Le Jeu de l’amour et du hasard (page 2)
Ma foi, je n’étais pas venu dans ce dessein-là, je te l’avoue. Tout valet que je suis, je n’ai jamais eu de grande liaison avec les soubrettes ; je n’aime pas l’esprit domestique ; mais, à ton égard, c’est une autre affaire. Comment donc ! tu me soumets ; je suis presque timide ; ma familiarité n’oserait s’apprivoiser avec toi ; j’ai toujours envie d’ôter mon chapeau de dessus ma tête, et quand je te tutoie, il me semble que je jure ; enfin j’ai un penchant à te traiter avec des respects qui te feraient rire. Quelle espèce de suivante es-tu donc, avec ton air de princesse ?
Silvia.
Tiens, tout ce que tu dis avoir senti en me voyant, est précisément l’histoire de tous les valets qui m’ont vue.
Dorante.
Ma foi, je ne serais pas surpris quand ce serait aussi l’histoire de tous les maîtres.
Silvia.
Le trait est joli assurément ; mais je te le répète encore, je ne suis pas faite aux cajoleries de ceux dont la garde-robe ressemble à la tienne.
Dorante.
C’est-à-dire que ma parure ne te plaît pas ?
Silvia.
Non, Bourguignon ; laissons là l’amour, et soyons bons amis.
Dorante.
Rien que cela ? Ton petit traité n’est composé que de deux clauses impossibles.
Silvia, à part.
Quel homme pour un valet ! (Haut.) Il faut pourtant qu’il s’exécute ; on m’a prédit que je n’épouserais jamais qu’un homme de condition, et j’ai juré depuis de n’en écouter jamais d’autres.
Dorante.
Parbleu, cela est plaisant ; ce que tu as juré pour homme, je l’ai juré pour femme, moi ; j’ai fait serment de n’aimer sérieusement qu’une fille de condition.
Silvia.
Ne t’écarte donc pas de ton projet.
Dorante.
Je ne m’en écarte peut-être pas tant que nous le croyons ; tu as l’air bien distingué, et l’on est quelquefois fille de condition sans le savoir.
Silvia.
Ah ! ah ! ah ! je te remercierais de ton éloge, si ma mère n’en faisait pas les frais.
Dorante.
Eh bien venge-t’en sur la mienne, si tu me trouves assez bonne mine pour cela.
Silvia, à part.
Il le mériterait. (Haut.) Mais ce n’est pas là de quoi il est question ; trêve de badinage ; c’est un homme de condition qui m’est prédit pour époux, et je n’en rabattrai rien.
Dorante.
Parbleu ! si j’étais tel, la prédiction me menacerait ; j’aurais peur de la vérifier. Je n’ai point de foi à l’astrologie, mais j’en ai beaucoup à ton visage.
Silvia, à part.
Il ne tarit point… (Haut.) Finiras-tu ? que t’importe la prédiction, puisqu’elle t’exclut ?
Dorante.
Elle n’a pas prédit que je ne t’aimerais point.
Silvia.
Non, mais elle a dit que tu n’y gagnerais rien, et moi, je te le confirme.
Dorante.
Tu fais fort bien, Lisette, cette fierté-là te va à merveille, et quoiqu’elle me fasse mon procès, je suis pourtant bien aise de te la voir ; je te l’ai souhaitée d’abord que je t’ai vue ; il te fallait encore cette grâce-là, et je me console d’y perdre, parce que tu y gagnes.
Silvia, à part.
Mais, en vérité, voilà un garçon qui me surprend, malgré que j’en aie… (Haut.) Dis-moi, qui es-tu, toi qui me parles ainsi ?
Dorante.
Le fils d’honnêtes gens qui n’étaient pas riches.
Silvia.
Va, je te souhaite de bon cœur une meilleure situation que la tienne, et je voudrais contribuer ; la fortune a tort avec toi.
Dorante.
Ma foi, l’amour a plus de tort qu’elle ; j’aimerais mieux qu’il me fût permis de te demander ton cœur, que d’avoir tous les biens du monde.
Silvia, à part.
