrompé les esprits. Mais quand nous pardonnerions à la crainte qui vous empêche de déclarer la vérité, et qui est pourtant indigne d'un homme qui fait profession de l'étude de la sagesse, pourquoi demeurez-vous attaché à la même superstition que le vulgaire? Pourquoi adorez-vous des idoles que les mains des hommes ont faites avec de l'argile ? Vous savez qu'il n'y a que de la vanité et de l'impiété dans le culte qu'on leur rend, et vous le leur rendez comme les plus ignorants et les plus insensés. De quoi vous sert d'avoir connu la vérité, puisque vous n'avez le courage ni de la suivre ni de la défendre? Que si des hommes savants, et qui ont eu assez de lumières pour découvrir l'erreur, se plaisent néanmoins à la suivre, faut-il s'étonner que les ignorants s'y plaisent encore davantage? Ils aiment naturellement les spectacles, la pompe et la magnificence, les figures et les ornements, mais ils ne sauraient pénétrer dans la nature des choses, ni reconnaître qu'il ne faut rien adorer de ce que l'on peut voir par les yeux du corps, parce que l'on ne peut rien voir de la sorte qui ne soit corruptible et périssable. Il ne faut pas s'étonner qu'ils ne voient pas Dieu, puisqu'ils ne voient pas même l'homme qu'ils croient voir. Ce que l'on voit de l'homme n'est qu'un vase qui le renferme; il faut juger de lui, non par la figure de ce vase, mais par ses actions et ses mœurs. Ceux qui adorent les idoles ne sont que des corps et non pas des hommes, parce qu'ils ne voient rien par les yeux de l'esprit, qui sont les véritables yeux de l'homme, et qui sont beaucoup plus subtils et plus perçants que ceux du corps. Un poète, qui était aussi excellent philosophe, reprend fortement la lâcheté avec laquelle les hommes s'abaissent jusqu'à adorer des natures terrestres :

Il n'y a rien, dit-il, qui abaisse si fort le courage ni qui le rende si rampant, s'il est permis de parler ainsi, que la superstition et une trop forte appréhension de la puissance des dieux.[2]

Quand il parlait de la sorte, il avait une autre pensée que celle que ses paroles expriment, savoir, qu'il ne faut rendre aucun culte aux dieux parce qu'ils ne prennent aucun soin de nos affaires. Il avoue franchement en un autre endroit que tous les devoirs de la religion sont entièrement inutiles, quand il déclare ouvertement :

Que la piété ne consiste pas à tourner plusieurs fois autour d'une pierre, à se prosterner contre terre, à s'approcher des autels, à lever les mains au ciel, à faire de longues prières et à immoler des victimes.[3]

