Manifeste du parti communiste (page 2)
La voyoucratie des grandes villes, cette putréfaction passive, cette lie des plus basses couches de la société, est çà et là entraîné dans le mouvement par une révolution prolétarienne ; cependant, ses conditions de vie la prédisposeront plutôt à se vendre à la réaction.
Les conditions d’existence de la vieille société sont déjà détruites dans les conditions d’existence du Prolétariat. Le prolétaire est sans propriété ; ses relations de famille n’ont rien de commun avec celles de la famille bourgeoise. Le travail industriel moderne, qui implique l’asservissement de l’ouvrier par le capital, aussi bien en France qu’en Angleterre, qu’en Amérique, qu’en Allemagne, a dépouillé le Prolétaire de tout caractère national. Les lois, la morale, la religion sont pour lui autant de préjugés bourgeois, derrière lesquels se cachent autant d’intérêts bourgeois.
Toutes les classes précédentes qui avaient conquis le pouvoir ont essayé de consolider leur situation acquise en soumettant la société à leur propre mode d’appropriation. Les Prolétaires ne peuvent s’emparer des forces productives sociales qu’en abolissant leur propre mode d’appropriation et par suite le mode d’appropriation en vigueur jusqu’à nos jours. Les Prolétaires n’ont rien à eux à assurer ; ils ont, au contraire, à détruire toute garantie privée, toute sécurité privée existantes.
Tous les mouvements historiques ont été, jusqu’ici, des mouvements de minorités au profit de minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l’immense majorité au profit de l’immense majorité. Le Prolétariat, la dernière couche de la société actuelle, ne peut se redresser sans faire sauter toutes les couches superposées qui constituent la société officielle.
La lutte du Prolétariat contre la Bourgeoisie, bien qu’elle ne soit pas au fond une lutte nationale, en revêt cependant, tout d’abord, la forme. Il va sans dire que le Prolétariat de chaque pays doit en finir, avant tout, avec sa propre Bourgeoisie.
En esquissant à grands traits les phases du développement prolétarien, nous avons décrit l’histoire de la guerre civile, plus ou moins occulte, qui travaille la société jusqu’à l’heure où cette guerre éclate en une révolution ouverte, et où le Prolétariat établit les bases de sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie.
Toutes les sociétés antérieures, nous l’avons vu, ont reposé sur l’antagonisme de la classe oppressive et de la classe opprimée. Mais pour opprimer une classe il faut, au moins, pouvoir lui garantir les conditions d’existence qui lui permettent de vivre en esclave. Le serf, en pleine féodalité, parvenait à se faire membre de la Commune ; le bourgeois embryonnaire du moyen âge atteignait la position de bourgeois, sous le joug de l’absolutisme féodal. L’ouvrier moderne, au contraire, loin de s’élever avec le progrès de l’industrie, descend toujours plus bas, au-dessous même du niveau des conditions de sa propre classe. Le travailleur tombe dans le paupérisme, et le paupérisme s’accroît plus rapidement encore que la population et la richesse. Il est donc manifeste que la Bourgeoisie est incapable de remplir le rôle de classe régnante et d’imposer à la société comme loi suprême les conditions d’existence de sa classe. Elle ne peut plus régner, parce qu’elle ne peut plus assurer l’existence à son esclave, même dans les conditions de son esclavage ; parce qu’elle est obligée de le laisser tomber dans une situation telle, qu’elle doit le nourrir au lieu de s’en faire nourrir. La société ne peut plus exister sous sa domination, ce qui revient à dire que son existence est désormais incompatible avec celle de la société.
La condition essentielle d’existence et de suprématie pour la classe bourgeoise est l’accumulation de la richesse dans des mains privées, la formation et l’accroissement du capital ; la condition du capital est le salariat. Le salariat repose exclusivement sur la concurrence des ouvriers entre eux. Le progrès de l’industrie, dont la Bourgeoisie est l’agent passif et inconscient, remplace l’isolement des ouvriers par leur union révolutionnaire au moyen de l’association. Le développement de la grande industrie sape sous les pieds de la bourgeoisie le terrain même sur lequel elle a établi son système de production et d’appropriation.
La Bourgeoisie produit avant tout ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du Prolétariat sont également inévitables.
II
prolétaires et communistes
Quelle est la position des communistes vis-à-vis des prolétaires pris en masse ?
Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers.
Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent du prolétariat en général.
Ils ne proclament pas de principes sectaires sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier.
Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points :
1o Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts communs du Prolétariat ;
2o Dans les différentes phases évolutives de la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours et partout les intérêts du mouvement général.
Pratiquement, les communistes sont donc la section la plus résolue, la plus avancée de chaque pays, la section qui anime toutes les autres ; théoriquement ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence nette des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien.
Le but immédiat des communistes est le même que celui de toutes les fractions du Prolétariat : organisation des prolétaires en parti de classe, destruction de la suprématie bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le Prolétariat.
Les propositions théoriques des communistes ne reposent nullement sur des idées et des principes inventés ou découverts par tel ou tel réformateur du monde.
Elles ne sont que l’expression, en termes généraux, des conditions réelles d’une lutte de classe existante, d’un mouvement historique évoluant sous nos yeux. L’abolition des rapports de propriété qui ont existé jusqu’ici n’est pas le caractère distinctif du communisme.
La propriété a subi de constants changements, de continuelles transformations historiques.
La Révolution française, par exemple, abolit la propriété féodale en faveur de la propriété bourgeoise.
Le caractère distinctif du communisme n’est pas l’abolition de la propriété en général, mais l’abolition de la propriété bourgeoise.
Or, la propriété privée, la propriété bourgeoise moderne, est la dernière et la plus parfaite expression du mode de production et d’appropriation basé sur les antagonismes de classes, sur l’exploitation des uns par les autres.
En ce sens, les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette proposition unique : abolition de la propriété privée.
On nous a reproché, à nous autres communistes, de vouloir abolir la propriété personnelle, péniblement acquise par le travail, propriété que l’on déclare être la base de toute liberté, de toute activité, de toute indépendance individuelle.
La propriété personnelle, fruit du travail d’un homme ! Veut-on parler de la propriété du petit bourgeois, du petit paysan, forme de propriété antérieure à la propriété bourgeoise ? Nous n’avons que faire de l’abolir, le progrès de l’industrie l’a abolie, ou est en train de l’abolir. Ou bien veut-on parler de la propriété privée, de la propriété bourgeoise moderne ?
Est-ce que le travail salarié crée de la propriété pour le prolétaire ? Nullement. Il crée le capital, c’est-à-dire la propriété qui exploite le travail salarié, et qui ne peut s’accroître qu’à la condition de produire du nouveau travail salarié afin de l’exploiter de nouveau. Dans sa forme présente la propriété se meut entre ces deux termes antinomiques : capital et travail. Examinons les deux côtés de cet antagonisme.
Être capitaliste signifie occuper non seulement une position personnelle, mais encore une position sociale dans le système de la production. Le capital est un produit collectif ; il ne peut être mis en mouvement que par les efforts combinés de beaucoup de membres de la société, et même, en dernière instance, que par les efforts combinés de tous les membres de la société.
Le capital n’est donc pas une force personnelle ; il est une force sociale.
Dès lors, quand le capital est transformé en propriété commune, appartenant à tous les membres de la société, ce n’est pas là une propriété personnelle transformée en propriété sociale. Il n’y a que le caractère social de la propriété qui soit transformé. Elle perd son caractère de propriété de classe.
Arrivons au travail salarié.
Le prix moyen du travail salarié est le minimum du salaire, c’est-à-dire la somme des moyens d’existence dont l’ouvrier a besoin pour vivre en ouvrier. Par conséquent, ce que l’ouvrier s’approprie par son activité est tout juste ce qui lui est nécessaire pour entretenir une maigre existence, et pour se reproduire.
Nous ne voulons en aucune façon abolir cette appropriation personnelle des produits du travail, indispensable à l’entretien et à la reproduction de la vie humaine, cette appropriation ne laissant aucun profit net qui donne du pouvoir sur le travail d’autrui. Ce que nous voulons, c’est supprimer ce triste mode d’appropriation qui fait que l’ouvrier ne vit que pour accroître le capital et ne vit que juste autant que l’exigent les intérêts de la classe régnante.
Dans la société bourgeoise, le travail vivant n’est qu’un moyen d’accroître le travail accumulé. Dans la société communiste, le travail accumulé n’est qu’un moyen d’élargir, d’enrichir, et d’embellir l’existence.
Dans la société bourgeoise, le passé domine le présent ; dans la société communiste c’est le présent qui domine le passé. Dans la société bourgeoise, le capital est indépendant et personnel, tandis que l’individu agissant est dépendant et privé de personnalité.
