Naturalis Historia (page 16)

Pline l'Ancien · Arts Libéraux

Texte français, domaine public · Source : remacle.org · 27 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

[5] elle ouvre la matrice fermée, elle la remet en place quand elle est déplacée : pour cela on l'applique dans du miel sur tout le ventre et toute la poitrine. La rue avec des figues, et bouillie jusqu'à réduction de moitié, prise avec du vin, est bonne coutre l'hydropisie. On la prend de la même façon contre les douleurs de la poitrine, des côtés et des lombes, contre la toux, contre l'asthme, contre les affections des poumons, du foie et des reins, contre les frissons. Ceux qui vont boire en font bouillir les feuilles, pour prévenir les maux de tête causés par l'ivresse. Elle est bonne aussi mangée crue, ou cuite ou confite. Elle est bonne encore contre les tranchées, bouillie avec de l'hysope ou prise avec du vin. Elle arrête l'hémoptysie, et, mise dans les narines, l'épistaxis; tenue dans la bouche, elle est bonne pour les dents.

[6] En cas de douleur d'oreilles, on instille le suc dans cette partie, en ayant soin de modérer la dose, comme nous l'avons dit, si c'est de la rue sauvage; contre la dureté d'ouïe et les bourdonnements on l'instille avec l'huile rosat ou avec l'huile de laurier, ou avec le cumin et le miel. Le suc de la rue pilée dans du vinaigre s'applique, dans la phrénitis, sur les tempes et la tête; quelques- uns y ont ajouté du serpolet et du laurier, et en ont frotté la tête et le cou. On l'a fait respirer dans du vinaigre aux personnes en léthargie; ou en a donné aussi à boire dans l'épilepsie la décoction, à la dose de quatre cyathes (0 litr., 18), et avant les accès fébriles dont le froid est intolérable; on l'a fait manger crue aux gens frileux. Elle est diurétique, même jusqu'au sang;

[7] bue dans du vin noir doux, elle provoque le flux menstruel, la sortie de l'arrière-faix, et même des fœtus morts, selon Hippocrate (De morb mul., I, 128); aussi recommande-t-il d'en faire des applications et même des fumigations pour la matrice. Dans la maladie cardiaque, Dioclès en fait des applications avec le vinaigre, le miel et la farine d'orge; dans l'iléus, avec de la farine bouillie dans l'huile et mise sur de la laine en toison. Beaucoup recommandent de faire prendre deux drachmes de rue sèche avec une drachme et demie de soufre, contre les crachements de pus; et trois branches bouilles dans du vin, contre les crachements de sang.

[8] On la prescrit contre la dysenterie, avec du fromage et pilée dans du vin. Concassée avec du bitume, on la fait prendre en potion pour l'essoufflement. On a donné trois onces de graine à ceux qui avaient fait une chute de haut. Une livre d'huile dans laquelle les feuilles ont bouilli, et un setier de vin, composent un liniment pour les parties qui ont été gelées. Si la rue, comme le pense Hippocrate (De diaeta, II, 26), est diurétique, il est singulier que quelques-uns la donnent contre l'incontinence d'urine comme antidiurétique. Appliquée avec le miel et l'alun, elle guérit les psores et les lèpres; avec le strychnos (solanum nigrum, L), la graisse de porc et le suif de taureau, le vitiligo, les verrues, les scrofules et choses semblables;

[9] avec le vinaigre et l'huile, ou la céruse, l'érysipèle; avec le vinaigre, le charbon; quelques-uns recommandent d'appliquer en même temps le silphion, mais ils ne l'appliquent pas pour les pustules des épinyctides. On applique la rue bouillie sur les mamelles gonflées, et, avec de la cire, sur les éruptions dues à la pituite. On l'applique avec des branches tendres de laurier, en cas de fluxion sur les testicules; et elle a une action si spéciale sur ces organes, que la rue sauvage appliquée avec de la vieille graisse guérit, dit-on, les hernies. La graine pliée, appliquée avec de la cire, est un remède pour les membres cassés. La racine de rue en application guérit les épanchements de sang dans les yeux, les cicatrices ou les taches sur toute la surface du corps.

[10] Parmi les autres propriétés qu'on lui attribue, il est singulier que, la rue étant de nature chaude, de l'aveu de tout le monde, une botte de cette plante bouillie dans de l'huile rosat, avec addition d'une once d'aloès, empêche de suer ceux qui s'en frottent, et que prise en aliment elle rende inhabile à la génération; aussi la donne-t-on dans le flux spermatique, et à ceux qui sont sujets aux rêves lascifs. Les femmes enceintes doivent s'abstenir de cet aliment, car je trouve qu'il cause la mort des embryons. De toutes les plantes cultivées la rue est la plus employée dans les maladies des bestiaux soit respirant difficilement, soit blessés pat des animaux malfaisants (et alors on leur verse la rue avec du vin dans les narines), soit épuisés pat une sangsue avalée (on leur fait prendre la rue dans du vinaigre): dans toutes leurs maladies on l'emploie préparée comme pour l'homme en cas semblable.

LII. (XIV.) [1] Le mentastrum (menta tomentosa, d'Urv.) est une menthe sauvage (XIX, 47) différant par ses feuilles, qui ont la forme de celles de l'ocimum et la couleur de celles du pouliot, ce qui fait que quelques-uns l'appellent pouliot sauvage Les feuilles mâchées et appliquées guérissent l'éléphantiasis. Une expérience due au hasard a fait reconnaître cette propriété du temps du grand Pompée, un malade honteux de cette affection s'étant couvert la figure avec ces feuilles. On les emploie en application et en boisson contre les scolopendres et les serpents, à la dose de deux drachmes dans deux cyathes de vin; contre la scorpions, avec le sel, l'huile et le vinaigre.

[2] On donne encore contre les scolopendres la décoction. On garde contre tous les venins les feuilles sèches, réduites en poudre. Répandu sur le sol, ou brûlé, le mentastrum met en fuite les scorpions. En boisson il favorise l'écoulement des lochies après le part; mais avant, il cause la mort des fœtus. II est très efficace dans l'orthopnée, dans les tranchées, dans le choléra; en application il est bon dans le lumbago et dans la goutte. On en instille le suc dans les oreilles qui ont des vers; on le boit dans l'ictère; on l'applique sur les tumeurs strumeuses; il empêche les songes lascifs. Bu dans du vinaigre, il expulse le ténia (XX, 50). Contre le porrigo on le met dans du vinaigre, et on s'en lave la tête au soleil.

LIII. [1] La menthe a une odeur qui éveille l'esprit et une saveur qui excite l'appétit : aussi entre-t-elle ordinairement dans les sauces. Elle empêche le lait de s'aigrir ou de se cailler : aussi l'ajoute-t-on au lait que l'on boit, de peur d'être étouffé par la coagulation de ce liquide. On la donne dans de l'eau ou du vin miellé. On pense que par la même propriété elle s'oppose à la génération, en empêchant la coagulation du sperme. Chez les hommes comme chez les femmes, elle arrête l'écoulement du sang; elle suspend le flux menstruel. Bue dans de l'eau avec l'amidon, elle arrête le flux céliaque.

[2] Syriation l'a employée dans le traitement des abcès de la matrice ; à la dose de trois oboles dans du vin miellé, contre les obstructions du foie; en potage, contre l'hémoptysie. Elle guérit merveilleusement les ulcérations à la tête chez les enfants. Elle dessèche la trachée-artère quand elle est humide, et la resserre quand elle est sèche. Dans le vin miellé et l'eau, elle purge la pituite corrompue. Le suc est utile à la voix dans les combats de la parole, mais seulement pris immédiatement auparavant. On l'emploie en gargarisme dans les gonflements de la luette, en y ajoutant de la rue et de la coriandre dans du lait.  Avec l'alun il est bon contre l'amygdalite;

[3] avec du miel, contre l'âpreté de la langue; seul, contre les convulsions intérieures et les affections du poumon. D'après Démocrite, avec le suc de grenade il arrête le hoquet et le vomissement. Le suc de menthe fraîche, aspiré par le nez, guérit les affections des narines. Pilée et bue dans du vinaigre, la menthe guérit le choléra et les fluxions intérieures du sang; appliquée avec de la polenta, l'iléus et la tension des mamelles. On en fait des applications sur les tempes dans la douleur de la tête. On la prend contre les scolopendres, les scorpions marins et les serpents. On l'applique sur les épiphoras et toutes les éruptions de la tête, ainsi que sur les affections du siège. Elle empêche les écorchures [dues à l'équitation ou à d'autres exercices], même tenue seulement à la main. On l'instille avec du vin miellé dans les oreilles. On assure qu'elle guérit les affections de la rate si on y goûte dans un jardin pendant neuf jours de suite sans l'arracher, et si en y mordant on dit qu'on fait cela pour se guérir la rate; que séchée, réduite en poudre, une pincée dans de l'eau calme la douleur d'estomac ; et que prise en boisson sous cette forme elle expulse les vers intestinaux.

LIV. [1] Le pouliot (menta pulegium, L.), non moins que la menthe, rappelle à elles les personnes en défaillance: on garde les branches de l'une et l'autre plante dans des bouteilles de verre pleines de vinaigre. Pour cette raison, Varron a prononcé qu'une couronne de pouliot méritait mieux d'orner nos appartements qu'une couronne de roses : on dit encore que mise sur la tête elle dissipe la céphalalgie. On assure que respirée elle protège la tête contre l'action nuisible du froid et du chaud, et défend de la soif; que ceux qui au soleil ont deux branches de pouliot derrière les oreilles ne sont pas incommodés par la chaleur.

[2] Dans les douleurs on en fait des applications, avec la polenta et le vinaigre. Le pouliot femelle est plus efficace; il a la feuille pourprée, le mâle l'a blanche. Pris dans de l'eau froide avec du sel et de la polenta, il empêche les nausées, ainsi que les douleurs de poitrine et de ventre. Pris dans de l'eau, il calme le sentiment d'érosion dans l'estomac, et, avec du vinaigre et de la polenta, les vomissements. Bouilli avec du miel et du nitre, il guérit les lésions intestinales. Dans du vin, il est diurétique; et si le vin est de la vigne amminéenne (XV, 5, 2) il chasse les calculs et toutes les douleurs intérieures. Dans du miel et du vinaigre, il pousse les menstrues et l'arrière-faix; il remet en place la matrice déplacée; il chasse les fœtus morts.

[3] On fait respirer la graine aux personnes frappées soudainement de mutisme. Contre l'épilepsie on le donne dans du vinaigre, à la dose d'un cyathe (0 Iitr., 045 ) ; si les eaux sont malsaines on y jette du pouliot pilé. Pris avec du vin, il diminue les âcretés du corps; pour les nerfs, dans les contractions spasmodiques, on le donne avec du sel et du vinaigre; avec le miel on en fait des frictions dans l'opisthotonos. On en boit la décoction contre les blessures faites par les serpents; pilé dans du vin (surtout le pouliot venu dans des lieux secs), on le fait prendre contre les piqûres des scorpions. Il passe pour efficace contre les ulcérations de la bouche et la toux. La fleur fraîche, brûlée, tue les puces par son odeur. Xénocrate, parmi les remèdes, rapporte qu'on donne à flairer dans le fièvres tierces, avant l'accès, une branche de pouliot roulée dans de la laine, ou qu'on la met sous la couvertures du lit où est couché le malade.

LV. [1] Le pouliot sauvage a les mêmes propriétés, mais plus énergiques; il est semblable à l'origan, et a les feuilles moindres que le pouliot cultivé; quelques-uns le nomment dictame. Brouté par les moutons et les chèvres, il les fait bêler; aussi certains Grecs, changeant une lettre dans son nom (γλήχων), l'ont-ils appelé blechon (βλήχων, de βληχὴ, bêlement). II est tellement chaud, qu'il ulcère les parties sur lesquelles on l'applique. Dans la toux résultat d'un refroidissement, Il est utile de s'en frotter avant le bain: on s'en frotte également dans les accès fébriles avant le frisson, ainsi que dans les convulsions et les tranchées. Il est merveilleusement avantageux dans la goutte. On le donne à boire, avec du miel et du sel, dans les affections du foie; Il rend l'expectoration facile dans les affections du poumon. Avec le sel il est bon pour la rate, la vessie, l'asthme et les flatuosités; la décoction a les mêmes avantages; il redresse la matrice. On le prescrit rentre la scolopendre terrestre ou marine, et contre les scorpions. En particulier, il est excellent contre la morsure faite par un homme. La racine fraîche est très efficace contre les ulcérations végétantes; sèche, elle efface les difformités des cicatrices.

LVI.[1]  La nepeta (mentha gentilis, L.) agit aussi comme le pouliot: bouillies dans l'eau jusqu'à réduction du tiers, ces deux plantes dissipent le froid des accès fébriles; elles activent le flux menstruel; en été elles tempèrent la chaleur. La nepeta a aussi des vertus contre les serpents; ils en fuient la fumée et l'odeur, et les personnes qui doivent dormir dans des lieux suspects feront bien d'en mettre sous elles. Pilée, on l'applique sur les fistules lacrymales ; fraîche et mêlée à un tiers de pain avec du vinaigre, on l'applique dans les douleurs de tête. Le jus instillé dans les narines, la tête renversée, arrête l'épistaxis; il en est de même de la racine, qui en gargarisme avec de la graine de myrte dans du vin cuit, tiède, guérit l'esquinancie.

LVII. [1] Le cumin sauvage (cuminum cyminum, L.) est très menu; il a quatre ou cinq feuilles dentelées en scie. Le cumin cultivé est d'un grand usage, surtout parmi les remèdes stomachiques. Pilé et pris avec du pain, ou bu avec de l'eau et du vin, il dissipe la pituite, les flatuosités, les tranchées et les douleurs intestinales. Cependant tout cumin rend pâles ceux qui en boivent; du moins on assure que les disciples de Porcius Latron, célèbre parmi les professeurs d'éloquence, imitaient de cette façon la pâleur que leur maître devait à ses études : et, il y a peu de temps, Julius Vindex, ce défenseur de la liberté contre Néron, employa ce moyen pour donner le change à l'empereur, qui voulait sa succession.

[2]  En pastilles ou frais, et dans du vinaigre, le cumin arrête le saignement de nez; appliqué seul, il est bon pour les épiphoras; avec le miel, pour le gonflement des yeux. Chez les enfants en bas-âge il suffit de l'appliquer sur le ventre. En cas d'ictère on le donne dans du vin blanc après le bain. (XV.)Le cumin d'Ethiopie se donne surtout dans l'oxymel, ou en électuaire avec du miel. On pense que celui d'Afrique arrête peu à peu l'incontinence d'urine. Le cumin cultivé se donne, pour les affections du foie, rôti et pilé dans du vinaigre; de la même façon pour les vertiges; pilé dans du vin doux, pour les cas où l'urine est trop âcre; pour les affections de matrice, dans du vin; on applique en outre les feuilles avec de la laine; pour les tumeurs des testicules, rôti et pilé avec du miel, ou avec de l'huile rosat et de la cire.

[3] Pour tout cela le cumin sauvage (lagaecia cumiacides) est plus actif; en outre, avec de l'huile il est bon contre les serpents, les scorpions, les scolopendres. Une pincée dans du vin arrête les vomissements et les nausées. On s'en sert en boisson et en application pour la colique, ou bien on l'applique chaud avec des plumasseaux, à l'aide de bandes. II dissipe les suffocations hystériques, pris dans du vin à la dose de trois drachmes dans trois cyathes (0 litr., 131) de vin. Avec de la graisse de veau ou du miel, on l'instille dans les oreilles contre les bourdonnements et les tintements. On l'applique sur les contusions avec du miel, du raisin sec et du vinaigre; sur les taches noires de la peau, avec du vinaigre.

LVIII. [1] Il est une plante très semblable au cumin, nommée par les Grecs ammi (amni vissaga, L.) : quelques-uns pensent que c'est le cumin éthiopique, qui Hippocrate (De hum.) nomme royal, sans doute parce qu'il l'a jugé plus efficace que le cumin d'Egypte. La plupart le regardent comme complètement différent, attendu qu'il est plus menu et plus blanc; mais il est employé aux mêmes usages : en effet, on le met sous les pains à Alexandrie, et on le fait entrer dans les sauces. Il dissipe les flatuosités et les tranchées; il active les urines et les menstrues;

[2] il guérit les contusions, il guérit les épiphoras des yeux. Pris dans du vin, à la dose de deux drachmes, avec de la graine de lin, il guérit les piqûres des scorpions; et en particulier, avec une quantité égale de myrrhe, la morsure des cérastes. Comme le cumin, il rend pâles ceux qui en boivent. En fumigations avec le raisin sec et la résine, il purge la matrice. On dit que les femmes qui le flairent pendant le coït conçoivent plus facilement.

LIX. [1] Nous avons suffisamment parlé du câprier parmi les végétaux exotiques (XIII, 44). Il ne faut pas se servir du câprier d'outre-mer; celui d'Italie est moins dangereux. On dit que ceux qui en mangent journellement ne sont sujets ni à la paralysie, ni aux douleurs de la rate. Pilée, la racine fait disparaître les taches blanches de la peau, si on les en frotte au soleil. L'écorce de la racine prise dans du vin, à la dose de deux drachmes, est bonne dans les affection de la rate; mais il faut cesser de prendre des bains; et l'on prétend qu'en trente-cinq jours elle expulse la rate tout entière par les urines et les déjections alvines. On prend le câprier en boisson dans les douleurs des lombes et dans la paralysie.

[2] La graine bouillie et pilée dans du vinaigre, ou la racine mâchée, calme les douleurs de dents. Bouillie dans de l'huile, on la verse dont les oreilles en cas de douleur. Les feuilles et la racine fraîches, avec du miel, guérissent les ulcères appelés phagédéniques. De la même façon la racine guérit les tumeurs strumeuses; bouillie dans l'eau, elle dissipe les parotides, et détruit les vers des oreilles. C'est un remède pour les affections du foie. On la donne contre le ténia dans du vinaigre et du miel. Bouillie dans du vinaigre, elle dissipe les ulcérations de la bouche. Les auteurs sont d'accord pour admettre que le câprier n'est pas bon à l'estomac.

LX. [1] Le ligusticum (livêche, ligusticum levisticum, L. ), appelé par quelques uns panax, est bon pour l'estomac; il est bon aussi pour les convulsions et les flatuosités. Il en est qui l'appellent cunila bubala, a tort, comme nous l'avons dit (XIX, 5).

LXI. (XVI.) [1] Outre la cunila cultivée, il en est plusieurs espèces employées en médecine. Celle qu'on appelle bubula (XVIII, 41) a la graine du pouliot; cette graine, mâchée et appliquée, est bonne pour les plaies; il faut ne l'enlever qu'au bout de cinq jours. Contre les morsures des serpents on la prend dans du vin, et on la met pilée sur la plaie; on frotte avec cette plante les plaies faites par ces reptiles. Les tortues qui vont livrer combat aux serpents (VIII, 41) cherchent un préservatif dans cette cunila; et quelques auteurs, à cause de cela, la nomment panacée. Cette plante dissipe les tumeurs et les maladies de parties viriles, soit sèche, soit en feuilles et pilée; elle s'associe parfaitement avec le vin pour tous les cas (labiée indéterminée).

LXII. Il est une autre cunila appelée par les Latins cunila des poules, et par les Grecs origan héracléotique (XXV, 12) (origanum heracleoticum, L. ). Pilé avec du sel, l'origan est bon pour les yeux. Il guérit la toux et les affections du foie. Avec de la farine, de l'huile et du vinaigre, on en fait au potage bon contre les douleurs de côté, et surtout contre les morsures des serpents.

LXIII. II est une troisième espèce de cunila, nommée par les Grecs mâle, par les Latins cunilago (erigeron viscosum, L) (XXI, 32), à l'odeur fétide, à la racine ligneuse, à la feuille rude. Parmi toutes les espèces de cunila on dit que c'est celle qui a les propriétés les plus actives; que si on en jette quelque part une poignée, elle attire toutes les blattes de la maison ; qu'en particulier elle a, dans de l'oxycrat, de l'efficacité contre les scorpions; qu'un homme frotté avec trois feuilles trempées dans de l'huile met en fuite la serpents.

LXIV. [1] La cunila appelée molle a les feuilles plus velues et les branches garnies d'aiguillons; froissée, elle a l'odeur du miel et adhère aux doigts. Une autre espèce a l'odeur de l'encens; nous rappelons Iibanotls (XXI, 32). Ces deux espèces, dans du vin ou du vinaigre, sont un remède contre les serpents. L'eau où on les a broyées, en aspersion, tue les puces (inula pulicaria ?).

LXV. L'espèce cultivée (XIX, 50) (saturcia thymbra, L. ) a aussi des usages : le suc avec l'huile rosat est bon pour les oreilles; la plaine elle-même se prend en boisson pour les coups. A cette espèce appartient la cunila des montagnes, semblable au serpolet, efficace contre les serpents. Elle est diurétique, active le flux lochial, aide merveilleusement la digestion; les deux espèces donnent de l'appétit même à ceux qui ont des crudités, s'ils en prennent à jeun dans une boisson. Elles sont bonnes aussi pour les luxations. Avec de la farine d'orge et de l'oxycrat, elles sont excellentes contre les piqûres des guêpes et autres Insectes semblables. Nous parlerons en leur lieu des autres espèces de libanotis (XXIV, 59).

LXVI. (XVII.) [1] Le pipéritis, que nous avons appelé aussi siliquastrum (XIX, 62) (capiscum annuum, L.), se prend en boisson contre l'épilepsie. Castor en donnait une autre description, lui attribuant une tige rouge et longue, des nœuds rapprochés, la feuille du laurier, une graine blanche et menue, le goût du poivre, et le disant bon pour les gencives, pour la dents, et propre à rendre agréable et à prévenir la flatuosités.