Que si ces devoirs ne servent de rien, faut-il qu'un esprit aussi élevé que celui de l'homme s'abaisse à les rendre et qu'il rampe sur la terre, au lieu d'être toujours par la pensée dans le ciel? Les plus éclairés ont combattu la religion des païens parce qu'ils en avaient examiné la fausseté, mais ils n'ont pas établi la vérité de la nôtre, parce qu'ils ne les connaissaient pas. L'impuissance où ils ont été de découvrir la véritable religion, a été cause qu'ils n'en ont point du tout, et qu'ils ont été plus criminels que ceux qui en ont une fausse; car, bien que ceux qui avaient des idoles se trompent, parce qu'ils prennent des choses terrestres et corruptibles pour les choses célestes et éternelles, ils sont pourtant excusables et même louables, en ce qu'ils ont dessein de s'acquitter du principal devoir de l'homme, bien qu'ils ne s'en acquittent pas de la manière qu'ils le doivent. La religion met la seule, ou au moins la principale différence qu'il y ait entre les hommes et les animaux. Plus ceux dont je parle ont été sages et éclairés, quand ils ont reconnu que la religion des païens est fausse, plus ils ont été insensés et aveugles quand ils se sont persuadés qu'il n'y en a point de véritable. Comme il est plus aisé de juger de ce qui regarde les autres que de ce qui nous regarde nous-mêmes, ils ont vu le précipice où les païens sont tombés et n'en ont pas vu un autre qui était à leurs pieds. Il y a de côté et d'autre une extrême folie, bien qu'il y ait aussi quelques traces de sagesse. Il est difficile de dire quels sont les plus insensés, ou ceux qui admettent la fausse religion, ou ceux qui n'en admettent aucune. On peut pourtant pardonner, comme je l'ai déjà dit, à ceux qui ne sont pas éclairés, et qui font un aveu sincère de leur peu de science, mais on ne saurait pardonner à ceux qui, faisant profession d'être sages et habiles, tombent dans la dernière de toutes les extravagances. Je n'ai pas si peu d'équité que de prétendre qu'ils devaient deviner et trouver la vérité d'eux-mêmes. J'avoue que cela ne leur était pas possible. Mais il leur était possible de découvrir par la lumière de la raison qu'il y a une religion, de réfuter les fausses, et j'avoue franchement que la véritable ne leur était pas connue. Il y a une objection qui fait une forte impression sur l'esprit de quelques-uns, c'est que s'il y avait une véritable religion, elle ne manquerait pas de paraître, et de dissiper par son éclat toutes les autres. Que ceux dont je parle n'aient pu comprendre comment la véritable religion demeurait opprimée, c'est en effet un mystère impénétrable à l'esprit humain. C'est ici le principal point de notre sujet. Les ignorants prennent une fausse religion pour la véritable, parce qu'ils ne connaissent ni l'une ni l'autre. D'autres plus éclairés demeurent dans une fausse religion, parce qu'ils ne connaissent pas la véritable, et qu'ils ont peur de n'en avoir aucune, ou bien ils n'en ont aucune de peur d'en avoir une fausse; ce qui est la plus grande de toutes les erreurs, et qui fait mener à l'homme une vie semblable à celle des bêtes. Pour reconnaître la fausseté d'une religion, il ne faut qu'une sagesse humaine et ordinaire. L'homme ne saurait pourtant aller plus avant, et c'est pour cela que plusieurs philosophes ont nié absolument toutes les religions; mais pour découvrir la véritable; il faut être éclairé d'une sagesse divine, que l'homme ne saurait avoir si Dieu ne la lui donne. Voilà comment les philosophes ont découvert, par la lumière de la raison, la fausseté des religions païennes et n'ont pu découvrir la vérité de la nôtre. Cette parole de Cicéron est connue de tout le monde[4]

: « Plût à Dieu qu'il me fût aussi aisé de connaître la vérité que de réfuter l’erreur ! » Cette connaissance est au-dessus de la nature ; mais Dieu nous l'accorde par sa grâce. Nous tâcherons de la communiquer aux autres dans les quatre derniers livres de cet ouvrage. Mais cependant continuons de réfuter la fausseté du paganisme.

CAPUT. IV. De Simulacris, ornamentisque templorum, et eorum contemptu, etiam ab ipsis Gentilibus.

Quid igitur majestatis possunt habere simulacra, quae fuerunt in homunculi potestate, vel ut aliud fierent, vel ut omnino non fierent? Idcirco apud Horatium Priapus ita loquitur:

Quis non sit tanto hoc custode securus? Fures enim tam stulti sunt, ut Priapi tentiginem timeant; cum aves ipsae, quas terrore falcis aut inguinis abigi existimant, simulacris fabrefactis, id est, hominum plane similibus, insidant, nidificent, inquinent. Sed Flaccus, ut satyrici carminis scriptor, derisit hominum vani-tatem. Verum ii qui faciunt, seriam se facere rem opinantur. Denique poeta maximus, homo in caeteris prudens, in hoc solo non poetice, sed aniliter desipuit; cum in illis emendatissimis libris etiam fieri hoc jubet:

Adorant ergo mortalia, ut a mortalibus facta. Frangi enim, cremari, perire possunt. Nam et tectis vetustate labentibus saepe comminui solent, et consumpta incendio dilabuntur in cinerem, et plerumque (nisi sua illis magnitudo subvenerit, aut custodia diligens sepserit) in praedam furibus cedunt. Quae igitur insania est, ea timere, pro quibus aut ruinae, aut ignes, aut furta timeantur? Quae vanitas, aliquam ab his sperare tutelam, quae tueri semetipsa non possunt? Quae perversitas, ad eorum praesidia decurrere, quae ipsa, cum violantur, inulta sunt, nisi a colentibus vindicentur? Ubi ergo veritas est? ubi nulla vis adhiberi potest Religioni; ubi nihil, quod violari possit, apparet; ubi sacrilegium fieri non potest.

