Cyrano de Bergerac (page 2)
Qui sourirait avec une fraise !
Deuxième marquis.
Qui sourirait avec une fraise ! Et si fraîche
Qu’on pourrait, l’approchant, prendre un rhume de cœur !
Christian, lève la tête, aperçoit Roxane, et saisit vivement Lignière par le bras.
C’est elle !
Lignière, regardant.
C’est elle ! Ah ! c’est elle ?…
Christian.
C’est elle ! Ah ! c’est elle ?…Oui. Dites vite. J’ai peur.
Lignière, dégustant son rivesalte à petits coups.
Magdeleine Robin, dite Roxane. — Fine.
Précieuse.
Christian.
Précieuse.Hélas !
Lignière.
Précieuse.Hélas ! Libre. Orpheline. Cousine
De Cyrano, — dont on parlait…
(À ce moment un seigneur très élégant, le cordon bleu en sautoir, entre dans la loge et, debout, cause un instant avec Roxane.)
Christian, tressaillant.
De Cyrano, — dont on parlait…Cet homme ?…
Lignière, qui commence à être gris, clignant de l’œil.
De Cyrano, — dont on parlait…Cet homme ?…Hé ! Hé !…
— Comte de Guiche. Épris d’elle. Mais marié
À la nièce d’Armand de Richelieu. Désire
Faire épouser Roxane à certain triste sire,
Un monsieur de Valvert, vicomte… et complaisant.
Elle n’y souscrit pas, mais de Guiche est puissant :
Il peut persécuter une simple bourgeoise.
D’ailleurs j’ai dévoilé sa manœuvre sournoise
Dans une chanson qui… Ho ! il doit m’en vouloir !
— La fin était méchante… Écoutez…
(Il se lève en titubant, le verre haut, prêt à chanter.)
Christian.
La fin était méchante… Écoutez…Non. Bonsoir.
Lignière.
Vous allez ?
Christian.
Vous allez ? Chez monsieur de Valvert !
Lignière.
Vous allez ? Chez monsieur de Valvert ! Prenez garde :
C’est lui qui vous tuera !
(Lui désignant du coin de l’œil Roxane.)
C’est lui qui vous tuera ! Restez. On vous regarde.
Christian.
C’est vrai !
(Il reste en contemplation. Le groupe de tire-laine, à partir de ce moment, le voyant la tête en l’air et bouche bée, se rapproche de lui.)
Lignière.
C’est vrai ! C’est moi qui pars. J’ai soif ! Et l’on m’attend
— Dans les tavernes !
(Il sort en zigzaguant.)
Le Bret, qui a fait le tour de la salle, revenant vers Ragueneau, d’une voix rassurée.
– Dans les tavernes ! Pas de Cyrano.
Ragueneau, incrédule.
– Dans les tavernes ! Pas de Cyrano.Pourtant…
Le Bret.
Ah ! je veux espérer qu’il n’a pas vu l’affiche !
La salle.
Commencez ! Commencez !
Scène III
Les Mêmes, moins Lignière ; DE GUICHE, VALVERT, puis MONTFLEURY.
Un marquis, voyant de Guiche, qui descend de la loge de Roxane, traverse le parterre, entouré de seigneurs obséquieux, parmi lesquels le vicomte de Valvert.
Commencez ! Commencez ! Quelle cour, ce de Guiche !
Un autre.
Fi !… Encore un Gascon !
Le premier.
Fi !… Encore un Gascon ! Le Gascon souple et froid,
Celui qui réussit !… Saluons-le, crois-moi.
(Ils vont vers de Guiche.)
Deuxième marquis.
Les beaux rubans ! Quelle couleur, comte de Guiche ?
Baise-moi-ma-mignonne ou bien Ventre-de-biche ?
De Guiche.
C’est couleur Espagnol malade.
Premier marquis.
C’est couleur Espagnol malade.La couleur
Ne ment pas, car bientôt, grâce à votre valeur,
L’Espagnol ira mal, dans les Flandres !
De Guiche.
L’Espagnol ira mal, dans les Flandres ! Je monte
Sur scène. Venez-vous ?
(Il se dirige, suivi de tous les marquis et gentilshommes, vers le théâtre. Il se retourne et appelle.)
