Le Bourgeois gentilhomme (page 7)
Zuinglista ?
LES TURCS.
Ioc.
LE MUPHTI.
Coffita ?
LES TURCS.
Ioc.
LE MUPHTI.
Hussita ? Morista ? Fronista ?
LES TURCS.
Ioc, ioc, ioc.
LE MUPHTI.
Ioc, ioc, ioc. Star pagana ?
LES TURCS.
Ioc.
LES MUPHTI.
Luterana ?
LES TURCS.
Ioc.
LE MUPHTI.
Puritana ?
LES TURCS.
Ioc.
LE MUPHTI.
Bramina ? Moffina ? Zurina ?
LES TURCS.
Ioc, ioc, ioc.
LE MUPHTI.
Ioc, ioc, ioc. Mahametana ? Mahametana ?
LES TURCS.
Hi Valla. Hi Valla.
LE MUPHTI.
Como chamara ? Como chamara ?
LES TURCS.
Giourdina, Giourdina.
LE MUPHTI, sautant.
Giourdina, Giourdina.
LES TURCS.
Giourdina, Giourdina.
LE MUPHTI.
Mahameta, per Giourdina,
Mi pregar sera e matina.
Voler far un paladina
De Giourdina, de Giourdina,
Dar turbanta, e dar scarrina,
Con galera, e brigantina,
Per deffender Palestina.
Mahameta, per Giourdina,
Mi pregar sera e matina.
(Aux Turcs.)
Star bon Turca Giourdina ?
LES TURCS.
Hi Valla. Hi Yalla.
LE MUPHTI, chantant et dansant.
Ha la ba, ba la chou, ba la ba, ba la da.
LES TURCS.
Ha la ba, ba la chou, ba la ba, ba la da.
Scène XII.
TURCS, chantants et dansants.
DEUXIÈME ENTRÉE DE BALLET.
Scène XIII.
LE MUPHTI, DERVIS, MONSIEUR JOURDAIN, TURCS chantants et dansants.
Le muphti revient coiffé avec son turban de cérémonie, qui est d’une grosseur démesurée, et garni de bougies allumées à quatre ou cinq rangs ; il est accompagné de deux dervis qui portent l’Alcoran, et qui ont des bonnets pointus, garnis aussi de bougies allumées.
Les deux autres dervis amènent monsieur Jourdain, et le font mettre à genoux, les mains parterre, de façon que son dos, sur lequel est mis l’Alcoran, sert de pupitre au muphti, qui fait une seconde invocation burlesque, fronçant le sourcil, frappant de temps en temps sur l’Alcoran, et tournant les feuillets avec précipitation ; après quoi, en levant les bras au ciel, le muphti crie à haute voix ; Hou.
Pendant cette seconde invocation, les Turcs assistants, s’inclinant et se relevant alternativement, chantent aussi Hou, hou, hou.
MONSIEUR JOURDAIN, après qu’on lui a ôté l’Alcoran de dessus le dos.
Ouf.
LE MUPHTI, à monsieur Jourdain.
Ti non star furba ?
LES TURCS.
No, no, no.
LE MUPHTI.
Non star forfanta ?
LES TURCS.
No, no, no.
LE MUFTI, aux Turcs.
Donar turbanta.
LES TURCS.
Ti non star furba ?
No, no, no. Non star forfanta ? No, no, no. Donar turbanta.
TROISIÈME ENTREE DE BALLET.
Les Turcs dansants mettent le turban sur la tête de mosieur Jourdain au son des instruments.
LE MUPHTI, donnant le sabre à monsieur Jourdain.
Ti star nobile, non star fabbola.
Pigliar schiabbola. LES TURCS, mettant le sabre à la main.
Ti star nobile, non star fabbola
Pigliar schiabbola. QUATRIÈME ENTRÉE DE BALLET.
Les Turcs dansants donnent en cadence plusieurs coups de sabre à monsieur Jourdain.
LE MUPHTI.
Dara, dara Bastonnara. Dara, dara Bastonnara.
CINQUIÈME ENTRÉE DE BALLET.
Les Turcs dansants donnent à monsieur Jourdain des coups de bâton en cadence. LE MUPHTI.
Non tener honta, Questa star l’ultima affronta.
LES TURCS.