Quidquid autem oculis manibusque subjectum est, id vero, quia fragile est, ab omni ratione immortalitatis est alienum. Frustra igitur homines auro, ebore, gemnis deos excolunt et exornant; quasi vero ex his rebus ullam possint capere voluptatem. Quis usus est pretiosorum munerum nihil sentientibus? an ille qui mortuis? Pari enim ratione defunctorum corpora, odoribus ac pretiosis vestibus illita et convoluta, humi condunt, qua deos honorant, qui neque cum fierent, sentiebant, neque cum coluntur, sciunt; nec enim sensum consecratione sumpserunt. Non placebat Persio, quod aurea vasa templis inferantur, supervacuum putanti esse inter religiones, quod non sanctitatis, sed avaritiae sit instrumentum. Illa enim satius est Deo, quem recte colas, inferre pro munere.

Egregie, sapienterque sensit. Verum illud ridicule subdidit: hoc esse aurum in templis, quod sint, Veneri donatae a virgine pupae: quas ille ob minutiem fortasse contempserit. Non videbat enim, simulacra ipsa et effigies deorum, Polycleti, et Euphranoris, et Phidiae manu ex auro atque ebore perfectas, nihil aliud esse quam grandes pupas, non a virginibus, quarum lusibus venia dari potest, sed a barbatis hominibus consecratas. Merito igitur etiam senum stultitiam Seneca deridet. Non, inquit, bis pueri sumus (ut vulgo dicitur); sed semper. Verum hoc interest, quod majora nos ludimus. Ergo his ludicris, et ornatis, et grandibus pupis et unguenta, et thura, et odores inferunt: his opimas et pingues hostias immolant, quibus est quidem os, sed carens officio dentium: his peplos et indumenta pretiosa, quibus usus velaminis nullus est: his aurum et argentum consecrant, quae tam non habent qui accipiunt, quam qui illa donarunt.

Nec immerito Dionysius, Siciliae tyrannus, post victoriam Graecia potitus, deos tales contempsit, spolia-vit, illusit: siquidem sacrilegia sua jocularibus etiam dictis prosequebatur. Nam cum Jovi Olympio aureum amiculum detraxisset, laneum jussit imponi, dicens, aestate grave esse aureum, hyeme frigidum, laneum vero utrique tempori aptum. Idem auream barbam detrahens Aesculapio, incongruens et iniquum esse ait, cum Apollo pater ejus imberbis esset adhuc, ac laevis, priorem filium quam patrem barbatum videri. Item pateras, et exuvias, et parva quaedam sigilla, quae simulacrorum protentis manibus tenebantur, detrahebat: et accipere se illa, non auferre dicebat; perquam enim stultum esse et ingratum, nolle accipere ab his ultro porrigentibus, a quibus bona sibi homines precarentur. Haec ille fecit impune, quia rex et victor fuit. Quin etiam secuta est eum solita felicitas: vixit enim usque ad senectutem, regnumque per manus filio tradidit. In eo igitur, quia homines sacrilegia vindicare non poterant, oportuit deos ipsos sui vindices esse. At si humilis quispiam tale quid commiserit, huic praesto sunt flagella, ignes, equulei, cruces, et quidquid excogitare iratis et furentibus licet. Sed cum puniunt deprehensos in sacrilegio, ipsi de deorum suorum potestate diffidunt. Cur enim illis potissimum non relinquant ulciscendi sui locum, si eos posse aliquid arbitrantur? Quin etiam putant illorum numine accidisse, ut praedones rerum sacrarum deprehensi tenerentur; et saeviunt non tam ira, quam metu, ne si deorum injuriam non vindicaverint, ipsos expetant poenae; incredibili scilicet vanitate, qui nocituros sibi deos putent ob aliena scelera, qui ipsis, a quibus violati spoliatique sunt, per seipsos nihil nocere potuerunt. At enim saepe ipsi quoque in sacrilegos vindicaverunt: potest id vel casu accidisse, quod aliquando, non semper. Sed tamen paulo post, quomodo id acciderit, ostendam. Nunc interim quaero, cur illi tot et tanta sacrilegia in Dionysio non vindicaverunt, qui non furtim, sed palam deos ludibrio habuit? Cur hunc tam potentem sacrilegum a templis, a ceremoniis, ab imaginibus suis non arcuerunt? Cur etiam sacris rebus ablatis, prospere navigavit? quod joco ipse testatus est (ut solebat). Videtisne (inquit comitibus suis naufragium timentibus) quam prospera sacrilegis navigatio ab ipsis diis immortalibus tribuatur? Sed hic fortasse a Platone didicerat, deos nihil esse.

