Le Malade imaginaire (page 2)

Molière · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Malade imaginaire · 8 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Madame.

béline.

Pourquoi donc est-ce que vous mettez mon mari en colère ?

toinette, d’un ton doucereux.

Moi, madame ? Hélas ! je ne sais pas ce que vous me voulez dire, et je ne songe qu’à complaire à monsieur en toutes choses.

argan.

Ah ! la traîtresse !

toinette.

Il nous a dit qu’il vouloit donner sa fille en mariage au fils de monsieur Diafoirus : je lui ai répondu que je trouvois le parti avantageux pour elle, mais que je croyois qu’il feroit mieux de la mettre dans un couvent.

béline.

Il n’y a pas grand mal à cela, et je trouve qu’elle a raison.

argan.

Ah ! m’amour, vous la croyez ? C’est une scélérate ; elle m’a dit cent insolences.

béline.

Hé bien ! je vous crois, mon ami. Là, remettez-vous. Écoutez, Toinette : si vous fâchez jamais mon mari, je vous mettrai dehors. Çà, donnez-moi son manteau fourré et des oreillers, que je l’accommode dans sa chaise. Vous voilà je ne sais comment. Enfoncez bien votre bonnet jusque sur vos oreilles : il n’y a rien qui enrhume tant que de prendre l’air par les oreilles.

argan.

Ah ! ma mie, que je vous suis obligé de tous les soins que vous prenez de moi !

béline, accommodant les oreillers qu’elle met autour d’Argan.

Levez-vous, que je mette ceci sous vous. Mettons celui-ci pour vous appuyer, et celui-là de l’autre côté. Mettons celui-ci derrière votre dos, et cet autre-là pour soutenir votre tête.

toinette, lui mettant rudement un oreiller sur la tête.

Et celui-ci pour vous garder du serein.

argan, se levant en colère, et jetant tous ses oreillers à Toinette, qui s’enfuit.

Ah ! coquine, tu veux m’étouffer !

Scène VIII.

ARGAN, BÉLINE.

béline.

Hé là, hé là ! Qu’est-ce que c’est donc ?

argan, se jetant dans sa chaise.

Ah, ah, ah ! je n’en puis plus.

béline.

Pourquoi vous emporter ainsi ? Elle a cru faire bien.

argan.

Vous ne connoissez pas, m’amour, la malice de la pendarde. Ah ! elle m’a mis tout hors de moi ; et il faudra plus de huit médecines et de douze lavements pour réparer tout ceci.

béline.

Là, là, mon petit ami, apaisez-vous un peu.

argan.

Ma mie, vous êtes toute ma consolation.

béline.

Pauvre petit fils !

argan.

Pour tâcher de reconnoître l’amour que vous me portez, je veux, mon cœur, comme je vous ai dit, faire mon testament.

béline.

Ah ! mon ami, ne parlons point de cela, je vous prie : je ne saurois souffrir cette pensée ; et le seul mot de testament me fait tressaillir de douleur.

argan.

Je vous avois dit de parler pour cela à votre notaire.

béline.

Le voilà là dedans, que j’ai amené avec moi.

argan.

Faites-le donc entrer, m’amour.

béline.

Hélas ! mon ami, quand on aime bien un mari, on n’est guère en état de songer à tout cela.

Scène IX.

MONSIEUR DE BONNEFOI, BÉLINE, ARGAN.

argan.

Approchez, monsieur de Bonnefoi, approchez. Prenez un siège, s’il vous plaît. Ma femme m’a dit, monsieur, que vous étiez fort honnête homme, et tout à fait de ses amis ; et je l’ai chargée de vous parler pour un testament que je veux faire.

béline.

Hélas ! je ne suis point capable de parler de ces choses-là.

monsieur de bonnefoi.

Elle m’a, monsieur, expliqué vos intentions, et le dessein où vous êtes pour elle ; et j’ai à vous dire là-dessus que vous ne sauriez rien donner à votre femme par votre testament.

argan.

Mais pourquoi ?

monsieur de bonnefoi.

La coutume y résiste. Si vous étiez en pays de droit écrit, cela se pourroit faire : mais, à Paris et dans les pays coutumiers, au moins dans la plupart, c’est ce qui ne se peut ; et la disposition seroit nulle. Tout l’avantage qu’homme et femme conjoints par mariage se peuvent faire l’un à l’autre, c’est un don mutuel entre vifs ; encore faut-il qu’il n’y ait enfants, soit des deux conjoints, ou de l’un d’eux, lors du décès du premier mourant.

argan.

