L’École des femmes (page 6)
Et jamais je ne songe à monsieur de la Souche.
Qui diable vous a fait aussi vous aviser,
À quarante et deux ans, de vous débaptiser,
Et d’un vieux tronc pourri de votre métairie
Vous faire dans le monde un nom de seigneurie ?
Arnolphe.
Outre que la maison par ce nom se connoît,
La Souche plus qu’Arnolphe à mes oreilles plaît.
Chrysalde.
Quel abus de quitter le vrai nom de ses pères
Pour en vouloir prendre un bâti sur des chimeres !
De la plupart des gens c’est la démangeaison ;
Et, sans vous embrasser dans la comparaison,
Je sais un paysan qu’on appelait Gros-Pierre,
Qui n’ayant pour tout bien qu’un seul quartier de terre,
Y fit tout à l’entour faire un fossé bourbeux,
Et de monsieur de l’Isle en prit le nom pompeux.
Arnolphe.
Vous pourriez vous passer d’exemples de la sorte.
Mais enfin de la Souche est le nom que je porte :
J’y vois de la raison, j’y trouve des appas ;
Et m’appeler de l’autre est ne m’obliger pas.
Chrysalde.
Cependant la plupart ont peine à s’y soumettre,
Et je vois même encor des adresses de lettre…
Arnolphe.
Je le souffre aisément de qui n’est pas instruit ;
Mais vous…
Chrysalde.
Mais vous…Soit : là-dessus nous n’aurons point de bruit ;
Et je prendrai le soin d’accoutumer ma bouche
À ne plus vous nommer que monsieur de la Souche.
Arnolphe.
Adieu. Je frappe ici, pour donner le bonjour,
Et dire seulement que je suis de retour.
Chrysalde, à part, en s’en allant.
Ma foi, je le tiens fou de toutes les manières.
Arnolphe, seul.
Il est un peu blessé sur certaines matières.
Chose étrange de voir comme avec passion
Un chacun est chaussé de son opinion !
(Il frappe à sa porte.)
Holà.
Scène II
ARNOLPHE, ALAIN ; GEORGETTE, dans la maison
Alain.
Holà.Qui heurte ?
Arnolphe, à part.
Holà.Qui heurte ?Ouvrez. On aura, que je pense,
Grande joie à me voir après dix jours d’absence.
Alain.
Qui va là ?
Arnolphe.
Qui va là ?Moi.
Alain.
Qui va là ?Moi.Georgette !
Georgette.
Qui va là ?Moi.Georgette !Hé bien ?
Alain.
Qui va là ?Moi.Georgette !Hé bien ?Ouvre là-bas.
Georgette.
Vas-y, toi.
Alain.
Vas-y, toi.Vas-y, toi.
Georgette.
Vas-y, toi.Vas-y, toi.Ma foi, je n’irai pas.
Alain.
Je n’irai pas aussi.
Arnolphe.
Je n’irai pas aussiBelle cérémonie
Pour me laisser dehors ! Holà ! ho ! je vous prie.
Georgette.
Qui frappe ?
Arnolphe.
Qui frappe ?Votre maître.
Georgette.
Qui frappe ?Votre maître.Alain !
Alain.
Qui frappe ?Votre maître.Alain !Quoi ?
Georgette.
Qui frappe ?Votre maître.Alain !Quoi ?C’est monsieu.
Ouvre vite.
Alain.
Ouvre vite.Ouvre, toi.
Georgette.
Ouvre vite.Ouvre, toi.Je souffle notre feu.
Alain.
J’empêche, peur du chat, que mon moineau ne sorte.
Arnolphe.
Quiconque de vous deux n’ouvrira pas la porte
N’aura point à manger de plus de quatre jours.
Ha !
Georgette.
Ha !Par quelle raison y venir, quand j’y cours ?
Alain.
Pourquoi plutôt que moi ? Le plaisant stratagème !
Georgette.
Ôte-toi donc de là.
Alain.
Ôte-toi donc de là.Non, ôte-toi, toi-même.
Georgette.
