Naturalis Historia (page 18)
Elle resserre, elle endurcit; avec de la cire et des écailles de cuivre, elle est bonne pour les gencives, pour les maux de dents, pour la dysenterie, pour les ulcérations de la matrice, pour la vessie, pour les ulcères vieux et humides, ainsi que pour les éruptions et la brûlure. Elle guérit les meurtrissures, les dartres furfuracées, les rhagades, les condylomes, les luxations, et fait disparaître la mauvaise odeur de certaines personnes. C'est un antidote pour les cantharides, le buprestis et tous les venins corrosifs.
XLV. 1. L'huile de chamaemyrsine ou oxymyrsine (XV, 7) (ruscus aculeatus) a les mêmes vertus. L'huile de cyprès produit les mêmes effets que celle de myrte et celle de citre. L'huile de noix, que nous avons appelée caryinon (XV, 7), est bonne pour l'alopécie ; instillée dans l'oreille, pour la dureté d'ouïe; en friction sur la tête, pour la céphalalgie; du reste, inerte et d'un goût désagréable : en effet, s'il se trouve quelque chose de pourri dans la noix, toute la cuvée en est infectée. L'huile des graines du Gnidium (daphne Gnidium) a les mêmes vertus que l'huile de ricin. L'huile de lentisque est très bonne dans les compositions médicamenteuses appelées acopes (qui ôtent la fatigue); et elle serait aussi estimée que l'huile rosat, sans sa vertu un peu trop styptique. On s'en sert aussi contre les sueurs excessives et les sudamina. C'est un remède souverain pour la gale des bêtes de somme. L'huile de ben (XII, 46) nettoie les boutons, les furoncles, le lentigo, les gencives.
XLVI. 1. Nous avons dit ce qu'était le cypros (lawsonia inermis, L.), et comment on en retirait l'huile (XII, 51). Cette huile est échauffante; elle relâche les nerfs. Les feuilles s'appliquent sur l'estomac. Le suc de ces feuilles, en pessaire, calme les troubles de la matrice. Les feuilles fraîches, mâchées, sont bonnes pour les ulcères humides de la tête et pour les aphtes, ainsi que pour les abcès et les condylomes. La décoction des feuilles est utile dans les brûlures et les luxations. Pilées et appliquées avec du jus de 2 coing, elles rendent les cheveux blonds. Las fleur appliquée avec du vinaigre sur la tête calme la céphalalgie. Brûlée dans un pot de terre crue, elle guérit les ulcères rongeants. Seule ou avec du miel, on l'emploie contre les ulcères putrides. L'odeur que la fleur exhale provoque le sommeil. L'huile appelée gleucinum (XV, 7, 4 resserre et rafraîchit, de la même manière que l'huile d'oenanthe.
XLVII. 1. L'huile de baume est la plus précieuse t de toutes, comme nous l'avons dit à l'article des parfums (XII, 54). Elle est efficace contre le venin de tous les serpents; elle est très bonne pour éclaircir la vue, elle dissipe les nuages des yeux ; elle est bonne pour la dyspnée, pour tous les dépôts, toutes les duretés; elle empêche le sang de se coaguler; elle déterge les ulcères; elle est très avantageuse pour les maux d'oreilles, les céphalalgies, les tremblements, les spasmes, les ruptures. Prise dans du lait, elle est l'antidote de l'aconit. Employée en liniment dans le frisson de la fièvre, elle en diminue la violence; cependant il faut en user avec modération, parce qu'elle échauffe beaucoup, et qu'elle augmente le mal si on passe la mesure.
XLVIII. 1. Nous avons déjà parlé du malobathrum et de ses espèces (XII, 59 ). Il est diurétique. Exprimé dans du vin, ou s'en sert en topique dans les fluxions des yeux. On l'applique sur le front de ceux qu'on veut faire dormir, et il agit encore plus efficacement si on en frotte les narines, ou si on l'administre dans de l'eau. La feuille tenue sous la langue embaume la bouche et l'haleine, ainsi que les vêtements entre lesquels on l'interpose. XLIX. 1. L'huile de jusquiame est émolliente, mais contraire aux nerfs ; en boisson, elle trouble le cerveau. L'huile de lupin est émolliente, et produit à peu près les mêmes effets que l'huile rosat. Quant à l'huile du narcisse, nous en avons parlé avec la fleur de cette plante (XXI, 75). L'huile de raifort guérit le phthiriasis contracté à la suite d'une longue maladie, et efface les rugosités du visage. L'huile de sésame guérit les douleurs d'oreilles, les ulcères serpigineux., les ulcères dits malins. L'huile de lis, que nous avons appelée aussi huile de Phaselis et huile de Syrie (XXI, 11), est très bonne pour les reins, pour provoquer les sueurs, pour amollir la matrice et pour mûrir à l'intérieur. Quant à l'huile selgitique, nous avons dit qu'elle était bonne pour les nerfs (XV, 7). Il en est de même de l'huile herbacée ( faite de certaines herbes) que les gens d'Iguvium vendent sur la voie Flaminienne.
L. 1. L'élaeomeli, qui, avons-nous dit (XV, 7), découle des oliviers dans la Syrie, a un goût mielleux et un peu nauséabond. II relâche le ventre, il évacue surtout la bile, à la dose de deux cyathes (0 litr., 09) dans une hémine d'eau. Ceux qui en ont bu tombent dans la torpeur, et il faut les éveiller fréquemment. Les buveurs qui vont faire assaut commencent par en avaler un verre. Quant à l'huile de poix (XV, 7), ou l'emploie communément pour la toux (t 5), et pour la gale des quadrupèdes.
LI. 1. Après la vigne et l'olivier, le premier rang appartient au palmier. Les dattes fraîches enivrent et causent de la céphalalgie; elles sont moins nuisibles étant sèches. Elles ne sont pas aussi bonnes à l'estomac qu'on le croit; elles exaspèrent la toux; elles sont nourrissantes. Les anciens en donnaient la décoction, en guise d'hydromel, aux malades, pour rétablir les forces et, apaiser la soif, et employaient à cet effet les dattes de la Thébaïde de préférence. Les hémoptoïques se trouvent très bien d'en manger. On en fait, avec le coing, la cire et le safran, un topique pour l'estomac, la vessie, le ventre et les intestins. Elles sont bonnes pour les meurtrissures.
Les noyaux de dattes, brûlés dans un vase de terre neuf, donnent une cendre qui, lavée, tient lieu de spodium et s'incorpore dans les collyres, ou, avec addition de nard, dans les pommades pour les paupières. LII. (V.) 1. Quant au palmier qui porte le myrobalan (XII, 47 ), l'espèce la plus estimée croit en Égypte; ses dattes, à la différence des autres, n'ont pas de noyau. Avec du vin astringent, elles arrêtent (16) la diarrhée et les pertes. Elles favorisent la réunion des plaies.
LIII. 1. Le palmier élate (XII, 62) ou spathe fournit à la médecine ses bourgeons, ses feuilles et son écorce. On applique les feuilles sur les hypocondres, l'estomac, le foie, les ulcères serpigineux de cicatrisation difficile. L'écorce encore tendre, avec de la résine et de la cire, guérit la gale en vingt jours On la fait bouillir pour les maladies des testicules. En fumigation, elle noircit les cheveux et fait sortir les foetus. On la fait prendre en boisson dans les affections des reins, de la vessie et des hypocondres; elle ne vaut rien pour la tète et les nerfs. La décoction de cette écorce arrête les flux utérins et la diarrhée. La cendre se prend en boisson, dans du vin blanc, pour les tranchées; elle est souveraine dans les affections de matrice.
LIV. (VI.) 1. Viennent maintenant les propriétés médicales des différentes espèces de pommiers. Les différentes pommes du printemps, qui ont le goût acerbe, sont contraires à l'estomac; elles troublent le ventre et la vessie; elles nuisent aux nerfs; cuites, elles valent mieux. Les coings sont plus agréables quand ils sont cuits; cependant, crus, pourvu qu'ils soient mûrs, ils sont avantageux dans l'hémoptysie, la dysenterie, le choléra, le flux céliaque; ils n'ont plus la même utilité quand ils sont cuits, parce qu'alors ils perdent la vertu astringente qui leur appartient; ou les applique encore sur la poitrine dans les ardeurs de la fièvre; et cependant on les fait cuire dans l'eau de pluie pour les affections énumérées plus haut.
2. Cuits ou crus, on les applique en forme de cérat dans les douleurs d'estomac. Le duvet qui les couvre guérit les anthrax. Cuits dans du vin et appliqués avec de la cire, les coings rendent les cheveux aux têtes chauves. Ceux que l'on confit crus dans du miel sont laxatifs; ils ajoutent beaucoup à la suavité du miel, et le rendent meilleur à l'estomac. Quant à ceux que l'on confit cuits dans du miel, quelques-uns les font piler avec des feuilles de roses bouillies, et les donnent pour aliment dans les maladies de l'estomac.
3. Le suc des coings crus est bon pour la rate, pour l'orthopnée, pour l'hydropisie ainsi que pour les affections des mamelles, pour les condylomes et les varices. Les fleurs fraîches ou séchées s'emploient dans les ophtalmies, les hémoptysies et les pertes. En les pilant avec du vin doux, on en fait un suc adoucissant, qui est avantageux dans le flux céliaque et dans les affections du foie. Avec la décoction de ces fleurs on fait des fomentations dans les chutes de la matrice et du rectum. On tire des coings une huile que nous avons appelée mélinum (XIII, 2, 6): pour cela il faut qu'ils ne soient pas venus dans des lieux humides, ce qui fait qu'on estime le plus ceux de la Sicile. Le coing struthie, quoique très voisin des précédents, est moins bon. On trace sur le sol, autour de la racine de ce cognassier, un cercle avec la main gauche, et on l'arrache en la nommant, et en disant pour qui on l'arrache : portée en amulette, elle guérit les écrouelles.
LV. 1. Les pommes nommées mélimela (XV, 15, 2) et les autres pommes douces relâchent l'estomac et le ventre; elles causent de la soif et de la chaleur, mais elles ne nuisent pas aux nerfs. Les pommes rondes arrêtent la diarrhée et les vomissements; elles sont diurétiques. Les pommes sauvages ressemblent aux pommes acerbes du printemps; elles resserrent le ventre. Pour cet usage on les emploie avant maturité.
LVI. 1. Le citron, pulpe ou graine, se prend en boisson dans du vin contre les poisons. La décoction ou le sue exprimé, en collutoire, rend l'haleine douce. On en fait manger la graine aux femmes grosses atteintes de pics. Le citron est bon dans les faiblesses d'estomac; mais on ne saurait guère en manger sans vinaigre.
LVII. 1. Il est inutile de reparler des neuf espèces de grenades (XIII, 34). Les grenades douces, auxquelles nous avons donné le nom d'apyrina (sans pépins), passent pour mauvaises à l'estomac. Elles produisent des flatuosités, et attaquent les dents et les gencives. Celles dont le goût approche le plus de ces dernières, et que nous avons appelées vineuses (XIII, 34 ), ont de petits pépins et passent pour un peu meilleures. Elles resserrent le ventre et l'estomac, pourvu qu'on n'en prenne qu'en petite quantité et sans se rassasier; mais dans la fièvre, à laquelle ne conviennent ni la pulpe des grains ni le jus, il ne faut pas donner de ces grenades; et, à vrai dire, il n'en faut donner d'aucune espèce. On doit pareillement s'en défier dans les vomissements et les évacuations bilieuses.
2. Dans ce fruit la nature nous a donné du raisin, et je ne dirai pas du moût, mais du vin tout fait; et elle a renfermé ce raisin et ce vin dans une enveloppe coriace. L'enveloppe des grenades acerbes est très employée. On s'en sert pour le tannage des cuirs (XIII, 34 ); c'est pour cela qu'on l'appelle malicorium. Les médecins assurent qu'elle est diurétique, et que bouillie avec de la noix de galle dans du vinaigre elle raffermit les dents mobiles. Cette écorce est bonne dans le pica des femmes enceintes, parce que lorsqu'elles en mâchent cela ranime l'enfant. On coupe par quartiers une grenade, et on la laisse tremper dans de l'eau de pluie pendant trois jours environ; on fait boire cette infusion froide dans le flux céliaque et l'hémoptysie.
LVIII. 1.
Avec les grenades acerbes on fait une composition appelée stomatice, très bonne pour les affections de la bouche, des narines, des oreilles, pour l'obscurcissement de la vue, pour les ptérygions, pour les maladies des parties génitales, pour les ulcères rongeants, pour les fongosités des plaies, contre le venin du lièvre marin. Elle se fait ainsi : Après avoir dépouillé la grenade de son écorce, on pile les grains et on fait cuire le jus jusqu'à réduction du tiers, avec safran, alun de roche, myrrhe, miel attique, de chaque, demi-livre.
2. D'autres la font de la manière suivante : On pile plusieurs grenades aigres, on en fait cuire le jus dans une chaudière neuve, jusqu'à consistance de miel. On l'emploie pour les affections des parties génitales et du siège, et pour tout ce que le lycium (XIII, 15; XXIV, 77) guérit, écoulements purulents par l'oreille, fluxions commençantes des yeux, taches rouges. Une branche de grenadier tenue à la main met en fuite les serpents. L'écorce d'une grenade bouillie dans du vin, en topique, guérit les engelures. Une grenade pilée dans trois hémines (0 litr.,81) de vin, qu'on fait bouillir jusqu'à réduction des deux tiers, délivre des tranchées et des vers intestinaux. Une grenade mise dans un vase neuf et bien luté, brûlée dans un four, puis pulvérisée et bue dans du vin, arrête le cours de ventre et dissipe les tranchées.
LIX. 1. Les Grecs donnent le nom de cytinus aux premiers bourgeons du grenadier qui annoncent la fleur. Ils jouissent d'une propriété singulière, dont on a fait plus d'une fois l'épreuve : si après avoir ôté tout lien, défait sa ceinture, dénoué sa chaussure et même retiré son anneau, on cueille un cytinus avec deux doigts de la main gauche, le pouce et l'annulaire; si on s'en frotte légèrement les yeux, et enfin si ou le jette dans la bouche et qu'on l'avale sans qu'il touche les dents, on n'éprouvera de l'année aucune maladie des yeux. Ces mêmes cytinus séchés et pulvérisés répriment les fongosités; ils sont bons pour les gencives et les dents; ou si les dents sont mobiles, la décoction de cytinus les raffermit. Les corpuscules que les cytinus renferment, pilés, s'appliquent sur les ulcères serpigineux ou putrides. On les emploie aussi contre l'inflammation des yeux et des intestins, et en général dans tous les cas où l'on se sert de l'écorce de grenadier; ils sont excellents contre la piqûre des scorpions. LX. 1. On ne saurait trop admirer les soins diligents des anciens, qui, ayant tout recherché, ont tout essayé. Du sein du cytinus, avant que la grenade paraisse, naissent de petites fleurs qui, avons-nous dit (XIII, 34, ), se nomment balaustes. Ces fleurs n'ont pas non plus échappé à leurs expérimentations; et ils ont trouvé que c'était un remède contre les piqûres du scorpion. En boisson, elles arrêtent les pertes. Elles guérissent les aphtes, les amygdalites, l'inflammation de la luette, l'hémoptysie, les dérangements de ventre et d'estomac, les parties génitales et les ulcères humides, en quelque partie qu'ils soient.
2. Les anciens les ont même fait sécher pour les expérimenter en cet état; et ils ont reconnu que pulvérisées elles rappelaient de la mort les dysentériques et arrêtaient les flux de ventre. Ils n'ont pas même dédaigné d'essayer les pépins de la grenade : ces pépins, grillés et pulvérisés, sont bons à l'estomac; on en saupoudre les aliments ou les boissons. Pour arrêter le flux de ventre on les prend dans l'eau de pluie. La décoction de la racine tue le tenia, à la dose d'un victoriat (1 gr., 62). Cuite dans l'eau jusqu'à consistance de bouillie, elle rend les mêmes services que le lycium (XXIV, 77).
LXI. 1. Il y a un arbrisseau qu'on nomme grenadier sauvage, à cause de sa ressemblance avec le grenadier. La racine a l'écorce rouge. A la dose d'un denier (3 gr., 85 ), prise en boisson dans du vin, elle endort. La graine prise en boisson guérit l'anasarque. La fumée de l'écorce de grenade chasse les cousins.
LXII. (VII.) 1. Toutes les poires, en aliment, sont pesantes même pour les personnes bien portantes : on les défend, comme le vin, aux malades; mais cuites elles sont merveilleusement salutaires et agréables, surtout celles de Crustuminum. Toutes les poires cuites avec du miel sont bonnes à l'estomac. On en fait dos cataplasmes résolutifs. On se sert de leur décoction pour résoudre les duretés. Les poires mêmes sont efficaces contre les bolets et les champignons; elles les précipitent, tant par leur poids que par la vertu neutralisante de leur suc. La poire sauvage mûrit très tardivement. Coupée par quartiers et séchée à l'air, on l'emploie pour arrêter le flux de ventre, effet que la décoction produit aussi ; pour le même usage on fait cuire les feuilles avec le fruit. La cendre du poirier est efficace contre les champignons. Une charge, même petite, de pommes ou de poires est un fardeau singulièrement fatigant pour les bêtes de somme (XXIV, 1); le remède est, dit-on, de leur en faire manger ou seulement de leur en montrer quelques-unes avant de les charger.
LXIII. 1. Le suc laiteux du figuier a les propriétés du vinaigre. Il coagule le lait comme la présure. On le recueille avant la maturité du fruit, on le sèche à l'ombre, et on s'en sert, soit en topique avec un jaune d'oeuf, soit en boisson avec l'amidon, comme maturatif et comme emménagogue. On l'applique sur les pieds goutteux avec de la farine de fenugrec et du vinaigre. Il fait tomber les poils, il guérit les boutons des paupières, les lichens et la gale. Il relâche le ventre. Il guérit les piqûres des frelons, des guêpes et autres insectes, et en particulier des scorpions. Avec de la graisse, il fait tomber les verrues. Avec les feuilles et les figues encore vertes ou fait un topique pour les écrouelles, et dans tous les cas où il faut ramollir on résoudre.
2.
Les feuilles employées seules produisent le même effet. On les emploie encore â d'autres usages, par exemple, en frictions dans les lichens, les alopécies, et tout ce qu'il est besoin d'excorier. Les jeunes pousses s'appliquent sur la peau, contre la morsure des chiens. Avec du miel, on en fait un topique pour les ulcères appelés ceria (favus) ; avec les feuilles du pavot sauvage, elles font sortir les esquilles; avec les feuilles pilées dans du vinaigre, elles guérissent la morsure des chiens enragés. Les jeunes pousses blanches du figuier noir s'emploient avec la cire en topique pour les furoncles et la morsure des musaraignes. La cendre des feuilles de ce figuier s'emploie dans les gangrènes, et pour consumer les fongosités.
3. Les figues mûres sont diurétiques, laxatives; elles provoquent la sueur et font venir des papales; aussi sont-elles mauvaises en automne, parce que les sueurs qu'elles excitent sont alors suivies de refroidissement. Elles fout mal à l'estomac, mais pendant peu de temps. On prétend qu'elles gâtent la voix. Les figues qui mûrissent les dernières sont plus salubres que les premières; mais il faut toujours se défier de celles qui ont mûri â l'aide de quelque préparation (XVI, 51). Ce fruit augmente la force des jeunes gens, améliore la santé des vieillards, et fait qu'ils sont moins ridés. Il étanche la soif; il tempère la chaleur; aussi ne faut-il pas le refuser dans les fièvres où la fibre est resserrée, et qu'on appelle stègnes (resserrées).
4. Les figues sèches sont nuisibles â l'estomac, mais merveilleusement avantageuses à la gorge et au gosier. Elles sont échauffantes, causent de la soif, relâchent le ventre, et nuisent dans les fluxions des intestins et de l'estomac. Elles sont toujours utiles pour la vessie, la dyspnée, l'asthme, les maladies du foie, des reins et de la rate. Elles sont nourrissantes et fortifiantes ; aussi jadis les athlètes en usaient comme aliment : c'est le gymnaste Pythagore qui le premier les mit à l'usage de la viande.
5. Les figues sèches sont très avantageuses dans les convalescences après une longue maladie, dans l'épilepsie, dans l'hydropisie. On en fait des topiques pour tout ce qui a besoin de mûrir ou de se résoudre ; elles sont plus efficaces mélangées de chaux ou de nitre. Cuites avec de l'hysope, elles nettoient la poitrine, évacuent la pituite et guérissent les vieilles toux. Cuites avec du vin, on les emploie pour les affections du siège et les tumeurs maxillaires. Bouillies, on les applique sur les furoncles, sur les panus, sur les parotides. Des fomentations avec leur décoction sont utiles aux femmes.
6. Bouillies avec le fenugrec, on s'en sert dans la pleurésie et la péripneumonie. Cuites avec de la rue, elles soulagent les tranchées. On s'en sert pour les ulcères des jambes, avec de la fleur de cuivre; dans les ptérygions, avec de la grenade; dans les brûlures et les engelures, avec de la cire; dans les hydropisies, cuites dans du vin, avec de l'absinthe, de la farine d'orge et du nitre. En aliment, elles resserrent le ventre. Pilées avec du sel, on en fait un topique pour les piqûres des scorpions. Cuites dans du vin et appliquées sur les anthrax, elles les font percer. Dans les carcinomes, pourvu qu'ils ne soient pas ulcérés, appliquer des figues très grasses est un remède presque souverain : de même pour les ulcères phagédéniques.
7. Quant à la cendre du figuier, il n'en est pas de plus âcre. Elle déterge, elle agglutine, elle remplit, elle resserre. Prise en breuvage, elle résout le sang coagulé. On la donne dans un cyathe d'eau et un d'huile pour les coups, les chutes, les convulsions et les ruptures. On la prescrit dans le tétanos et le spasme. On la donne en boisson ou en lavement dans l'affection céliaque et la dysenterie. En liniment avec de l'huile, elle échauffe; pétrie avec de la cire et de l'huile rosat, elle guérit les brûlures, en ne laissant qu'une cicatrice très légère. En liniment avec l'huile, elle est bonne pour les myopes.
8. On l'emploie comme dentifrice contre les maladies des dents. On dit que si un malade attire à soi une branche de figuier, en arrache un noeud avec les dents sans être vu de personne, et le porte dans un sachet suspendu au cou par un fil, cela le guérira des écrouelles et des parotides. L'écorce pilée avec de l'huile guérit les ulcères du ventre. Les figues encore vertes, appliquées crues avec du nitre et de la farine, enlèvent les verrues et les poireaux. La cendre des rejetons qui partent de la racine tient lieu de spodium (cendre alcaline). Brûlée une seconde fois, et mise en trochisque avec de la céruse, elle guérit les ulcérations et les granulations des yeux. LXIV. 1. Le figuier sauvage a encore plus d'efficacité que le figuier cultivé. Il a moins de suc laiteux : un scion mis dans du lait le caille. Le suc laiteux recueilli et durci donne bon goût aux viandes : on les ou frotte après l'avoir délayé dans tin vinaigre. On l'incorpore dans les médicaments ulcératifs. Il relâche le ventre. Avec l'amidon, il ouvre les voies utérines. Le figuier sauvage en boisson avec un jaune d'oeuf est emménagogue; avec la farine de fenugrec, on en fait des topiques pour la goutte.