Nous voilà, grâce au ciel, en conversation réglée. (Haut.) Bourguignon, je ne saurais me fâcher des discours que tu me tiens ; mais, je t’en prie, changeons d’entretien. Venons à ton maître. Tu peux te passer de me parler d’amour, je pense ?
Dorante.
Tu pourrais bien te passer de m’en faire sentir, toi.
Silvia.
Ah ! je me fâcherai ; tu m’impatientes. Encore une fois, laisse là ton amour.
Dorante.
Quitte donc ta figure.
Silvia, à part.
À la fin, je crois qu’il m’amuse… (Haut.) Eh bien, Bourguignon, tu ne veux donc pas finir ? Faudra-t-il que je te quitte ? (À part.) Je devrais déjà l’avoir fait.
Dorante.
Attends, Lisette, je voulais moi-même te parler d’autre chose ; mais je ne sais plus ce que c’est.
Silvia.
J’avais de mon côté quelque chose à te dire ; mais tu m’as fait perdre mes idées aussi, à moi.
Dorante.
Je me rappelle de t’avoir demandé si ta maîtresse te valait.
Silvia.
Tu reviens à ton chemin par un détour ; adieu.
Dorante.
Eh ! non, te dis-je, Lisette ; il ne s’agit ici que de mon maître.
Silvia.
Eh bien, soit ! je voulais te parler de lui aussi, et j’espère que tu voudras bien me dire confidemment ce qu’il est. Ton attachement pour lui m’en donne bonne opinion ; il faut qu’il ait du mérite, puisque tu le sers.
Dorante.
Tu me permettras peut-être bien de te remercier de ce que tu me dis là, par exemple ?
Silvia.
Veux-tu bien ne prendre pas garde à l’imprudence que j’ai eue de le dire ?
Dorante.
Voilà encore de ces réponses qui m’emportent. Fais comme tu voudras, je n’y résiste point ; et je suis bien malheureux de me trouver arrêté par tout ce qu’il y a de plus aimable au monde.
Silvia.
Et moi, je voudrais bien savoir comment il se fait que j’ai la bonté de t’écouter ; car, assurément, cela est singulier.
Dorante.
Tu as raison, notre aventure est unique.
Silvia, à part.
Malgré tout ce qu’il m’a dit, je ne suis point partie, je ne pars point, me voilà encore, et je réponds ! En vérité, cela passe la raillerie. (Haut.) Adieu.
Dorante.
Achevons donc ce que nous voulions dire.
Silvia.
Adieu, te dis-je ; plus de quartiers. Quand ton maître sera venu, je tâcherai, en faveur de ma maîtresse, de le connaître par moi-même, s’il en vaut la peine. En attendant, tu vois cet appartement ; c’est le vôtre.
Dorante.
Tiens, voici mon maître.
Scène VIII
DORANTE, SILVIA, ARLEQUIN.
Arlequin.
Ah, te voilà, Bourguignon ! Mon porte-manteau et toi, avez-vous été bien reçus ?
Dorante.
Il n’était pas possible qu’on nous reçût mal, monsieur.
Arlequin.
Un domestique là-bas m’a dit d’entrer ici, et qu’on allait avertir mon beau-père qui était avec ma femme.
Silvia.
Vous voulez dire monsieur Orgon et sa fille, sans doute, monsieur !
Arlequin.
Eh ! oui, mon beau-père et ma femme, autant vaut. Je viens pour épouser, et ils m’attendent pour être mariés ; cela est convenu ; il ne manque plus que la cérémonie, qui est une bagatelle.
Silvia.
C’est une bagatelle qui vaut bien la peine qu’on y pense.
Arlequin.
Oui ; mais quand on y a pensé, on n’y pense plus.
Silvia, bas à Dorante.
Bourguignon, on est homme de mérite à bon marché chez vous, ce me semble.
Arlequin.
Que dites-vous là à mon valet, la belle ?
Silvia.
Rien ; je lui dis seulement que je vais faire descendre monsieur Orgon.
Arlequin.
Et pourquoi ne pas dire mon beau-père, comme moi ?
Silvia.
C’est qu’il ne l’est pas encore.
Dorante.
Elle a raison, monsieur ; le mariage n’est pas fait.
