Divinae institutiones (Institutions divines) (page 15)

Lactance · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — eglise/lactance · 47 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Empedocles, quem nescias utrumne inter poetas, an inter philosophos numeres, quia de rerum natura versibus scripsit, ut apud Romanos Lucretius et Varro, quatuor elementa constituit, id est, ignem, aerem, aquam, et terram; fortasse Trismegistum secutus, qui nostra corpora ex his quatuor elementis constituta esse dixit a Deo: habere namque in se aliquid ignis, aliquid aeris, aliquid aquae, aliquid terrae; et neque ignem esse, neque aerem, neque aquam, neque terram: quae quidem falsa non sunt. Nam terrae ratio in carne est; humoris, in sanguine; aeris, in spiritu; ignis, in calore vitali. Sed neque sanguis a corpore secerni potest, sicut humor a terra; neque calor vitalis a spiritu, sicut ignis ab aere: adeo rerum omnium duo sola reperiuntur elementa, quorum omnis ratio in nostri corporis fictione conclusa est. Ex rebus igitur diversis ac repugnantibus homo factus est, sicut ipse mundus ex luce ac tenebris, ex vita et morte: quae duo inter se pugnare in homine praecepit, ut si anima superaverit, quae ex Deo oritur, sit immortalis, et in perpetua luce versetur; si autem corpus vicerit animam, ditionique subjecerit, sit in tenebris sempiternis, et in morte. Cujus non ea vis est, ut injustas animas extinguat omnino, sed ut puniat in aeternum.

Eam poenam secundam mortem nominamus, quae est et ipsa perpetua, sicut et immortalitas. Primam sic definimus: Mors est naturae animantium dissolutio; vel ita: Mors est corporis animaeque seductio. Secun-dam vero sic: Mors est aeterni doloris perpessio; vel ita: Mors est animarum pro meritis ad aeterna supplicia damnatio. Haec mutas pecudes non attingit, quarum animae non ex Deo constantes, sed ex communi aere, morte solvuntur. In hac igitur societate coeli atque terrae, quorum effigies in homine expressa est, superiorem partem tenent ea quae sunt Dei, anima scilicet, quae dominium corporis habet; inferiorem autem ea quae sunt diaboli, corpus utique: quod quia terrenum est, animae debet esse subjectum, sicut terra coelo. Est enim quasi vasculum, quo tamquam domicilio temporali spiritus hic coelestis utatur. Utriusque officia sunt, ut hoc, quod est ex coelo et Deo, imperet, illud vero, quod ex terra est et diabolo, serviat. Quod quidem non fugit hominem nequam Sallustium, qui ait: Sed omnis nostra vis in animo et corpore sita est; animi imperio, corporis servitio magis utimur. Recte, si ita vixisset, ut locutus est. Servivit enim foedissimis voluptatibus, suamque ipse sententiam vitae pravitate dissolvit. Quod si anima ignis est, ut ostendimus, in coelum debet eniti, sicuti ignis, ne extinguatur, hoc est ad immortalitatem, quae in coelo est. Et sicut ardere, ac vivere non potest ignis, nisi aliqua pingui materia teneatur, in qua habeat alimentum: sic animae materia et cibus est sola justitia, qua tenetur ad vitam. Post haec Deus hominem, qua exposuri ratione generatum, posuit in paradiso, id est, in horto foecundissimo, et amoenissimo: quem in partibus Orientis omni genere ligni arborumque consevit, ut ex earum variis fructibus aleretur, expersque omnium laborum, Deo patri summa devotione serviret.

Tum dedit ei certa mandata: quae si observasset, immortalis maneret, si transcendisset, morte afficeretur. Id autem praeceptum fuit, ut ex arbore una, quae erat in medio paradisi, non gustaret, in qua posuerat intelligentiam boni et mali. Tum criminator ille invidens operibus Dei, omnes fallacias et calliditates suas ad decipiendum hominem intendit, ut ei adimeret immortalitatem. Et primo mulierem dolo illexit, ut vetitum cibum sumeret; et per eam ipsi quoque homini persuasit, ut transcenderet Dei legem. Percepta igitur scientia boni et mali, pudere eum nuditatis suae coepit, absconditque se a facie Dei, quod antea non solebat. Tum Deus ejecit hominem de paradiso, sententia in peccatorem lata, ut victum sibi labore conquireret, ipsumque paradisum igni circumvallavit, ne homo posset accedere, donec summum judicium faciat in terra, et justos viros cultores suos in eumdem locum revocet, morte sublata; sicut sacrae voces docent, et Sibylla Erythraea, cum dicit:

Verum quoniam haec extrema sunt, in extrema operis hujus parte tractabimus. Nunc ea, quae prima sunt, explicemus. Mors itaque secuta est hominem secundum Dei sententiam; quod etiam Sibylla in carmine suo docet, dicens:

Sic facta hominis vita est temporaria: sed tamen longa, quae in mille annos propagaretur. Quod divinis litteris proditum, et per omnium scientiam publicatum cum Varro non ignoraret, argumentari nisus est cur putarentur antiqui mille annos victitasse. Ait enim, apud Aegyptios pro annis menses haberi, ut non solis per XII signa circuitus faciat annum, sed luna, quae orbem illum signiferum 30 dierum spatio lustrat: quod argumentum perspicue falsum est. Nemo enim tunc millesimum annum transgressus est. Nunc vero qui ad centesimum perveniunt, quod fit saepissime, mille certe ac ducentis mensibus vivunt. Et auctores idonei tradunt, ad centum et viginti annos perveniri solere. Sed quia ignorabat Varro, cur aut quando vita hominis esset diminuta, ipse diminuit; cum sciret mille et quadringentis mensibus posse vivere hominem.

