Odyssée (page 11)
426 » Alors le
Zéphyr cesse et la tempête s'apaise. Bientôt arrive le Notus qui, portant la douleur dans mon âme, me fait craindre d'avoir à lutter encore avec l'horrible Charybde. Pendant toute la nuit, je suis le jouet des flots, et aux premiers rayons du jour je me trouve auprès des rochers de Charybde et de Scylla. L'horrible Charybde engloutissait en ce moment l'onde salée. Je m'élance alors sur un haut figuier, et j'y reste fortement attaché comme une chauve-souris.
Je ne pouvais ni me reposer sur mes pieds, ni m'élever plus haut, car les racines de cet arbre étaient éloignées, et les longues branches qui ombrageaient l'abîme étaient à une très-grande hauteur. J'y reste suspendu jusqu'à ce que le monstre ait rejeté de son sein le mât et la carène de mon navire. Je les attendais depuis long-temps avec impatience, lorsqu'ils réapparaissent enfin. A l'heure où le juge quitte l'assemblée pour prendre le repas du soir, après avoir terminé les différents d'une bouillante jeunesse, Charybde fait reparaître les poutres de mon navire. J'étends les pieds et les mains, et je tombe avec bruit dans la mer, tout près des larges poutres ; puis je m'assieds sur ces débris et je rame avec effort. (Le père des dieux et des hommes ne permit point que Scylla m'aperçût ; car alors je n'aurais pu éviter le terrible trépas.)
447 » Pendant neuf jours j'errai sur les flots ; mais quand vint la dixième nuit les vents me poussèrent dans l'île d'Ogygie où demeure Calypso à la voix mélodieuse et aux cheveux ondoyants. Cette déesse m'accueillit favorablement et prit soin de moi. — Mais pourquoi redire encore toutes ces aventures ? Hier dans ce palais je les ai racontées devant toi, puissant Alcinoüs, et devant ta chaste épouse. Il m'est pénible de revenir sur des événements dont je vous ai déjà fait le récit. »
Notes, explications et commentaires
(01) Homère donne souvent aux déesses l'épithète d'αὐδήεις, parce que les divinités sont alors considérées par le poète comme se servant de la voix humaine.
(02) Ce passage, μή σε λάθηισι κεῖσ᾽ ἐξορμήσασα (vers 220/221) (de peur qu'à ton insu il ne n'en aille de ce côté-là) (du côté de Charybde), n'a été rendu par aucun traducteur français. Clarke, Dubner et Voss ont seuls très-exactement traduit cette phrase obscure.
(03) Tous les traducteurs français, anglais et allemands ont pris ἄπρηκτον ἀνίην (vers 223) comme une personnification de Scylla et ont traduit : « Je ne leur parlais point de Scylla, ce malheur inévitable ; » c'est-à-dire : « Je ne leur parlais point de ce monstre qu'il faut franchir. » Nous pensons, au contraire, qu'Ulysse fait ici allusion à la perte de ses compagnons, laquelle, selon la prédiction de Circé, était inévitable ; et cette perle est appelée par Ulysse malheur inévitable.
(04) Homère dit : νύκτα θοὴν (vers 284) (nuit rapide). Les auteurs du Dictionnaire des Homérides prétendent que la nuit est ainsi nommée parce qu'elle arrive presque subitement, ou parce qu'elle semble passer trop vite aux hommes qui aiment le repos.
Homère, Odyssée, Chant 13 (traduction française)
Homère
Odyssée
Pour d'autres traductions françaises
LIVRE XIII
texte grec
chant 12
chant 14
Livre XIII
DÉPART.