Sur scène. Venez-vous ? Viens, Valvert !
Christian, qui les écoute et les observe, tressaille en entendant ce nom.
Sur scène. Venez-vous ? Viens, Valvert ! Le vicomte !
Ah ! je vais lui jeter à la face mon…
(Il met la main dans sa poche, et y rencontre celle d’un tire-laine en train de le dévaliser. Il se retourne.)
Ah ! je vais lui jeter à la face mon…Hein ?
Le tire-laine.
Ay !…
Christian, sans le lâcher.
Ay !…Je cherchais un gant !
Le tire-laine, avec un sourire piteux.
Ay !…Je cherchais un gant ! Vous trouvez une main.
(Changeant de ton, bas et vite.)
Lâchez-moi. Je vous livre un secret.
Christian, le tenant toujours.
Lâchez-moi. Je vous livre un secret.Quel ?
Le tire-laine.
Lâchez-moi. Je vous livre un secret.Quel ? Lignière…
Qui vous quitte…
Christian, de même.
Qui vous quitte…Eh bien ?
Le tire-laine.
Qui vous quitte…Eh bien ? … touche à son heure dernière.
Une chanson qu’il fit blessa quelqu’un de grand,
Et cent hommes — j’en suis — ce soir sont postés !…
Christian.
Et cent hommes — j’en suis — ce soir sont postés !…Cent !
Par qui ?
Le tire-laine.
Par qui ? Discrétion…
Christian, haussant les épaules.
Par qui ? Discrétion…Oh !
Le tire-laine, avec beaucoup de dignité.
Par qui ? Discrétion…Oh ! Professionnelle !
Christian.
Où sont-ils postés ?
Le tire-laine.
Où sont-ils postés ? À la porte de Nesle.
Sur son chemin. Prévenez-le !
Christian, qui lui lâche enfin le poignet.
Sur son chemin. Prévenez-le ! Mais où le voir ?
Le tire-laine.
Allez courir tous les cabarets : le Pressoir
D’or, la Pomme de Pin, la Ceinture qui craque,
Les Deux Torches, les Trois Entonnoirs, — et dans chaque,
Laissez un petit mot d’écrit l’avertissant.
Christian.
Oui, je cours ! Ah ! les gueux ! Contre un seul homme, cent !
(Regardant Roxane avec amour.)
La quitter… elle !
(Avec fureur, Valvert.)
La quitter… elle ! Et lui !… — Mais il faut que je sauve
Lignière !…
(Il sort en courant. — De Guiche, le vicomte, les marquis, tous les gentilshommes ont disparu derrière le rideau pour prendre place sur les banquettes de la scène. Le parterre est complètement rempli. Plus une place vide aux galeries et aux loges.)
La salle.
Lignière !…Commencez.
Un bourgeois, dont la perruque s’envole au bout d’une ficelle, pêchée par un page de la galerie supérieure.
Lignière !…Commencez.Ma perruque !
Cris de joie.
Lignière !…Commencez.Ma perruque ! Il est chauve !…
Bravo, les pages !… Ha ! ha ! ha !…
Le bourgeois, furieux, montrant le poing.
Bravo, les pages !… Ha ! ha ! ha !…Petit gredin !
Rires et cris, qui commencent très fort et vont décroissant.
HA ! ha ! ha ! ha ! ha ! ha !
(Silence complet.)
Le Bret, étonné.
HA ! HA ! ha ! ha ! ha ! ha ! Ce silence soudain ?…
(Un spectateur lui parle bas.)
Ah ?…
Le spectateur.
Ah ?…La chose me vient d’être certifiée.
Murmures, qui courent.
Chut ! — Il paraît ?… — Non !… — Si ! — Dans la loge grillée.
— Le Cardinal ! — Le Cardinal ? — Le Cardinal !
Un page.
Ah ! diable, on ne va pas pouvoir se tenir mal !…
(On frappe sur la scène. Tout le monde s’immobilise. Attente.)
La voix d’un marquis, dans le silence, derrière le rideau.
Mouchez cette chandelle !
Un autre marquis, passant la tête par la fente du rideau.
Mouchez cette chandelle ! Une chaise !