XII. Quelques-uns assurent que la révolution du ciel et des astres a amené une saison propre à jeter la semence de toutes sortes d'animaux, que la terre, l'ayant reçue et l'ayant conservée, a produit comme certains petits étuis dont Lucrèce a dessein de parler, quand il a dit que le sein de la terre semblait s'enfler et s'ajuster aux racines des plantes et des arbres. Lorsque ces étuis sont venus à une juste maturité et qu'ils se sont rompus, il en est sorti quantité de petits animaux. La terre a été trempée en même temps d'une humeur semblable au lait, et qui leur a servi de nourriture. Comment ont-ils pu éviter ou supporter le froid et le chaud? Comment ont-ils pu naître pendant qu'ils étaient ou gelés par la glace ou brûlés par les ardeurs du soleil ? C'est, dit-on, qu'au commencement du monde, il n'y avait ni hiver ni été. C'était un printemps perpétuel et une température d'air toujours égale. Pourquoi ne jouissons-nous plus de cette agréable température? C'est qu'elle n'était nécessaire, explique-t-on, qu'au commencement du monde pour favoriser la naissance des animaux, mais depuis qu’ils sont venus à une juste grandeur et qu'ils ont eu la puissance d'engendrer leurs semblables, la terre a cessé d'en produire, et les saisons ont été réglées comme nous les voyons. Qu'il est aisé de détruire le mensonge! Premièrement, il n'y a rien dans le monde qui ne se conserve en l'état où il a été créé. Le soleil la lune et les astres avaient été créés avant ce temps-là. Ils avaient déjà un mouvement et un cours réglé par l'ordre de la divine providence. De plus, quand ce que prétendent ceux dont je parle serait vrai, ils retomberaient dans le mal qu'ils veulent éviter, et seraient contraints de reconnaître une providence. Il fallait en effet qu'il y eût une puissance intelligente qui, pour empêcher que la terre ne demeurât déserte, présidât à la naissance des animaux; qui préparât la terre pour la rendre propre à les produire d'elle-même, et à leur donner cette variété si merveilleuse de formes et de figures qui les distinguent. Il fallait sans doute un soin tout particulier pour faire en sorte que les animaux sortissent des étuis où ils étaient enfermés, et qu'à ce moment-là même ils reçussent la vie et le sentiment. Que s'ils ne l'ont reçu que par hasard, n'est-ce aussi que par hasard que la terre a fait couler comme une espèce de lait pour les nourrir, et que l'air est devenu doux et tempéré de peur de leur nuire ? Il est certain que cela n'est pas arrivé sans un soin particulier, et qu'il n'y a que Dieu qui l'ait pu prendre. Mais examinons s'il est probable que l'homme ait pu naître de la terre, comme l'on dit. Quiconque considérera avec attention la peine qu'il faut prendre, et le temps qu'il faut mettre à élever des enfants, reconnaîtra certainement qu'il aurait été impossible que des enfants nés de la terre eussent pu vivre sans que quelqu'un eût soin de les nourrir. Il aurait fallu qu'ils eussent été étendus sur la terre l'espace de plusieurs mois durant lesquels leurs nerfs étaient trop faibles pour les soutenir. Ils n'auraient eu presque point, de mouvement. Il n'y a personne qui ne juge fort bien qu'il est impossible qu'un enfant demeure plusieurs mois dans la même posture où il aurait été jeté au moment de sa naissance. Mais s'il était demeuré en cet état, les déjections ne se seraient-elles pas mêlées avec l'humeur que la terre aurait fait couler pour le nourrir, et si elles s'y étaient mêlées, ne l'auraient-elles pas étouffé? Il a donc fallu qu'il y ait eu quelqu'un qui ait eu le soin d'élever l'homme ; car personne ne s'est encore avisé de dire que les animaux ne sont pas nés faibles, mais qu’ils sont nés capables de se nourrir. Cette manière dont on explique la naissance des animaux est donc ridicule, vaine, dépourvue d'apparence et de raison. En effet, dire que les animaux sont nés d'eux-mêmes, sans que la Providence ait pris aucun soin de les produire, c'est combattre ouvertement la raison ; ainsi nier la Providence et combattre la raison sont la même chose. Il faut donc avouer que Dieu a fait l'homme comme il a fait toutes les autres créatures. Bien que Cicéron n'eut aucune connaissance des saintes Écritures, il n'a pas laissé de découvrir cette vérité et d'en parler de la même manière que les prophètes avaient fait avant lui. Je rapporterai ici ses paroles. « Cet animal, dit-il, si subtil, si pénétrant, si éclairé, qui se souvient du passé, qui connaît le présent, qui prévoit l'avenir, qui agit par raison et par conseil, et à qui l'on a donné le nom d'homme, a été produit d'une manière toute particulière par le souverain Seigneur de l'univers. Il n'y a que lui parmi tous les animaux qui ait l'avantage de penser et de discourir. » Voilà comment Cicéron, tout éloigné qu'il était de la vérité, a eu pourtant assez de lumières pour reconnaître que l'homme n'a pu être placé dans le monde que par un effet de la divine toute-puissance. Si ces témoignages ne suffisent pas, produisons-en de plus forts. La sibylle déclare que l'homme est l'ouvrage de Dieu quand elle dit : Dieu, qui a seul tiré le monde du néant pur un effet de sa puissance infinie, a pris aussi le soin de former le corps du premier homme et de lui inspirer l'âme et la vie. Les livres saints nous enseignent la même vérité. Dieu nous a donc rendu les véritables devoirs d'un père. Il a formé nos corps et répandu en eux la vie qui les anime. Ainsi, nous tenons de lui tout ce que nous sommes. S'il avait été à propos que nous connaissions de quelle manière il a achevé cet ouvrage, il nous l'aurait enseigné comme il nous a enseigné ce qui nous était nécessaire pour nous retirer de l'erreur et pour nous conduire à la vérité.