Voilà une coutume bien impertinente, qu’un mari ne puisse rien laisser à une femme dont il est aimé tendrement, et qui prend de lui tant de soin ! J’aurois envie de consulter mon avocat, pour voir comment je pourrois faire.

monsieur de bonnefoi.

Ce n’est point à des avocats qu’il faut aller, car ils sont d’ordinaire sévères là-dessus, et s’imaginent que c’est un grand crime que de disposer en fraude de la loi : ce sont gens de difficultés, et qui sont ignorants des détours de la conscience. Il y a d’autres personnes à consulter, qui sont bien plus accommodantes, qui ont des expédients pour passer doucement par-dessus la loi, et rendre juste ce qui n’est pas permis ; qui savent aplanir les difficultés d’une affaire et trouver des moyens d’éluder la coutume par quelque avantage indirect. Sans cela, où en serions-nous tous les jours ? Il faut de la facilité dans les choses ; autrement nous ne ferions rien, et je ne donnerois pas un sol de notre métier.

argan.

Ma femme m’avoit bien dit, monsieur, que vous étiez fort habile et fort honnête homme. Comment puis-je faire, s’il vous plaît, pour lui donner mon bien et en frustrer mes enfants ?

monsieur de bonnefoi.

Comment vous pouvez faire ? Vous pouvez choisir doucement un ami intime de votre femme, auquel vous donnerez en bonne forme, par votre testament, tout ce que vous pouvez ; et cet ami ensuite lui rendra tout. Vous pouvez encore contracter un grand nombre d’obligations non suspectes au profit de divers créanciers qui prêteront leur nom à votre femme, et entre les mains de laquelle ils mettront leur déclaration que ce qu’ils en ont fait n’a été que pour lui faire plaisir. Vous pouvez aussi, pendant que vous êtes en vie, mettre entre ses mains de l’argent comptant, ou des billets que vous pourrez avoir payables au porteur.

béline.

Mon Dieu ! il ne faut point vous tourmenter de tout cela. S’il vient faute de vous, mon fils, je ne veux plus rester au monde.

argan.

Ma mie !

béline.

Oui, mon ami, si je suis assez malheureuse pour vous perdre…

argan.

Ma chère femme !

béline.

La vie ne me sera plus de rien.

argan.

M’amour !

béline.

Et je suivrai vos pas, pour vous faire connoître la tendresse que j’ai pour vous.

argan.

Ma mie, vous me fendez le cœur ! Consolez-vous, je vous en prie.

monsieur de bonnefoi, à Béline.

Ces larmes sont hors de saison ; et les choses n’en sont point encore là.

béline.

Ah ! monsieur, vous ne savez pas ce que c’est qu’un mari qu’on aime tendrement.

argan.

Tout le regret que j’aurai, si je meurs, ma mie, c’est de n’avoir point un enfant de vous. Monsieur Purgon m’avoit dit qu’il m’en feroit faire un.

monsieur de bonnefoi.

Cela pourra venir encore.

argan.

Il faut faire mon testament, m’amour, de la façon que monsieur dit ; mais, par précaution, je veux vous mettre entre les mains vingt mille francs en or que j’ai dans le lambris de mon alcôve, et deux billets payables au porteur, qui me sont dus, l’un par monsieur Damon, et l’autre par monsieur Gérante.

béline.

Non, non, je ne veux point de tout cela. Ah !… Combien dites-vous qu’il y a dans votre alcôve ?

argan.

Vingt mille francs, m’amour.

béline.

Ne me parlez point de bien, je vous prie. Ah !… De combien sont les deux billets ?

argan.

Ils sont, ma mie, l’un de quatre mille francs, et l’autre de six.

béline.

Tous les biens du monde, mon ami, ne me sont rien au prix de vous.

monsieur de bonnefoi.

Voulez-vous que nous procédions au testament ?

argan.

Oui, monsieur ; mais nous serons mieux dans mon petit cabinet. M’amour, conduisez-moi, je vous prie.

béline.

Allons, mon pauvre petit fils.

Scène X.

ANGÉLIQUE, TOINETTE.

toinette.