(Une chaise est passée, de main en main, au-dessus des têtes. Le marquis la prend et disparaît, non sans avoir envoyé quelques baisers aux loges.)
Un spectateur.
Mouchez cette chandelle ! Une chaise ! Silence !
(On refrappe les trois coups. Le rideau s’ouvre. Tableau. Les marquis assis sur les côtés, dans des poses insolentes. Toile de fond représentant un décor bleuâtre de pastorale. Quatre petits lustres de cristal éclairent la scène. Les violons jouent doucement.)
Le Bret, à Ragueneau, bas.
Montfleury entre en scène ?
Ragueneau, bas aussi.
Montfleury entre en scène ? Oui, c’est lui qui commence.
Le Bret.
Cyrano n’est pas là.
Ragueneau.
Cyrano n’est pas là.J’ai perdu mon pari.
Le Bret.
Tant mieux ! tant mieux !
(On entend un air de musette, et Montfleury paraît en scène, énorme, dans un costume de berger de pastorale, un chapeau garni de roses penché sur l’oreille, et soufflant dans une cornemuse enrubannée.)
Le parterre, applaudissant.
Tant mieux ! tant mieux ! Bravo, Montfleury ! Montfleury !
Montfleury, après avoir salué, jouant le rôle de Phédon.
« Heureux qui loin des cours, dans un lieu solitaire,
Se prescrit à soi-même un exil volontaire,
Et qui, lorsque Zéphire a soufflé sur les bois… »
Une voix, au milieu du parterre.
Coquin, ne t’ai-je pas interdit pour un mois ?
(Stupeur. Tout le monde se retourne. Murmures.)
Voix diverses.
Hein ? — Quoi ? — Qu’est-ce ?…
(On se lève dans les loges, pour voir.)
Cuigy.
Hein ? — Quoi ? — Qu’est-ce ?…C’est lui !
Le Bret, terrifié.
Hein ? — Quoi ? — Qu’est-ce ?…C’est lui ! Cyrano !
La voix.
Hein ? — Quoi ? — Qu’est-ce ?…C’est lui ! Cyrano ! Roi des pitres,
Hors de scène à l’instant !
Toute la salle, indignée.
Hors de scène à l’instant ! Oh !
Montfleury.
Hors de scène à l’instant ! Oh ! Mais…
La voix.
Hors de scène à l’instant ! Oh ! Mais…Tu récalcitres ?
Voix diverses, du parterre, des loges.
Chut ! — Assez ! — Montfleury, jouez ! — Ne craignez rien !…
Montfleury, d’une voix mal assurée.
« Heureux qui loin des cours dans un lieu sol… »
La voix, plus menaçante.
« Heureux qui loin des cours dans un lieu sol… » Eh bien ?
Faudra-t-il que je fasse, ô Monarque des drôles,
Une plantation de bois sur vos épaules ?
(Une canne au bout d’un bras jaillit au-dessus des têtes.)
Montfleury, d’une voix de plus en plus faible.
« Heureux qui… »
(La canne s’agite.)
La voix.
« Heureux qui… » Sortez !
Le parterre.
« Heureux qui… » Sortez ! Oh !
Montfleury, s’étranglant.
« Heureux qui… » Sortez ! Oh ! « Heureux qui loin des cours… »
Cyrano, surgissant du parterre, debout sur une chaise, les bras croisés, le feutre en bataille, la moustache hérissée, le nez terrible.
Ah ! je vais me fâcher !…
(Sensation à sa vue.)
Scène IV
Les Mêmes, CYRANO, puis BELLEROSE, JODELET.
Montfleury, aux marquis.
Ah ! je vais me fâcher !…Venez à mon secours,
Messieurs !
Un marquis, nonchalamment.
Messieurs ! Mais jouez donc !
Cyrano.
Messieurs ! Mais jouez donc ! Gros homme, si tu joues
Je vais être obligé de te fesser les joues !
Le marquis.
Assez !
Cyrano.
Assez ! Que les marquis se taisent sur leurs bancs,
Ou bien je fais tâter ma canne à leurs rubans !
Tous les marquis, debout.
C’en est trop !… Montfleury…
Cyrano.