LXVII. [1] L'origan, qui, comme nous l'avons dit (XIX, 50), rivalise pour le goût avec la cunila, a plusieurs espèces usitées en médecine. On donne le nom d'onitis (origanum creticum, L. ) ou de prasion à une des espèces qui a quelque ressemblance avec l'hysope; elle s'emploie en particulier dans de l'eau tiède, contre le sentiment d'érosion de l'estomac et contre les indigestions; dans du vin blanc, contre les araignées et la scorpions; dans du vinaigre, de l'huile et de la laine, contre les luxations et les coups.

LXVIll. [1] Le tragorigan (thymus graveolens, L.) ressemble davantage au serpolet sauvage. Il est diurétique; il dissipe les tumeurs. En boisson, il est très bon contre l'empoisonnement par le gui, contre la morsure de la vipère, contre les rapports acides venant de l'estomac, et pour les viscères. On le donne avec du miel dans la toux, la pleurésie et la péripneumonie.

LXIX. [1] L'origan héracléotique (XX, 62) offre trois espèces : la première, plus noire, a les feuilles plus larges et est gluante; la seconde les a plus grêles, est plus molle, ressemble assez à la marjolaine, et est appelée de préférence, par quelques auteurs, prasion (XX, 67); la troisième, tenant le milieu entre les deux premières, est moins efficace que l'une et l'autre. Le meilleur origan est celui de Crète, car il a une odeur agréable; le plus estimé ensuite est celui de Smyrne, qui a une odeur plus forte; l'héracléotique est plus avantageux en boisson, on le nomme onitis.

[2] En général, l'origan a la propriété de mettre en fuite les serpents; on le donne à manger bouilli aux personnes blessées. En boisson, il est diurétique. Il guérit les ruptures et les convulsions avec la racine de panax ; les hydropisies, avec les figues ou avec l'hyssope, à la dose d'un acétabule (0 litr, 068) réduit des cinq sixièmes par la décoction. Il est bon contre la gale, le prurigo, les psores, pris quand on entre dans le bain. Le suc avec du lait s'instille dans les oreilles; c'est un remède pour les tonsilles, la luette et les ulcères de la tête.

[3] Bouilli, et pris avec de la cendre dans du vin, l'origan neutralise le poison de l'opium et du plâtre Il relâche le ventre à la dose d'un acétabule. On l'applique sur les meurtrissures; on l'emploie contre les maux des dents, auxquelles il donne même de la blancheur, avec du miel et du nitre. Il arrête l'épistaxis. Contre la parotides, on le fait bouillir avec de la farine;

[4] contre l'enrouement, on le pile avec de la noix de galle et du miel; pour la rate, la feuille avec du miel et du sel. Il atténue la pituite épice et noire, cuit avec du vinaigre et du sel, et pris à petite dose. Pour l'ictère on l'introduit dans les narines, pilé avec de l'huile. Les personnes fatiguées en font des frictions, évitant de toucher le ventre. Avec la poix, il guérit les épinyctides; avec des figues broyées, il ouvre les furoncles; avec l'huile, le vinaigre et la farine d'orge, les tumeurs strumeuses; il guérit les douleurs de côté, appliqué avec les figues; les fluxions sanguines sur les parties génitales, pilé et appliqué avec du vinaigre; il active la sortie du reste des vidanges après l'accouchement.

LXX. [1] Le lepidium (cresson, lepidium sativum, L.) est rangé parmi les plantes âcres. Par cette propriété, il nettoie la peau du visage en l'excoriant; mais ces excoriations se guérissent facilement avec de la cire et de l'huile rosat; par la même propriété il enlève toujours sans peine les lèpres, les psores, et les marques des cicatrices. On dit que dans le mal de dents, attaché au bras du côté souffrant, il attire la douleur sur ce bras.

LXXI. [1] La nielle (nigella sativa, L) est appelée par les Grecs tantôt mélanthion, tantôt mélanspermon. La meilleure est celle qui a l'odeur la plus pénétrante, et qui est la plus noire. C'est un remède pour les blessures faites par les serpents et les scorpions; je trouve que dans ce cas on l'emploie en applications avec du vinaigre et du miel, et que brûlée elle met en faite les serpents. On la prend en boisson à la dose d'une drachme (4 gr., 5) contre les araignées. Elle guérit les fluxions nasales, pilée, mise dans un rouet, et respirée;

[2] les douleurs de tête, appliquée avec du vinaigre et instillée dans les narines; les épiphoras et les douleurs des yeux, avec de l'huile d'iris; les maux de dents, cuite avec du vinaigre; les ulcérations de la bouche, pilée ou mâchés; les lèpres et le lentigo, dans du vinaigre; la dyspnée, en boisson avec addition de nitre; les duretés, les vieilles tumeurs et les suppurations, en application. Elle augmente, prise plusieurs jours de suite, la quantité du lait chez les femmes. On en recueille le suc, comme celui de la jusquiame (XXV, 17);

[3] et comme celui de la jusquiame, pris à trop forte dose c'est un poison : effet étonnant, car la graine est un assaisonnement très agréable pour le pain (XIX, 52). Cette graine purge les yeux; elle active le flux de l'urine et des règles; bien plus, je trouve que trente grains seulement, mis dans un nouet, font sortir l'arrière-faix. On dit que broyée dans de l'urine elle guérit les cors des pieds, et qu'en fumigation elle tue les moucherons et aussi les mouches.

LXXII. [1] L'anis (pimpinella aninum, L.), du petit nombre des plantes louées par Pythagore, se prend dans du vin contre les scorpions, cru ou bouilli. Frais ou sec, il est recherché dans tous les assaisonnements, dans toutes les sauces. On en saupoudre la croûte Inférieure du pain. On le met aussi dans les chausses à filtrer le vin (XIV, 28) ; avec les amandes amères, il donne de l'agrément au vin. Il rend l'haleine plus douce, et ôte la mauvaise odeur de la bouche, mangé le matin avec du smyrnion (smyrnium perfoliatum, L.) et un peu de miel, puis pris avec du vin en collutoire. Il rend le visage plus jeune. Attaché à l'oreiller de manière qu'on le flaire en dormant, il chasse les mauvais songes. Il donne de l'appétit; l'appétit, que la mollesse de nos jours demande à une plante depuis que le travail a cessé de le procurer. C'est pour cela que quelques-uns l'ont nommé anicetum (invincible ).

LXXIII. [1] Le plus estimé est celui de Crète, puis celui d'Égypte. II remplace le ligusticum (XX, 60) dans les assaisonnements. Aspiré en fumigation par les narines, il soulage les maux de tête. Evénor en applique la racine pilée sur les épiphoras des yeux. Iollas applique l'anis lui-même pilé avec du safran et du vin, ou pilé seul avec de la polenta, contre les grandes fluxions, et pour l'extraction des corps étrangers qui peuvent être entrés dans l'œil. Appliqué avec de l'eau, il détruit les chancres du nez. II guérit les angines, en gargarisme avec le miel et l'hysope dans du vinaigre. On l'instille dans les oreilles avec de l'huile rosat. Rôti, il purge la pituite de la poitrine; pris avec du miel, encore mieux.

[2] Pilez, avec un acétabule (0 litr. 068) d'anis dans du miel, cinquante amandes amères mondées, pour la toux. Un remède très facile, c'est de faire avec trois drachmes d'anis, deux de pavot et du miel, un mélange dont on prend pendant trois jours gros comme une fève. Il est surtout excellent comme carminatif; aussi remédie-t-il aux gonflements d'estomac, aux tranchées et aux affections céliaques. Bouilli, et flairé ou pris en boisson, il arrête le hoquet. Les feuilles bouillies font passer les indigestions. La décoction avec de l'ache flairée, arrête les éternuements. En boisson l'anis provoque le sommeil, chasse les calculs, arrête les vomissements et les gonflements des viscères ;

[3] il est très bon pour les affections de la poitrine et pour le diaphragme. La décoction se verse, avec de l'huile, sur la tête, et calme la céphalalgie. On pense que rien n'est meilleur pour le ventre et les intestins; aussi le donne-t-on rôti dans la dysenterie et le ténesme. Quelques-uns y ajoutent de l'opium, et font prendre, par jour, de ce mélange trois pilules de la grosseur d'un lupin, délayées dans un cyathe de vin (0 litr., 045). Dieuchès en a employé le suc pour le lumbago; il a donné centre l'hydropisie, et l'affection céliaque, la graine pilée avec de la menthe; Évenor, la racine pour les affections des reins. Dalion, herboriste, en a fait avec l'ache un cataplasme pour les femmes en couche, et aussi pour la douleur de matrice; il l'a fait boire avec l'aneth aux femmes en couche; il l'a appliqué frais avec de la polenta, dans le cas de phrénitis; de la même façon, aux enfants ressentant de atteintes d'épilepsie ou des convulsions.

[4] Pythagore assure que ceux qui en tiennent â la main ne sont pas saisis par l'épilepsie, et qu'aussi il importe d'us semer le plus qu'on peut chez soi; que les femmes qui en respirent l'odeur accouchent plus facilement, et qu'aussitôt après l'accouchement il faut le faire boire avec de la polenta. Sosimène l'a employé contre toutes les duretés, avec du vinaigre; et contre les lassitudes il l'a fait cuire dans l'huile, avec addition de nitre; il a promis aux voyageurs qu'en prenant en boisson la graine de l'anis ils se préserveraient de la fatigue. Héraclide a donné pour les gonflements de l'estomac une pincée de la graine, avec deux oboles (1 gr., 5) de castoréum, deux du vin miellé; il a prescrit la même préparation pour les gonflements du ventre et des intestins; il a fait prendre dans l'orthopnée une pincée de graine d'anis et autant de graine de jusquiame, avec du lait d'ânesse.

[5] Beaucoup conseillent aux personnes qui doivent vomir de prendre pendant le souper un acétabule (0 litr., 068) d'anis avec dix feuilles de laurier, le tout pilé dans l'eau. Il calme les suffocations hystériques, mangé et appliqué chaud, ou pris en boisson avec le castoréum dans du vinaigre et du miel. Il dissipe les vertiges après l'accouchement, avec une pincée de graine de concombre et une pincée de graine de lin, dans trois cyathes de vin blanc. Tlépolème a employé contre la fièvre quarte une pincée de graine d'anis et de fenouil dans du vinaigre et un cyathe de miel. Appliqué avec des amandes amères, l'anis guérit les maladies articulaires.

[6] II en est qui le regardent comme un antidote du venin des aspics. Il est diurétique; il calme la soif; il est aphrodisiaque. Avec le vin il procure une douce sueur; il détend aussi les étoffes contre les insectes. Il est d'autant plus efficace qu'il est plus frais et plus noir. Toutefois, il n'est pas bon pour l'estomac, si ce n'est en cas de gonflement.

LXXIV. (XVIII.) [1] L'aneth (anethum graveolens, L.) aussi est carminatif, et calme les tranchées; Il arrête les flux de ventre. On applique la racine dans de l'eau ou dans du vin sur les épiphoras. La graine chaude flairée arrête le hoquet; prise dans de l'eau, elle dissipe les indigestions. La cendre remédie au gonflement de la luette; elle affaiblit la vue et la force génératrice.

LXXV. [1] Le sacopentum (ferula communis) (XIX, 52), que produit l'Italie, est tout à fait différent de celui d'outre-mer : ce dernier en effet, semblable à la gomme ammoniaque, se nomme sagapenum (ferula persica, L.) ; il est bon pour les douleurs de côté et de poitrine, pour les convulsions, pour les vieilles toux, pour les expectorations, pour les tumeurs des viscères; il guérit les vertiges, les tremblements, l'opisthotonos, les affections de la rate, les douleurs des lombes, les refroidissements; on le fait flairer dans du vinaigre pour les suffocations hystériques; du reste, on l'emploie en boisson, en friction avec l'huile; il est bon aussi contre les poisons.

LXXVI. [1] Nous avons dit (XIX, 53) qu'Il y a trois espèces de pavots cultivés, et nous avons promis de parler des espèces sauvages. Pour les pavots cultivés, on pile le calice du pavot blanc, et on le prend dans du vin comme soporifique. La graine guérit l'éléphantiasis. Le pavot noir est soporifique par le suc que fournit l'incision de la tige au moment ou la plante commence à fleurir, d'après Diagoras; mais, d'après lollas, quand la fleur est passée, par un temps serein, à la troisième heure (trois heures après le soleil levé), c'est-à-dire quand Il n'y a plus de rosée sur le pavot. On recommande d'inciser le dessous de la tête et du calice ; c'est la seule espèce que l'on incise à la tête. Ce suc, comme celui de toute plante, se reçoit sur de la laine,

[2] ou, s'il n'y en a que peu, on le racle avec l'ongle du pouce comme sur les laitues, et, surtout le lendemain, on ramasse la partie qui s'est desséchée. Obtenu en assez grande quantité, il s'épaissit : on le pétrit par petits pains, qu'on sèche à l'ombre. Ce suc non seulement a une propriété soporifique, mais encore, si on le prend à trop haute dose, il cause la mort par le sommeil; on le nomme opium.

[3] C'est de cette façon que mourut en Espagne, à Bavilum, le père du personnage prétorien Publius Licinius Cécina : une maladie qu'il ne pouvait supporter lui avait rendu la vie odieuse. Plusieurs autres se sont donné la mort de la même façon. Aussi l'opium a-t-il été l'objet de grands débats : Diagoras et Erasistrate l'ont condamné complètement, défendant de l'instiller comme étant un poison mortel, et en outre parce qu' il nuisait à la vue; Andréas a ajouté qu'il ne causait pas immédiatement la cécité, parce qu'il était sophistiqué à Alexandrie. Mais dans la suite on n'en a pas condamné l'usage dans une préparation célèbre nommée discode (διά, de,  κωδῶν, pavots).

[4] On fait aussi de la graine pilée des pastilles, qu'on prend dans du lait, comme soporifiques. On l'emploie contre les douleurs de tête avec l'huile rosat. Avec cette huile on l'instille dans l'oreille, pour en calmer la douleur. Avec da tait de femme on l'applique sur les parties affectées de goutte; on emploie les feuilles de même. On s'en sert dans du vinaigre pour l'érysipèle et les plaies. Quant à moi, je n'approuve pas qu'on ajoute l'opium aux collyres, et encore moins aux préparations appelées lexipyrètes (fébrifuges), et aux préparations appelées digestives et céliaques. Toutefois, on donne le pavot noir dans du vin contre les affections céliaques. Tous les pavots cultivés sont plus grands, et ont la tête ronde. Le pavot sauvage l'a longue, petite, et douée de propriétés plus actives. On le fait bouillir, et on en boit la décoction contre l'insomnie; avec cette eau on se lave la bouche. Le meilleur pavot vient dans les lieux secs, et là où II pleut rarement. Quand on fait bouillir les têtes et les feuilles, le produit de cette décoction se nomme méconium, c'est beaucoup plus faible que l'opium.

[5] Le premier caractère auquel on reconnaît la bonté de l'opium est l'odeur; on ne peut résister à celle de l'opium pur. Le second caractère, c'est que, allumé à une lampe, il donne une flamme brillante, et que, après avoir été éteint, il répande de l'odeur; ce qui n'arrive pas dans l'opium falsifié, qui s'allume aussi plus difficilement et qui s'éteint souvent. On recensait aussi l'opium pur par l'épreuve de l'eau: II y surnage en forme de nuage, tandis que l'opium falsifié s'y met en grumeaux. Mais et qu'il y a de plus étonnant, c'est que le soleil d'été fournit aussi un caractère : l'opium pur sue et se fond, jusqu'à ce qu'il devienne semblable au suc récent. Mnésidès pense que le meilleur moyen de conserver l'opium, c'est de le mêler à de la graine de jusquiame; d'autres recommandent de le mettre avec des fèves.

LXXVII. (XIX.) [1] Le pavot que nous avons nommé rhéas et erratique (coquelicot, papaver rhaeas, L.) (XIX, 53) forme une espèce intermédiaire entre les pavots cultivés et les pavots sauvages, parce qu'il vient dans les champs, il est vrai, mais spontanément. Quelques-uns le mangent avec le calice entier aussitôt après l'avoir cueilli. Cinq têtes bouillies dans trois hémines (0 litr.. 81) de vin, et prises en boisson, évacuent par le bas et procurent du sommeil.

LXXVIII. [1] Il est une espèce de pavot sauvage, appelé céraliitis (pavot cornu, glaucium flavum), noir, haut d'une coudée, a racine grosse et garnie d'écorce, à tête recourbée comme une petite corne. Les feuilles sont plus petites et plus minces que dans les autres espèces sauvages; la graine, menue, est mûre à l'époque des moissons. Elle purge à la dose d'un demi-acétabule (0 litr., 034) dans du vin miellé. La feuilles broyées avec de l'huile guérissent les taches blanches des yeux chez les bêtes de somme. La racine à la dose d'un acétabule, bouillie dans deux setiers d'eau jusqu'à réduction de moitié, se donne contre les affections des lombes et du foie. Les feuilles, dans du miel, guérissent les charbons. Quelques-uns nomment cette espace glaucion, d'autres paralion: elle vient, en effet, dans les lieux exposés aux exhalaisons de la mer, ou dans les terrains nitreux.

LXXXIX. [1] Une autre espèce de pavot sauvage est nommée héraclion (silene inflata, L) par les uns, aphron par les autres. Les feuilles, si vous les regardez de loin, offrent l'apparence de moineaux ; la racine est à la superficie du sol ; la graine est couleur d'écume (ἄφρος). Cette plante sert en été à blanchir les toiles de lin (XIX, 4). On la broie dans un mortier, et on la donne contre l'épilepsie à la dose d'un acétabule dans du vin blanc; elle provoque en effet le vomissement. Elle est extrêmement utile pour la préparation qu'on nomme diacode et artériaque. Cette préparation se fait avec cent vingt têtes de ce pavot ou de tout autre pavot sauvage, macérées pendant deux jours dans trois setiers d'eau de plaie et bouillie dans la même eau, puis passées à la chausse; on les fait bouillir une seconde fois à petit feu, avec du miel, jusqu'a réduction de moitié. Dans la suite on y a ajouté six drachmes de safran, d'hypocistis (cytinus hypocistis, L), d'encens, de suc d'acacia et un setier de vin cuit de Crète. Cela est pour l'ostentation ; la vertu de cette simple et antique préparation dépend du pavot et du miel.

LXXX. [1]  La troisième espèce est le tithymale (euphorbia paralias, L.), appelé par les uns mécon, par les autres paralion (XXVI, 41 ), à feuille de lin et blanche, à tête de la grosseur d'une fève. On le recueille à l'époque de la floraison de la vigne; on le fait sécher à l'ombre. La graine, prise en boisson, évacue par le bas, à la dose d'un demi-acétabule (0 litr., 034) dans du vin miellé. La tête de toute espèce de pavot, fraîche ou sèche, en application, calme les épiphoras des yeux. L'opium, pris dans du vin pur aussitôt après la piqûre d'un scorpion, en empêche les mauvais effets. Quelques-uns attribuent cette vertu au pavot noir seulement, dont on pile les têtes ou les feuilles.

LXXXI. (XX.) [1] On a encore le pourpier sauvage, appelé peplis (euphorbia peplis, L.), qui ne l'emporte pas beaucoup en vertu sur le pourpier cultivé (XIII, 40), duquel on cite des effets remarquables : il neutralise le venin des flèches empoisonnées, du serpent haemorrhoïs et du serpent prester ; pris en aliment et mis sur les plaies, il fait sortir ces venins; il fait aussi (le suc exprimé bu dans du vin cuit) sortir le poison de la jusquiame. Quand on n'a pas la plante même, la graine produit le même effet. Il corrige la mauvaise qualité des eaux, guérit la douteur et les ulcérer de la tête, pilé dans du vin et appliqué. Mâché avec du miel, il guérit les autres plaies.

[2] On l'applique aussi sur la tête des enfants en bas âge, et sur leurs hernies ombilicales; dans les épiphoras à tout âge, sur le front et les tempes, avec de la polenta; sur les yeux mêmes, dans du lait et du miel; en cas de procidence de l'œil, les feuilles pilées avec des cosses de fève; sur les pustules, avec de la polenta, du sel et du vinaigre. Mâché cru, il guérit les altérations de la bouche et le gonflement des gencives, ainsi que le mal de dents; en décoction, les ulcérations des tonsilles; quelques-uns y ont ajouté un peu de myrrhe : mâché, il raffermit les dents ébranlées; il dissipe les crudités, donne de la fermeté à la voix, et ôte la soif. Il calme les douleurs du cou, ; avec la noix de galle, la graine de lin et le miel, à quantités égales; il guérit les affections des mamelles, avec le miel ou la terre cimoliée. La graine, prise avec du miel, est bonne pour l'asthme. Mangée en salade, la plante fortifie l'estomac. Dans les fièvres ardentes, on en fait des applications avec la polenta ; d'ailleurs, comme aliment, elle rafraîchit aussi les intestins. Elle arrête !es vomissements. Dans les dysenteries et les vomiques, on la mange dans du du vinaigre, ou on la prend en boisson avec du cumin. Cuite, et prise en aliment ou en boisson, elle est bonne pour le ténesme et l'épilepsie;

[4] pour le flux menstruel, à la dose d'un acétabule (0 lier., 068) dans du vin cuit; dans les gouttes chaudes et l'érysipèle, appliqué avec du sel. Le suc, en boisson, soulage les reins et la vessie. La plante expulse les vers intestinaux; on l'applique, dans de l'huile, avec de la polenta, pour calmer les douleurs des plaies. Elle amollit les duretés des nerfs. Métrodore, qui a composé un Abrégé de botanique, pense qu'il faut la donner après l'accouchement pour les vidanges. Elle est anti-aphrodisiaque, et empêche les songes lascifs. Un des personnages principaux de l'Espagne, dont le fils a été préteur, en porte, à ma connaissance, cause d'une affection intolérable de la luette, excepté dans le bain, la racine suspendue au cou par un fil; précaution qui l'a délivré de toute incommodité. J'ai trouvé même dans les auteurs que, si l'on s'en frotte la tête, on n'a, de toute l'année, aucun rhume de cerveau. Cependant on pense qu'elle affaiblit la vue.

