La Hiérarchie céleste et ecclésiastique (page 2)
I. Joan., 4, 12.
(27) Gen., 3, 8, et 18, 1.
(28) Num.,9 ; Act., 7 ; Galat., 3.
(29) Luc., 1, 13.
(30) Ibid.
(31) Matth., cap. 2
(32) Luc., 22 , 43.
(33) lsaie, 9.
(34) Psalm., 10-2 ; Matth., 2, 5
(35) Ezech,, I ; Isaie, 6.
(36) Psalm., 23 , 10.
(37) Isaiœ , 63 , 1.
(38) Isaie, 1 et 2.
(39) Ezech., 3, 12.
(40) Isaiae, 6, 3.
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211 CHAPITRE VIII.
DE LA SECONDE HIÉRARCHIE, QUI SE COMPOSE DES DOMINATIONS, DES VERTUS ET DES PUISSANCES.
ARGUMENT. — I. On explique ce que signifient les nems des Dominations , des Vertus et des Puissances ; et comment cette seconde hiérarchie reçoit l'illumination divine. II.. On fait comprendre de quelle façon les esprits inférieurs reçoivent la lumière par le moyen des esprits supérieurs.
I. Passons maintenant à la seconde classe des célestes intelligences, et, d'un œil spiritualisé, essayons de contempler les dominations et les admirables phalanges des puissances et des vertus; car toute appellation donnée à ces êtres supérieurs révèle les propriétés augustes par lesquelles ils se rapprochent de la divinité.
Ainsi le nom des saintes dominations désigne, je pense, leur spiritualité sublime et affranchie de toute entrave matérielle, et leur autorité à la fois libre et sévère, que ne souille jamais la tyrannie d'aucune vile passion. Car ne subissant ni la honte d'aucun esclavage, ni les conditions d'une dégradante chute, ces nobles intelligences ne sont tourmentées que du besoin insatiable de posséder celui qui est la domination essentielle et l'origine de toute domination ; elles se façonnent elles-mêmes et façonnent les esprits subalternes à la divine ressemblance ; méprisant
212 toutes choses vaines, elles tournent leur activité vers l'être véritable, et entrent en participation de son éternelle et sainte principauté.
Le nom sacré des vertus me semble indiquer cette mâle et invincible vigueur qu'elles déploient dans l'exercice de leurs divines fonctions, et qui les empêche de faiblir et de céder sous le poids des augustes lumières qui leur sont départies. Ainsi portées avec énergie à imiter Dieu, elles ne font pas lâchement défaut à l'impulsion céleste ; mais contemplant d'un œil attentif la vertu suressentielle, originale, et s'appliquant à en reproduire une parfaite image, elles s'élèvent de toutes leurs forces vers leur archétype, et à leur tour s'inclinent, à la façon de la divinité, vers les essences inférieures pour les transformer.
Le nom des célestes puissances, qui sont de même hiérarchie que les dominations et les vertus, rappelle l'ordre parfait dans lequel elles se présentent à l'influence divine, et l'exercice légitime de leur sublime et sainte autorité. Car elles ne se livrent pas aux excès d'un tyrannique pouvoir; mais s'élançant vers les choses d'en haut avec une impétuosité bien ordonnée, et entraînant avec amour vers le même but les intelligences moins élevées, d'un côté elles travaillent à se rapprocher de la puissance souveraine et principale; et de l'autre, elles la réfléchissent sur les ordres angéliques par les admirables fonctions qu'il leur est donné de remplir. Ornée de ces qualités sacrées, la seconde hiérarchie des esprits célestes obtient pureté, lumière et perfection en la manière que nous avons dite, par les splendeurs divines que lui transmet la première hiérarchie, et qui ne lui viennent ainsi qu'au second degré de leur manifestation.
213 II. Ainsi la communication de la science qui se fait à un ange par le ministère d'un autre ange, explique comment les dons célestes semblent perdre de leur éclat, à mesure que, s'éloignant de leur origine, ils s'abaissent sur des êtres moins élevés. Car comme nos maîtres dans les choses saintes enseignent que l'intuition pure nous instruit plus parfaitement que toute communication médiatement reçue, de même je pense que la participation directe à laquelle sont appelés les anges supérieurs, leur manifeste mieux la divinité, que s'ils étaient initiés par d'autres créatures.
C'est pour cela aussi que notre tradition sacerdotale dit que les esprits du premier rang purifient, illuminent et perfectionnent les intelligences moins nobles, qui, par ce moyen , s'élèvent vers le principe suressentiel de toutes choses , et entrent, autant que leur condition permet, en part de la pureté, de l'illumination et de la perfection mystiques. Car c'est une loi générale, établie par l'infinie sagesse, que les grâces divines ne sont communiquées aux inférieurs que par le ministère des supérieurs. Vous trouverez cette doctrine exprimée dans les Écritures. Ainsi quand Dieu, par clémence paternelle, eut châtié Israël prévaricateur, en le livrant pour sa conversion et son salut au joug odieux des nations barbares, il voulut encore, essayant de ramener au bien les tendres objets de sa sollicitude, briser leurs chaînes et les rétablir en la douceur de leur antique félicité : or, en celte circonstance, un homme de Dieu, nommé Zacharie , vit un de ces anges qui entourent la divinité au premier rang (41)
(car comme 214 j'ai dit, la dénomination d'anges est commune à toutes les célestes essences) L'auguste intelligence recevait de Dieu même de consolantes paroles; à sa rencontre s'avançait un esprit d'ordre inférieur, comme pour connaître ce qui avait été révélé. Et effectivement, informé du conseil divin par cette initiation mystérieuse, il eut ordre d'en instruire à son tour le prophète, qui apprit ainsi que Jérusalem au sein de l'abondance se réjouirait de la multitude de ses habitants. Un autre théologien, Ezéchiel, nous fait savoir (42)
que le Seigneur très-glorieux, qui règne sur les chérubins, porta ce décret dans son adorable justice : que dans les châtiments paternels qui devaient corriger, comme il a été dit, le peuple israélite, les innocents seraient miséricordieusement séparés des coupables. Cette disposition est communiquée au premier des chérubins dont les reins brillent sous une ceinture de saphir, et qui a revêtu la robe flottante des pontifes. En même temps, il reçoit ordre de transmettre le secret divin aux autres anges armés de haches. Car pour lui, il doit traverser Jérusalem, et placer un signe sur le front des hommes innocents; et aux autres il est dit: Suivez-le au travers de la ville; frappez, et que votre œil ne se laisse point attendrir; mais n'approchez pas de ceux qui sont marqués du signe. N'est-ce point par semblable disposition qu'un ange dit à Daniel : Le décret est prononcé (43)? et qu'un esprit du premier ordre va prendre des charbons ardents au milieu des chérubins (44)? Et ne reconnaît-on pas plus nettement encore cette distinction hiérarchique des anges , en voyant un chérubin placer ces charbons dans les 215 mains de cet autre qui est revêtu de l'étole sacrée? en voyant qu'on appelle l'archange Gabriel et qu'on lui dit: Fais entendre cette vision au prophète (45)? en apprenant enfin tout ce que rapportent les théologiens touchant l'admirable subordination des chœurs angéliques? Type auguste que notre hiérarchie doit reproduire aussi parfaitement qu'il lui est possible, pour être comme un reflet de la beauté des anges, et pour nous élever par leur ministère vers le principe absolu de toute suprématie et autorité.
