Odyssée (page 27)
LIVRE XIII (suite)
184 Il dit ; et les Phéaciens, saisis de crainte, amènent aussitôt des taureaux. Les princes et les chefs du peuple implorent le puissant Neptune en se tenant debout autour de l'autel. — Cependant le divin Ulysse se réveille tout à coup; mais il ne reconnaît point sa patrie, car depuis longtemps il en était éloigné. Minerve, la fille de Jupiter, répand un divin nuage autour d'Ulysse pour qu'il reste inconnu, et aussi pour qu'elle puisse l'instruire de tout ce qu'il doit savoir. La déesse veut que son épouse, ses concitoyens et ses amis ne le reconnaissent point avant que les orgueilleux prétendants aient été punis de leur insolence. Aussi, tout ce qui environne Ulysse lui apparaît sous une forme étrangère : les longues routes, les ports protecteurs, les roches escarpées et les arbres chargés de feuillage. Il se lève, contemple les champs de sa patrie : mais bientôt il pleure à chaudes larmes ; de ses deux mains il se frappe les cuisses, et s'écrie eu gémissant :
199 « Ah, malheureux ! dans quel pays suis-je abordé ! Quels sont les hommes qui l'habitent ? sont-ils sauvages, cruels et sans justice, où bien sont-ce des hommes hospitaliers qui craignent et vénèrent les Immortels ? Où cacherai-je toutes ces richesses, et moi-même où vais-je porter mes pas ? Pourquoi les Phéaciens n'ont-ils point gardé leurs trésors ! J'aurais été trouver un autre prince magnanime qui m'eût certainement recueilli avec bienveillance et ramené dans ma patrie. Je ne sais maintenant où cacher tous ces biens ; je ne puis les laisser ici de peur qu'ils ne deviennent la proie des étrangers. Grands dieux ! ils sont donc sans justice et sans sagesse, les princes et les chefs des Phéaciens qui m'ont fait conduire dans ces contrées inconnues ! Ils me promettaient cependant avec certitude de me faire revoir l'île d'Ithaque, et ils n'ont point accompli leur promesse ! Que Jupiter, le protecteur des suppliants, les punisse, lui qui voit tous les humains et châtie tous les coupables ! Je vais maintenant compter mes trésors et voir si les nautonniers, en fuyant, ne m'ont rien emporté dans leur navire. »
217 En achevant ces mots il examine et compte avec soin les superbes trépieds, les bassins, l'or et les vêtements magnifiques : rien ne lui manque. Puis il arrose de ses larmes la terre de sa patrie et se roule sur le rivage de la mer retentissante en gémissant avec amertume. En ce moment Minerve lui apparaît sous les traits d'un jeune pasteur à la taille souple et délicate, elle ressemble à un fils de roi et porte sur ses épaules un large manteau ; de riches brodequins entourent ses pieds brillants, et elle tient un javelot dans une de ses mains. Ulysse se réjouit à la vue de cet étranger ; il marche à lui et prononce ces paroles rapides :
228 « Ami, puisque c'est toi que je rencontre le premier en ce pays, je te salue. Ne m'aborde point en ennemi ; conserve-moi mes richesses et sois mon sauveur. Je t'implore comme un immortel et j'embrasse tes genoux. Parle-moi donc sincèrement, afin que je sache la vérité. Quel est ce pays ? quel est ce peuple et quels sont les hommes qui habitent ces contrées ? Suis-je ici dans une île aux roches élevées, ou cette plage, baignée par la mer, tient-elle au fertile continent ?
236 Minerve aux yeux d'azur lui répond aussitôt :
« Étranger, tu es donc privé de raison, ou tu viens de bien loin, puisque tu me demandes quel est ce pays ! — Cette île n'est cependant point sans renommée : des peuples nombreux la connaissent, soit qu'ils habitent les régions de l'Aurore et du Soleil, soit qu'ils résident dans des contrées opposées, au sein des ténèbres. Cette terre est âpre et peu favorable aux coursiers ; elle n'est pas d'une grande étendue, mais elle est féconde. Ici le froment et la vigne croissent en abondance, car les pluies et la rosée fertilisent la terre ; ici se trouvent de riches pâturages pour les brebis et les chèvres, et des forêts sombres et touffues ; ici coulent d'abondantes fontaines qui ne tarissent jamais. Sache donc enfin, noble étranger, que le nom d'Ithaque est parvenu ; jusque dans la ville de Troie, qu'on dit être fort éloignée de l'Achaïe. »
250 A ces mots le divin Ulysse goûte une douce joie ; car il vient d'entendre parler de sa patrie. Il s'empresse de répondre à la déesse, mais sans lui dire la vérité ; le héros compose quelque discours en conservant toujours dans sa poitrine un esprit fertile en ruses.
