Cyrano de Bergerac (page 11)

Edmond Rostand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Cyrano de Bergerac (Rostand) · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Houüh ! houüh !

De Guiche.

Houüh ! houüh ! Eh bien !

Cyrano.

Houüh ! houüh ! Eh bien ! Vous devinez ?

De Guiche.

Houüh ! houüh ! Eh bien ! Vous devinez ? Non !

Cyrano.

Houüh ! houüh ! Eh bien ! Vous devinez ? Non ! La marée !…

À l’heure où l’onde par la lune est attirée,

Je me mis sur le sable — après un bain de mer —

Et la tête partant la première, mon cher,

— Car les cheveux, surtout, gardent l’eau dans leur frange ! —

Je m’enlevai dans l’air, droit, tout droit, comme un ange.

Je montais, je montais, doucement, sans efforts,

Quand je sentis un choc !… Alors…

De Guiche, entraîné par la curiosité et s’asseyant sur le banc.

Quand je sentis un choc !… Alors…Alors ?

Cyrano.

Quand je sentis un choc !… Alors…Alors ? Alors…

(Reprenant sa voix naturelle.)

Le quart d’heure est passé, Monsieur, je vous délivre

Le mariage est fait.

De Guiche, se relevant d’un bond.

Le mariage est fait.Çà, voyons, je suis ivre !…

Cette voix ?

(La porte de la maison s’ouvre, des laquais paraissent portant des candélabres allumés. Lumière. Cyrano ôte son chapeau au bord abaissé.)

Cette voix ? Et ce nez !… Cyrano ?

Cyrano, saluant.

Cette voix ? Et ce nez !… Cyrano ? Cyrano.

— Ils viennent à l’instant d’échanger leur anneau.

De Guiche.

Qui cela ?

(Il se retourne. — Tableau. Derrière les laquais, Roxane et Christian se tiennent par la main. Le capucin les suit en souriant. Ragueneau élève aussi un flambeau. La duègne ferme la marche, ahurie, en petit saut de lit.)

Qui cela ? Ciel !

Scène XIV

Les Mêmes, ROXANE, CHRISTIAN, Le Capucin, RAGUENEAU, Laquais, la Duègne.

De Guiche, à Roxane.

Qui cela ? Ciel ! Vous !

(Reconnaissant Christian avec stupeur.)

Qui cela ? Ciel ! Vous ! Lui ?

(Saluant Roxane avec admiration.)

Qui cela ? Ciel ! Vous ! Lui ? Vous êtes des plus fines !

(À Cyrano.)

Mes compliments, Monsieur l’inventeur des machines :

Votre récit eût fait s’arrêter au portail

Du paradis, un saint ! Notez-en le détail,

Car vraiment cela peut resservir dans un livre !

Cyrano, s’inclinant.

Monsieur, c’est un conseil que je m’engage à suivre.

Le capucin, montrant les amants à De Guiche et hochant avec satisfaction sa grande barbe blanche.

Un beau couple, mon fils, réuni là par vous !

De Guiche, le regardant d’un œil glacé.

Oui.

(À Roxane.)

Oui.Veuillez dire adieu, Madame, à votre époux.

Roxane.

Comment ?

De Guiche, à Christian.

Comment ? Le régiment déja se met en route.

Joignez-le !

Roxane.

Joignez-le ! Pour aller à la guerre ?

De Guiche.

Joignez-le ! Pour aller à la guerre ? Sans doute !

Roxane.

Mais, Monsieur, les cadets n’y vont pas !

De Guiche.

Mais, Monsieur, les cadets n’y vont pas ! Ils iront.

(Tirant le papier qu’il avait mis dans sa poche.)

Voici l’ordre.

Voici l’ordre.(À Christian.)

Voici l’ordre.Courez le porter, vous, baron.

Roxane, se jetant dans les bras de Christian.

Christian !

De Guiche, ricanant, à Cyrano.

Christian ! La nuit de noce est encore lointaine !

Cyrano, à part.

Dire qu’il croit me faire énormément de peine !

Christian, à Roxane.

Oh ! tes lèvres encor !

Cyrano.

Oh ! tes lèvres encor ! Allons, voyons, assez !