216 CHAPITRE IX.
DE LA DERNIÈRE HIÉRARCHIE CÉLESTE, QUI COMPREND LES PRINCIPAUTÉS, LES ARCHANGES ET LES ANGES.
ARGUMENT. — On expose , I, ce que signifie le nom des Principautés II, des Archanges et des Anges, et quelles sont leurs fondions respectives. III On prouve qu'il ne faut pas accuser les Anges du peu de profit que certaines âmes tirent de leur direction, ni eux, ni Dieu ne faisant défaut à personne ; IV, que la Providence divine embrasse tous les peuples, quoique Israël ait été nommé la part spéciale du Seigneur.
I. Il nous reste à considérer la dernière des hiérarchies célestes en laquelle brillent les saintes principautés, les archanges et les anges. Mais je crois qu'il faut d'abord constater, comme nous pourrons, le sens de leurs nobles qualifications. Or, le nom des célestes principautés fait voir qu'elles ont le secret divin de commander avec ce bon ordre qui convient aux puissances supérieures ; de se diriger invariablement elles-mêmes et de guider avec autorité les autres vers celui qui règne par-dessus tout; de se former, au degré où c'est possible, sur le modèle de sa principauté originale et de manifester enfin son autorité souveraine par la belle disposition de leurs propres forces.
217 tefois, comme j'ai dit ailleurs, qu'ils forment aussi une seule et même division avec les anges. Mais comme toute hiérarchie comprend de premières, de secondes et de troisièmes puissances, l'ordre sacré des archanges est un milieu hiérarchique où les extrêmes se trouvent harmonieusement réunis. En effet, il a quelque chose de commun avec les principautés et avec les anges tout ensemble. Comme les unes, il se tient éperdument tourné vers le principe suressentiel de toutes choses, et s'applique à lui devenir semblable, et mène les anges à l'unité par l'invisible ressort d'une autorité sage et régulière ; comme les autres, il remplit les fonctions d'ambassadeur, et, recevant des natures supérieures la lumière qui lui revient, il la transmet avec divine charité d'abord aux anges et ensuite par eux à l'humanité, selon les dispositions propres de chaque initié. Car, comme on l'a déjà vu, les anges viennent compléter les différents ordres des esprits célestes, et ce n'est qu'en dernier lieu et après tous les autres que leur échoit la perfection angélique. Pour cette raison et eu égard à nous, le nom d'anges leur va mieux qu'aux premiers, les fonctions de leur ordre nous étant plus connues et touchant te monde de plus près. Effectivement il faut estimer que la hiérarchie supérieure et plus proche par son rang du sanctuaire de la divinité, gouverne la seconde par des moyens mystérieux et secrets; à son tour, la seconde, qui renferme les dominations, les vertus et les puissances, conduit la hiérarchie des principautés, des archanges et des anges d'une-façon plus claire que ne fait la première, mais plus cachée aussi que ne fait la troisième ; celle-ci enfin, qui nous est mieux connue , régit les hiérarchies humaines l'une par 218 l'autre, afin que l'homme s'élève et se tourne vers Dieu, communie et s'unisse à lui, en suivant les mêmes degrés par lesquels, au moyen de la merveilleuse subordination des hiérarchies diverses, la divine bonté a fait descendre vers nous les saintes émanations des lumières éternelles. C'est pourquoi les théologiens assignent aux anges la présidence de nos hiérarchies, attribuant à saint Michel le gouvernement du peuple juif et à d'autres le gouvernement d'autres peuples (46); car l'Eternel a posé les limites des nations en raison du nombre de ses anges (47).