C’est l’abolition d’un pareil état de choses que la bourgeoisie flétrit comme l’abolition de l’individualité et de la liberté. Et avec juste raison. Car il s’agit effectivement de l’abolition de l’individualité, de l’indépendance et de la liberté bourgeoises.
Par liberté, dans les conditions actuelles de la production bourgeoise, on entend la liberté du commerce, du libre-échange.
Mais avec le trafic, le trafic libre disparaît aussi. Au reste, tous les grands mots sur le libre-échange, de même que toutes les forfanteries libérales de nos bourgeois n’ont un sens que par contraste au commerce entravé, au bourgeois asservi du moyen âge ; ils n’en ont aucun lorsqu’il s’agit de l’abolition, par les communistes, du trafic, des rapports de la production bourgeoise et de la bourgeoisie elle-même.
Vous êtes saisi d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais dans votre société la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C’est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes qu’elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de la propriété qui ne peut se constituer qu’à la condition de priver l’immense majorité de la société de toute propriété.
En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. À la vérité, c’est bien là notre intention.
Dès que le travail ne peut plus être converti en capital, en argent, en propriété foncière, bref, en pouvoir social, capable d’être monopolisé, c’est-à-dire dès que la propriété individuelle ne peut plus se transformer en société bourgeoise, vous déclarez que l’individualité est supprimée.
Vous avouez donc que lorsque vous parlez de l’individu, vous n’entendez parler que du bourgeois. Et cet individu-là, sans contredit, doit être supprimé.
Le communisme n’enlève à personne le pouvoir de s’approprier sa part des produits sociaux, il n’ôte que le pouvoir d’assujettir, à l’aide de cette appropriation, le travail d’autrui.
On a objecté encore qu’avec l’abolition de la propriété privée toute activité cesserait, qu’une paresse générale s’emparerait du monde.
Si cela était, il y a beau jour que la société bourgeoise aurait succombé à la fainéantise, puisque ceux qui y travaillent ne gagnent pas et que ceux qui y gagnent ne travaillent pas.
Toute l’objection se réduit à cette tautologie, qu’il n’y a plus de travail salarié là où il n’y a plus de capital.
Les accusations portées contre le mode communiste de production et d’appropriation des produits matériels ont été également portées contre la production et l’appropriation intellectuelles. De même que pour le bourgeois la disparition de la propriété de classe équivaut à la disparition de toute production, de même la disparition de la culture intellectuelle de classe signifie, pour lui, la disparition de toute culture intellectuelle.
La culture, dont il déplore la perte, n’est pour l’immense majorité, que le façonnement à devenir machine.
Mais ne nous querellez pas tant que vous appliquerez à l’abolition de la propriété bourgeoise l’étalon de vos notions bourgeoises de liberté, de culture, de droit, etc. Vos idées sont elles-mêmes les produits des rapports de la production et de la propriété bourgeoises, comme votre droit n’est que la volonté de votre classe érigée en loi, volonté dont le contenu est déterminé par les conditions matérielles d’existence de votre classe.
La conception intéressée qui vous fait ériger en lois éternelles de la nature et de la raison les rapports sociaux qui naissent de votre mode de production — rapports sociaux transitoires, qui surgissent et disparaissent au cours de la production — cette conception vous la partagez avec toutes les classes jadis régnantes et disparues aujourd’hui. Ce que vous concevez pour la propriété antique, ce que vous comprenez pour la propriété féodale, il vous est défendu de l’admettre pour la propriété bourgeoise.
Vouloir abolir la famille ! Jusqu’aux plus radicaux qui s’indignent de cet infâme dessein des communistes.
Sur quelle base repose la famille bourgeoise de notre époque ? Sur le capital, le gain individuel. La famille, à l’état complet, n’existe que pour la bourgeoisie ; mais elle trouve son complément dans la suppression forcée de toute famille pour le prolétaire, et dans la prostitution publique.
La famille bourgeoise s’évanouit naturellement avec l’évanouissement de son complément nécessaire, et l’un et l’autre disparaissent avec la disparition du capital.
Nous reprochez-vous de vouloir abolir l’exploitation des enfants par leurs parents ? Nous avouons le crime.
Mais nous brisons, dites-vous, les liens les plus sacrés, en substituant à l’éducation de famille, l’éducation sociale.
Et votre éducation à vous, n’est-elle pas, elle aussi, déterminée par la société ? Par les conditions sociales dans lesquelles vous élevez vos enfants, par l’intervention directe ou indirecte de la société à l’aide des écoles, etc. ? Les communistes n’inventent pas cette ingérence de la société dans l’éducation, ils ne cherchent qu’à en changer le caractère et à arracher l’éducation à l’influence de la classe régnante.