Je veux ouvrir la porte.
Alain.
Je veux ouvrir la porte.Et je veux l’ouvrir, moi.
Georgette.
Tu ne l’ouvriras pas.
Alain.
Tu ne l’ouvriras pas.Ni toi non plus.
Georgette.
Tu ne l’ouvriras pas.Ni toi non plus.Ni toi.
Arnolphe.
Il faut que j’aie ici l’ame bien patiente !
Alain, en entrant.
Au moins, c’est moi, monsieur.
Georgette, en entrant.
Au moins, c’est moi, monsieur.Je suis votre servante,
C’est moi.
Alain.
C’est moi.Sans le respect de Monsieur que voilà,
Je te…
Arnolphe, recevant un coup d’Alain.
Je te…Peste !
Alain.
Je te…Peste !Pardon.
Arnolphe.
Je te…Peste !Pardon.Voyez ce lourdaud-là !
Alain.
C’est elle aussi, monsieur…
Arnolphe.
C’est elle aussi, monsieur…Que tous deux on se taise.
Songez à me répondre, et laissons la fadaise.
Hé bien, Alain, comment se porte-t-on ici ?
Alain.
Monsieur, nous nous…
(Arnolphe ôte le chapeau de dessus la tête d’Alain.)
Monsieur, nous nous…Monsieur, nous nous por…
(Arnolphe l’ôte encore.)
Monsieur, nous nous…Monsieur, nous nous por… Dieu merci,
Nous nous…
Arnolphe, Arnolphe ôtant le chapeau de d’Alain pour la troisième fois, et le jetant par terre.
Nous nous…Qui vous apprend, impertinente bête,
À parler devant moi le chapeau sur la tête ?
Alain.
Vous faites bien, j’ai tort.
Arnolphe
Vous faites bien, j’ai tort.Faites descendre Agnès.
Scène III.
ARNOLPHE, GEORGETTE.
Arnolphe.
Lorsque je m’en allai, fut-elle triste après ?
Georgette.
Triste ? Non.
Arnolphe.
Triste ? Non.Non ?
Georgette.
Triste ? Non.Non ?Si fait.
Arnolphe.
Triste ? Non.Non ?Si fait.Pourquoi donc… ?
Georgette.
Triste ? Non.Non ? Si fait.Pourquoi donc… ? Oui, je meure.
Elle vous croyoit voir de retour à toute heure ;
Et nous n’oyions jamais passer devant chez nous
Cheval, âne, ou mulet, qu’elle ne prît pour vous.
Scène IV.
ARNOLPHE, AGNÈS, ALAIN, GEORGETTE.
Arnolphe.
La besogne à la main ? c’est un bon témoignage.
Hé bien ! Agnès, je suis de retour du voyage :
En êtes-vous bien aise ?
Agnès.
En êtes-vous bien aise ?Oui, monsieur, Dieu merci.
Arnolphe.
Et moi, de vous revoir je suis bien aise aussi.
Vous vous êtes toujours, comme on voit, bien portée ?
Agnès.
Hors les puces, qui m’ont la nuit inquiétée.
Arnolphe.
Ah ! vous aurez dans peu quelqu’un pour les chasser.
Agnès.
Vous me ferez plaisir.
Arnolphe.
Vous me ferez plaisir.Je le puis bien penser.
Que faites-vous donc là ?
Agnès.
Que faites-vous donc là ?Je me fais des cornettes.
Vos chemises de nuit et vos coiffes sont faites.
Arnolphe.
Ha ! voilà qui va bien. Allez, montez là-haut :
Ne vous ennuyez point, je reviendrai tantôt,
Et je vous parlerai d’affaires importantes.
Scène V.
ARNOLPHE, seul.
Héroïnes du temps, Mesdames les savantes,
Pousseuses de tendresse et de beaux sentiments,
Je défie à la fois tous vos vers, vos romans,
Vos lettres, billets doux, toute votre science,
De valoir cette honnête et pudique ignorance.
Ce n’est point par le bien qu’il faut être ébloui ;
Et pourvu que l’honneur soit…
Scène V.