III. Si l'on demande comment donc il s'est fait que les Hébreux seuls furent appelés à la connaissance de la vérité, nous répondrons qu'il ne faut pas imputer à l'administration des bons anges la chute universelle des peuples dans l'idolâtrie, mais que, de leur propre mouvement, les hommes eux-mêmes sont sortis de la voie qui mène à Dieu, entraînés par orgueil et perversité dans le culte honteux des divinités mensongères. Au reste, nous avons des preuves que les mêmes choses arrivèrent à Israël. « Tu as rejeté la connaissance de Dieu, dit le prophète, et tu es allé après les désirs de ton cœur (48). » Car ni la fatalité ne domine notre vie, ni la liberté des créatures ne saurait éteindre les lumières que leur envoie la divine Providence ; seulement, à raison de l'inégalité que présentent les différents esprits, ou bien ils ne participent nullement, par suite d'une triste résistance, à l'effusion des splendeurs célestes, ou bien le rayon divin, malgré son unité, sa simplicité parfaite, son immutabilité et sa plénitude, leur est communiqué en des proportions diverses avec plus ou
219 moins d'abondance, plus ou moins de clarté. Et effectivement, les autres nations d'où nous avons nous-mêmes élevé les yeux vers cet immense océan de lumière à la participation de laquelle tous sont libéralement conviés, les autres nations n'étaient point régies par je ne sais quels dieux étrangers, mais bien par l'unique principe de tout ; et l'ange gardien de chacune d'elles entraînait vers la vérité souveraine les bommes de bonne volonté. Et ici rappelez-vous en preuve Melchisédech, cet bomme si aimé des cieux, zélé pontife, non pas d'imaginaires divinités, mais du Très-Haut, qui est seul réellement Dieu (49). Or, les théologiens ne l'appellent pas seulement serviteur de l'Eternel, ils le nomment encore prêtre, pour montrer aux esprits clairvoyants que non-seulement il était resté fidèle à celui qui est, mais qu'il initiait aussi ses frères à la connaissance de la seule vraie divinité.
IV. Je veux rappeler encore à votre science sacerdotale que les soins providentiels et l'absolu pouvoir de Dieu furent manifestés en songe à Pharaon par l'ange des Egyptiens (50) et à Nabuchodonosor par l'ange de Babylone (51), et que Joseph et Daniel, serviteurs du vrai Dieu, et qui égalaient presque les anges en sainteté, furent préposés à ces peuples pour expliquer les visions figuratives dont la divinité leur avait à eux-mêmes appris le secret par le ministère des célestes esprits : car il n'y a qu'un seul principe de tout et une seule Providence. C'est pourquoi on ne doit pas s'imaginer qu'une sorte de hasard ait fait échoir à Dieu le gouvernement de la Judée, et qu'en dehors de son empire, les anges ses rivaux ou 220 ses adversaires, ou même quelques autres dieux, président aux destinées du reste du monde. Certes, si on les comprend bien, nos Lettres sacrées ne veulent pas dire que Dieu ait partagé avec d'autres dieux ou avec les anges l'administration de l'univers, tellement qu'en cette division la nation hébraïque fût devenue son lot ; mais elles veulent dire qu'une même et universelle Providence ayant spécialement désigné certains anges, commit à leur garde le salut de tous les hommes , et que , parmi l'infidélité générale, les enfants de Jacob conservèrent presque seuls le trésor des saintes lumières et la connaissance du Très-Haut. De là vient que l'Ecriture, présentant Israël comme voué au culte du vrai Dieu : «
II est devenu la portion du Seigneur, ajoute-t-elle (52).
» Et à dessein de montrer qu'à l'égal des autres peuples Israël avait été confié à l'un des anges, pour apprendre sous sa conduite à connaître le principe unique de toutes choses, elle rapporte que saint Michel est le guide sacré des Juifs (53). Par là, elle nous fait entendre qu'il n'y a dans l'univers qu'une seule et même Providence infiniment élevée par sa nature au-dessus de toutes puissances visibles et invisibles ; que l'ange préposé à chaque nation attire vers la divinité, comme vers leur propre principe, ceux qui le suivent de tout l'effort de leur bonne volonté.
221 CHAPITRE X.
RÉsumÉ Et Conclusion De Ce Qui A ÉtÉ Dit Touchant L'ordre AngÉlique.
ARGUMENT. — On fait voir, I, que les plus élevés des Auges sont éclairés d'une lumière plus parfaite ; II, que la subordination hiérarchique se maintient dans cette transmission de la lumière; III, que les Anges et les hommes sont doués d'une triple faculté.
I. De ce qui a été dit, on doit inférer que les intelligences du premier rang qui approchent le plus de la divinité, saintement initiées par les splendeurs augustes qu'elles reçoivent immédiatement, s'illuminent et se perfectionnent sous l'influence d'une lumière à la fois plus mystérieuse et plus évidente; plus mystérieuse, parce qu'elle est plus spirituelle et douée d'une plus grande puissance de simplifier et d'unir ; plus évidente, parce qu'alors, puisée à sa source, elle brille de son éclat primitif, qu'elle est plus entière et qu'elle pénètre mieux ces pures essences. A cette première hiérarchie obéit la deuxième ; celle-ci commande à la troisième, et la troisième est préposée à la hiérarchie des hommes; et ainsi, par divine harmonie et juste proportion, elles s'élèvent l'une par l'autre vers celui qui est le souverain principe et la fin de toute belle ordonnance.
II. Or, tous les esprits sont les interprètes et les 222 envoyés d'une puissance supérieure. Les premiers portent les volontés immédiates de la divinité, que d'autres reçoivent pour les transmettre à ceux qui viennent ensuite. Car notre Dieu, en qui toutes choses forment une harmonie sublime, a tellement constitué la nature des êtres, soit raisonnables, soit purement intellectuels, et réglé leur perfectionnement , que chaque hiérarchie forme un tout parfaitement organisé et comprend des puissances de trois degrés divers. Même, à vrai dire, chaque degré offre en lui ce merveilleux accord : c'est pour cela sans doute que la théologie représente les pieux séraphins comme s'adressant l'un à l'nuire (54), enseignant ainsi avec parfaite évidence, selon moi, que les premiers communiquent aux seconds la connaissance des choses divines.
III. Bien plus, j'ajouterai avec raison qu'on doit spécialement distinguer en toute intelligence humaine ou angélique des facultés de premier, second et troisième degré, correspondant précisément aux trois ordres d'illumination qui sont propres à chaque hiérarchie; et c'est en traversant ces degrés successifs que les esprits participent, en la manière où ils le peuvent, à la pureté non souillée, à la lumière surabondante et à la perfection sans bornes. Car rien n'est parfait de soi; rien n'exclut la possibilité d'un perfectionnement ultérieur, sinon celui qui est par essence la perfection primitive et infinie.
