Le Prince (page 8)
Maintenant que l’on connaît le défaut de l’une et de l’autre de ces deux infanteries, on peut en organiser une nouvelle qui sache résister à la cavalerie et ne point craindre d’autres fantassins. Il n’est pas nécessaire pour cela de créer un nouveau genre de troupe ; il suffit de trouver une nouvelle organisation, une nouvelle manière de combattre ; et c’est par de telles inventions qu’un prince nouveau acquiert de la réputation et parvient à s’agrandir.
Ne laissons donc point échapper l’occasion présente. Que l’Italie, après une si longue attente, voie enfin paraître son libérateur ! Je ne puis trouver de termes pour exprimer avec quel amour, avec quelle soif de vengeance, avec quelle fidélité inébranlable, avec quelle vénération et quelles larmes de joie il serait reçu dans toutes les provinces qui ont tant souffert de ces inondations d’étrangers ! Quelles portes pourraient rester fermées devant lui ? Quels peuples refuseraient de lui obéir ? Quelle jalousie s’opposerait à ses succès ? Quel Italien ne l’entourerait de ses respects ? Y a-t-il quelqu’un dont la domination des barbares ne fasse bondir le cœur ?
Que votre illustre maison prenne donc sur elle ce noble fardeau avec ce courage et cet espoir du succès qu’inspire une entreprise juste et légitime ; que, sous sa bannière, la commune patrie ressaisisse son ancienne splendeur, et que, sous ses auspices, ces vers de Pétrarque puissent enfin se vérifier !
« Virtù contra furore
Prenderà l’arme, e fia’l combatter corto ;
Che l’antico valore
Negl’italici cor non è ancor morto. »
Petrarca, Canz. XVI, V. 93-96
FIN DU PRINCE.