HORACE, ARNOLPHE.
Arnolphe.
Et pourvu que l’honneur soit…Que vois-je ? Est-ce ?… Oui.
Je me trompe… Nenni. Si fait. Non, c’est lui-même,
Hor…
Horace.
Hor…Seigneur Ar…
Arnolphe.
Hor…Seigneur Ar…Horace.
Horace.
Hor…Seigneur Ar…Horace.Arnolphe.
Arnolphe.
Hor…Seigneur Ar…Horace.Arnolphe.Ah ! joie extrême !
Et depuis quand ici ?
Horace.
Et depuis quand ici ?Depuis neuf jours.
Arnolphe.
Et depuis quand ici ?Depuis neuf jours.Vraiment ?
Horace.
Je fus d’abord chez vous, mais inutilement.
Arnolphe.
J’étais à la campagne.
Horace.
J’étais à la campagne.Oui, depuis deux journées.
Arnolphe.
Oh ! comme les enfants croissent en peu d’années !
J’admire de le voir au point où le voilà,
Après que je l’ai vu pas plus grand que cela.
Horace.
Vous voyez.
Arnolphe.
Vous voyez.Mais, de grâce, Oronte votre père,
Mon bon et cher ami, que j’estime et révère,
Que fait-il ? que dit-il ? est-il toujours gaillard ?
À tout ce qui le touche, il sait que je prends part :
Nous ne nous sommes vus depuis quatre ans ensemble.
Ni, qui plus est, écrit l’un à l’autre, me semble.
Horace.
Il est, seigneur Arnolphe, encor plus gai que nous,
Et j’avois de sa part une lettre pour vous ;
Mais depuis, par une autre, il m’apprend sa venue,
Et la raison encor ne m’en est pas connue.
Savez-vous qui peut être un de vos citoyens
Qui retourne en ces lieux avec beaucoup de biens
Qu’il s’est en quatorze ans acquis dans l’Amérique ?
Arnolphe.
Non. Vous a-t-on point dit comme on le nomme ?
Horace.
Non. Vous a-t-on point dit comme on le nomme ? Enrique.
Arnolphe.
Non.
Horace.
Non.Mon père m’en parle, et qu’il est revenu
Comme s’il devoit m’être entièrement connu,
Et m’écrit qu’en chemin ensemble ils se vont mettre,
Pour un fait important que ne dit point sa lettre.
(Horace remet la lettre d’Oronte à Arnolphe.)
Arnolphe.
J’aurai certainement grande joie à le voir,
Et pour le régaler je ferai mon pouvoir.
(Après avoir lu la lettre.)
Il faut pour des amis des lettres moins civiles,
Et tous ces compliments sont choses inutiles.
Sans qu’il prît le souci de m’en écrire rien,
Vous pouvez librement disposer de mon bien.
Horace.
Je suis homme à saisir les gens par leurs paroles,
Et j’ai présentement besoin de cent pistoles.
Arnolphe.
Ma foi, c’est m’obliger que d’en user ainsi ;
Et je me réjouis de les avoir ici.
Gardez aussi la bourse.
Horace.
Gardez aussi la bourse.Il faut…
Arnolphe.
Gardez aussi la bourse.Il faut…Laissons ce style.
Hé bien ! comment encor trouvez-vous cette ville ?
Horace.
Nombreuse en citoyens, superbe en bâtiments ;
Et j’en crois merveilleux les divertissements.
Arnolphe.
Chacun a ses plaisirs qu’il se fait à sa guise ;
Mais pour ceux que du nom de galants on baptise,
Ils ont en ce pays de quoi se contenter,
Car les femmes y sont faites à coqueter :
On trouve d’humeur douce et la brune et la blonde,
Et les maris aussi les plus bénins du monde ;
C’est un plaisir de prince ; et des tours que je voi
Je me donne souvent la comédie à moi.
Peut-être en avez-vous déjà féru quelqu’une.
Vous est-il point encore arrivé de fortune ?
Les gens faits comme vous font plus que les écus,
Et vous êtes de taille à faire des cocus.