223 CHAPITRE XI.
POURQUOI LES ESPRITS ANGÉLIQUES SONT NOMMÉS GÉNÉRALEMENT VERTUS CÉLESTES.
ARGUMENT. — On rappelle, I, que les purs esprits ne sont pas nommés Vertus célestes par la même raison qu'ils sont appelés Anges ; II, que ce nom de Vertus, qui leur est appliqué à tons indistinctement, n'établit pas la confusion des ordres divers et des facultés particulières; mais que tous étant essence, vertu et activité, peuvent être appelés Essences, Venus et Puissances.
I. Maintenant il importe de considérer pour quelle raison nous avons coutume de donner indistinctement à toutes les natures angéliques le nom de vertus célestes (55). Or, on ne saurait faire ici le raisonnement qu'on a fait plus haut (56); on ne saurait dire que le rang des vertus soit le dernier parmi les hiérarchies invisibles, et que, comme les puissances supérieures possèdent tous les dons communiqués aux puissances inférieures, et non pas réciproquement, il en résulte que toutes les divines intelligences doivent être appelées vertus, et non pas séraphins, trônes et dominations. Ce raisonnement ne vaut pas, disons-nous; car les anges, et au-dessus d'eux les archanges, les principautés et les puissances ne sont placés 224 par la théologie qu'après les vertus, et, par suite, ne participent pas à toutes leurs propriétés; et toutefois nous les nommons vertus célestes aussi bien que les autres sublimes esprits.
II. Néanmoins, en généralisant ainsi cette dénomination, nous n'entendons pas confondre les propriétés des différents ordres; seulement, comme par la loi sublime de leur être on distingue dans tous les purs esprits l'essence, la vertu et l'acte, si tous ou quelques-uns d'entre eux sont dits indifféremment essences ou vertus célestes, il faut estimer que cette locution désigne ceux dont nous voulons parler, précisément par l'essence ou la vertu qui les constitue. Certainement, après les distinctions si nettes que nous avons établies , nous n'irons pas attribuer aux natures moins parfaites des prérogatives suréminentes , et troubler de la sorte l'harmonieux accord qui règne parmi les rangs des anges; car, ainsi qu'on l'a déjà remarqué plus d'une fois, les ordres supérieurs possèdent excellemment les propriétés des ordres inférieurs ; mais ceux-ci ne sont point armés de toute la perfection des autres, qui, recevant sans intermédiaire les splendeurs divines, ne les transmettent aux natures moins élevées qu'en partie et au degré où elles en sont capables.
225 CHAPITRE XII.
D'OU VIENT QUE L'ON DONNE LE NOM D'ANGES AUX PONTIFES DE NOTRE HIÉRARCHIE.
ARGUMENT. — I. On recherche pourquoi le prêtre «t nommé par on prophète l'Ange du Seigneur tout-puissant, quand il est certain que h perfection des supérieurs ne se trouve pas dans les inférieurs. II. On répond que les inférieurs, quoiqu'ils n'égalent pas la perfection des supérieurs, les imitent, leur ressemblent par quelque endroit, remplissent des fonctions analogues ans leurs, et peuvent recevoir leur nom. III. On confirme la justesse de cette solution en observant que les Anges et les hommes sont quelquefois appelés Dieux.
I. Ceux qui s'appliquent à la méditation de nos profonds oracles adressent encore cette question : S'il est vrai que l'inférieur ne partage pas entièrement les qualités du supérieur, pourquoi dans les saintes Ecritures nos pontifes sont-ils appelés anges du Seigneur tout-puissant (57)?
II. Or cette parole ne semble point opposée à nos précédentes assertions; car, si la perfection des premiers ordres ne se trouve pas chez les derniers dans toute son excellence, néanmoins elle leur est communiquée en partie, et selon le degré de leur capa-
226 cité, par la loi de cette universelle harmonie qui unit si intimement toutes choses. Par exemple, les chérubins jouissent sans doute d'une sagesse et d'une connaissance merveilleuses ; mais les esprits inférieurs participent aussi à la sagesse et à la connaissance, d'une façon moins sublime, il est vrai, et moins abondamment, parce qu'ils sont moins dignes. Ainsi le don de la connaissance et de la sagesse est commun à toutes les intelligences célestes; mais ce qui est propre à chacune d'elles, ce qui est déterminé par leur nature respective , c'est de recevoir le bienfait divin immédiatement et en premier lieu , ou bien médiatement et en degré inférieur. Et l'on ne se trompe pas, en appliquant ce même principe à tous les esprits angéliques; car, comme dans les premiers brillent éminemment les augustes attributs des derniers, de même ceux-ci possèdent les qualités de ceux-là, toutefois avec moins d'excellence et de perfection. Il n'est donc pas absurde, comme on voit, que la théologie donne le nom d'anges aux pontifes de notre hiérarchie, puisque, en la mesure de leurs forces, ils s'associent au ministère des anges par la fonction d'enseigner, et, autant qu'il est permis à l'humanité, s'élèvent jusqu'à leur ressemblance par l'interprétation des sacrés mystères.
III. Bien plus, vous pouvez savoir qu'on appelle dieux les natures célestes qui sont au-dessus de nous, et même les pieux et saints personnages qui ornent nos rangs, quoique la souveraine et mystérieuse essence de Dieu soit absolument incommunicable et supérieure à tout, et quoique rien ne puisse avec justesse et en rigueur lui être réputé semblable. Mais quand la créature, soit purement spirituelle, soit raisonnable, essayant avec ardeur de s'unir à son prin- 227 cipe, et aspirant sans cesse et de toutes ses forces aux lumières célestes, parvient à imiter Dieu, si ce mot n'est pas trop hardi, alors la créature reçoit glorieusement le nom sacré de Dieu.
228 CHAPITRE XIII.
POURQUOI IL EST DIT QUE LE PROPHÈTE ISAÏE FUT PURIFIÉ PAR UN SÉRAPHIN.