XIII. Dieu ayant fait l'homme à son image fit ensuite la femme à l'image de l'homme, afin qu'ils pussent mettre des enfants au monde et avoir une postérité qui se multipliât de telle sorte qu'elle remplît toute la terre. Pour faire l'homme, il se servit du feu et de l'eau, de ces deux matières que nous avons dit être si contraires. Dès que le corps fut achevé, il l'anima par le souffle de son esprit et par la communication de sa vie éternelle. Ainsi l'homme est un petit monde formé par le mélange d'aliments contraires et composé d'âme et de corps, dont l'une ressemble au ciel et l'autre à la terre. L'âme qui nous fait vivre est descendue du ciel et nous est communiquée par l’effusion de l'esprit de Dieu, et le corps a été tiré de la terre et formé de limon. Empédocle, que l'on ne sait en quel rang on doit mettre, ou en celui des poètes, ou en celui des philosophes, parce qu'il a écrit sur les choses naturelles en vers grecs, comme Varron et Lucrèce en ont écrit en vers latins, a admis quatre éléments, savoir : le feu, l'air, l'eau et la terre ; en quoi il a suivi Trismégiste qui avait dit avant lui que nos corps ne sont ni feu, ni air, ni terre, ni eau, mais un composé de toutes ces choses. Ce qui certainement est très vrai ; car la chair a quelque chose de la terre, le sang a quelque chose de l'eau, les esprits ont quelque chose de l'air, et la chaleur a quelque chose du feu. Le sang ne saurait pourtant être tout à fait séparé de notre corps comme l'eau peut l'être de la terre, ni la chaleur ne saurait être séparé des esprits vitaux comme le feu peut l'être de l'air. Ainsi il ne se trouve proprement que deux éléments qui aient contribué à la formation de nos corps. L'homme est donc composé aussi bien que le monde de contraires, de la lumière et des ténèbres, de la vie et de la mort. Dieu a voulu qu'il y eût entre ces contraires un combat perpétuel dans l'homme, afin que si l'âme qui est descendue du ciel remporte la victoire, elle soit immortelle et demeure toujours dans la région de la lumière, et que si au contraire elle est vaincue, elle demeure dans les ténèbres et dans la mort. L'effet de cette mort n'est pas de détruire l'essence de l'âme et de la réduire au néant ; ce n'est que de la châtier d'un châtiment qui n'aura point de fin. Nous appelons ce châtiment la seconde mort, qui est d'une éternelle durée aussi bien que l'âme. On définit la première mort de cette manière : la mort est la destruction de la nature des animaux, ou bien la mort est la séparation du corps et de l'âme. Voici comment on définit la seconde : la mort est la souffrance d'une douleur éternelle, ou bien la mort est la condamnation de l'âme à un supplice éternel et égal à ses crimes. Les bêtes ne sont pas sujettes à la seconde mort, parce que leurs âmes n'ont point été créées de Dieu, mais formées d'air et qu'elles finissent avec leurs corps. L'âme qui vient de Dieu et qui doit commander au corps tient la première place dans l'homme, qui est une image et un abrégé du monde ; et le corps qui vient du démon tient la dernière place, et parce qu'il est terrestre il doit être soumis à l'âme, comme la terre l'est au ciel : c'est en quelque sorte un vase où l'âme est renfermée comme une essence fort précieuse. Le devoir réciproque de ces deux parties, est que celle qui vient de Dieu et du ciel commande, et que celle qui vient du démon et de la terre obéisse. Cette vérité a été reconnue par Salluste lui-même, tout vicieux qu'il était. Voici ce qu'il en dit : « Toute notre force consiste dans l'esprit et dans le corps, l'esprit doit commander et le corps obéir. » Cela est fort bien dit, mais il devait vivre comme il a parlé. Cependant il s'est rendu l'esclave des plus sales voluptés et a démenti ses sentiments par le dérèglement de sa vie. Que si l'âme est un feu comme nous l'avons dit, elle doit tendre comme le feu vers le ciel et s'élever à l'immortalité. Mais comme le feu a besoin pour brûler et pour vivre d'une matière épaisse qui l'entretienne, ainsi l'âme pour vivre a besoin d'une nourriture qui est la justice. Quand Dieu eut fait l'homme de la manière que je l'ai décrit, il le plaça dans le paradis, c'est-à-dire dans un jardin très agréable et très fertile, assis en Orient et planté de toute espèce d'arbres dont les fruits devaient le nourrir et lui fournir une vie facile et sans autre soin que de servir Dieu. Dieu lui fit certains commandements, à condition que s'il les gardait il obtiendrait l'immortalité, et que s'il les violait il deviendrait sujet à la mort. Le principal commandement qu'il lui fit, fut de ne point manger du fruit d'un arbre qu'il avait planté au milieu du paradis, et auquel il avait attaché la connaissance du bien et du mal. Alors le calomniateur, animé par la jalousie qui lui donnait l'excellence de l'ouvrage de Dieu, employa tout ce qu'il avait de ruses et d'artifices pour tromper l'homme, et pour le priver de l'immortalité. Il persuada premièrement à la femme de goûter du fruit défendu, et se servit ensuite de la femme pour porter l'homme à violer le commandement. Dès que l'homme sut le bien et le mal, il eut honte de sa nudité, et tâcha de se cacher et de se dérober à la vue de Dieu, ce qu'il n'avait jamais fait jusque alors. Dieu le condamna à vivre de son travail, le chassa du paradis, entoura le paradis de feu de peur qu'il n'en approchât jusqu'à ce que Dieu juge la terre et jusqu'à ce qu'après avoir détruit la mort il rétablisse ses serviteurs dans ce lieu des saintes délices, comme l'Ecriture et la sibylle même le témoigne quand elle assure que ceux qui auront rendu à Dieu les honneurs et le culte qui lut sont dus, jouiront en récompense d'une vie éternelle dans un lieu délicieux. Mais comme cela n'arrivera qu'à la fin du monde, je n'en dois parler aussi qu'à la fin de mon ouvrage. Parlons maintenant de ce qui a précédé. L'homme est mort comme Dieu l'avait ordonné, et comme la sibylle le déclare quand elle rapporte la manière dont, après que l'homme eut été formé des mains de Dieu, il fut trompé par les ruses du serpent, et tomba dans la mort, au lieu d'arriver à la connaissance du bien et du mal. Ainsi la vie de l'homme devint limitée par le temps, quoique ce temps fût d'assez longue durée, et qu'il s'étendit jusqu'à mille ans. Ce fait dont l'Écriture fait mention est devenu si public que Varron, en ayant entendu parler, voulut rechercher la raison pour laquelle on a étendu jusqu'à mille ans la vie des premiers hommes, et dit que parmi les Égyptiens les mois tiennent lieu d'années. Mais son argument est évidemment faux ; car jamais personne n'a vécu plus de mille ans. Or ceux qui en vivent seulement cent, ce qui n'est pas rare, vivent douze cents mois. Mais parce que Varron ne savait ni le sujet pour lequel la vie des hommes fut accourcie, ni le temps auquel cela arriva, il l'a accourcie lui-même de la manière qui lui a paru la plus probable, sur ce qu'il savait que l'on peut vivre jusqu'à cent vingt ans qui valent quatorze cents mois.