Arlequin.
Eh bien, me voilà pour le faire.
Dorante.
Attendez donc qu’il soit fait.
Arlequin.
Pardi ! voilà bien des façons pour un beau-père de la veille ou du lendemain.
Silvia.
En effet, quelle si grande différence y a-t-il entre être mariée ou ne l’être pas ? Oui, monsieur, nous avons tort, et je cours informer votre beau-père de votre arrivée.
Arlequin.
Et ma femme aussi, je vous prie. Mais avant que de partir, dites-moi une chose ; vous qui êtes si jolie, n’êtes-vous pas la soubrette de l’hôtel ?
Silvia.
Vous l’avez dit.
Arlequin.
C’est fort bien fait ; je m’en réjouis. Croyez-vous que je plaise ici ? Comment me trouvez-vous ?
Silvia.
Je vous trouve… plaisant.
Arlequin.
Bon, tant mieux ! entretenez-vous dans ce sentiment-là ; il pourra trouver sa place.
Silvia.
Vous êtes bien modeste de vous en contenter. Mais je vous quitte ; il faut qu’on ait oublié d’avertir votre beau-père, car assurément il serait venu, et je vais le chercher.
Arlequin.
Dites-lui que je l’attends avec affection.
Silvia, à part.
Que le sort est bizarre ! aucun de ces deux hommes n’est à sa place.
Scène IX
DORANTE, ARLEQUIN.
Arlequin.
Eh bien, monsieur, mon commencement va bien ; je plais déjà à la soubrette.
Dorante.
Butor que tu es !
Arlequin.
Pourquoi donc ? mon entrée a été si gentille !
Dorante.
Tu m’avais tant promis de laisser là tes façons de parler sottes et triviales ! je t’avais donné de si bonnes instructions ! Je ne t’avais recommandé que d’être sérieux. Va, je vois bien que je suis un étourdi de m’en être fié à toi.
Arlequin.
Je ferai encore mieux dans la suite ; et, puisque le sérieux n’est pas suffisant, je donnerai du mélancolique ; je pleurerai, s’il le faut.
Dorante.
Je ne sais plus où j’en suis ; cette aventure-ci m’étourdit. Que faut-il que je fasse ?
Arlequin.
Est-ce que la fille n’est pas plaisante ?
Dorante.
Tais-toi ; voici monsieur Orgon qui vient.
Scène X
MONSIEUR ORGON, DORANTE, ARLEQUIN.
Monsieur Orgon.
Mon cher monsieur, je vous demande mille pardons de vous avoir fait attendre ; mais ce n’est que de cet instant que j’apprends que vous êtes ici.
Arlequin.
Monsieur, mille pardons ! c’est beaucoup trop ; il n’en faut qu’un, quand on n’a fait qu’une faute. Au surplus tous mes pardons sont à votre service.
Monsieur Orgon.
Je tâcherai de n’en avoir pas besoin.
Arlequin.
Vous êtes le maître, et moi votre serviteur.
Monsieur Orgon.
Je suis, je vous assure, charmé de vous voir, et je vous attendais avec impatience.
Arlequin.
Je serais d’abord venu ici avec Bourguignon ; mais quand on arrive de voyage, vous savez qu’on est si mal bâti ! et j’étais bien aise de me présenter dans un état plus ragoûtant.
Monsieur Orgon.
Vous y avez fort bien réussi. Ma fille s’habille ; elle a été un peu indisposée ; en attendant qu’elle descende, voulez-vous vous rafraîchir ?
Arlequin.
Oh ! je n’ai jamais refusé de trinquer avec personne.
Monsieur Orgon.
Bourguignon, ayez soin de vous, mon garçon.
Arlequin.
Le gaillard est gourmet ; il boira du meilleur.
Monsieur Orgon.
Qu’il ne l’épargne pas.
ACTE II
Scène première
LISETTE, MONSIEUR ORGON.
Monsieur Orgon.
Eh bien, que me veux-tu Lisette ?
Lisette.
J’ai à vous entretenir un moment.
Monsieur Orgon.
De quoi s’agit-il ?
Lisette.