LXXXII. [1] On ne trouve pas de coriandre sauvage; il est constant que la meilleure est celle d'Égypte. Elle a (coriandrum sativum, L. ), en boisson et en application, de la vertu contre une seule espèce de serpents qu'on nomme amphiabène ; elle guérit aussi les autres plaies; pilée, les epinyctides, les pustules; pilée et avec du miel ou des raisins secs, toutes les tumeurs et toute les collections; pilée dans du vinaigre, le panus. Quelques-uns, dans la fièvre tierce, en font, avant l'accès, prendre trois graines; on en applique sur le front au plus grand nombre. Il en est qui pensent qu'il est avantageux de mettre de la coriandre sous l'oreiller avant le lever du soleil.

[2]  Verte, elle a de grandes propriétés rafraichissante. Elle guérit, avec du miel on du raisin sec, les ulcères serpigineux, ainsi que les testicules, les brûlures, les charbons, les oreilles; avec du lait de femme, les épiphoras des yeux; les flux de ventre et des intestins, la graine prise dans de l'eau. On la prend en boisson avec de la rue, dans le choléra. La graine expulse les vers intestinaux, prise en boisson avec le suc de la grenade et l'huile. Xénocrate rapporte une chose merveilleuse, si elle est vraie : les règles s'arrêtent un jour chez les femmes qui prennent un grain de la semence; deux jours, chez celles qui en prennent deux, et ainsi de suite, d'après le nombre de grains pris. M. Varron pense qu'avec de la coriandre légèrement pilée, du cumin et du vinaigre, ou empêche toute espèce de viande de se gâter pendant l'été.

LXXXIll. L'arroche (atriplex hortensis, L .) est sauvage et cultivée. Pythagore l'a accusée de causer l'hydropisie, l'ictère, la pâleur, de se digérer très difficilement, disant que dans les jardins même tout ce qui vient auprès de celle plante est languissant. Dionysius et Dioclès ont ajouté qu'elle engendrait beaucoup de maladies; qu'il fallait ne la faire cuire qu'en changeant souvent l'eau; qu'elle était contraire à l'estomac, et qu'elle causait le lentigo et des papules. Je ne sais pourquoi Solon de Smyrne a dit qu'elle venait difficilement en Italie. Hippocrate (De morb mul., II, 57) en fait avec la bette une injection pour les affections de matrice. Lycus de Naples l'a fait buire contre les empoisonnements par les cantharides;

[2] il a pensé que, crue ou cuite, en application, elle était bonne pour le panus, les furoncles commençants, et toutes les duretés; contre l'érysipèle, avec le miel, le vinaigre et le nitre; de la même façon, contre la goutte. On dit qu'elle fait tomber, sans ulcération , les ongles malades. Il en est qui en donnent la graine avec du miel contre l'ictère, qui en font frotter le gosier et les amygdales avec addition de nitre, qui l'emploient pour évacuer par le bas, provoquant le vomissement à l'aide de cette graine cuite soit seule, soit avec de la mauve ou de la lentille. On se sert de l'arroche sauvage pour teindre les cheveux, et pour tout ce qui est énuméré ci-dessus.

LXXXIV. (XXI.) [1] Au contraire les deux mauves (malva sativa. L), cultivée et sauvage, sont l'objet de grandes louange. On en distingue deux espèce par les dimensions de la feuille. La mauve à grandes feuilles, parmi les mauves cultivées, est nommée par les Grecs malope ; l'autre, nommée malache, doit, pense-t-on, cette dénomination à ce qu'elle relâche le ventre. Parmi les mauves sauvages, celle qui a la feuille grande et la racine blanche se nomme althaea, à cause de ses excellents effets; quelques-uns l'appellent plistolycla.

[2] Tout terrain où on les sème devient plus gras. Cette plante a des propriétés efficaces contre les piqûres de tous les aiguillons, surtout de ceux des scorpions, des guêpes et insectes semblables, et contre la morsure de la musaraigne. Bien plus, ceux qui se sont frottés préalablement avec l'une quelconque des mauves pilées et dans de l'huile, ou qui en ont sur eux, ne sont pas piqués. La feuille mise sur les scorpions, les frappe d'engourdissement.

[3] Les mauves ont de la vertu contre les poisons; appliquées crues avec du nitre, elles font sortir tous les aiguillons; bouillies avec leur racine et prises en boisson, elles neutralisent le venin du lièvre marin, et, selon quelques-uns, pourvu que l'on vomisse. On raconte encore d'autres merveilles sur les mauves; mais la plus grande, c'est que celui qui boira journellement un demi-cyathe du suc d'une quelconque des mauves, sera exempt de toutes les maladies. Pourries dans l'urine, elles guérissent les ulcères humides de la tête; avec du miel, les lichens et les altérations de la bouche. La racine bouillie guérit les furfurs de la tête et la mobilité des dents. Avec la racine de la mauve unicaule on pique les environs de la dent douloureuse, jusqu'à ce que la douleur cesse. Avec l'addition de salive humaine, elle guérit, sans faire de plaie, les strumes, les parotides et les panus.

[4] Sa graine, prise dans du vin rouge, délivre de la pituite et des nausées. La racine, attachée avec de la laine noire, préserve des affections les mamelles. Bouillie dans du lait et prise en potage, elle guérit la toux en cinq jours. Sextius Niger dit que les mauves ne sont pas bonnes pour l'estomac; Olympias, Thébaine, qu'avec la graisse d'oie elles causent l'avortement : quelques-uns pensent qu'une pleine poignée de feuilles prise dans de l'huile et du vin aide le flux menstruel. En tout cas, il est sûr que les feuilles mises sous les femmes en couche rendent la délivrance plus prompte, et qu'il faut les retirer aussitôt après l'accouchement, de peur que la matrice ne vienne aussi; on en donne encore à boire aux femmes en couche, à jeun, une hémine de la décoction dans du vin. Bien plus, on en attache la graine au bras de ceux qui ont des pertes séminales: et les mauves naissent tellement pour Vénus, que la graine de l'espèce unicaule appliquée sur les parties génitales augmente infiniment, d'après Xénocrate, les désirs des femmes, et que trois racines attachées dans le voisinage des parties produisent le même effet. Le même auteur dit que les injections en sont très bonnes pour le ténesme et la dysenterie; et que la mauves guérissent les affections du siège, même en fomentation.

[5] Le suc tiède se donne aux mélancoliques à la dose de trois cyathes, et aux fous à la dose de quatre. Une hémine de la décoction se donne aux épileptiques. On fait des fomentations avec le suc tiède aux épileptiques, aux calculeux, à ceux qui sont affectés de gonflements, de tranchées ou d'opisthotonos. Les feuilles bouillies dans l'huile sont appliquées sur l'érysipèle et sur les brûlures. On emploie les feuilles crues, avec du pain, en application pour arrêter l'inflammation des plaies. La décoction est bonne pour les nerfs, pour la vessie et pour les érosions intestinales. En aliment et en injection avec de l'huile, la mauve relâche la matrice; la décoction rend plus aisé le passage de l'urine.

[6] Dans tout ce qui vient d'être énuméré, la racine d'althaea (guimauve, altheae officinalis, L) est plus efficace, surtout pour les convulsions et les ruptures. Cuite dans l'eau, elle arrête le flux de ventre. Dans du vin blanc, elle dissipe les tumeurs strumeuses, les parotides et les inflammations des mamelles. Les feuilles, bouillies dans du vin et appliquées, enlèvent les panus: sèches et bouillies dans du lait, elles guérissent très promptement la toux la plus pernicieuse. Hippocrate faisait boire la décoction de la racine aux blessés, et à ceux qui étaient altérés par perte de sang. Il appliquait la mauve même sur les plaies avec le miel et la résine. Il l'appliquait sur les contusions, les luxations, les tumeurs, les muscles, les nerfs et les articulations. Il la faisait prendre dans du vin aux asthmatiques et aux dysentériques. Chose singulière ! l'eau à laquelle on a ajouté cette racine s'épaissit en plein air et devient laiteuse; cette racine est d'autant plus efficace qu'elle est plus récente.

LXXXV. [1] Le lapathum n'a pas des effets dissemblables. Il y a un lapathum sauvage que quelques-uns appellent oxalis, très voisin du lapathum cultivé, et ayant les feuilles aiguës, la couleur de la bette blanche et la racine très petite: les Latins l'appellent rumex (XIX, 60); d'autres, lapathum cantherinum. Avec l'axonge il est très efficace contre les écrouelles. Il est encore un lapathum appelé oxylapathum (rumex crispus, L.), formant à peine une espèce à part, encore plus semblable que le précédent au lapathum cultivé (rumex patientia, L.), ayant les feuilles plus aiguës et plus rouges, et ne venant que dans les lieux marécageux.

[2] Des auteurs parlent de l'hydropalathum (rumex maritimus, L), qui naît dans l'eau. On distingue encore une autre espèce, l'hippolapathum (rumex aquaticus, L.), plus grand, plus blanc et à feuilles plus serrées que le lapathum cultivé. Les lapathums sauvages guérissent le blessures faites par les scorpions, et empêchent ceux qui en portent d'être piqués. La décoction de la racine dans du vinaigre, en gargarisme, est un remède pour le dents; et, si on la boit, pour l'ictère. La graine guérit les maladies d'estomac les plus opiniâtres. La racine de l'hippolapathum en particulier fait tomber les ongles malades. La graine, à la dose de deux drachmes, prise dans du vin, guérit la dysenterie. La graine de l'oxylapethum lavée dans l'eau de pluie est bonne, avec addition de gros comme une lentille de gomme d'acacia, pour ceux qui rejettent du sang. On fait d'excellentes pastille avec les feuilles et la racine, en y ajoutant du nitre et un peu d'encens; on les délaye dans du vinaigre pour s'en servir.

LXXXVI. [1] Le lapathum cultivé est bon en application sur le front pour l'épiphora des yeux; la racine guérit les lichens et les lèpres; bouillie dans du vin, elle guérit les tumeurs strameuses, les parotides et les calculs; en boisson dans du vin et en application, les maladies de la rate, l'affection céliaque, la dysenterie et le ténesme. Le suc de Iapathum a toutes ces mêmes propriétés, et plus actives; il cause des rapports, il est diurétique, il dissipe l'obscurcissement de la vue; si on le met dans la baignoire, ou si, avant de se baigner, on s'en frotte sans l'huile, il fait disparaître les démangeaisons; la racine mâchée raffermit les dents; bouillie avec du vin, elle resserre le ventre; les feuilles le relâchent pour ne rien omettre, nous dirons que Solon a ajouté aux lapathums le bulapathum (rumex scutatus), qui ne diffère que par la longueur de la racine, laquelle, prise dans du vin, est bonne contre la dysenterie.

LXXXVII. (XXII.) [1] La moutarde, dont nous avons fait trois espèces en parlant des plantes potagères (XIX, 54), est placée par Pythagore au premier rang parmi celles dont la force se porte en haut, parce qu'il n'en est aucune qui pénètre davantage dans les narines et le cerveau. Pilée avec le vinaigre, on l'applique pour les blessures faites par les serpents et les scorpions. Elle neutralise le principe vénéneux des champignons. Contre la pituite on la tient dans la bouche jusqu'à ce qu'elle se fonde, ou on s'en gargarise arec de l'eau miellée. On la mâche pour les douleurs de dents. Pour le gonflement de la luette, on en fait un gargarisme avec le vinaigre et le miel. Elle est très bonne contre toutes les affections de l'estomac et des poumons; prise en aliment, elle rend l'expectoration facile.

[2] On la donne dans l'asthme; on la donne tiède avec le jus de concombre, dans l'épilepsie. Elle purge les sens, elle purge la tête par les éternuements, elle relâche le ventre, elle provoque les menstrues et l'urine; pilée avec des figues et du cumin (un tiers de chaque ingrédient), on l'applique en cas d'hydropisie. Mêlée avec le vinaigre, elle réveille par son odeur les personnes qui ont perdu connaissance par l'épilepsie ou par la suffocation hystérique, ainsi que les léthargiques : on y ajoute le tordylion (c'est la graine du séseli ). Si un sommeil plus profond accable les léthargiques, on l'applique avec des figues, dans du vinaigre, sur les jambes ou même sur la tête.

[3] Appliquée, elle guérit par sa vertu mordante, en produisant des vésicules, les vieilles douleurs de la poitrine, des lombes, des hanches, des épaules, et en général tout ce qu'il faut faire sortir des profondeurs du corps, en quelque endroit que ce soit. On la met sans figues là où la peau est très dure, tandis qu'on place un linge plié en double, si l'on craint une rubéfaction trop considérable. On s'en sert avec la rubrique contre l'alopécie, les psores, les lèpres, le phthiriasis et l'opisthotonos. On en frotte les paupières granuleuses ou les yeux obscurcis, avec du miel. Le suc se recueille de trois façons dans un vase de terre, où on le laisse s'échauffer modèrement au soleil. Il sort aussi de la petite tige un suc laiteux, qui lorsqu'il s'est durci guérit les douleurs de dents.

[4] La graine et la racine qu'on a laissées tremper dans du moût sont pilées, et on en prend autant qu'il en peut tenir dans le creux de la main, pour fortifier la gorge, l'estomac, les yeux, la tête et tous les sens. C'est aussi un excellent remède pour les lassitudes des femmes. Prise dans du vinaigre, la moutarde dissout les calculs. On l'applique sur les lividités et sur les meurtrissures avec du miel et de la graisse d'oie, ou de la rire de Chypre, Avec cette graine qu'on exprime, après l'avoir fait tremper dans l'huile, on prépare une huile, dont on se sert pour les rigidités des nerfs, et pour les froids des lombes et des hanches.

LXXXVIII. [1] L'adarca passe pour être de la même nature et produire les mêmes effets que la moutarde; nous en avons dit un mot à propos des arbres forestiers (XVI, 66, 3) : il naît sur l'écorce des roseaux, au-dessous de la tête.

LXXXIX. [1] Le marrube (marrubium vulgare, L.) est vanté par la plupart comme une plante de premier rang. Parmi les Grecs, les uns le nomment prasion, les autres linostrophon, quelques-uns philopaes ou philocharès; il est trop connu pour qu'il soit nécessaire de le décrire. La feuille et la graine pilées sont bonnes contre les morsures des serpents, les douleurs de poitrine et de côté, et la toux invétérée. Les rameaux bouillis dans l'eau avec du panic, afin que l'âcreté en soit adoucie, sont extrêmement utiles à ceux qui rejettent du sang. On applique le marrube avec de la graisse sur les tumeurs strumeuses.

[2] Certains prescrivent de prendre à jeun, pour la toux, une pincée de graine fraîche de marrube bouillie, avec une pincée de froment et addition d'un peu d'huile et de sel. D'autres regardent comme incomparable pour le même objet le suc du marrube et de fenouil, obtenu par expression, à la dose de trois setiers; on fait bouillir jusqu'à réduction à deux setiers; alors on ajoute un tiers de miel; on fait bouillir derechef jusqu'à réduction à deux setiers : on doit prendre par jour cette préparation à la dose d'une cuillerée dans un cyathe d'eau (0 litr., 045). Pilé avec du miel, le marrube est excellent pour les affection des parties viriles. Dans du vinaigre, il nettoie le lichen; il est salutaire pour les ruptures, les convulsions, les contractions de nerfs. En boisson, avec du sel et du vinaigre, il relâche le ventre; de la même façon il active les menstrues et la sortie de l'arrière-faix. Séché et en poudre, avec du miel, il est très efficace pour la toux sèche; de même pour la gangrène et les ptérygions. Le suc avec du miel est bon pour les oreilles, les narines, pour l'ictère, et pour diminuer la quantité de la bile; il est des plus puissante contre les venins. La plante même, avec l'iris et le miel, purge l'estomac et facilite l'expectoration; elle est diurétique; toutefois, il faut s'en garder quand la vessie est ulcérée et le rein malade. On dit que le suc éclaircit la vue. Castor distingue deux espèces de marrube : le noir (ballota nigra, L.) et le blanc, qui est meilleur; il en met le suc dans une coquille d'œuf; il y mêle l'œuf même avec quantité égale de miel, et fait chauffer : il assure que cette préparation ouvre les vomiques, les mondifie et les guérit. Le marrube pilé avec de la vieille graisse guérit, en topique, les morsures faites par les chiens.

XC. [1] Le serpolet (thymus serpyllum, L.) est ainsi appelé, dit-on, parce que c'est une plante rampante (serper); c'est ce qu'on voit dans le serpolet sauvage (thymus glabratus Lk.), surtout en lieux pierreux. Le serpolet cultivé ne rampe pas, mais il s'élève à la hauteur d'un palme. Le serpolet spontané est mieux nourri; il a les feuilles et les branches plus blanches; il est efficace contre les serpents, surtout le cenchris, contre les scolopendres terrestres et marines, les scorpions (branches et feuilles bouillies dans du vin). Brûlé, il met en fuite, par l'odeur, tous les animaux venimeux. Il a surtout de la vertu contre le venin des animaux marins. Bouilli dans le vinaigre, on l'applique dans les douleurs de tête, avec de l'huile rosat, sur les tempes et le front; de même, dans la phrénitis et la léthargie; on le donne, à la dose de quatre drachmes, contre les tranchées, la dysurie, l'angine, le vomissement. On le prend avec de l'eau pour tous les besoins du foie. On donne les feuilles à la dose de quatre oboles, dans du vinaigre, pour les affections de la rate. On le broie dans deux cyathes de vinaigre et de miel pour les crachements de sang.

XCI. [1] Le sisymbrium sauvage (menta hirsuta, DC.), appelé par quelques-uns thymbrée, n'a pas plus d'un pied de haut. Celui qui vient dans les lieux humides (sisymbrion nasturtium, L.) est semblable au cresson. Ces deux espèces sont efficaces contre les animaux à aiguillon, tels que les frelons et les insectes semblables. Celui qui tient dans les lieux secs est odorant, et entre dans la composition des couronnes; la feuille est plus étroite. Tous deux guérissent le mal de tête, et, d'après Philinus, l'épiphora des yeux. D'autres ajoutent du pain; d'autres le font bouillir seul dans du vin. Il guérit les épinyctides; il guérit les taches de la peau de la figure, chez les femmes, en quatre jours; on l'applique pendant la nuit, et on l'ôte pendant la journée. II arrête les vomissements, les hoquets, les tranchées, les dissolutions de l'estomac, soit qu'on le prenne en aliment, soit qu'on en boive le suc. Les femmes grosses ne doivent pas en manger, à moins que le fœtus ne soit mort; car l'application seule de cette plante suffit pour provoquer l'avortement. Pris avec du vin, il est diurétique; le sisymbrium sauvage expulse même les calculs. En application sur la tête avec du vinaigre, il empêche de dormir ceux qui ont besoin de veiller.

XCII. [1] La graine de lin s'emploie avec d'autres substances; seule, elle fait disparaître les taches de la peau à la face chez les femmes; le suc éclaircit la vue. Avec l'encens et l'eau, ou avec la myrrhe et le vin, elle guérit l'épiphora; avec le miel, la graisse ou la cire, les parotides; préparée en guise de polenta, les dissolutions d'estomac; bouillie dans l'eau et l'huile, et appliquée avec l'anis, l'angine. On la fait rôtir, pour arrêter le flux de ventre; dans du vinaigre, on l'applique pour l'affection céliaque et la dysenterie. On la mange avec du raisin sec pour les douleurs de foie; on en fait, pour la phtisie, d'excellents électuaires. La farine de graine de lin, avec addition de nitre, ou de sel, ou de cendre, adoucit les duretés des muscles, des nerfs, des articulations, du cou, et les membranes du cerveau.

[2] Avec la figue, elle amène à maturité; avec la racine du concombre sauvage, elle fait sortir tous les corps étrangers, ainsi que les coquilles des os. Bouillie dans du vin, la farine de graine de lin empêche les ulcères de serpenter ; avec du miel, elle guérit les éruptions pituiteuses; avec une dose égale de cresson, les ongles malades; avec la résine et la myrrhe, les affections des testicules et les hernies; dans l'eau, la gangrène; les douleurs d'estomac, avec le fenugrec, à la dose, l'une et l'autre, d'un setier qu'on fait bouillir dans de l'eau miellée; en lavement dans de l'huile ou du miel , les affections dangereuses des intestins et de la poitrine.

XCIII. [1] Le blette (amarantus blitum, L) paraît inerte, sans saveur et sans âcreté: aussi, dans Ménandre, les maris, pour se moquer de leurs femmes, les appellent blettes. Elle ne vaut rien pour l'estomac; elle trouble tellement le ventre, quelle produit chez quelques-uns le choléra. On dit cependant que, prise dans du vin, elle est bonne contre les piqûres des scorpions; qu'on l'applique sur les cors aux pieds; que dans l'huile on l'applique sur la rate et sur les tempes douloureuses. Hippocrate pense que prise en aliment la blette arrête les menstrues.

XCIV. (XXIII.) [1] Le meum (meum athamanticum, Jacq.) n'est cultivé en Italie que par les médecins, et encore par un petit nombre. l  y en a deux espèces; on nomme la meilleure athamantique, soit parce qu'elle aurait été découverte par Athamas, soit parce que la plus estimée se trouve sur le mont Athamas (IV, 8). La feuille est semblable à celle de l'aneth; la tige atteint quelquefois deux coudées; les racines sont nombreuses et noirâtres, quelques-unes très longues. L'autre espèce est moins rousse que l'athamantique.   La racine pilée ou bouillie, prise dans de l'eau, est diurétique. Le meum dissipe merveilleusement les gonflements de l'estomac, ainsi que les tranchées et les affections de la vessie; appliquée avec du miel sur la vulve, avec de l'ache sur le bas-ventre des enfants, il est diurétique.