ARGUMENT.— I. On recherche pourquoi il est dit qu'Isaïe fut purifié par un Ange de premier, et non pas de dernier ordre. II. On répond que cet Ange ne fut sans doute pas un Séraphin, mais que ce titre lui fut donné, à cause de la fonction qu'il remplissait. III. On rapporte un autre sentiment : c'est que l'envoyé céleste appartenait effectivement au dernier rang de la hiérarchie céleste ; mais comme il tenait sa fonction des esprits supérieurs, elle leur fut attribuée légitimement, de même qu'on peut bien dire qu'un pontife confère les ordres par le ministère des évêques , et le baptême par le ministère des prêtres, quand ils tiennent de lui leur pouvoir respectif. IV. On décrit la vision d'Isaïe , où le Seigneur apparaît sur son trône, et environné des Séraphins, et l'on explique comment Isaïe fut purifié, et les autres mystères de cette vision.
I. Appliquons-nous encore à considérer pourquoi il est dit qu'un séraphin fut envoyé à l'un de nos théologiens; car on demande avec raison comment il se fait que ce soit une des plus sublimes intelligences, et non pas un des esprits inférieurs qui purifie le prophète (58).
II. Quelques-uns, pour lever la difficulté, invoquent en principe cette analogie intime qui règne, comme nous avons vu, entre toutes les célestes na- 229 tures : d'après cela, l'Ecriture n'indiquerait pas qu'une intelligence du premier ordre fût descendue pour purifier Isaïe, mais seulement qu'un des anges qui président à notre hiérarchie reçut, en ce cas, la dénomination de séraphin, précisément à raison de la fonction qu'il venait remplir, et parce qu'il devait enlever par le feu l'iniquité du prophète, et ressusciter dans son âme purifiée le courage d'une sainte obéissance. Ainsi nos oracles parleraient ici, non pas de l'un des séraphins qui entourent le trône de Dieu, mais de l'une de ces vertus purifiantes qui sont immédiatement au-dessus de nous.
III. Un autre me donna touchant la présente difficulté une solution qui n'est pas du tout dénuée de sens. Selon lui, quelle qu'elle fût d'ailleurs, la sublime intelligence, qui par cette vision symbolique initie le prophète aux secrets divins, rapporta d'abord à Dieu, puis à la première hiérarchie, le glorieux office qui lui était échu de communiquer la pureté en cette rencontre. Or ce sentiment est-il vrai? Celui qui m'en instruisit le développait de cette sorte : La vertu divine atteint et pénètre intimement toutes choses par sa libre énergie, quoiqu'on cela elle échappe à tous nos regards, tant par la sublimité inaccessible de sa pure substance, qu'à raison des voies mystérieuses par lesquelles s'exerce sa providentielle activité. Ce n'est pas à dire toutefois qu'elle ne se manifeste point aux natures intelligentes au degré où elles en sont capables; car confiant la grâce de la lumière aux esprits supérieurs, par eux elle la transmet aux esprits inférieurs avec parfaite harmonie, et en la mesure que comportent la condition et l'ordre de chacun d'eux.
Expliquons-nous plus clairement par le moyen
250 d'exemples qui conviennent mal à la suprême excellence de Dieu, mais qui aideront notre débile entendement : le rayon du soleil pénètre aisément cette matière limpide et légère qu'il rencontre d'abord, et d'où il sort plein d'éclat et de splendeur; mais s'il vient à tomber sur des corps plus denses, par l'obstacle même qu'opposent naturellement ces milieux à la diffusion de la lumière, il ne brille plus que d'une lueur terne et sombre, et même s'affaiblissant par degrés, il devient presque insensible. Egalement sa chaleur se transmet avec plus d'intensité aux objets qui sont plus susceptibles de la recevoir, et qui se laissent plus volontiers assimiler par le feu ; puis son action apparaît comme nulle ou presque nulle dans certaines substances qui lui sont opposées ou contraires; enfin, ce qui est admirable, elle atteint, par le moyen des matières inflammables, celles qui ne le sont pas; tellement qu'en des circonstances données, elle envahira d'abord les corps qui ont quelque affinité avec elle, et par eux se communiquera médiatement soit à l'eau, soit à tout autre élément qui semble la repousser.
Or cette loi du monde physique se retrouve dans le monde supérieur. Là, l'auteur souverain de toute belle ordonnance tant visible qu'invisible fait éclater d'abord sur les plus sublimes intelligences les splendeurs de sa douce lumière; et ensuite les saints et précieux rayonnements passent médiatement aux intelligences subordonnées. Ainsi celles qui les premières sont appelées à connaître Dieu, et nourrissent le brûlant désir de participer à sa vertu, s'élèvent aussi les premières à l'honneur de retracer véritablement en elles cette auguste image, autant que le peut la créature; puis elles s'appliquent avec amour 231 à attirer vers le même but les natures inferieures, leur faisant parvenir les riches trésors de la sainte lumière, que celles-ci continuent à transmettre ultérieurement. De la sorte, chacune d'elles communique le don divin à celle qui la suit, et toutes participent à leur manière aux largesses de la Providence. Dieu est donc, à proprement parler, réellement et par nature, le principe suprême de toute illumination , parce qu'il est l'essence même de la lumière, et que l'être et la vision viennent de lui; mais à son imitation et par ses décrets, chaque nature supérieure est, en un certain sens, principe d'illumination pour la nature inférieure, puisque, comme un canal, elle laisse dériver jusqu'à celle-ci les flots de la lumière divine. C'est pourquoi tous les rangs des anges regardent à juste titre le premier ordre de l'armée céleste comme étant, après Dieu, le principe de toute connaissance sacrée et pieux perfectionnement, puisqu'il envoie au reste des esprits bienheureux, et à nous ensuite, les rayons de l'éternelle splendeur : de là vient que, s'ils rapportent leurs fonctions augustes et leur sainteté à Dieu comme à celui qui est leur créateur, d'un autre coté, ils les rapportent aussi aux plus élevées des pures intelligences qui sont appelées les premières à les remplir et à les enseigner aux autres. Le premier rang des hiérarchies célestes possède donc à un plus haut degré que tous les autres et une dévorante ardeur, et une large part dans les trésors de la sagesse infinie, et la savante et sublime expérience des mystères sacrés, et cette propriété des trônes (59) qui annonce une intelligence toujours préparée aux visites de la divinité. Les rangs infé- 232 rieurs participent, il est vrai, à l'amour, à la sagesse, à la science, à l'honneur de recevoir Dieu : mais ces grâces ne leur viennent qu'à un degré plus faible et d'une façon subalterne, et ils ne s'élèvent vers Dieu que par le ministère des anges supérieurs qui furent enrichis les premiers des bienfaits célestes. Voilà pourquoi les natures moins sublimes reconnaissent pour leurs initiateurs ces esprits plus nobles, rapportant à Die» d'abord, et à eux ensuite, les fonctions qu'elles ont l'honneur de remplir.