Les déclamations bourgeoises sur la famille et l’éducation, sur les doux liens qui unissent l’enfant à ses parents, deviennent de plus en plus écœurantes à mesure que la grande industrie détruit tout lien de famille pour le prolétaire et transforme les enfants en simples articles de commerce, en simples instruments de travail.
Mais de la bourgeoisie tout entière s’élève une clameur : vous autres communistes, vous voulez introduire la communauté des femmes !
Pour le bourgeois sa femme n’est rien qu’un instrument de production. Il entend dire que les instruments de production doivent être mis en commun et il conclut naturellement qu’il y aura communauté des femmes.
Il ne soupçonne pas qu’il s’agit précisément d’assigner à la femme un autre rôle que celui de simple instrument de production.
Rien de plus grotesque, d’ailleurs, que l’horreur ultra-morale qu’inspire à nos bourgeois la prétendue communauté officielle des femmes chez les communistes. Les communistes n’ont pas besoin d’introduire la communauté des femmes. Elle a presque toujours existé.
Nos bourgeois, non contents d’avoir à leur disposition les femmes et les filles de leurs prolétaires, sans parler de la prostitution officielle, trouvent un plaisir singulier à se cocufier mutuellement.
Le mariage bourgeois est, en réalité, la communauté des femmes mariées. Tout au plus pourrait-on accuser les communistes de vouloir mettre à la place d’une communauté de femmes hypocrite et dissimulée, une autre qui serait franche et officielle. Il est évident, du reste, qu’avec l’abolition des rapports de production actuels, la communauté des femmes qui en dérive, c’est-à-dire la prostitution officielle et non officielle, disparaîtra.
En outre, on accuse les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité.
Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu’ils n’ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit, en premier lieu, conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe maîtresse de la nation, il est par là encore national lui-même, quoique nullement dans le sens bourgeois.
Déjà les démarcations et les antagonismes nationaux des peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce et le marché mondial, avec l’uniformité de la production industrielle et les conditions d’existence qui y correspondent.
L’avènement du prolétariat les fera disparaître plus vite encore. L’action commune des différents prolétariats, dans les pays civilisés, tout au moins, est une des premières conditions de leur émancipation.
Abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme, et vous abolissez l’exploitation d’une nation par une autre nation.
Lorsque l’antagonisme des classes, à l’intérieur des nations, aura disparu, l’hostilité de nation à nation disparaîtra.
Quant aux accusations portées contre les communistes, au nom de la religion, de la philosophie et de l’idéologie en général, elles ne méritent pas un examen approfondi.
Est-il besoin d’un esprit bien profond pour comprendre que les vues, les notions et les conceptions, en un mot, que la conscience de l’homme change avec tout changement survenu dans ses relations sociales, dans son existence sociale ?
Que démontre l’histoire de la pensée si ce n’est que la production intellectuelle se transforme avec la production matérielle ? Les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante.
Lorsqu’on parle d’idées qui révolutionnent une société tout entière, on annonce seulement le fait que dans le sein de la vieille société les éléments d’une nouvelle société se sont formés et que la dissolution des vieilles idées marche de pair avec la dissolution des anciennes relations sociales.
Quand l’ancien monde était à son déclin, les vieilles religions furent vaincues par la religion chrétienne ; quand au xviiie siècle, les idées chrétiennes cédèrent la place aux idées philosophiques, la société féodale livrait sa dernière bataille à la bourgeoisie, alors révolutionnaire. Les idées de liberté religieuse et de liberté de conscience ne firent que proclamer le règne de la libre concurrence dans le domaine de la connaissance.
« Sans doute, dira-t-on, les idées religieuses, morales, philosophiques, politiques et juridiques se sont modifiées dans le cours du développement historique. Mais la religion, la morale, la philosophie se maintenaient toujours à travers ces transformations.
« Il y a de plus des vérités éternelles, telles que la liberté, la justice, etc., qui sont communes à toutes les conditions sociales. Or, le communisme abolit les vérités éternelles, il abolit la religion et la morale au lieu de les constituer sur une nouvelle base, ce qui est contradictoire à tout le développement historique antérieur. »
À quoi se réduit cette objection ? L’histoire de toute société se résume dans le développement des antagonismes des classes, antagonismes qui ont revêtu des formes différentes aux différentes époques.