XCV. [1] Le fenouil (anethum feniculum, L. ) a été rendu célèbre par les serpents, qui, comme nous l'avons dit (VIII, 41), en mangent en quittant leur vieille peau, et s'éclaircissent la vue avec le suc de cette plante; ce qui fit comprendre que chez les hommes aussi ce suc était un remède excellent pour l'obscurcissement de la vue. On le recueille quand la tige commence à pousser des bourgeons. On le fait sécher au soleil, et on en fait des onctions avec le miel. Le fenouil se trouve partout. Le suc le plus estimé se prépare en Espagne avec  les larmes de la tige et avec la graine récente; il se tire aussi des racines incisées dès le premier bourgeonnement de la plante.

XCVI. [1] Il y a aussi un fenouil sauvage, que les uns nomment hippomarathron (cachrys libanatis, L.), les autres myrsineum; il a les feuilles plus grandes, le goût plus âcre; il est plus haut, a la grosseur du bras et la racine blanche. Il naît dans les endroits chauds, mais pierreux. Dioclès parle d'une autre espèce d'hippomarathron (seseli hippomarathrum, L.), à feuille longue et étroite, à graine de coriandre. Quant aux remèdes fournis par le fenouil cultivé, la graine prise dans du vin est bonne pour les blessures faites par les scorpions et les serpents. Le suc s'instille dans les oreilles, et y tue les petits vers. Le fenouil entre dans presque tous les assaisonnements, et surtout dans les sauces au vinaigre. On en garnit la croûte inférieure du pain. La graine prise même dans les fièvres resserre l'estomac relâché; pilée dans l'eau, elle calme les nausées; elle est très estimée pour les affections du poumon et du du foie.

[2] Prise en quantité médiocre, elle resserre le ventre, et elle est diurétique; en décoction, elle fait cesser les tranchées; en boisson, elle fait revenir le lait qui s'est perdu. La racine prise arec la ptisane (orge mondé), ou la décoction, ou la graine, purifie les reins. La racine cuite dans du vin est bonne pour l'hydropisie et les convulsions. Les feuilles dans du vinaigre s'appliquent sur les tumeurs brûlantes; elles chassent les calculs de la vessie ; elles sont aphrodisiaques. Pris en boisson de quelque manière que ce soit, le fenouil augmente la quantité du sperme. Il est très bon pour les parties génitales, soit qu'on emploie en fomentation la racine cuite avec du vin, soit qu'on l'applique pilée dans l'huile. Beaucoup l'appliquent avec la cire sur les tumeurs et les meurtrissures. On emploie la racine, dans le suc de la plante ou avec du miel, contre la morsure des chiens; dans du vin, contre la piqûre du millepieds. L'hippomarathron a plus d'efficacité pour toutes choses: il expulse surtout les calculs;

[3] pris avec un vin faible, il est bon pour la vessie et pour la suppression du flux menstruel. Dans cette plante la graine est plus efficace que la racine. La dose de le graine et de la racine, c'est une pincée que l'on pile et que l'on ajoute à sa boisson habituelle. Petrichus, qui a écrit sur les serpents, et Micton, qui a fait un traité de botanique, n'ont jugé rien de plus efficace que l'hippomarathron contre les serpents Nicandre, de son côté (Theriac., p. 43)n'a pas mis cette plante au dernier rang.

XCVII. [1] Le chanvre est originaire des forêts (althaea cannabina, L.) où il a la feuille plus noire et plus rude; la semence passe pour rendre l'homme impuissant. Le suc de cette semence fait sortir de l'oreille les petits vers et tous les insectes qui y sont entrés , mais il cause du mal de tête. La force du chanvre est si grande, qu'en infusion dans l'eau il la coagule, dit-on; aussi le chanvre pris dans de l'eau arrête-t-il le flux de ventre chez les bêtes de somme. La racine cuite dans l'eau relâche les articulations contractées, et s'emploie pour la goutte et les affections semblables. On l'applique crue sur les brûlures; mais, pour ne pas la laisser sécher, ou la renouvelle souvent.

XCVIII. [1] La férule (ferula communis, L ) a une graine semblable à celle de l'aneth. On regarde comme femelle celle qui n'ayant qu'une tige est bifurquée au sommet. On mange la tige bouillie (XIX, 56), et dans du moût et du miel on la recommande comme bonne pour l'estomac; prise en trop grande quantité, elle cause du mal de tête. La racine, a la dose d'un denier (3 gr., 85) dans deux cyathes de vin, se prend contre les serpents. On emploie la racine elle-même en application : c'est de cette façon qu'elle guérit les tranchées. Avec de l'huile et du vinaigre elle est bonne contre les sueurs excessives, même dans les fièvres.

[2] Le suc de la férule, pris gros comme une fève, évacue par le bas. La moelle de la plante verte est bonne pour les affections de la matrice et pour tous les cas précités. Pour arrêter les hémorragies, on prend, pilés dans du vin, dix grains de la semence, ou la moelle. II en est qui pensent qu'il faut donner cette plante dans l'épilepsie, à la dose d'une cuillerée, le quatrième jour de la lune, le sixième, le septième. Les férules sont très contraires aux murènes, que le seul contact de cette plante suffit pour tuer. Castor pensait que le suc de la racine contribuait beaucoup a éclaircir la vue.

XCIX. [1] Nous avons, parmi les plantes de jardin, parlé de la culture des chardons (XIX, 43); ainsi, exposons sans préambule les remèdes qu'ils fournissent. Il y a deux espèces de chardons sauvages: l'un (cinara carduncellus, DC.) jette plusieurs tiges immédiatement au sortir de terre; l'autre (artichaut, einara scolymus. L) est unicaule, mais plus gros; l'un et l'autre ont des feuilles en petit nombre, épineuses, et la tête garnie de piquants. Le chardon unicaule produit au milieu des piquants une fleur pourpre qui blanchit rapidement et qui tombe au premier vent; les Grecs le nomment scolymos. Pilé et exprimé avant la floraison, il donne un suc dont l'application fait repousser les cheveux. On dit que la racine d'un chardon quelconque, bouillie dans l'eau, donne de la soif aux buveurs. Elle fortifie l'estomac; et, si nous ajoutons foi a ce qu'on dit, elle n'est pas sans influence pour disposer les femmes à engendrer des garçons : c'est du moins ce qu'ont écrit Charéas l'Athénien et Glaucias, qui paraît l'auteur le plus exact au sujet des chardons. Le suc du chardon rend l'haleine agréable.

C. (XXIV.) [1] Avant de quitter les plantes des jardins, nous donnerons une composition très célèbre qu'elles fournissent contre les animaux venimeux; elle est gravée en vers sur une pierre, à Cos, dans le temple d'Esculape: Serpolet, deux deniers; opoponax et meum, deux deniers de chaque; trèfle, un denier; graine d'anis, de fenouil, d'ammi, d'ache, six deniers de chaque; farine d'ers, douze deniers ; pilez, tamisez, et avec le vin le meilleur possible faites des pastilles du poids d'un victoriat (1 gr., 92 ); on en fait prendre une seule délayée dans trois cyathes de vin (1 litr., 35). Le roi Antiochos le Grand s'est, dit-on, servi de cette thériaque contre tons les animaux venimeux, excepté l'aspic.

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PLINE L'ANCIEN

HISTOIRE NATURELLE

LIVRE VINGT ET UN.

livre XX

livre XXII

Texte français

Paris : Durocher, 1848-1850.

édition d'Émile Littré

LIVRE XXI,

TRAITANT DE LA NATURE DES FLEURS ET DES GUIRLANDES.

I et II. Des guirlandes; des couronnes tressées. - III. Quels sont ceux qui ont inventé l'art d'assortir les fleurs. Quand s'est-on servi pour la première fois du mot corolle, et pourquoi?  - IV. Quel est celui qui a donné le premier des couronnes en feuilles d'argent et d'or. Pourquoi ont-elles été appelles corollaria? Des lemnisques; quel est celui qui les a ciselés le premier. - V. Quel cas on faisait des couronnes parmi les anciens. - VI. Sévérité des anciens au sujet des couronnes. - VII. Quel citoyen fut couronné de fleurs par le peuple romain. - VIII. Couronnes tressées; coronnes cousues; courounes de nard; couronnes de soie. - IX. Auteurs qui ont écrit sur les fleurs. Anecdote touchant la reine Cléopâtre au sujet des couronnes. - X. De la rose ; douze espèces.  - XI. Quatre espèces de lis. - XII. Trois espèces de narcisse. - XIII. Combien il faut teindre un plant pour que les fleurs naissent colorées. - XIV. De quelle manière chaque espèce de violette naît, se sème et se cultive; les violettes sont de trois couleurs différentes; cinq espèces de violettes jaunes. - XV. Du caltha; fleur royale. - XVI. Du baccbar; du combretum ; de l'asarum. - XVII. Du safran; lieux où il fleurit le mieux. Des fleurs connues au temps de la guerre de Troie. - XVIII. De la nature des odeurs. - XIX. Iris. - XX. Saliunca. - XXI. Polium ou teuthrion. -XXII. Étoffes qui rivalisent avec les fleurs.  - XXIII. Amarante. - XXIV. Cyanos, holochrysos. - XXV. Petillum; belilum. - XXVI. Chrysocome ou chrysitis. - XXVII. Arbustes dont les fleurs serrent à faire des couronnes. - XXVIII. Arbustes dont les feuilles servent à faire des couronnes. - XXIX. Mélottron; spirée; origan; deux espèces de cneorum ou de casia. Mélissophyllum ou melittène; mélilot ou tresse de Campanie. - XXX. Du trèfle; trois espèces. - XXXI. Trois espèces de thym; plantes qui naissent de fleur et non de graine. - XXXII. Conyza. - XXXIII. Fleur de Jupiter; hémérocamme; helenium; phlox. Plantes dont les branches et les feuilles sont odorantes. - XXXIV. Aurone. Adonium, deux espèces. Plantes qui se propagent d'elles-mêmes. Leucanthémum. - XXXV. Deux espèces d'amaracus. - XXXVI. Nyctégretum, ou chénomicos, ou nyctalops. - XXXVII. Mélilot. - XXXVIII. Époque de la floraison d'après les saisons: fleurs du printemps: violette, anémone à couronne; oenanthe (herbe), melianthum; héliochrysos glaïeul; hyacinthe.  - XXXIX. Fleurs d'été : lychnis; tiphyon; amaracus de Phrygie; deux espèces de pothos; deux espèces d'orsines; vincapervinca ou chamaedaphné, qui est toujours verte. - XL. Quelle est la durée de chaque fleur. - XLI. Quelles plantes il faut semer entre les fleurs pour les abeilles; cérinthe. - XLII. Des maladies des abeilles, et des remèdes. - XLIII. De la nourriture des abeilles. - XLIV. Du miel vénéneux, et des remèdes à y opposer. - XLV. Du miel qui ôte la raison. - XLVI. Du miel auquel les mouches ne touchent pas.  - XLVII. Des ruches, et des soins qu'elles exigent. - XLVIII. Si les abeilles éprouvent le besoin de la faim. - XLIX. De la fabrication de la cire; quelles en sont les meilleurs espèces. De la cire carthaginoise. - L. Emplois, chez chaque peuple, des plantes qui naissent spontanément; nature, merveilles. Fraises; tamnus; ruscus; deux espèces de batis; panais des prés; houblon. - LI. Colocase. - LII. Cichorium, anthalium, oetum, arachidna, arecos, candryala, hypochoeris, caucalis, anthriscum, scandix, parthénium, strychnum, corchorus; aphace, acynopos, épipétron. Plantes qui ne fleurissent jamais; plantes qui fleurissent toujours. - LIII. Quatre espèces de cnécus. - LIV. Herbtes à aiguillons : eryngion; réglisse, tribulus, ononis, phéos ou stoebe, hippophaes.  - LV. Quatre espèces d'orties : Iamium: scorpion. - LVI. Chardon, acorna ou phonos, leucacanthos, chalceos, cnécus, polyacanthos, onopyxos, helxine, scolymos, chamaeléon, tétratrix, acanthice mastiche. - LVII. Ectacus ou cactus, pternix, aigrette, ascalla. - LVIII. Macre ou châtaigne d'eau ; arrête-bœuf. - LIX. Herbes arrangées d'après leurs tiges : coronopus, orcanette, anthémide, phyllanthe, crépis, lotos. - LX. Différences des herbes d'après leurs feuilles. Herbes qui fleurissent partiellement; herbes dont les feuilles ne tombent pas : héliotrope, adiantum. - LXI. Espèces de plantes en épi: stanyopos, alopécuros, stéléphuros ou ortyx ou plantago, thryallis.  - LXII. Perdicium; ornithogale. - LXIII. Herbes qui naissent au bout d'un an; herbes qui fleurissent par le haut; herbes qui fleurissent par le bas. - LXIV. Lappa, herbe qui produit au dedans d'elle-même; opuntia, fournissant des racines par sa feuille. - LXV. Iasone, condrylla, picris, qui fleurit l'année entière. - LXVI. Plantes qui fleurissent avant de produire leur tige; plantes qui ont une tige avant de produire des fleurs; plantes qui fleurissent trois fois. - LXVII. Cypiros, huit remèdes. Thésium. - LXVIII. Asphodèle ou hastula regia; anthéricus. - LXIX. Joncs, six espèces, quatre remèdes. - LXX. Cypérus, quatorze remèdes. Cypéris, cypira. - LXXI. Holoschoenos. - LXXII. Dix remèdes fournis par le jonc odorant, ou teuchitès. - LXXIII. Remèdes fournis par les fleurs énumérées ci-dessus : par la rose, XXII. - LXXIV. Par le lis, XVI. - LXXV. Par le narcisse, XXVIII. - LXXVI. Par les violettes, XXVIII. - LXXVII. Par le bacchar, XVII. Par le combretum, I. - LXXVIII. Par l'asarum, VIII. - LXXIX. Par le nard gaulois, VIII. - LXXX. Par l'herbe qu'on appelle phu, IV. - LXXXI. Par le safran, XX. - LXXXII. Par le crocomagma deSyrie, II. - LXXXIII. Par l'iris. XLI. Par le saliunca, III  - LXXXIV. Par le polium, XIX. - LXXXV. Par l'holochrysos, III. Par la chrysocome, VI.  - LXXXVI. Par le mélissophyllum, XIII. - LXXXVII. Par le melilot, XIII. - LXXXVIII. Par le trèfle, IV. - LXXXIX. Par le thym, XXIX. - XC. Par l'hémérocalle, IV. - XCI. Par l'helénium, V. - XCII. Par l'aurone, XXII. - XCIII. Par le Ieucanthémum, I. Par l'amaracum, IX. - XCIV. Par l'anémone on phrénion. X. - XCV. Par l'oenanthe, VI. - XCVI. Par l'hellochrysum, XI. - XCVII. Par l'hyacinthe, VIII. - CXVIII. Par la lychnis. VII. - XCIX. Par la vincapervinca, IV. - C. Par le ruscum, III. - CI. Par le batis, II. - CII. Par la colocase, II. - CIII. Par l'anthyllium ou anthyllum, VI. - CIV. Par le parthénium ou Ieucanthès ou amnacus, VIII. - CV. Par le trychnon, ou strychnon, ou halicacabum, ou callias, ou dorycnion, ou manicon, ou peritton, ou nevras, ou morion, ou moly, VIII. - CVI. Par le corcherus, VI. - CVII. Par le cnécos, III. - CVIII. Par la persoluta, I. - CIX. Interprétation des nom grecs des poids et mesures.

Résumé: Remèdes, histoires et observations, 730.

Auteurs :

Caton le Censeur, M. Varron, Massurius, Valerius Antias, Caepion, Vestinus, Vibius Rufinus, Hygin, Pomponius Méla, Pomponius Lénaeus, Celse, Calpurnius Bassus, C. Valgius, Licinius Macer. Sextius Niger qui a écrit en grec, Julius Bassus qui a écrit en grec, Antonius Castor.

Auteurs étrangers :

Théophraste, Démocrite, Orphée, Pythagore, Magon, Ménandre qui a écrit Des choses utiles à la vie, Nicandre, Homère, Hésiode, Musée, Sophocle, Anaxilaüs.

Médecins :

Mnésithée qui a écrit sur les couronnes, Callimaque qui a écrit sur les couronnes, Phanias le Physicien, Simus, Timariste, Hippocrate, Chrysippe, Dioclès, Ophélion, Héraclide, Hicésius, Denys, Apollodore de Citium, Apollodore de Tarente, Praxagore, Plistonicus, Médius, Dieuchès, Cléophante, Philistion, Asclépiade, Cratévas, Pétronius Diodotus, lolias, Erasistrate, Diagoras, Andréas, Mnésis, Damion, Dalion, Sosisème, Tlépoléme, Métrodore, Solon, Lycus, Olympias la Thébaine, Philinus, Petrichus, Micton, Glaucias, Xénocrate.

I. (I.) [1] Caton a recommandé de semer aussi dans les jardins les fleurs à tresser les couronnes, fleurs remarquables surtout par une délicatesse qu'on ne saurait exprimer; car nul ne peut parler avec la même facilite que la nature peut colorer; la nature, qui s'égaye et se joue dans la joie infinie d'une fécondité si variée. Les autres végétaux, elle les a produits pour les besoins et la nourriture; aussi leur a-t-elle accorde des années et des siècles :

[2] mais les fleurs et leurs parfums, elle ne les engendre que pour durer un jour; grande leçon, qui manifestement montre aux hommes que ce qui fleurit avec le plus d'éclat se fane avec le plus de promptitude. La peinture même ne suffit pas à reproduire ces couleurs dans la variété de leurs combinaisons, soit que des fleurs nombreuses entrent alternativement dans la composition des tresses, soit qu'un faisceau d'une fleur spéciale, disposé circulairement, obliquement, en spirale, coure comme une couronne dans la couronne elle-même.

II. (II.) [1] Les anciens se servaient de couronnes minces, qu'ils nommaient stroppes; d'où vient le nom des strophioles. Le nom même de couronnes ne s'est généralisé que tardivement ; il était exclusivement réservé aux couronnes employées dans les sacrifices, ou comme récompense militaire. Quand elles se faisaient avec des fleurs, on les appelait serin de serere (tresser), ou de series (série). L'usage n'en est pas fort ancien chez les Grecs eux-mêmes.

III. [1] La coutume fut d'abord de couronner les vainqueurs dans les combats sacrés avec des branches d'arbre. Dans la suite on commença à varier les nuances par une combinaison de fleurs qui relevant à la fois l'odeur et la couleur; invention due, dans la ville de Sicyone, au génie du peintre Pausias (XXXV, 40,1,3 et 12) et de la bouquetière Glycère, qu'il aimait passionnément. Le peintre reproduisait par la peinture les ouvrages de la bouquetière; la bouquetière le défiait en les variant; c'était un combat de l'art et de la nature . On possède encore les tableaux de cet artiste, et surtout celui qu'on nomme Stephaneplocos (la Bouquetière), on Il peignit Glycère elle-même. Cette invention remonte à la centième olympiade.

[2] Les couronnes de fleurs étant ainsi de mode, on vit venir celles qu'on nomme Égyptiennes, puis les couronnes d'hiver pour le temps où la terre refuse des fleurs, et qui sont faites de lamelles de corne colorées. Peu à peu l'usage s'établit à Rome de les appeler corolles, désignation due d'abord à la délicatesse de ces ouvrages; les couronnes que l'on donna dans la suite, faites avec de minces lames d'airain dorées ou argentées, se nommaient corollaires.

IV. (III.) [1] Crassus le riche fut le premier qui, ayant fait faire des feuilles artificielles en argent et en or, distribua de pareilles couronnes lors de ses jeux. Pour embellir les couronnes elles-mêmes, on y ajouta des lemnisques (espèces de bandelettes), à l'imitation des couronnes étrusques, qui ne devaient avoir que des lemnisques d'or. Longtemps ils furent sans ornement. P. Claudius Pulcher (an de Rome 570) fut le premier qui les fit ciseler, et ajouta des bractées d'or à la mince lamelle qui faisait le lemnisque.

V. [1] Toutefois, on estima toujours beaucoup les couronnes gagnées même dans les jeux; car les citoyens, lors des jeux [consulaires), descendaient eux-mêmes dans le cirque pour prendre part au combat, et y envoyaient leurs esclaves. De là cette loi des Douze Tables : " SI quelqu'un gagne une couronne par lui-même ou par son argent, qu'elle lui soit donnée à cause de son mérite. " Il n'est pas douteux que par ces mots, gagnée par son argent, la loi n'ait entendu une couronne gagnée par ses esclaves ou ses chevaux. Or quel était l'honneur qu'elle procurait? C'était qu'après leur mort le vainqueur et ses père et mère avaient le droit d'être couronnés pendant que le corps était exposé dans la maison, ou porté au lieu des funérailles. Du reste, les couronnes, même celles des jeux, ne se mettaient pas indifféremment en toute circonstance.

VI. [1] En ceci la sévérité était fort grande. L. Fulvlus, banquier, dans la seconde guerre punique, accusé d'avoir pendant le jour, de son balcon, regardé dans le forum, ayant une couronne de roses sur la tête, fut emprisonné par l'ordre du sénat, et il ne fut relâché qu'après la fin de la guerre. P. Munatius, ayant mis sur sa tête une couronne de fleurs enlevée à la statue de Marsyas, fut condamné aux fers par les triumvirs; il en appela aux tribuns du peuple, mais ceux-ci n'intercédèrent pas. Il en était autrement à Athènes, ou des jeunes gens en débauche, avant midi, entraient même dans les écoles des philosophes. Chez nous on ne trouve pas d'exemple d'une licence pareille, si ce n'est chez la fille (VII, 46) du dieu Auguste, laquelle, dans ses débauches nocturnes, couronna la statue de Marsyas, comme le déplore la lettre de son divin père.