Horace.
À ne vous rien cacher de la vérité pure,
J’ai d’amour en ces lieux eu certaine aventure,
Et l’amitié m’oblige à vous en faire part.
Arnolphe.
Bon ! voici de nouveau quelque conte gaillard ;
Et ce sera de quoi mettre sur mes tablettes.
Horace.
Mais, de grâce, qu’au moins ces choses soient secrètes.
Arnolphe.
Oh !
Horace.
Vous n’ignorez pas qu’en ces occasions
Un secret éventé rompt nos prétentions.
Je vous avoûrai donc avec pleine franchise
Qu’ici d’une beauté mon âme s’est éprise.
Mes petits soins d’abord ont eu tant de succès,
Que je me suis chez elle ouvert un doux accès ;
Et sans trop me vanter ni lui faire une injure,
Mes affaires y sont en fort bonne posture.
Arnolphe, riant.
Et c’est ?
Horace, lui montrant le logis d’Agnès.
Un jeune objet qui loge en ce logis
Dont vous voyez d’ici que les murs sont rougis ;
Simple, à la vérité, par l’erreur sans seconde
D’un homme qui la cache au commerce du monde,
Mais qui, dans l’ignorance où l’on veut l’asservir,
Fait briller des attraits capables de ravir ;
Un air tout engageant, je ne sais quoi de tendre,
Dont il n’est point de cœur qui se puisse défendre.
Mais peut-être il n’est pas que vous n’ayez bien vu
Ce jeune astre d’amour de tant d’attraits pourvu :
C’est Agnès qu’on l’appelle.
Arnolphe, à part.
Ah ! je crève !
Horace.
Pour l’homme,
C’est, je crois, de la Zousse ou Souche qu’on le nomme :
Je ne me suis pas fort arrêté sur le nom ;
Riche, à ce qu’on m’a dit, mais des plus sensés, non ;
Et l’on m’en a parlé comme d’un ridicule.
Le connaissez-vous point ?
Arnolphe, à part.
La fâcheuse pilule !
Horace.
Eh ! vous ne dites mot ?
Arnolphe.
Eh ! oui, je le connoi.
Horace.
C’est un fou, n’est-ce pas ?
Arnolphe.
Eh...
Horace.
Qu’en dites-vous ? quoi ?
Eh ? c’est-à-dire oui ? Jaloux à faire rire ?
Sot ? Je vois qu’il en est ce que l’on m’a pu dire.
Enfin l’aimable Agnès a su m’assujettir.
C’est un joli bijou, pour ne point vous mentir ;
Et ce serait péché qu’une beauté si rare
Fût laissée au pouvoir de cet homme bizarre.
Pour moi, tous mes efforts, tous mes vœux les plus doux
Vont à m’en rendre maître en dépit du jaloux ;
Et l’argent que de vous j’emprunte avec franchise
N’est que pour mettre à bout cette juste entreprise.
Vous savez mieux que moi, quels que soient nos efforts,
Que l’argent est la clef de tous les grands ressorts,
Et que ce doux métal qui frappe tant de têtes,
En amour, comme en guerre, avance les conquêtes.
Vous me semblez chagrin : serait-ce qu’en effet
Vous désapprouveriez le dessein que j’ai fait ?
Arnolphe.
Non, c’est que je songeais…
Horace.
Cet entretien vous lasse :
Adieu. J’irai chez vous tantôt vous rendre grâce.
Arnolphe.
Ah ! faut-il… !
Horace, revenant.
Derechef, veuillez être discret,
Et n’allez pas, de grâce, éventer mon secret.
Arnolphe.
Que je sens dans mon âme… !
Horace, revenant.
Et surtout à mon père,
Qui s’en ferait peut-être un sujet de colère.
Arnolphe, croyant qu’il revient encore.
Oh !… Oh ! que j’ai souffert durant cet entretien !
Jamais trouble d’esprit ne fut égal au mien.
Avec quelle imprudence et quelle hâte extrême
Il m’est venu conter cette affaire à moi-même !