De vous dire l’état où sont les choses, parce qu’il est important que vous en soyez éclairci, afin que vous n’ayez point à vous plaindre de moi.
Monsieur Orgon.
Ceci est donc bien sérieux ?
Lisette.
Oui, très sérieux. Vous avez consenti au déguisement de Mlle Silvia ; moi-même je l’ai trouvé d’abord sans conséquence ; mais je me suis trompée.
Monsieur Orgon.
Et de quelle conséquence est-il donc ?
Lisette.
Monsieur, on a de la peine à se louer soi-même ; mais malgré toutes les règles de la modestie, il faut pourtant que je vous dise que, si vous ne mettez ordre à ce qui arrive, votre prétendu n’aura plus de cœur à donner à mademoiselle votre fille. Il est temps qu’elle se déclare, cela presse ; car, un jour plus tard, je n’en réponds plus.
Monsieur Orgon.
Eh ! d’où vient qu’il ne voudrait plus de ma fille, quand il la connaîtra, te défies-tu de ses charmes ?
Lisette.
Non ; mais vous ne vous méfiez pas assez des miens. Je vous avertis qu’ils vont leur train, et je ne vous conseille pas de les laisser faire.
Monsieur Orgon.
Je vous en fais mes compliments, Lisette. (Il rit.) Ah ! ah ! ah !
Lisette.
Nous y voilà ; vous plaisantez, monsieur ; vous vous moquez de moi ; j’en suis fâchée, car vous y serez pris.
Monsieur Orgon.
Ne t’en embarrasse pas, Lisette ; va ton chemin.
Lisette.
Je vous le répète encore, le cœur de Dorante va bien vite. Tenez, actuellement, je lui plais beaucoup ; ce soir, il m’aimera ; il m’adorera demain. Je ne le mérite pas, il est de mauvais goût, vous en direz ce qu’il vous plaira, mais cela ne laissera pas que d’être. Voyez-vous ? demain, je me garantis adorée.
Monsieur Orgon.
Eh bien, que vous importe ? S’il vous aime tant, qu’il vous épouse.
Lisette.
Quoi ! vous ne l’en empêcheriez pas ?
Monsieur Orgon.
Non, foi d’homme d’honneur, si tu le mènes jusque-là.
Lisette.
Monsieur, prenez-y garde. Jusqu’ici je n’ai pas aidé à mes appas, je les ai laissé faire tout seuls, j’ai ménagé sa tête : si je m’en mêle, je la renverse ; il n’y aura plus de remède.
Monsieur Orgon.
Renverse, ravage, brûle, enfin épouse ; je te le permets, si tu le peux.
Lisette.
Sur ce pied-là, je compte ma fortune faite.
Monsieur Orgon.
Mais dis-moi : ma fille t’a-t-elle parlé ? Que pense-t-elle de son prétendu ?
Lisette.
Nous n’avons encore guère trouvé le moment de nous parler, car ce prétendu m’obsède ; mais, à vue de pays, je ne la crois pas contente ; je la trouve triste, rêveuse, et je m’attends bien qu’elle me priera de le rebuter.
Monsieur Orgon.
Et moi, je te le défends. J’évite de m’expliquer avec elle : j’ai mes raisons pour faire durer ce déguisement ; je veux qu’elle examine son futur plus à loisir. Mais le valet, comment se gouverne-t-il ? ne se mêle-t-il pas d’aimer ma fille ?
Lisette.
C’est un original ; j’ai remarqué qu’il fait l’homme de conséquence avec elle, parce qu’il est bien tourné ; il la regarde et soupire.
Monsieur Orgon.
Et cela la fâche ?
Lisette.
Mais… elle rougit.
Monsieur Orgon.
Bon ! tu te trompes ; les regards d’un valet ne l’embarrassent pas jusque-là.
Lisette.
Monsieur, elle rougit.
Monsieur Orgon.
C’est donc d’indignation.
Lisette.
À la bonne heure !
Monsieur Orgon.
Eh bien, quand tu lui parleras, dis-lui que tu soupçonnes ce valet de la prévenir contre son maître, et si elle se fâche, ne t’en inquiète point : ce sont mes affaires. Mais voici Dorante, qui te cherche apparemment.