2. On l'emploie pour la lèpre, la gale, le lichen, le lentigo, les blessures faites par les animaux venimeux, et les morsures des chiens. Le suc laiteux apaise les douleurs des dents, appliqué avec de la laine ou introduit dans la cavité des dents cariées. Les jeunes pousses et les feuilles, mêlées avec la farine d'ers, sont bonnes contre le venin de certains animaux marins; on y ajoute aussi du vin. Quand on fait cuire du boeuf, on économise beaucoup de bois en mettant de ces tiges dans la marmite.
Les figues encore vertes, en topique, amollissent et résolvent les écrouelles et toute espèce de dépôts; les feuilles ont aussi, jusqu'à un certain point, la même propriété, du moins les plus tendres. Ces figues guérissent avec du vinaigre les ulcères humides, les épinyctides et les dartres furfuracées;
3. avec du miel et les feuilles, les ulcères appelés ceria (favus) et les morsures des chiens; fraîches, avec du vin, les ulcères phagédéniques. Avec les feuilles du pavot, elles font sortir les esquilles. Les figues sauvages vertes, en fumigation, dissipent les gonflements; en breuvage, elles combattent les mauvais effets du sang de taureau, de la céruse, et du lait coagulé dans l'estomac. Bouillies dans l'eau et en cataplasme, elles guérissent les parotides. Les plus petits de ces fruits ou les jeunes pousses, dans du vin, sont efficaces contre la piqûre des scorpions. On instille aussi le lait dans la plaie, et on applique les feuilles dessus. Même recette pour la morsure de la musaraigne. La cendre des jeunes pousses guérit le relâchement de la luette ; la cendre de l'arbre même avec du miel, les rhagades; la racine, bouillie dans du vin, les maux de dents. Le figuier sauvage d'hiver, cuit dans du vinaigre et broyé, enlève les dartres impétigineuses.
4. Les raclures de rameaux écorcés, aussi fines que de la sciure de bois, sont employées en topique. On attribue encore au figuier sauvage une propriété merveilleuse : Si un garçon impubère casse une branche, et en arrache avec les dents l'écorce gonflée par la sève, on assure que la moelle de cette branche, attachée en amulette avant le lever du soleil, préserve des écrouelles. Un rameau de cet arbre lié au cou d'un taureau, quelque indompté qu'il soit, apaise sa férocité par une vertu merveilleuse, et le rend immobile.
LXV. 1. Il faut, à cause du rapport des noms, parler ici de l'herbe appelée par les Grecs érinéon (ἐρνεὸς, figuier sauvage) (campanula ramosissima, Sibth.). Elle est haute d'un palme, porte ordinairement cinq petites tiges, ressemble à l'ocimum, et a la fleur blanche, la graine noire et petite. Cette graine, pilée avec du miel attique, guérit les fluxions des yeux. Cette plante, de quelque manière qu'on la cueille, rend un lait abondant et doux. Mêlée avec un peu de nitre, elle est très avantageuse dans les douleurs d'oreille. Les feuilles combattent les venins.
LXVI. 1. Les feuilles de prunier bouillies guérissent les amygdales et les gencives. Si on les fait cuire dans du vin, et qu'on s'en lave de temps en temps la bouche, elles sont bonnes pour la luette. Les prunes mêmes relâchent le ventre. Elles fout mal â l'estomac, mais pour peu de temps. LXVII. 1. Les pêches sont plus salutaires, de même que le suc de ce fruit seul, ou exprimé dans du vin ou du vinaigre. Il n'est pas de fruit de ce genre plus innocent, qui ait moins d'odeur et plus de suc, tout en excitant la soif. Les feuilles pilées, en topique, arrêtent les hémorragies. Les noyaux, avec de l'huile et du vinaigre, s'emploient en topique dans les douleurs de tête.
LXVIII. 1. Les prunes sauvages ou l'écorce de la racine de l'arbre, bouillies dans une hémine (0 litρ., 27) de vin astringent jusqu'â réduction des deux tiers, guérissent le flux de ventre et les tranchées : la dose est d'un cyathe (0, 45) à chaque fois.
LXIX. 1. Sur les pruniers sauvage et cultivé on trouve une mousse appelée par les Grecs lichen, et merveilleusement bonne pour les rhagades et les condylomes.
LXX. 1. L'Égypte et l'île de Chypre ont, comme nous l'avons dit (XIII, 14 et 15 ), un mûrier d'une espèce particulière; il verse un suc abondant si on entame légèrement l'écorce; mais, chose singulière, il reste sec si l'incision est plus profonde. Ce sue combat le venin des serpents, est bon dans la dysenterie, résout les panus et tous les dépôts, agglutine les plaies, calme les maux de tête et d'oreille, et s'emploie en boisson et en topique contre les affections de la rate et les refroidissements. Il se corrompt très promptement. Le suc de nos mûriers n'a pas moins de propriétés. En boisson dans du vin, il combat l'aconit et le venin des araignées [phalanges]; il relâche le ventre; il fait sortir la pituite, le ténia et autres parasites, des intestins. L'écorce broyée produit le même effet.
2. Les feuilles, cuites dans de l'eau de pluie avec l'écorce du figuier noir et de la vigne, teignent les cheveux. Le jus de mûres relâche incontinent le ventre. Les mûres font un bien momentané à l'estomac : elles sont réfrigérantes, elles causent de la soif; si on ne mange rien par-dessus, elles causent du gonflement. Le suc des mûres vertes resserre le ventre. Les merveilles que présente cet arbre, et que nous avons exposées à son article (XVI, 41,4), semblent, en vérité, appartenir à un animal intelligent. LXXI. 1. On fait avec les mûres une composition appelée panchrestos (bonne à tous maux), stomatice, artériaque : à une chaleur douce, on réduit jusqu'à consistance de miel trois setiers de jus des mûres; on prend deux deniers d'omphacium sec (XII, 60), ou un denier (3 gr., 85 ) de myrrhe, et autant de safran : ces substances broyées ensemble sont mises dans le jus bouilli. II n'est point de remède meilleur pour la bouche, la trachée artère, la luette et l'estomac. On le prépare encore de cette manière-ci : Prenez deux setiers de jus et un setier de miel attique, et faites cuire comme nous avons dit plus haut.
2. On parle encore de propriétés merveilleuses. Quand le mûrier commence â bourgeonner, et avant que les feuilles sortent, on recommande de cueillir de la main gauche les baies en germe, que les Grecs nomment ricins. Si elles n'ont pas touché la terre, elles arrêtent, portées en amulette, les hémorragies provenant soit d'une plaie, soit de la bouche, soit des narines, soit des hémorroïdes ; on en garde à cet effet.
On attribue la même vertu â un rameau cassé durant la pleine lune et commençant â avoir du fruit, pourvu toutefois qu'il n'ait pas touché la terre; ce rameau, attaché aux bras, passe surtout pour efficace contre les pertes utérines. Même effet encore quand les femmes elles-mêmes le cueillent, quelle que soit l'époque, sans qu'il touche la terre, et le portent en amulette. Les feuilles, fraîches et pilées, ou sèches et bouillies, s'emploient en topique pour les morsures des serpents; ou bien on les donne en breuvage. Le suc de l'écorce de la racine, bu dans du vin ou de l'oxycrat, combat le venin des scorpions. Il faut aussi indiquer la manière dont les anciens faisaient la composition susdite :
3. ils prenaient du fruit mûr et non mûr, ils en mélangeaient le jus, et le faisaient cuire dans un vase de cuivre jusqu'à consistance de miel. Quelques-uns y ajoutaient de la myrrhe et du cyprès, et faisaient cuire et durcir ce mélange au soleil, en le remuant trois fois par jour avec une spatule. Telle était la stomatice qu'ils employaient aussi pour la cicatrisation des plaies. Autre recette : ils exprimaient le sue des mûres, qui, ainsi desséchées, relevaient beaucoup le goût des aliments. En médecine cette poudre s'employait contre les ulcères rongeants, contre la pituite de la poitrine, et dans tous les cas où il s'agissait de donner de l'astriction aux viscères. On s'en servait aussi pour se nettoyer les dents. Troisième recette : On fait bouillir les feuilles et la racine, et l'on emploie cette décoction avec de l'huile pour oindre les parties brûlées. On se sert aussi des feuilles seules en topique. La racine, incisée dans le temps de la moisson, donne un suc très bon pour les maux de dents, pour les dépôts et les suppurations. Elle est purgative. Les feuilles, détrempées dans de l'urine, enlèvent le poil des peaux.
LXXII. 1. Les cerises relâchent le ventre, et ne valent rien pour l'estomac; sèches, elles resserrent le ventre et sont diurétiques. Suivant certains auteurs, si le matin l'on mange des cerises toutes couvertes de rosée, et dont on avale le noyau, cela procure des évacuations alvines qui dissipent la goutte des pieds.
LXXIII. 1. Les nèfles, excepté les sétaniennes (XV, 22), qui ont â peu près les mêmes propriétés que les pommes, sont astringentes pour l'estomac. et resserrent le ventre. Il en est de même des sorbes sèches : quant aux sorbes fraîches, elles sont bonnes pour l'estomac et dans le flux de ventre. LXXIV. (VIII.) 1. Les pommes de pin résineuses, légèrement concassées, cuites jusqu'à réduction de moitié dans l'eau, à raison d'un setier pour chaque, remédient à l'hémoptysie : la dose est de deux cyathes de cette préparation. L'écorce de pin, cuite dans du vin, se donne contre les tranchées. Les pignons calment la soif, les âcretés et les tiraillements d'estomac : ils tempèrent les humeurs nuisibles qui se trouvent dans ce viscère ; ils rétablissent les forces débilitées; ils sont salutaires aux reins et à la vessie; ils paraissent irriter la gorge et exaspérer la toux; ils évacuent la bile pris dans de l'eau ou du vin, ou du vin cuit, ou une décoction de dattes. On les joint, contre les tiraillements violents d'estomac, à la graine de concombre et au suc de pourpier; de même pour les ulcérations de la vessie et pour les reins, attendu qu'ils sont en même temps diurétiques.
LXXV. 1. La racine de l'amandier amer, bouillie, adoucit la peau du visage et embellit le teint. Les amandes amères procurent du sommeil et donnent de l'appétit. Elles sont diurétiques et emménagogues. On en fait un topique pour la tête dans les céphalalgies, surtout quand Il y a fièvre. Si la céphalalgie provient de l'ivresse, on prépare ce topique avec du vinaigre, du miel rosat, et un setier d'eau' Avec l'amidon et la menthe, elles arrêtent le sang. Elles sont bonnes dans la léthargie et l'épilepsie : on en frotte la tête du malade. Elles guérissent les épinyctides dans du vin vieux; les ulcères putrides, les morsures des chiens, dans du miel. Elles enlèvent les dartres farineuses du visage; mais il faut préalablement fomenter la partie. Elles guérissent les douleurs du foie et des reins, prises dans de l'eau ou dans un électuaire avec de la térébenthine;
2. prises avec du vin cuit, elles sont bonnes dans la gravelle et la dysurie. Pilées dans de l'eau miellée, elles nettoient la peau. En électuaire, avec une petite addition de sauge, elles sont salutaires dans les affections du foie, du colon, et dans la toux; on en prend dans du miel, gros comme une aveline. On dit que les buveurs, s'ils en prennent préalablement cinq, ne s'enivrent pas, et que les renards qui en ont mangé meurent s'ils ne trouvent pas d'eau à boire dans le voisinage. Quant aux amandes douces, elles ont moins de vertus médicinales; cependant elles sont purgatives et diurétiques. Fraîches, elles gonflent l'estomac.
LXXVI. 1. Les noix grecques (XV, 24, 4), prises dans du vinaigre avec de la graine d'absinthe, guérissent, dit-on, l'ictère. Seules, elles guérissent, en topique, les affections du siège, et en particulier les condylomes, ainsi que la toux et l'hémoptysie.
LXXVII. 1. Le noyer (XV, 24) a en grec un nom (κάρυα, noix, κάρος, somnolence) exprimant la pesanteur de tête : en effet, les émanations de l'arbre et des feuilles portent au cerveau. Les noix, même en aliment, produisent cet effet, mais à un moindre degré. Les noix fraîches sont plus agréables ; les sèches, plus huileuses; elles ne valent rien pour l'estomac; elles se digèrent difficilement; elles causent de la céphalalgie ; elles sont nuisibles à ceux qui toussent et à ceux qui se font vomir à jeun. Elles ne conviennent que dans le ténesme, attendu qu'elles entraînent la pituite. Mangées préalablement, elles amortissent les poisons que l'on pourrait prendre ensuite.
Avec la rue et l'huile, elles guérissent l'angine.
2. Mangées avec l'oignon, elles en corrigent l'acrimonie et en adoucissent le goût. On en fait un topique, avec un peu de miel, pour les oreilles enflammées; avec de la rue, pour les mamelles et les luxations; avec de l'oignon, du sel et du miel, pour les morsures soit des chiens, soit des hommes. On se sert des coquilles pour cautériser la cavité des dents cariées; brûlées et pilées dans de l'huile ou du vin, on en frotte la tête des enfants pour faire croître les cheveux ; on les emploie de la même façon dans l'alopécie. Les noix, si on en mange un bon nombre, expulsent les vers intestinaux. Celles qui sont très vieilles guérissent la gangrène, l'anthrax et les meurtrissures. Le brou de noix guérit le lichen et la dysenterie; les feuilles, pilées avec du vinaigre, la douleur d'oreilles. Après la défaite de Mithridate, puissant monarque, Cn. Pompée trouva dans ses archives secrètes une recette que ce prince avait écrite de sa propre main ; c'était un antidote ainsi composé : Prenez deux noix sèches, deux figues, vingt feuilles de rue; broyez le tout ensemble, après avoir ajouté un grain de sel : celui qui prendra ce mélange à jeun sera pour un jour à l'abri de tout poison. Les noix mâchées par un homme à jeun sont, dit-on, un topique efficace contre la morsure des chiens enragés.
LXXVIII. 1. Les avelines (XV, 24,3) causent des douleurs de tête et des gonflements d'estomac; elles donnent de l'embonpoint plus qu'on ne pourrait le croire. Grillées, elles sont un remède pour les catarrhes; pilées et bues dans de l'eau miellée, pour les vieilles toux ; quelques-uns y ajoutent des grains de poivre, d'autres les prennent dans du vin cuit. Les pistaches ont les mêmes usages et les mêmes vertus que les pignons. De plus, mangées ou prises en breuvage, elles sont bonnes contre le venin des serpents.
2. Les châtaignes (XV, 25) arrêtent puissamment les débordements d'humeur soit de l'estomac, soit du ventre; elles relâchent le ventre; elles sont utiles dans les hémoptysies; elles donnent de l'embonpoint.
LXXlX. 1. Les carouges (XV, 26) fraîches ne valent rien à l'estomac; elles donnent la diarrhée; sèches, elles resserrent le ventre, et deviennent meilleures pour l'estomac. Elles sont diurétiques. Dans les douleurs d'estomac, quelques-uns font bouillir trois carouges de Syrie (XIII, 16) dans un setier d'eau jusqu'à réduction de moitié, et boivent cette décoction. :Le suc qui sort d'une branche de cornouiller se reçoit sur une lame de fer rouge, sans que le bois la touche ; la rouille qui en résulte, appliquée sur les lichens commençants, les guérit. L'arbousier ou unedo (XV, 28) porte un fruit de difficile digestion et mauvais â l'estomac. LXXX. 1. Tout dans le laurier (XV, 39) a des t propriétés échauffantes, les feuilles, l'écorce et les baies ; aussi la décoction, surtout des feuilles, est-elle reconnue pour utile à la matrice et à la vessie. Les feuilles en topique combattent le venin des guêpes, des frelons, des abeilles, des serpents, et surtout du seps, de la dipsade et de la vipère. Cuites dans de l'huile, elles sont bonnes pour les règles. Celles qui sont molles s'emploient, pilées avec de la polenta, pour les ophtalmies; avec de la rue, pour les orchites; avec de l'huile rosat ou de l'huile d'iris, pour les céphalalgies.
2. Trois feuilles de laurier mâchées et avalées, et cela pendant trois jours, délivrent de la toux. Ces feuilles, pilées avec du miel, sont bonnes dans l'asthme. L'écorce de la racine est dangereuse pour les femmes grosses. La racine même dissout les calculs, fait du bien au foie, prise à la dose de trois oboles dans du vin odorant. Les feuilles prises en boisson excitent le vomissement. Les baies pilées et en pessaire, ou prises en breuvage, sont emménagogues. Deux baies dépouillées de leur peau et bues dans du vin guérissent les vieilles toux et l'orthopnée; s'il y a fièvre, on les donne dans de l'eau, ou en électuaire dans de l'eau miellée, ou bouillies dans du vin cuit. Employées de la sorte, elles sont bonnes dans la phtisie et dans tous les catarrhes de la poitrine; en effet, elles procurent la coction de la pituite et la font sortir.
3. Contre la piqûre des scorpions, on en prend quatre dans du vin. Avec l'huile, on en fait un topique pour les épinyctides, le lentigo, les ulcères humides, les aphtes et les dartres furfuracées. Le suc des baies guérit les démangeaisons et le phthiriasis. On l'instille dans les oreilles en cas de douleur ou de surdité, avec du vin vieux et de l'huile rosat. Tous les animaux venimeux fuient ceux qui s'en sont frottés. Ce sue, surtout celui du laurier à petites feuilles (XV, 39), pris en boisson, est boa coutre les blessures faites par ces animaux.
4. Les baies, avec du vin, combattent le venin des serpents, des scorpions et des araignées. On en fait un topique avec l'huile et le vinaigre, pour la rate et le foie; avec le miel, pour la gangrène. Dans les lassitudes et les refroidissements il est avantageux de se faire oindre avec ce suc, auquel on a ajouté du nitre. Suivant quelques auteurs, la racine prise à la dose d'un acétabule (0 litr., 068) dans de l'eau, hâte beaucoup les accouchements. Pour cela la fraîche est plus efficace que la sèche. Quelques-uns prescrivent dix baies en breuvage coutre la piqûre des scorpions. Dans les relâchements de la luette, il faut, suivant les mêmes auteurs, faire bouillir trois onces de baies ou de feuilles dans trois setiers d'eau jusqu'à réduction du tiers, et se gargariser avec cette décoction chaude. Quant à la douleur de tête, il faut piler, avec de l'huile, des baies en nombre impair, et les faire chauffer.
5. Les feuilles du laurier de Delphes broyées et flairées de temps en temps sont un préservatif contre les contagions pestilentielles, surtout si on les fait brûler.
Asclépiade, qui bannit empiétement l'oxymel, fit le procès à cette boisson, qu'on donnait même dans les fièvres; cependant on convient qu'elle était utile contre les serpents appelés seps, contre l'opium et le gui, et en gargarismes chauds contre I'angine et les affections de l'oreille, de la bouche et de la gorge, usages pour lesquels on emploie maintenant l'oxalme (saumure vinaigrée ) ; l'oxalme la meilleure se fait avec mélange de sel et de vinaigre récent. XXX. 1. La sapa (XIV, 11) a de l'affinité avec le vin; c'est du moût cuit jusqu'à réduction des deux tiers. Celui qui est fait avec du moût blanc vaut mieux. On s'en sert contre les cantharides, le buprestis (XXIII, 18), les chenilles du pin appelées pityocampes, contre les salamandres et les morsures venimeuses. Pris avec des oignons, il fait sortir l'arrière-faix et le foetus mort. D'après Fabianus, c'est un poison quand on le boit à jeun, au sortir du bain (XXXIII, 18).
XXXI. 1. Maintenant, pour suivre l'ordre naturel des choses, nous avons à parler de la lie du vin de toute espèce. Elle a tant de force, qu'elle tue ceux qui descendent dans les cuves. La précaution à prendre est d'y introduire une lumière : tant que la lumière s'y éteint, il y a danger. La lie sans être lavée s'incorpore aux médicaments. Avec un poids égal d'iris, on en fait un topique pour les éruptions flegmatiques; humide ou sèche, contre les piqûres des phalanges, contre les inflammations des testicules, des mamelles ou de toute autre partie. On la fait bouillir dans du vin avec de la farine d'orge et de la poudre d'encens, après quoi on la brûle et en la fait sécher. On reconnaît qu'elle est bien cuite quand refroidie elle fait sur la langue une impression brûlante.
2. Elle perd rapidement toutes ses forces quand on la laisse exposée à l'air; l'action du feu en augmente beaucoup la vertu. Cuite avec des figues, elle est très bonne pour les lichens et les dartres farineuses, ainsi que pour la lèpre et les ulcères humides. En boisson c'est un contrepoison des champignons, surtout prise crue; cuite et lavée, on l'incorpore dans des compositions ophtalmiques. On l'emploie en topique sur les testicules et les parties génitales. On la prend dans du vin pour la strangurie. Quand elle a perdu sa force elle est bonne encore pour nettoyer le corps et les vêtements, et alors on l'emploie comme le suc d'acacia (XXIV, 67). XXXII. 1. La lie de vinaigre, en raison de la matière qui la fournit, est plus âcre et plus caustique. Elle s'oppose à la formation du pus. En topique elle est bonne pour les intestins, l'estomac et le ventre. Elle arrête les fluxions humorales dans ces parties et les règles trop abondantes. Elle résout les panus non encore ulcérés et les angines. Avec la cire, elle guérit l'érysipèle. Elle dégonfle les mamelles impatientes de leur propre lait; elle fait tomber les ongles malades. Elle est très efficace avec la polenta contre la morsure du serpent céraste, avec le mélanthium (nielle cultivée) contre la morsure du crocodile et du chien. Elle a aussi plus de force quand elle a été brûlée. Alors si on y incorpore de l'huile de lentisque, et qu'on l'applique sur la tête, en une nuit elle rend les cheveux blonds; appliquée avec de l'eau dans un linge, en pessaire, elle purge la matrice.
XXXIII. 1. La lie de la sapa (vin cuit) guérit les brûlures, en quoi elle agit mieux si on y ajoute du duvet de roseau. Bouillie et prise en boisson, elle apaise les vieilles toux. On la fait cuire dans un plat avec du sel et de la graisse, ce qui forme un onguent pour les tumeurs des mâchoires et du cou.