C’en est trop !… Montfleury…Que Montfleury s’en aille,
Ou bien je l’essorille et le désentripaille !
Une voix.
Mais…
Cyrano.
Mais…Qu’il sorte !
Une autre voix.
Mais…Qu’il sorte ! Pourtant…
Cyrano.
Mais…Qu’il sorte ! Pourtant…Ce n’est pas encor fait ?
(Avec le geste de retrousser ses manches.)
Bon ! je vais sur la scène, en guise de buffet,
Découper cette mortadelle d’Italie !
Montfleury, rassemblant toute sa dignité.
En m’insultant, Monsieur, vous insultez Thalie !
Cyrano, très poli.
Si cette Muse, à qui, Monsieur, vous n’êtes rien,
Avait l’honneur de vous connaître, croyez bien
Qu’en vous voyant si gros et bête comme une urne,
Elle vous flanquerait quelque part son cothurne.
Le parterre.
Montfleury ! — Montfleury ! — La pièce de Baro ! —
Cyrano, à ceux qui crient autour de lui.
Je vous en prie, ayez pitié de mon fourreau :
Si vous continuez, il va rendre sa lame !
(Le cercle s’élargit.)
La foule, reculant.
Hé ! là !…
Cyrano, à Montfleury.
Hé ! là !…Sortez de scène !
La foule, se rapprochant et grondant.
Hé ! là !…Sortez de scène ! Oh ! oh !
Cyrano, se retournant vivement.
Hé ! là !…Sortez de scène ! Oh ! oh ! Quelqu’un réclame ?
(Nouveau recul.)
Une voix, chantant au fond.
Monsieur de Cyrano
Vraiment nous tyrannise,
Malgré ce tyranneau
On jouera la Clorise.
Toute la salle, chantant.
La Clorise ! La Clorise !…
Cyrano.
Si j’entends une fois encore cette chanson,
Je vous assomme tous.
Un bourgeois.
Je vous assomme tous.Vous n’êtes pas Samson !
Cyrano.
Voulez-vous me prêter, Monsieur, votre mâchoire ?
Une dame, dans les loges.
C’est inouï !
Un seigneur.
C’est inouï ! C’est scandaleux !
Un bourgeois.
C’est inouï ! C’est scandaleux ! C’est vexatoire !
Un page.
Ce qu’on s’amuse !
Le parterre.
Ce qu’on s’amuse ! Kss ! — Montfleury ! — Cyrano !
Cyrano.
Silence !
Le parterre, en délire.
Silence ! Hi han ! Bêê ! Ouah, ouah ! Cocorico !
Cyrano.
Je vous…
Un page.
Je vous…Miâou !
Cyrano.
Je vous…Miâou ! Je vous ordonne de vous taire !
Et j’adresse un défi collectif au parterre !
— J’inscris les noms ! — Approchez-vous, jeunes héros !
Chacun son tour ! Je vais donner des numéros ! —
Allons, quel est celui qui veut ouvrir la liste ?
Vous, Monsieur ? Non ! Vous ? Non ! Le premier duelliste,
Je l’expédie avec les honneurs qu’on lui doit !
— Que tous ceux qui veulent mourir lèvent le doigt.
(Silence.)
La pudeur vous défend de voir ma lame nue ?
Pas un nom ? — Pas un doigt ? — C’est bien. Je continue.
(Se retournant vers la scène où Montfleury attend avec angoisse.)
Donc, je désire voir le théâtre guéri
De cette fluxion. Sinon…
(La main à son épée.)
De cette fluxion. Sinon…le bistouri !
Montfleury.
Je…
Cyrano, descend de sa chaise, s’assied au milieu du rond qui s’est formé, s’installe comme chez lui.
Je…Mes mains vont frapper trois claques, pleine lune !
Vous vous éclipserez à la troisième.
Le parterre, amusé.
Vous vous éclipserez à la troisième.Ah ?…
Cyrano, frappant dans ses mains.
Vous vous éclipserez à la troisième.Ah ?…Une !
Montfleury.
Je…
Une voix, des loges.
Je…Restez !
Le parterre.
Je…Restez ! Restera… restera pas…
Montfleury.
Je…Restez ! Restera… restera pas…Je crois,
Messieurs…
Cyrano.