VII. [1] Le peuple romain n'a honoré de fleurs quel le seul Scipion, surnommé Sérapion (VII, 10) à cause de sa ressemblance avec un certain marchand de porcs. Cette circonstance l'avait rendu très cher au peuple pendant son tribunat; du reste, il était digne de la famille des Africains. Il ne laissa pas assez de bien pour se faire enterrer ; le peuple se cotisa pour la dépense des funérailles, et de toutes les ouvertures des maisons on jeta des fleurs sur le convoi.

VIII. [1] Dès lors les couronnes étalent employées à honorer les dieux, les lares publics et particuliers, les tombeaux et les mânes. Les plus estimées étaient tressées : quant aux couronnes cousues, nous les trouvons dans les sacrifices des Saliens, et elles étalent d'apparat dans leurs repas. On en vint ensuite aux couronnes de roses; et enfin le luxe fut poussé au point qu'on n'estima plus que les couronnes faites avec les seuls pétales de la fleur; puis on alla demander à l'Inde ou au delà de l'Inde la matière des couronnes cousues; car aujourd'hui il est du grand ton de les donner en feuilles de nard, ou faites de diverses couleurs, avec des étoffes de sole parfumées. C'est là le dernier terme auquel en est le luxe des femmes.

IX. [1] Parmi les Grecs, les médecins Mnésithée et Callimaque ont écrit des traités spéciaux sur les couronnes, et indiqué celles qui faisaient mal à la tête. En effet, la santé y est jusqu'à un certain point Intéressée: c'est surtout pendant qu'on boit et qu'on se livre à la gaieté, que les odeurs actives s'insinuent traîtreusement; et l'on connaît l'adresse scélérate de Cléopâtre. Lors des apprêts de la guerre d'Actium, Antoine redoutait jusqu'aux présents de cette reine, et ne prenait d'aliment, qu'après les avoir fait déguster : on rapporte que, voulant se jouer de ses craintes, elle enduisit de poison l'extrémité des fleurs d'une couronne ; ayant cette couronne sur sa tête, et la gaieté faisant des progrès, elle invita Antoine à boire les couronnes.

[2] Qui dans cette circonstance aurait redouté des embûches La couronne est effeuillée, jetée dans une coupe... Antoine va boire; elle l'arrête de la main : " C'est donc, dit-elle, Marc-Antoine, contre moi que vous prenez la précaution nouvelle des dégustateurs  Et voyez, si je pouvais vivre sans vous, comment les occasions ou les moyens me manqueraient ! " . Elle fit venir de la prison un homme, qui but et expira aussitôt. Outre les deux auteurs nommés plus haut, Théophraste (Hist., VI, 6 et 7), chez les Grecs, a écrit sur les fleurs. Chez nous quelques-uns ont, il est vrai, intitulé leurs livres Anthologie; mais personne, à ma connaissance du moins, n'a traité expressément des fleurs. Quant à nous, nous n'avons pas l'intention ici de tresser des couronnes, cela serait frivole; mais nous dirons sur les fleurs ce qui nous paraître digne d'être rapporté.

X. (IV.) [1] Les Romains n'avaient dans leurs jardins qu'un très petit nombre d'espèces de fleurs à couronnes, et presque uniquement les violettes et les roses. Le végétal qui porte la rose est, à vrai dire, plutôt une épine qu'un arbuste; cette fleur vient aussi sur une espèce de ronce (rosa canina) (XVI, 71), et là même elle est d'une odeur agréable, quoique peu pénétrante. Toutes les roses sont d'abord enfermées dans un bouton dont l'enveloppe est grenue; ce bouton ne tarde pas à se gonfler, et à former une sorte de cône vert. Peu à peu la fleur prend une teinte rouge, s'entrouvre et s'épanouit, embrassant des filaments jaunes placés au centre. L'emploi qu'on en fait dans les couronnes est, pour ainsi dire, le moindre parti qu'on en tire : on la fait macérer dans l'huile, et cela dès la guerre de Troie, d'après le témoignage d'Homère (Il, XXIII, 186); de plus, on l'incorpore dans des parfums, comme nous l'avons dit (XIII, 2); on remploie aussi seule en médecine; on la fait entrer dans des emplâtres et des collyres, à cause de ses qualités pénétrantes ; on s'en sert encore à parfumer les tables dans les festins, et jamais elle ne cause de mal.

[2] Les espèces les plus célèbres parmi nous sont la rose de Préneste et celle de Campanie; d'autres ont ajouté celle de Milet, qui est d'un rouge très vif, et qui n'a pas plus de douze feuilles; vient ensuite celle de Trachinie (IV, 14), qui est moins rouge, puis celle d'Alabanda, dont les feuilles sont blanchâtres : la moins estimée est la rose épineuse, qui a beaucoup de feuilles, mais très petites. Les roses différent, en effet, par le nombre des feuilles, par la rudesse, le poli, la couleur, l'odeur.

[3] Le nombre des feuilles, qui n'est jamais de moins de cinq, va toujours croissant, au point qu'Il est une espèce à cent feuilles : elle vient en Italie, dans la Campanie, et en Grèce, dans les environs de Philippes; mais dans ce dernier lieu elle ne croît pu naturellement: elle vient du mont Pangée, qui est dans le voisinage, et qui produit des ruses à feuilles nombreuses et petites; les habitants les transplantent, et les améliorent par cela même. Cette espèce n'est pas très odorante, non plus que celle dont la feuille est très large et très grande. On peut dire, en peu de mots, que le parfum de la fleur est en rapport avec la rudesse du calice. Caepion, qui vivait sous le règne de l'empereur Tibère, a prétendu que la rose à cent feuilles ne s'employait pas dans les couronnes, ou bien qu'on la reléguait à la jonction des deux branches, n'étant remarquable ni par le parfum ni par la forme.

[4] Celle que les Latins nomment grecque, et les Grecs lychnis (agrostema coronaria, L.) ne vient que dans les lieux humides, n'a jamais plus de cinq feuilles, n'est pu plus grosse qu'au violette, et n'a aucune odeur. Une autre, nommée graecula, a les feuilles réunies en peloton; elle ne s'épanouit que lorsqu'on la presse avec la main, et semble toujours être en bouton; les feuilles en sont très larges. Une autre est portée sur une tige semblable à celle de la mauve, et dont les feuilles sont celles de l'olivier; on la nomme mosceuton. La rose d'automne, appelée coroecola, tient le milieu pour la grosseur entre les précédentes. Toutes ces roses sont sans odeur, excepté ta coroneola et celle qui vient sur une ronce; tant il y a de fausses roses!

[5] Au reste, la vraie rose doit elle-même beaucoup au terroir : c'est à Cyrène qu'elle est le plus odorante; aussi le parfum qu'on y fait est-il excellait; à Carthagène en Espagne [grâce au terroir], il y a des roses précoces pendant tout l'hiver. La température n'est pas non plus sans influence : en certaines années, les roses sont moins odorantes. En outre, elles sont toutes plus parfumées dans les lieux secs que dans les lieux humides. Le rosier ne veut être planté ni dans les terrains gras, ni dans les terrains argileux, ni dans les terrains arrosés; il se contente d'une terre légère, et aime particulièrement un sol couvert de gravois. La rose de Campanie est précoce, celle de Milet est tardive; cependant c'est celle de Préneste qui finit la dernière. Pour le rosier on travaille la terre plus profondément que pour le blé, plus superficiellement que pour la vigne.

[6] Il vient très lentement de graine (la graine est dans le calice, sous la fleur même, et recouverte d'un duvet) ; aussi préfère-t-on le planter de bouture. Une seule espèce se plante, comme le roseau (XVI, 67), par des yeux de racine: c'est le rosier à roses pâles, épineuses, à cinq pétales, à branches très longues; cette rose est la seconde des roses grecques. Tous les rosiers gagnent à être taillés et passés au feu. La transplantation les fait, comme la vigne, pousser très bien et très vite : on a des boutures de quatre doigts de long ou plus, on les plante après le coucher des Pléiades; puis, lorsque le Favonius [vent d'occident] souffle, on les replante à des intervalles d'un pied, et l'on remue fréquemment la terre alentour. Ceux qui veulent rendre les rosiers hâtifs font une fosse d'un pied autour de la racine, et y versent de l'eau chaude au moment ou les boutons commencent à pousser.

XI. (V.) [1] Le lis tient le premier rang après la rose, et il a quelque analogie avec elle en raison du parfum et de l'huile qu'on en tire, et qu'on nomme lirinon (XIII, 2). Placé au milieu des rosiers, il produit le meilleur effet, car il commence à donner des fleurs quand les rosiers sont à moitié de leur saison. Aucuns fleur ne s'élève plus haut, le lis atteignant parfois trois coudées; la tête en est toujours languissamment penchée, comme si elle était trop pesante pour la tige. La blancheur du lis est admirable : il est strié à l'extérieur; étroit par le bas, Il va peu à peu en s'élargissant en forme de coupe; le limbe en est renversé, et un filament ténu, la graine et des espèces de safrans se dressent dans le centre. L'odeur, comme la couleur, est double, et autre pour les pétales, autre pour les étamines : Il y a use petite différence ; mais, dans la composition du parfum et de l'huile, on ne rejette pas les pétales.

[2] Une fleur assez semblable est produite par la plante herbacée qu'on nomme liseron (convolvulvus sepium, L.). Elle vient dans les buissons, est sans odeur, et n'a point à l'intérieur de safrans (filaments jaunes), ne reproduisant que la blancheur, sorte d'ébauche de la nature s'essayant à la production du lis. Le lis blanc se propage par tous les procédés dont on se sert pour le rosier, et de plus, comme l'hipposelinum (XIX, 48) (smyrnium olusatrum L.), à l'aide d'une gomme qui tel est propre. Rien n'est plus fécond, une racine portant souvent cinquante bulbes. Il y a aussi un lis rouge (lilium chalcedonicum, L.), nommé crinon par les Grecs. D'autres auteurs en nomment la fleur cynorrhodon. Le plus estimé est celui d'Antioche, puis celui de Laodicée de Syrie, puis celui de la Phasilide (XIII, 9); au quatrième rang est celui de l'Italie.

XII. [1] On connaît encore des lis pourpres; la tige en est parfois double; la racine est seulement plus charnue; le bulbe est plus gros, mais unique : on les nomme narcisses (narcissus serotinus, L.) Une seconde espèce a la fleur blanche et la corolle pourpre (n. poeticus, L.) Il y a encore cette différence avec les lis, que les feuilles des narcisses sont à la racine. Les plus beaux viennent dans les montagnes de la Lycie. Une troisième espèce a tout semblable aux autres, excepté la corolle, qui est verte (n. tazetta, L.). Tous sont tardifs, fleurissant après le coucher d'Arcturus (XVIII, 76) et vers l'équinoxe d'automne.

XIII. [1] Il a été aussi inventé un procédé particulier de reproduction, grâce au goût que les hommes ont pour les choses monstrueuses. On ramasse au mois de juillet des tiges sèches de lis, et on les suspend à la fumée ; puis, au mois de mars, quand les petits nœuds comblement à pousser, on les fait macérer dans la lie de vin noir ou grec, afin qu'ils prennent couleur, et on les plante ainsi dans de petites fosses ou l'on répand quelques hemines (0 litr., 27) de lie. De la sorte on obtient des lis pourpres : il est singulier de teindre une tige pour qu'il en naisse une fleur colorée.

XIV. (VI.) [1] La fleur la plus estimée ensuite est la violette; il y en a plusieurs espèces : pourpres, jaunes, blanches (mathiola incana). Elles se reproduisent toutes de plant, comme les herbes potagères. Les violettes pourpre, (viola odorata, L.), qui poussent spontanément dans le terrains bien exposés et maigres, ont les pétales assez larges et sortent immédiatement de la racine, qui est charnue. Les Grecs n'appliquent qu'à elles seules le nom d'ia, et c'est d'après elles qu'est dénommée l'étoffe ianthine (violette). Parmi les violettes cultivées, les plus estimées sont les jaunes (cheiranthus cheiri, L.) ; espèces : la tusculane, celle qu'on nomme marine, à pétales un peu plus larges mais moins odorants, et la calathlane tout à fait Inodore, à pétales très petits. Celle-ci est un présent de l'automne; les autres sont un présent du printemps.

XV. [1] La caltha (calendula officinalis, L.) t ressemble beaucoup à la violette calathlane; elle est de même couleur et de même grandeur; elle l'emporte pour le nombre des pétales sur la violette marine, qui n'en a pas plus de cinq; mais elle lui est intérieure pour l'odeur : en effet, celle de la caltha est forte. L'odeur n'est pas moins forte dans la plante appelée scopa royale (chenopodium scoparium, L.); mais ici ce sont les feuilles, et non les fleurs qui sont odorantes.

XVI. [1] Le bacchar (gnaphalium sanguineum, L.) n'a que la racine d'odorante ; quelques-uns le nomment nard des champs (XII, 27). On faisait autrefois des parfums avec cette racine. Aristophane, poète de I'ancienne comédie, le témoigne. Quelques-uns ont donné, à tort, l'epithète d'exotique à cette plante. L'odeur en est très voisine de celle du cinnamome. Le bacchar vient dans un sol maigre et non humide. On donne le nom de combretum (juncus maximus, L.) à une plante qui lui ressemble beaucoup, dont les feuilles vont en s'amincissant comme des fils, et qui est plus haute que le bacchar. Mais ce n'est pas tout, il faut aussi corriger l'erreur de ceux qui ont appliqué au bacchar le nom de nard des champs : c'est une autre plante qui porte ce surnom; les Grecq la nomment asaron : nous en avons donné (XII, 21) la description en parlant des espèces du nard. J'ajouterai l'étymologie de ce nom, telle que je la trouve : l'asaron est, dit-on, ainsi appelé parce qu'il n'entre point dans les couronnes (asarum europaeum).

XVII. [1] Le safran sauvage (crocus vernus, L.) est le meilleur; il ne convient nullement de le semer en Italie, chaque carré ne rapportant que le vingt-quatrieme du coût. On le multiplie par caïeux. Le safran cultivé (c. sativus, L.) est plus large, plus grand et plus beau; mais il a beaucoup moins de force; Il dégénère toujours, et il est d'un faible rapport même à Cyrène, où les autres fleurs sont toujours les plus estimées. Le plus recherché est celui de Cilicie, et dans ce pays celui du mont Corycus; au second rang est celui du mont Olympe en Lycie; au troisième rang, celui de Centuripinum en Sicile. Quelques-uns ont donné la seconde place au safran phlégéen. Il n'est rien qu'on falsifie autant. On reconnaît qu'il est pur lorsqu'il craque sous la main qui le presse, comme s'il était friable; en effet, quand il est humide, ce qui est dû à la falsification, il cède à la pression.

[2] Une seconde épreuve, c'est de porter la main à la figure : il devra picoter le visage et les yeux. Il y a une espèce particulière de safran cultivé qui est extrêmement goûtée; comme elle a du blanc au milieu, on l'appelle dialeucon. Le safran de la Cyrénaïque a le défaut opposé; il est le plus foncé de tous; il se gâte aussi très promptement. Partout le meilleur est celui qui est le plus épais et le plus court ; le plus mauvais est celui qui sent le moisi. Mucien dit qu'en Lycie, au bout de sept à huit ans, on le transplante dans un terrain préparé, et que ce procédé le renouvelle au moment où il dégénère. On ne fait jamais entrer le safran dans les couronnes, les feuilles en étant étroites et formant une espèce de chevelu;

[3] mais il va merveilleusement avec le vin, et surtout avec le vin doux. Réduit en poudre, on s'en sert pour parfumer les théâtres. La floraison a lieu lors du coucher des Pléiades, et dure peu de jours; la feuille chasse la fleur. Il est verdoyant au sostice d'hiver, et on le récolte; on le fait sécher â l'ombre, de préférence par un temps froid. La racine en est charnue, et plus vivace que celle des autres plantes. Elle aime a être battue et foulée aux pieds, et elle n'en vient que mieux ; aussi le safran prospère-t-il surtout le long des sentiers et des fontaines. Il était estimé des le temps de la guerre de Troie; du moins Homère (Il. XIV, 348) fait-il mention de trois fleurs, le lotus, le safran et l'hyacinthe (gladiolus segetum).

XVIII. (VII.) [1] Toutes les substances odorantes et par conséquent les herbes différent par la couleur, l'odeur et le suc. Il est rare qu'une substance odorante ne soit pas amère, et réciproquement les substances douces sont rarement odorantes. Ainsi le vin est-il plus odorant que la moût, et les productions sauvages plus que celles qui sont dues à la culture. Quelques fleurs ont une bonne odeur de loin, et de près n'en ont presque plus; telle est la violette. La rose fraîche a meilleure odeur de loin; la rose sèche, de prés. Toutes les fleurs ont une odeur plus pénétrante au printemps et le matin. Au fur et à mesure que s'approche l'heure de midi, l'odeur s'affaiblit.

[2] Les fleurs des jeunes plantes sont aussi moins odorantes que celles des vieilles ; toutefois c'est dans l'âge intermédiaire que les fleurs ont le plus de parfum. La rose et le safran sont plus odorants quand on les récolte par un temps serein. Au reste, tout est plus parfumé dans les contrées chaudes que dans les contrées froides; en Égypte pourtant les fleurs sont très peu odorantes, parce que l'air y est brumeux et chargé de rosée, à cause du Nil. Quelques fleurs ont une odeur forte, quoique suave; d'autres, tant qu'elles sont vertes, ne sentent rien, à cause d'un excès d'humidité, par exemple le bucéros, qui est le fenugrec. Toutes les fleurs qui ont une odeur pénétrante ne sont pas sans suc : par exemple la violette, la rose, le safran; mais celles qui, douées d'une odeur pénétrante, n'ont pas de suc, ont toutes une odeur forte : par exemple les deux espèces de lis (XXI, 11). L'aurone et la marjolaine ont des odeurs pénétrantes. Dans certaines plantes la fleur seule est suave, les autres parties sont inodores, comme dans la violette et le rester. Parmi les plantes de jardin, les plus odorantes sont les plantes sèches, telles que la rue, la menthe, l'ache; il en est de même de celles qui croissent dans les lieux secs. Quelques fruits deviennent plus odorants en vieillissant; tel est le coing. Ces mêmes fruits, cueillis, le sont plus que sur l'arbre ; d'autres n'ont d'odeur que concassés ou froissés; d'autres, que dépouillés de leur écorce. Certaines substances ne sont odorantes que brûlées, par exemple l'encens et la myrrhe. Toutes les fleurs sont plus amères pilées qu'intactes. Quelques plantes conservent plus longtemps leur odeur, étant sèches, par exemple le mélilot; certains rendent plus odorantes le lieu où elles croissent, telles que l'iris (XII, 52), qui va jusqu'à parfumer l'arbre tout entier, quel qu'il soit, avec les racines duquel il aura été en contact. L'hespéris (giroflée triste, cheiranthus tristis, L.) a plus d'odeur la nuit, ce qui lui a valu ce nom. Aucun des animaux n'est odorant, à moins que nous n'ajoutions fol à ce qui est dit de la panthère (VIII, 23).

XIX. [1] Il est encore une distinction qu'il ne faut pas omettre: c'est que plusieurs des plantes odorantes n'entrent pas dans les couronnes, par exemple l'iris et la sallunca, quoique doués tous deux d'une odeur très recherchée. Dans l'iris (XIII, 2) il n'y a d'odorant que la racine, employée pour la parfumerie et la médecine. L'iris le plus estimé est celui de l'Illyrie, et dans ce pays même celui non des contrées maritimes, mais des forêts sur les bords du Drilon et de la Narone; au second rang est celui de la Macédoine, qui est très allongé, blanchâtre et mince ; au troisième rang, celui d'Afrique, le plus grand de tous et d'une saveur très amère.

[2] L'iris d'Illyrie comprend deux espèces : le raphanitis, ainsi nommé à cause de sa ressemblance avec le raifort, et le rhizotomos, qui est roussâtre et d'une qualité supérieure (XXI, 38). Le meilleur iris est celui qui, manié, excite l'éternuement. La tige de l'iris est longue d'une coudée, et droite; la fleur est de diverses couleurs, comme l'arc-en-ciel, d'où il a pris son nom. On estime aussi l'iris de Pisidie. Ceux qui doivent arracher l'iris répandent pendant tout autour, trois mois à l'avance, de l'eau miellée, comme s'Ils voulaient par ce sacrifice apaiser la terre; avec la pointe d'une épée ils tracent autour de l'iris trots cercla, et, dès qu'ils l'ont recueilli, ils le lèvent vers le ciel.

[3] C'est une plante à propriétés caustiques ; et, maniée, elle fait venir des ampoules comme la brûlure. On recommande surtout d'être, pour le récolter, en état de continence. La racine sèche, et même encore dans la terre, est très promptement attaquée par les vers. Autrefois c'étaient Leucade et l'Elide, où depuis longtemps on cultive cette plante, qui fournissaient la meilleure huile d'iris (XIII, 2); maintenant la meilleure vient de la Pamphylie, mais on estime beaucoup aussi celle de la Cilicie et des contrées septentrionales.

XX. [1] La sallunca (valeriana celtica, L.), dont la feuille un peu courte n'est pas susceptible d'être tressée, a de nombreuses racines, herbe plutôt que fleur, tellement serrée qu'elle semble avoir été pressée avec la main, en un mot gazon d'un genre particulier. Elle vient dans la Pannonie, dans la Norique, sur les pentes des Alpes exposées au soleil, et, parmi les villes, à Eporédia. L'odeur en est tellement agréable, que l'exploitation commence à en valoir celle d'une mine : on aime beaucoup à la placer dans les vêtements.