XXXIV. (III.) 1. Après la vigne, le premier rang appartient à l'olivier. Les feuilles, avec beaucoup de force, resserrent, détergent, suppriment. Mâchées et appliquées sur les plaies, elles les guérissent; avec l'huile, en topique, elles sont bonnes pour les douleurs de tété. La décoction, avec du miel, sert à fomenter les parties cautérisées par les médecins, les gencives enflammées, les panaris, les ulcères sordides et putrides. Avec le miel aussi, elle arrête le sang qui s'écoule des parties nerveuses. Le suc des feuilles est efficace pour les ulcérations et pustules charbonneuses autour des yeux, et pour la procidence de l'iris; aussi le fait-on entrer dans les collyres. Il guérit en effet les anciens larmoiements et l'érosion des paupières. On l'exprime en pilant les feuilles, sur lesquelles on verse du vin et de l'eau de pluie; on le fait sécher, et on en forme des trochisques. En pessaire, avec de la laine, il arrête les pertes chez les femmes. Il est bon pour les ulcères sanieux, pour les condylomes, pour l'érysipèle, pour les ulcères serpigineux, pour les épinyctides.
XXXV. 1. Les fleurs de l'olivier ont les mêmes vertus. On brûle aussi les jeunes tiges bourgeonnantes, pour faire de leur cendre une espèce de spodium (cendre alcaline) (XXXIV, 52). On arrose de vin cette cendre, et on la brûle de nouveau. Pour les suppurations et les tumeurs, on fait un topique avec cette cendre ou avec les feuilles pilées dans du miel. Pour les yeux, c'est avec la polenta. L'eau qui sort du bois d'olivier, quand on le brûle vert, guérit les lichens, les dartres farineuses, les ulcères humides. Quant au suc qui distille naturellement de l'olivier, et surtout de l'olivier d'Éthiopie, on ne peut s'étonner assez qu'il se soit trouvé des auteurs pour le recommander en frictions dans les douleurs de dents, tout en le déclarant un poison, et pour conseiller de l'aller chercher dans l'olivier sauvage. L'écorce des plus tendres racines de l'olivier, prise souvent avec du miel, est salutaire dans l'hémoptysie et l'expectoration purulente. La cendre de l'arbre même, incorporée avec de l'axonge, est bonne pour les tumeurs, et guérit les fistules en détruisant le vice qui les entretient.
XXXVI. 1. Les olives blanches sont meilleures à l'estomac qu'au ventre. Mangées seules et toutes fraîches, avant d'être confites, elles forment un excellent remède pour la gravelle et pour les dents usées ou ébranlées par l'usage de la viande. L'olive noire est mauvaise pour l'estomac, et bonne pour le ventre; elle ne convient pas à la tête et aux yeux. Les unes et les autres, pilées, s'emploient en topique pour les brûlures; les noires s'appliquent sur le mal après avoir été mâchées, et elles empêchent la formation d'ampoules. Les colymbades (olives confites) détergent les ulcères sordides ; elles ne valent rien dans les dysuries.
XXXVII. 1. Quant au marc d'olive, nous pourrions paraître en avoir dit assez (XV, 8), nous étant guidés sur Caton ; mais il faut aussi parler des usages médicaux de cette substance. Le marc d'olive est très bon pour fortifier les gencives, cicatriser les ulcères de la bouche, raffermir les dents. On s'en sert en affusion dans les érysipèles et les ulcères serpigineux. Le marc de l'olive noire vaut mieux pour les engelures, ainsi que pour fomenter les enfants; le marc de l'olive blanche s'emploie en pessaire dans de la laine; mais l'un et l'autre ont beaucoup plus de vertu quand on les fait cuire. Peur cela on les fait bouillir dans un vase de cuivre, jusqu'à consistance de miel. Ainsi préparé, le mare s'emploie, suivant les circonstances, avec du vinaigre, ou du vin vieux, onde l'hydromel, dans le traitement de la bouche, des dents, des oreilles, des ulcères humides, des parties génitales,des rhagades.
2. On en fait un topique, dans du linge pour les plaies, dans de la laine pour les luxations; et il est d' une grande utilité, surtout s'il a vieilli, car alors il guérit les fistules. On s'en sert en injection dans les ulcérations du siège, des parties génitales et de la matrice. On en fait un topique pour la goutte commençante, ainsi que pour toutes les maladies des articulations. Si on le fait recuire jusqu'à consistance de miel avec l'omphacium (huile d'olives vertes), il fait tomber les dents gâtées. Avec une décoction de lupins et l'herbe chaméléon (XXII, 21.), il guérit merveilleusement la gale des bêtes de somme. Des fomentations avec le marc
L'huile du laurier de Delphes est employée dans les cérats, dans la préparation appelée acope (qui délasse). On s'en sert pour dissiper les refroidissements, relâcher les nerfs, ainsi que dans les douleurs de côté et les fièvres froides. On s'es sert aussi dans les douleurs d'oreilles, après l'avoir fait chauffer dans l'écorce d'une grenade. On fait bouillir les feuilles dans de l'eau jusqu'à réduction du tiers. Cette décoction, en gargarisme, resserre la luette, en breuvage calme Ies douleurs du ventre et des intestins. Les plus molles, broyées dans du tau et appliquées pendant la nuit, guérissent les papules et les démangeaisons. Les autres espèces de laurier ont des vertus e fort analogues. La racine du laurier d'Alexandrie ou du mont Ida (XV, 39) accélère l'accouchement, a la dose de trois deniers dans trois cyathes de vin doux. Elle provoque l'expulsion de l'arrière-faix, et est emménagogue. Pris en breuvage, le laurier sauvage connu aussi sous le nom de daphnoïde (daphne laureola, L. ), ou sous d'autres noms que nous avons rapportés (XV, au), a les mêmes effets. La feuille fraîche ou sèche, prise à la dose de trois drachmes, avec du sel, dans de l'hydromel, relâche le ventre. Cette feuille évacue la pituite, excite le vomissement; elle ne vaut rien pour l'estomac. Avec quinze baies on se purge.
LXXXI. (IX.) 1. Le myrte cultivé, blanc, est moins utile â la médecine que le noir (XV, 37 ). Les baies sont un remède contre l'hémoptysie ; prises dans du vin, contre les champignons. Elles donnent à l'haleine une bonne odeur, qui dure même le lendemain. Aussi dans les Synaristoses ( les Femmes qui dînent ensemble), comédie de Ménandre, mange-t-on de ces baies. On les donne pour la dysenterie, à la dose d'un denier (3 gr., 85) dans du vin. Légèrement chauffées dans du vin, elles guérissent les ulcères rebelles des extrémités. On en fait un topique avec la polenta, pour l'ophtalmie et pour la maladie cardiaque (dans ce cas on l'applique sur la mamelle gauche); dans du vin pur, pour les piqûres des scorpions, pour les affections de la vessie, les douleurs de tête, les aegilops avant qu'ils suppurent, et les tumeurs. Après en avoir ôté les pépins, on les pile dans du vin vieux, et on les applique sur les éruptions pituiteuses.
2. Le suc des baies resserre le ventre, et est diurétique. Avec le cérat on en fait un topique pour les pustules, les éruptions pituiteuses et la morsure des araignées-phalanges. Il noircit les cheveux. L'huile de ce même myrte est plus adoucissante que le suc; il en est de même du vin (XV, 37) qu'on en tire, et qui n'enivre jamais. Ce vin, vieilli, resserre le ventre et l'estomac, guérit les tranchées et remédie aux dégoûts. La poudre des feuilles sèches jetée sur le corps arrête les sueurs, même dans la fièvre. En fomentation on s'en sert dans la maladie céliaque, dans la procidence de la matrice, dans les affections du siège, dans les ulcères humides, dans l 'érysipèle, dans la chute des cheveux, dans les dartres furfuracées, dans les autres éruptions, dans les brûlures. On la fait entrer dans les médicaments appelés lipares (gras), par la mérite raison qu'on y fait entrer l'huile des feuilles, très efficace pour les parties humides, telles que la bouche et la vulve.
3. Les feuilles mêmes combattent, pilées avec du vin, les champignons; avec de la cire, les maladies articulaires et les dépôts. Bouillies dans du vin, on les fait prendre en breuvage aux dyssentériques et aux hydropiques. Sèches, on les réduit en une poudre, dont on se sert pour les ulcères et les hémorragies. Elles guérissent le lentigo, le ptérygion, le panaris, les épinyctides, les condylomes, les affections des testicules, les ulcères de mauvaise nature. On s'en sert avec du cérat dans les brûlures. Dans les écoulements purulents de l'oreille on emploie et la cendre des feuilles, et le suc, et la décoction. Cette cendre entre aussi dans la composition des antidotes, ainsi que les tiges fleuries, qu'on met dans un vase de terre neuf et fermé d'un couvercle, qu'on brûle dans le four, et qu'on pile dans du vin. La cendre des feuilles guérit les brûlures. Pour empécher qu'une ulcération ne cause la tuméfaction des glandes de l'aine, il suffit de porter sur soi une branche de myrte qui n'ait touché ni à ta terre ni à aucun instrument de fer.
LXXXII. 1. Nous avons dit comment se faisait le vin de myrte (XIV, 19, 4 ). On s'en sert pour la matrice en pessaire, en fomentation, en liniment. Il est beaucoup plus efficace que l'écorce, les feuilles ou les baies. On exprime aussi un sue des feuilles les plus tendres, que l'on pile dans un mortier, en y ajoutant peu à peu du vin astringent ou de l'eau de pluie. On se sert de cette préparation pour les aphtes et les ulcérations du siège, de la vulve et du ventre, pour se noircir les cheveux, pour se frotter les joues, pour effacer le lentigo, et dans tous les cas où Il y a quelque astringence à exercer.
LXXXIII. 1. Le myrte sauvage( petit houx, ruseus aculeatus, L.), ou oxymyrsine, ou chamaemyrsine, diffère du myrte cultivé par ses baies rouges et son peu de hauteur. La racine en est estimée: bouillie dans du vin, on la fait prendre dans la douleur des reins et dans la dysurie, surtout quand l'urine est épaisse et fétide ; pilée avec du vin, dans l'ictère, et pour purger la matrice. Mêmes propriétés dans les jeunes pousses cuites sous la cendre et mangées en guise d'asperges. Les baies prises avec du vin, ou de l'huile, ou du vinaigre, dissolvent les calculs. Pilées dans du vinaigre et de l'huile rosat, elles calment les . céphalalgies. Prises en breuvage, elles guérissent l'ictère. Castor appelle ruscus l'oxymyrsine ou myrte à feuilles piquantes ( petit houx), dont les villageois font des balais. Les propriétés en sont les mêmes. Voilà ce que nous avions à dire sur les propriétés médicinales des arbres cultivés; passons aux arbres sauvages.
I. (I.) 1. Les forêts même, et les lieux où l'aspect de la nature est sauvage, ne sont pas dépourvus de remèdes. Cette mère divine de toutes choses, qui en a partout préparé pour l'homme, lui en a ménagé jusqu'au sein des déserts; mais à chaque pas elle présente des exemples merveilleux d'antipathie et de sympathie. Le chêne et l'olivier ont une antipathie si opiniâtre (XVII, 30, 3), que, transplantés l'un à la place de l'autre, ils meurent. Le chêne meurt aussi près du noyer.
2. La vigne et le chou se portent une haine mortelle (XX, 36); et le chou, qui est si redoutable à la vigne, sèche en présence du cyclamen et de l'origan. On prétend même que des arbres déjà âgés, et bons pour être abattus, se coupent avec plus de peine et se sèchent avec plus de rapidité si on les touche avec la main avant de les toucher avec le fer. Les bêtes de somme sentent aussitôt quand elles ont une charge de fruits (XXIII, 62); et elles entrent immédiatement en sueur, la charge fût-elle petite, à moins qu'on ne leur montre ces fruits préalablement. Les férules sont un fourrage très agréable aux ânes, et un poison mortel pour les autres bêtes de somme; aussi cet animal est-il consacré à Bacchus, dont la férule est un des attributs.
3. Les choses insensibles, même les plus petites, ont aussi leurs contraires. Les cuisiniers dégagent les viandes du sel dont elles sont imprégnées, avec de la fleur de farine et l'écorce fine du tilleul. Le sel ôte la fadeur des choses trop douces. Les eaux nitreuses ou amères sont corrigées avec de la polenta, au point qu'on les rend potables en deux heures ; pour la même raison, on met de la polenta dans les chausses à vin. La même propriété appartient à la craie de Rhodes et à notre argile. Voici des exemples d'affinité : L'huile emporte la poix, parce qu'elles sont l'une et l'autre de nature grasse. L'huile seule se mêle à la chaux, parce que toutes deux sont ennemies de l'eau. La gomme est aisément enlevée par le vinaigre, l'encre par l'eau pure. Enfin il est une infinité d'autres sympathies et antipathies que nous aurons soin de mentionner en leur lieu. De là est née la médecine.
4. Les seuls remèdes que la nature nous avait destinés sont ceux qu'on trouve facilement, tout préparés et sans aucune dépense; les substances mêmes qui nous font vivre. Plus tard la fraude humaine et des inventions lucratives ont produit ces officines, où l'on promet à chacun la vie pour de l'argent. Aussitôt on nous vante des compositions et des mélanges inexplicables. On prise parmi nous l'Inde et l'Arabie; pour un petit ulcère on demande un remède à la mer Rouge, tandis que chaque jour le plus pauvre d'entre nous dîne avec de vrais remèdes. Si-on prenait les remèdes dans nos jardins, si on employait l'herbe ou l'arbrisseau qui y croissent, la profession médicale serait sans crédit. Nous en sommes venus là : le peuple romain, en étendant ses conquêtes, a perdu ses anciennes moeurs; vainqueurs, nous avons été vaincus. Nous obéissons aux étrangers; et, à l'aide d'une seule profession, ils commandent à leurs conquérants. Mais là-dessus nous nous étendrons davantage ailleurs (XXIX, 1-9 ).
II. (II.) 1. Nous avons déjà parlé du lotus herbe, et de la plante d'Égypte du même nom, appelée aussi arbre des Syrtes (XIII, 32). Les baies du lotus, que chez nous on nomme fèves grecques, arrêtent le cours de ventre. La raclure de son bois, bouillie dans du vin, est utile dans la dysenterie, les pertes, les vertiges et l'épilepsie; elle empêche aussi les cheveux de tomber. Chose singulière ! rien de plus amer que cette raclure, rien de plus doux que le fruit de la plante. On fait encore avec cette raclure, bouillie dans de l'eau de myrte et réduite en trochisques, un médicament très bon contre la dysenterie, à la dose d'un victoriat (1 gr., 92) dans trois cyathes d'eau.
III. (III.) 1. Les glands pilés avec de I'axonge salée guérissent les duretés qu'on appelle malignes. Le bois des arbres glandiféres, et dans tous particulièrement l'écorce ainsi que la peau qui est sous l'écorce, ont encore plus de vertu. Cette dernière, bouillie, est bonne dans l'affection céliaque; dans la dysenterie on s'en sert en topique; on se sert de même du gland. Le gland combat le venin des serpents, les fluxions et les suppurations. Les feuilles, les fruits, l'écorce, la décoction de l'écorce, sont bons contre les poisons. L'écorce, bouillie dans du lait de vache, est employée en topique dans les blessures faites par les serpents. On la donne aussi dans du vin pour la dysenterie. L'yeuse a les mêmes vertus. IV. (IV.) 1. Le coccum ou écarlate de l'ilex (quercus coccifera, L.) est employé en topique avec du vinaigre pour les plaies récentes; avec de l'eau, on l'instille dans les yeux en cas de fluxions ou d'ecchymose. Il en croit dans l'Attique et dans l'Asie une espèce qui se change très promptement en un petit ver, et que les Grecs pour cette raison appellent scolécion (vermiculaire); on la rejette. Nous avons exposé les principales espèces de l'écarlate (XVI, 12).
V. 1. Nous n'avons pas moins distingué d'espèces de galles : la pleine, la perforée, la blanche, la noire, la grosse, la petite ( XVI, 9 ). Toutes ont les mêmes propriétés; celle de la Commagène est la meilleure. Les galles enlèvent les excroissances. Elles sont bonnes pour les gencives, pour la luette, pour les aphtes. Brûlées et éteintes dans du vin, on les emploie en topique pour l'affection céliaque et la dysenterie; dans du miel, pour le panaris, les ongles raboteux, les ptérygions, les ulcères humides, les condylomes, les ulcérations phagédéniques ; bouillies dans du vin, on en fait des injections dans les oreilles; on les applique sur les yeux, avec du vinaigre; on les emploie contre les éruptions et les panus. Le dedans de la galle, mâché, calme le mal de dents; il guérit les écorchures et les brûlures.
Les galles non mûres, bues dans du vinaigre, réduisent le volume de la rate; les mêmes, brûlées et éteintes dans du vinaigre salé, arrêtent, en fomentation, le flux menstruel et la chute de la matrice. Toutes les galles noircissent les cheveux.
VI. 1. Nous avons dit que le meilleur gui est celui du chêne, et nous avons indiqué la manière de faire la glu (XVI, 11, 93, 94). Quelques-uns, après l'avoir concassé, le font bouillir dans l'eau jusqu'à ce que la glu surnage. D'autres mâchent les grains et rejettent la peau. La meilleure glu est celle où il ne se trouve pas de peau, qui est très légère, jaune en dehors, verte en dedans, et d'une viscosité parfaite. Elle amollit et résout les gonflements, elle dessèche les écrouelles; avec de la résine et de la cire, elle guérit les tumeurs de tout genre; quelques-uns y ajoutent du galbanum, en mettant une dose égale de chaque ingrédient, et ils se servent de cette préparation pour les plaies. La glu polit les aspérités des ongles ; mais il faut l'enlever au bout de sept jours, et laver les ongles avec du nitre. Quelques-uns, par superstition, pensent que le gui est plus efficace cueilli sur le chêne au commencement de la lune et sans avoir senti l'atteinte du fer; qu'il guérit l'épilepsie s'il n'a point touché la terre; qu'il fait concevoir les femmes qui en portent toujours sur elles ; que mâché et appliqué sur les ulcères il est souverain pour leur guérison.
VII. 1. Les excroissances du chêne, avec la graisse d'ours, remédient à l'alopécie. Les feuilles, l'écorce et le gland du cerrus (XVI, 8) dessèchent les dépôts et les suppurations, et arrêtent les fluxions. La décoction en fomentation fortifie les parties paralysées; on s'en sert aussi en bain de siège pour sécher ou resserrer les parties. La racine combat le venin des scorpions.
VIII. 1. L'écorce du liège pulvérisée et bue dans de l'eau chaude arrête les hémorragies venant de l'une ou l'autre ouverture (bouche ou narines). La cendre de cette écorce dans du vin chaud est très vantée pour les hémoptysies.
IX. (V.) 1. On mâche les feuilles du hêtre dans les maladies des gencives et des lèvres. Ou fait avec la cendre de faines un topique pour la pierre, avec le miel pour l'alopécie.
X. 1. Les feuilles de cyprès pilées s'appliquent sur les morsures de serpents; avec de la polenta, sur la tète en cas de coup de soleil, ainsi que sur les hernies; on les prend aussi en boisson dans cette dernière affection; avec de la cire, on les applique sur les testicules tuméfiés ; dans du vinaigre, elles noircissent les cheveux. Broyées avec deux parties de pain mollet et pétries dans du vin amminéen (XIV, 4, 2), elles calment les douleurs goutteuses et nerveuses. Les excroissances du cèdre sont prescrites en boisson contre les morsures des serpents, et eu cas d'hémoptysies ; on les applique aussi sur les dépôts. Fraîches et pilées avec de I'axonge et de la farine de fèves, on les applique sur les hernies; on les prend en breuvage pour la même raison.
2. On les applique avec de la farine sur les parotides et les tumeurs scrofuleuses. On les pile avec la graine, et on en exprime un suc qui mêlé à l'huile enlève les taies. Bu dans du vin à la dose d'un victoriat (0 gr., 92), et appliqué avec une figue grasse, sèche, dont on a ôté les grains, ce suc guérit les affections des testicules et résout les tumeurs; avec du levain, il guérit les écrouelles. La racine pilée avec les feuilles et prise en boisson est bonne pour les affections de vessie, pour la strangurie, et pour la piqûre des araignées-phalanges. La raclure prise en boisson est emménagogue, et combat le venin des serpents.
XI. 1. Le grand cèdre qu'on nomme cédrelate donne une poix connue sous le nom de cédria, très bonne pour les maux de dents. Elle brise les dents et les fait sortir, ôtant ainsi la cause de la douleur Nous avons déjà dit comment on obtient le suc de cèdre ( XIV, 25 ; XVI, 21), très bon pour l'éclairage, mais qui a l'inconvénient d'entêter. Il conserve les cadavres pendant des siècles, et attaque les corps vivants, propriété étonnante, d'ôter la vie à ce qui respire et de donner une sorte de vie aux morts.
2. Il attaque jusqu'aux habits, et est mortel aux animaux: aussi je ne crois pas qu'il faille en user dans I'esquinancie ni en goûter dans l'indigestion, comme quelques-uns l'ont conseillé. Je craindrais encore de laver les dents douloureuses avec ce suc mêlé a au vinaigre, ou d'en instiller dans les oreilles pour la surdité ou pour les vers. On en raconte un effet prodigieux : c'est qu'il empêche la fécondation si avant l'acte vénérien les parties de l'homme en ont été enduites.
3. Je n'hésiterais pas à conseiller de l'employer en onction contre le phtiriasis et la teigne. On le recommande encore, dans du vin cuit, contre le venin du lièvre marin; je le conseillerais plus facilement en liniment dans l'éléphantiasis. Quelques auteurs l'ont prescrit en onction pour les ulcères sordides, pour les fongosités qui s'y développent, pour les taches et les taies des yeux ; ils ont recommandé d'en boire un cyathe (0 litr., 045) pour les ulcérations du poumon et pour le ténia. On en fait aussi une huile nommée pisselæon (XV, 7, 3; XXV, 22), dont la vertu est plus active, dans les mêmes maladies. Il est certain que la sciure de cèdre met en fuite les serpents, et que le même effet est produit quand on se frotte avec les baies pilées dans l'huile.
XII. 1. Les cédrides, c'est-à-dire les fruits du cèdre, guérissent la toux, sont diurétiques, resserrent le ventre. Ils sont bons pour les ruptures, les convulsions, les spasmes, la strangurie, et en pessaire pour la matrice; ils sont bons aussi pour le venin du lièvre marin, toutes les affections susdites, les dépôts et les inflammations.
XIII. 1.
Nous avons parlé du galbanum (XII, 56) ; pour être bon il ne doit être ni humide ni sec, mais tel que nous l'avons dit. Seul, on le prend en breuvage pour les vieilles toux, l'asthme, les ruptures, les convulsions. On en fait un topique pour la coxalgie, les douleurs de côté, les tumeurs, les furoncles, les chairs qui se détachent des os, les écrouelles, les tophus et les maux de dents. Avec le miel, on s'en sert pour les ulcères de la tête. Avec l'huile rosat ou le nard, on l'instille dans les oreilles qui suppurent. Par son odeur, il est utile dans l'épilepsie, l'hystérie et les défaillances d'estomac.