CAPUT XIV. De Noe vini inventore: qui primi scientiam astrorum habuerint, ac de ortu falsarum religionum.

Deus autem postea, cum videret orbem terrae malitia et sceleribus oppletum, statuit humanum genus diluvio perdere: set tamen ad multitudinem reparandam delegit unum, quod, corruptis omnibus, singulare justitiae supererat exemplum. Hic cum sexcentorum esset annorum, fabricavit arcam, sicut praeceperat ei Deus, in qua ipse, cum conjuge, ac tribus filiis totidemque nuribus servatus est, cum aqua universos montes altissimos operuisset. Deinde orbe siccato, execratus injustitiam prioris saeculi Deus, ne rursus longitudo vitae causa esset excogitandorum malorum, paulatim per singulas progenies diminuit hominis aetatem, atque in centum et viginti annis metam collocavit, quam transgredi non liceret. Ille vero, cum egressus esset ex arca, ut sanctae litterae docent, terram studiose coluit, atque vineam sua manu sevit. Unde arguuntur qui auctorem vini Liberum putant. Ille enim non modo Liberum, sed etiam Saturnum, atque Uranum multis antecessit aetatibus. Qua ex vinea cum primum fructum cepisset, laetus factus, bibit usque ad ebrietatem, jacuitque nudus. Quod cum vidisset unus ex filiis, cui nomen fuit Cham, non texit patris nuditatem: sed egressus, etiam fratribus indicavit. At illi sumpto pallio, intraverunt aversis vultibus, patremque texerunt. Quae cum facta recognovisset pater, abdicavit atque expulit filium. At ille, profugus, in ejus terrae parte consedit, quae nunc Arabia nominatur; eaque terra de nomine ejus Chanaan dicta est, et posteri ejus Chananaei. Haec fuit prima gens, quae Deum ignoravit; quoniam princeps ejus et conditor cultum Dei a patre non accepit, maledictus ab eo: itaque ignorantiam divinitatis minoribus suis reliquit.

Ab hac gente, proximi quique populi, multitudine increscente, fluxerunt. Ipsius autem patris posteri, Hebraei dicti, penes quos religio Dei resedit. Sed et ab his postea, multiplicato in immensum numero, cum eos angustiae locorum suorum capere non possent, tum adolescentes vel missi a parentibus, vel sua sponte, cum rerum penuria cogeret, profugi, ad quaerendas sibi novas sedes, huc atque illuc dispersi, omnes insulas, et orbem totum replerunt; et a stirpe sanctae radicis avulsi, novos sibi mores, ac instituta pro arbitrio condiderunt. Sed omnium primi, qui Aegyptum occupaverunt, coelestia suspicere atque adorare coeperunt. Et quia neque domiciliis tegebantur propter aeris qualitatem, nec ullis in ea regione nubibus subtexitur coelum, cursus siderum, et defectus notaverunt, dum ea saepe venerantes, curiosius atque liberius intuerentur. Postea deinde potentificas animalium figuras, quas colerent, commenti sunt, quibusdam prodigiis inducti: quorum mox auctores aperiemus. Caeteri autem, qui per terram dispersi fuerunt, admirantes elementa mundi, coelum, solem, terram, male, sine ullis imaginibus ac templis venerabantur, et his sacrificia in aperto celebrabant; donec processu temporum, potentissimis regibus templa et simulacra fecerunt; eaque victimis et odoribus colere instituerunt; sic aberrantes a notitia dei gentes esse coeperunt. Errant igitur, qui deorum cultus ab exordio rerum fuisse contendunt, et priorem esse gentilitatem, quam Dei religionem: quam putant posterius inventam, quia fontem atque originem veritatis ignorant. Nunc ad principium mundi revertamur.