Bien que mon autre nom le tienne dans l’erreur,
Étourdi montra-t-il jamais tant de fureur ?
Mais ayant tant souffert, je devois me contraindre
Jusques à m’éclaircir de ce que je dois craindre,
À pousser jusqu’au bout son caquet indiscret,
Et savoir pleinement leur commerce secret.
Tâchons à le rejoindre : il n’est pas loin, je pense,
Tirons-en de ce fait l’entière confidence.
Je tremble du malheur qui m’en peut arriver,
Et l’on cherche souvent plus qu’on ne veut trouver.
ACTE II
Scène 1
Arnolphe.
Arnolphe.
Il m’est, lorsque j’y pense, avantageux sans doute
D’avoir perdu mes pas et pu manquer sa route ;
Car enfin de mon cœur le trouble impérieux
N’eût pu se renfermer tout entier à ses yeux :
Il eût fait éclater l’ennui qui me dévore,
Et je ne voudrais pas qu’il sût ce qu’il ignore.
Mais je ne suis pas homme à gober le morceau,
Et laisser un champ libre aux vœux du damoiseau :
J’en veux rompre le cours et, sans tarder, apprendre
Jusqu’où l’intelligence entre eux a pu s’étendre.
J’y prends pour mon honneur un notable intérêt :
Je la regarde en femme, aux termes qu’elle en est ;
Elle n’a pu faillir sans me couvrir de honte,
Et tout ce qu’elle a fait enfin est sur mon compte.
Éloignement fatal ! voyage malheureux !
(Frappant à la porte.)
Scène 2
Alain, Georgette, Arnolphe
Alain.
Ah ! Monsieur, cette fois...
Arnolphe.
Paix. Venez çà tous deux.
Passez là ; passez là. Venez là, venez, dis-je.
Georgette.
Ah ! vous me faites peur, et tout mon sang se fige.
Arnolphe.
C’est donc ainsi qu’absent vous m’avez obéi ?
Et tous deux de concert vous m’avez donc trahi ?
Georgette.
Eh ! ne me mangez pas, Monsieur, je vous conjure.
Alain, à part.
Quelque chien enragé l’a mordu, je m’assure.
Arnolphe.
Ouf ! Je ne puis parler, tant je suis prévenu :
Je suffoque, et voudrais me pouvoir mettre nu.
Vous avez donc souffert, ô canaille maudite,
Qu’un homme soit venu ?... Tu veux prendre la fuite !
Il faut que sur-le-champ... Si tu bouges... ! Je veux
Que vous me disiez... Euh !... Oui, je veux que tous deux...
Quiconque remûra, par la mort ! je l’assomme.
Comme est-ce que chez moi s’est introduit cet homme ?
Eh ! parlez, dépêchez, vite, promptement, tôt,
Sans rêver. Veut-on dire ?
Alain et Georgette.
Ah ! ah !
Georgette.
Le cœur me faut.
Alain.
Je meurs.
Arnolphe.
Je suis en eau : prenons un peu d’haleine ;
Il faut que je m’évente et que je me promène.
Aurais-je deviné quand je l’ai vu petit,
Qu’il croîtrait pour cela ? Ciel ! que mon cœur pâtit !
Je pense qu’il vaut mieux que de sa propre bouche
Je tire avec douceur l’affaire qui me touche.
Tâchons de modérer notre ressentiment.
Patience, mon cœur, doucement, doucement.
Levez-vous, et rentrant, faites qu’Agnès descende.
Arrêtez. Sa surprise en deviendrait moins grande :
Du chagrin qui me trouble ils iraient l’avertir,
Et moi-même je veux l’aller faire sortir.
Que l’on m’attende ici.
Scène 3
Alain, Georgette
Georgette.
Mon Dieu ! qu’il est terrible !
Ses regards m’ont fait peur, mais une peur horrible ;
Et jamais je ne vis un plus hideux chrétien.
Alain.
Ce Monsieur l’a fâché : je te le disais bien.
Georgette.
Mais que diantre est-ce là, qu’avec tant de rudesse