insi parle Ulysse, et tous les convives, captivés par le plaisir, gardent le silence dans le sombre palais. Alcinoüs, s'adressant alors au fils de Laërte, lui dit :
4 « Ulysse, puisque tu es venu dans ma demeure d'airain, tu n'erreras plus de nouveau, ballotté par les vagues, toi qui as déjà tant souffert ! Maintenant, ô Phéaciens, c'est à chacun de vous que je m'adresse, vous qui venez toujours boire avec moi le vin d'honneur et entendre le chantre divin. Déjà les vêtements destinés à l'étranger sont renfermés dans un coffre poli, ainsi que l'or richement travaillé et tous les dons que les chefs des Phéaciens apportèrent en ces lieux. Il faut maintenant que chacun de vous lui donne un grand trépied avec un bassin ; puis nous demanderons une rétribution au peuple rassemblé ; car il ne serait pas juste qu'un seul fût chargé de faire toutes ces largesses. »
16 Le langage d'Alcinoüs plaît aux Phéaciens ; mais comme ils désirent eux-mêmes goûter le repos, ils retournent dans leurs demeures. Le lendemain, dès qu'apparaît la matinale Aurore aux doigts de rose, les Phéaciens vont au navire en portant l'airain qui honore les hommes (01) ; le puissant Alcinoüs, qui les accompagne, place tous ces présents sous les bancs, afin qu'ils ne gênent pas les nautonniers lorsqu'ils agiteront leurs longues rames ; puis ils se rendent tous au palais du roi pour y préparer le festin.
24 Alcinoüs immole un bœuf en l'honneur du fils de Saturne, de Jupiter qui commande aux nuages et règne sur tous les dieux. Quand les cuisses sont consumées, les convives prennent un repas délicieux et se livrent à la joie ; le divin chanteur Démodocus, honoré par les peuples, fait entendre au milieu d'eux des sons mélodieux. Mais Ulysse tourne souvent ses regards vers le soleil étincelant et attend son coucher avec une vive impatience ; car depuis longtemps il désire partir. Ainsi, le laboureur désire ardemment le repas du soir lorsque, durant le jour, ses bœufs ont traîné la forte charrue : il voit avec plaisir le soleil se coucher ; car il peut se rendre au festin, et ses genoux sont brisés de fatigue : telle est la joie d'Ulysse lorsqu'il aperçoit le soleil sur son déclin. Ce héros alors adresse la parole aux Phéaciens en se tournant du côté d'Alcinoüs :
38 « Puissant
Alcinoüs, toi le plus illustre de cette île, lorsque tu auras fait les libations, renvoie-moi sans danger dans ma patrie, et toi-même sois heureux. J'ai obtenu tout ce que désirait mon cœur : les préparatifs du départ et des présents magnifiques. Puissent les dieux me les rendre favorables et puisse-je aussi retrouver vivants dans mes demeures mon épouse irréprochable et mes amis chéris ! Vous, Phéaciens, qui restez en ces lieux, goûtez le bonheur auprès de vos épouses, de vos jeunes filles et de vos enfants ! Que les dieux vous accordent toutes les vertus et qu'ils éloignent de vous tous les maux ! »
47 Il dit ; et tous les Phéaciens, approuvant ses paroles, demandent aussitôt qu'on hâte le départ de l'étranger qui vient de parler avec tant de convenance. Alcinoüs donne aussitôt cet ordre à son hérault.
50 « Pontonoüs, mêle dans le cratère un vin pur que tu distribueras à tous les convives, afin qu'après avoir imploré Jupiter nous renvoyions ce noble étranger dans sa patrie. »
53 Aussitôt
Pontonoüs mêle dans le cratère un vin aussi doux que le miel, et il le distribue à tous les convives. Ceux-ci, sans abandonner leurs sièges, font des libations à tous les dieux qui habitent les vastes régions célestes. Le divin Ulysse se lève, place entre les mains d'Arête une double coupe et lui parle en ces termes :
59 « Ô reine, sois heureuse jusqu'au moment où viendront et la vieillesse et la mort, qui sont le partage de tous les humains ! Moi, je pars ; mais toi, goûte le bonheur dans ce palais, au milieu de ton peuple ; réjouis-toi avec tes enfants, et ton époux, le puissant Alcinoüs ! »
63 En achevant ces mots, il franchit le seuil du palais. Soudain Alcinoüs envoie son héraut pour qu'il conduise le fils de Laërte sur le rivage de la mer. Arête envoie aussi avec Ulysse les femmes qui la servent : l'une tient un manteau sans souillure et une superbe tunique ; l'autre porte le coffre précieux, et la troisième est chargée du pain et du vin.