2. Dans les fausses couches qui ne se terminent pas il provoque la sortie du foetus, employé en pessaire ou en fumigation ; enveloppé dans des branches d'ellébore il produit le même effet. Nous avons dit que l'or rieur du galbanum qu'on brûle met en fuite les serpents (XIII, 56) ; ils fuient aussi ceux qui sont frottés avec cette substance. Le galbanum guérit les piqûres des scorpions. Dans les accouchements laborieux on en prend gros comme une fève dans un cyathe de vin. il redresse la matrice déplacée. Avec la myrrhe et dans du vin, il fait sortir les foetus morts. Préparé de même, c'est un antidote contre toute espèce de venin. Mêlé avec l'huile et le spondylion (XII, 58), il suffit d'en toucher les serpents pour les tuer. On pense qu'il cause de la dysurie.
XIV. (VI.) 1. La gomme ammoniaque, tant en sorte qu'en larmes, a les mêmes propriétés. En larmes, elle doit être essayée comme nous l'avons dit (XII, 49). Elle amollit, échauffe, résout, dissout. En collyre, elle éclaircit la vue. Elle dissipe les démangeaisons, les cicatrices des yeux et les taies. Elle apaise les maux de dents, surtout si on la fait brûler. Elle est bonne en boisson pour la dyspnée, la pleurésie, les poumons, la vessie, l'hématurie, la rate, la coxalgie, ainsi que pour relâcher le ventre; cuite avec un poids égal de poix ou de cire et de l'huile rosat, pour les articulations et la goutte. Avec du miel, elle mûrit les tumeurs, déracine les cors et amollit les duretés. Avec le vinaigre et la cire de Chypre ou l'huile rosat, on en fait un topique très efficace pour la rate. Dans la courbature il est avantageux de se frictionner avec cette substance mêlée à du vinaigre, de, l'huile et un peu de nitre.
XV. 1. En traitant des arbres exotiques, nous avons parlé des propriétés du styrax (XII, 55). Outre les qualités que nous avons indiquées, il doit être très gras, pur, et offrir des grumeaux blanchâtres. Il est bon pour la toux, la gorge, les affections de poitrine, l'obstruction ou la dureté de la matrice. Il est emménagogue, en boisson on en pessaire. Il relâche le ventre. Je lis que pris à dose médiocre il égaye, et qu'à dose considérable il attriste. il dissipe les bourdonnements d'oreilles en injection; en friction, les écrouelles et les nodosités des nerfs. Il est l'antidote des poisons froids, et par conséquent de la ciguë.
XVI. 1. Le spondylion, dont nous avons parlé en même temps que du styrax (XII, 58), s'emploie en affusion sur la tête, dans la phrénitis et le léthargus, ainsi que dans les céphalalgies de longue durée. On le prend en boisson avec de la vieille huile, dans les affections du foie, l'ictère, l'épilepsie, l'orthopnée, l'hystérie, maladies pour lesquelles il est bon aussi en fumigation. Il relâche le ventre. Avec la rue, on en fait un topique pour les ulcérations serpigineuses. Le sue de la fleur s'instille avantageusement dans les oreilles qui suppurent; quand on l'exprime il faut avoir tolu de le couvrir, parce que les mouches et autres insectes semblables en sont très avides. La racine râpée et introduite dans les fistules en consume les callosités. On en fait aussi, mêlée au suc, des injections dans les oreilles. On prescrit encore la racine contre la jaunisse et dans les maladies du foie et de la matrice. Si on s'en frotte la tête elle rend les cheveux crépus.
XVII. 1. Le sphagnos ou sphacos ou bryon croît, comme nous l'avons dit, dans la Gaule (XII, 50). On l'emploie en bain de siège pour les affections de la matrice; mêlé avec le cresson et pilé dans de l'eau salée, pour les affections des genoux et les tumeurs des cuisses. En breuvage avec du vin et de la résine sèche, c'est un très prompt diurétique. Pilé dans du vin avec des baies de genièvre et pris en boisson, il évacue les eaux de l'hydropisie.
XVIII. 1. Les feuilles et la racine du térébinthe (XIII, 12) s'appliquent sur les dépôts. La décoction fortifie l'estomac. La graine se prend dans du vin contre la céphalalgie et la dysurie; elle relâche doucement le ventre; elle est aphrodisiaque.
XIX. 1. Les feuilles du picéa (XVI, 18) et du mélèze, pilées et bouillies dans du vinaigre, sont bonnes pour le mal de dents. La cendre de leurs écorces s'emploie pour les écorchures et les lui es; en boisson, elle resserre le ventre et est diurétique; en fumigation, elle redresse la matrice déplacée. Les feuilles de picéa en particulier sont bonnes pour le foie, à la dose d'une drachme, dans de l'eau miellée. Les forêts composées uniquement d'arbres qu'on exploite pour la poix et la résine sont très avantageuses pour les phtisiques, et pour ceux qui ne peuvent se rétablir à la suite d'une affection de longue durée: cela est d'observation; et respirer cet air est dans ce cas plus avantageux que de se rendre par mer en Égypte (XXXI, 33 ), ou d'aller en été sur les montagnes boire le lait imprégné du parfum des plantes.
XX. 1. Le chamæpitys, appelé en latin abiga (ajuga iva, L.), parce qu'il provoque l'avortement, nommé par d'autres encens de la terre, a des branches d'une coudée, la fleur et l'odeur du pin. lien est une espèce plus petite (passerina hirsuta, L.), et qui est comme incurvée. Une troisième espèce (ajuga chia, L.
), ayant même odeur et par conséquent même nom, est toute petite, et a la tige grosse comme le doigt, les feuilles rudes, petites et blanches; elle naît dans les terrains pierreux. Ce sont tous des végétaux herbacés; mais je n'ai pas voulu les renvoyer ailleurs, à cause de la ressemblance de leur nom avec celui des arbres dont nous venons de parler (πιτυς, picea). Ces plantes sont bonnes contre les piqûres des scorpions. On s'en sert, avec les dattes ou les coings, en topique pour les maladies du foie;
2. avec la farine d'orge, en décoction, pour les affections de reins et de la vessie; en décoction dans l'eau, pour l'ictère et la dysurie. La dernière espèce, avec du miel, est bonne contre les serpents; avec du miel aussi, en pessaire, elle déterge la matrice. En boisson, elle fait sortir les grumeaux de sang. Quand on s'en frotte elle est sudorifique, et particulièrement avantageuse dans les affections des reins. On en fait aussi pour les hydropiques, avec une figue, des bols qui sont purgatifs. Dans du vin, à la dose d'un victoriat (1 gr., 92), elle guérit les douleurs des lombes et la toux récente. Cuite dans du vinaigre et prise en boisson, on dit qu'elle provoque l'expulsion Instantanée des foetus morts.
XXI. 1. Nous accorderons une place honorable à la pityuse (euphorbia pityusa, L.), qui tire aussi son nom du pitys ( picea), et que quelques auteurs rangent parmi les tithymales. C'est un arbrisseau semblable au picéa, à fleurs petites, pourpres. La racine en décoction, à la dose d'une hémine, évacue par le bas la bile et la pituite. Une cuillerée de la graine, en suppositoire, produit le même effet. Les feuilles, bouillies dans du vinaigre, guérissent les dartres furfuracées; et avec une décoction de rue, les affections des mamelles, les tranchées, les blessures faites par des serpents, et en général les dépôts commençants.
XXII. 1. En traitant du vin (XIV, 25) et des arbres (XVI, 16 ), nous avons dit que la résine provient des arbres indiqués plus haut; nous en avons exposé les espèces et les provenances. II yen a deux espèces principales, la sèche et la liquide. La sèche se tire du pin (pinus picea, L. } et du picca (abies excisa); la liquide, du térébinthe, du mélèze, du lentisque et du cyprès : ces arbres en produisent dans la province d'Asie et dans la Syrie. C'est une erreur de croire que la résine du picéa soit la même que celle du mélèze. Le picéa en donne une grasse, et de même consistance que l'encens; le mélèze, une qui est fluide, semblable à du miel, et qui a une odeur forte. Les médecins emploient rarement la résine liquide, et la font prendre presque toujours dans un oeuf. On se sert de la résine du mélèze contre la toux et les ulcères des viscères. La résine de pin n'est pas non plus en grand usage. On n'use des autres que cuites, et nous avons suffisamment traité des différentes manières de les cuire (XVI, 22 ).
2. Quant aux arbres, on aime mieux la résine du térébinthe, qui est la plus odorante et la plus légère ; quant aux provenances, celles de Chypre et de Syrie : toutes deux ont la couleur du miel attique; mais celle de Chypre a plus de corps et de consistance. Pour les résines sèches, on veut qu'elles soient blanches, pures, transparentes. Dans toutes on préfère celles qui viennent des montagnes à celles qui viennent des plaines; celles qui viennent de localités tournées au nord, à celles qui viennent de toute autre exposition. On dissout la résine dans de l'huile, pour l'employer au pansement des plaies et pour faire les onguents. On la dissout dans l'huile d'amandes amères, pour la faire prendre en potion. La propriété de cette substance est de réunir les plaies, de déterger et de résoudre les dépôts.
3. La térébenthine est bonne pour les affections de poitrine. Chaude, on s'en sert pour frotter au soleil les membres douloureux et contractés ; on en frictionne aussi tout le corps, pratique à laquelle les marchands d'esclaves surtout ont recours, pour corriger la maigreur, cette substance ayant la propriété de relâcher la peau, et de rendre le corps plus apte à profiter de la nourriture. Au second rang est la résine de lentisque. Elle a la propriété d'être astringente, et elle est la plus diurétique de toutes. Les autres relâchent le ventre, mûrissent les crudités, guérissent les vieilles toux, et, en fumigation, débarrassent la matrice des corps étrangers qui la surchargent. En particulier, elles combattent le gui. Avec du suif de taureau et du miel, elles guérissent les tumeurs. La résine de lentisque est très bonne pour combattre le renversement des cils. On s'en sert avantageusement dans les fractures, la suppuration des oreilles, la démangeaison des parties génitales. La résine de pin guérit très bien les plaies de tête.
XXIII. (VII.) 1. Nous avons indiqué d'où se tirait la poix, et comment elle se préparait (XIV, 25). 1l y en a de deux sortes, l'épaisse et la liquide. Des poix épaisses, la plus utile à la médecine est celle du Brutium, parce que, étant très grasse et très résineuse, elle réunit les propriétés de la résine et de la poix, surtout celle qui est d'un jaune tirant sur le rouge. Quant à ce qu'on ajoute, que celle qui provient d'un arbre mâle est la meilleure, je ne crois pas la distinction possible. La poix est échauffante, cicatrisante. Elle est bonne, avec de la polenta, pour les morsures du céraste en particulier; avec du miel, pour l'angine, les catarrhes et les éternuements qui proviennent de la pituite. On en fait pour les oreilles des injections avec l'huile rosat, des applications avec la cire. Elle guérit le lichen, elle relâche le ventre. En électuaire, elle facilite l'expectoration. Avec du miel, on l'applique sur les amygdales.
2. Sous cette forme encore elle déterge et cicatrise les ulcères.
Avec des raisins secs et de l'axonge elle déterge les anthrax et les ulcères putrides; avec l'écorce de pin ou le soufre, les ulcères serpigineux. Quelques-uns l'ont donnée, à la dose d'un cyathe, contre la phtisie et les vieilles toux. Elle guérit les rhagades du siége et des pieds, les panus, les maladies des ongles. En fumigation, on l'emploie pour les duretés et les déplacements de la matrice, et pour la léthargie. Cuite avec de la farine d'orge et l'urine d'un garçon impubère, elle mène à suppuration les tumeurs strumeuses. On se sert de la poix sèche contre l'alopécie. Pour les affections des mamelles, on fait chauffer la poix du Brutium dans du vin avec de la farine de froment, et on applique le tout aussi chaud que possible.
XXIV. 1. Nous avons exposé le mode de préparation de la poix liquide (XVI, 21) et de l'huile nommée pisselœon (XV, 7, 4). Quelques-uns font bouillir de nouveau cette poix, et la nomment palimpissa. Dans l'angine et dans les affections de la luette, on enduit de poix liquide les parties intérieures. On l'emploie pour les douleurs d'oreilles, pour éclaircir la vue, pour enduire les lèvres, pour l'asthme, pour les affections de la matrice, pour les vieilles toux, les expectorations abondantes, les spasmes, les tremblements, l'opisthotonos, la paralysie et les douleurs de nerfs. Elle est excellente pour la gale de chiens et des bêtes de somme.
XXV. 1. Il y a encore la pissasphalte, mélange naturel de bitume et de poix qu'on trouve dans le territoire des Apolloniates (XVI, 23, 3). Quelques-uns font ce mélange eux-mêmes. C'est un très bon remède pour la gale des bestiaux, et pour les blessures que les petits font aux mamelles. La portion la plus estimée est celle qui surnage lors de la cuisson.
XXVI. 1. Nous avons dit que la zopissa est la poix qu'on rôde des navires, poix qui a macéré dans l'eau de mer (XVI, 23). La meilleure est celle qu'on tire des vaisseaux qui ont été pour la première fois à la mer. On l'incorpore dans les onguents pour résoudre les dépôts.
XXVII. 1. La téda (XVI, 19), bouillie dans du vinaigre, fait un collutoire efficace pour les maux de dents.
XXVIII. 1. La graine, l'écorce et le sue en larmes du lentisque sont diurétiques, et resserrent le ventre. La décoction en fomentation guérit les ulcères serpigineux. On s'en sert en topique pour les ulcères humides et l'érysipèle, et en collutoire pour les gencives. On mèche les feuil-les dans les maux de dents; on les emploie en décoction quand les dents sont mobiles; elles teignent les cheveux. Le sue en larmes est bon pour les affections du siège, et dans tous les cas où il est besoin de dessécher ou d'échauffer. La décoction en est bonne aussi à l'estomac; elle est carminative, diurétique; et dans les douleurs de tête on en fait un topique avec la polenta.
2. Les feuilles les plus tendres sont employées en topique dans l'inflammation des yeux. Le mastic du lentisque est employé pour le renversement des cils, pour étendre et unir la peau du visage, et pour nettoyer les dents. On s'en sert dans l'hémoptysie, les vieilles toux, et dans tous les cas où la gomme ammoniaque a de la vertu. On emploie aussi le lentisque sur les parties meurtries, qu'on fomente soit avec l'huile tirée de la graine et mêlée à de la cire, soit avec la décoction des feuilles dans de l'huile, soit avec dé l'eau où il a trempé. Je sais que le médecin Damocrates, dans la maladie de Considia, fille de M. Servilius, personnage consulaire, laquelle se refusait à tout traitement sévère, la mit avec succès à l'usage prolongé dit lait de chèvres qu'il nourrissait avec du lentisque.
XXIX. (VIII) 1. Le platane (XII, 3) combat les chauves-souris. Les excroissances prises dans du vin, à la dose de quatre deniers ( 15 gr., 4 ), guérissent tous les venins des serpents et des scorpions, ainsi que les brûlures. Pilées avec du fort vinaigre et surtout avec du vinaigre scillitique, elles arrêtent tous les écoulements de sang ; avec addition de miel, elles guérissent le lentigo, les carcinomes, et les taches noires invétérées.
2. On fait avec les feuilles et l'écorce, ainsi qu'avec la décoction de ces parties, un topique pour les dépôts et les suppurations. La décoction de l'écorce dans du vinaigre est un remède pour les dents; celle des feuilles les plus tendres dans du vin blanc, pour les yeux. Le duvet des feuilles fait du mai aux oreilles et aux yeux. La cendre des excroissances guérit les parties brûlées par le feu ou par le froid. L'écorce dans du vin éteint l'inflammation causée par les piqûres des scorpions.
XXX. 1. Nous avons précédemment fait voir la vertu du frêne contre la morsure des serpents (XVI, 24). La graine est renfermée dans des feuilles ; on l'emploie, dans du vin, pour les douleurs de foie et de côté ; on s'en sert pour évacuer les eaux de l'anasarque. On diminue l'obésité, et l'on fait maigrir peu à peu, eu donnant ces mêmes feuilles pilées avec du vin, en quantité proportionnée aux forces : ainsi pour un enfant cinq feuilles dans trois cyathes, et pour des individus plus forts, sept feuilles dans cinq cyathes de vin. Il ne faut pas omettre que les raclures et les sciures du bois de frêne sont dangereuses, suivant quelques-uns.
XXXI. 1. La racine de l'érable (XVI, 26) concassée dans du vin fait un topique très efficace pour les douleurs de foie.
XXXII. 1. Nous avons exposé l'emploi des grappes du peuplier blanc dans les parfums (XII, 61). L'écorce en breuvage est bonne pour la coxalgie et la strangurie; le suc des feuilles chaud, pour les douleurs d'oreilles. Quand on tient à la main une baguette de peuplier, il n'y a aucune sorte d'écorchure à craindre. Le peuplier noir qui croit en Crète passe pour très efficace. La graine, dans du vinaigre, est utile pour l'épilepsie. Cet arbre donne aussi une résine peu abondante, qu'on emploie dans des onguents.
Avec les feuilles bouillies dans du vinaigre on fait un topique pour les pieds, dans la goutte. L'humeur qui coule des fentes du peuplier noir emporte les verrues, et les papules que le frottement a fait élever. Les peupliers ont aussi sur leurs feuilles un suc dont les abeilles font de la propolis, et qui délayé dans l'eau a les mêmes vertus que cette dernière substance (XXII, 50).
XXXIII. 1. Les feuilles, l'écorce et les branches de l'orme (XVI, 29) ont la propriété de remplir et de rapprocher les blessures. Les lames intérieures de l'écorce et les feuilles dans du vinaigre font un topique qui guérit la lèpre. L'écorce prise en breuvage, à la dose d'un denier (3 gr, 85) dans une hémine (0 litr, 27) d'eau froide, est purgative, et évacue particulièrement la pituite et l'eau. On fait avec la gomme un topique pour les dépôts, les plaies et les brûlures, qu'il convient de fomenter avec la décoction. L'humeur qu'on trouve dans les follicules de cet arbre donne de l'éclat à la peau et embellit le visage.
2. Les pétioles des premières feuilles bouillis dans du vin guérissent les tumeurs, et les font aboutir par fistule. Les lames intérieures de l'écorce produisent le même effet. Bien des gens pensent que l'écorce mâchée constitue un excellent topique pour les plaies, et les feuilles pilées et humectées avec de l'eau, pour la goutte. L'humeur qui s'écoule de la moelle de l'arbre après qu'on l'a incisé, comme nous l'avons dit (XVI, 74, 3), fait revenir les cheveux et les empêche de tomber, si l'on s'en frotte la tête. XXXIV. 1. Le tilleul légèrement concassé est bon à peu près aux mêmes usages que l'olivier sauvage; mais on n'emploie que les feuilles. On les fait mâcher aux enfants pour les aphtes. En décoction, elles sont diurétiques; en pessaire, elles arrêtent les menstrues; en boisson, elles évacuent le sang superflu.
XXXV. 1. Il y a deux espèces de sureau, dont l'une, plus sauvage et beaucoup plus petite que l'autre (sureau noir, sambucus nigra, L.), est nommée par les Grecs chamæacte, ou hélios ( hièble, sambucus ebulus, L.). Les feuilles ou les baies, ou la racine de l'une et de l'autre, en décoction, dans du vin vieux, et prise à la dose de deux cyathes, font mal à l'estomac, mais évacuent l'eau du bas-ventre. Cette décoction tempère l'inflammation surtout des brûlures récentes; on eu fait un topique, avec la polenta et les feuilles les plus tendres, pour la morsure des chiens.
2. Le suc du sureau, en fomentation, diminue les fluxions du cerveau, et en particulier de la membrane qui enveloppe cet organe. Les baies, qui ont moins de vertu que le reste, servent à teindre les cheveux. En potion, à la dose d'un acétabule (0 lite., 068), elles sont diurétiques. On fait manger avec de l'huile et du sel les feuilles les plus molles, pour évacuer la pituite et la bile. La petite espèce est pour tout plus efficace. La racine bouillie dans du vin, et prise à la dose de deux cyathes, évacue les eaux des hydropiques. Elle amollit la matrice, effet que produit aussi un bain de siège dans la décoction des feuilles. Les pousses tendres de l'espèce non sauvage cuites sur le plat relâchent le ventre.
3. Les feuilles prises dans du vin combattent le venin des serpents. On fait avec les jeunes pousses et le suif de bouc un topique très avantageux aux goutteux. On fait aussi macérer ces mêmes pousses dans de l'eau, et avec cette eau on tue les puces. Si on asperge un lieu avec la décoction des feuilles cela fait mourir les mouches. On donne le nom de boa à des papules rouges qui couvrent tout le corps; on guérit cette maladie en frai). peut le malade avec une branche de sureau. L'écorce intérieure pilée, et bue dans du vin blanc, relâche le ventre.
XXXVI. 1. Le genévrier est plus que toute autre plante échauffant et atténuant, semblable en cela au cèdre. Il en est de deux espèces : l'un, plus grand que l'autre. Tous deux, brûlés, font fuir les serpents. La graine est bonne dans les douleurs d'estomac, de poitrine et de côté; elle dissipe les gonflements et le froid; elle mûrit la toux et les duretés ; en topique, elle arrête le pro. grès des tumeurs; bue dans du vin noir, elle resserre le ventre; en topique, elle résout les tumeurs abdominales; elle entre dans les antidotes et les digestifs; elle est diurétique. On l'emploie en collyre dans les fluxions des yeux. Pour les convulsions, les ruptures, les tranchées, les affections de la matrice; la coxalgie, on l'administre soit à la dose de quatre baies dans du vin blanc, soit à la dose de vingt baies bouillies dans du vin. Il en est qui se frottent le corps avec ces baies, pour se préserver des serpents.
XXXVII. (IX.) 1. Le fruit du saule, avant de mûrir, se garnit de fils aussi déliés que ceux de l'araignée. Si on le recueille auparavant, il est bon pour l'hémoptysie. La cendre de l'écorce des premiers rameaux, délayée dans de l'eau, guérit les cors et les durillons aux pieds; elle efface les taches du visage, et plus efficacement si l'on y mêle le suc même de l'arbre. Le saule fournit trois sucs différents : l'un exsude de l'arbre même, à la façon des gommes; l'autre distille de la plaie faite au saule quand il est en fleur, par une incision à l'écorce, large de trois doigts; celui-ci est bon pour dissiper les humeurs qui obscurcissent les yeux, ainsi que pour épaissir ce qui a besoin d'être épaissi, pour provoquer les urines et pour faire aboutir tous les dépôts.
2. Le troisième coule des branches coupées avec la serpe. Chacun de ces sucs, chauffé avec de l'huile rosat dans une écorce de grenade, s'instille dans les oreilles. Les feuilles, cuites et pilées avec de la cire, forment un topique employé au même usage, et dont on se sert aussi pour la goutte. L'écorce et les feuilles, bouillies dans du vin, constituent une fomentation très utile aux nerfs.
La fleur, pilée avec les feuilles, guérit les dartres furfuracées de la face. Les feuilles, pilées et prises en boisson, tempèrent les feux de l'amour et les éteignent complètement, si l'on fait souvent usage de cette préparation. La graine du saule noir d'Amérie, avec de la litharge à poids égal, est un dépilatoire; on s'en frotte à la sortie du bain.