Les voilà avec un notaire, et j’ai ouï parler de testament. Votre belle-mère ne s’endort point : et c’est sans doute quelque conspiration contre vos intérêts, où elle pousse votre père.

angélique.

Qu’il dispose de son bien à sa fantaisie, pourvu qu’il ne dispose point de mon cœur. Tu vois, Toinette, les desseins violents que l’on fait sur lui. Ne m’abandonne point, je te prie, dans l’extrémité où je suis.

toinette.

Moi, vous abandonner ! J’aimerois mieux mourir. Votre belle-mère a beau me faire sa confidente, et me vouloir jeter dans ses intérêts, je n’ai jamais pu avoir d’inclination pour elle ; et j’ai toujours été de votre parti. Laissez-moi faire ; j’emploierai toute chose pour vous servir ; mais, pour vous servir avec plus d’effet, je veux changer de batterie, couvrir le zèle que j’ai pour vous, et feindre d’entrer dans les sentiments de votre père et de votre belle-mère.

angélique.

Tâche, je t’en conjure, de faire donner avis à Cléante du mariage qu’on a conclu.

toinette.

Je n’ai personne à employer à cet office, que le vieux usurier Polichinelle, mon amant ; et il m’en coûtera pour cela quelques paroles de douceur, que je veux bien dépenser pour vous. Pour aujourd’hui, il est trop tard ; mais demain, de grand matin, je l’envoierai querir, et il sera ravi de…

Scène XI.

BÉLINE, dans la maison ; ANGÉLIQUE, TOINETTE.

béline.

Toinette !

toinette, à Angélique.

Voilà qu’on m’appelle. Bonsoir. Reposez-vous sur moi.

PREMIER INTERMÈDE.

Le théâtre change, et représente une ville.

Polichinelle, dans la nuit, vient pour donner une sérénade à sa maîtresse. Il est interrompu d’abord par des violons contre lesquels il se met en colère, et ensuite par le guet, composé de musiciens et de danseurs.

POLICHINELLE, seul.

Ô amour, amour, amour, amour ! Pauvre Polichinelle, quelle diable de fantaisie t’es-tu allé mettre dans la cervelle ? À quoi t’amuses-tu, misérable insensé que tu es ? Tu quittes le soin de ton négoce, et tu laisses aller tes affaires à l’abandon ; tu ne manges plus, tu ne bois presque plus, tu perds le repos de la nuit ; et tout cela, pour qui ? Pour une dragonne, franche dragonne ; une diablesse qui te rembarre, et se moque de tout ce que tu peux lui dire. Mais il n’y a point à raisonner là-dessus. Tu le veux, amour : il faut être fou comme beaucoup d’autres. Cela n’est pas le mieux du monde à un homme de mon âge ; mais qu’y faire ? On n’est pas sage quand on veut ; et les vieilles cervelles se démontent comme les jeunes. Je viens voir si je ne pourrai point adoucir ma tigresse par une sérénade. Il n’y a rien parfois qui soit si touchant qu’un amant qui vient chanter ses doléances aux gonds et aux verrous de la porte de sa maîtresse. (Après avoir pris son luth.) Voici de quoi accompagner ma voix. Ô nuit ! ô chère nuit ! porte mes plaintes amoureuses jusque dans le lit de mon inflexible.

Notte e dì v’ amo e v’ adoro.

Cerco un sì per mio ristoro ;

Ma se voi dite di nò,

Bella ingrata, io morirò.

Frà la speranza

S’ afflige il cuore,

In lontananza

Consuma l’ hore ;

Si dolce inganno

Che mi figura

Breve l’ affanno,

Ahi ! troppo dura.

Così per troppo amar languisco e muoro.

Notte e dì v’ amo e v’ adoro.

Cerco un sì per mio ristoro ;

Ma se voi dite di nò,

Bella ingrata, io moriro.

Se non dormite,

Almen pensate

Alle ferite

Ch’ al cuor mi fate.

Deh ! almen fingete,

Per mio conforto,

Se m’ uccidete,

D’ haver il torto ;

Vostra pietà mi scemarà il martoro.

Notte e dì v’ amo e v’ adoro.

Cerco un sì per mio ristoro ;

Ma se voi dite di nò,

Bella ingrata, io morirò.

Scène II.