256. « J'ai souvent, dit-il, entendu parler d'Ithaque dans la vaste Crète située au delà des mers. J'arrive maintenant avec toutes ces richesses, et j'en ai laissé encore autant à mes enfants chéris. Je fuis après avoir tué le fils bien-aimé d'Idoménée, le léger Orsiloque, qui, dans la vaste Crète, l'emportait sur tous les autres Crétois par la rapidité de sa course. Je tuai ce héros parce qu'il voulut me ravir les dépouilles troyennes pour lesquelles je souffris en affrontant les combats des guerriers et la fureur des flots. Je ne voulus jamais servir sous les ordres de son père dans les plaines de Troie ; car je commandais moi-même à d'autres guerriers. Je me mis en embuscade avec un de mes compagnons, et je frappai Orsiloque de ma lance garnie d'airain lorsque ce héros revenait des champs : une nuit sombre régnait dans les cieux, et aucun mortel ne m'aperçut quand je le privai de la vie. Après l'avoir tué je montai dans un navire phénicien, je donnai aux nautonniers qui s'y trouvaient une riche rançon ; je les priai de me conduire et de me déposer à Pylos ou dans la divine Élide gouvernée par les Épéens. La violence des vents nous jeta sur ces bords malgré les efforts des rameurs ; car les Phéniciens ne cherchaient point à me tromper, Nous errâmes longtemps sur les côtes de la mer ; enfin nous arrivâmes sur cette plage pendant la nuit. Nous entrâmes avec peine dans le port ; et quoique tourmenté par la faim, nous ne songeâmes point à préparer notre repas : nous nous couchâmes tous en sortant de notre vaisseau. Alors un doux sommeil s'empara de mes membres fatigués. Les Phéniciens sortirent mes richesses du creux navire et les déposèrent sur le sable où j'étais couché ; ensuite il se rembarquèrent et firent voile pour la populeuse Sidon. Moi je restai sur le rivage le cœur accablé de chagrin.
287 A ces mots la déesse aux yeux d'azur sourit et caresse de sa main le divin Ulysse. Tout à coup elle paraît sous les traits d'une femme belle, majestueuse et savante dans les travaux les plus délicats ; puis elle adresse au héros ces rapides paroles :
291 « Certes il serait adroit et ingénieux celui qui, par astuce, l'emporterait sur toi, quand même ce serait un dieu. ! Homme incorrigible, toujours fertile en stratagèmes, tu ne renonceras donc jamais à tes ruses, tu ne te lasseras donc pas, même au sein de ta patrie, de recourir à ces trompeuses paroles qui te sont chères depuis ton enfance! Mais cessons de tels discours, puisque l'un et l'autre nous connaissons également tous ces subterfuges. Toi, lu l'emportes sur les autres hommes par tes conseils et par tes paroles ; moi, parmi les dieux, je suis honorée par mon esprit et par mes ruses. Comment, divin Ulysse, tu n'as point encore reconnu Pallas-Minerve, la fille de Jupiter ! C'est cependant moi qui t'assiste, qui veille sur toi et qui t'ai fait chérir de tous les Phéaciens. Maintenant je viens ici pour le donner les moyens de cacher tes richesses, et pour te dire tout ce que le destin te réserve dans ton superbe palais. Ulysse, tu supporteras des maux sans nombre ; car la nécessité t'y contraint. Tu ne feras connaître à aucun homme, à aucune femme, à personne, enfin, que tu es venu en ces lieux comme un fugitif. Souffre en silence de nombreuses douleurs et endure patiemment les outrages des hommes. »
311. Le prudent Ulysse lui répond aussitôt :