Non tener honta, Questa star l’ultima affronta. Le muphti commence une troisième invocation. Les dervis le soutiennent par-dessous les bras avec respect ; après quoi les Turcs chantants et dansants, sautant autour du muphti, se retirent avec lui et emmènent monsieur Jourdain.
fin du quatrième acte.
ACTE CINQUIÈME.
Scène I.
MADAME JOURDAIN, MONSIEUR JOURDAIN.
MADAME JOURDAIN.
Ah ! mon Dieu, miséricorde ! Qu’est-ce que c’est donc que cela ? Quelle figure ! Est-ce un momon que vous allez porter, et est-il temps d’aller en masque ? Parlez donc, qu’est-ce que c’est que ceci ? Qui vous a fagoté comme cela ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Voyez l’impertinente, de parler de la sorte à un mamamouchi !
MADAME JOURDAIN.
Comment donc ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Oui, il me faut porter du respect maintenant, et l’on vient de me faire mamamouchi.
MADAME JOURDAIN.
Que voulez-vous dire avec votre mamamouchi ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Mamamouchi, vous dis-je. Je suis mamamouchi.
MADAME JOURDAIN.
Quelle bête est-ce là ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Mamamouchi, c’est-à-dire, en notre langue, paladin.
MADAME JOURDAIN.
Baladin ! Etes-vous en âge de danser des ballets ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Quelle ignorante ! Je dis paladin : c’est une dignité dont on vient de me faire la cérémonie.
MADAME JOURDAIN.
Quelle cérémonie donc ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Mahameta per Jordina.
MADAME JOURDAIN.
Qu’est-ce que cela veut dire ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Jordina, c’est-à-dire Jourdain.
MADAME JOURDAIN.
Hé bien ? quoi, Jourdain ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Voler far un paladina de Jordina.
MADAME JOURDAIN.
Comment ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Dar turbanta con galera.
MADAME JOURDAIN.
Qu’est-ce à dire, cela ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Per deffender Palestina.
MADAME JOURDAIN.
Que voulez-vous donc dire ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Dara, dara bastonnara.
MADAME JOURDAIN.
Qu’est-ce donc que ce jargon-là ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Non tener honta, questa star l’ultima affronta.
MADAME JOURDAIN.
Qu’est-ce que c’est donc que tout cela ?
MONSIEUR JOURDAIN, chantant et dansant.
Hou la ba, ba la chou, ba la ba, ba la da.
(Il tombe par terre.)
MADAME JOURDAIN.
Hélas ! mon Dieu ! mon mari est devenu fou !
MONSIEUR JOURDAIN, se relevant et s’en allant.
Paix, insolente. Portez respect à monsieur le mamamouchi.
MADAME JOURDAIN, seule.
Où est-ce donc qu’il a perdu l’esprit ? Courons l’empêcher de sortir. (Apercevant Dorimène et Dorante.) Ah ! ah ! voici justement le reste de notre écu. Je ne vois que chagrin de tous côtés.
Scène II.
DORANTE, DORIMÈNE.
DORANTE.
Oui, madame, vous verrez la plus plaisante chose qu’on puisse voir ; et je ne crois pas que dans tout le monde il soit possible de trouver encore un homme aussi fou que celui-là. Et puis, madame, il faut tâcher de servir l’amour de Cléonte, et d’appuyer toute sa mascarade. C’est un fort galant homme, et qui mérite que l’on s’intéresse pour lui.
DORIMÈNE.
J’en fais beaucoup de cas, et il est digne d’une bonne fortune.
DORANTE.
Outre cela, nous avons ici, madame, un ballet qui nous revient, que nous ne devons pas laisser perdre ; et il faut bien voir si mon idée pourra réussir.
DORIMÈNE.
J’ai vu là des apprêts magnifiques, et ce sont des choses, Dorante, que je ne puis plus souffrir. Oui, je veux enfin vous empêcher vos profusions ; et, pour rompre le cours à toutes les dépenses que je vous vois faire pour moi, j’ai résolu de me marier promptement avec vous. C’en est le vrai secret, et toutes ces choses unissent avec le mariage, comme vous savez.
DORANTE.
Ah ! madame, est-il possible que vous ayez pu prendre pour moi une si douce résolution ?
DORIMÈNE.
Ce n’est que pour vous empêcher de vous ruiner ; et, sans cela, je vois bien qu’avant qu’il fût peu vous n’auriez pas un sou.