XXXVIII. 1. Le vitex (vitex agnus, L.) s'emploie pour la vannerie à peu près comme le saule, dont il a les feuilles et l'aspect; mais l'odeur en est plus agréable. Les Grecs le nomment lygos ou agnos, parce que les femmes d'Athènes, pendant les Thesmophories, temps où elles observent une exacte continence, jonchent leur lit des feuilles de cette plante. Il y en a de deux espèces: l'un, plus grand, s'élève, comme le saule, à la hauteur d'un arbre; l'autre, plus petit, est rameux, et a les feuil-les lanugineuses et plus blanches. Le premier, nommé vitex blanc, porte une fleur d'un blanc mêlé de pourpre. Le noir a des fleurs seulement purpurines.
2. Tous deux croissent dans les plaines marécageuses (XXXI, 27 ). La graine, prise en boisson, a un certain goût vineux, et passe pour fébrifuge; pour sudorifique, si on s'en frotte avec de l'huile; on dit aussi que de cette façon elle dissipe tes courbatures. Les deux vitex sont diurétiques et emménagogues. Ils portent à la tête comme le vin, dont ils out l'odeur. Ils chassent les flatuosités par le bas; ils resserrent le ventre. Ils sont très bons dans l'hydropisie et les affections de la rate. Ils font venir le lait en abondance. Ils combattent le venin des serpents, surtout les venins froids. Le petit vitex est plus efficace contre les serpents; on en prend la graine à la dose d'une drachme dans du vin ou de l'eau miellée, ou les feuilles tendres à la dose de deux drachmes. On fait avec les deux vitex un topique contre la piqûre des araignées. Il suffit de s'en frotter, d'en faire des fumigations ou de coucher dessus, pour mettre en fuite les animaux venimeux.
3. Ils répriment les ardeurs vénériennes, et, par cette propriété surtout, ils combattent le venin des araignées-phalanges, dont la piqûre excite les organes génitaux. La fleur et les jeunes pousses, avec de l'huile rosat, calment le mal de tête causé par l'ivresse. La décoction de la graine, en fomentation, dissipe les céphalalgies intenses. La graine, en fumigation et en pessaire, déterge la matrice; en boisson, avec le pouliot et le miel, elle est purgative; avec la farine d'orge, elle amollit les vomiques et les tumeurs dont la maturation est difficile;
4. avec le salpêtre et le vinaigre, elle guérit le lichen et le lentigo; avec le miel, les aphtes et les éruptions dans la bouche; avec du beurre et des feuilles de vigne, les gonflements des testicules; avec de l'eau, en topique, les rhagades du siège; avec le sel, le nitre et la cire, les luxations. La graine et les feuilles entrent dans les onguents pour les nerfs, et dans les applications qu'on fait aux goutteux. On se sert d'une décoction de la graine dans l'huile, en affusion sur la tête, pour le léthargus et la phrénitis. On assure que ceux qui en portent une baguette à la main, ou à la ceinture, sont préservés d'écorchures entre les cuisses. XXXIX. 1. Les Grecs donnent le nom d'érice (XIII, 35) (erica arborea, L.) à une plante qui diffère peu de la myrice (XIII, 37 ). Elle a la couleur et presque la feuille du romarin ; on assure qu'elle combat le venin des serpents.
XL. 1. Le genêt sert à faire des liens. Les fleurs t en sont très-agréables aux abeilles. Je doute que ce soit la plante nommée par les auteurs grecs sparton, et avec laquelle on fait chez eux, comme je l'ai dit (XIX, 2, 7), des filets pour la pêche. Je doute aussi que ce soit celle qu' Homère désigne quand il parle des câbles (sparte) relâchés des vaisseaux (II., 135); car il est certain qu'alors le spart (spartium junceum, L.) d'Afrique ou d'Espagne (XIX, 7) n'était pas encore en usage, et que pour les embarcations faites de pièces cousues on employait le lin et non le spart.
2. La graine, que les Grecs nomment aussi sparton, vient dans des gousses, comme les haricots. Elle n'est pas moins purgative que l'ellébore, à la dose d'une drachme et demie dans quatre cyathes (0 litr., 18 ) d'eau miellée, à jeun. Les branches avec le feuillage, macérées dans du vinaigre pendant plusieurs jours et broyées, donnent un suc bon pour la coxalgie, à la dose d'un cyathe en potion. Quelques-uns aiment mieux les faire infuser dans de l'eau de mer et donner cette infusion en lavement. Dans la coxalgie on fait des frictions avec ce même suc, auquel on ajoute de l'huile. Quelques-uns emploient la graine pour la strangurie. Le genêt pilé avec de la graisse guérit les douleurs de genou.
XLI. 1. La myrice (XIII, 37) (tamarix africana, Desfont.) est appelée érice par Pompeius Lenæus. Cet auteur dit qu'elle ressemble aux balais de saule d'Amérie, et que bouillie dans du vin et pilée elle forme avec du miel un topique qui guérit les carcinomes. Quelques-uns pensent que c'est la même que le tamarix. Quoi qu'il en soit, el le est excellente pour la rate; pour cela on en exprime le suc, qu'on fait boire dans du vin ; et telle est, assure-t-on, la merveilleuse antipathie qu'elle a pour ce seul viscère, que quand des pores ont bu dans des sébiles faites de ce bois, on ne leur trouve point de rate. Aussi dans les affections spléniques donne-t-on les aliments et la boisson dans des vases de ce même bois. Un auteur grave en médecine affirme qu'une baguette arrachée de l'arbuste, sans toucher ni le fer ni la terre, calme les douleurs de ventre, si elle est tenue appliquée au corps par les vêtements et par la ceinture. Le peuple, comme nous l'avons dit (XVI, 45), la nomme l'arbre malheureux, parce qu'elle ne rapporte rien et qu'on ne la plante pas.
XLII. 1.
A Corinthe et dans le voisinage on donne le nom de brya (XIII, 37) (tamarix africana, L.) à une plante dont on fait deux espèces : la brya sauvage, qui est stérile, et l'autre, qui se prête à la culture. Celle-ci (tamarix orientalis, Delile) en Égypte et en Syrie produit abondamment un fruit ligneux, plus gros que la noix de galle, âpre au goût, que les médecins emploient, à défaut de la noix de galle, dans les compositions nommées anthères (fleuries). Le bois, la fleur, les feuilles et l'écorce servent aux mêmes usages, quoique de vertu moindre.
2. L'écorce pilée se donne dans l'hémoptysie, les pertes et le flux céliaque. Pilée et en topique, elle arrête tous les dépôts. On exprime des feuilles un suc qui a les mêmes propriétés; on les fait aussi bouillir dans du vin. Avec addition de miel, elles ' foraient un topique pour la gangrène; en décoction et prises dans du vin, ou appliquées avec de l'huile rosat et de la cire, elles sont sédatives. De la même façon, elles guérissent les épinyctides. Cette décoction est encore bonne pour les maux de dents et d'oreilles. La racine s'emploie de même et pour les mêmes affections.
3. Les feuilles ont de plus cette propriété, qu'avec la. polenta on en fait un topique pour les affections serpigineuses. On administre en boisson la graine, à la dose d'une drachme, contre la piqûre des araignées, des phalanges spécialement. Avec la graisse de volaille on en fait un topique pour les furoncles. Elle est efficace aussi contre la morsure des serpents, excepté celle de l'aspic. La décoction en affusion est bonne pour l'ictère, le phtiriasis et les lentes ; elle arrête les pertes. La cendre de l'arbre s'emploie dans tous les mêmes cas. On dit que mêlée à de l'urine de boeuf, et prise en boisson ou en aliment, elle fait cesser pour jamais les désirs vénériens. Le charbon de ce même bois, éteint dans de l'urine de boeuf et gardé à l'ombre, se résout en cendre quand on veut l'allumer. Suivant la tradition des mages, l'urine d'un eunuque produit le même effet.
XLIII. (X.) 1. L'arbrisseau nommé sanguin (XVI, 30, 2) ne passe pas pour une plante moins malheureuse que la myricé. L'écorce intérieure rouvre les plaies qui se sont fermées trop vite.
XLIV. 1. Les feuilles du siler (XVI, 31) (salix vitellina, La) appliquées sur le front calment la céphalalgie. La graine pilée dans de l'huile arrête le phtiriasis. Les serpents redoutent aussi cet arbrisseau; et pour cette raison les gens de la campagne en portent d'ordinaire une baguette. XLV. 1. Le troène, si c'est la même plante que le cypros (XII, 51) de l'Orient, est aussi employé en Europe à des usages médicaux. On se sert du suc pour les nerfs, les articulations, les refroidissements; partout on use des feuilles avec un grain de sel, pour le traitement des vieux ulcères et des aphtes. La graine est bonne pour le phtiriasis et les écorchures, pour lesquelles on se sert aussi des feuilles. Elle guérit encore la pépie de la volaille.
XLVI. 1. Les feuilles de l'aune dans de l'eau bouillante sont un remède assuré pour les tumeurs.
XLVII. 1. Nous avons énuméré vingt espèces de i lierre (XVI, 62 . Toutes en médecine sont d'un usage équivoque : prises à forte dose elles troublent l'esprit et purgent la tête. A l'intérieur elles attaquent les nerfs, tandis qu'à l'extérieur elles les fortifient. Elles ont les mêmes propriétés que le vinaigre; toutes sont réfrigérantes. En boisson, elles sont diurétiques. Les feuilles les plus molles, appliquées sur la tête, calment la céphalalgie, et elles agissent principalement sur le cerveau et la méninge. On les emploie aussi à cet effet pilées avec du vinaigre et de l'huile rosat, puis bouillies, et mêlées à une nouvelle dose d'huile rosat.
2. On les applique sur le front, et avec leur décoction on fomente la bouche et on frotte la tête. Elles sont bonnes pour la rate, en boisson et en topique. On en fait une décoction, ou on les broie dans du vin, contre les frissons fébriles et les éruptions pituiteuses. Les grappes guérissent, en boisson ou en topique, la rate; en topique, le foie; en pessaire, elles sont emménagogues. Le suc du lierre, et surtout du lierre blanc cultivé, guérit les affections et la mauvaise odeur des narines. Instillé dans le nez il purge la tête; plus efficacement avec addition de nitre.
3. On l'instille aussi avec de l'huile dans les oreilles qui suppurent ou qui sont douloureuses. Il corrige la difformité des cicatrices. Le suc du lierre blanc chauffé sur une plaque de fer vaut mieux pour la rate; il suffit encore d'en prendre six baies dans deux cyathes de vin trois baies du même lierre blanc prises dans du vinaigre miellé chassent les vers ; et l'on aide à la vertu du remède en en faisant aussi une application sur le ventre. Érasistrate prenait du lierre que nous avons appelé chrysocarpos (XVI, 62) vingt baies de couleur d'or, les broyait dans un setier de vin, administrait trois cyathes de cette préparation, et évacuait ainsi par les urines les eaux de l'anasarque. En cas de mal de dents, il injectait dans l'oreille du côté opposé cinq baies du même lierre broyées dans de l'huile, rosat et chauffées dans l'écorce d'une grenade. Les baies qui ont le suc safrané, en breuvage, sont un préservatif contre l'ivresse.
4. Elles guérissent aussi l'hémoptysie et les tranchées. Les grappes les plus blanches du lierre noir, en boisson, causent la stérilité, même aux hommes. Toutes les espèces, bouillies dans du vin, forment un topique pour les ulcères de toute nature, même les ulcères malins. La larme qui distille du lierre est un dépilatoire, et guérit le phtiriasis. La fleur de toutes les espèces prise deux fois par jour dans du vin astringent, à la dose d'une pincée, guérit la dysenterie et le dévoiement; avec la cire on en fait un topique utile dans les brûlures.
3. Les grappes noircissent les cheveux.
Le suc de la racine bu dans du vinaigre est bon contre les araignées phalanges. Je trouve que ceux qui ont une maladie de la rate guérissent en buvant dans un vase fait de ce boisa On broie les baies, puis on les brûle, et on en fait un topique pour les brûlures, qu'on arrose auparavant avec de l'eau chaude. Il en est qui incisent le lierre pour en obtenir le suc, et qui se servent de ce suc pour les dents cariées, assurant que la dent se brise, et qu'il faut protéger avec de la cire les dents voisines contre l'action de cette substance. On recherche encore la gomme de lierre, et on prétend que dans du vinaigre elle est très bonne pour les dents.
XLVIII. 1. Les Grecs donnent le nom de cisthos, nom très voisin de cissos (lierre), à une plante plus grande que le thym, et qui a les feuilles de l'ocimum. Il yen a deux espèces. La plante mâle (cisthus pilosus, L.) a la fleur rose; la plante femelle (cisthus salvifolius, L.), blanche. La fleur de toutes deux dans du vin astringent, à la dose d'une pincée, et prise deux fois par jour comme le lierre, est bonne pour la dysenterie et les dérangements de ventre; avec la cire, pour les vieux ulcères et les brûlures; seule, pour les aphtes. C'est surtout au pied de ces plantes que vient l'hypocisthis, dont nous parlerons en traitant des herbes (XXVI, 31) (cytinus hypocisthis ).
XLIX. 1. Les Grecs nomment encore cissos erythranos (XVI, 62) une plante semblable au lierre, et qui prise dans du vin est bonne pour la coxalgie et le lumbago. La graine en a, dit-on, tant de force, qu'elle produit de l'hématurie. Ils nomment aussi chamæcissos (glechoma hederacea, L.) (XVI, 62) un lierre qui rampe à terre sans s'élever; broyé dans du vin à la dose d'un acétabule, il est bon pour la rate. Les feuilles avec de la graisse s'emploient pour les brûlures. Le smilax (XVI, 63), nommé aussi nicophoros, ressemble au lierre, mais a les feuilles plus petites. Une couronne faite avec tes feuilles en nombre impair guérit, dit-on, la céphalalgie. Quelques auteurs ont distingué deux espèces de smilax :
2. l'un, extrêmement vivace, croissant dans les vallons ombragés, grimpant le long des arbres et produisant des graines en grappe, qui sont très efficaces contre tous les venins, à tel point que des enfants auxquels on fait boire souvent le sue de ces graines deviennent réfractaires, pour le reste de leur vie, à tous les poisons; l'autre, qui se plan dans les lieux cultivés et y croit, mais n'a aucune vertu. Ces auteurs ajoutent que le premier smilax est celui dont le bois, comme nous l'avons dit (XVI, 63), rend à l'oreille un certain son ; d'autres nomment clématis (clématite des haies, clematis viticella, L.) une plante semblable au second smilax. Elle grimpe de même autour des arbres, et elle a des noeuds. Les feuilles guérissent les affections lépreuses; la graine purge, à la dose d'un acétabule dans une hémine d'eau, on dans de l'eau miellée. On a fait encore une décoction pour le même usage.
L. (XI.) 1. Nous avons indiqué vingt-neuf espèces de roseaux (XVI, 64). Nulle part cette force de la nature que nous signalons dans cette partie de notre ouvrage n'est plus évidente qu'ici. En effet, la racine de roseau pilée et appliquée fait sortir les échardes de fougère entrées dans les chairs, et réciproquement la racine de fougère, les échardes de roseau. Parmi les diverses sortes que nous avons spécifiées, celle qui croit en Judée et en Syrie (XII, 48), la même dont on se sert pour la parfumerie, est diurétique en décoction avec du gramen ou de la graine d'ache, et emménagogue en pessaire. Elle est bonne en breuvage à la dose de deux oboles pour les convulsions, pour le foie, pour les reins, pour l'hydropisie; pour la toux, en fumigation et surtout avec la résine ; pour les dartres furfuracées et les ulcères humides, en décoction avec la myrrhe. On en tire un suc qui a les mêmes propriétés que l'élatérium (XX, 3).
2. Dans toute espèce de roseau la partie la plus efficace, c'est la plus voisine de la racine. Les noeuds sont efficaces aussi. La cendre du roseau de Chypre appelé donax (XVI, 66, 2) guérit l'alopécie et les ulcères putrides. On se sert, pour tirer les corps aigus enfoncés dans les chairs, des feuilles, qui sont efficaces aussi contre l'érysipèle et tous les dépôts. Le roseau commun, broyé tout frais, a une vertu attractive très puissante, qui ne réside pas seulement dans la racine, mais aussi dans toute la plante. La racine dans du vinaigre, en topique, guérit les luxations et les douleurs de l'épine du dos. Broyée fraîche et bue dans du vin, elle est aphrodisiaque. Le duvet des roseaux, mis dans les oreilles, rend sourd. LI. 1. Au roseau se rattache le papyrus d'Égypte (XIII, 21), très utile, quand il est sec, pour dilater et dessécher les fistules, dont en se renflant il ouvre l'entrée aux médicaments. Le papier qu'on prépare avec le papyrus étant brûlé devient cathérétique. La cendre du papyrus bue dans du vin est somnifère; le papyrus même dans de l'eau, en topique, guérit les callosités.
LII. 1. L'ébène ne croit pas même en Égypte, comme nous l'avons dit (XII, 8). Mais quoiqu'il ne soit point ici question des plantes médicinales des climats étrangers, cependant nous n'omettrons pas l'ébène, à cause des merveilles qu'on en raconte : la sciure, assure-t-on, est un remède souverain pour les yeux; et la raclure de ce même bois, frotté contre une meule à aiguiser, dissipe, dans du vin cuit, les brouillards de la vue; la racine, dans de l'eau, les taies, et avec une égale portion de racine de dracunculus (XXIV, 91) et du miel, la toux. Les médecins rangent l'ébène parmi les cathérétiques.
LIII. 1. Le rhododendros (laurier-rose) n'a pas même trouvé un nom latin; on l'appelle aussi rhododaphné ou nérion.
Chose singulière! les feuilles (XVI, 33) sont un poison pour les quadrupèdes; et pour l'homme, prises dans du vin avec addition de rue, un préservatif contre les serpents. Les moutons et les chèvres qui boivent de l'eau où ces feuilles ont trempé en meurent, dit-on. LIV. 1. Le rhus (XIII, 13) n'a pas non plus de nom latin, quoiqu'on l'emploie de plusieurs manières. Ou comprend sous ce nom et une plante sauvage à feuilles de myrte (coriaria myrtifolia, L.), à tiges courtes, qui chasse les teignes, et la coriaire (rhus coriaria, L. ), arbrisseau rougeâtre, haut d'une coudée, de la grosseur du doigt, dont les feuilles étant sèches servent à travailler les cuirs comme l'écorce de grenade. Les médecins emploient les feuilles du rhus pour les contusions, pour le flux céliaque, pour les ulcères du siège ou les ulcérations phagédéniques : on les pile avec du miel, et on les applique avec du vinaigre. On en instille la décoction dans les oreilles qui suppurent. On fait avec les branches bouillies une stomatice (remède pour la bouche) employée aux mêmes usages que celles de mûres (XXIII, 71), mais qu'on rend plus efficace en y ajoutant de l'alun. On en fait un topique contre l'enflure dans l'hydropisie. LV. 1. Ce qu'on nomme le rhus érythros est la graine de cet arbrisseau. Cette graine est astringente et rafraîchissante; on en assaisonne les mets en guise de sel. Elle relâche le ventre; et mêlée avec du silphium elle donne bon goût aux viandes. Avec du miel elle remédie aux ulcères humides, aux aspérités de la langue, aux coups, aux meurtrissures, aux écorchures; elle cicatrise très rapidement les ulcérations de la tête, et en aliment elle arrête les écoulements chez les femmes.
LVI. 1. L'érythrodanus, nommé par d'autres ereutodanus, et en latin rubia ( garance) (XIX, 17 ), est une tout autre plante. Elle sert a teindre les laines et à corroyer les cuirs. En médecine elle est diurétique; dans de l'eau miellée elle guérit l'ictère; dans du vinaigre en topique, le lichen. On en fait une boisson pour la coxalgie et la paralysie; mais il faut qu'en même temps les malades prennent un bain chaque jour. La racine et la graine sont emménagogues, resserrent le ventre, et résolvent les dépôts. Avec les branches et les feuilles on fait un topique contre les morsures des serpents. Les feuilles teignent aussi les cheveux. Je lis dans quelques auteurs que cette plante guérit l'ictère, quand on ne ferait que la porter en amulette et la regarder.
LVII. 1. Celle qu'on nomme alyssos (α, sans, λύσσα, rage) (rubia lucida, L.) ne diffère de la précédente que par ses feuilles et par des branches plus petites. Le nom vient de ce que, bue dans du vinaigre et portée en amulette, elle préserve de la rage les personnes mordues par un chien. On ajoute une circonstance merveilleuse : c'est que la sanie qui sort des plaies se sèche, rien qu'à regarder la plante.
LVIll. 1. La radicule, que les Grecs, comme nous avons dit (XIX, 18), nomment struthion, sert encore aux teinturiers à préparer les laines. En décoction, et à l'intérieur, elle guérit l'ictère ainsi que les affections de poitrine. Elle est diurétique, minorative, et déterge la matrice; aussi les médecins la nomment-ils un breuvage d'or. Elle est souveraine dans du miel pour la toux; pour l'orthopnée, à la dose d'une cuillerée. Avec la polenta et le vinaigre elle dissipe la lèpre; avec le panax et la racine du câprier elle dissout et expulse les calculs. Cuite avec la farine d'orge et du vin elle résout les tumeurs. On l'incorpore dans les emplâtres; et pour éclaircir la vue, dans les collyres. C'est un des meilleurs sternutatoires; elle est bonne aussi pour la rate et le foie.
2. Prise à la dose d'un denier dans de l'eau miellée, elle guérit l'asthme; la graine à la même dose, dans de l'eau, guérit la pleurésie et toutes les douleurs de côté. L'apocynum (cynanchum erectum, L.) a la feuille du lierre, plus molle cependant, les tiges moins longues, la graine pointue, cloisonnée, lanugineuse, et d'une odeur forte; elle tue les chiens et tous les quadrupèdes qui en mangent.
LIX. 1. Il y a deux espèces de romarin : l'un stérile, l'autre portant une tige et un fruit résineux appelé cachrys ; les feuilles ont une odeur d'encens. La racine, appliquée fraîche, guérit les plaies, la procidence du rectum, les condylomes et des hémorroïdes. Le suc de la plante et de la racine guérit l'ictère et ce qui a besoin d'être purgé; il éclaircit la vue. La graine se donne en breuvage pour les vieilles affections de poitrine ; avec le vin et le poivre, pour la matrice. Elle est emménagogue ; on en fait pour la goutte un topique avec la farine d'ivraie; on s'en sert en topique pour le lentigo, et pour les cas dans lesquels il est besoin d'échauffer ou de provoquer la sueur, ainsi que pour les convulsions. Prise dans du vin elle augmente le lait; de même la racine. La plante même s'emploie en topique avec du vinaigre pour les scrofules. Avec le miel elle est bonne pour la toux.
LX. 1. Il y a plusieurs espèces de cachrys, comme nous l'avons dit (XVI, 11). Celui qui provient du romarin susdit exhale par le frottement une odeur de résine ; il combat les poisons et les animaux venimeux, excepté les serpents. Il est sudorifique; il dissipe les tranchées, et donne beaucoup de lait aux nourrices.