« Ô déesse, il serait difficile à un mortel de te reconnaître, fût-il même le plus habile de tous les hommes ; car lu peux prendre, toi, toutes les formes qu'il te plaît. Moi je sais combien tu m'as été favorable tant que nous, fils des Achéens, nous avons combattu dans les champs d'Ilion. Cependant lorsque nous eûmes ravagé la haute ville de Priam, que nous fûmes montés sur nos vaisseaux et qu'un dieu eut dispersé les Achéens, je cessai de t'apercevoir, ô fille de Jupiter, et je ne le vis point entrer dans mon navire pour éloigner de moi tout danger. Triste et chagrin, j'errais sur la mer en attendant que les immortels me délivrassent de mes maux. Naguère, au milieu du peuple fortuné des Phéaciens, tu m'as, il est vrai, rassuré par tes paroles, et je fus par toi-même conduit dans leur ville. J'embrasse donc tes genoux, ô déesse ; je te supplie, au nom de ton père (je crains de n'être pas encore dans l'île d'Ithaque, mais sur une terre étrangère : c'est, je pense, pour me railler et séduire mon esprit que tu parles ainsi ), de me dire si réellement je suis dans ma chère patrie. »
329. Minerve aux yeux d'azur réplique par ces mots :
« Ta poitrine renferme toujours les mêmes pensées. Je ne puis cependant pas t'abandonner dans l'infortune ; car tu es à la fois bienveillant (03), ingénieux et sage. Tout autre, sans hésiter, serait allé dans sa maison, au retour de ses longs voyages, pour revoir sa femme et ses enfants ; mais toi tu ne veux rien connaître, tu ne veux rien apprendre avant d'avoir éprouvé ton épouse, qui repose tristement dans sa demeure et passe ses jours et ses nuits dans les larmes. Ulysse, j'étais persuadée qu'un jour tu reviendrais en ces lieux après avoir perdu tous tes compagnons ; mais je ne voulais point lutter avec Neptune, le frère de mon père, Neptune qui te poursuit sans cesse de sa vengeance, furieux de ce que tu privas jadis de la vue son fils bien-aimé. Mais pour bien te convaincre, je viens te montrer le pays d'Ithaque. Voici le port de Phorcyne, du vieillard de la mer : à son sommet s'élève l'olivier aux larges feuilles, voici tout près l'antre agréable et profond, retraite sacrée des nymphes qui sont appelées Naïades ; c'est dans cette sombre grotte que souvent toi-même tu sacrifias aux nymphes de parfaites hécatombes. Enfin, voici le mont Nérite, ombragé de forêts. »
352 En parlant ainsi, la déesse dissipe le nuage ; soudain toute la contrée apparaît aux yeux d'Ulysse. L'intrépide héros, en revoyant sa patrie, goûte une douce joie, et baise la terre féconde ; puis, élevant ses mains, il implore les nymphes en ces termes :
« Nymphes Naïades, filles de Jupiter, je n'espérais plus vous revoir ! Maintenant je vous salue puisque mes vœux sont exaucés ! Je vous comblerai comme autrefois de présents magnifiques si la bienveillante Minerve, la protectrice des guerriers, me laisse vivre au milieu des mortels et veille sur les jours de mon fils chéri ! »
361 Minerve adresse aussitôt ces paroles à Ulysse :
« Rassure-toi, vaillant héros, et que de tels soins ne troublent point ta pensée. Cachons promptement tes richesses dans le fond de cet antre, afin que tu puisses les conserver; nous délibérerons ensuite sur le parti que nous devons prendre. »
366 A ces mots Minerve pénètre dans la grotte profonde et y cherche un réduit caché. Ulysse porte toutes ses richesses, l'or, l'airain solide et durable, et les superbes vêtements que lui donnèrent les Phéaciens, puis il les dépose soigneusement au fond de l'antre. La fille du dieu qui tient l'égide, place une pierre devant l'entrée de la grotte.