Quid Caius Verres? quem Tullius, accusator ejus, eidem Dionysio, et Phalaridi, et tyrannis, omnibus comparat. Nonne omnem Siciliam compilavit, sublatis deorum simulacris, ornamentisque fanorum? Otiosum est persequi singula. Unum libet commemorare in quo accusator omnibus eloquentiae viribus, omni denique conatu vocis et corporis deploravit, de Cerere Catinensi, vel Ennensi; quarum alterius tanta fuit religio, ut adire templi ejus secreta penetralia viris nefas esset; alterius antiquitas tanta, ut omnes historiae loquantur ipsam deam fruges in Ennae solo primum reperisse, filiamque ejus virginem ex eodem loco raptam. Denique Gracchanis temporibus, turbata republica et seditionibus et ostentis, cum repertum esset in carminibus Sibyllinis antiquissimam Cererem debere placari, legati sunt Ennam missi. Haec igitur Ceres vel religiosissima, quam videre maribus ne adorandi quidem gratia licebat, vel antiquissima, quam Senatus Populusque Romanus sacrificiis donisque placaverat, ex arcanis et vetustis penetralibus, a Caio Verre, immissis latronibus servis, impune sublata est. Idem vero cum affirmaret se a Siculis, ut causam provinciae susciperet, oratum, his verbis usus est: « Sese jam ne deos quidem in suis urbibus, ad quos confugerent, habere; quod eorum simulacra sanctissima C. Verres ex delubris religiosissimis sustulisset: » quasi vero si Verres ex urbibus delubrisque sustulerat, de coelo quoque sustulerat. Unde apparet istos deos nihil habere in se amplius quam materiam de qua sunt fabricati. Nec immerito ad te, Marce Tulli, hoc est, ad hominem, Siculi confugerunt; quoniam triennio sunt experti deos illos nihil valere. Essent enim stultissimi, si ad eos ob defendendas injurias hominum confugissent, qui Caio Verri nec pro seipsis irati esse potuerunt. At enim Verres ob haec facinora damnatus est. Non ergo dii vindicaverunt, sed Ciceronis industria, qua vel defensores ejus oppressit, vel gratiae restitit. Quid, quod apud ipsum Verrem non fuit illa damnatio, sed vacatio? ut quemadmodum Dionysio deorum spolia gestanti dii immortales bonam dederant navigationem, sic etiam Verri bonam quietem tribuisse videantur, in qua sacrilegiis suis tranquille frui posset. Nam frementibus postea civilibus bellis, sub obtentu damnationis ab omni periculo et metu remotus, aliorum graves casus et miserabiles exitus audiebat, et qui cecidisse solus universis stantibus videbatur, is vero universis cadentibus solus stetit, donec illum et opibus sacrilegio partis et vita satiatum, ac senectute confectum, proscriptio triumviralis auferret, eadem scilicet quae Tullium violatae deorum majestatis ultorem. Quin etiam felix in eo ipso fuit, quod ante suam mortem crudelissimum exitum sui accusatoris audivit; diis videlicet providentibus, ut sacrilegus ac praedo ille religionum suarum, non ante moreretur quam solatium de ultione cepisset.