LXI. 1. La sabine, appelée brathy par les Grecs, est de deux espèces : l'une dont la feuille ressemble à celle du tamarix (XIII, 37), l'autre à celle du cyprès, et que pour cette raison quelques-uns ont appelée cyprès de Crète. Beaucoup de personnes l'emploient en parfum, au lieu d'encens. Dans les médicaments elle produit, dit-on, à dose double, les mêmes effets que le cinnamome. Elle arrête les progrès des dépôts et des ulcères rongeants. En topique elle déterge les plaies; en pessaire et en fumigation elle fait sortir les foetus morts.
On s'en sert en topique pour l'érysipèle et les charbons. Prise avec du miel et du vin, elle remédie à l'ictère. La fumée de cette plante guérit, dit-on, la pépie de la volaille (X, 78 ).
LXII. 1. A la sabine ressemble la plante appelée selago (lycopodium selago, L.). Ou la cueille sans l'entremise du fer, avec la main droite passée à cet effet par l'ouverture gauche de la tunique, comme si on voulait faire un larcin; il faut être couvert d'un vêtement blanc, avoir les pieds nus et bien lavés, et avoir préalablement sacrifié avec du pain et du vin. On l'emporte dans une serviette neuve. Les druides gaulois ont prétendu qu'il faut toujours l'avoir sur soi contre les accidents, et que la fumée en est utile pour toutes les maladies des yeux.
LXIII. 1. Les mêmes druides ont donné le nom de samolus (samolus valerandi, L.) à une plante qui croit dans les lieux humides. Celle-ci doit être cueillie de la main gauche, à jeun, pour préserver de maladie les boeufs et les porcs. Celui qui la cueille ne doit pas la regarder, ni la mettre ailleurs que dans l'auge, où on la broie pour que ces animaux puissent l'avaler.
LXIV. 1. Nous avons parlé des diverses espèces de gomme (XIII, 20). La meilleure produira les meilleurs effets. Les gommes ne valent rien pour les dents. Elles coagulent le sang, et aussi sont-elles bonnes pour l'hémoptysie. On s'en sert dans les brûlures et les affections de la trachée-artère. Elles évacuent les urines nuisibles; elles amortissent les humeurs âcres et enveloppent les autres. La gomme de l'amandier amer, qui est la plus astringente de toutes, a des propriétés échauffantes. Cependant on préfère celle des pruniers, des cerisiers et de la vigne (XIII, 20); en topique elles dessèchent et resserrent; dans du vinaigre elles guérissent le lichen des enfants. Elles sont bonnes aussi pour les vieilles toux, à la dose de quatre oboles, dans une potion composée. Bues dans du vin cuit, elles passent pour embellir le teint, pour donner de l'appétit, et pour soulager les calculeux. Elles conviennent principalement pour les yeux et pour les plaies.
LXV. (XII.) 1. En traitant des parfums, nous avons ex posé les mérites de l'épine égyptienne ou arabique (XIII, 19) : elle est, elle aussi, astringente; elle supprime tous les flux catarrheux, les hémoptysies, les pertes utérines, en quoi la racine est encore plus efficace.
LXVI. 1. La graine de l'épine blanche (XIII, 19) est un remède coutre la piqûre des scorpions. Une couronne de cette plante, mise sur la tète, diminue la céphalalgie. L'espèce que les Grecs nomment acanthion (onopordum acanthium, L.) ressemble à l'épine blanche, si ce n'est qu'elle a les feuilles beaucoup plus petites, garnies de piquants aux extrémités, et couvertes d'un duvet semblable à des fils d'araignée. On recueille ce duvet en Orient, et on en fait certaines étoffes imitant les étoffes de sole. Les feuilles ou la racine se prennent en boisson dans le traitement de l'opisthotanos.
LXVII. 1. La gomme nommée acacia provient aussi d'un arbre épineux (mimosa nilotica, L.). On la tire en Égypte (XIII, 19), soit de l'acacia blanc, soit de l'acacia noir, soit même de l'acacia vert; mais la meilleure, à beaucoup près, vient des deux premiers. On trouve aussi en Galatie une gomme semblable, très molle, et provenant d'un acacia plus épineux. La graine de tous ces végétaux ressemble à la lentille; seulement elle est plus petite, ainsi que la gousse qui la contient. On la recueille en automne; plus tôt, elle aurait trop de force. On laisse épaissir le suc dans les follicules humectés d'eau de pluie;, puis on les pile dans un mortier, et on en extrait le suc à l'aide de presses; on le fait sécher au soleil dans des vases, et on le met en pastilles.
2. On en extrait aussi des feuilles, mais il est moins efficace. On se sert des graines au lieu de noix de galle, pour préparer les cuirs. On n'estime pas le sue qui provient des feuilles, ni le suc noir de l'acacia de Galatie, ni celui qui est d'un roux foncé. La gomme tirant sur le rouge ou blanchâtre, et se dissolvant très aisément, a les qualités les plus astringentes et les plus réfrigérantes. Ces gommes sont les meilleures pour les médicaments des yeux. Pour cet usage les uns lavent les pastilles, les autres les torréfient. Elles teignent les cheveux; elles guérissent les érysipèles, les ulcères serpigineux, les ulcères des parties humides, les dépôts, la contusion des articulations, les engelures, les ptérygions. Elles arrêtent les pertes utérines; elles remédient à la chute de la matrice et du fondement, ainsi qu'aux affections des yeux, de la bouche et des parties génitales.
LXVIII. (XIII.) 1. Cette épine vulgaire (XXVII, 66) (cnicus spinosa, L.) dont on remplit les cuves à foulon sert aux mêmes usages que la radicule (saponaire) (XIX, 18). En Espagne, elle est communément employée par les parfumeurs sous le nom d'asphalte. Il y a sans aucun doute, de ce même nom en Orient, comme nous avons dit (XII, 52), une épine sauvage blanche, et de la hauteur ordinaire d'un arbre.
LXIX. 1. On trouve dans les Îles de Nisyros et de Rhodes un arbuste plus petit, également épineux, et nommé erysisceptrum, ou adipsatheon, ou diacheton (genista acanthoclada, DC.) (7). Le meilleur est celui qui tient le moins de la férule, et qui, dépouillé de son écorce, est d'un rouge tirant sur le pourpre. Il vient en plusieurs endroits, mais il n'est pas odorant partout. Nous avons dit (XII, 52) quelle odeur Il acquiert quand l'arc-en-ciel porte sur lui. Il guérit les ulcères fétides de la bouche, l'ozène, les ulcérations ou le char-bon des parties génitales, les rhagades. En boisson il dissipe les gonflements et les stranguries. L'écorce est bonne pour ceux qui rendent du sang. La décoction resserre le ventre. On pense aussi que l'espèce sauvage produit les mêmes effets.
LXX. 1.
Il y a une épine appelée appendix (vinettier, berberis vulgaris, L.), parce qu'on donne le nom d'appendice à ses baies rouges et pendantes. Ces baies, mangées crues seules, ou séchées et cuites dans du vin, resserrent le ventre et arrêtent les tranchées. Les baies de la pyracantha (mespilus pyracantha, L.) se prennent en boisson contre les morsures des serpents.
LXXI. 1. Le paliure (XIII, 23) (paliurus aculeatus, DC.) est aussi une espèce d'épine. La graine appelée par les Africains zura est très efficace contre les piqûres des scorpions, ainsi que pour les calculs et la toux. Les feuilles ont une vertu astringente. La racine dissipe les tumeurs, les dépôts, les vomiques. En boisson, elle est diurétique. La décoction prise dans du vin resserre le ventre, et combat le venin des serpents. La racine s'administre principalement dans du vin.
LXXII. 1. L'agrifolium (le houx, ilex agnifolium, L.) pilé avec addition de sel est bon pour les maladies articulaires. Les baies s'emploient dans les pertes utérines, l'affection céliaque, la dysenterie et le choléra; prises dans du vin elles resserrent le ventre. La racine bouillie, en topique, fait sortir les corps étrangers enfoncés dans les chairs; elle est très avantageuse dans les luxations et les tumeurs. L'arbre nommé aquifolia (XVI, 12), planté dans une maison de ville ou de campagne, préserve des maléfices. Pythagore rapporte que la fleur congèle l'eau, et qu'un bâton de ce bois, lancé contre une bête quelconque, roule de lui-même jusqu'à l'animal, par une propriété particulière à cet arbre, quand même, par le défaut de force de celui qui le jette, ce bâton tomberait en deçà. La fumée de l'if (XVI, 20) tue les rats.
LXXIII. 1. La nature n'a point destiné les ronces à être uniquement malfaisantes. Elle leur a donné les mûres, c'est-à-dire un aliment même pour les hommes. Ces mûres sont dessiccatives et astringentes. Elles conviennent très bien aux maladies des gencives, des amygdales et des parties génitales. Les fleurs ou les mûres combattent le venin des serpents les plus dangereux, l'hémorrhoïs et le prester. On les applique sur les piqûres des scorpions, pour empêcher l'enflure. Elles sont diurétiques.
2. On pile les jeunes pousses, on en exprime le suc, on le fait épaissir au soleil jusqu'à consistance de miel ; en boisson ou en topique, c'est un remède excellent contre les affections de la bouche, celles des yeux, l'hémoptysie, l'angine, les maladies de la matrice, celles du siège, le flux céliaque. Les feuilles, mâchées, sont bonnes pour les maladies de la bouche, et on en fait un topique pour les ulcères humides et autres maladies de la tête. Dans la maladie cardiaque, on les applique seules de la même manière sur la mamelle gauche. On s'en sert aussi en topique dans les douleurs d'estomac et les exophtalmies.
3. On en instille le suc dans les oreilles. Avec le cérat de roses il guérit les condylomes. La décoction des jeunes tiges dans du vin est un remède souverain pour la luette. Mangées seules comme les cyma (XIX, 41, 2), ou bouillies dans du vin astringent, elles raffermissent les dents. Elles arrêtent le flux de ventre et les hémorragies; elles sont bonnes dans la dysenterie. On les sèche à l'ombre, puis on les brûle ; et cette cendre remédie au relâchement de la luette. Les feuilles séchées et broyées passent pour utiles dans les ulcères des bêtes de somme. Les mûres produites par cette plante fourniraient une stomatice (XXIII, 71) plus efficace même que les mûres cultivées. Sous cette forme, ou seulement avec l'hypocisthis (XXVI, 31) et le miel, on les administre dans le choléra, la maladie cardiaque, et contre les araignées. Parmi les médicaments nommés styptiques, aucun n'est plus efficace que la décoction dans du vin, réduite du tiers, de la racine de la ronce qui porte des mûres : on en fait un collutoire pour les aphtes, et des fomentations pour les ulcérations du siège; elle est d'une si grande force, qu'elle rend les éponges aussi dures que la pierre. LXXIV. 1. Il y a une autre espèce de ronce qui porte des roses (XVI, 71 ). Elle produit une ex-croissance semblable à la châtaigne, remède excellent pour les calculeux. Cette production n'est pas la cynorrhoda, dont nous parlerons au livre suivant (XXV, 6 ). (XIV.) Le cynosbatos est appelé aussi cynospastus et nevrospastos (cacis). La feuille ressemble à la trace du pied de l'homme. Il porte une grappe noire, dont les grains out un petit nerf qui l'a fait nommer nevrospastos. Il est différent du câprier, que les médecins out appelé cynosbatos. On en fait manger la grappe, confite dans du vinaigre, pour guérir la rate et les gonflements; le nerf, mâché avec du mastic de Chies, nettoie la bouche.
2. La rose de la ronce avec l'axonge guérit l'alopécie; les mûres avec l'huile d'olive verte (omphacium, XII, 60) teignent les cheveux ; la fleur se recueille pendant la moisson; la fleur blanche prise dans du vin est excellente pour la pleurésie et pour le flux céliaque. La racine, bouillie jusqu'à réduction du tiers, arrête le cours de ventre et les hémorragies; en collutoire, elle guérit le mal de dents. Ou s'en sert pour fomenter les ulcérations du siège et des parties génitales. La cendre de la racine resserre la luette.
LXXV. 1. Le rubus idaeus (XVI, 71) (framboisier) est ainsi appelé, parce qu'il n'en vient pas d'autre sur le mont Ida. Il est plus tendre, plus petit, moins garni de branches et moins piquant, et il croit à l'ombre des arbres. On se sert de la fleur avec du miel en topique pour les fluxions des yeux et l'érysipèle; on la fait prendre dans de l'eau pour les affections de l'estomac (XVI, 71 ). Du reste, cette plante n les mêmes vertus que les espèces énumérées plus haut.
LXXVI. 1. Parmi les ronces on range le rhamnos des Grecs.
L'un est plus blanc (rhamnus saxatilis, L.) et a plus de tiges; en fleurissant il jette des rameaux, dont les piquants sont droits et non courbés, comme ceux des autres espèces; il a les feuilles plus grandes. L'autre (rhamnus oleoides, L.) croît dans les bois, est plus noir et tirant sur le rouge; il porte une sorte de follicule. Avec la racine bouillie dans de l'eau on fait un médicament appelé lycium. La graine fait sortir l'arrière-faix. L'espèce blanche est plus astringente, plus réfrigérante, et convient mieux pour les dépôts et les plaies. Des feuilles de l'une et l'autre espèce, crues et bouillies, on fait avec de l'huile un topique.
LXXVII. 1. Le meilleur lycium (cachou ) se fait, dit-on, de l'épine de même nom, dite aussi pyracanthe de Chiron (lycium europæum). Nous en avons parlé en traitant des arbres de l'Inde (XII, 15 ), d'autant que celui de cette contrée passe pour être d'une qualité infiniment supérieure. On pile les branches et les racines, qui sont d'une extrême amertume, et on les fait cuire avec de l'eau dans un vase de cuivre pendant trois jours; après avoir ôté le bois, ou fait bouillir de nouveau la décoction jusqu'à consistance de miel. On le sophistique (XII, 15) avec des substances amères, même avec du marc d'huile et du fiel de boeuf. L'écume ou fleur qui surnage s'incorpore dans les compositions ophtalmiques. Le suc qui reste nettoie le visage et guérit les affections psoriques, l'éraillement des yeux, les vieilles fluxions, la suppuration des oreilles, les amygdales, les gencives, la toux, l'hémoptysie : on en donne gros comme une fève; on l'applique sur les plaies, si le sang en coule; on s'en sert de même pour les rhagades, les ulcérations des parties génitales, les meurtrissures, les ulcères récents, serpigineux, putrides, les clous des narines, les suppurations.
2. On l'administre dans du lait contre les pertes utérines. On recousit le lycium indien à ce que les morceaux en sont noirs en dehors et ont la cassure rousse, passant bientôt au noir. C'est un astringent amer et actif. On s'en sert dans tous les cas décrits plus haut, mais surtout pour les affections des parties génitales.
LXXVIII. 1. D'après quelques auteurs, la sarcocolle (XIII, 20), substance découlant en larmes d'une épine, est semblable à la poudre d'encens, d'une douceur mêlée d'un peu d'amertume, et gommeuse. Broyée dans du vin, elle arrête les fluxions. On s'en sert en topique chez les enfants. Elle devient très noire en vieillissant; plus elle est blanche, mieux elle vaut. LXXIX. 1. La médecine doit encore aux arbres un médicament célèbre, appelé oporice (ὀπώρα, fruit ). On s'en sert dans la dysenterie et les affections de l'estomac. On le prépare ainsi Dans un conge (3 lit., 24) de vin blanc nouveau on met cinq coings avec leurs pépins, autant de grenades, un setier de sorbes, pareille mesure de chus de Syrie (sumac, rhus coriaria) et une demi-once de safran. On fait cuire le tout à feu lent, jusqu'à consistance de miel.
LXXX. 1. Nous joindrons ici les végétaux desquels les Grecs ont fait douter si c'étaient des arbres, en leur appliquant des noms d'arbres. (XV. )
2. Le chamædrys ( chêne de terre) (teucrium lucidum, L.) est une herbe appelée en latin trixago ; on le nomme encore chamærops et teucrion. Les feuilles sont de la grandeur de celles de la menthe, de la couleur des feuilles du chêne, et dentelées de même. D'autres ont dit qu'il avait les feuilles en forme de scie, et qu'il avait suggéré l'idée de cet instrument. La fleur en est presque pourpre. On le cueille lorsqu'il est en pleine sève, dans les terrains pierreux ; en boisson et en topique, il est très efficace contre le venin des serpents, ainsi que pour l'estomac, les vieilles toux, la pituite qui s'attache à la gorge, les ruptures, les convulsions, les douleurs de côté. Il diminue le volume de la rate;
3. il est diurétique et emménagogue; aussi est-il bon au commencement des hydropisies : on le donne à la dose d'une poignée, en décoction dans trois hémines d'eau réduites du tiers. On en fait aussi des pastilles pour les usages susdits, en le broyant dans de l'eau. Avec du miel, il guérit les vomiques, les vieux ulcères, les ulcères sordides. On en fait un vin (XIV, 19, 9) pour les affections de poitrine. Le suc des feuilles avec de l'huile dissipe le brouillard des yeux. On le prend dans du vinaigre pour la rate; il échauffe en frictions.
LXXXI. 1. Le chamaedaphné (laurier de terre, laurier-nain) a une seule petite tige, d'une coudée environ. Les feuilles sont plus menues que celles du laurier. La graine rouge et annexée aux feuilles est employée en topique, fraîche, pour les douleurs de tête. Elle tempère les chaleurs Immodérées; on la boit avec du vin pour les tranchées. Le sue de cette plante en boisson est emménagogue et diurétique; en pessaire, dans de la laine, il facilite les accouchements laborieux.
LXXXII. 1. Le chamelae (olivier de terre) (daphne oleoides, L.) a les feuilles semblables à celles de l'olivier ; elles sont amères, d'une odeur forte. Cette plante vient dans les terrains pierreux, et ne dépasse pas un palme en hauteur. Elle est purgative; elle évacue la pituite et la bile : pour cela on fait bouillir les feuilles avec deux parties d'absinthe, et on boit cette décoction avec du miel. Les feuilles, en topique, détergent les ulcères. On prétend qu'en la cueillant avant le lever du soleil, et en prononçant la formule : C'est pour les taies des yeux, il suffit de la porter en amulette pour être guéri. On ajoute que, de quelque manière qu'on la cueille, elle est très bonne pour les yeux des bêtes de somme et du bétail.
LXXXIII. 1. Le chamaesyce (figuier de terre) (euphorbia chamoesyce, L.) a les feuilles semblables à celles de la lentille, et couchées à terre; il vient dans les lieux arides et pierreux.
Cuit dans du vin, c'est un très bon collyre pour éclaircir les yeux, et contre les cataractes, les cicatrices, les brouillards, les nuages; en pessaire, dans un linge, il calme les douleurs de matrice; en topique, il fait disparaître toute espèce de verrues. Il est bon aussi pour l'orthopnée.
LXXXIV. 1. Le chamaecissos (XVI, 62; XXIV, 1 49) a des épis comme le blé, cinq petites branches environ, et beaucoup de feuilles. Quand il est en fleur, on le prendrait pour la violette blanche. La racine est menue. Pour la coxalgie, on administre les feuilles à la dose de trois oboles dans deux cyathes de vin pendant sept jours; c'est une potion très amère.
LXXXV. 1. Le chamaeleucé (XXVI, 16) se nomme chez nous farfarum ou farfugium (tussilage, tussilago farfara, L ). Il vient le long des rivières; il a la feuille du peuplier, mais plus grande. On en fait brûler la racine sur des charbons de cyprès, et dans les vieilles toux on en inspire la fumée à l'aide d'un entonnoir.
LXXXVI. 1. Le chamaepeucé (pin de terre) (serratula chamæpeuce, L.), semblable par les feuilles au mélèze, est bon pour les douleurs des lombes et de l'épine. Le chamaecyparissos (cyprès de terre ) (santolina chamaecyparissus, L.) est une herbe qui, bue dans du vin, a de la vertu contre le venin de tous les serpents et des scorpions.
2. L'ampéloprason (allium ampeloprason, L.) croit dans les vignobles; il a les feuilles du poireau, et cause des rapports désagréables. Il est efficace contre les blessures faites par les serpents; il est diurétique et emménagogue. En boisson et en topique, il arrête les éruptions de sang qui se fout par les parties génitales. On le donne après l'accouchement et contre les morsures des chiens. La plante appelée stachys (stachys germanica, L.) a aussi de la ressemblance avec le poireau; elle a les feuilles plus longues et plus nombreuses; elle est d'une odeur agréable et d'une couleur tirant sur le jaune; elle est emménagogue.
LXXXVII. 1. Le clinopodion, ou cléonicion, ou zopyron, ou ocymoïdes (clinopodium Plumieri) est une plante ressemblant au serpolet, ligneuse, et de la hauteur d'un palme ; il vient dans les terrains pierreux; les feuilles sont orbiculaires, et présentent, la forme d'un pied de lit. On le prend en boisson ainsi qu'en décoction pour les convulsions, les ruptures, la strangurie, les morsures des serpents.
LXXXVIII. 1. Nous joindrons ici des plantes merveilleuses sans doute, mais moins célèbres, et nous réserverons pour les livres suivants celles qui ont le plus de réputation. Les Latins nomment centunculus (polygonum convolvulus, L.) une plante rampante, dont les feuilles ont de la ressemblance avec le capuchon des casaques. Les Grecs lui donnent le nom de clématis. Dans du vin astringent, elle est excellente pour arrêter la diarrhée; à la dose d'un denier, pilée dans cinq cyathes d'oxymel ou d'eau chaude, elle arrête les hémorragies et facilite la sortie de l'arrière-faix. LXXXIX. 1. Mais les Grecs ont encore d'autres clématis : l'une, appelée aussi échite, lagine, petite scammonée (asclepias nigra, L.), a des tiges hautes de deux pieds, garnies de feuilles et assez semblables aux branches de la scammonée, si ce n'est que les feuilles sont plus noires et plus petites; on la trouve dans les vignobles et les terres labourées. On la mange comme les herbes potagères avec de l'huile et du sel. Elle relâche le ventre. On l'administre aux dysentériques avec la graine de lin dans du vin astringent. On fait des feuilles avec la polenta un topique pour les fluxions de l'oeil, que l'on couvre auparavant avec un linge mouillé; en topique, elles mènent à suppuration les tumeurs scrofuleuses, puis, avec de l'axonge, à guérison parfaite; elles soulagent les hémorroïdes, avec de l'huile verte; la phtisie, avec du miel; mêlées dans les aliments des nourrices, elles leur donnent beaucoup de lait. Elles font croître les cheveux des enfants dont on en frotte la tête. Mangées dans du vinaigre, elles sont aphrodisiaques.
XC. 1. Il y a une autre espèce dite clématis d'Égypte, ou daphnoïde ou polygonoïde (la petite pervenche, vinca minor) ; elle a la feuille du laurier, et est longue et menue; bue dans du vinaigre, elle est efficace contre les serpents, et en particulier contre l'aspic.