Minerve et Ulysse, assis tous deux au pied de l'olivier sacré, méditent la mort des orgueilleux prétendants. La déesse la première dit :
« Noble fils de Laërte, ingénieux Ulysse, voyons maintenant comment tu feras sentir la force de ton bras à ces prétendants qui, depuis trois années, règnent dans ton palais, et désirent obtenir ta noble épouse par de riches présents. Pénélope, soupirant après ton retour, les comble tous d'espoir et de promesses en leur envoyant des messages ; mais son âme a conçu d'autres pensées. »
381 Le prudent Ulysse l'interrompt et lui dit :
« Hélas ! comme Agamemnon, fils d'Atrée, je serais mort dans mon propre palais, si toi-même, ô déesse, tu ne m'avais instruit de tout avec sincérité ! Maintenant donne-moi les moyens de punir ces insensés prétendants. Reste auprès de moi et remplis mon cœur du même courage dont tu m'animas jadis lorsque nous renversâmes les brillants remparts d'Ilion. Si tu voulais encore me secourir avec le même zèle, je pourrais combattre trois cents guerriers ; car je serais alors protégé par toi, vénérable déesse ! »
392 Minerve réplique en disant :
« Je serai toujours à tes côtés et je veillerai sur toi noble héros.
Les fiers prétendants qui dévorent ton héritage souilleront de leur sang et de leur cervelle le sol immense de ton palais. Je te rendrai méconnaissable à tous les hommes ; je riderai ta peau délicate sur tes membres flexibles, je dépouillerai ta tête de sa blonde chevelure, et je te couvrirai de lambeaux si hideux que tout mortel en t'apercevant sera saisi d'horreur ; puis je ternirai tes yeux autrefois si brillants, afin que tu inspires du dégoût aux prétendants orgueilleux, à ton épouse et au fils chéri que tu laissas jadis dans ta demeure. — Rends-toi d'abord auprès du gardien de tes porcs, il t'est dévoué et il aime ton fils ainsi que la prudente Pénélope ; tu le trouveras assis au milieu des troupeaux qui paissent sur le rocher du Corax, près de la fontaine Aréthuse, qui mangent le gland nourrissant et boivent l'onde limpide afin d'entretenir leur graisse florissante. Tu resteras en ces lieux pour t'informer de tout ce qui t'intéresse, tandis que moi j'irai à Sparte, patrie des belles femmes, pour y chercher Télémaque, ton fils chéri. Ce jeune héros s'est rendu dans la vaste Lacédémone, auprès de Ménélas, pour s'informer de ta destinée et pour savoir dans quel lieu tu respires encore. »
416. Le prudent Ulysse lui répond aussitôt :
« Pourquoi ne lui avoir pas dit tout ce que tu savais ? Faut-il que Télémaque erre maintenant sur la mer stérile et qu'il souffre des malheurs sans nombre pendant que des étrangers dévorent son héritage ? »
420 Minerve aux yeux d'azur réplique à ces paroles :
« Ulysse, que son sort ne te donne aucune inquiétude. C'est moi-même qui l'ai conduit à Sparte pour qu'il y obtînt de la gloire. En ce moment ton fils n'éprouve aucune peine ; il est heureux et il repose dans le palais d'Atride, où pour lui tout est en abondance. Cependant des hommes audacieux se tiennent en embuscade sur leur navire et désirent tuer ton fils avant qu'il ne touche à la terre de sa patrie ; mais ils n'accompliront pas ce funeste projet : car auparavant la terre renfermera un grand nombre de ces orgueilleux prétendants qui dévorent son héritage (04) ! »
429 En disant ces mots, Minerve le frappe d'une baguette, et ride la peau délicate d'Ulysse sur ses membres flexibles ; elle dépouille la tête du héros de sa blonde chevelure et donne au fils de Laërte tout l'extérieur d'un vieillard cassé par l'âge ; puis elle ternit les yeux d'Ulysse, autrefois si vifs, si brillants. La déesse lui jette ensuite sur les épaules un manteau hideux, une mauvaise tunique sale, déchirée et noircie par une fumée épaisse ; elle lui fait présent de la dépouille usée d'un cerf agile, d'un bâton et d'une pauvre besace toute trouée : à cette besace pend une courroie qui sert de bandoulière.
439 Tous les deux se séparent après s'être consultés, et Minerve se rend dans la divine Lacédémone, auprès du fils d'Ulysse.
Notes, explications et commentaires
LIVRE XIII honore l'homme), qu'Homère donne à l’airain, n'a été rendue par aucun traducteur français. Madame Dacier passe tout le passage sous silence. Bitaubé dit : dons honorables, et Dugas-Montbel : airain étincelant. Celle épithète n'a été rendue que par les savants Clarke, Dubner et Voss.