POLICHINELLE ; UNE VIEILLE, se présentant à la fenêtre, en répondant à Polichinelle pour se moquer de lui.

la vieille chante.

Zerbinetti, ch’ ogn’ hor con finti sguardi,

Mentiti desiri,

Fallaci sospiri,

Accenti buggiardi,

Di fede vi pregiate,

Ah ! che non m’ ingannate.

Che già so per prova,

Ch’ in voi non si trova

Costanza nè fede.

Oh ! quanto è pazza colei che vi crede !

Quei sguardi languidi

Non m’ innamorano,

Quei sospir fervidi

Più non m’ infiammano,

Vel giuro a fe.

Zerbino misero,

Del vostro piangere

Il mio cuor libero

Vuol sempre ridere ;

Credete a me

Che già so per prova,

Ch’ in voi non si trova

Costanza nè fede.

Oh ! quanto è pazza colei che vi crede.

Scène III.

POLICHINELLE, VIOLONS, derrière le théâtre.

les violons commencent un air.

polichinelle.

Quelle impertinente harmonie vient interrompre ici ma voix !

les violons continuant à jouer.

polichinelle.

Paix là ! taisez-vous, violons. Laissez-moi me plaindre à mon aise des cruautés de mon inexorable.

les violons, de même.

polichinelle.

Taisez-vous, vous dis-je ; c’est moi qui veux chanter.

les violons.

polichinelle.

Paix donc !

les violons.

polichinelle.

Ouais !

les violons.

polichinelle.

Ahi !

les violons.

polichinelle.

Est-ce pour rire ?

les violons.

polichinelle.

Ah ! que de bruit !

les violons.

polichinelle.

Le diable vous emporte !

les violons.

polichinelle.

J’enrage !

les violons.

polichinelle.

Vous ne vous tairez pas ? Ah ! Dieu soit loué.

les violons.

polichinelle.

Encore ?

les violons.

polichinelle.

Peste des violons !

les violons.

polichinelle.

La sotte musique que voilà !

les violons.

polichinelle, chantant pour se moquer des violons.

La, la, la, la, la, la.

les violons.

polichinelle, de même.

La, la, la, la, la, la.

les violons.

polichinelle, de même.

La, la, la, la, la, la.

les violons.

polichinelle, de même.

La, la, la, la, la, la.

les violons.

polichinelle, de même.

La, la, la, la, la, la.

les violons.

polichinelle.

Par ma foi, cela me divertit. Poursuivez, messieurs les violons ; vous me ferez plaisir. (N’entendant plus rien.) Allons donc, continuez, je vous en prie.

Scène IV.

POLICHINELLE, seul.

Voilà le moyen de les faire taire. La musique est accoutumée à ne point faire ce qu’on veut. Oh sus, à nous. Avant que de chanter, il faut que je prélude un peu, et joue quelque pièce, afin de mieux prendre mon ton. (Il prend son luth, dont il fait semblant de jouer, en imitant avec les lèvres et la langue le son de cet instrument.) Plan, plan, plan, plin, plin, plin. Voilà un temps fâcheux pour mettre un luth d’accord. Plin, plin, plin. Plin, tan, plan. Plin, plan. Les cordes ne tiennent point par ce temps-là. Plin, plin. J’entends du bruit. Mettons mon luth contre la porte.

Scène V.

POLICHINELLE ; ARCHERS, passant dans la rue, et accourant au bruit qu’ils entendent.

un archer, chantant.

Qui va là ? qui va là ?

polichinelle, bas.

Qui diable est-ce là ? Est-ce que c’est la mode de parler en musique ?

l’archer.

Qui va là ? qui va là ? qui va là ?

polichinelle, épouvanté.

Moi, moi, moi.

l’archer.

Qui va là ? qui va là ? vous dis-je.

polichinelle.

Moi, moi, vous dis-je.

l’archer.

Et qui toi ? et qui toi ?

polichinelle.

Moi, moi, moi, moi, moi, moi.

l’archer.

Dis ton nom, dis ton nom, sans davantage attendre.

polichinelle, feignant d’être bien hardi.

Mon nom est Va te faire pendre.

l’archer.

Ici, camarades, ici.

Saisissons l’insolent qui nous répond ainsi.

PREMIÈRE ENTRÉE DE BALLET.

Tout le guet vient, qui cherche Polichinelle dans la nuit.

violons et danseurs.

polichinelle.

