Phèdre (page 4)

Jean Racine · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Phèdre (Racine), Didot, 1854 · 6 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Déjà plus d’un tyran, plus d’un monstre farouche

Avait de votre bras senti la pesanteur ;

Déjà de l’insolence heureux persécuteur,

Vous aviez des deux mers assuré les rivages ;

Le libre voyageur ne craignait plus d’outrages ;

Hercule, respirant sur le bruit de vos coups,

Déjà de son travail se reposait sur vous.

Et moi, fils inconnu d’un si glorieux père,

Je suis même encor loin des traces de ma mère !

Souffrez que mon courage ose enfin s’occuper :

Souffrez, si quelque monstre a pu vous échapper,

Que j’apporte à vos pieds sa dépouille honorable ;

Ou que d’un beau trépas la mémoire durable,

Éternisant des jours si noblement finis,

Prouve à tout l’univers que j’étais votre fils.

THÉSÉE.

Que vois-je ? Quelle horreur dans ces lieux répandue

Fait fuir devant mes yeux ma famille éperdue ?

Si je reviens si craint et si peu désiré,

Ô ciel, de ma prison pourquoi m’as-tu tiré ?

Je n’avais qu’un ami : son imprudente flamme

Du tyran de l’Épire allait ravir la femme ;

Je servais à regret ses desseins amoureux ;

Mais le sort irrité nous aveuglait tous deux.

Le tyran m’a surpris sans défense et sans armes.

J’ai vu Pirithoüs, triste objet de mes larmes,

Livré par ce barbare à des monstres cruels

Qu’il nourrissait du sang des malheureux mortels.

Moi-même il m’enferma dans des cavernes sombres,

Lieux profonds et voisins de l’empire des ombres.

Les dieux, après six mois, enfin m’ont regardé :

J’ai su tromper les yeux par qui j’étais gardé.

D’un perfide ennemi j’ai purgé la nature ;

À ses monstres lui-même a servi de pâture.

Et lorsqu’avec transport je pense m’approcher

De tout ce que les dieux m’ont laissé de plus cher ;

Que dis-je ? quand mon âme, à soi-même rendue,

Vient se rassasier d’une si chère vue,

Je n’ai pour tout accueil que des frémissements ;

Tout fuit, tout se refuse à mes embrassements.

Et moi-même éprouvant la terreur que j’inspire,

Je voudrais être encor dans les prisons d’Épire.

Parlez. Phèdre se plaint que je suis outragé :

Qui m’a trahi ? pourquoi ne suis-je pas vengé ?

La Grèce, à qui mon bras fut tant de fois utile,

A-t-elle au criminel accordé quelque asile ?

Vous ne répondez point ! mon fils, mon propre fils,

Est-il d’intelligence avec mes ennemis ?

Entrons : c’est trop garder un doute qui m’accable.

Connaissons à la fois le crime et le coupable ;

Que Phèdre explique enfin le trouble où je la voi.

Scène VI.

Hippolyte, Théramène.

HIPPOLYTE.

Où tendait ce discours qui m’a glacé d’effroi ?

Phèdre, toujours en proie à sa fureur extrême,

Veut-elle s’accuser et se perdre elle-même ?

Dieux ! que dira le roi ? Quel funeste poison

L’amour a répandu sur toute sa maison !

Moi-même, plein d’un feu que sa haine réprouve,

Quel il m’a vu jadis, et quel il me retrouve !

De noirs pressentiments viennent m’épouvanter.

Mais l’innocence enfin n’a rien à redouter :

Allons : cherchons ailleurs par quelle heureuse adresse

Je pourrai de mon père émouvoir la tendresse,

Et lui dire un amour qu’il peut vouloir troubler,

Mais que tout son pouvoir ne saurait ébranler.

ACTE quatrième.

Scène première.

Thésée, Œnone.

THÉSÉE.

Ah ! qu’est-ce que j’entends ? Un traître, un téméraire

Préparait cet outrage à l’honneur de son père !

Avec quelle rigueur, destin, tu me poursuis !

Je ne sais où je vais, je ne sais où je suis.

Ô tendresse ! ô bonté trop mal récompensée !

Projet audacieux ! détestable pensée !

Pour parvenir au but de ses noires amours,

L’insolent de la force empruntait le secours !

J’ai reconnu le fer, instrument de sa rage,

Ce fer dont je l’armai pour un plus noble usage.

Tous les liens du sang n’ont pu le retenir !

Et Phèdre différait à le faire punir !

Le silence de Phèdre épargnait le coupable !

ŒNONE.

Phèdre épargnait plutôt un père déplorable :

Honteuse du dessein d’un amant furieux,

Et du feu criminel qu’il a pris dans ses yeux,

Phèdre mourait, seigneur, et sa main meurtrière

Éteignait de ses yeux l’innocente lumière.