IV. Notre maître disait donc que la vision avait été manifestée au théologien Isaïe par un des saints el bienheureux anges qui président à notre hiérarchie; et que le prophète, illuminé et conduit de la sorte, avait joui de cette contemplation sublime, où, pour parler un langage symbolique , lui apparurent et les plus hautes intelligences siégeant immédiatement au-dessous de Dieu, et environnant son trône, et au milieu du cortège la souveraine majesté dans la splendeur de son essence ineffable, s'élevant par delà ces vertus si parfaites. Dans ces visions, le prophète apprit que , par la supériorité infinie de sa nature, la divinité l'emporte sans comparaison sur toute puissance soit visible, soit invisible, et qu'elle est absolument séparée du reste des êtres, et n'a rien de semblable même aux plus nobles substances ; il apprit que Dieu est le principe et la cause de toutes les créatures, et la base inébranlable de leur permanente durée, et que de lui procède l'être et le bienêtre des créatures même les plus augustes; il apprit encore quelles sont les vertus toutes divines des séraphins dont le nom mystérieux exprime si bien l'ardeur enflammée, ainsi que nous le dirons un peu plus loin, autant qu'il nous sera possible d'expliquer
233 comment l'ordre séraphique s'élève vers son adorable modèle. Le libre et sublime essor par lequel les esprits dirigent vers Dieu leur triple faculté est symbolisé par les six ailes dont ils semblaient revêtus aux yeux du prophète. De même ces pieds et ces visages sans nombre, que la vision faisait passer sou» son regard, lui étaient un enseignement, aussi bien que ces ailes qui voilaient les pieds, et celles qui voilaient le visage, et celles qui soutenaient le vol constant des anges ; car, pénétrant le sens mystérieux de ce spectacle, il comprenait de quelle vivacité et puissance d'intuition sont douées ces nobles intelligences, et avec quel religieux respect elles s'abstiennent de porter une téméraire et audacieuse présomption dans la recherche des profonds et inaccessibles secrets de Dieu, et comment elles s'appliquent à imiter la divinité par un infatigable effort, et dans un harmonieux concert. Il entendait cet hymne de gloire si pompeux et tant répété, l'ange lui communiquant la science, autant que c'était possible . en même temps qu'il lui mettait la vision sous les yeux. Enfin son céleste instituteur lui faisait connaître que la pureté des esprits, quelle qu'elle soit, consiste en la participation à la lumière et à la sainteté non souillée.
Or c'est Dieu même qui pour d'ineffables motifs, et par une incompréhensible opération, communique cette pureté à toutes créatures spirituelles; mais elle est départie plus abondamment, et d'une façon plus évidente, à ces vertus suprêmes qui entourent de plus près la divinité : pour ce qui regarde et les rangs subalternes de la hiérarchie angélique, et la hiérarchie humaine tout entière, autant 234 chaque intelligence est éloignée de son auguste principe, autant vis-à-vis d'elle le don divin affaiblit son éclat, et s'enveloppe dans le mystère de son unité impénétrable. Il rayonne sur les natures inférieures au travers des natures supérieures, et pour tout dire en un mot, c'est par le ministère des puissances plus élevées qu'il sort du fond de son adorable obscurité. Ainsi Isaïe, saintement éclairé par un ange, vit que la vertu purifiante et toutes les divines opérations reçues d'abord par les esprits plus sublimes, s'abaissent ensuite sur tous les autres, selon la capacité qu'elles trouvent en chacun d'eux : c'est pourquoi le séraphin lui apparut comme l'auteur, après Dieu, de la purification qu'il raconte. Il n'est donc pas hors de raison d'affirmer que ce fut un séraphin qui purifia le prophète. Car comme Dieu purifie toute intelligence, précisément parce qu'il est le principe de toute pureté; ou bien, pour me servir d'un exemple familier, comme notre pontife, quand il purifie ou illumine par le ministère de ses diacres ou de ses prêtres, est justement dit purifier et illuminer, ceux qu'il a élevés aux ordres sacrés lui rapportant leurs nobles fonctions; de même l'ange qui fut choisi pour purifier le prophète, rapporta et la science et la vertu de son ministère à Dieu d'abord comme à leur cause suprême, et puis au séraphin, comme au premier initiateur créé.