Qui va là ?

violons et danseurs.

polichinelle.

Qui sont les coquins que j’entends ?

violons et danseurs.

polichinelle.

Euh ?

violons et danseurs.

polichinelle.

Holà ! mes laquais, mes gens !

violons et danseurs.

polichinelle.

Par la mort !

violons et danseurs.

polichinelle.

Par le sang !

violons et danseurs.

polichinelle.

J’en jetterai par terre !

violons et danseurs.

polichinelle.

Champagne, Poitevin, Picard, Basque, Breton !

violons et danseurs.

polichinelle.

Donnez-moi mon mousqueton…

violons et danseurs.

polichinelle, faisant semblant de tirer un coup de pistolet.

Poue.

(Ils tombent tous, et s’enfuient.)

Scène VI.

POLICHINELLE, seul.

Ah, ah, ah, ah ! comme je leur ai donné l’épouvante ! Voilà de sottes gens, d’avoir peur de moi, qui ai peur des autres. Ma foi, il n’est que de jouer d’adresse en ce monde. Si je n’avois tranché du grand seigneur et n’avois fait le brave, ils n’auroient pas manqué de me happer. Ah, ah, ah !

(Les archers se rapprochent, et, ayant entendu ce qu’il disoit, ils le saisissent au collet.)

Scène VII.

POLICHINELLE ; ARCHERS, chantants.

les archers, saisissant Polichinelle.

Nous le tenons. À nous, camarades, à nous !

Dépêchez ; de la lumière.

(Tout le guet vient avec des lanternes.)

Scène VII.

POLICHINELLE ; ARCHERS, chantants et dansants.

archers.

Ah ! traître ; ah ! fripon ! c’est donc vous ?

Faquin, maraud, pendard, impudent, téméraire,

Insolent, effronté, coquin, filou, voleur,

Vous osez nous faire peur !

polichinelle.

Messieurs, c’est que j’étois ivre.

archers.

Non, non, non, point de raison ;

Il faut vous apprendre à vivre.

En prison, vite en prison.

polichinelle.

Messieurs, je ne suis point voleur.

archers.

En prison.

polichinelle.

Je suis un bourgeois de la ville.

archers.

En prison.

polichinelle.

Qu’ai-je fait ?

archers.

En prison, vite, en prison.

polichinelle.

Messieurs, laissez-moi aller.

archers.

Non.

polichinelle.

Je vous prie !

archers.

Non.

polichinelle.

Hé !

archers.

Non.

polichinelle.

De grace !

archers.

Non, non.

polichinelle.

Messieurs !

archers.

Non, non, non.

polichinelle.

S’il vous plaît.

archers.

Non, non.

polichinelle.

Par charité !

archers.

Non, non.

polichinelle.

Au nom du ciel !

archers.

Non, non.

polichinelle.

Miséricorde !

archers.

Non, non, non, point de raison ;

Il faut vous apprendre à vivre.

En prison, vite en prison.

polichinelle.

Hé ! n’est-il rien, messieurs, qui soit capable d’attendrir vos ames ?

archers.

Il est aisé de nous toucher ;

Et nous sommes humains, plus qu’on ne sauroit croire.

Donnez-nous seulement six pistoles pour boire

Nous allons vous lâcher.

polichinelle.

Hélas ! messieurs, je vous assure que je n’ai pas un sol sur moi.

archers.

Au défaut de six pistoles,

Choisissez donc, sans façon,

D’avoir trente croquignoles,

Ou douze coups de bâton.

polichinelle.

Si c’est une nécessité, et qu’il faille en passer par là, je choisis les croquignoles.

archers.

Allons, préparez-vous,

Et comptez bien les coups.

DEUXIÈME ENTRÉE DE BALLET.

Les archers danseurs lui donnent des croquignoles en cadence.

polichinelle, pendant qu’on lui donne des croquignoles.

Un et deux, trois et quatre, cinq et six, sept et huit, neuf et dix, onze et douze, et treize, et quatorze et quinze.

archers.

Ah ! ah ! vous en voulez passer !

Allons, c’est à recommencer.

polichinelle.

Ah ! messieurs, ma pauvre tête n’en peut plus, et vous venez de me la rendre comme une pomme cuite. J’aime mieux encore les coups de bâton que de recommencer.

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