XCI. (XVI.) 1. C'est l'Égypte qui produit surtout la clématite appelée aron (arum colocasia, L. ), dont nous avons parlé en traitant des plantes bulbeuses (XIX, 30), et qui est avec le dracontium l'objet d'un grand débat : quelques-uns soutiennent l'identité de ces deux plantes; Glaucias les a distinguées par le lieu de leur croissance, disant que le dracontium (arum dracunculus, L.) est un aron sauvage; d'autres ont nommé la racine aron, la tige dracontium; mais si le dracontium est ce que nous appelons dracunculus, c'est une plante toute différente. En effet, l'aron a une racine noire, large, arrondie, beaucoup plus grosse, et remplissant la main; le dracunculus, une racine roussâtre et contournée comme un serpent, d'où lui vient le nom qu'il porte.
XCII. 1. Les Grecs eux-mêmes ont établi une différence immense en attribuant à la graine du dracunculus des qualités chaudes et mordantes, et une odeur tellement forte qu'elle provoque l'avortement; au contraire, ils ont donné à l'aron de merveilleuses louanges. En aliment, ils préfèrent l'aron femelle, l'aron mâle étant plus dur et plus lent à cuire. Ils ajoutent qu'il débarrasse la poitrine; qu'en poudre, et dans une potion ou un électuaire, il est diurétique et emménagogue;
2. qu'en poudre aussi, et dans l'oxymel, il est bon pour l'estomac; qu'on l'administre dans du lait de brebis pour. l'ulcération des intestins, et pour la toux, avec de l'huile, cuit dans la cendre; d'autres l'ont fait cuire dans du lait, et ont administré cette décoction.
On l'a appliqué, bouilli, sur les fluxions des yeux, sur les contusions et peur les maux de gorge. On en a fait des injections, avec de l'huile, pour les affections hémorroïdales. On en a fait, dans le miel, un topique pour le lentigo. Cléophante l'a loué comme un antidote contre les venins, l'a administré dans la pleurésie et la péripneumonie, préparé comme pour la toux, et a injecté dans les oreilles, en cas de douleur, la graine broyée avec de I'huile ou de l'huile rosat. Dieuchès l'a donné mélangé avec de la farine, dans du pain cuit, pour la toux, l'asthme, l'orthopnée et l'expectoration purulente.
3. Diodote l'a prescrit avec du miel, en électuaire, pour la phtisie et les affections pulmonaires, et en a fait même un topique pour les fractures. Cette plante procure une prompte délivrance à tous les animaux dont les parties naturelles en sont enduites. Le suc de la racine, avec du miel attique, dissipe les brouillards de la vue et les maux d'estomac. La décoction avec du miel guérit la toux. Le suc est un remède merveilleux pour les ulcères de toute espèce, soit phagédéniques, soit carcinomateux, soit serpigineux, et pour les polypes des narines. Les feuilles, cuites dans du vin et de l'huile, sont bonnes pour les brûlures; prises avec du sel et du vinaigre, elles sont purgatives ; cuites avec du miel, elles sont avantageuses aux luxations; fraîches ou sèches, avec du sel, on s'en sert pour les articulations goutteuses. Hippocrate les emploie, fraîches ou sèches, avec du miel, en topique pour les dépôts. Deux drachmes de la graine ou de la racine, dans deux cyathes de vin, suffisent pour amener les règles. La même potion fait encore évacuer l'arrière-faix (VIII, 50), s'il tarde à sortir après l'accouchement; et Hippocrate faisait appliquer la racine même.
4. On dit que dans les maladies pestilentielles l'usage de l'aron en aliment est salutaire. Il dissipe l'ivresse. L'odeur de l'aron brûlé chasse les serpents et en particulier les aspics, ou les enivre de façon qu'on les trouve engourdis : ces reptiles fuient aussi les personnes qui se sont frottées d'aron préparé avec de l'huile de laurier. Aussi on regarde comme utile de l'administrer en boisson, dans du vin noir, pour les morsures de serpents. Le fromage, dit-on, se conserve très bien dans des feuilles d'aron.
XCIII. 1. La plante que j'ai appelée dracunculus (XXIV, 91) se tire de terre dans le termps où l'orge mûrit, et au croissant de la lune. Il suffit d'en avoir sur soi pour que les serpents prennent la fuite. Aussi dit-on que le grand dracunculus en boisson est utile à ceux qui ont été mordus par ces reptiles; on dit encore qu'il arrête le flux menstruel, s'il n'a point été touché par le fer. Le suc en est bon dans les douleurs d'oreilles. Quant à la plante que les Grecs nomment dracontion, on me l'a fait connaître sous trois formes différentes : la première (arum italicum, Lamark) a les feuilles de la bette, n'est pas dépourvue de tige, et a la fleur pourpre; elle est semblable à l'aron. La seconde (arum maculatum, L.) a la racine longue, comme marquetée et remplie de noeuds; elle n'a que trois petites tiges. Ceux qui me l'ont montrée m'ont dit que les feuilles, cuites dans du vinaigre, s'administraient contre les morsures des serpents. La troisième espèce (calla palustris, L.) qu'on m'a fait voir a les feuilles plus larges que le cornouiller, et la racine semblable à celle du roseau. On m'a assuré que cette racine avait autant de noeuds, la plante autant de feuilles que d'années. On en recommandait l'usage, dans du vin ou de l'eau, contre le venin des serpents.
XCIV. 1. Il croît encore en Égypte une plante nommée aris (arum arisaron, L. ), semblable à l'aron, plus petite cependant et ayant les feuilles plus petites, ainsi que la racine, qui toutefois a le volume d'une grosse olive. L'aris blanche pousse deux tiges, et l'autre une seule. Toutes deux guérissent les ulcères humides, les brûlures, et, en injection, les fistules. Cuites dans de l'eau, puis triturées avec de l'huile rosat, elles arrêtent les ulcères rongeants ; mais, chose tout à fait merveilleuse! il suffit d'en toucher les parties naturelles d'une femelle quelconque pour lui causer la mort.
XCV. 1. Le myriophyllon (myriophyllum spicatum, L. ), que chez nous on appelle millefeuille, a une tige tendre, ressemble au fenouil, et est garni de beaucoup de feuilles, d'où lui vient le nom qu'il porte. Il croît dans les endroits marécageux. C'est un remède merveilleux pour les plaies. On l'administre avec du vinaigre dans la dysurie, les affections de vessie, l'asthme et les chutes de haut. Il est très efficace pour les maux de dents. En Étrurie, on donne le nom de mille-feuille (achillea millefolium) à une petite plante des prés (XXV, 19 1, garnie des deux côtés de feuilles en forme de chevelu ; elle est souveraine pour les plaies. Les Étrusques affirment qu'avec de l'axonge elle rapproche et cicatrise chez les boeufs les tendons qui ont été tranchés par le contre.
XCVI. 1. Le pseudobunion (trinia dioica, Gaud.) a les feuilles du navet; il s'élève à la hauteur d'un palme, en forme d'arbrisseau. Le plus estimé est celui de Crète. Contre les tranchées, la strangurie, les douleurs de côté et les maux d'entrailles, on en administre en boisson cinq ou six rameaux. XCVII. 1. La myrrhis, ou smyrrhiza, ou myrrha (scandix odorata, L.), est très semblable à la ciguë pour les tiges, les feuilles et la fleur; elle est seulement plus petite et plus menue. Avec du vin, elle est emménagogue et facilite l'accouchement. On dit que prise en boisson elle est salutaire dans les temps de maladies pestilentielles. Prise dans un bouillon elle est bonne pour la phtisie. Elle donne de l'appétit; elle amortit le venin des araignées phalanges.
Le suc de cette plante qu'on a laissé macérer trois jours dans l'eau guérit les ulcères de la face ou de la tête.
XCVIII. 1. L'onobrychis (onobrychis caput galli, L.) a les feuilles de la lentille, mais un peu plus longues; la fleur rougeâtre, la racine petite et menue. Il croit près des fontaines. Séché, réduit en poudre et jeté dans du vin blanc, il guérit la strangurie. Il resserre le ventre. Il est sudorifique, quand on se frotte avec le suc mêlé à de l'huile.
XCIX. (XVII.) 1. Occupé à traiter des herbes merveilleuses, je suis amené à dire aussi quelque chose des herbes magiques. Où, en effet, trouver des herbes plus merveilleuses? Les premiers qui les ont célébrées dans notre Europe sont Pythagore et Démocrite, à la suite des mages. Suivant Pythagore, la coracesia et la callicia congèlent l'eau. Je ne trouve aucun autre auteur qui fasse mention de ces plantes, et lui-même n'en dit rien de plus. C. 1. Pythagore donne le nom de minyas ou de corysidia à une plante dont la décoction, employée en fomentation, guérit, dit-il, instantanément les morsures des serpents. Il ajoute que si on touche du pied cette décoction répandue sur l'herbe, ou si par hasard on en est aspergé, on est perdu sans ressource, tant la nature de ce venin est monstrueusement maligne, excepté contre les venins.
CI. 1. Le même Pythagore donne le nom d'aproxis à une plante dont la racine prend feu de loin comme le naphte, dont nous avons parlé en traitant des merveilles de la terre (II, 109). S'il est survenu quelque maladie au corps humain pendant la floraison de l'aproxis, dit ce philosophe, on eu éprouve, même guéri, des ressentiments autant de fois que fleurit cette plante; propriété qu'il assigne aussi au froment, à la ciguë et à la violette. Je n'ignore pas que l'ouvrage que je viens de citer est attribué par quelques-uns au médecin Cléemporus; mais la tradition et l'antiquité s'obstinent à le réclamer pour Pythagore. C'est toujours faire l'éloge de ce livre, que de dire que l'auteur a jugé son oeuvre digne d'un si grand homme; mais cet auteur ne saurait être Cléemporus, lui qui a publié d'autres ouvrages sous son propre nom.
CII. 1. Quant à Démocrite, il est certain que le livre intitulé Chirocmeta est de lui. Or, ce philosophe, qui après Pythagore a le plus étudié la doctrine des mages, rapporte des choses encore plus étranges. Suivant lui, l'herbe aglaophotis, qui doit ce nom à l'admiration des hommes pour la beauté de sa couleur, croit parmi les marbres de l'Arabie du côté de la Perse, ce qui l'a fait aussi appeler marmoritis. Les mages s'en servent toujours quand ils veulent évoquer les dieux. L'achmmenis, de la couleur de l'ambre, est sans feuilles, croît dans l'Inde au pays des Tardisiliens. La racine, mise en pastilles et avalée pendant le jour dans du vin, tourmente tellement la nuit les coupables, en leur représentant sous diverses formes les dieux vengeurs, qu'ils confessent tous leurs crimes.
2. Il la nomme hippophobas, parce que les juments la craignent et l'évitent. Le théombrotion vient à trente schènes (XII, 30, 2) du fleuve Choaspes; Il représente les couleurs du paon, et l'odeur en est excellente. Les rois des Perses le prennent en aliment ou en boisson contre toutes les incommodités corporelles, et contre les dérangements de l'esprit. Il est appelé semnion, de l'usage qu'en font les souverains. L'Arménie et la Cappadoce nourrissent une autre plante appelée adamantis, qu'il suffit de présenter aux lions pour les faire tomber à la renverse la gueule béante; le nom qu'elle a reçu vient de ce qu'on ne peut la broyer.
3. L'arianis vient dans l'Ariane ; elle est de couleur de feu ; on la récolte quand le soleil est dans le signe du Lion. Les bois frottés d'huile s'enflamment quand on les touche avec cette plante. La thérionarca, qui croît dans la Cappadoce et la Mysie, frappe tous les animaux d'un engourdissement qui ne se dissipe que par des aspersions d'urine d'hyène. L'aethiopis vient dans le pays de Méroé; aussi porte-t-elle encore le nom de méroïs. Elle a la feuille de la laitue. Prise dans du vin miellé, elle est très bonne pour l'hydropisie. L'ophiuse, qui croît dans l'île d'Éléphantine, appartenant aussi à l'Éthiopie, est une plante hideuse et livide. Prise en boisson, elle inspire une telle frayeur des serpents, dont on se croit sans cesse assailli, qu'on se donne la mort; c'est pourquoi on la fait boire de force aux sacrilèges :
4. l'antidote, c'est le vin de palmier. La thalassègle se trouve sur les rives du fleuve Indus; aussi l'appelle-t-on encore potamantis : en boisson, elle cause un délire qui fait voir des choses extraordinaires. La théangelis, qui croit dans le Liban de la Syrie, dans la chaîne des montagnes de Crète appelée Dicté, dans le territoire de Babylone et dans la Susiane, en Perse, donne, prise en boisson, la faculté divinatoire aux mages. La gélotophyllis vient dans la Bactriane et sur les bords du Borysthène. Si on la prend avec de la myrrhe et du vin, on s'imagine voir des figures fantastiques, et on ne cesse de rire qu'après avoir avalé les pignons d'une pomme de pin, avec du poivre et du miel, dans du vin de palmier. En Perse, l'hestiatoris est ainsi nommée des repas où elle répand la gaieté; ou l'appelle aussi protomédia, parce que les courtisans qui en mangent obtiennent le premier rang auprès des rois.
5. La casignète (fraternelle) a reçu ce nom, parce qu'elle ne croît qu'à côté de plantes de son espèce, sans se mêler avec d'autres herbes. On la nomme encore dionysonymphas, parce qu'elle va très bien avec le vin. L'hélianthès est une plante de la contrée de Thémiscyre et des montagnes maritimes de la Cilicie, à feuilles de myrte.
On la fait bouillir avec de la graisse de lion, on y ajoute du safran et du vin de palmier; et les mages et les rois de Perse se frictionnent avec ce mélange pour donner à leur corps un aspect agréable; aussi porte-t-elle encore le nom d'héliocallis. Ce que le même auteur appelle hermésias, a la vertu de faire engendrer des enfants beaux et bons. Ce n'est pas une herbe, c'est une composition où entrent les pignons d'une pomme de pin pilés avec du miel, de la myrrhe, du safran, du vin de palmier, et à laquelle ou ajoute aussi du théombrotium et du lait. Il recommande d'en boire à ceux qui vont engendrer, et aux femmes après la conception, pendant la nutrition du foetus; de la sorte les enfants deviennent aussi bien conformés de corps que d'esprit, et d'honnêtes gens.
6. Démocrite donne aussi les noms magiques de toutes ces plantes. Apollodore, un de ses sectateurs, a ajouté l'herbe æschynomène, ainsi nommée parce qu'elle resserre ses feuilles quand la main s'en approche (XIII, 19, 2), et la crocis, dont le contact cause la mort aux araignées phalanges; Cratevas, l'oenotheris, qui adoucit la férocité de tous les animaux sur lesquels on jette de son infusion dans du vin. Un grammairien célèbre, qui vivait il y a quelques années, parle de l'anacampseros, dont le seul attouchement rappelle l'amour même, remplacé par la haine. Il suffit pour le présent d'avoir touché quelque chose des vertus attribuées à ces herbes par les mages; nous y reviendrons dans un endroit plus convenable.
CIII. (XVIII.) 1. Plusieurs auteurs ont parlé de l'ériphia, dont le tuyau contient un scarabée qui monte et descend en produisant le cri du chevreau, d'où vient le nom de la plante (ï"pipo;, chevreau): rien, dit-on, ne vaut mieux pour la voix.
CIV. 1. L'herbe à la laine (saponaire) (XIX, 18 ), donnée aux brebis à jeun, leur fait venir abondamment du lait. La plante appelée vulgairement lactoris n'est pas moins connue; elle est pleine d'un lait dont on ne peut goûter sans vomir. Quelques-uns disent qu'elle est identique, d'autres qu'elle est semblable à la plante qu'on nomme militaire, parce que appliquée avec de l'huile elle guérit en cinq jours toute blessure faite avec le fer. CV. 1. Les Grecs vantent aussi le stratiotès (pistia stratiotes, L.) ; mais Il ne croît que dans l'Égypte et dans les lieux inondés par le Nil; il ressemble à l'aizoon (XIX, 58) ; seulement il a les feuilles plus grandes. Il est singulièrement réfrigérant; et appliqué avec du vinaigre il guérit les plaies, ainsi que les érysipèles et lies suppurations; bu avec de l'encens mâle il arrête merveilleusement l'hématurie.
CVI. (XIX) 1. On prétend que l'herbe née sur la tête d'une statue, ramassée par quelqu'un dans le pan de son habit, et pendue au cou dans du lin roussâtre, apaise sur-le-champ le mal de tête.
CVII. 1. Une herbe quelconque qu'on a cueillie au bord des ruisseaux ou des rivières, avant le lever du soleil, sans être vu de personne, attachée au bras gauche sans que le malade se doute de ce que c'est, préserve, dit-on, de la fièvre tierce.
CVIII. 1. L'herbe appelée langue (XXV, 84) (scolopendre, scolopendrium officinarum, Willd.) croît autour des fontaines. La racine, brûlée et broyée avec de la graisse de truie (on veut que la truie soit noire et stérile), guérit l'alopécie, quand on s'en frotte au soleil.
CIX. 1. Les herbes poussant au dedans d'un crible qu'on a jeté dans un chemin, attachées au cou des femmes grosses, accélèrent l'accouchement. CX. 1. L'herbe qui vient sur les fumiers de la t campagne est très efficace, bue dans de l'eau, contre les angines.
CXI. 1. L'herbe sur laquelle les chiens urinent, arrachée sans être touchée du fer, guérit très promptement les luxations.
CXII. 1. Nous avons, dans le chapitre des vignobles sur arbres (XIV, 3, 2), parlé du rumbotinus (aceropalus): auprès de cet arbre, quand il n'est pas marié à la vigne, croit une herbe appelée par les Gaulois rhodora (spiraea ulmaria, L.). La tige est garnie de noeuds, comme une branche de figuier; les feuilles, semblables à celles de l'ortie, sont blanchâtres au milieu, mais deviennent toutes rouges avec le temps. La fleur est argentine. Cette plante, broyée avec du vieux oing et sans être touchée par le fer, est excellente pour les tumeurs, les ardeurs et les dépôts : celui qui a été frotté avec ce mélange crache trois fois à sa droite. Le remède est plus efficace encore si l'on s'en fait frotter du côté droit par trois personnes de trois nations différentes.
CXIII. 1. L'herbe appelée impie (filago gallica, L.) est blanchâtre, ressemble au romarin, est garnie de feuilles en manière de thyrse et se termine par une tête d'où sortent d'autres petites branches qui toutes sont terminées de, même. Cette configuration où les enfants s'élèvent au-dessus du père l'a fait nommer impie; selon d'autres, c'est plutôt parce qu'aucun animal n'y touche. Broyée entre deux pierres, elle s'échauffe, et le suc mêlé avec du lait et du vin est un remède souverain pour les angines; on assure, propriété merveilleuse! que ceux qui en ont usé une fois ne sont plus sujets à ce mal, qu'en conséquence on la donne aux porcs, et que ceux de ces animaux qui refusent de prendre ce remède meurent d'esquinancie. Il y a même des personnes qui pensent que des brins de cette herbe, mis dans le nid des oiseaux, empêchent les petits de s'étrangler en mangeant avec trop d'avidité.
CXIV. 1. On nomme peigne de Vénus (scandix pecten Veneris, L.), à cause de quelque ressemblance avec nos peignes, une herbe dont la racine, broyée avec la mauve, fait sortir des chairs tous les corps étrangers.
CXV. 1. L'exedum ou nodia, herbe très connue dans les ateliers des corroyeurs, délivre de la léthargie. Elle porte encore le nom de mularis (herbe à mule) et quelques autres noms; elle guérit les ulcères rongeants.
DE PLINE L'ANCIEN
PLINE L'ANCIEN
HISTOIRE NATURELLE.
TOME SECOND. LIVRE XXIV
Traduction française : É. LITTRÉ
LIVRE XXIV,
TRAITANT DES REMÈDES FOURNIS PAR LES ARBRES SAUVAGES.
I. Antipathies et sympathies tant des arbres que des herbes. - II. Remèdes tirés du lotos d'Italie, vi. - III. Des glands, xiii. - IV. De l'écarlate fournie par l'yeuse, iii.- V. De la galle, xxiii. - VI. Du gui, xi.- VII. Des bourgeons ; du cerus, vii. - VIII. Du liège, ii. - IX.Du hêtre, iv.- X. Du cyprès, xxiii.- XI. Du cèdre, xiii. - XII. De la cédride, x. - XIII. Du galbanum, xxiii. - XIV. De la gomme ammoniaque, xxiv - XV. Du styrax, i. - XVI. Du spondylion, xvii. - XVII. Du sphagnos ou sphacos ou bryon, v - XVIII. Du térébinthinler, vi. - XIX. Du picéa et du larix, viii. - XX. Du chamaepitys, x. - XXI. De la pityuse, vi. - XXII. Des résines, xxii. - XXIII. De la poix, xxxiv. - XXIV. Du pissélaeon ou pallimpissa, xi.- XXV. Du pissasphalte, ii. - XXVI. De la poix zopissa, i - XXVII. Du taeda, i. - XXVIII. Du lentisque, xxii. - XXIX. Du platane, xxv. - XXX. Du frêne, v. - XXXI. De l'érable, i. - XXXII. Du peuplier, vin. - XXXIII. De l'orme, xvi. - XXXIV. Du tilleul, v ; de l'oléaster, i. - XXXV. Du sureau, xv. - XXXVI. Du genévrier, xxi. - XXXVII. Du saule, xiv. Du saule d'Amérie, i. - XXXVIII. Du vitex, xxxiii. - XXXIX. De l'érice, i. - XL. Du genêt, v. - XLI. Du myrice ou tamarix, lxv. - XLII. Du brya, xxix. - XLIII. De l'arbrisseau sanguin, ii. - XLIV. Du siler, iii. - XLV. Du troène, viii. - XLVI. De l'aulne, i. - XLVII. Des lierres, xxxviii - XLVIII. Du cisthe, v. - XLIX. Du cissus érythranos, II. Du camaecissus, ii. Du smilax, iii. De la clématite, xviii. - L. Du roseau, xix. - LI. Du papier, ii. - LII. De l'ébénier, v. - LIII. Du rhododendron, i. - LIV. Des deux espèces de rhus; remèdes, viii. Stomatice, i. - LV. Du rhus érythros, ii. - LVI. De la garance, ix. .- LVII. De l'alysson, ii. - LVIII. Du struthium ou radicule, xiii. De l'apocynum, II. - LIX. Du romarin, xviii. - LX. Du cachrys. - LXI. De la plante dite sabine, vil.- LXII. Du sélago, ii. - LXIII. Du samolus, ii. - LXIV. De la gomme, xi. - LV. De l'épine d'Égypte ou d'Arable, iv. - LVI. De l'épine blanche, ii. De l'acanthium, i. - LVII. De l'acacia, viii. - LXVIII. De l'aspalathe, i. - LXIX. De l'érysisceptrum ou adipsathéos ou diatlron, viii. - LXX. De l'épine appendix, ii. De la pyracantha, i. - LXXI. Du paliurus, x. - LXXII. De l'agrifolium. De l'aquifolia, x. De l'if, i. - LXXIII. Des ronces, ii. - LXXIV. Du cynosbatos, iii. - LXXV. Du rubus idaeus. - LXXVI. Des deux espèces de rhamnus; remèdes, v. - LXXVII. Du Iycium, xviii. - LXXVIII. De la sarcocolle, ii. - LXXIX. De l'oporice, ii. - LXXX. Du trixago ou chamaedrys ou chansaerops ou teucrion, xvi. - LXXXI. Du chamœdaphné, v. - LXXXII. Du chamelaea, vi. - LXXXIII. Du chamaesyce, viii. - LXXXIV. Du chamaecissus, herbe, i. - LXXXV. Du chamaeleuce ou farfaruna ou farfugium, i. - LXXXVI. Du chamaepeuce, x. Du chamaecyparissos. De l'ampéloprason, vi. Da stachys, i. - LXXXVII. Du clinopodium, - LXXXVIII. Du centunculus, i. - LXXXIX. De la clématite ou échite ou scammenée. - XC. De la clématite d'Égypte oit daphaoïide ou polygonoïde. - XCI. Controverse touchant le dracontium, - XCII. De l'arum, xiii. - XCIII. Du dracunculus, ii - XCIV. De l'arls, iii. - XCV. Du millefeuille ou myriophyllon, vii. - XCVI. Du pseudobunlum, iv. - XCVII. De la myrrhis ou myrrha on myriza, vii. - XCVIII. De l'onobrychis, iii. - XCIX. Des herbes maglques . Coracésia et callicia. - C. Minyas ou corysidia, i. - CI. Aproxis, vi. - CII. Fables rapportées par Démocrlte : de l'aglaophotis ou marmaritis ; de l'achaeménis ou hippophobas ; du théombrotium ou semnium ; adamantis, arianis, thérionarca, aethiopis ou meroïs, ophiusa, thalassègle ou potamucyde, théangélls; gélotophyllis; hestiatorls; casignète; hélianthis; hermésias ; aeschynomène, crocls, aenothérls, anacampséros. - CIII. Ériphia. - CIV. Herbe lanaire, i. Lactoris, i. Militaire, i. - CV. Stratlotis. - CVI. Herbe venant sur la tête d'une statue, i. - CVII. Herbe venant dans les fleuves, i. - CVIII. Herbe appelée langue, i. - CIX. Herbe provenant d'un crible, i. - CX. Herbe croissant sur les fumiers. - CXI. Herbe mouillée par l'urine des chiens. - CXII. Rhodora. - CXIII. Herbe impie, ii. - CXIV. Peigne de Vénus, i. - CXV. Exédum ou nodla, ii. - CXVI. Philanthropos, ii. - CXVII. Tordylon ou syréon, iii. - CXVIII. Gramen, xvii. - CXIX. Dactyle, v. - CXX. Fenugrec ou silicia, xxxi.