Scène II
LISETTE, ARLEQUIN, MONSIEUR ORGON.
Arlequin.
Ah, je vous trouve, merveilleuse dame ; je vous demandais à tout le monde. Serviteur, cher beau-père, ou peu s’en faut.
Monsieur Orgon.
Serviteur. Adieu, mes enfants ; je vous laisse ensemble ; il est bon que vous vous aimiez un peu avant de vous marier.
Arlequin.
Je ferais bien ces deux besognes-là à la fois, monsieur.
Monsieur Orgon.
Point d’impatience ; adieu.
Scène III
LISETTE, ARLEQUIN.
Arlequin.
Madame, il dit que je ne m’impatiente pas ; il en parle bien à son aise, le bonhomme !
Lisette.
J’ai de la peine à croire qu’il vous en coûte tant d’attendre, monsieur ; c’est par galanterie que vous faites l’impatient ; à peine êtes-vous arrivé ! Votre amour ne saurait être bien fort ; ce n’est tout au plus qu’un amour naissant.
Arlequin.
Vous vous trompez, prodige de nos jours ; un amour de votre façon ne reste pas longtemps au berceau ; votre premier coup d’œil a fait naître le mien, le second lui a donné des forces et le troisième l’a rendu grand garçon ; tâchons de l’établir au plus vite ; ayez soin de lui, puisque vous êtes sa mère.
Lisette.
Trouvez-vous qu’on le maltraite ? Est-il si abandonné ?
Arlequin.
En attendant qu’il soit pourvu, donnez-lui seulement votre belle main blanche, pour l’amuser un peu.
Lisette.
Tenez donc, petit importun, puisqu’on ne saurait avoir la paix qu’en vous amusant.
Arlequin, en lui baisant la main.
Cher joujou de mon âme ! cela me réjouit comme du vin délicieux. Quel dommage de n’en avoir que roquille !
Lisette.
Allons, arrêtez-vous ; vous êtes trop avide.
Arlequin.
Je ne demande qu’à me soutenir, en attendant que je vive.
Lisette.
Ne faut-il pas avoir de la raison ?
Arlequin.
De la raison ! hélas, je l’ai perdue ; vos beaux yeux sont les filous qui me l’ont volée.
Lisette.
Mais est-il possible, que vous m’aimiez tant ? je ne saurais me le persuader.
Arlequin.
Je ne me soucie pas de ce qui est possible, moi ; mais je vous aime comme un perdu, et vous verrez bien dans votre miroir que cela est juste.
Lisette.
Mon miroir ne servirait qu’à me rendre plus incrédule.
Arlequin.
Ah ! mignonne, adorable ! votre humilité ne serait donc qu’une hypocrite !
Lisette.
Quelqu’un vient à nous ; c’est votre valet.
Scène IV
DORANTE, ARLEQUIN, LISETTE.
Dorante.
Monsieur, pourrais-je vous entretenir un moment ?
Arlequin.
Non ; maudite soit la valetaille qui ne saurait nous laisser en repos !
Lisette.
Voyez ce qu’il nous veut, monsieur.
Dorante.
Je n’ai qu’un mot à vous dire.
Arlequin.
Madame, s’il en dit deux, son congé sera le troisième. Voyons.
Dorante, bas à Arlequin.
Viens donc, impertinent.
Arlequin, bas à Dorante.
Ce sont des injures, et non pas des mots, cela… (à Lisette.) Ma reine, excusez.
Lisette.
Faites, faites.
Dorante, bas.
Débarrasse-moi de tout ceci ; ne te livre point ; parais sérieux et rêveur, et même mécontent ; entends-tu ?
Arlequin.
Oui, mon ami ; ne vous inquiétez pas, et retirez-vous.
Scène V
ARLEQUIN, LISETTE.
Arlequin.
Ah ! madame, sans lui j’allais vous dire de belles choses, et je n’en trouverai plus que de communes à cette heure, hormis mon amour qui est extraordinaire. Mais à propos de mon amour, quand est-ce que le vôtre lui tiendra compagnie ?
Lisette.