70 Quand on est arrivé sur les bords de la mer, les rameurs reçoivent et déposent dans le creux navire les aliments et le breuvage ; ensuite ils étendent sur le tillac des tapis et des couvertures de lin, afin qu'Ulysse couché vers la poupe puisse dormir d'un profond sommeil ; le héros lui-même y monte et s'y repose en silence. Alors les matelots se rangent sur les bancs, détachent les câbles, se renversent en arrière, et font jaillir les eaux de la mer en les frappant de leurs rames. En ce moment un sommeil profond et paisible, semblable à la mort, se répand sur les paupières d'Ulysse.
81 Lorsque dans l'arène quatre coursiers vigoureux s'élançant à la fois, pressés par l'aiguillon, portent la tête haute et franchissent l'espace : de même s'élève la poupe en fendant les ondes ; les flots sombres se précipitent à la proue du navire, lequel court si rapidement que l'épervier, le plus agile des oiseaux, ne pourrait le suivre. Ainsi s'élance le vaisseau en sillonnant les vagues et en portant un héros dont les pensées sont semblables à celles des dieux. Celui qui naguère supporta de nombreuses douleurs, qui affronta les combats des hommes et les flots cruels, est maintenant plongé dans un sommeil profond et il oublie tous les maux qu'il a soufferts !
93 Dès que paraît l'étoile du matin, la brillante messagère de la divine Aurore, le vaisseau qui traverse les mers approche des rivages de l'île.
96 Dans les champs est le port consacré à Phorcyrie, vieillard de la mer.
On aperçoit deux plages escarpées qui s'avancent des deux côtés pour former le port, et abriter les flots contre le souffle impétueux des vents. Les vaisseaux restent immobiles et sont dépourvus de liens, lorsqu'ils entrent dans cette enceinte. Au sommet du port s'élève un olivier au feuillage touffu. Tout près de cet arbre est un antre obscur et délicieux consacré aux nymphes appelées Naïades. Dans l'intérieur de l'antre se trouvent des cratères et des amphores de pierres dans lesquels les abeilles viennent déposer leur miel ; là sont de grands métiers en marbre où les nymphes tissent une toile éclatante de pourpre, travaux admirables à voir; là aussi coule une onde pure et limpide. Cette grotte a deux portes : l'une est ouverte aux hommes, et elle regarde le Borée ; l'autre, tournée du côté de Notus, ne s'ouvre qu'aux dieux, et les mortels ne la franchissent jamais.
113 Les
Phéaciens pénètrent dans ce port qu'ils connaissaient déjà. Le navire s'avance sur le rivage jusqu'à la moitié de sa carène, tant il est vigoureusement poussé par les bras des rameurs. Les nautonniers descendent à terre, transportent Ulysse loin du navire avec les couvertures de lin et les riches tapis ; ils déposent sur la plage le héros toujours enseveli dans un profond sommeil ; ils sortent ensuite les richesses que les Phéaciens, inspirés par Minerve, donnèrent à Ulysse et ils placent ces présents au pied de l'olivier mais en dehors du chemin, de peur que quelque voyageur venant à passer ne les enlève ; puis ils s'en retournent dans leur patrie (02). — Neptune n'a point oublié les menaces qu'il adressa jadis au divin fils de Laërte ; aussi cherche-t-il maintenant à connaître les desseins de Jupiter.