Christian, continuant à embrasser Roxane.

C’est dur de la quitter… Tu ne sais pas…

Cyrano, cherchant à l’entraîner.

C’est dur de la quitter… Tu ne sais pas…Je sais.

(On entend au loin des tambours qui battent une marche.)

De Guiche, qui est remonté au fond.

Le régiment qui part !

Roxane, à Cyrano, en retenant Christian qu’il essaye toujours d’entraîner.

Le régiment qui part ! Oh !… je vous le confie !

Promettez-moi que rien ne va mettre sa vie

En danger !

Cyrano.

En danger ! J’essaierai… mais ne peux cependant

Promettre…

Roxane, même jeu.

Promettre…Promettez qu’il sera très prudent !

Cyrano.

Oui, je tâcherai, mais…

Roxane, même jeu.

Oui, je tâcherai, mais…Qu’à ce siège terrible

Il n’aura jamais froid !

Cyrano.

Il n’aura jamais froid ! Je ferai mon possible.

Mais…

Roxane, même jeu.

Mais…Qu’il sera fidèle !

Cyrano.

Mais…Qu’il sera fidèle !Eh oui ! sans doute, mais…

Roxane, même jeu.

Qu’il m’écrira souvent !

Cyrano, s’arrêtant.

Qu’il m’écrira souvent !Ça, — je vous le promets !

RIDEAU.

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QUATRIÈME ACTE

LES CADETS DE GASCOGNE

Le poste qu’occupe la compagnie de Carbon de Castel-Jaloux au siège d’Arras.

Au fond, talus traversant toute la scène. Au delà s’aperçoit un horizon de plaine : le pays couvert de travaux de siège. Les murs d’Arras et la silhouette de ses toits sur le ciel, très loin.

Tentes ; armes éparses ; tambours, etc. — Le jour va se lever. Jaune Orient. — Sentinelles espacées. Feux.

Roulés dans leurs manteaux, les Cadets de Gascogne dorment. Carbon de Castel-Jaloux et Le Bret veillent. Ils sont très pâles et très maigris. Christian dort, parmi les autres, dans sa cape, au premier plan, le visage éclairé par un feu. Silence.

Scène première

CHRISTIAN, CARBON DE CASTEL-JALOUX, LE BRET, Les Cadets, puis CYRANO.

Le Bret.

C’est affreux !

Carbon.

C’est affreux !Oui, plus rien.

Le Bret.

C’est affreux !Oui, plus rien.Mordious !

Carbon, lui faisant signe de parler plus bas.

C’est affreux !Oui, plus rien.Mordious !Jure en sourdine !

Tu vas les réveiller.

Tu vas les réveiller.(Aux cadets.)

Tu vas les réveiller.Chut ! Dormez !

Tu vas les réveiller.Chut ! Dormez !(À le Bret.)

Tu vas les réveiller.Chut ! Dormez !Qui dort dîne !

Le Bret.

Quand on a l’insomnie on trouve que c’est peu !

Quelle famine !

(On entend au loin quelques coups de feu.)

Carbon.

Quelle famine !Ah ! maugrébis des coups de feu !…

Ils vont me réveiller mes enfants !

(Aux cadets qui lèvent la tête.)

Ils vont me réveiller mes enfants !Dormez !

(On se recouche. Nouveaux coups de feu plus rapprochés.)

Un cadet, s’agitant.

Ils vont me réveiller mes enfants !Dormez !Diantre !

Encore ?

Carbon.

Encore ?Ce n’est rien ! C’est Cyrano qui rentre !

(Les têtes qui s’étaient relevées se recouchent.)

Une sentinelle, au dehors.

Ventrebieu ! qui va là ?

La voix de Cyrano.

Ventrebieu ! qui va là ?Bergerac !

La sentinelle, qui est sur le talus.

Ventrebieu ! qui va là ?Bergerac !Ventrebieu !

Qui va là ?

Cyrano, paraissant sur la crête.

Qui va là ?Bergerac, imbécile !

(Il descend. Le Bret va au-devant de lui, inquiet.)

Le Bret.

Qui va là ?Bergerac, imbécile !Ah ! grand Dieu !

Cyrano, lui faisant signe de ne réveiller personne.