IV. Que peuvent avoir de divin des images qui ont été faites par un homme de qui il dépendait, ou de ne les point faire du tout, ou de les faire autrement qu'elles ne sont ? Voilà pourquoi Priape parle ainsi dans Horace :

Je n'étais autrefois qu'un tronc de figuier, bois mutilé, lorsqu'un ouvrier, incertain s'il ferait de moi une escabelle ou un Priape, aima mieux que je devinsse un dieu. Je suis donc un dieu par cette raison, l'effroi des voleurs et des oiseaux.

Qui ne sera pas en sûreté ayant un gardien si vigilant et si redoutable ? Les voleurs seront peut-être assez timides pour appréhender la présence de Priape, bien que les oiseaux que l'on croit mis en fuite par sa faux, s'arrêtent souvent sur les images des dieux, font leur nid dans l'intérieur, et les souillent de leurs ordures. Horace s'est moqué comme un poète satirique de la vanité des hommes. Mais cependant ceux qui adorent les images agissent sérieusement. Un poète fort célèbre, et d'ailleurs fort sensé, Virgile s'est trompé comme le plus faible de tous les nommes, quand dans ces livres qu'il a corrigés avec tant de soin il a ordonné ce qui suit :

Priez Priape, afin qu'avec sa faux il chasse les oiseaux qui pourraient manger vos grains, et épouvante les voleurs qui pourraient vous faire tort.

Les hommes adorent donc des ouvrages périssables de la main des hommes, des ouvrages que l'on peut rompre et brûler. Ils sont souvent brisés par la chute de la couverture des temples qui tombent en ruines; ils sont réduits en cendres par le feu, ou ils sont quelquefois enlevés par les voleurs, si ce n'est que la pesanteur de leur masse ou la vigilance des gardes les garantisse de cet outrage. Quelle folie de craindre des images pour lesquelles ou craint, ou qu'elles ne soient brisées par la chute d'un bâtiment, ou consumées par le feu, ou enlevées par les voleurs ! Quelle extravagance d'attendre protection de ces images qui ne se sauraient sauver elles-mêmes ! Quel désordre d'avoir recours à des figures que l'on outrage impunément, si ceux qui les adorent ne prennent le soin de les venger ! Où se trouve donc la vérité de la religion? Elle se trouve où la religion ne peut souffrir de violence, où l'impiété ne saurait commettre de sacrilège. Tout ce qui peut être ou vu ou touché est fragile, et partant ne saurait être l'objet de notre culte. C'est donc en vain que l'on fait des dieux d'ivoire, et qu'on les enrichit avec de l'or et des perles, comme s'ils pouvaient prendre quelque plaisir à ces ornements. De quoi ces parures peuvent-elles servir à des images qui n'ont point de sentiment? Les honneurs que l’on rend aux dieux sont semblables aux devoirs que l'on rend aux morts. On embaume les corps et on leur met de riches habits, avant de les enfermer dans les tombeaux. On pare de même les dieux qui n'ont aucun sentiment de ce que l'on prétend figuré pour les honorer. Perse ne trouvait pas bon que l'on mît des vases d'or dans les temples, et il fait voir qu'il est inutile d'employer, dans l'exercice de la religion, un métal qui est plus propre à exciter l'avarice qu'à entretenir la piété. Les présents qu'il veut que l'on offre à Dieu sont:

Un esprit rempli des sentiments de l'équité et de la justice, et un cœur brûlant de l'amour de l'honnêteté et de la vertu.

Il n'y a rien de plus raisonnable que ce sentiment; mais ce qu'il ajoute est ridicule, quand il dit que l'or tient le même rang, dans les temples

Que les poupées que les filles donnent à Vénus, et que cette déesse méprise à cause de leur petitesse.