XXI. [1] Il en est de même chez les Grecs du polion, plante célébrée par Musée et Hésiode, qui la disent bonne à tout, et propre spécialement à faire acquérir la renommée et les dignités; herbe véritablement merveilleuse, si, comme on le rapporte, les feuilles en sont blanches le matin, pourpres à midi, bleues au coucher du soleil. Il y en a de deux espèces : le pollen des champs (teucrium polium, L.), plus grand; le polion sauvage, plus petit (teucrium montanum, L.) : quelques-uns moment ce dernier tenthrion. Les feuilles en sont semblables aux cheveux blancs de l'homme; elles naissent immédiatement de la racine , et ne s'élèvent jamais à plus d'un palme.

XXII. (VIII.) [1] C'en est assez sur les fleurs odorantes : le luxe, qui se glorifie d'avoir vaincu sur ce point la nature par la composition des parfums, a voulu rivaliser aussi dans les étoffes avec les fleurs que recommande l'éclat de leurs couleurs. Je remarque qu'Il y a trois couleurs principales : le rouge de coccus (IX, 65), qui brille de tout son éclat dans les roses, et dont on retrouve le reflet (XXXVII, 40) dans la pourpre de Tyr, dans la pourpre deux fois teinte, et dans celle de Laconie; la couleur d'améthyste, qui brille dans les violettes (XXXVII, 40), et qui se retrouve dans la couleur pourpre et celle que nous avons nommée ianthine ( nous ne parlons que des genres qui offrent plusieurs subdivisions);

[2] enfin la couleur conchylienne proprement dite (s, 64), de plusieurs sortes: l'une semblable à l'héliotrope, et généralement plus foncée; l'autre ressemblant à la mauve, et tirant sur le pourpre; une troisième ressemblant à la violette tardive, et c'est celle qui a le plus de vivacité. Voila les rivaux en présence; la nature et le luxe se livrent le combat. Je vois dans les auteurs que le jaune était en honneur dès les temps les plus anciens, mais on le réservait exclusivement aux femmes pour les voiles nuptiaux; et de là vient peut-être qu'il n'est pas compté parmi les couleurs principales, c'est-à-dire communes aux hommes et aux femmes ; c'est en effet cette communauté qui donna le premier rang.

XXIII. [1] Nous sommes sans aucun doute vaincus par l'amarante (amarante passe-velours, celosia cristala. L.) : c'est, à vrai dire, plutôt un épi de pourpre qu'une fleur; et de fait elle est inodore. Chose merveilleuse, elle se plaît d'être cueillie, et n'en repousse que mieux ! Elle vient au mois d'août, et, dure jusqu'en automne. La palme est à l'amarante d'Alexandrie, que l'on recueille pour la conserver : quand toutes les fleurs ont passé, on la trempe dans l'eau, et, par une propriété singulière, elle revit; aussi sert-elle à faire les couronnes d'hiver. La qualité spéciale de l'amarante, ainsi appelée parce qu'elle ne se flétrit pas, est indiques par son nom.

XXIV. [1] Le nom aussi du cyanus (le bluet) en exprime la couleur. De même pour l'holochrysi (XXI, 85) (immortelle, gnaphalium staechas, L.). Aucune de ces fleurs n'était employée du temps d'Alexandre Ie Grand; car les auteurs de l'époque immédiatement suivante n'en ont pas parlé, ce qui prouve qu'elles ne sont venues en faveur que plus tard. Toutefois, qui pourrait douter que la connaissance n'en soit due aux Grecs, puisque l'Italie n'a que des noms grecs pour les désigner?

XXV. [1] Mals certes c'est l'Italie qui a dénommé le petilium (geum rivale, L. ?), plante automnale, naissant auprès des buissons, et recommandable seulement par sa couleur, qui est celle de la rose sauvage. Les feuilles, petites, sont au nombre de cinq. Chose singulière, dans cette fleur la tête se recourbe; et ce n'est qu'après qu'elle s'est redressée que naissent les pétales, formant une corolle petite et de couleur variée, avec une graine jaune au dedans.

[2] Le bellion (chrysanthemum segetum, L. ?) est jaune aussi ; il a une couronne de cinquante-cinq barbules, en forme de pastille. Ce sont des fleurs des prés, et les fleurs des prés sont la plupart sans usage, et sans nom par conséquent; ces deux fleurs mêmes portent tantôt un nom, tantôt un autre.

XXVI. [1] La chrysocome (chrysocome linosiris, L) ou chrysitis n'a pas de dénomination latine; elles un palme de hauteur, les fleurs en corymbe, d'un jaune d'or; la racine noire, un goût passant de l'astringent au doux : elle croît dans les lieux pierreux et ombragés.

XXVII. (IX.) [1] Après avoir passé en revue presque toutes les couleurs les plus célèbres, venons à ces couronnes qui plaisent par la seule variété. il y a deux espèces de ces couronnes: les unes sont faites de fleurs, les autres de feuilles. Les couronnes à fleurs sont les couronnes du genêt (XXIV, 40), cueilli avec sa fleur jaune; du rhododendron (XVI, 33; XXIV, 53); du jujubier, qu'on nomme aussi arbre de Cappadoce, et qui a une fleur odorante semblable a celle de l'olivier; du cyclaminum, qui croît parmi les ronces, dont nous parlerons davantage ailleurs (XXV, 67), et dont la fleur ont couleur de pourpre.

XXVIII. [1] Quant aux couronnes à feuilles, le premier rang appartient à celles qui sont faites avec les feuilles du smilax et du lierre, plantes dont nous avons suffisamment parlé a propos des arbrisseaux (XVI, 63 et 62; XXIV, 47 et 49). On emploie encore d'autres espèces qu'il faut indiquer par des noms grecs, attendu que la langue latine présente beaucoup de lacunes dans cette nomenclature. La plupart, il est vrai, sont exotiques; toutefois, il nous faut en faire mention, puisque nous traitons de la nature, et non de l'Italie.

XXIX. [1] Ainsi, on emploie dans les couronnes la feuille du melothron(XXIII, 16), de la spiraea (ligustrum vulgare, L. ?), de l'origan (XX, 67), du cneorum (daphne gnidium, L.) appelé casia par Hygin, du cunilago (XX, 63) ou conyza, du melissophyllon ou aplastrum (XX, 45), du mélilot (melilotus officinalis, L.), que nous appelons sertula de Campanie; car le mélilot le plus estimé de l'Italie est celui de la Campanie, comme le meilleur de la Grèce est celui du cap Sunium : viennent ensuite celui de Chalcis et celui de Crète. Partout cette plante croît dans des lieux âpres et sauvages; le nom de sertula qu'elle porte prouve qu'autrefois on en faisait des couronnes. L'odeur, ainsi que la fleur, approche de celle du safran. La tige est blanche : plus les feuilles sont courtes et épaisses, plus on estime le mélilot.

XXX. [1] La feuille du trèfle entre aussi dans la composition des couronnes. Il y a trois espèces de trèfle : le premier est nommé chez les Grecs tentôt minyanthes, tantôt asphaltion (psoralea bituminosa, L.); la feuille en est plus grande, et les fabricants de couronnes l'emploient: le second, nommé oxytriphyllon, a la feuille aiguë; le troisième est de tous le plus petit. Parmi ces plantes il en est qui ont les tiges fortes, comme le marathron (fenouil), l'hippomarathron (cachrys sicula) (XX, 95 et 96 ), le myophonum (XXVII, 2) (aconilum napellus, L.). On se sert aussi des ombelles des férules et de la fleur purpurine du lierre (XVI, 62). Il est encore une espèce différente de lierre qui est semblable aux roses sauvages (XVI, 62 ); la couleur seule en plaît; elle est inodore.

[2] (X.) On connaît aussi deux cneoron, l'un foncé (daphne cneorum, L.), l'autre blanc (d. gnidium, L.); ce dernier est odorant ; tous deux sont ramifiés. Ils fleurissent après l'équinoxe d'automne. Deux origans aussi sont employés dans les couronnes : l'un n'a point de graine; l'autre, qui est odorant, se nomme crétois (XX, 69).

XXXI. [1] Même nombre de thyms : l'un blanc, l'autre foncé. Le thym fleurit vers le solstice d'été; alors les abeilles viennent à la récolte, et c'est un présage pour le miel : en effet, les apiculteurs espèrent un bon produit quand la floraison du thym est abondante. Les pluies lui nuisent, et en font tomber la fleur. On ne peut apercevoir la graine du thym, et cependant la graine de l'origan, très petite, n'échappe pas à la vue. Mais qu'importe que la nature l'ait cachée? On sait qu'elle est dans la fleur; on sème celle-ci, et la plante se multiplie. Que n'ont pas tenté les hommes? Le miel de l'Attique passe pour le meilleur du monde entier :

[2] on a donc transplanté du thym de l'Attique, plante qu'à grande peine, comme nous disons, on reproduit par sa fleur. Mais une autre condition naturelle rendit vaines ces tentatives : le thym de l'Attique ne vit qu'a proximité des exhalaisons marines. Autrefois on pensait qu'il en était ainsi de toute espèce de thym, et que pour cette raison il n'en venait pas en Arcadie. Alors on croyait aussi qu'à plus de trois cents stades de la mer l'olivier ne poussait pas (XV, 1). Aujourd'hui nous savons que dans la province Narbonnaise les campagnes pierreuses sont remplies de thym ; c'est presque le seul revenu du pays, des milliers de moutons y venant de contrées lointaines paître cette plante.

XXXII. [1] Deux espèces de conyza (X, 63 et t 64), le mâle (erigeron viscosum, L) et la femelle (erigeron graveolens, L.), entrent dans les couronnes; la différence est dans la feuille : la femelle l'a plus menue, plus effilée et plus étroite; le mâle l'a en forme de tulle, et plus divisée. La fleur du mâle est aussi plus éclatante; celle des deux espèces est tardive, et vient après le lever d'Arcturus. L'odeur de la conyza mâle est plus forte, celle du la conyza femelle est plue pénétrante; aussi la conyra femelle a-t-elle plus de vertu contre les morsures des bêtes. Les feuilles de la conyra femelle ont l'odeur du miel; la racine du mâle est nommée par quelques-uns libations : nous en avons parlé (XX, 64).

XXXIII. [1] Dans les conyza ce n'est que la feuille qui entre dans les couronnes; mais dans la fleur de Jupiter (agrastemma flos Iovis, L.), l'amaricus (marjolaine), l'hémérocalle (XXI, 90) (pancratium maritimum, L.), l'aurone, l'hélenium, le sisymbrium et le serpolet, toutes plantes ligneuses, on emploie la fleur à la façon de la rose. La fleur de Jupiter ne plaît que par sa couleur; elle est inodore, de même que celle qui en grec se nomme phlox (silene vespertina). Mais les branches et les feuilles sont odorantes dans les végétaux susdits, excepté dans le serpolet. L'hélénium passe pour être né des larmes d'Hélène, aussi celui de l'île d'Hélène est-il le plus estimé. C'est une plante rameuse, qui étend sur le sol ses petites branches, longues de neuf pouces; la feuille est semblable à celle du serpolet.

XXXIV. [1] La fleur de l'aurone a une odeur forte, mais agréable; elle est de couleur d'or. Abandonnée à elle-même, l'aurone se propage spontanément; elle se provigne par son sommet. Mais si on la multiplie, c'est de graine plutôt que de racine ou de bouture; et encore vient-elle difficilement de graine. On la transplante ainsi que l'adonium, opérations qui se font l'été pour l'une et l'autre : ces plantes sont en effet très frileuses, néanmoins trop de soleil leur nuit; mais quand elles ont pris de la force, elles poussent des rameaux à la façon de la rue. Le leucanthemum (XXII, 26) (camomille) a l'odeur de l'aurone : il a la fleur blanche, et est feuillé.

XXXV. (XI.) [1] Dioclès le médecin et les Siciliens donnent le nom d'amaracus (origanum majorana, L.) a la plante appelée sampsochum en Égypte et en Syrie : on la multiplie des deux façons, de graine et de bouture; elle est plus vivace que les précédentes, et a meilleure odeur. L'amaracus a, comme l'aurone, beaucoup de graines; mais, tandis que l'aurone n'a qu'une racine qui s'enfonce profondément, celle des autres est à fleur de terre, et tient à peine au sol. On sème au commencement de l'automne, et même en certaines localités au printemps, celle de ces plantes qui aiment l'ombre, l'eau et l'engrais.

XXXVI. [1] Le nyctegreton (caesalpina pulcherrna, L.?) a été pour Démocrite au nombre des rares merveilles. Selon cet auteur, il est de couleur hysgine, il a la feuille de l'épine, il rampe sur le sol; le plus beau se trouve en Gédrosie; on l'arrache après l'équinoxe du printemps, on le fait sécher pendant trente jours au clair de la lune ; ainsi préparé, il brille la nuit Les mages et les rois des Parthes emploient cette plante lorsqu'ils prononcent des voeux; elle se nomme aussi chénomychon, parce que la vue seule en fait fuir les oies; d'autres la nomment nyctalops, parce que la nuit elle brille de loin.

XXXVII. [1] Le mélilot vient partout; cependant le plus estimé est celui de l'Attique : en tout pays on préfère celui qui est récent, qui n'est pas blanchâtre, et qui a le plus de ressemblance avec le safran; en Italie toutefois le blanc est plus odorant.

XXXVIII. [1] La violette blanche (mathiola incana, L.) est la première des fleurs qui annoncent le printemps; dans les localités chaudes, elle s'épanouit même dès l'hiver. Viennent ensuite la violette appelée ion, la violette pourprée, la violette couleur de flamme, autrement phlox (XXI, 33), du moins l'espèce sauvage. Le cyclaminum (XXV, 67) fleurit deux fois par an, au printemps et à l'automne ; il craint l'été et l'hiver. Le narcisse et le lis au delà des mers sont un peu plus tardifs que les plantes précédentes ; en Italie, comme nous l'avons dit (XXI, 11), ils fleurissent après les roses; en Grèce, l'anémone est encore plus tardive : c'est la fleur d'un bulbe sauvage; elle est différente de celle dont nous parlerons à propos des plantes médicinales (XXI, 94). Viennent ensuite l'oenanthe (XXI, 95 ), le méllanthum, et, parmi les plantes sauvages, l'héilochrysos (XXI, 24),

[2] puis une autre espèce d'anémone nommée limonia, puis le glaïeul, accompagné de l'hyacinthe; en dernier lieu, la rose parmi les fleurs printanières. La rose est aussi la fleur qui passe le plus vite, excepté la rose cultivée; parmi les autres, celles qui durent le plus sont l'hyacinthe, la violette blanche et l'oenanthe; mais, pour faire durer longtemps cette dernière il faut, en la cueillant souvent, l'empêcher de monter en graine. L'oenanthe vient dans les lieux chauds; elle a l'odeur de la vigne en fleur, ce qui lui a valu le nom qu'elle porte.

[3] L'hyacinthe (gladiolus segetum) est l'objet de deux fables : d'après l'une, elle porte le deuil de celui qu'avait aimé Apollon; d'après l'autre, elle est née du sang d'Ajax, les veinures de la fleur étant disposées de manière à figurer les lettres grecques AI (AIAS, Ajax).

[4] L'héliochrysor a la fleur couleur d'or, la feuille menue, la tige grêle, mais dure. D'après les mages, celui qui s'en couronne, et qui prend des parfums d'une boîte d'or apyre (qui n'a pas éprouvé le feu), obtient crédit et gloire parmi les hommes. Telles sont les fleurs du printemps.

XXXIX. [1] Viennent ensuite les fleurs d'été, la lychnis (agrostemma coronaria, L.), la fleur de Jupiter, et une autre espèce de lis, ainsi que le tiphyon (scilla autumnalis, L.) et l'amaracus dit de Phrygie; mais la fleur la plus remarquable est le pothos (silens sibthorpiana). On en distingue deux : l'un qui a la fleur de l'hyacinthe; l'autre qui est plus blanc (s. otites, L.) et qu'on ne sème guère qu'autour des tombeaux, parce qu'il dure davantage. L'iris aussi fleurit en été. Mais ces fleurs à leur tour passent et se fanent; d'autres les remplacent en automne : une troisième espèce de lis; le safran et l'orsinum, ayant l'un et l'autre deux espèces, l'une inodore, l'autre odorante : dès les premières pluies toutes ces fleurs s'épanouissent.

[2] Les fabricants de couronnes emploient même la fleur de l'épine (XXIV, 66); on confit bien, pour flatter le palais, les pousses de l'épine blanche! Tel est l'ordre des fleurs d'outre-mer. En Italie, à la violette succède la rose; le lis vient pendant que celle-ci dure; la rose est remplacée par le bluet; le bluet, par l'amarante: quant àl a pervenche, elle est toujours verte. Les feuilles en entourent chaque noeud en forme de couronne, c'est une plante topiaire; elle sert quelquefois à défaut d'autres. Les Grecs lui donnent le nom de chamaedaphné.

XL. [1] La violette blanche (XXI, 28) dure au plus trois ans : passé ce temps, elle dégénère. Le rosier va jusqu'à cinq ans sans être ni taillé ni brûlé, opérations qui le rajeunissent. Nous avons dit (XXI, 10) que le terrain importe aussi beaucoup : en Égypte toutes ces plantes sont inodores ; le myrte seul a une odeur excellente. Il est même certains pays où la floraison se fait deux mois plus tôt que dans d'autres. Les plantations de rosiers doivent être bâchées aussitôt après le Favonius, et une seconde fois au solstice d'été : on aura soin, entre les deux façons, que le terrain soit parfaitement nettoyé.

XLI. (XII.) [1] Les ruches et les abeilles vont très bien avec les jardins et les plantes à couronnes, et sont, sans grands frais, d'un bon rapport quand elles réussissent. Pour les abeilles, il faut semer le thym, l'apiastrum (melissa officinalis, L.), le rosier, la violette, le lis, le cytise, la fève, l'erville (vicia ercilia, L. ), la cunila (sarriette) (XIX, 50) , le pavot, la conyza, la casia, le mélilot, le mélissophyllum (XXI, 29), le cérinthe (cerinthe major, L.). Le cérinthe a la feuille blanche et recourbée, une coudée de haut , la fleur offrant une concavité pleine d'un suc mielleux. Les abeilles sont très avides de la fleur de ces plantes, et même de la fleur du sénevé; chose étonnante, car il est certain qu'elles ne touchent pas à la fleur de l'olivier (XI, 8) ; aussi vaut-il mieux tenir cet arbre loin d'elles. Il est d'autres arbres, au contraire, qu'il convient de mettre à leur proximité, attendu qu'Ils invitent les essaims qui s'envolent, et les empêchent de s'écarter.

XLII. [1] Il faut aussi prendre garde au cornouiller : les abeilles qui en goûtent la fleur meurent de flux de ventre; le remède, c'est de leur donner des sorbes pilées avec du miel  ou de l'urine d'homme ou de boeuf, ou des grains de grenade humectés avec du vin amminéen (XIV, 5, 2). Il est très agréable aux ruches d'avoir du genêt planté tout autour.

XLIII. [1] J'ai trouvé sur la nourriture des abeilles un fait singulier, et digne d'être rapporté. Il est un bourg appelé Hostilia, et baigné par le Pô; les habitants, quand la nourriture manque dans les environs, mettent les ruches sur des bateaux, et chaque nuit ils leur font remonter un espace de cinq mille pas; au jour, les abeilles sortent et vont butiner; elles reviennent aux bateaux, et ainsi on les change de lieu jusqu'à ce que, le poids faisant enfoncer davantage les bateaux, on comprend que les ruches sont pleines : on revient alors, et on recueille le miel. (XIII.) En Espagne, pour une même raison, on fait voyager les ruches sur des mulets.

XLIV. [1] La nourriture a tant d'influence qu'il est même des miels vénéneux. A Héraclée du Pont, en certaines années, le miel devient très pernicieux, quoiqu'il soit toujours fait par les mêmes abeilles. Les auteurs n'ont pas dit de quelles fleurs provenait ce miel; pour nous, nous transcrirons ce que nous avons lu. Il est une plane funeste aux bêtes de somme, plus encore aux chèvres, et pour cela nommée aegolethron (azalea pontica) : les fleurs de cette plante, macérées par un printemps pluvieux, contractent des propriétés nuisibles; aussi cette altération ne se produit pas tous les ans. Voici les signes du miel empoisonné: ne s'épaississant point; d'une couleur plus rouge, d'une odeur toute particulière et provoquant aussitôt des éternuements; plus pesant que le bon miel.

[2] Ceux qui en out mangé se couchent à terre cherchant le frais; ils sont, en effet, baignés de sueur. Il y a beaucoup de remèdes dont nous parlerons en lieu et place (XXIX, 31); mais comme il faut en citer immédiatement quelques-uns pour un cas aussi insidieux, je mentionnerai l'hydromel vieux, avec d'excellent miel et de la rue ; les salaisons aussi, pourvu qu'on en prenne à plusieurs reprises, mais pour les revomir aussitôt. Il est certain que les chiens qui mangent les déjections des malades contractent cette affection, et éprouvent les mêmes douleurs. Néanmoins l'hydromel préparé avec ce miel est, quand il a vieilli, innocent; cela est reconnu. Rien non plus n'est meilleur que ce miel, avec le costus, pour adoucir la peau des femmes; avec l'aloès, pour guérir les meurtrissures.

XLV. [1] Dans la même partie du Pont, au pays des Sannes, il est une autre espèce de miel, appelée maenomenon, à cause de la folie qu'il produit : on attribue cette malfaisance à la fleur du rhododendron, dont les forêts sont remplies; et cette nation, bien qu'elle paye aux Romains un tribut de cire, ne peut tiret aucun parti d'un miel aussi pernicieux. Dans la Perse et dans la Gétulie, partie de la Mauritanie Césarienne et limitrophe du pays des Massaesylliens, il se produit des rayons vénéneux ; et même quelques-uns ne le sont qu'en partie, circonstance excessivement insidieuse, si la couleur livide ne mettait en garde. Quelles intentions attribuer à la nature en ce piège d'un miel vénéneux, non dans toutes les années ni dans les rayons tout entiers, et dû cependant aux mêmes abeilles?