128 « Père des dieux, dit-il, je ne serai plus désormais honoré parmi les immortels, puisque les humains ne me respectent plus, même les Phéaciens qui tirent de moi leur origine ! Je croyais qu'Ulysse ne rentrerait dans sa patrie qu'après avoir éprouvé de nombreuses infortunes. Cependant je ne voulais point lui interdire le retour, car tu le lui avais promis et confirmé par un signe de ta tête. Maintenant les Phéaciens le conduisent tout endormi à travers les mers et le déposent sur le rivage d'Ithaque. Bien plus, ils l'ont comblé de présents magnifiques ; ils lui ont donné de l'airain, de l'or, de riches habits et en telle quantité, que jamais il n'en eût autant rapporté d'Ilion s'il fût revenu sain et sauf dans ses foyers après avoir obtenu sa part des dépouilles. »
139 Le dieu qui commande aux nuages lui répond aussitôt :
« Hélas, puissant Neptune ! qu'as-tu dit ! Non, les immortels ne te mépriseront jamais ; car il serait injuste de t'outrager, toi le plus ancien et le plus illustre d'entre nous ! Si quelque mortel enhardi par sa force refuse de t'honorer, tu pourras toujours te venger de lui. Fais donc ce que tu désires et ce qui plaît à ton cœur. »
146 Neptune, le dieu qui ébranle la terre, réplique en ces termes :
« J'aurais agi déjà comme tu me le conseilles, ô roi des sombres nuages ; mais je redoute ta colère et je tiens à l'éviter. Je veux anéantir dans les profondeurs de la mer le superbe vaisseau des Phéaciens qui vient de conduire Ulysse, afin que ces peuples renoncent désormais à ramener dans leur patrie les étrangers qui touchent à leur île. Je veux encore entourer leur ville d'une haute montagne. »
153 Jupiter répond à Neptune :
« Mon ami, voici le parti qui me semble préférable. Lorsque tous les Phéaciens accourront pour voir leur navire rentrer dans le port, tu changeras ce navire en un roc qui conservera la forme de leur esquif, pour que tous les hommes soient frappés d'étonnement ; puis tu cacheras leur ville derrière une haute montagne. »
159 A peine
Neptune a-t-il entendu ces paroles, qu'il se rend dans l'île de Schérie, habitée par les Phéaciens ; le vaisseau allait aborder au rivage quand le dieu entra dans l'île. Neptune s'approche du navire, le frappe de sa main et le change en rocher; puis il l'attache à la terre par de profondes racines et s'éloigne.
165 Les
Phéaciens, navigateurs illustres, rassemblés sur le rivage, sont frappés d'étonnement et se disent :
« Qui donc enchaîne ainsi au milieu de la mer ce vaisseau rapide poussé vers nos côtes quand il se montrait déjà tout entier à nos regards ? »
169 Ainsi parlent les Phéaciens ; car ils ignoraient comment ce prodige avait eu lieu. Alors Alcinoüs prononce ce discours :
« Hélas ! aujourd'hui s'accomplissent les anciennes prophéties de mon père ! Ce héros m'annonça que Neptune est sans cesse irrité contre nous, parce que depuis longtemps nous sommes les guides certains de tous les étrangers ; il ajouta qu'un jour le plus beau vaisseau des Phéaciens, revenant de conduire un voyageur dans sa patrie, serait anéanti dans la mer profonde, et que Neptune cacherait ensuite notre ville derrière une haute montagne. Ainsi parlait le vieillard ; et c'est aujourd'hui que toutes ces choses vont s'accomplir ! Maintenant écoutez mes paroles et obéissez-moi. Cessons désormais de reconduire les voyageurs qui viendront dans notre île ; immolons à Neptune douze taureaux pour que ce dieu, touché de compassion, n'entoure pas notre ville d'une montagne élevée. »
184 Il dit ;