Il ne songeait pas que les figures et les images des dieux faites d'or et d'ivoire par la main des Praxitèle, d'Euphranor ou de Phidias, ne sont autre chose que de grandes poupées consacrées, non en jouant par de jeunes filles à qui ce divertissement serait pardonnable, mais sérieusement par des hommes avancés en âge. Sénèque a raison de se moquer de la folie des vieillards, quand il dit : « Nous ne sommes pas deux fois enfants, comme on le dit communément, mais nous le sommes toujours. Toute la différence qu'il y a entre eux et nous, c'est que nous jouons plus grand jeu. » Quand les hommes ont paré les images, qui ne sont que de grandes poupées, ils leur offrent de l'encens, des parfums et des odeurs, et ils leur sacrifient de grasses victimes. Ces images ont une bouche, mais elles ne s'en peuvent servir pour manger. On leur présente des voiles et des habits dont elles n'ont aucun besoin. On leur donne de l'or et de l'argent, qu'elles ne possèdent non plus que ceux qui ne l'ont plus quand ils le leur ont donné.

Quand Denys, tyran de Sicile, eut remporté une victoire qui le rendait maître de la Grèce, il eut raison de mépriser et de dépouiller les dieux, et d'ajouter la raillerie au sacrilège. Il fit enlever à Jupiter Olympien un manteau d'or, et lui en fit donner un de laine, en disant que le manteau d'or était trop pesant en été, et trop froid en hiver, au lieu que celui de laine était plus propre en l'une et en l'autre des saisons. Il ôta la barbe d'or à Esculape, et dit qu'il était contre la bienséance qu'il eût une grande barbe, puisque Apollon son père n'en avait point. Il prit aussi des coupes et d'autres petits présents qui étaient aux mains des images, et dit que c'était les recevoir d'elles et non pas les leur ôter, ajoutant qu'il y avait de la folie ou même de l'ingratitude à ne pas recevoir des mains des dieux ce qu'ils nous offrent, puisque nous leur demandons tous les jours des grâces. Il en usa de la sorte, parce qu'il avait entre les mains la souveraine puissance, et que la victoire secondait ses entreprises. Le bonheur ne cessa point pour cela de le suivre. Il vécut jusqu'à une extrême vieillesse, et laissa son royaume à son fils. Puisque les hommes n'étaient pas assez forts pour punir ces sacrilèges, les dieux ne devaient-ils pas entreprendre de le faire ? Si un homme de basse condition les avait commis, ou aurait eu tout prêts, les fouets, le feu, les chevalets, les potences, et les autres instruments de la colère et de la vengeance. Mais ceux qui punissent de la sorte les sacrilèges se défient du pouvoir de leurs dieux. Car s'ils sont persuadés qu'ils ont quelque pouvoir, ils leur doivent laisser le soin de venger leurs propres injures. Ils croient que c'est par leur permission ou par leur ordre, que les coupables sont découverts et arrêtés ; quand ils les ont entre les mains, ils les châtient moins par colère, que par crainte d'être châtiés en leur place. N'est-ce pas une extravagance insupportable, d'appréhender que les dieux, qui n'ont pu faire de mal à ceux qui les ont dépouillés, ne fassent souffrir à des innocents la peine de ces sacrilèges? On dira peut-être qu'ils ont quelquefois puni les coupables; s'ils les ont quelquefois punis, ce n'a été que par hasard, puisqu'ils ne les ont pas toujours punis. Je ferai voir dans la suite de quelle manière cela est arrivé. Je demande cependant pourquoi les dieux n'ont pas réprimé une insolence aussi manifeste et aussi publique que celle avec laquelle Denys le Tyran les avait joués? Pourquoi ne chassaient-ils pas de leurs temples ce fameux sacrilège, et pourquoi ne lui défendaient-ils pas de regarder leurs images et d'assister à leurs cérémonies? Pourquoi permettaient-ils qu'il eut une navigation heureuse, et qu'il dit, en raillant, selon sa coutume, ceux de sa suite qui appréhendaient le naufrage : « Vous voyez combien les dieux sont propices à eux-mêmes qui violent la sainteté de leurs temples. » C'est qu'il avait peut-être appris de Pluton que les dieux ne sont rien.