CAPUT XV. De inquinatione angelorum, et duobus generibus daemonum.

Cum ergo numerus hominum coepisset increscere, providens Deus ne fraudibus suis diabolus, cui ab initio terrae dederat potestatem, vel corrumperet homines, vel disperderet, quod in exordio fecerat, misit angelos ad tutelam cultumque generis humani: quibus quia liberum arbitrium erat datum, praecepit, ante omnia, ne, terrae contagione maculati, substantiae coelestis amitterent dignitatem. Scilicet id eos facere prohibuit, quod sciebat esse facturos, ut veniam sperare non possent. Itaque illos cum hominibus commo-rantes dominator ille terrae fallacissimus consuetudine ipsa paulatim ad vitia pellexit, et mulierum congressibus inquinavit. Tum in coelum ob peccata, quibus se immerserant, non recepti, ceciderunt in terram. Sic eos diabolus ex angelis Dei suos fecit satellites, ac ministros. Qui autem sunt ex his procreati, quia neque angeli, neque homines fuerunt, sed mediam quamdam naturam gerentes, non sunt ad inferos recepti, sicut in coelum parentes eorum. Ita duo genera daemonum facta sunt, unum coeleste, alterum terrenum. Hi sunt immundi spiritus, malorum, quae geruntur, auctores, quorum idem diabolus est princeps. Unde Trismegistus illum δαιμονιάρχεν vocat. Daemonas autem grammatici dictos aiunt, quasi δαήμονας, id est, peritos, ac rerum scios, hos enim putant deos esse. Sciunt illi quidem futura multa, sed non omnia, quippe quibus penitus consilium Dei scire non liceat: et ideo solent responsa in ambiguos exitus temperare. Eos poetae et sciunt esse daemonas, et loquuntur. Hesiodus ita tradit:

Quod idcirco dictum est, quoniam custodes eos humano generi Deus miserat: sed ipsi, cum sint perditores hominum, custodes tamen se videri volunt, ut ipsi colantur, et Deus non colatur. Philosophi quoque de his disserunt. Nam Plato etiam naturas eorum in Symposio exprimere conatus est. Et Socrates esse circa se assiduum daemona loquebatur, qui sibi puero adhaesisset, cujus arbitrio et nutu sua vita regeretur. Magorum quoque ars omnis ac potentia horum aspirationibus constat, a quibus invocati, visus hominum praestigiis obcaecantibus fallunt; ut non videant ea quae sunt, et videre se putent illa quae non sunt. Hi, ut dico, spiritus contaminati ac perditi per omnem terram vagantur, et solatium perditionis suae perdendis hominibus operantur. Itaque omnia insidiis, fraudibus, dolis, erroribus complent; adhaerent enim singulis hominibus, et omnes ostiatim domos occupant, ad sibi geniorum nomen assumunt: sic enim latino sermone daemonas interpretantur. Hos in suis penetralibus consecrant: his quotidie merum profundunt; et scientes, daemonas venerantur, quasi terrestre deos, et quasi depulsores malorum, quae ipsi faciunt et irrogant. Qui quoniam sunt spiritus tenues, et incomprehensibiles, insinuant se corporibus hominum, et occulte in visceribus operati, valetudinem vitiant, morbos citant, somniis animos terrent, mentes furoribus quatiunt, ut homines his malis cogant ad eorum auxilia decurrere.

CAPUT XVI. Daemones nihil posse in eos qui in fide solidati sunt.

Quarum omnium fallaciarum ratio expertibus veritatis obscura est. Prodesse enim eos putant, cum nocere desinunt, qui nihil aliud possunt quam nocere. Dicat fortasse aliquis, colendos esse ergo, ne noceant, siquidem possunt nocere. Nocent illi quidem, sed iis, a quibus timentur, quos manus Dei potens et excelsa non protegit, qui profani sunt a sacramento veritatis. Justos autem, id est cultores Dei, metuunt, cujus nomine adjurati de corporibus excedunt: quorum verbis, tanquam flagris verberati, non modo daemonas se esse confitentur, sed etiam nomina sua edunt, illa, quae in templis adorantur, et quod plerumque coram cultoribus suis faciunt; non utique in opprobrium religionis et honoris sui, quia nec Deo per quem adjurantur, nec justis, quorum voce torquentur, mentiri possunt. Itaque maximis, saepe ululatibus editis, verberari se et ardere, et jam jamque exire proclamant: tantum habet Dei cognitio ac justitia potestatis! Cui ergo nocere possunt, nisi iis, quos habent in sua potestate? Denique affirmat eos Hermes, qui cognoverint Deum, non tantum ab incursibus daemonum tutos esse, verum etiam ne fato quidem teneri. Miva inquit, φυλακὴ εὐσέβεια εὐσέβοῦς γὰρ ἀνθρώπον οὐ δαίμων κάκος, οὔτε εἰμαρμένη κρατεῖ. Θεὸς γὰρ ρύεται τὸν εὐσεβῆ ἐκ παντὸς κακοῦ τὸ γὰρ ἐν καὶ μόνον ἐν ἀνθρώποις ἐστὶν ἀγαθὸς εὐσέβεια. Quid sit autem εὐσέβεια, alio loco his verbis testatur, dicens:

Asclepius quoque auditor ejus, eamdem sententiam latius explicavit in illo sermone perfecto, quem scripsit ad regem. Uterque vero daemonas esse affirmat inimicos et vexatores hominum; quos ideo Trismegistus ἀγγέλους πονηροὺς appellat: adeo non ignoravit ex coelestibus depravatos, terrenos esse coepisse.