On peut donc se figurer l'ange comme instruisant Isaïe par ces pieuses paroles : « Le principe suprême, « l'essence, la cause créatrice de cette purification que j'opère en toi, c'est celui qui a donné l'être aux plus nobles substances, qui conserve leur nature immuable, et leur volonté pure, et qui les attire à entrer les premières en participation de sa providentielle sollicitude. » (Car c'est ce que si-
235 gnifie l'ambassade du séraphin vers le prophète, d'après le sentiment de celui qui m'expliquait cette opinion.) « Or ces esprits sublimes, nos pontifes et nos maîtres, après Dieu, dans les choses saintes, qui m'ont appris à communiquer la divine pureté, ce sont eux, c'est cet ordre auguste qui par moi te purifie:, et dont l'auteur bienfaisant de toute purification emploie le ministère, pour tirer de son secret, et envoyer les dons de son active providence. » Voilà ce que m'apprit mon maître; et moi je vous le transmets , ô Timothée. Maintenant je laisse à votre science et à votre discernement, ou bien de résoudre la difficulté par l'une ou l'autre des raisons proposées, et de préférer la seconde comme raisonnable et bien imaginée , peut-être comme plus exacte; ou de découvrir par vos propres investigations quelque chose de plus conforme à la vérité; ou enfin, avec la grâce de Dieu, qui donne la lumière, et des anges qui nous la transmettent, d'apprendre de quelque autre une meilleure solution. En ce cas, faites-moi part de votre bonne fortune ; car mon amour pour les saints anges se réjouirait de posséder sur cette question des données plus claires.
236 CHAPITRE XIV.
QUE SIGNIFIE LE NOMBRE DES ANGES DONT IL EST FAIT MENTION DANS L'ÉCRITURE.
ARGUMENT. — On enseigne que, sans être infini, le nombre des Anges est très-grand , si grand que les hommes ne sauraient l'imaginer, que Dieu seul le connaît, et qu'il surpasse le nombre des créatures sensibles.
Je crois bien digne encore de l'attention de nos esprits ce qui est enseigné touchant les saints anges, savoir : qu'il y en a mille fois mille, et dix mille fois dix mille (60), l'Ecriture redoublant ainsi et multipliant l'un par l'autre les chiffres les plus élevés que nous ayons, et par là faisant voir clairement qu'il nous est impossible d'exprimer le nombre de ces bienheureuses créatures. Car les rangs des armées célestes sont pressés, et ils échappent à l'appréciation faible et restreinte de nos calculs matériels, et le dénombrement n'en peut être savamment fait qu'en vertu de cette connaissance surhumaine et transcendante que leur communique si libéralement le Seigneur, sagesse incréée, science infinie, principe suressentiel et cause puissante de toutes choses, force mystérieuse qui gouverne les êtres, et les borne en les embrassant.
237 CHAPITRE XV.
QUELLES SONT LES FORMES DIVERSES DONT L'ÉCRITURE REVÊT LES ANGES, LES ATTRIBUTS MATÉRIELS QU'ELLE LEUR DONNE, ET LA SIGNIFICATION MYSTÉRIEUSE DE CES SYMBOLES.
ARGUMENT.— I. On montre que les mêmes intelligences peuvent être nommées supérieures et inférieures; II, comment les esprits sont comparés au feu ; III, comment la forme humaine et nos attributs corporels leur conviennent ; IV, pourquoi on leur donne des vêtements et des ceintures, et V, divers instruments empruntés à nos arts; VI, pourquoi on les compare aux vents et aux nues; VII, à divers métaux; VIII, aux animaux même, tels que le lion, le bœuf et l'aigle; IX, enfin à des fleuves et à des chars.
I. Mais, si bon vous semble, enfin, donnons quelque relâche à notre entendement après cette contention qu'ont réclamée nos considérations abstraites sur les saints anges; et abaissons le regard sur le riche et varié spectacle des formes nombreuses sous lesquelles apparaissent les natures angéliques, pour remonter ensuite de la grossièreté du symbole à l'intelligible et pure réalité.
Or, avant tout, je vous ferai observer que l'interprétation mystique des figures et des emblèmes sacrés nous montrera parfois les mêmes rangs de l'armée céleste tour à tour comme supérieurs et inférieurs, les derniers comme investis du commandement, et les premiers comme soumis à des ordres, 238 tous enfin comme ayant des puissances de triple degré, ainsi qu'on a vu. Cependant il ne faut pas croire que ces assertions impliquent aucune absurdité. Car, si nous disions que certaines natures angéliques sont gouvernées par des esprits plus nobles qu'elles régissent néanmoins, et que ceux qui ont autorité reconnaissent l'empire de leurs propres subordonnés, il y aurait vraiment là confusion de langage et contradiction flagrante. Mais si nous affirmons, non pas que les anges initient ceux-là même dont ils reçoivent l'initiation, ou réciproquement, mais bien que chacun d'eux est initié par ses supérieurs, et initie à son tour ses inférieurs, personne sans doute ne prétendra que les figures décrites dans les saintes Lettres ne puissent légitimement et proprement s'appliquer aux puissances du premier, du deuxième et du troisième ordre. Ainsi l'intention fixe de s'élever vers le parfait, l'activité constante et fidèle à se maintenir dans les vertus qui leur sont propres, cette providence secondaire par laquelle ils s'inclinent vers les natures inférieures et leur transmettent le don divin , tous les esprits célestes participent à ces qualités, mais en des proportions qu'on a déjà indiquées: les uns pleinement et avec sublimité, les autres seulement en partie et d'une façon moins éminente.