[2] C'était peu d'avoir produit une substance dans laquelle il est si facile de donner du poison: fallait-il qu'elle-même en incorporât dans le miel, au détriment de tant d'animaux ? Mais qu'a-t-elle voulu, sinon rendre l'homme plu précautionné et moins avide? Et en effet, n'avait-elle pas armé les abeilles elles–mêmes d'aiguillons, et d'aiguillons empoisonnes? Le remède contre ces piqûres, je le rapporterai sans différer :

[3]  On fomentera l'endroit piqué avec du jus de mauve ou de feuilles de lierre, ou bien on boira le jus de ces plantes. Il est étrange cependant que ces insectes, qui portent des poisons dans leur bouche et qui en distillent, n'en meurent pas: sans doute la nature, maîtresse des choses, a donné aux abeilles contre ces poisons la résistance qu'elle a donnée contre les serpents aux Psylles (VII, 2), et aux Marses parmi les hommes.

XLVI. (XIV.) [1] La Crète offre un autre miel merveilleux. Sur le mont Carina, qui a neuf mille pas de tour et sur lequel on ne trouve pas de mouches, les abeilles font un miel auquel les mouches ne touchent en aucun pays. Cela même fait reconnaître ce miel, qu'on préfère pour les préparations médicinales.

XLVII. [1] Les ruches doivent regarder le lever équinoxial, et éviter l'Aquilon aussi bien que le Favonius. Les meilleures ruches sont celles d'écorce, ensuite celles de d'écorce, en troisième lieu celles d'osier; on en a fait faire en pierre spéculaire, afin d'observer le travail des abeilles à l'intérieur(XVI, 16). Il est très avantageux d'oindre tout autour la ruches avec de la fiente de bœuf. L'opercule doit être mobile par derrière, afin qu'on puisse le pousser en dedans, si la ruche est grande ou l'opération peu productive, de peur que, découragées, les abeilles ne renoncent à travailler; puis on le ramène peu à peu en arrière, les trampant ainsi sur le progrès de leur ouvrage.

[2] En hiver on couvrira les ruches avec de la paille; on fera de fréquentes fumigations, surtout avec la fumée de fiente de boeuf. Elle leur est bonne, tue les insectes qui se développent, les araignées, les papillons, les vers, et même excite les abeilles. Il est facile de les débarrasser des araignées, mais le papillon est un ennemi plus dangereux : pour le détruire, on choisit au printemps, quand la mauve mûrit, une nuit sans lune, par un ciel serein, et on allume des flambeaux devant la ruche : les papillons se jettent dans la flamme.

XLVIII.  [1]  Si l'on pense que les abeilles n'ont plus d'aliments, on mettra à la porte de la ruche des raisins secs et des figues pilées, ou bien de la laine cardée, humectée avec du vin cuit ou du raisiné, ou de l'eau miellée. On y met aussi de la chair de poule crue. En certains étés même, où une sécheresse continue leur a enlevé l'aliment fourni par les fleurs, il faut leur donner de la nourriture comme il vient d'être dit. Quand on récolte le miel, on frotte les issues des ruches avec le mélissophyllon (mélisse) ou le genêt broyés, ou bien on les entoure par le milieu avec la vigne blanche, de peur que les abeilles ne se dispersent. On recommande de laver avec de l'eau les pots à miel et les rayons : cette eau, bouillie, fait, dit-on, un vinaigre très salutaire.

XLIX. [1] La cire se fait avec les rayons dont on a exprimé le miel ; pour cela on les passe à l'eau, on les fait sécher pendant trois jours dans l'obscurité; le quatrième jour, on les fait fondre sur le feu dans un vase de terre neuf, avec assez d'eau pour qu'ils en soient recouverts; puis on filtre le liquide dans un panier. Alors on fait cuire la cire dans le même vase avec la même eau, et on la verse dans des vases enduits de miel et contenant de l'eau froide. La meilleure est la cire appelée punique; au second rang est une cire très jaune, ayant l'odeur du miel lorsqu'elle est pure, provenant du Pont, et qui, chose étrange ! n'est pas altérée par le miel vénéneux (XXI 44 et 45). Au troisième rang est la cire de Crète; elle a le plus de propolis, substance dont nous avons parlé en traitant des abeilles (XI, 6). Après toutes ces cires vient celle de Corse; et comme elle provient du buis, on lui attribue certaine vertu médicamenteuse.

[2] La cire punique se prépare de cette façon : On expose souvent à l'air de la cire Jaune, puis on la fait bouillir dans de l'eau de mer prise au large, et à laquelle on ajoute du nitre; puis avec des cuillers on enlève la fleur de la cire, c'est-à-dire, la partie la plus blanche, et on la verse dans un pot contenant un peu d'eau froide; on fait de nouveau bouillir à part cette portion dans de l'eau de mer, puis on refroidit le vase. Après avoir renouvelé cette opération trois fois, on fait sécher la cire sur une claie de jonc, en plein air, à la lumière du soleil et à celle de la lune : la lune la blanchit, le soleil la sèche; et pour qu'il ne la liquéfie pas, on la protége avec une toile fine. On l'obtient aussi blanche que possible, si après l'insolation on la fait encore recuire. La cire punique est la meilleure pour les préparations médicinales. On rend noire la cire en y incorporant de la cendre de papyrus; rouge, en y incorporant de l'orcanette;

[3] enfin, on lui donne toutes sortes de couleurs avec différents drogues, et l'on s'en est pour modeler, pour un nombre Infini d'usages, et même pour vernir les murailles et les armes. Nous avons, à propos des abeilles (XI, 6), donné les autres détails sur le miel et ces insectes; et maintenant ce qu'il y avait à dire sur les jardins est a peu près complet.

L. (XV.) [1] Passons aux plantes croissant spontanément, et employées comme aliment dans la plupart des pays, et surtout en Égypte; là elles croissent en telle quantité, que cette contrée est peut-être la seule qui pourrait se passer de céréales, dont pourtant elle abonde. En Italie nous n'en connaissons que très peu, le fraisier, le tamnus (tamnus communis, L), le ruscus (ruscus aculeatus) (XXIII, 83), le batis marin (chritmum maritimum), le batis de jardin (XXVI, 50), nommé par quelques-uns asperge des Gaules, le panais des prés (daucus carotta), le houblon ; et encore sont-ce plutôt des hors-d'oeuvre que des aliments.

LI. [1] La plante de ce genre la plus célèbre en Égypte est la colocase (arum colocasia, L.), que quelques-uns nomment cyamos (fève). On la trouve dans le Nil; la tige, cuite, se divise sous la dent en filaments ténus; le thyrse, qui sort d'entre les feuilles, est remarquable ; les feuilles, très larges par comparaison avec celles des arbres, resemblent à celles de la plante que nous nommons personata (XXV, 68), et qui vient dans nos rivières. Les indigènes se complaisent tellement dans les présents de leur fleuve, qu'avec des feuilles de colocasia entrelacées ils font des vases de différentes formes, où ils aiment à boire. Maintenant on cultive cette plante en Italie.

LII. [1] En Égypte, le second rang est donné au cichorium (chicorée) (XX, 29), que nous avons nommé endive erratique. Il vient après le lever des Pléiades, et fleurit par portions. La racine en est tenace ; aussi l'emploie-t-on pour faire des liens. L'anthalium (cyperus esculentus, L) croît plus loin du Nil ; le fruit est gros et rond comme la nèfle, sans noyau, sans écorce; la feuille est celle du cyperus. On le mange cuit, ainsi que l'oetum (pistache de terre, arachis hypogea, L.), plante qui n'a que peu de feuilles, et des feuilles très petites, mais dont la racine est grosse. On mange encore l'arachis (lathyrus amphicarpos, L.) et l'aracos (lathyrus tuberosus, L. ), qui ont des racines rameuses et multiples ; du reste point de feuilles, point de partie herbacée, rien qui soit hors du sol.

[2] Les autres plantes mangées communément en Égypte sont la condrilla (condrilla juncea, L.), l'hypochoeris (hyoseris lucida, L.), le caucalis (pimpinella saxifraga, L.), l'anthriscus , le sandix (XXII, 38), appelé par d'autres tragopogon, à feuille de safran, le parthenium (XXI, 104), le strychnum (XXI, 105), le corchorus (anagallis arvensis, L), l'aphace (leotondon taraxacum, L.), qui vient à l'équinoxe, l'acinos (thymus acinos, L ), l'épipétron (sedum rupestre , L.), qui ne fleurit jamais, tandis que l'aphace, remplaçant à mesure les fleurs qui se fanent, fleurit tout l'hiver, tout le printemps, et jusqu'en été.

Llll. [1] Les Égyptiens ont en outre beaucoup d'autres plantes peu connues; ils vantent surtout le cnicos (carthamus tinctorius, L. ), inconnu à l'Italie, et qu'ils aiment, non comme aliment, mais pour l'huile qu'ils tirent de sa graine. On distingue d'abord le cnicos en sauvage et en cultivé, puis le cnicos sauvage en deux espèces : l'une est moins épineuse que le cnicos cultivé, et a une tige semblable, si ce n'est qu'elle est plus droite ; aussi dans l'antiquité les femmes s'en servaient pour quenouilles, ce qui l'a fait appeler atractylis (carthamus lanatus, L.) par quelques-uns; la graine en est blanche, grosse, amère. L'autre espèce est plus hérissée; la tige en est plus grosse et presque rampante, la graine menue. Le cnicos est du genre des plantes épineuses; car il faut aussi distinguer les genres.

LIV. [1] Certaines plantes en effet sont épineuses, d'autres ne le sont pas. Les épineuses se subdivisent en beaucoup d'espèces : l'asperge (asparagus aphylle) et le scorpio (spartium scorpius, L.) sont totalement épineux, et n'ont aucune feuille. Quelques plantes ont des épines et des feuilles, comme le chardon, l'éryngion (XXII , 8), la réglisse (XXII, 11), l'ortie; toutes ces plantes, en effet, ont des feuilles piquantes. D'autres ont des feuilles près des épines, comme l'ononis et le tribulus (XXI, 58). Certaines ont des épines et à la feuille et à la tige, comme le phéos, nommé par quelques-uns stoebe (poterium spinosum). L'hippophaes (XXII, 14) a des épines aux noeuds; le tribulus offre cela de particulier, que le fruit même est épineux.

LV. [1] De toutes ces plantes la plus connue est l'ortie, dont les godets, lors de la floraison, produisent un duvet purpurin; elle dépasse souvent deux coudées. Il y en a plusieurs espèces : on remarque l'ortie sauvage, qu'on nomme aussi femelle, et qui est moins piquante; et, parmi les orties sauvages, celle qui est nommée canine, qui pique davantage, dont la tige même est mordicante, et dont les feuilles sont dentelées : on remarque encore celle qui a de l'odeur, et qu'on nomme herculanes. Toutes les orties ont une graine abondante et noire. Chose singulière, sans aiguillons un simple duvet fait du mal; et il suffit de le toucher légèrement, pour qu'il excite du prurit et des élevures qui deviennent sur-le-champ semblables aux brûlures.

[2]  Le remède en est connu : c'est l'huile. La propriété pongitive ne naît pas avec la plante elle-même, elle ne se développe qu'avec l'influence du soleil. L'ortie commence à pousser au printemps; c'est alors un aliment qui n'est pas désagréable; et même il est l'objet d'une superstition pour beaucoup, qui pensent par là se préserver de maladies pendant toute l'année. La racine des orties sauvages rend plus tendres toutes les viandes avec lesquelles on la fait cuire, et ne cause aucun mal. L'ortie privée de propriétés pongitives se nomme lamium (XXII, 16). Nous parlerons du scorpion à propos des herbes médicinales (XXII, 17).

LVI. (XVI.) [1] Le chardon a les feuilles et les tiges garnies d'un duvet épineux; de même l'acorna (enicus acarna, L.), le leucacanthos (centaurea dalmatica, Petter.), le chalceos (cartina corymbosa, L), le cnicos (carthamus tinctorius), le poIyacanthos (cirsiam spinosissimum, DC.), l'onopyxos (onopordon illyricum, L.), l'helxine (acarna gummifera, L.), le scolymus (scolymus maculatus). Le chamaeléon (XXII, 21) n'a pas d'aiguillons aux feuilles. Autre différence: certaines de ces plantes sont multicaules et rameuses, comme le chardon; d'autres sont unicaules et rameuses, comme le cnicos; quelques-unes sont épineuses à la tête seulement, comme l'éryngium. Certaines fleurissent en été, comme le tétralix (centaurea solstitialis) et l'hehine. Le scolymus aussi fleurit tard et longtemps.

[2] L'acorna ne se distingue que par sa couleur rousse et son suc gras; l'atractylis serait semblable s'il n'avait pas plus de blancheur, et s'il ne rendait un suc couleur de sang, ce qui le fait appeler phonos par quelques-uns (carthamus lanatus, L.); l'odeur en est fade; la graine mûrit tardivement, pas avant l'automne, remarque qui s'applique à toutes les plantes épineuses. Ces plantes viennent toutes de graine et de rejeton.

[3] Le scolymus, qui appartient au genre des chardons, en diffère en ce que la racine, étant cuite, se mange (XX, 99). Ce qui est singulier dans cette espèce, c'est que pendant tout l'été, sans interruption, elle porte des fleurs, des bourgeons et des fruits; les aiguillons, quand la feuille est desséchée, cessent de piquer. L'helxine ne se trouve que rarement, et dans quelques pays seulement. Elle offre des feuilles radicales, du milieu desquelles sort une espèce de pomme couverte de feuilles particulières; la tête contient un suc d'un goût agréable, qu'on appelle mastic d'épine.

LVII. [1] Le cactus (cinara carlunculus, L.) est spécial à la Sicile, et il a aussi des caractères spéciaux : la racine émet des tiges qui rampent à terre, à feuilles larges et épineuses; ces tiges se nomment cactus, et on ne les dédaigne pas comme aliment, même lorsqu'elles sont vieilles. La plante porte une autre tige qui est droite, et qu'on nomme pternix (silybum marianum, L.) : elle n'est pas moins agréable au goût, mais ne peut se garder. La graine est garnie d'un duvet qu'on nomme pappos (aigrette). Cette aigrette ôtée, ainsi que l'écorce, le fruit est tendre, et semblable à la moelle du palmier ; on le nomme ascalla.

LVIII. [1] Le tribulus (châtaigne d'eau, trapa natans, L.) ne croît que dans les lieux marécageux; détestable ailleurs, il se mange sur les bords du Nil et du Strymon. Il penche vers le fond de l'eau; il a une feuille semblable à celle de l'orme, et portée sur un long pédicule. Dans les autres pays on a deux espèces de tribulus: l'un (tribulus terrestris, L.) a les feuilles de la cirercule (XIX, 61), l'autre (fagonia cretica, L.) a les feuilles munies de piquants. Ce dernier fleurit aussi plus tard, et on le trouve plus fréquemment dans les hales des métairies. La graine en est noire, plus ronde, renfermée dans une gousse; celle de l'autre est semblable à du sable. Parmi les plantes épineuses, Il faut aussi ranger l'ononis (arrête-bœuf, ononis antiquorum, L. ). Il a en effet des piquants aux branches; les feuilles, semblables à celles de la rue, sont placées auprès des piquants, et garnissent toute la tige, en forme de couronne. L'ononls vient après les céréales; elle est incommode pour la charrue, et particulièrement vivace.

LIX. [1] Certaines plantes épineuses ont la tige rampante, comme celle qu'on nomme coronopus (lotus ornithopodiodes, L.). Au contraire, ont la tige droite : l'orcanette, dont la racine est employée à teindre le bois et la cire, et, parmi les plantes moins hérissées, l'anthémis (XXII, 26), le phyllanthes (centaurea nigra), l'anémone, l'aphace (pissenlit). Le crepis et le lotos (melilotus officinalis, L.) ont la tige foliacée.

LX. [1] Ici, mêmes différences que dans les arbres quant à la brièveté et à la longueur du pédicule de la feuille, quant aux dimensions de la feuille elle-même, quant à ses angles et à ses dentelures, quant à l'odeur et à la fleur. La fleur dure plus longtemps chez les plantes dont la floraison est successive, comme l'ocimum (le basilic?), l'héliotrope (XXII, 29), l'aphace et l'onochili (echium rubrum, L.). (XVII.) Beaucoup de ces plantes, comme aussi certains arbres, ne perdent pas leurs feuilles, particulièrement l'héliotrope, radiante (adiantum capillus Veneris, L.), le polium (teucrium polium, L.).

LXI. [1] Il est un autre genre, celui des plantes à épi, auquel appartiennent le cynops (plantago cynops), l'alopecuros (polypogon monspeliense), le stelephuros (plantago lagopus, L.), nommé par quelques-uns ortyx, par d'autres plantain (nous en parlerons plus au long à propos des herbes médicinales), et le thryallis (verbascum limnense, L. ). L'alopecuros a un épi mou, et garni d'un duvet serré; offrant de la ressemblance avec une queue de renard, il en a reçu le nom. Le stelephuros, n'était la floraison sucensive de l'alopécuros, lui ressemble beaucoup. Dans la chicorée et les plantes analogues, les feuilles sont près de terre et sortent de la racine, après le lever des Pléiades (XVII, 66).

LXII. [1] Ce n'est pas seulement en Égypte que se mange le perdicium(XXII, 19 ) : ce nom lui vient de la perdrix, qui aime à l'arracher. Il a des racines grosses et nombreuses. De même l'ornithogale (ornithogalum umbellatum, L.) a une tige tendre, blanche, une racine d'un demi-pied, bulbeuse, molle, et pourvue de trois ou quatre rejetons. On fait cuire cette plante dans de la bouillie.

LXIII. [1] Chose singulière! le lotos (melilotus caerulea, L.) et l'agilops (avena fatua, L.) ne lèvent qu'au bout d'un an. L'anthémis (XXII, 26) offre aussi la particularité remarquable de commencer à fleurir par le haut, tandis que toutes les plantes dont la floraison est successive commencent par le bas.

LXIV. [1] La lappa (galium aparine, L.), qui s'attache à tout, présente une singularité : c'est de donner naissance à une fleur qui ne se montre pas, mais qui reste cachée, et qui produit à l'intérieur les graines; semblable en cela aux animaux dont les oeufs n'éclosent qu'au dedans du corps. Dans les environs de la ville d'Oponte, croît l'opuntia (cactus opuntia, L.), manger agréable même pour l'homme. Choie étonnante! la feuille de cette plante prend racine, et c'est ainsi qu'elle se multiplie.

LXV. [1] L'iasione (XXII, 39) (convolvulus sepium, L.) n'a qu'une feuille, mais tellement repliée qu'elle paraît en avoir plusieurs. La condrylla (XXI, 52) est amère, et le suc de la racine est âcre. Amers aussi sont et l'aphace (pissenlit) et la plante nommée picris (XXII, 31), qui fleurit toute l'année, et qui doit à son amertume le nom qu'elle porte.

LXVI. [1] On doit remarquer aussi la scille et le safran : tandis que toutes les autres plantes produisent d'abord des feuilles, puis s'arrondissent en tiges, celles-là montrent la tige avant la feuille; mais dans le safran la fleur est poussée par la tige; dans la scille, la tige parait, puis la fleur en sort. Cette plante fleurit trois fois, comme nous l'avons dit (XVIII, 66, 7), indiquant ainsi les trois époques du labourage.

LXVII. [1] Quelques-uns rangent parmi les bulbes la racine du cypirus ou glaïeul. Cette racine est bonne a manger; bouillie et pétrie avec la pâte, elle rend le pain plus agréable au goût et plus pesant. La plante nommée thésion (XXII, 31) ressemble assez au glaïeul, mais la saveur en est âpre.

LXVIII. [1] La autres plantes du même genre diffèrent par la feuille : celle de l'asphodèle est oblongue et étroite, celle de la seille large et maniable, celle du glaïeul (gladiolus, petite épée) semblable à son nom. On mange dans l'asphodèle et la graine grillée et le bulbe, mais ce dernier se fait cuire sous la cendre, puis on y ajoute du sel et de l'huile; on le pile encore avec des figues, ce qui, d'après Hésiode, est un mets très délicat. On prétend que, semé devant la porte des métairies, l'asphodèle est un préservatif contre les maléfices. Homère ( Od., XI, 539 et XXIV, 13) a fait aussi mention de cette plante. Les bulbes en sont semblables à des navets de médiocre grosseur, et aucune plante n'en a davantage; on en compte souvent quatre-vingts.

[2] Théophraste, presque tous les Grecs, et à leur tête Pythagore, ont appelé anthéricon la tige, qui a une coudée et souvent deux, et des feuilles de poireau sauvage, en réservant le nom d'asphodèle à la racine, c'est-à-dire aux bulbes. Les Latins appellent cette plante albucus, et hastula regia l'asphodèle, dont la tige porte des grains semblables à ceux du raisin, distinguant ainsi deux espèces. L'albucus a une tige d'une coudée, grosse, nue, unie; Magon recommande de le couper a la fin du mois de mars et au commencement d'avril, avant la floraison et avant que la graine ne grossisse; de fendre les tiges, de les exposer au soleil le quatrième jour, et d'en faire des bottes lorsqu'elles seront sèches.

[3] Le même auteur dit que les Grecs donnent le nom de pistana à la plante aquatique que nous appelons flèche (sagitttaria sagittaefolia L.) Il recommande de l'écorcer depuis les ides de mai (16 mai) jusqu'à la fin d'octobre, et de la faire sécher à un soleil doux. Il veut encore que l'on coupe durant tout le mois de juillet, jusqu'à la racine, l'autre glaïeul nommé cypirus, et qui est aussi une plante de marais, et de le faire sécher au soleil à partir du troisième jour jusqu'au qu'il devienne blanc, avec la précaution de le rentrer tous les jours avant le soleil couché, attendu que la rosée de la nuit est nuisible aux plantes de marais qui sont coupées.