J’ai vu lever le bras, j’ai couru la sauver.

Moi seule à votre amour j’ai su la conserver.

Et plaignant à la fois son trouble et vos alarmes,

J’ai servi, malgré moi, d’interprète à ses larmes.

THÉSÉE.

Le perfide ! il n’a pu s’empêcher de pâlir :

De crainte, en m’abordant, je l’ai vu tressaillir.

Je me suis étonné de son peu d’allégresse ;

Ses froids embrassements ont glacé ma tendresse.

Mais ce coupable amour dont il est dévoré

Dans Athènes déjà s’était-il déclaré ?

ŒNONE.

Seigneur, souvenez-vous des plaintes de la reine :

Un amour criminel causa toute sa haine.

THÉSÉE.

Et ce feu dans Trézène a donc recommencé ?

ŒNONE.

Je vous ai dit, seigneur, tout ce qui s’est passé.

C’est trop laisser la reine à sa douleur mortelle,

Souffrez que je vous quitte et me range auprès d’elle.

Scène II.

Thésée, Hippolyte.

THÉSÉE.

Ah ! le voici. Grands dieux ! à ce noble maintien

Quel œil ne serait pas trompé comme le mien ?

Faut-il que sur le front d’un profane adultère

Brille de la vertu le sacré caractère !

Et ne devrait-on pas à des signes certains

Reconnaître le cœur des perfides humains !

HIPPOLYTE.

Puis-je vous demander quel funeste nuage,

Seigneur, a pu troubler votre auguste visage ?

N’osez-vous confier ce secret à ma foi ?

THÉSÉE.

Perfide ! oses-tu bien te montrer devant moi ?

Monstre, qu’a trop longtemps épargné le tonnerre,

Reste impur des brigands dont j’ai purgé la terre,

Après que le transport d’un amour plein d’horreur

Jusqu’au lit de ton père a porté ta fureur,

Tu m’oses présenter une tête ennemie !

Tu parais dans des lieux pleins de ton infamie !

Et ne vas pas chercher, sous un ciel inconnu,

Des pays où mon nom ne soit point parvenu ?

Fuis, traître. Ne viens point braver ici ma haine,

Et tenter un courroux que je retiens à peine :

C’est bien assez pour moi de l’opprobre éternel

D’avoir pu mettre au jour un fils si criminel,

Sans que ta mort encor, honteuse à ma mémoire,

De mes nobles travaux vienne souiller la gloire.

Fuis : et si tu ne veux qu’un châtiment soudain

T’ajoute aux scélérats qu’a punis cette main,

Prends garde que jamais l’astre qui nous éclaire

Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire.

Fuis, dis-je ; et sans retour précipitant tes pas,

De ton horrible aspect purge tous mes États.

Et toi, Neptune, et toi, si jadis mon courage

D’infâmes assassins nettoya ton rivage,

Souviens-toi que, pour prix de mes efforts heureux,

Tu promis d’exaucer le premier de mes vœux.

Dans les longues rigueurs d’une prison cruelle

Je n’ai point imploré ta puissance immortelle ;

Avare du secours que j’attends de tes soins,

Mes vœux t’ont réservé pour de plus grands besoins :

Je t’implore aujourd’hui. Venge un malheureux père ;

J’abandonne ce traître à toute ta colère ;

Étouffe dans son sang ses désirs effrontés :

Thésée à tes fureurs connaîtra tes bontés.

HIPPOLYTE.

D’un amour criminel Phèdre accuse Hippolyte !

Un tel excès d’horreur rend mon âme interdite ;

Tant de coups imprévus m’accablent à la fois,

Qu’ils m’ôtent la parole, et m’étouffent la voix.

THÉSÉE.

Traître, tu prétendais qu’en un lâche silence

Phèdre ensevelirait ta brutale insolence :

Il fallait, en fuyant, ne pas abandonner

Le fer qui dans ses mains aide à te condamner ;

Ou plutôt il fallait, comblant ta perfidie,

Lui ravir tout d’un coup la parole et la vie.

HIPPOLYTE.

D’un mensonge si noir justement irrité,

Je devrais faire ici parler la vérité,

Seigneur ; mais je supprime un secret qui vous touche.

Approuvez le respect qui me ferme la bouche,

Et sans vouloir vous-même augmenter vos ennuis,

Examinez ma vie, et songez qui je suis.

Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes ;

Quiconque a pu franchir les bornes légitimes

Peut violer enfin les droits les plus sacrés :

Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés ;

Et jamais on n’a vu la timide innocence

Passer subitement à l’extrême licence.

Un jour seul ne fait point d’un mortel vertueux

Un perfide assassin, un lâche incestueux.