DORANTE.
Que j’ai d’obligation, madame, aux soins que vous avez de conserver mon bien ! Il est entièrement à vous, aussi bien que mon cœur ; et vous en userez de la façon qu’il vous plaira.
DORIMENE.
J’userai bien de tous les deux. Mais voici votre homme : la figure en est admirable.
Scène III.
MONSIEUR JOURDAIN, DORIMÈNE, DORANTE.
DORANTE.
Monsieur, nous venons rendre hommage, madame et moi, à votre nouvelle dignité, et nous réjouir avec vous du mariage que vous faites de votre fille avec le fils du Grand Turc.
MONSIEUR JOURDAIN, après avoir fait les révérences à la turque.
Monsieur, je vous souhaite la force des serpents et la prudence des lions.
DORIMÈNE.
J’ai été bien aise d’être des premières, monsieur, à venir vous féliciter du haut degré de gloire où vous êtes monté.
MONSIEUR JOURDAIN.
Madame, je vous souhaite toute l’année votre rosier fleuri. Je vous suis infiniment obligé de prendre part aux honneurs qui m’arrivent ; et j’ai beaucoup de joie de vous voir revenue ici, pour vous faire les très humbles excuses de l’extravagance de ma femme.
DORIMÈNE.
Cela n’est rien ; j’excuse en elle un pareil mouvement : votre cœur lui doit être précieux ; et il n’est pas étrange que la possession d’un homme comme vous puisse inspirer quelques alarmes.
MONSIEUR JOURDAIN.
La possession de mon cœur est une chose qui vous est tout acquise.
DORANTE.
Vous voyez, madame, que monsieur Jourdain n’est pas de ces gens que les prospérités aveuglent, et qu’il sait, dans sa grandeur, connoître encore ses amis.
DORIMÈNE.
C’est la marque d’une ame tout à fait généreuse.
DORANTE.
Où est donc Son Altesse turque ? nous voudrions bien, comme vos amis, lui rendre nos devoirs.
MONSIEUR JOURDAIN.
Le voilà qui vient ; et j’ai envoyé quérir ma fille pour lui donner la main.
Scène IV.
MONSIEUR JOURDAIN, DORIMÈNE, DORANTE, CLÉONTE, habillé en Turc.
DORANTE, à Cléonte.
Monsieur, nous venons faire la révérence à Votre Altesse, comme amis de monsieur votre beau-père, et l’assurer avec respect de nos très humbles services.
MONSIEUR JOURDAIN.
Où est le truchement, pour lui dire qui vous êtes, et lui faire entendre ce que vous dites ? Vous verrez qu’il vous répondra ; et il parle turc à merveille, (À cléonte.) Holà ! où diantre est-il allé ? Strouf, strif, strof, straf. Monsieur est un grande segnore, grande segnore, grande segnore ; et madame, une granda dama, granda dama. (Voyant qu’il ne se fait point entendre.) Ah ! (À Cléonte, montrant Dorante.) Monsieur, lui mamamouchi françois, et madame mamamouchie françoise. Je ne puis pas parler plus clairement. Bon ! voici l’interprète.
Scène V.
MONSIEUR JOURDAIN, DORIMÈNE, DORANTE ; CLÉONTE, habillé en Turc ; COVIELLE, déguisé.
MONSIEUR JOURDAIN.
OÙ allez-vous donc ? nous ne saurions rien dire sans vous. (Montrant Cléonte.) Dites-lui un peu que monsieur et madame sont des personnes de grande qualité, qui lui viennent faire la révérence, comme mes amis, et l’assurer de leurs services. (À Doriméne et à Dorante.) Vous allez voir comme il va répondre.
COVIELLE.
Alabala crociam acci boram alabamen.
CLÉONTE.
Catalequi tubal ourin soter amalouchan.
MONSIEUR JOURDAIN, à Dorimène et à Dorante.
Voyez-vous ?
COVIELLE.
Il dit que la pluie des prospérités arrose en tout temps le jardin de votre famille.
MONSIEUR JOURDAIN.
Je vous l’avois bien dit, qu’il parle turc.
DORANTE.
Cela est admirable.
Scène VI.
LUCILE, CLÉONTE, MONSIEUR JOURDAIN, DORIMÈNE, DORANTE, COVIELLE.
MONSIEUR JOURDAIN.