II. Mais entrons en matière, et, au début de nos interprétations mystiques, cherchons pourquoi, parmi tous les symboles, la théologie choisit avec une sorte de prédilection le symbole du feu. Car, comme vous pouvez savoir, elle nous représente des roues ardentes, des animaux tout de flamme, des hommes qui ressemblent à de brûlants éclairs; elle nous montre les célestes essences entourées de brasiers con-
239 sumants, et de fleuves qui roulent des flots de feu avec une bruyante rapidité. Dans son langage, les trônes sont de feu ; les augustes séraphins sont embrasés, d'après la signification de leur nom même, et ils échauffent et dévorent comme le feu; enfin, au plus haut comme au plus bas degré de l'être, revient toujours le glorieux symbole du feu. Pour moi, j'estime que cette figure exprime une certaine conformité des anges avec la divinité; car chez les théologiens l'essence suprême, pure, et sans forme, nous est souvent dépeinte sous l'image du feu, qui a, dans ses propriétés sensibles, si on peut le dire, comme une obscure ressemblance avec la nature divine. Car le feu matériel est répandu partout, et il se mêle, sans se confondre, avec tous les éléments dont il reste toujours éminemment distingué; éclatant de sa nature, il est cependant caché, et sa présence ne se manifeste qu'autant qu'il trouve matière à son activité; violent et invisible, il dompte tout par su force propre, et s'assimile énergiquement ce qu'il a saisi; il se communique aux objets, et les modifie, en raison directe de leur proximité ; il renouvelle toutes choses par sa vivifiante chaleur, et brille d'une lumière inextinguible; toujours indompté, inaltérable, il discerne sa proie, nul changement ne l'atteint, il s'élève vers les cieux, et par la rapidité de sa fuite, semble vouloir échapper à tout asservissement; doué d'une activité constante, les choses sensibles reçoivent de lui le mouvement; il enveloppe ce qu'il dévore, et ne s'en laisse point envelopper; il n'est point un accident des autres substances; ses envahissements sont lents et insensibles, et ses splendeurs éclatent dans les corps auxquels il s'est pris; il est impétueux et fort, présent à tout d'une façon inaper- 240 çue ; qu'on l'abandonne à son repos, il semble anéanti; mais qu'on le réveille, pour ainsi dire, par le choc, à l'instant il se dégage de sa prison naturelle, et rayonne et se précipite dans les airs, et se communique libéralement, sans s'appauvrir jamais. On pourrait signaler encore de nombreuses propriétés du feu, lesquelles sont comme un emblème matériel des opérations divines. C'est donc en raison de ces rapports connus que la théologie désigne sous l'image du feu les natures célestes : enseignant ainsi leur ressemblance avec Dieu, et les efforts qu'elles font pour l'imiter.
III. Les anges sont aussi représentés sous forme humaine, parce que l'homme est doué d'entendement, et qu'il peut élever le regard en haut; parce qu'il a la forme du corps droite et noble, et qu'il est né pour exercer le commandement; parce qu'enfin, s'il est inférieur aux animaux sans raison pour ce qui est de l'énergie des sens, du moins il l'emporte sur eux tous par la force éminente de son esprit, par la puissance de sa raison, et parla dignité de son âme naturellement libre et invincible.
On peut encore, à mon avis, emprunter aux diverses parties du corps humain des images qui représentent assez fidèlement les esprits angéliques. Ainsi l'organe de la vue indique avec quelle profonde intelligence les habitants des cieux contemplent les secrets éternels, et avec quelle docilité , avec quelle tranquillité suave, avec quelle rapide intuition, ils reçoivent la limpidité si pure et la douce abondance des lumières divines.
Le sens si délicat de- l'odorat symbolise la faculté qu'ils ont de savourer la bonne odeur des choses qui dépassent l'entendement, de discerner avec sagacité 241 et de fuir avec horreur tout ce qui n'exhale pas ce sublime parfum.
L'ouïe rappelle qu'il leur est donné de participer avec une admirable science au bienfait de l'inspiration divine.
Le goût montre qu'ils se rassasient des nourritures spirituel les et se désaltèrent dans des torrents d'ineffables délices.
Le tact est l'emblème de leur habileté à distinguer ce qui leur convient naturellement de ce qui pourrait leur nuire.
Les paupières et les sourcils désignent leur fidélité à garder les saintes notions qu'ils ont acquises.
L'adolescence et la jeunesse figurent la vigueur toujours nouvelle de leur vie, et les dents, la puissance de diviser, pour ainsi dire, en fragments la nourriture intelligible qui leur est donnée ; car tout esprit, par une sage providence, décompose la notion simple qu'il a reçue des puissances supérieures, et la transmet ainsi partagée à ses inférieurs, selon leur disposition respective à cette initiation.
Les épaules, les bras et les mains marquent la force qu'ont les esprits d'agir et d'exécuter leurs entreprises.
Par le cœur, il faut entendre leur vie divine qui va se communiquant avec douce effusion sur les choses confiées à leur protectrice influence; et par la poitrine, cette mâle énergie qui faisant la garde autour du cœur maintient sa vertu invincible.
Les reins sont l'emblème de la puissante fécondité des célestes intelligences.
Les pieds sont l'image de leur vive agilité, et de cet impétueux et éternel mouvement qui les emporte vers les choses divines ; c'est même pour cela qua 242 la théologie nous les a représentées avec des ailes aux pieds. Car les ailes sont une heureuse image de la rapide course, de cet essor céleste qui les précipite sans cesse plus haut, et les dégage si parfaitement de toute vile affection. La légèreté des ailes montre que ces sublimes natures n'ont rien de terrestre, et que nulle corruption n'appesantit leur marche vers les cieux. La nudité en général, et en particulier la nudité des pieds fait comprendre que leur activité n'est pas comprimée, qu'elles sont pleinement libres d'entraves extérieures, et qu'elles s'efforcent d'imiter la simplicité qui est en Dieu.
IV. Mais puisque , dans l'unité de son but et la diversité de ses moyens, la divine sagesse donne des vêtements aux esprits, et arme leurs mains d'instruments divers, expliquons encore du mieux possible ce que désignent ces nouveaux emblèmes.
Je pense donc que le vêtement radieux et tout de feu figure la conformité des anges avec la divinité, par suite de la signification symbolique du feu , et la vertu qu'ils ont d'illuminer précisément parce que leur héritage est dans les cieux, doux pays de la lumière ; et enfin leur capacité de recevoir et leur faculté de transmettre la lumière purement intelligible. La robe sacerdotale enseigne qu'ils initient à la contemplation des mystères célestes, et que leur existence est tout entière consacrée à Dieu.
La ceinture signifie qu'ils veillent à la conservation de leur fécondité spirituelle, et que recueillant fidèlement en eux-mêmes leurs puissances diverses, ils les retiennent par une sorte de lien merveilleux dans un état d'identité immuable.