Élevé dans le sein d’une chaste héroïne,

Je n’ai point de son sang démenti l’origine.

Pitthée, estimé sage entre tous les humains,

Daigna m’instruire encore au sortir de ses mains.

Je ne veux point me peindre avec trop d’avantage ;

Mais si quelque vertu m’est tombée en partage,

Seigneur, je crois surtout avoir fait éclater

La haine des forfaits qu’on ose m’imputer.

C’est par là qu’Hippolyte est connu dans la Grèce.

J’ai poussé la vertu jusques à la rudesse :

On sait de mes chagrins l’inflexible rigueur.

Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur.

Et l’on veut qu’Hippolyte, épris d’un feu profane...

THÉSÉE.

Oui, c’est ce même orgueil, lâche ! qui te condamne.

Je vois de tes froideurs le principe odieux :

Phèdre seule charmait tes impudiques yeux ;

Et pour tout autre objet ton âme indifférente

Dédaignait de brûler d’une flamme innocente.

HIPPOLYTE.

Non, mon père, ce cœur, c’est trop vous le celer,

N’a point d’un chaste amour dédaigné de brûler.

Je confesse à vos pieds ma véritable offense :

J’aime, j’aime, il est vrai, malgré votre défense.

Aricie à ses lois tient mes vœux asservis ;

La fille de Pallante a vaincu votre fils :

Je l’adore ; et mon âme, à vos ordres rebelle,

Ne peut ni soupirer, ni brûler que pour elle.

THÉSÉE.

Tu l’aimes ! ciel ! Mais non, l’artifice est grossier :

Tu te feins criminel pour te justifier.

HIPPOLYTE.

Seigneur, depuis six mois je l’évite et je l’aime ;

Je venais, en tremblant, vous le dire à vous-même.

Eh quoi ! de votre erreur rien ne vous peut tirer !

Par quel affreux serment faut-il vous rassurer ?

Que la terre, le ciel, que toute la nature...

THÉSÉE.

Toujours les scélérats ont recours au parjure.

Cesse, cesse, et m’épargne un importun discours,

Si ta fausse vertu n’a point d’autre secours.

HIPPOLYTE.

Elle vous paraît fausse et pleine d’artifice :

Phèdre au fond de son cœur me rend plus de justice.

THÉSÉE.

Ah, que ton impudence excite mon courroux !

HIPPOLYTE.

Quel temps à mon exil, quel lieu prescrivez-vous ?

THÉSÉE.

Fusses-tu par delà les colonnes d’Alcide,

Je me croirais encor trop voisin d’un perfide.

HIPPOLYTE.

Chargé du crime affreux dont vous me soupçonnez,

Quels amis me plaindront, quand vous m’abandonnez ?

THÉSÉE.

Va chercher des amis dont l’estime funeste

Honore l’adultère, applaudisse à l’inceste ;

Des traîtres, des ingrats, sans honneur et sans loi,

Dignes de protéger un méchant tel que toi.

HIPPOLYTE.

Vous me parlez toujours d’inceste et d’adultère :

Je me tais. Cependant Phèdre sort d’une mère,

Phèdre est d’un sang, seigneur, vous le savez trop bien,

De toutes ces horreurs plus rempli que le mien.

THÉSÉE.

Quoi ! ta rage à mes yeux perd toute retenue ?

Pour la dernière fois, ôte-toi de ma vue ;

Sors, traître : n’attends pas qu’un père furieux

Te fasse avec opprobre arracher de ces lieux.

Scène III.

Thésée.

Misérable, tu cours à ta perte infaillible !

Neptune, par le fleuve aux dieux mêmes terrible,

M’a donné sa parole, et va l’exécuter.

Un dieu vengeur te suit, tu ne peux l’éviter.

Je t’aimais ; et je sens que, malgré ton offense,

Mes entrailles pour toi se troublent par avance.

Mais à te condamner tu m’as trop engagé :

Jamais père, en effet, fut-il plus outragé ?

Justes dieux qui voyez la douleur qui m’accable,

Ai-je pu mettre au jour un enfant si coupable !

Scène IV.

Thésée, Phèdre.

PHÈDRE.

Seigneur, je viens à vous, pleine d’un juste effroi ;

Votre voix redoutable a passé jusqu’à moi :

Je crains qu’un prompt effet n’ait suivi la menace.

S’il en est temps encore, épargnez votre race,

Respectez votre sang ; j’ose vous en prier :

Sauvez-moi de l’horreur de l’entendre crier ;

Ne me préparez point la douleur éternelle

De l’avoir fait répandre à la main paternelle.

THÉSÉE.