Résumé : Remèdes, hlstoires et observations, 1176.
Auteurs :
Les mêmes que dans le livre précédent.
Je trouve dans des auteurs que bue dans du vin ou de l'oxycrat elle est très efficace contre les piqûres des scorpions.
CXVI. 1. Les Grecs donnent le nom de philanthropos à une herbe velue qui s'attache aux vêtements (XXI, 64) (gratteron, galium aparine, L.). Une couronne de cette plante, mise sur la tête, calme la céphalalgie. Celle qu'on appelle lappa canaria (XXVI, 65 ), pilée avec le plantain et la millefeuille dans du vin, guérit les carcinomes; il faut renouveler ce topique tous les trois jours. Elle guérit aussi les porcs, tirée de terre sans l'entremise du fer, et jetée dans la lavure qu'on leur fait boire, ou donnée avec du lait et du vin. Quelques-uns ajoutent qu'Il faut en l'arrachant prononcer ces paroles : C'est l'herbe argemon, remède trouvé par Minerve pour les porcs qui en mangent.
CXVII. 1. Le tordylon (tordylium officinale, L.) est, selon les uns, la graine du silis (XX, 18 et 87, 2) ; selon les autres, une plante à part nommée aussi syréon. Je ne trouve d'autre particularité sur cette plante, sinon qu'elle croit sur les montagnes; que brûlée et prise en boisson elle est emménagogue et favorise l'expectoration; que pour cela la racine est plus efficace ; que le suc pris à la dose de trois oboles guérit les reins ; et qu'en outre on incorpore la racine dans les onguents.
CXVIII. 1. Le gramen (chiendent, triticum repens, L.) est de toutes les herbes la plus commune. Il jette en rampant de petits tuyaux pleins de noeuds, d'où sortent souvent, ainsi que du haut de la tige, de nouvelles racines. Partout les feuilles vont en se rétrécissant et se terminent en pointe, excepté sur le mont Parnasse, où elles ressemblent à celles du lierre, et où la plante croit plus fournie que partout ailleurs, avec une fleur blanche et odorante (epipactis grandiflora, Sm.). II n'y a point d'herbe plus agréable aux bêtes de somme, soit verte, soit sèche et en foin, pourvu qu'on la mouille un peu. On dit que sur le Parnasse on en exprime le sue, qui est très abondant et doux.
2. Ailleurs, à défaut de ce suc, on emploie la décoction pour agglutiner les plaies; l'herbe même, pilée, remplit cet office, et les préserve d'inflammation. A la décoction on ajoute du vin et du miel ; quelques-uns y font entrer encore un tiers d'encens, de poivre et de myrrhe; on la fait cuire de nouveau dans un vase d'airain, pour les maux de dents et les fluxions des yeux. La racine, bouillie dans du vin, guérit les tranchées, la dysurie et les ulcères de la vessie; elle brise les calculs.
3. La graine est plus diurétique; elle arrête la diarrhée et les vomissements; elle remédie en particulier aux morsures des dragons. Quelques auteurs prescrivent pour la guérison des écrouelles et des tumeurs de prendre les noeuds d'un de deux ou de trois pieds de gramen, jusqu'au nombre de neuf, et de les envelopper dans de la laine grasse noire : celui qui cueille doit être â jeun, et aller en cet état dans la maison du malade, tandis qu'il n'y est pas; en le voyant rentrer, il lui dira trois fois : Je viens à jeun apporter un remède à un homme à jeun; ensuite il lui attachera l'amulette, et il fera la même chose trois jours consécutIfs. L'espèce de gramen qui a sept noeuds est un amulette excellent pour les maux de tête. Quelques-uns recommandent, contre les grandes douleurs de la vessie, de boire en sortant du bain une décoction de ce gramen, faite avec du vin et réduite à moitié.
CXIX. 1. Le gramen à pointes est distingué par certains auteurs en trois espèces : celui qui porte à la sommité cinq pointes au plus est nommé dactylon (cynodon dactylon, Pers.); on introduit dans les narines ces pointes roulées, et en les retirant on provoque un écoulement de sang. La seconde espèce, qui ressemble à l'aizoon (XXV, 102), s'emploie avec le saindoux pour les panaris, les ptérygions, et les excroissances de chair qui surviennent aux ongles; aussi l'appelle-t-on dactylon, parce que c'est un remède pour les doigts. La troisième espèce de dactylon (quelque espèce de crassulacée), qui est plus petite, croit sur les murailles et sur les toits; elle a une vertu caustique. elle arrête les ulcères serpigineux. En mettant du gramen autour de la tête, on fait cesser l'épistaxis. On dit que dans la Babylonie le gramen qui croit le long des chemins (sorghum aleppense, L.) fait mourir les chameaux.
CXX. 1. Le fenugrec n'est pas moins accrédité. On l'appelle encore telis, carphos, bucéras, œgocéras, a cause de la ressemblance de sa gousse avec des cornes; les Latins le nomment silicia. Nous avons dit en son lieu comment on le semait (XVIII, 89). Il a la propriété de dessécher, d'amollir et de résoudre. La décoction guérit plusieurs maladies des femmes. En cas de dureté, de tumeur ou de contraction de la matrice, on l'emploie en fomentation et en bain de siège; il est utile aussi en injection. Il dissipe les taches du visage. Cuit avec du nitre ou avec du vinaigre, il guérit, en topique, les affections de la rate ainsi que celles du foie.
2. Dans les accouchements difficiles, Dioclès en donnait la graine pilée à la dose d'un acétabule dans neuf cyathes de vin cuit : il ordonnait de prendre un bain chaud après avoir bu un tiers de cette composition, de boire ensuite le second tiers lorsque le bain avait mis en sueur, et le troisième à la sortie du bain. C'était, suivant lui, un secours suprême. Il faisait aussi contre les affections douloureuses de la matrice un pessaire avec de la farine de fenugrec, de l'orge ou de la graine de lin, le tout cuit dans de l'eau miellée. Il appliquait aussi ce mélange sur le bas-ventre.
3. Le même médecin guérissait les lèpres et le lentigo par un mélange de farine de fenugrec avec une égale portion de soufre, après avoir préparé la peau avec le nitre; il ordonnait qu'on appliquât plusieurs fois par jour cette composition. mais il défendait qu'on en frottât la partie. Théodore pour les lèpres mêlait au fenugrec un quart de cresson mondé, et macéré dans de très fort vinaigre. Damon donnait en boisson comme emménagogue la graine de fenugrec, à la dose d'un demi-acétabule dans neuf cyathes de vin cuit et d'eau. Il est incontestable que la décoction en est très bonne pour la matrice et pour les intestins ulcérés, ainsi que la graine pour les articulations et les douleurs d'entrailles. Le fenugrec bouilli avec de la mauve, puis bu avec du vin miellé, est très recommandé pour les affections de la matrice et des intestins. Le fait est que la vapeur même de la décoction est très utile; cette décoction détruit aussi la mauvaise odeur des aisselles.
4. La farine de fenugrec, avec du vin et du nitre, enlève promptement la teigne et les furfurs de la tête. Bouillie dans de l'hydromel, avec addition d'axonge, elle guérit les affections des parties génitales, ainsi que les tumeurs, les parotides, la goutte aux pieds et aux mains, les maladies articulaires, et les chairs qui se détachent des os. Pétrie avec du vinaigre, elle guérit les luxations. Cuite dans du vinaigre et du miel seulement, on en fait un topique pour la rate. Pétrie avec du vin, elle déterge les carcinomes, puis, avec addition de miel, elle les mène à guérison. On fait avec cette farine un potage bon pour les ulcérations de la poitrine et les toux invétérées; on la fait cuire longtemps, pour en ôter toute amertume; puis on y ajoute du miel. Venons maintenant aux plantes les plus célèbres.
I. Origine de l'usage qu'on en a fait. - II. Quels auteurs ont écrit en latin sur leur emploi. - III. Quand ces connaissances se sont introduites chez les Romains. - IV. Auteurs grecs qui ont donné des figures des plantes. - V. Quels sont, parmi les Grecs, ceux qui ont écrit les premiers sur ce sujet. - VI. Herbes merveilleusement découvertes. Pourquoi use-t-on moins des remèdes que les plantes fournissent. Exemples pris du cynorrhodon; remèdes, II. De la tige du dracunculus, I; de l'herbe britannique, V. - VII. Noms de ceux qui ont découvert des plantes célèbres. - VIII. Du moly, III. - IX. Du dodécatbéon, I. - X. De la pivoine ou pentorobus ou glycysides, I. - XI. Du penax ou asclépion, II. - XII. Du panax héraclion, III. - XIII. Du panax chironlon, IV. - XIV. Du panax centauréon ou pharnacéon, III. - XV. De l'héraclèon ou sidérlon, IV. - XVI. De la vigne de Chiron, I. - XVII. De deux genres de jusquiame ou apollinaire ou altercum; remèdes, III. - XVIII. Des deux espèces de mercuriale ou linozostis ou parthénion ou hermupoa; remèdes, XXII. - XIX. De l'achillés sidéritis ou mille-feuille, ou panax héracleon, ou scopa regia, VI. - XX. Du teucrion ou hémionion ou splénion, II. - XXI. Du mélampodium, ellébore ou vératre, III espèces; comment on Ie recueille, comment on l'éprouve. - XXII. De l'ellébore noir; remèdes, XXIV. comment on le prend. - XXIII. De l'ellébore blanc; remèdes, XXIII. - XXIV.
Quatre-vingt-huit observations sur les deux ellébores. - XXV. Quels sont ceux à qui il ne faut pas l'administrer. - XXVI. Mithradatia, II. - XXVII. Stordotis ou scordion, IV. - XXVIII. Polémonia ou phitétaeria ou chiliodynama, VI. - XXIX. Eupatoire, I. - XXX. Grande centaurée ou chironion, XX. - XXXI. Centaurion lepton ou libadion ou fiel de terre, XXII. - XXXII. Centaurée triorchis , II. - XXXIII. Cymenus, II. - XXXIV. Gentiane, XIII. - XXXV. Lysimachie, VIII. - XXXVI. Armoise ou parthénis ou botrys ou ambrosia, V. - XXXVII. Nymphaea ou héraclion ou rhopalon ou madon; espèces, II; remèdes, XIV. - XXXVIII. Euphorbe; espèces, II; remèdes, IV. - XXXIX. Plantain ; espèces, II; remèdes, XXVI. - XL. Boglosse, III. - XLI. Cynoglosse, III. - XLII. Buphtalmnos ou cachia. - XLIII. Herbes trouvées par certaines nations : scythice, III. - XLIV. Hippace, III. - XLV. Ischaemone, II. - XLVI. Bétoine, XLVIII. - XLVII. Cantabrica, II. - XLVIII. Consiglio, I. - XLIX. Ibléris, VII - L. Herbes découvertes par des animaux : chélidoine, VI. - LI. Canaria, I. - LII. Élaphoboscos; seseli. - LIII. Dictame, VIII. Faux dictame. En quels lieux se trouvent les herbes les plus efficaces. Qu'en Arcadie on boit du lait à cause des herbes dont la vache s'est nourrie. - LIV. Aristoloche ou clematitis ou cretica ou plistolochia ou lochia polyrrhizos ou pomme de la terre, XXII. - LV. Emploi des plantes contre les morsures de serpent. - LVI. Argémone, IV. - LVII. Agaric, XXXIII. - LVIII. Deux espèces d'échios. - LIX. Verveine ou hiérabotané ou péristeréon; espèces, II; remèdes, X. - LX. Blattaria , I. - LXI. Lemonium, I. - LXII. Quintefeuille ou pentapetes ou pentaphyllon ou chaemaezélon, remèdes, XXXIII. - LXIII. Sparganium, I. - LXIV. Daucus; espèecs, IV; remèdes, XVIII. - LXV. Therionarca, II. - LXVI. Persolata ou arcion, VIII. - LXVII. Cyclame ou truffe de terre, XII. - LXVIII. Cyclaminos cissanthemos, IV. - LXIX. Cyclaminos chamaecissos, III. - LXX. Peucedanum, XXVIII. - LXXI. Hièble, VI. - LXXII. Polemonia, I. - LXXIII. Verbascum, XV. - LXXIV. Phlomis, I. - LXXV. Thelyphonon, I. - LXXVI. Phrynion ou nevras ou potérion, I. - LXXVII. Alisma ou damasonium ou lyron, XVII. - LXXVIII. Pertstereos, VI. - LXXIXI. Remèdes contre les poisons. - LXXX. Antirrhinum ou anarrhinum ou lychnis sauvage, III. - LXXXI. Euplea, I. - LXXXII. Pericarpum; espèces, II; remèdes, II. - LXXXIII. Remèdes pour les infirmités de la tête, I Nymphaea heraclia, II. - LXXXIV. Lingulaca, I. - LXXXV. Cacalia ou léontice, III. - LXXXVI. Callitthrix, XX. - LXXXVII. Hyssope, X. - LXXXVIII. Lonchitis, IV. - LXXXIX. Xiphion ou phasganion, IV. - XC. Psyllion ou cynoïdes ou chrysallion ou sicelleon ou cynomyla, I. - XCI. Remèdes pour les yeux. - XCII. Anagalis ou corchoron ou ferusoculus ; espèces, II; remèdes, III. - XCIII. Aegilops, II. - XCIV. Mandragore ou circaeon ou morion ou hippophlomon; espèces, II; remèdes, XXIV. - XCV. Ciguë, XIII. - XCVI. Crethmos sauvage, I. - XCVII. Molybdène, I. - XCVIII. Première capnos ou pieds de poule, I. XCIX. Capnos touffue, III. - C. Acoron ou agrion, XIV. - CI. Cotylédon; espèces, II; remèdes, LXI. - CII. Joubarbe des toits ou buphthalmon ou zoophthalmon ou stergethron ou amérimnon ou grand sédum ou oculus ou digitellus; remèdes, XXXI; petit sedum, XXXII. - CIII. Andrachle sauvage ou illecebra, XXXII. - CIV. Remèdes pour les incommodités des narines. - CV. Remèdes pour les douleurs des dents. - CVI. Séneçon ou érigdron ou pappos ou acanthis, VIII. - CVII. Éphéméron, II. - CVIII. Bassin de Vénus, I. - CIX. Renoncule ou batrachion ou strumos; espèces, IV; remèdes, XIV. - CX. Stomatice, composition contre la mauvaise haleine. Résumé : Remèdes, histoires et observations, 1292.
Auteurs :
Les mêmes que plus haut, et en outre Xanthus.
I. (I.) [1] Les herbes célèbres dont nous allons parler, et que la terre ne produit que pour des usages médicinaux, m'inspirent de l'admiration pour les soins diligents de l'antiquité. Il n'est pas que les anciens n'aient éprouvé et essayé, rien ensuite qu'ils aient caché et dont ils aient voulu dérober l'utilité à la postérité. Nous, au contraire, nous cherchons à celer et à supprimer leurs travaux, et nous privons les hommes de biens qui même ne soit pas nôtres.
Oui, certes, aujourd'hui ceux qui ont quelques connaissances les cachent et les envient aux autres; et et n'instruire personne c'est donner une plus haute idée de son savoir Lons que les moeurs actuelles vous portent à imaginer rien de nouveau et a améliorer la condition humaine, le plus grand effort d'esprit est depuis longtemps de garder pour sol et d'anéantir pour les autres les expériences qui ont réussi aux anciens.
[2] Cependant la découverte d'une plante a donné à certains hommes l'apothéose, aux autres la célébrité; car la reconnaissance s'est complu à imposer aux végétaux le nom de nu ceux qui les avaient trouvés. Il ne faut pas tant admirer les anciens pour s'être occupés des végétaux cultivés par agrément ou pour le besoin de la nourriture, que pour avoir gravi les sommets inaccessibles des montagnes, pénétré au fond des déserts, scruté toutes les veines de la terre, afin de découvrir les vertus de chaque racine, les usages des feuilles, convertissant en instruments de santé des plantes même auxquelles les quadrupèdes ne touchaient pas.
II. (II.) [1] Cette étude n'a pas été poursuivie autant qu'elle le méritait par nos Latins, ardents à s'emparer de tout ce qui était utile et bon. M. Caton, maître dans toutes les connaissances usuelles, a été le premier et longtemps le seul qui ait touché cette matière, sommairement toutefois, mais ne négligeant pas la médecine des boeufs. Après lui, un autre personnage illustre, C. Valgius, distingué par son érudition, a abordé ce même sujet dans un livre inachevé, dédié au dieu Auguste. Dans un pieux préambule, il exprima le voeu que la majesté de ce prince soit toujours, et avant tout autre, le remède des maux de l'humanité.
III. [1] Le seul historien des plantes qu'avant ce dernier je trouve parmi vous est Pompeius Lenaeus, affranchi du grand Pompée; et c'est aussi le temps où je vois que cette science a commencé d'être cultivée par les Latins. Mithridate, le plus puissent des rois de son époque, et dont Pompée acheva la défaite, fut, plus qu'aucun des hommes qui l'avaient précédé, curieux des faits de médecine; nous en avons des preuves certaines, indépendamment de la réputation qu'il s'est faite: lui seul s'est avisé d'avaler, après seoir pris des préservatifs, chaque jour du poison, afin d'en neutraliser par l'habitude les effets malfaisants. Il est l'inventeur d'antidotes, dont l'un conserve encore son nom. On croit qu'il imagina le premier de mêler aux antidotes le sang des canards du Pont, parce qu'ils vivent d'animaux venimeux.
[2] Nous avons des ouvrages d'Asclépiade, fameux médecin, adressés à ce prince, et que lui envoya l'auteur, sollicité de quitter Rome pour sa cour. Il est le seul homme, cela est certain, qui ait parlé vingt-deux langues (VII, 21); et pendant les cinquante-six ans qu'il régna il ne se servit jamais d'interprète avec les peuples qui lui étaient soumis. Ce prince, parmi les éminentes qualités de son esprit, avait un goût vif pour la médecine ; et, recherchant des renseignements auprès de tous ses sujets, qui occupaient une partie considérable de la terre, il laissa dam ses archives secrètes une cassette remplie de mémoires sur cette matière, avec les originaux des recettes et les effets qu'elles avaient produits Or, Pompée, s'étant emparé du trésor royal chargea le grammairien Lenaeus, son affranchi de traduire ce recueil en notre langue; et ainsi par cette victoire, il servit également la république et le genre humain.
IV. [1] Outre ces auteurs, des médecins grecs, qui nous avons cités en leur lieu, se sont occupés di l'histoire des plantes. Parmi eux, Cratevas, Denys et Métrodore ont employé une méthode très attrayante, mais qui ne fait guère que prouve la difficulté de la chose: en effet, ils ont figuré les plantes, puis, au-dessous, ils en ont décrit le effets. Mais la peinture est trompeuse, et, dans cette multitude de couleurs qu'exige l'imitation de la nature, la diversité de mains compromet beaucoup l'exactitude de la ressemblance. C'est peu d'ailleurs de représenter chacune de ces plantes considérées dans un seul âge, puisqu'elles changent d'aspect dans les quatre saisons de l'année.
V. [1] Aussi les autres médecins se sont bornés à une description verbale; quelques-uns même n'ont pas donné cette description, et se sont contentés généralement de noter les noms, croyant faire assez d'indiquer les propriétés et les vertus à ceux qui s'occupent de la recherche des plantes. Et cette connaissance n'est pas difficile à acquérir. Nous du moins, à l'exception d'un très petit nombre, nous avons eu l'avantage de les examiner toutes, aidé des lumières d'Antonins Castor, qui, de notre temps, avait le plus de réputation dans cette partie. Nous avons visité son petit jardin, où les cultivait en grand nombre ce vieillard plus que centenaire, sans avoir jamais eu de maladie, et sans que l'âge eût même altéré sa mémoire et sa vigueur. La connaissance des plantes est ce que l'antiquité parait avoir le plus admiré. Il y a longtemps qu'on a trouvé le moyen de calculer à l'avance non seulement la nuit ou le jour, mais encore l'heure des éclipses du soleil et de la lune;
[2] et pourtant une grande partie du vulgaire reste persuadé que ces éclipses sont produites par des enchantements et des herbes, et que cette science est le partage des femmes.