XIV. Lorsque Dieu vit que la terre était toute couverte de crimes, il se résolut d'exterminer le genre humain par le déluge; et néanmoins, pour le réparer, il choisit un homme qui dans la corruption générale avait conservé son innocence. Il s'appelait Noé. A l'âge de six cents ans il construisit sur le commandement de Dieu une arche où il fut préservé avec sa femme, ses trois fils et ses trois belles-filles de l'eau du déluge qui avait couvert le sommet des plus hautes montagnes. Lorsque cette eau fut dissipée et que la surface de la terre eut commencé à paraître et à se sécher, Dieu, en haine des crimes qui avaient attiré cet épouvantable châtiment, et de peur que la trop longue durée de la vie humaine ne servît qu'à en accroître la corruption, la raccourcit peu à peu, et la borna à l'espace de cent vingt ans. Lorsque Noé fut sorti de l'arche, il cultiva la terre et planta la vigne. Cela fait voir clairement la fausseté de l'opinion de ceux qui attribuent à Bacchus l'invention et la manière de faire le vin; car Noé a précédé de plusieurs siècles non seulement Bacchus, mais Saturne et Uranus. Aux premières vendanges qu'il fit, il but jusqu'à perdre l'usage de la raison, et s'endormit sans se couvrir. Un de ses fils nommé Cham l'ayant vu en cet état, au lieu de couvrir sa nudité, alla en avertir ses frères. Ils prirent un manteau, entrèrent au lieu où leur père dormait, et le couvrirent en tenant toujours le visage et les yeux tournés d'un autre côté. Quand Noé sut ce qui lui était arrivé, il maudit Cham et le chassa. Cham s'enfuit au pays que l'on appelle aujourd'hui Arabie et que l'on appelait autrefois de son nom terre de Canaan, comme on appelait ses descendants Cananéens. Ce furent les premiers peuples qui ne connurent point Dieu, parce que leur chef n'avait pas appris à le connaître et n'avait point été instruit par Noé son père, qui l'avait maudit et chassé. C'est d'eux que les peuples voisins sont descendus. Les descendants de Noé son père furent depuis appelés Hébreux. Ils furent dépositaires de la véritable religion. Lorsqu'ils se furent si fort multipliés que le pays où ils demeuraient ne pouvait plus les contenir, quantité de jeunes gens en allèrent chercher un autre, soit qu'ils eussent été envoyés par leurs parents ou qu'ils y eussent été contraints par la disette, et, s'étant répandus de côté et d'autre, ils peuplèrent les îles. Alors étant comme séparés de la racine d'où ils avaient tiré le sentiment de la véritable piété, ils se firent d'autres mœurs chacun selon son caprice. Les Égyptiens commencèrent les premiers à regarder le ciel et les astres, et à les adorer. Mais parce qu'ils n'avaient point encore de maisons et qu'ils jouissaient d'un air fort pur, et qui n'était couvert d'aucun nuage, ils considérèrent attentivement les astres et en observèrent le cours et les défaillances. Ils furent quelque temps après excités par des prodiges à adorer des animaux d'une figure monstrueuse. Ceux qui se dispersèrent en d'autres pays, admirèrent le ciel, le soleil et les éléments, les adorèrent et leur offrirent des sacrifices, bien qu'ils n'eussent fait encore ni temples ni images et qu'ils ne les aient inventés que dans la suite des temps, en l'honneur des plus puissants princes auxquels ils présentèrent de l'encens et immolèrent des victimes. Voilà comment ils s'éloignèrent de la connaissance du vrai Dieu et tombèrent dans l'aveuglement du paganisme. Ainsi ceux qui croient que l'idolâtrie est aussi ancienne que le monde et que notre religion est nouvelle sont dans une erreur manifeste.

XV. Dieu, ne voulant pas permettre que le démon, à qui dès le commencement il avait donné un grand pouvoir sur toute l'étendue de la terre, corrompît ou dissipât les hommes qui commençaient à se multiplier, envoya ses anges pour les garder, et leur recommanda sur toutes choses de ne rien perdre de la pureté de leur nature par le commerce qu'ils entretiendraient ici-bas. Il leur défendit de faire ce qu'il savait bien qu'ils feraient, et il le leur défendit afin que quand ils l'auraient fait, il ne leur restât aucune excuse. Le prince du monde qui a quantité de moyens de tromper, les engagea peu à peu dans le crime et les souilla par l'habitude criminelle qu'il leur fit contracter avec des femmes Ces péchés leur ayant fermé l'entrée du ciel, ils tombèrent sur la terre, et au lieu d'anges et d'envoyés de Dieu qu'ils avaient été, ils devinrent les ministres et les esclaves du démon ; les enfants qui descendirent d'eux ne furent ni de la nature des anges ni de celle des hommes, mais d'une nature qui tient le milieu entre ces deux là. Aussi furent-ils exclus de l'enfer comme leurs pères l'avaient été du ciel. Ainsi il y eut deux espèces de démons : savoir, les démons du ciel et ceux de la terre. Ces derniers sont des esprits impurs qui sont cause de tout le mal qui se commet et qui obéissent au diable comme à leur prince. C'est pour cela que Trismégiste l'appelle Démoniarque c'est-à-dire prince des démons. Les grammairiens enseignent que le nom de démon vient de daïmôn, qui signifie savant, et ils croient que les démons sont des dieux, lis savent quelque chose de l'avenir, mais ils ne savent pas tout, car ils n'entrent pas au conseil de Dieu. C'est pour cela qu'ils ne font que des réponses ambiguës. Les poètes les ont connus et ont parlé d'eux. Voici ce qu'en dit Hésiode :