Chut !

Le Bret.

Chut !Blessé ?

Cyrano.

Chut !Blessé ?Tu sais bien qu’ils ont pris l’habitude

De me manquer tous les matins !

Le Bret.

De me manquer tous les matins !C’est un peu rude,

Pour porter une lettre, à chaque jour levant,

De risquer !

Cyrano, s’arrêtant devant Christian.

De risquer !J’ai promis qu’il écrirait souvent !

(Il le regarde.)

Il dort. Il est pâli. Si la pauvre petite

Savait qu’il meurt de faim… Mais toujours beau !

Le Bret.

Savait qu’il meurt de faim… Mais toujours beau !Va vite

Dormir !

Cyrano.

Dormir !Ne grogne pas, Le Bret !… Sache ceci :

Pour traverser les rangs espagnols, j’ai choisi

Un endroit où je sais, chaque nuit, qu’ils sont ivres.

Le Bret.

Tu devrais bien un jour nous rapporter des vivres.

Cyrano.

Il faut être léger pour passer ! — Mais je sais

Qu’il y aura ce soir du nouveau. Les Français

Mangeront ou mourront, — si j’ai bien vu…

Le Bret.

Mangeront ou mourront, — si j’ai bien vu…Raconte !

Cyrano.

Non. Je ne suis pas sûr… vous verrez !…

Carbon.

Non. Je ne suis pas sûr… vous verrez !…Quelle honte,

Lorsqu’on est assiégeant, d’être affamé !

Le Bret.

Lorsqu’on est assiégeant, d’être affamé !Hélas !

Rien de plus compliqué que ce siège d’Arras :

Nous assiégeons Arras, — nous-mêmes, pris au piège,

Le cardinal infant d’Espagne nous assiège…

Cyrano.

Quelqu’un devrait venir l’assiéger à son tour.

Le Bret.

Je ne ris pas.

Cyrano.

Je ne ris pas.Oh ! oh !

Le Bret.

Je ne ris pas.Oh ! oh !Penser que chaque jour

Vous risquez une vie, ingrat, comme la vôtre,

Pour porter…

Pour porter…(Le voyant qui se dirige vers une tente.)

Pour porter…Où vas-tu ?

Cyrano.

Pour porter…Où vas-tu ?J’en vais écrire une autre.

(Il soulève la toile et disparaît.)

Scène II

Les Mêmes, moins CYRANO.

(Le jour s’est un peu levé. Lueurs roses. La ville d’Arras se dore à l’horizon. On entend un coup de canon immédiatement suivi d’une batterie de tambours, très au loin, vers la gauche. D’autres tambours battent plus près. Les batteries vont se répondant, et se rapprochant, éclatent presque en scène et s’éloignent vers la droite, parcourant le camp. Rumeurs de réveil. Voix lointaines d’officiers.)

Carbon, avec un soupir.

La diane !… Hélas !

(Les cadets s’agitent dans leurs manteaux, s’étirent.)

La diane !… Hélas !Sommeil succulent, tu prends fin !…

Je sais trop quel sera leur premier cri !

Un cadet, se mettant sur son séant.

Je sais trop quel sera leur premier cri !J’ai faim !

Un autre.

Je meurs !

Tous.

Je meurs !Oh !

Carbon.

Je meurs !Oh !Levez-vous !

Troisième cadet.

Je meurs !Oh !Levez-vous !Plus un pas !

Quatrième cadet.

Je meurs !Oh !Levez-vous !Plus un pas !Plus un geste !

Le premier, se regardant dans un morceau de cuirasse.

Ma langue est jaune : l’air du temps est indigeste !

Un autre.

Mon tortil de baron pour un peu de Chester !

Un autre.

Moi, si l’on ne veut pas fournir à mon gaster

De quoi m’élaborer une pinte de chyle,

Je me retire sous ma tente, — comme Achille !

Un autre.

Oui, du pain !

Carbon, allant à la tente où est entré Cyrano, à mi-voix.

Oui, du pain !Cyrano !

D’autres.

Oui, du pain !Cyrano !Nous mourrons !

Carbon, toujours à mi-voix, à la porte de la tente.

Oui, du pain !Cyrano !Nous mourrons !Au secours !