Venez, ma fille ; approchez-vous, et venez donner votre main à monsieur, qui vous fait l’honneur de vous demander en mariage.
LUCILE.
Comment ! mon père, comme vous voilà fait ! est-ce une comédie que vous jouez ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Non, non, ce n’est pas une comédie ; c’est une affaire fort sérieuse, et la plus pleine d’honneur pour vous qui se peut souhaiter. (Montrant cléonte.) Voilà le mari que je vous donne.
LUCILE.
À moi, mon père ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Oui, à vous. Allons, touchez-lui dans la main, et rendez graces au ciel de votre bonheur.
LUCILE.
Je ne veux point me marier.
MONSIEUR JOURDAIN.
Je le veux, moi, qui suis votre père.
LUCILE.
Je n’en ferai rien.
MONSIEUR JOURDAIN.
Ah ! que de bruit ! Allons, vous dis-je. Çà, votre main.
LUCILE.
Non, mon père ; je vous l’ai dit, il n’est point de pouvoir qui me puisse obliger à prendre un autre mari que Cléonte ; et je me résoudrai plutôt à toutes les extrémités, que de… (Reconnoissant Cléonte.) Il est vrai que vous êtes mon père ; je vous dois entière obéissance ; et c’est à vous à disposer de moi selon vos volontés.
MONSIEUR JOURDAIN.
Ah ! je suis ravi de vous voir si promptement revenue dans votre devoir ; et voilà qui me plaît, d’avoir une fille obéissante.
Scène VII.
MADAME JOURDAIN, CLÉONTE, MONSIEUR JOURDAIN, LUCILE, DORANTE, DORIMÈNE, COVIELLE.
MADAME JOURDAIN.
Comment donc ? qu’est-ce que c’est que ceci ? on dit que vous voulez donner votre fille en mariage à un carême-prenant.
MONSIEUR JOURDAIN.
Voulez-vous vous taire, impertinente ? Vous venez toujours mêler vos extravagances à toutes choses ; et il n’y a pas moyen de vous apprendre à être raisonnable.
MADAME JOURDAIN.
C’est vous qu’il n’y a pas moyen de rendre sage ; et vous allez de folie en folie. Quel est votre dessein, et que voulez-vous faire avec cet assemblage ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Je veux marier notre fille avec le fils du Grand Turc.
MADAME JOURDAIN.
Avec le fils du Grand Turc ?
MONSIEUR JOURDAIN, montrant Covielle.
Oui. Faites-lui faire vos compliments par le truchement que voilà.
MADAME JOURDAIN.
Je n’ai que faire du truchement, et je lui dirai bien, moi-même, à son nez, qu’il n’aura point ma fille.
MONSIEUR JOURDAIN.
Voulez-vous vous taire, encore une fois ?
DORANTE.
Comment ! madame Jourdain, vous vous opposez à un honneur comme celui-là ? vous refusez Son Altesse turque pour gendre ?
MADAME JOURDAIN.
Mon Dieu ! monsieur, mélez-vous de vos affaires.
DORIMÈNE.
C’est une grande gloire qui n’est pas à rejeter.
MADAME JOURDAIN.
Madame, je vous prie aussi de ne vous point embarrasser de ce qui ne vous touche pas.
DORANTE.
C’est l’amitié que nous avons pour vous qui nous fait intéresser dans vos avantages.
MADAME JOURDAIN.
Je me passerai bien de votre amitié.
DORANTE.
Voilà votre fille qui consent aux volontés de son père.
MADAME JOURDAIN.
Ma fille consent à épouser un Turc ?
DORANTE.
Sans doute.
MADAME JOURDAIN.
Elle peut oublier Cléonte ?
DORANTE.
Que ne fait-on pas pour être grand’dame ?
MADAME JOURDAIN.
Je l’étranglerois de mes mains, si elle avoit fait un coup comme celui-là.
MONSIEUR JOURDAIN.
Voilà bien du caquet ! Je vous dis que ce mariage-le se fera.
MADAME JOURDAIN.
Je vous dis, moi, qu’il ne se fera point.
MONSIEUR JOURDAIN.
Ah ! que de bruit !
LUCILE.
Ma mère !
MADAME JOURDAIN.
Allez ! vous êtes une coquine.
MONSIEUR JOURDAIN, à madame Jourdain.