LXIX. (XVIII.) [1] Magon fait les mêmes recommandations pour le jonc qu'il nomme mariscus (grand jonc, schoenus mariscus, L.), et qui est employé à tresser des nattes. Il conseille de le cueillir depuis le mois de juin jusqu'à la mi-juillet; et pour le faire sécher il indique les mêmes pratiques que celles que nous avons rapportées en lieu et place pour le jonc de marais. Il fait un second genre du jonc marin (juncus maritimus, L.), appelé par les Grecs ozyschoenos. Il y a trois espèces de joncs : le jonc aigu, stérile, que les Grecs nomment mâle et oxys; les deux autres espèces sont: le jonc femelle, portant une graine noire,

[2] et nommé mélancranis, plus gros et plus rameux que le précédent, et l'holoschoenos (scirpus holoschœnus, L.), encore plus gros et plus rameux. Le mélancranis naît isolé, mais l'oxys et I'holoschoenos croissent sur la même motte. L'holoschoenos vaut le mieux pour la vannerie, parce qu'il est souple et charnu; il porte des fruits semblables à des oeufs attachés les uns eux autres. On multiplie le jonc mile par la sommité, que l'on plante en terre; on multiplie le mélancranis de graine.

[3] Au reste, les racines de tous les joncs meurent chaque année. On emploie le jonc à faire des nasses de pécheur et d'élégants ouvrages de vannerie. La moelle en est très bonne pour les lampes; et près des Alpes maritimes les joncs sont tellement gros, que, fendus et ouverts, ils ont près d'un pouce de largeur; et en Égypte tellement minces, qu'on en fait des cribles; et c'est le meilleur parti qu'on en tire.

[4] Quelques-uns distinguent encore comme espèce particulière le jonc triangulaire nommé cypérus (XXI, 70, mais beaucoup ne le discernent pas du cypirus, à cause de la ressemblance de nom; pour nous, nous ferons la distinction. Le cypirus est, comme nous l'avons dit (XXI, 97), le glaïeul; il a une racine bulbeuse; le plus estimé est celui de la Crète, puis celui de Naxos, en troisième lieu celui de la Phénicie; celui de Crète est blanc, et a une odeur approchant de celle du nard; l'odeur de celui de Naxos en plus âcre ; celui de Phénicie n'a qu'une faible senteur; celui d'Égypte (car il en vient aussi dans ce pays) est Inodore. Cette plante dissipe les tumeurs dures; car déjà nous allons entrer dans l'exposition des remèdes, les fleurs et les parfums étant d'un grand usage en a médecine.

[5] Pour le cypirus je suivrai Apollodore, qui défendait de le prendre en boisson: toutefois, le reconnaissant pour très efficace contre les calculs, il s'en sert en fomentation. Il ne doute pas qu'il ne provoque l'avortement, et il rapporte cette particularité singulière, que les barbares se font diminuer la rate en recevant dans la bouche la fumée de cette plante; qu'ils ne sortent jamais qu'après cette fumigation; et que de la sorte ils deviennent chaque jour plus vigoureux et plus robustes. Suivant lui, employé en onction avec l'huile, c'est un remède non douteux pour les écorchures et la mauvaise odeur des aisselles.

LXX. [1] Le cypérus ( souchet, cyperus longus, L.) comme nous venons de le dire (XXI, 69), est un jonc anguleux, blanc près de terre, noir et gros au sommet. Les feuilles du bas sont plus grêles que celles du poireau; celles du haut sont menues, et entre elles est la graine. La racine ressemble à une olive noire ; quand elle est oblongue, on la nomme cyperis; elle est d'un grand usage en médecine. Le cypérus le plus estimé est celui du pays d'Ammon (V, 5), en second lieu celui de Rhodes, en troisième celui de Théra, en dernier celui d'Égypte; ce qui ajoute a la confusion, car ce pays produit aussi le cypirus (glaïeul) ; mais le cypirus est très dur et à peine odorant, tandis que le cypérus a toujours une odeur qui joue celle du nard.

[2] Il y a aussi une plante de l'Inde qu'on nomme cypira (curcuma longa, L.); elle ressemble au gingembre; mâchée, elle a le goût du safran. Le cypérus a des propriétés épilatoires. On l'applique sur les ptéryglons, sur les ulcères des parties génitales, sur ceux de la bouche, en un mot sur ceux de toutes les parties humides. La racine est un remède efficace contre les piqûres des serpents et des scorpions. Prise en boisson, elle est emménagogue; à trop haute dose, elle a tant de force qu'elle provoque même la chute de la matrice. Favorisant la sortie des calculs et des urines, elle est très utile aux hydropiques. On l'applique sur les ulcères serpigineux et surtout sur ceux de la gorge, dans du vin ou du vinaigre.

LXXI. [1] La racine de jonc bouillie dans trois hemines (0 litr., 81) d'eau, jusqu'à réduction du tiers, est un remède contre la toux. La graine, grillée et bue dans de l'eau, arrête le flux de ventre et les menstrues. Le jonc appelé huloschaenos cause des douleurs de tête; on en mâche les parties voisines de la racine contre la morsure des araignées. Je trouve aussi la mention d'une espèce de jonc nommée euripice, dont la graine est soporifique, mais ne doit être prise qu'avec mesure, de peur qu'elle ne jette dans le narcotisme.

LXXII. [1] Nous indiquerons aussi les propriétés médicinales du jonc odorant (andropogon schoenanthus, L.), qui vient, comme nous l'avons dit en lieu et place (XII, 48), dans la Coele-Syrie. Le plus estimé est celui du pays des Nabatéens : on l'appelle teuchite; au second rang est celui de Babylone; le plus mauvais est celui d'Afrique, qui est inodore. Le jonc odorant est rond, et laisse sur la langue un goût âpre et vineux. Le vrai donne, frotté, une odeur de rose, et la cassure en est rougeâtre. Il dissipe les flatuosités; aussi est-il bon pour l'estomac, et dans les vomissements de bile et de sang. Il calme le hoquet, provoque des éructations, pousse aux urines, et guérit la vessie. Les femmes en emploient la décoction. Dans l'opisthotonos on en fait des applications avec la résine sèche, qui a des vertus échauffantes.

LXXIII. [1] La rose est astringente et réfrigérante; on emploie les pétales, les fleurs et les têtes. La partie blanche des pétales se nomme onglet; la fleur renferme la graine et les filaments; la t$ete, le bouton et le calice. On en fait sécher les pétales, ou bien, par trois procédés différents, on en tire le suc : dans le premier on se contente de les exprimer sans ôter les onglets, qui en effet contiennent le plus de suc; dans le second, on ôte les onglets, et on fait macérer le reste avec de l'huile ou du vin, au soleil, dans des vases de verre. Quelques-uns ajoutent du sel, d'autres, de l'orcanette, ou de l'aspalathe (spartium horridum), ou du joncodorant, parce qu'alors c'est un bon remède pour la matrice et dans la dysenterie. Dans le troisième procédé on ôte les onglets, on pile les feuilles, on les exprime à travers un linge serré , on revit le suc dans un vase d'airain, et on le fait cuire à un feu doux. Jusqu'à consistance de miel; pour cela il faut choisir les pétales les plus odorants. (XIX.) Nous avons dit, en parlant des vins (XIV, 19), comment se fait le vin de roses. Le suc de rose est bon pour les oreilles;

[2] en gargarisme, pour les ulcérations de la bouche, pour les gencives, pour le amygdales; on l'emploie pour la gorge, pour la matrice, pour les affections du siège, pour les douleurs de tête. Dans la fièvre, seul ou avec du vinaigre; on s'en sert contre l'insomnie, contre les nausées. Les pétales brûlés entrent dans callibépharum (cosmétique des paupières) ; réduits en poudre, on en saupoudre les cuisses; secs, ils adoucissent l'épiphora. La fleur est soporifique; prise dans de l'hydromel, elle arrête les flux des femmes, et surtout les flux blancs et les crachements de sang ; prise dans trois cyathes (0 litr., 135) de vin, et en quantité suffisante pour les parfumer, elle apaise les douleurs  d'estomac.

[3] Le fruit est très bon quand il est jaune et n'a pas plus d'un an ; on le fait sécher à l'ombre: le noir est sans usage. On en frictionne les dents douloureuses; Il est diurétique; on l'applique sur l'estomac et sur les érysipèles récents; mis sous les narines, il purge le cerveau. Les têtes prises en boisson arrêtent le flux du ventre et l'hémorragie. Les onglets sont utiles contre l'épiphora. La rose rend sordides les ulcères des yeux, si ce n'est au commencement de l'épiphora, appliquée sèche avec du pain; les pétales sont avantageux dans les affections de l'estomac, dans les tranchées, dans les maux de ventre et d'intestins, et sur les hypocondres, même en topique. On les confit aussi comme le lapathum (patience) pour les manger. Il faut prendre garde à la moisissure, qui s'en empare promptement. Les pétales dont on a exprimé le suc ne sont pas sans quelque usage. On en fait une poudre qui sert à réprimer la sueur; on la jette sur le corps à la sortie du bain, on l'y laisse sécher, puis on l'enlève avec de l'eau froide. La tête du rosier sauvage, avec de la graisse d'ours, est merveilleuse contre l'alopécie.

LXXIV. [1] Si la beauté de la fleur de lis est célèbre, l'utilité multipliée des oignons ne l'est pas moins : pris en breuvage dans du vin, ils sont bons contre les morsures des serpents et les champignons vénéneux. Pour les cors aux pieds on les fait cuire dans du vin, et on les laisse appliqués pendant trois jours. Cuits avec de la graisse ou de l'huile, ils font revenir le poil sur les parties brûlées; pris dans du vin miellé, ils évacuent par le bas le mauvais sang. Ils sont bons pour la rate, pour les hernies, pour les spasmes et pour les menstrues. Bouillis dans du vin et appliqués avec du miel, ils guérissent les plaies des parties nerveuses,

[2] dissipent les lichens, les lèpres, et les taches Ientigineuses de la face. Ils effacent les rides. Les feuilles, cuites dans du vinaigre, se mettent sur les plaies, sur les testicules enflammés; mais alors il vaut mieux les appliquer avec la jusquiame et la farine de froment. On applique la graine sur les érysipèles; la fleur et les feuilles, sur les vieux ulcères. Le suc exprimé de la fleur est appelé par les uns miel, par les autres syrium; on l'emploie pour détendre la matrice, exciter la sueur et mûrir les suppurations.

LXXV. [1] Deux espèces de narcisse sont employées en médecine : le narcisse à fleur purpurine (XXI, 12) (narcissus poeticus, L.) et le narcisse à fleur herbacée (narcissus tazetta, L.). Ce dernier est contraire à l'estomac, aussi est-Il vomitif et purgatif; il attaque les nerfs, il rend la tête pesante; appelé narcisse, du narcotisme, et non de l'enfant de la Fable. L'oignon des deux espèces a un goût mielleux. Appliqué avec un peu de miel sur les brûlures, il est utile; de même pour les plaies et les luxations. Avec du miel et de la farine d'avoine, il est bon contre le panus; la même préparation fait sortir les corps enfoncés dans les chairs. Pilé dans de la polenta et de l'huile, il guérit les contusions et les coups de pierre ; il nettoie les plaies, mélangé avec de la farine. Il efface les taches noires de la peau. Les fleurs donnent l'huile de narcisse, bonne pour amollir les duretés et réchauffer les parties gelées. Elle est très avantageuse pour les oreilles, mais elle cause en même temps des douleurs de tête.

LXXVI. [1] Il y a des violettes sauvages et des violettes cultivées. Les violettes pourpres sont réfrigérantes. Contre les inflammations, on les applique sur l'estomac brûlant, et dans les chaleurs de la tête, sur le front. On s'en sert en particulier pour les fluxions des yeux, pour la chute du siège et de la matrice, et contre les suppurations. Portées en couronnes ou simplement flairées, elles dissipent l'ivresse et les pesanteurs de tête; bues dans de l'eau, l'esquinancie. La partie purpurine prise dans de l'eau guérit l'épilepsie, surtout chez les enfants. La graine de violettes est bonne contre la piqûre des scorpions. La fleur de la violette blanche fait ouvrir les abcès; la plante même les résout. La violette blanche et la violette jaune diminuent les menstrues et font couler les urines ; fraîches, elles ont moins de vertu;

[2] aussi les emploie-t-on sèches, gardées depuis un an. La violette jaune, à la dose d'un demi-cyathe dans trois cyathes (0 lit., 135) d'eau, est emménagogue. Les racines, appliquées avec du vinaigre, apaisent les maux de rate, la goutte; avec de la myrrhe et du safran, les inflammations des yeux. Les feuilles avec du miel nettoient les ulcères de la tête; avec du cérat, les rhagades du siège et les autres fissures des parties humides ; avec du vinaigre, elles guérissent les abcès.

LXXVII. [1] Le bacchar (digitale pourprée? ), appelé par quelques-uns en latin perpessa, est employé en médecine. Il est utile contre les morsures des serpents, contre les douleurs et les chaleurs de la tête, contre les fluxions. On l'applique sur les mamelles tuméfiées après l'accouchement, sur l'aœgilops commençant, et sur l'érysipèle. L'odeur en est soporitive. Il est bon de faire boire une décoction de la racine dans les spasmes, dans les chutes graves, dans les convulsions, dans l'asthme. Contre les toux invétérées, on fait bouillir trois ou quatre des racines jusqu'à réduction au tiers : cette boisson purge les femmes après une fausse couche; elle dissipe les points de côté, et chasse les pierres de la vessie. On fait aussi avec le bacchar une poudre siccative [de la sueur]. On met du bacchar dans les vêtements, à cause de l'odeur. Le combretum, que nous avons dit semblable au bacchar (XXI, 16), pilé avec de l'axonge, guérit merveilleusement les blessures.

LXXVIII. [1] On prétend que l'asaret (asarum europaeum, L.) est bon pour les affections du foie, pris à la dose d'une once dans une hémine (0 litr., 27) de vin miellé coupé d'eau. Il évacue par le bas comme l'ellébore. Il est bon dans l'hydropisie, dans les affections des hypocondres, de la matrice, et dans l'ictère; mêlé à du moût, il fait un vin diurétique. On l'arrache dés qu'il jette des feuilles ; on le fait sécher à l'ombre. Il se moisit très promptement.

LXXIX. (XX.) [1] Quelques-uns, comme nous l'avons dit (XXI, 16), ayant appelé nard des champs la racine du bacchar, nous mettrons ici les propriétés médicinales du nard celtique, conformément à ce que nous avons promis en traitant des arbres exotiques (XII, 26). Il est avantageux, à la dose de deux drachmes (8 gram.) dans du vin, contre la morsure des serpents; dans de l'eau ou dans du vin, contre les inflammations du colon, du foie et des reins, et contre l'ictère; seul ou avec l'absinthe, contre l'hydropisie. Il arrête les métrorrhagies (valeriana celtica).

LXXX. [1] La racine de la plante qu'au même endroit nous avons appelée phu (valeriana Dioscoridis, Sibth. ), pilée ou bouillie, se prend en boisson dans les suffocations hystériques, dans les douleurs de la poitrine ou des côtés. Dans du vin, elle est emménagogue.

LXXXI. [1] Le safran ne se mêle ni au miel ni à aucune substance douce, mais il se mêle très bien au vin ou à l'eau ; il est très utile en médecine. On le garde dans des boites de corne. Appliqué avec de l'oeuf, il dissipe toutes les inflammations, mais surtout celles des yeux; il dissipe aussi les suffocations hystériques, les ulcérations de l'estomac, de la poitrine, des reins, du foie, du poumon et de la vessie; il est particulièrement utile dans l'inflammation de ces parties, ainsi que dans la toux et la pleurésie. Il guérit les démangeaisons; il est diurétique. Ceux qui auront bu préalablement du safran ne ressentiront pas la pesanteur de tête que cause le vin, et résisteront à l'ivresse. Une couronne de safran dissipe les fumées du vin. Le safran est soporitif; il émeut doucement la tête; il est aphrodisiaque. La fleur, réduite en liniment avec la terre cimoliée, s'applique sur l'érysipèle. Le safran entre dans la composition de plusieurs médicaments.

LXXXII. [1] Il y a même un collyre qui lui doit son nom. Le marc de l'onguent de safran (crocinum), qu'on appelle crocomagma, n'est pas sans utilité contre la cataracte; il est diurétique, plus échauffant que le safran lui-même; le meilleur est celui qui, mis dans la bouche, laisse aux dents et à la salive la couleur du safran.

LXXXIII. [1] L'iris roux est meilleur que le le blanc. Il est bon d'en faire porter aux enfants, surtout quand ils font des dents et quand ils toussent, et de faire prendre quelques gouttes du suc de la plante à ceux qui ont des vers. Les autres propriétés ne diffèrent guère de celles du miel. ris déterge les ulcères de la tête et surtout les vieux abcès. A la dose de deux drachmes (8 gram.) avec du miel, il lâche le ventre. En infusion, Il est bon pour la toux, les tranchées, les flatuosités; avec du vinaigre, contre les affections de la rate; avec de l'oxycrat, contre les morsures des serpents et des araignées; à la dose de deus drachmes, dans du pain ou de l'eau, contre la piqûre des scorpions;

[2] en application avec de l'huile, contre les morsures des chiens, contre les refroidissements, contre les douleurs des nerfs. On l'applique, avec la résine, sur les lombes et les hanches. Il a une vertu échauffante. Présenté sous les narines, il excite l'éternuement et purge le cerveau. Dans les douleurs de tête, on s'en sert en application avec le coing ou le struthée [espèce de coing ]. Il dissipe les fumées du vin et l'orthopnée. Il est vomitif, à la dose de deux oboles (1 gr., 8). Il fait sortir les esquilles, appliqué avec du miel. En poudre, on l'emploie dans le panaris. On mêle cette poudre avec du vin, on l'applique sur les cors et la verrues, la laissant trois jours en place.

[3] Mâché, l'iris corrige la mauvaise haleine et l'odeur désagréable des aisselles. Le suc ramollit toutes les duretés. L'iris est soporatif, mais il consume la liqueur séminale; il guérit les rhagades du siège, les condylomes, et toutes les excroissance. Il est des auteurs qui appellent xyris (iris fetidissima, L.) l'iris sauvage. Celui-ci dissipe les scrofules, les panus, les tumeurs inguinales : on recommande de le cueillir de la main gauche quand il est destiné à cet usage, et de nommer la personne pour qui on le cueille. A ce sujet, nous dévoilerons le crime des herboristes : ils gardent une partie de cet iris et de quelques autres herbes, comme le plantain ; et s'ils ne se croient pas assez bien payés, et qu'ils veuillent être employés une seconde fois, ils enterrent cette partie dans l'endroit même où ils ont cueilli la plante, avec l'intention, je pense, de raviver le mal qu'ils avalent péri. La racine de la saliunca (XXI, 20), cuite dans du vin, arrête le vomissement, et fortifie l'estomac.

LXXXIV. [1] Quant au polion (XXI, 21), selon Musée et Hésiode, ceux qui ambitionnent les honneurs et la gloire doivent s'en frotter, le manier, le cultiver; contre les serpents on doit le mettre sous son lit, le brûler, ou le prendre en breuvage, ou en faire des applications, bouilli, frais ou sec, dans du vin. On le fait boire dans du vinaigre contre les affections de la rate ; dans du vin, contre l'ictère; bouilli dans du vin, contre l'hydropisie commençante : de cette dernière façon, on l'applique aussi sur les plaies. Il fait sortir l'arrière-faix et les foetus morts ; il dissipe les douleurs générales; il évacue la vessie; on l'applique dans les fluxions des yeux.  Il n'est point de simple qui mérite mieux rentrer dans la composition alexipharmaque.

[3] Qu'il soit mauvais à l'estomac, qu'il charge la tête, et que, pris en boisson, il fasse avorter, c'est ce que nient quelques-uns. Ils disent encore superstitieusement qu'il faut, dès qu'on l'a trouvé, se l'attacher au cou contre la cataracte, en prenant garde qu'il ne touche à terre. Ils disent qu'il a les feuilles semblables a celles du thym , si ce n'est qu'elles sont plus molles, plus blanches et plus cotonneuses. Pilé avec la rue sauvage dans de l'eau de pluie, ou prétend qu'il adoucit les aspics ; et, non moins que la fleur de grenadier, il resserre les plaies, les arrête, et les empêche de s'étendre.

LXXXV. [1] L'holochrysos (XXI, 24) (gnaphalium stoechas, L) est bon pour la strangurie, bu dans du vin, et pour les fluxions des yeux, en application; avec de la lie de vin brûlée et de la polenta, il guérit les lichens. La racine de chrysocome (XXI, 26) est échauffante et astringente. On la donne en boisson contre les affections du foie et des poumons; dans de l'eau miellée, contre les douleurs de matrice : elle est emménagogue, et, administrée crue, elle évacue la eaux de l'hydropisie.

LXXXVI. [1] Le mélissophyllon ou mélittène (melissa officinalis, L.), si on en frotte les ruches, empêche les abeilles de fuir : il n'est, en effet, point de fleur qu'elles aiment mieux. Il est très aisé de conserver les essaims dans les fétus où elle abonde. C'est un excellent remède contre les piqûres de ces insectes, des guêpes et autres semblables, comme aussi des araignées et des scorpions; excellent aussi contre les suffocations hystériques, avec addition de nitre; contre les tranchées intestinales, avec du vin. On se sert des feuilles avec du sel, en application, contre les écrouelles et les affections du siège. La décoction en est emménagogue, résout les inflammations, guérit les ulcères, est bonne contre les maladies articulaires et les morsures des chiens. On remploie utilement dans les dysenteries invétérées, dans le flux céliaque, dans l'orthopnée, dans les affections de la rate, dans les ulcères de la poitrine. On regarde comme un excellent remède pour éclaircir la vue, de s'en frotter les yeux, mélangée avec du miel.

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