Toi qui sais si gaiement leur répliquer toujours,

Viens les ragaillardir !

Deuxième cadet, se précipitant vers le premier qui mâchonne quelque chose.

Viens les ragaillardir !Qu’est-ce que tu grignotes ?

Le premier.

De l’étoupe à canon que dans les bourguignotes

On fait frire en la graisse à graisser les moyeux.

Les environs d’Arras sont très peu giboyeux !

Un autre, entrant.

Moi je viens de chasser !

Un autre, même jeu.

Moi je viens de chasser !J’ai pêché dans la Scarpe !

Tous, debout, se ruant sur les deux nouveaux venus.

Quoi ? — Que rapportez-vous ? — Un faisan ? — Une carpe ? —

Vite, vite, montrez !

Le pêcheur.

Vite, vite, montrez !Un goujon !

Le chasseur.

Vite, vite, montrez !Un goujon !Un moineau !

Tous, exaspérés.

Assez ! — Révoltons-nous !

Carbon.

Assez ! — Révoltons-nous !Au secours, Cyrano !

(Il fait maintenant tout à fait jour.)

Scène III

Les Mêmes, CYRANO.

Cyrano, sortant de sa tente, tranquille, une plume à l’oreille, un livre à la main.

Hein ?

Hein ?(Silence. Au premier cadet.)

Hein ?Pourquoi t’en vas-tu, toi, de ce pas qui traîne ?

Le cadet.

J’ai quelque chose dans les talons qui me gêne !…

Cyrano.

Et quoi donc ?

Le cadet.

Et quoi donc ?L’estomac !

Cyrano.

Et quoi donc ?L’estomac !Moi de même, pardi !

Le cadet.

Cela doit te gêner ?

Cyrano.

Cela doit te gêner ?Non, cela me grandit.

Deuxième cadet.

J’ai les dents longues !

Cyrano.

J’ai les dents longues !Tu n’en mordras que plus large.

Un troisième.

Mon ventre sonne creux !

Cyrano.

Mon ventre sonne creux !Nous y battrons la charge.

Un autre.

Dans les oreilles, moi, j’ai des bourdonnements.

Cyrano.

Non, non ; ventre affamé, pas d’oreilles : tu mens !

Un autre.

Oh ! manger quelque chose, — à l’huile !

Cyrano, le décoiffant et lui mettant son casque dans la main.

Oh ! manger quelque chose, — à l’huile !Ta salade.

Un autre.

Qu’est-ce qu’on pourrait bien dévorer ?

Cyrano, lui jetant le livre qu’il tient à la main.

Qu’est-ce qu’on pourrait bien dévorer ?L’Iliade.

Un autre.

Le ministre, à Paris, fait ses quatre repas !

Cyrano.

Il devrait t’envoyer du perdreau ?

Le même.

Il devrait t’envoyer du perdreau ?Pourquoi pas ?

Et du vin !

Cyrano.

Et du vin !Richelieu, du bourgogne, if you please ?

Le même.

Par quelque capucin !

Cyrano.

Par quelque capucin !L’éminence qui grise ?

Un autre.

J’ai des faims d’ogre !

Cyrano.

J’ai des faims d’ogre !Eh ! bien !… tu croques le marmot !

Le premier cadet, haussant les épaules.

Toujours le mot, la pointe !

Cyrano.

Toujours le mot, la pointe !Oui, la pointe, le mot !

Et je voudrais mourir, un soir, sous un ciel rose,

En faisant un bon mot, pour une belle cause !

— Oh ! frappé par la seule arme noble qui soit,

Et par un ennemi qu’on sait digne de soi,

Sur un gazon de gloire et loin d’un lit de fièvres,

Tomber la pointe au cœur en même temps qu’aux lèvres !

Cris de tous.

J’ai faim !

Cyrano, se croisant les bras.

J’ai faim !Ah çà ! mais vous ne pensez qu’à manger ?…

— Approche, Bertrandou le fifre, ancien berger ;

Du double étui de cuir tire l’un de tes fifres,

Souffle et joue à ce tas de goinfres et de piffres

Ces vieux airs du pays, au doux rythme obsesseur,

Dont chaque note est comme une petite sœur,

Dans lesquels restent pris des sons de voix aimées,

Ces airs dont la lenteur est celle des fumées

Que le hameau natal exhale de ses toits,

Ces airs dont la musique a l’air d’être un patois !…

(Le vieux s’assied et prépare son fifre.)