« Les démons ont été créés par la volonté de Jupiter pour être les gardiens des hommes. »

Hésiode a parlé de la sorte parce que les démons avaient été chargés de garder les hommes, et parce qu'ils veulent que l'on croie qu'ils les gardent, bien qu'au lieu de les garder ils les corrompent et se fassent adorer par eux. Les philosophes ont parlé d'eux fort au long. Platon a lâché d'expliquer leur nature. Socrate disait que dès sa jeunesse il avait toujours eu auprès de lui un démon par le conseil duquel il s'était conduit dans les actions les plus importantes de sa vie. La puissance et les effets de la magie dépendent d'eux. Quand ils sont évoqués par les cérémonies de cet art, ils enchantent de telle sorte les hommes par leurs illusions, qu'ils ne voient plus ce qui est devant eux et qu'ils s'imaginent voir ce qui n'y est pas. Ces esprits impurs sont errants et vagabonds sur toute la terre, et n'ont rien qui les console de leur chute, que la malheureuse satisfaction de faire tomber les hommes dans le même précipice. C'est pour cela qu'ils usent de tant d'artifices et de tant de ruses ; qu'ils dressent tant de pièges et tant d'embûches. Il n'y a personne à qui ils ne s'attachent pour cet effet, ni de maison dont ils ne s'emparent sous le nom de génie, qui signifie en latin la même chose que démon. On les consacre dans les maisons, on répand chaque jour du vin devant eux, on les révère comme des esprits remplis de science, comme des dieux terrestres, comme des génies qui détournent et éloignent k mal de nous, bien qu'en effet ils l'attirent et le procurent. Comme ce sont des êtres subtils et impalpables, ils s'insinuent dans les entrailles, y altèrent la santé, y excitent des maladies, troublent le repos par des songes affreux, ébranlent l'esprit par de furieux mouvements, et épouvantent si fort les plus hardis qu'ils les contraignent d'implorer leur protection.

XVI. Ceux qui ne connaissent point la vérité ont peine à éviter ces tromperies; car ils croient qu'ils servent quand ils cessent de nuire, bien qu'ils n'aient aucun pouvoir, si ce n'est de nuire. Quelqu'un dira peut-être que, puisqu'ils ont le pouvoir de nuire, il faut les révérer de peur qu'ils ne nuisent ; mais ils ne nuisent qu'à ceux qui les craignent, qu'à ceux qui ne sont pas défendus par la main toute-puissante de Dieu, et qui n'ont point de part au secret de la vérité. Mais ils craignent si fort les gens de bien et les serviteurs de Dieu, qu'aussitôt qu'ils entendent prononcer leur nom, ils sortent du corps qu'ils possédaient, étant quelquefois pressés et comme battus, non à coups de bâton, mais par la voix de ces fidèles adorateurs du souverain maître de l'univers. Ils confessent qu'ils sont des démons, et déclarent les noms sous lesquels ils sont adorés dans les temples, et le déclarent à leur honte en présence de leurs adorateurs, parce qu'ils ne peuvent en imposer ni à Dieu, au nom duquel ils sont conjurés, ni aux personnes saintes qui les pressent et qui les tourmentent par la force de leur parole. Ils protestent quelquefois avec d'horribles hurlements qu'ils sentent qu'on les bat et qu'on les brûle, et qu'ils sont prêts à sortir des corps qu'ils possèdent. Voilà le pouvoir que la foi et la sainteté exercent sur ces esprits. A qui peuvent-ils donc nuire, si ce n'est à ceux qu'ils tiennent sous leur puissance? Trismégiste assure que ceux qui connaissent Dieu sont exempts des insultes des démons, et que de plus ils ne dépendent point de la destinée. « Toute la force. dit-il, et toute l'assurance de l'homme consistent dans la piété. Le démon ni la destinée ne peuvent rien sur les hommes pieux. Dieu les délivre de toute sorte de mal, et la piété est l'unique bien. » Expliquant en un autre lieu en quoi consiste la piété, il dit qu'elle consiste en la connaissance de Dieu. Asclépius, son disciple, a enseigné plus au long la même doctrine dans un discours dédié à un roi. Ils conviennent tous deux que les démons sont les ennemis qui tourmentent l'homme, et Trismégiste dit que c'est pour cela qu'ils ont été appelés les mauvais anges. Il paraît par là qu'il n'a pas ignoré qu'ils tiraient du ciel leur origine, et qu'ils ne sont devenus terrestres que par leurs crimes.

De CAPUT XVII. Astrologiam, aruspicinam et similes artes esse daemonum inventa.

Eorum inventa sunt astrologia, et aruspicina, et auguratio, et ipsa quae dicuntur oracula, et necromantia, et ars magica, et quiquid praeterea malorum exercent homines, vel palam, vel occulte. Quae omnia per se falsa sunt, ut Sibylla Erythraea testatur:

Επεὶ πλάνα πάντα τάδ' ἐστίν. Ἅπερ ἄφρονες ἀνδρες ἐρευνῶσι κατ' ἧμαρ.