Messieurs…Deux !
Montfleury.
Messieurs…Deux ! Je suis sûr qu’il vaudrait mieux que…
Cyrano.
Messieurs…Deux ! Je suis sûr qu’il vaudrait mieux que…Trois !
(Montfleury disparaît comme dans une trappe. Tempête de rires, de sifflets et de huées.)
La salle.
Hu !… hu !… Lâche !… Reviens !…
Cyrano, épanoui, se renverse sur sa chaise, et croise ses jambes.
Hu !… hu !… Lâche !… Reviens !…Qu’il revienne, s’il l’ose !
Un bourgeois.
L’orateur de la troupe !
(Bellerose s’avance et salue.)
Les loges.
L’orateur de la troupe ! Ah !… Voilà Bellerose !
Bellerose, avec élégance.
Nobles seigneurs…
Le parterre.
Nobles seigneurs…Non ! Non ! Jodelet !
Jodelet, s’avance, et, nasillard.
Nobles seigneurs…Non ! Non ! Jodelet ! Tas de veaux !
Le parterre.
Ah ! Ah ! Bravo ! très bien ! bravo !
Jodelet.
Ah ! Ah ! Bravo ! très bien ! bravo ! Pas de bravos !
Le gros tragédien dont vous aimez le ventre
S’est senti…
Le parterre.
S’est senti…C’est un lâche !
Jodelet.
S’est senti…C’est un lâche ! Il dut sortir !
Le parterre.
S’est senti…C’est un lâche ! Il dut sortir ! Qu’il rentre !
Les uns.
Non !
Les autres.
Non ! Si !
Un jeune homme, à Cyrano.
Non ! Si ! Mais à la fin, monsieur, quelle raison
Avez-vous de haïr Montfleury ?
Cyrano, gracieux, toujours assis.
Avez-vous de haïr Montfleury ? Jeune oison,
J’ai deux raisons, dont chaque est suffisante seule.
Primo : c’est un acteur déplorable qui gueule,
Et qui soulève avec des han ! de porteur d’eau,
Le vers qu’il faut laisser s’envoler ! — Secundo :
Est mon secret…
Le vieux bourgeois, derrière lui.
Est mon secret…Mais vous nous privez sans scrupule
De la Clorise ! Je m’entête…
Cyrano, tournant sa chaise vers le bourgeois, respectueusement.
De la Clorise ! Je m’entête…Vieille mule,
Les vers du vieux Baro valant moins que zéro,
J’interromps sans remords !
Les précieuses, dans les loges.
J’interromps sans remords ! Ha ! — Ho ! — Notre Baro !
Ma chère ! — Peut-on dire ?… Ah ! Dieu !…
Cyrano, tournant sa chaise vers les loges, galant.
Ma chère ! — Peut-on dire ?… Ah ! Dieu !…Belles personnes,
Rayonnez, fleurissez, soyez des échansonnes
De rêve, d’un sourire enchantez un trépas,
Inspirez-nous des vers… mais ne les jugez pas !
Bellerose.
Et l’argent qu’il va falloir rendre !
Cyrano, tournant sa chaise vers la scène.
Et l’argent qu’il va falloir rendre ! Bellerose,
Vous avez dit la seule intelligente chose !
Au manteau de Thespis je ne fais pas de trous :
(Il se lève, et lançant un sac sur la scène.)
Attrapez cette bourse au vol, et taisez-vous !
La salle, éblouie.
Ah !… Oh !…
Jodelet, ramassant prestement la bourse et la soupesant.
Ah !… Oh !…À ce prix-là, monsieur, je t’autorise
À venir chaque jour empêcher la Clorise !…
La salle.
Hu !… Hu !…
Jodelet.
Hu !… Hu !…Dussions-nous même ensemble être hués !…
Bellerose.
Il faut évacuer la salle !…
Jodelet.
Il faut évacuer la salle !…Évacuez !…
(On commence à sortir, pendant que Cyrano regarde d’un air satisfait. Mais la foule s’arrête bientôt en entendant la scène suivante, et la sortie cesse. Les femmes qui, dans les loges, étaient déjà debout, leur manteau remis, s’arrêtent pour écouter, et finissent par se rasseoir.)