et les Phéaciens, saisis de crainte, amènent aussitôt des taureaux. Les princes et les chefs du peuple implorent le puissant Neptune en se tenant debout autour de l'autel. — Cependant le divin Ulysse se réveille tout à coup; mais il ne reconnaît point sa patrie, car depuis longtemps il en était éloigné. Minerve, la fille de Jupiter, répand un divin nuage autour d'Ulysse pour qu'il reste inconnu, et aussi pour qu'elle puisse l'instruire de tout ce qu'il doit savoir. La déesse veut que son épouse, ses concitoyens et ses amis ne le reconnaissent point avant que les orgueilleux prétendants aient été punis de leur insolence. Aussi, tout ce qui environne Ulysse lui apparaît sous une forme étrangère : les longues routes, les ports protecteurs, les roches escarpées et les arbres chargés de feuillage. Il se lève, contemple les champs de sa patrie : mais bientôt il pleure à chaudes larmes ; de ses deux mains il se frappe les cuisses, et s'écrie eu gémissant :
199 « Ah, malheureux ! dans quel pays suis-je abordé ! Quels sont les hommes qui l'habitent ? sont-ils sauvages, cruels et sans justice, où bien sont-ce des hommes hospitaliers qui craignent et vénèrent les Immortels ? Où cacherai-je toutes ces richesses, et moi-même où vais-je porter mes pas ? Pourquoi les Phéaciens n'ont-ils point gardé leurs trésors ! J'aurais été trouver un autre prince magnanime qui m'eût certainement recueilli avec bienveillance et ramené dans ma patrie. Je ne sais maintenant où cacher tous ces biens ; je ne puis les laisser ici de peur qu'ils ne deviennent la proie des étrangers. Grands dieux ! ils sont donc sans justice et sans sagesse, les princes et les chefs des Phéaciens qui m'ont fait conduire dans ces contrées inconnues ! Ils me promettaient cependant avec certitude de me faire revoir l'île d'Ithaque, et ils n'ont point accompli leur promesse ! Que Jupiter, le protecteur des suppliants, les punisse, lui qui voit tous les humains et châtie tous les coupables ! Je vais maintenant compter mes trésors et voir si les nautonniers, en fuyant, ne m'ont rien emporté dans leur navire. »
217 En achevant ces mots il examine et compte avec soin les superbes trépieds, les bassins, l'or et les vêtements magnifiques : rien ne lui manque. Puis il arrose de ses larmes la terre de sa patrie et se roule sur le rivage de la mer retentissante en gémissant avec amertume. En ce moment Minerve lui apparaît sous les traits d'un jeune pasteur à la taille souple et délicate, elle ressemble à un fils de roi et porte sur ses épaules un large manteau ; de riches brodequins entourent ses pieds brillants, et elle tient un javelot dans une de ses mains. Ulysse se réjouit à la vue de cet étranger ; il marche à lui et prononce ces paroles rapides :
228 « Ami, puisque c'est toi que je rencontre le premier en ce pays, je te salue. Ne m'aborde point en ennemi ; conserve-moi mes richesses et sois mon sauveur. Je t'implore comme un immortel et j'embrasse tes genoux. Parle-moi donc sincèrement, afin que je sache la vérité. Quel est ce pays ? quel est ce peuple et quels sont les hommes qui habitent ces contrées ? Suis-je ici dans une île aux roches élevées, ou cette plage, baignée par la mer, tient-elle au fertile continent ?
236 Minerve aux yeux d'azur lui répond aussitôt :
« Étranger, tu es donc privé de raison, ou tu viens de bien loin, puisque tu me demandes quel est ce pays ! — Cette île n'est cependant point sans renommée : des peuples nombreux la connaissent, soit qu'ils habitent les régions de l'Aurore et du Soleil, soit qu'ils résident dans des contrées opposées, au sein des ténèbres. Cette terre est âpre et peu favorable aux coursiers ; elle n'est pas d'une grande étendue, mais elle est féconde. Ici le froment et la vigne croissent en abondance, car les pluies et la rosée fertilisent la terre ; ici se trouvent de riches pâturages pour les brebis et les chèvres, et des forêts sombres et touffues ; ici coulent d'abondantes fontaines qui ne tarissent jamais. Sache donc enfin, noble étranger, que le nom d'Ithaque est parvenu ; jusque dans la ville de Troie, qu'on dit être fort éloignée de l'Achaïe. »
250 A ces mots le divin Ulysse goûte une douce joie ; car il vient d'entendre parler de sa patrie. Il s'empresse de répondre à la déesse, mais sans lui dire la vérité ; le héros compose quelque discours en conservant toujours dans sa poitrine un esprit fertile en ruses.