Sed iidem ipsi auctores praesentia sua faciunt, ut vera esse credantur. Ita hominum credulitatem mentita divinitate deludunt, quod illis verum aperire non expedit. Hi sunt qui imagines, et simulacra fingere docuerunt; qui, ut hominum mentes a cultu veri Dei averterent, et fictos mortuorum regum vultus, et ornatos exquisita pulchritudine statui consecrarique fecerunt, et illorum sibi nomina, quasi personas aliquas, induerunt. Sed eos magi, et ii quos vere maleficos vulgus appellat, cum artes suas execrabiles exercent, veris suis nominibus cient, illis coelestibus, quae in litteris sanctis leguntur. Hi porro incesti ac vagi spiritus, ut turbent omnia, et errores humanis pectoribus offundant, serunt ac miscent falsa cum veris. Ipsi enim coelestes multos esse finxerunt, unumque omnium regem Jovem; eo quod multi sunt spiritus angelorum in coelo, et unus parens ac dominus omnium Deus: sed veritatem mentitis nominibus involutam ex oculis abstulerunt.

Nam Deus, ut principio docui, neque nomine, cum solus sit, eget; neque angeli, cum sint immortales, dici se deos aut patiuntur, aut volunt: quorum unum solumque officium est, servire nutibus Dei, nec omnino quidquam nisi jussu facere. Sic enim mundum regi a Deo dicimus, ut a rectore provinciam: cujus apparitores nemo socios esse in regenda provincia dixerit, quamvis illorum ministerio res geratur. Et hi tamen possunt aliquid praeter jussa rectoris, per ipsius ignorantiam, quae est conditionis humanae. Ille autem praeses mundi, et rector universi, qui scit omnia, cujus divinis oculis nihil septum est, solus habet rerum omnium cum filio potestatem; nec est in angelis quidquam, nisi parendi necessitas. Itaque nullum sibi honorem tribui volunt, quorum omnis honor in Deo est. Illi autem, qui desciverunt a Dei ministerio, quia sunt veritatis inimici, et praevaricatores Dei, nomen sibi et cultum deorum vindicare conantur; non quo ullum honorem desiderent (quis enim perditis honor est?), nec ut Deo noceant, cui noceri non potest: sed ut hominibus, quos nituntur a cultu et notitia verae majestatis avertere, ne immortalitatem adipisci possint, quam ipsi sua nequitia perdiderunt. Offundunt itaque tenebras, et veritatem caligine obducunt, ne dominum, ne patrem suum norint; et ut illiciant facile, in templis se occulunt, et sacrificiis omnibus praesto adsunt, eduntque saepe prodigia, quibus obstupefacti homines, fidem commodent simulacris divinitatis ac numinis. Inde est, quod ab augure lapis novacula incisus est; quod Juno Veiensis migrare se Romam velle respondit; quod Fortuna muliebris periculum denuntiavit; quod Claudiae manum navis secuta est; quod in sacrilegos et Juno nudata, et Locrensis Proserpina, et Ceres Milesia vindicavit; et Hercules de Appio, et Jupiter de Atinio, et Minerva de Caesare. Hinc, quod serpens urbem Romam pestilentia liberavit Epidauro accersitus. Nam illuc δαιμονιάρχης ipse in figura sua sine ulla dissimulatione perlatus est; siquidem legati ad eam rem missi, draconem secum mirae magnitudinis advexerunt.

In oraculis autem vel maxime fallunt, quorum praestigias profani a veritate intelligere non possunt: ideoque ab illis attribui putant, et imperia, et victorias, et opes, et eventus prosperos rerum; denique ipsorum nutu saepe rempublicam periculis imminentibus liberatam: quae pericula, et responsis denuntiaverunt, et sacrificiis placati averterunt. Sed omnia ista fallaciae sunt. Nam cum dispositiones Dei praesentiant, quippe qui ministri ejus fuerunt, interponunt se in his rebus, ut quaecumque a Deo vel facta sunt, vel fiunt, ipsi potissimum facere, aut fecisse videantur. Et quoties alicui populo vel urbi, secundum Dei statutum boni quid impendet, illi se id facturos vel prodigiis, vel somniis, vol oraculis pollicentur, si sibi templa, si honores, si sacrificia tribuantur: quibus datis, cum illud acciderit, quod necesse est, summam sibi pariunt venerationem. Hinc templa devoventur, et novae imagines consecrantur, mactantur greges hostiarum. Sed cum haec facta sunt, nihilominus tamen et vita, et salus eorum qui haec fecerint, immolantur. Quoties autem pericula impendent, ob aliquam ineptam et levem causam se profitentur iratos: sicut Juno Varroni, quod formosum puerum intensa Jovis ad excuvias tenendas collocarat; et ob hanc causam Romanum nomen apud Cannas pene deletum est. Quod si Juno alterum Ganymedem verebatur, cur juventus Romana luit poenas? Vel si dii tantummodo duces curant, caeteram multitudinem negligunt, cur Varro solus evasit, qui hoc fecit, et Paulus, qui nihil meruit, occisus est? Videlicet nil tunc Romanis accidit

cum Annibal duos exercitus populi Romani, et astu, et virtute confecit. Nam Juno audere non poterat, aut Carthaginem defendere, ubi arma ejus et currus fuit, aut Romanis nocere, quia

Sed illorum sunt isti lusus, qui sub nominibus mortuorum delitescentes, viventibus plagas tendunt. Itaque sive illud periculum, quod imminet vitari potest, videri volunt id placati avertisse; sive non potest, id agunt, ut propter illorum contemptum accidisse videatur. Ita sibi apud homines, qui eos nesciunt, auctoritatem, ac timorem pariunt. Hac versutia, et his artibus, notitiam veri ac singularis Dei apud omnes gentes inveteraverunt. Suis enim vitiis perditi, saeviunt, et grassantur, ut perdant. Idcirco etiam humanas hostias excogitaverunt ipsi hostes humani generis, ut quam multas devorarent animas.

CAPUT XVIII. De Dei patientia et ultione, daemonum cultu, et falsis religionibus.

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