LIVRE XIII
(02) Aristote, au sujet de ce passage, fait une observation digne de remarque : « Dans l’Odyssée, dit-il, les absurdités racontées à l'endroit où les Phéaciens déposent Ulysse sur le rivage ne seraient pas tolérables, et sauteraient aux yeux, si c'eût été un poète médiocre qui les eût dites ; mais Homère les cache sous tant de beautés, qu'il répand des charmes sur ce qui est absurde. » M. et madame Dacier, dit Dugas-Montbel, sont transportés de cette explication, et sont tout prêts à soutenir qu'il est fort heureux qu'Homère ait dit des absurdités. Mais, quoi qu'en dise Aristote, Homère n'est point absurde ; car l'absurde perce en dépit de toutes les beautés. Homère n'exprime ici qu'une tradition, comme il fait toujours. On croyait alors en Grèce qu'Ulysse avait été déposé endormi sur le rivage, et les poètes le redisaient dans leurs chants. Celle aventure n'est pas plus absurde que mille autres de l’Iliade et de l’Odyssée, qui ne sont point ridicules parce qu'on y croyait. L'absurde serait de les avoir inventées. Quand on part de l'idée que les chants des anciens âges ne sont qu'un poème arrangé à loisir, on se jette dans de grands embarras ; tandis qu'en admettant des croyances générales, tout s'explique naturellement. Les croyances des peuples ont beau être absurdes, elles sont toujours poétiques.
(03) Dugas-Montbel a commis ici un non-sens en traduisant ἐπητής (affable) par éloquent. Homère ne donne point cette épithète à ceux qui parlent, mais au contraire, à ceux à qui l’on parle, ce qui est fort différent.
(04) Dugas-Montbel fait observer que Knight, n'admet pas ce vers ; selon ce critique, les anciens manuscrits ne le portent pas, et il n'est point donné par Eustathe. Knight prétend qu'il est pris dans l’Odyssée, XIII, vers 396, et XIV, vers 332. Wolf renferme ce vers entre deux parenthèses. En ce cas, le sens serait simplement : « La terre engloutira quelqu'un » tournure qui a quelque analogie avec celle-ci du V livre de l'Iliade :
Auparavant un autre, en tombant, rassasiera Mars de son sang. » — Ces deux vers sont reproduits au quinzième chaut de l’Odyssée, et dans cet autre passage ils sont tous les deux contestés par Knight. (Dugas-Montbel, Observations sur le chant XIII. )
Homère, Odyssée, livre XIV (bilingue)
HOMERE
ODYSSEE
Traduction française : BARESTE.
chant 13
chant 15
ODYSSEE
21
30
36
155
80
109
ULYSSE ET EUMÈE.
lors le divin Ulysse s'éloigne du port ; il suit à travers les montagnes couvertes de forêts l'âpre sentier indique par Minerve, pour se rendre auprès du pasteur qui veille avec soin sur tous les biens de son maître.
Il le trouve assis sous le vestibule, dans une cour belle, vaste et de forme circulaire ; cette cour, qui se trouvait dans un endroit élevé, avait été construite avec de grosses pierres par le pasteur lui-même pour ses troupeaux, pendant l'absence d'Ulysse et sans l'ordre ni de sa maîtresse, ni du vieux Laërte ; puis il l'entoura d'une haie d'épines. A l'extérieur s'élevait une forte palissade de pieux serrés et coupés au cœur du chêne dans l'intérieur se trouvaient douze étables rapprochées entre elles où couchaient les porcs. Cinquante truies fécondes reposaient dans chacune de ces étables ; les mâles couchaient en dehors, et ils étaient moins nombreux, car les prétendants les diminuaient chaque jour en les mangeant à leurs repas ; le pasteur leur envoyait sans cesse les meilleurs de ces porcs ; cependant on en comptait encore trois cent soixante. Là veillaient aussi, semblables à des bêtes féroces, quatre chiens énormes que nourrissait le chef des pasteurs. En ce moment celui-ci plaçait à ses pieds une chaussure qu'il avait lui-même taillée dans la peau colorée d'un bœuf. Les autres pâtres étaient dispersés ça et là ; trois seulement étaient encore auprès des troupeaux ; un quatrième avait été envoyé à la ville pour conduire le porc qu'on était contraint de livrer aux fiers prétendants, afin que ceux-ci goûtassent ces chairs délicieuses après avoir fait les sacrifices.