Que dirons-nous de Verrès que Cicéron compare à Denys, à Phalaris et aux autres tyrans? Quand il pilla la Sicile, n'enleva-t-il pas tous les ornements des temples et toutes les images des dieux? Je n'ai pas assez de loisir pour m'arrêter à toutes les circonstances ; je n'en marquerai qu'une seule sur laquelle ce fameux accusateur déploya toute son éloquence, je parle de la profanation des mystères de Cérès de Catane ou d'Enna : l'une était honorée avec un si profond respect qu'il n'était pas permis aux hommes d'entrer dans son temple; le culte de l'autre était si ancien que toutes les histoires font foi qu'elle inventa la première, dans le territoire d'Enna, où sa fille fut enlevée, l'art de semer les grains. Enfin, lorsque la tranquillité publique fut troublée par les séditions des Gracques, on trouva dans les livres des sibylles et on reconnut même par les prodiges qui parurent, qu'il fallait apaiser l'ancienne Cérès, et on envoya à cet effet des ambassadeurs à Enna. Cérès, soit que ce fût la plus mystérieuse, qu'il n'était pas permis aux hommes de voir, non pas même à dessein de lui rendre leurs respects, ou bien que ce fût la plus ancienne, que le sénat et le peuple apaisèrent par des sacrifices, cette Cérès, dis-je, fut enlevée impunément de l'endroit le plus secret et le plus saint de son temple, par des voleurs auxquels Verrès avait donné cet ordre. Quand le même orateur exprime la manière dont les habitants de Sicile l'avaient prié d'entreprendre leur défense, il témoigne « qu'ils n'avaient plus de dieux dont ils pussent implorer la protection, comme si Verrès eût chassé les dieux du ciel, en ôtant leurs images des temples. » Il paraît par là que les dieux ne sont autre chose que la matière dont leurs images sont formées. Les Siciliens eurent raison d'avoir recours à vous, Cicéron, après avoir reconnu pendant trois ans combien leurs dieux avaient peu de pouvoir. Ils auraient eu fort peu de sens s'ils les eussent priés de les défendre contre Verrès, eux qui n'avaient pu lui témoigner aucun ressentiment des outrages qu'il leur avait faits. Mais Verrès fut condamné pour ces sacrilèges. Ce ne furent donc pas les dieux qui le châtièrent ; ce fut Cicéron qui eut l'adresse de ruiner ou le pouvoir ou la faveur de ceux qui le protégeaient. On peut dire de plus que l'arrêt qui fut prononcé contre lui, fut moins une condamnation qu'une décharge. Les dieux lui accordèrent une aussi agréable tranquillité qu'ils avaient accordée à Denys le Tyran une navigation heureuse. Sa condamnation même, qui l’éloigna des emplois, le garantit des dangers qui en enlevèrent beaucoup d'autres durant la fureur des guerres civiles. Il demeura seul debout pendant que d'autres tombaient de tous côtés, lui qui semblait être tombé seul pendant que les autres étaient demeurés debout. Enfin il jouit longtemps des richesses immenses qui étaient le fruit de ses sacrilèges, et les posséda jusqu'à une extrême vieillesse, et jusqu'à ce qu'il fut enlevé du monde par la proscription du même triumvirat, par laquelle Cicéron, ce fameux défenseur de la puissance outragée des dieux, fut aussi enlevé. Il eut le plaisir même d'apprendre, avant d'expirer, le genre cruel de mort qu'on avait fait souffrir à son accusateur, comme si les dieux eussent pris soin que ce profanateur de la sainteté de leurs temples, eût en mourant la consolation de se voir vengé des déclamations de Cicéron.

CAPUT V. Quod solus omnium creator Deus est colendus, non vero elementa, nec corpora coelestia: Refelliturque Stoicorum sententia, qui stellas et astra deos putant.

Quanto igitur rectius est, omissis insensibilibus et vanis, oculos eo tendere, ubi sedes, ubi habitatio est Dei veri; qui terram stabili firmitate suspendit; qui coelum distinxit astris fulgentibus; qui solem rebus humanis clarissimum, ac singulare lumen, in argumentum suae unicae majestatis accendit: terris autem maria circumfudit, flumina sempiterno lapsu fluere praecepit.

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