Que la flûte, aujourd’hui, guerrière qui s’afflige,

Se souvienne un moment, pendant que sur sa tige

Tes doigts semblent danser un menuet d’oiseau,

Qu’avant d’être d’ébène, elle fut de roseau ;

Que sa chanson l’étonne, et qu’elle y reconnaisse

L’âme de sa rustique et paisible jeunesse !…

(Le vieux commence à jouer des airs languedociens.)

Écoutez, les Gascons… Ce n’est plus, sous ses doigts,

Le fifre aigu des camps, c’est la flûte des bois !

Ce n’est plus le sifflet du combat, sous ses lèvres,

C’est le lent galoubet de nos meneurs de chèvres !…

Écoutez… C’est le val, la lande, la forêt,

Le petit pâtre brun sous son rouge béret,

C’est la verte douceur des soirs sur la Dordogne,

Écoutez, les Gascons : c’est toute la Gascogne !

(Toutes les têtes se sont inclinées ; — tous les yeux rêvent ; — et des larmes sont furtivement essuyées, avec un revers de manche, un coin de manteau.)

Carbon, à Cyrano, bas.

Mais tu les fais pleurer !

Cyrano.

Mais tu les fais pleurer !De nostalgie !… Un mal

Plus noble que la faim !… pas physique : moral !

J’aime que leur souffrance ait changé de viscère,

Et que ce soit leur cœur, maintenant, qui se serre !

Carbon.

Tu vas les affaiblir en les attendrissant !

Cyrano, qui a fait signe au tambour d’approcher.

Laisse donc ! Les héros qu’ils portent dans leurs sang

Sont vite réveillés ! Il suffit…

(Il fait un geste. Le tambour roule.)

Tous, se levant et se précipitant sur leurs armes.

Sont vite réveillés ! Il suffit…Hein ?… Quoi ?… Qu’est-ce ?

Cyrano, souriant.

Tu vois, il a suffi d’un roulement de caisse !

Adieu, rêves, regrets, vieille province, amour…

Ce qui du fifre vient s’en va par le tambour !

Un cadet, qui regarde au fond.

Ah ! Ah ! Voici monsieur de Guiche !

Tous les cadets, murmurant.

Ah ! Ah ! Voici monsieur de Guiche !Hou…

Cyrano, souriant.

Ah ! Ah ! Voici monsieur de Guiche !Hou…Murmure

Flatteur !

Un cadet.

Flatteur !Il nous ennuie !

Un autre.

Flatteur !Il nous ennuie !Avec, sur son armure,

Son grand col de dentelle, il vient faire le fier !

Un autre.

Comme si l’on portait du linge sur du fer !

Le premier.

C’est bon lorsque à son cou l’on a quelque furoncle !

Le deuxième.

Encore un courtisan !

Un autre.

Encore un courtisan !Le neveu de son oncle !

Carbon.

C’est un Gascon pourtant !

Le premier.

C’est un Gascon pourtant !Un faux !… Méfiez-vous !

Parce que, les Gascons… ils doivent être fous :

Rien de plus dangereux qu’un Gascon raisonnable.

Le Bret.

Il est pâle !

Un autre.

Il est pâle !Il a faim… autant qu’un pauvre diable !

Mais comme sa cuirasse a des clous de vermeil,

Sa crampe d’estomac étincelle au soleil !

Cyrano, vivement.

N’ayons pas l’air non plus de souffrir ! Vous, vos cartes,

Vos pipes et vos dés…

(Tous rapidement se mettent à jouer sur des tambours, sur des escabeaux et par terre, sur leurs manteaux, et ils allument de longues pipes de pétun.)

Vos pipes et vos dés…Et moi, je lis Descartes.

(Il se promène de long en large et lit dans un petit livre qu’il a tiré de sa poche. — Tableau. — De Guiche entre. Tout le monde a l’air absorbé et content. Il est très pâle. Il va vers Carbon.)

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