Non, madame, en mon sang ma main n’a point trempé ;

Mais l’ingrat toutefois ne m’est point échappé :

Une immortelle main de sa perte est chargée,

Neptune me la doit ; et vous serez vengée.

PHÈDRE.

Neptune vous la doit ! Quoi ! vos vœux irrités…

THÉSÉE.

Quoi ! craignez-vous déjà qu’ils ne soient écoutés ?

Joignez-vous bien plutôt à mes vœux légitimes :

Dans toute leur noirceur retracez-moi ses crimes,

Échauffez mes transports trop lents, trop retenus.

Tous ses crimes encor ne vous sont pas connus :

Sa fureur contre vous se répand en injures ;

Votre bouche, dit-il, est pleine d’impostures ;

Il soutient qu’Aricie a son cœur, a sa foi,

Qu’il l’aime.

PHÈDRE.

Qu’il l’aime. Quoi, seigneur !

THÉSÉE.

Qu’il l’aime. Quoi, seigneur ! Il l’a dit devant moi :

Mais je sais rejeter un frivole artifice.

Espérons de Neptune une prompte justice :

Je vais moi-même encore au pied de ses autels

Le presser d’accomplir ses serments immortels.

Scène V.

Phèdre.

Il sort. Quelle nouvelle a frappé mon oreille !

Quel feu mal étouffé dans mon cœur se réveille !

Quel coup de foudre, ô ciel ! et quel funeste avis !

Je volais tout entière au secours de son fils ;

Et m’arrachant des bras d’Œnone épouvantée,

Je cédais au remords dont j’étais tourmentée.

Qui sait même où m’allait porter ce repentir ?

Peut-être à m’accuser j’aurais pu consentir ;

Peut-être, si la voix ne m’eût été coupée,

L’affreuse vérité me serait échappée.

Hippolyte est sensible, et ne sent rien pour moi !

Aricie a son cœur ! Aricie a sa foi !

Ah ! dieux ! Lorsqu’à mes vœux l’ingrat inexorable

S’armait d’un œil si fier, d’un front si redoutable,

Je pensais qu’à l’amour son cœur toujours fermé

Fût contre tout mon sexe également armé :

Une autre cependant a fléchi son audace ;

Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce.

Peut-être a-t-il un cœur facile à s’attendrir :

Je suis le seul objet qu’il ne saurait souffrir.

Et je me chargerais du soin de le défendre !

Scène VI.

Phèdre, Œnone.

PHÈDRE.

Chère Œnone, sais-tu ce que je viens d’apprendre ?

ŒNONE.

Non ; mais je viens tremblante, à ne vous point mentir

J’ai pâli du dessein qui vous a fait sortir ;

J’ai craint une fureur à vous-même fatale.

PHÈDRE.

Œnone, qui l’eût cru ? j’avais une rivale !

ŒNONE.

Comment !

PHÈDRE.

Comment ! Hippolyte aime ; et je n’en puis douter.

Ce farouche ennemi qu’on ne pouvait dompter,

Qu’offensait le respect, qu’importunait la plainte,

Ce tigre, que jamais je n’abordai sans crainte,

Soumis, apprivoisé, reconnaît un vainqueur :

Aricie a trouvé le chemin de son cœur.

ŒNONE.

Aricie ?

PHÈDRE.

Aricie ! Ah ! douleur non encore éprouvée !

À quel nouveau tourment je me suis réservée !

Tout ce que j’ai souffert, mes craintes, mes transports,

La fureur de mes feux, l’horreur de mes remords,

Et d’un cruel refus l’insupportable injure,

N’était qu’un faible essai du tourment que j’endure.

Ils s’aiment ! Par quel charme ont-ils trompé mes yeux ?

Comment se sont-ils vus ? depuis quand ? dans quels lieux ?

Tu le savais : pourquoi me laissais-tu séduire ?

De leur furtive ardeur ne pouvais-tu m’instruire ?

Les a-t-on vus souvent se parler, se chercher ?

Dans le fond des forêts allaient-ils se cacher ?

Hélas ! ils se voyaient avec pleine licence :

Le ciel de leurs soupirs approuvait l’innocence ;

Ils suivaient sans remords leur penchant amoureux ;

Tous les jours se levaient clairs et sereins pour eux !

Et moi, triste rebut de la nature entière,

Je me cachais au jour, je fuyais la lumière ;

La mort est le seul dieu que j’osais implorer.

J’attendais le moment où j’allais expirer ;

Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée,

Encor, dans mon malheur de trop près observée,

Je n’osais dans mes pleurs me noyer à loisir.

Je goûtais en tremblant ce funeste plaisir ;

Et sous un front serein déguisant mes alarmes,

Il fallait bien souvent me priver de mes larmes.

ŒNONE.

Quel fruit recevront-ils de leurs vaines amours ?

Tous les livres