Quoi ! vous la querellez de ce qu’elle, m’obéit ?
MADAME JOURDAIN.
Oui ; elle est à moi aussi bien qu’à vous.
COVIELLE, à madame Jourdain.
Madame !
MADAME JOURDAIN.
Que me voulez-vous conter, vous ?
COVIELLE.
Un mot.
MADAME JOURDAIN.
Je n’ai que faire de votre mot.
COVIELLE, à monsieur Jourdain.
Monsieur, si elle veut écouter une parole en particulier, je vous promets de la faire consentir à ce que vous voulez.
MADAME JOURDAIN.
Je n’y consentirai point.
COVIELLE.
Écoutez-moi seulement.
MADAME JOURDAIN.
Non.
MONSIEUR JOURDAIN, à madame Jourdain.
Écoutez-le.
MADAME JOURDAIN.
Non ; je ne veux pas l’écouter.
MONSIEUR JOURDAIN.
Il vous dira…
MADAME JOURDAIN.
Je ne veux point qu’il me dise rien.
MONSIEUR JOURDAIN.
Voilà une grande obstination de femme ! Cela vous fera-t-il mal de l’entendre ?
COVIELLE.
Ne faites que m’écouter ; vous ferez après ce qu’il vous plaira.
MADAME JOURDAIN.
Hé bien ! quoi ?
COVIELLE, bas, à madame Jourdain.
Il y a une heure, madame, que nous vous faisons signe. Ne voyez-vous pas bien que tout ceci n’est fait que pour nous ajuster aux visions de votre mari ; que nous l’abusons sous ce déguisement, et que c’est Cléonte lui-même qui est le fils du Grand Turc ?…
MADAME JOURDAIN, bas, a Covielle.
Ah ! ah !
COVIELLE, bas, à madame Jourdain.
Et moi, Covielle, qui suis le truchement.
MADAME JOURDAIN, bas, à Covielle.
Ah ! comme cela, je me rends.
COVIELLE, bas, à madame Jourdain.
Ne faites pas semblant de rien.
MADAME JOURDAIN, haut.
Oui, voilà qui est fait, je consens au mariage.
MONSIEUR JOURDAIN.
Ah ! voilà tout le monde raisonnable, (à madame Jourdain.) Vous ne vouliez pas l’écouter. Je savois bien qu’il vous expliqueroit ce que c’est que le fils du Grand Turc.
MADAME JOURDAIN.
Il me l’a expliqué comme il faut, et j’en suis satisfaite. Envoyons quérir un notaire.
DORANTE.
C’est fort bien dit. Et afin, madame Jourdain, que vous puissiez avoir l’esprit tout à fait content, et que vous perdiez aujourd’hui toute la jalousie que vous pourriez avoir conçue de monsieur votre mari, c’est que nous nous servirons du même notaire pour nous marier, madame et moi.
MADAME JOURDAIN.
Je consens aussi à cela.
MONSIEUR JOURDAIN, bas, à Dorante.
C’est pour lui faire accroire.
DORANTE, bas, à monsieur Jourdain.
Il faut bien l’amuser avec cette feinte.
MONSIEUR JOURDAIN, bas.
Bon, bon ! (Haut.) Qu’on aille quérir le notaire.
DORANTE.
Tandis qu’il viendra et qu’il dressera les contrats, voyons notre ballet, et donnons-en le divertissement à Son Altesse turque.
MONSIEUR JOURDAIN.
C’est fort bien avisé. Allons prendre nos places.
MADAME JOURDAIN.
Et Nicole ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Je la donne au truchement ; et ma femme, à qui la voudra.
COVIELLE.
Monsieur, je vous remercie, (À part.) Si l’on en peut voir un plus fou, je l’irai dire à Rome.
(La comédie finit par un petit ballet qui avoit été préparé.)
PREMIÈRE ENTRÉE.
Un homme vient donner les livres du ballet, qui d’abord est fatigué par une multitude de gens de provinces différentes, qui crient en musique pour en avoir, et par trois importuns qu’il trouve toujours sur ses pas.
DIALOGUE DES GENS.
qui en musique demandent des livres.
TOUS.
À moi, monsieur, à moi, de grace, à moi monsieur :
Un livre, s’il vous plaît, à votre serviteur.
HOMME DU BEL AIR.
Monsieur, distinguer-nous parmi les gens qui crient.