Histoire ecclésiastique (page 2)

Socrate le Scolastique · Histoire

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — eglise/socrate · 9 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

CHAPITRE XIX.

La Foi est portée aux Indes Parlons maintenant de l'accroissement que la Religion Chrétienne reçut sous le règne de ce Prince. Les peuples les plus reculés des Indes et les Ibères reçurent alors la foi. Je dis les peuples les plus reculés des Indes, parce que quand les Apôtres partagèrent entre eux les Nations pour leur aller prêcher l'Evangile, le pays des Parthes échût à Thomas, l'Ethiopie à Mathieu; la partie des Indes, qui touche à l'Ethiopie à Barthelemy ; mais la partie la plus éloignée et habitée par divers peuples qui parlent diverses langues, n'échût a aucun Apôtre, et ne fut point éclairée par la lumière de la foi, avant le temps de Constantin. Voici l'occasion, par laquelle ils embrassèrent alors la Religion Chrétienne. Un Philosophe nommé Métope, natif de Tyr, ayant résolu de faire voyage 80 aux Indes, à l'imitation de Métrodore autre Philosophe qui y avait été un peu auparavant, partit avec deux jeunes hommes de ses amis, qui savaient assez bien la langue grecque.

Lorsqu'il y eut considéré attentivement tout ce qui pouvait contenter sa curiosité, il se retira à un lieu où il y avait un Port fort sûr, à dessein d'y apprêter ce qui lui était nécessaire pour manger. La paix d'entre les Romains et les Indiens, ayant été rompue peu auparavant, leur vaisseau fut pris, et ceux qui étaient dedans tués, à la réserve des deux jeunes hommes, qui par quelque sorte de compassion de leur âge furent gardés et donnés au Roi. Ce Prince les ayant trouvés bien faits, en choisit un nommé Edèse, pour être son Echanson, et l'autre nommé Frumentius, pour être son Secrétaire. Etant mort bientôt après, il les affranchit par son testament, et laissa son royaume à sa femme, et à son fils qui était encore enfant. La Reine pria ces deux jeunes hommes, d'avoir soin de son fils jusques à ce qu'il fût grand. Ils commencèrent donc à prendre soin des affaires. Mais la principale autorité était entre les mains de Frumentius. Il s'informa si parmi les Romains qui trafiquaient aux Indes, il y en avait qui fussent Chrétiens, et en ayant trouvé, il se découvrit à eux, et les exhorta à s'assembler pour faire exercice de notre Religion. Il éleva par la suite du temps une Eglise et y reçut quelques Indiens qu'il fit instruire de nos mystères. Lorsque le jeune Roi. fut parvenu à âge d'homme, Frumentius lui remit entre les mains le gouvernement des affaires, dont et s'était très-fidèlement acquitté, et lui demanda permission de s'en retourner en son pays. Le Roi et la Reine sa mère le conjurèrent de demeurer avec eux, mais ne l'ayant pu retenir, il partit avec Edèse. Celui-ci revint à Tyr, pour y revoir sa maison et ses parents. L'au- 81 tre alla à Alexandrie, où il fit une relation fidèle de son voyage à Athanase, qui peu auparavant avait été élevé sur le Siège de l'Eglise de cette ville, et l'exhorta à envoyer un Evêque et des Ecclésiastiques aux Indes, pour établir la foi dans ces pays-là, dont les peuples étaient fort disposés à la recevoir. Athanase après une sérieuse réflexion, lui déclara qu'il n'avait personne plus propre que lui pour envoyer aux Indes, en qualité d'Evêque, et lui imposa les mains. Y étant donc retourné, il y prêcha l'Evangile, y fonda des Eglises, et étant soutenu de la grâce de Dieu, y fit des miracles, et y guérit une multitude innombrable de personnes, des maladies de leurs corps et de leurs âmes. Rufin rapporte toutes ces choses, et assure les avoir apprises d'Edèse, qui fut depuis Prêtre de l'Eglise de Tyr.

CHAPITRE XX.

Les Ibères se convertissent à la foi.

VOYONS maintenant de quelle manière les Ibères se convertirent dans le même temps à la foi. Une femme d'une vertu exemplaire, fut prise par les Ibères qui habitent aux environs du Pont-Euxin,. et qui sont une Colonie de ceux qui habitent en Espagne. Quand elle fut entre leurs mains, elle y vécut d'une manière admirable. Car outre qu'elle gardait très-exactement la continence, elle y passait les jours dans les jeûnes et dans les prières. Le Fils du Roi ayant été attaqué dans le même temps d'une maladie, la Reine l'envoya selon la coutume du pays aux femmes; afin qu'elles le soulageassent par les remèdes, que l'expérience leur aurait appris. Sa nourrice l'ayant porté inutilement à plusieurs femmes, le porta 82 aussi à celle-ci qui était captive. Elle ne lui donna aucun remède, parce qu'elle n'en sa voit aucun. Mais l'ayant mis sur un lit fait de poil, en présence de plusieurs autres femmes, elle dit : Jésus qui a guéri plusieurs autres malades, guérira cet enfant. Ayant fait ensuite sa prière, l'enfant fut guéri, et se porta bien depuis. Le bruit de cette guérison s'étant répandu parmi toutes les autres femmes, et étant venu jusques aux oreilles de la Reine, mit cette étrangère en grande réputation. La Reine étant tombée malade bientôt après, l'envoya quérir. Mais sur ce qu'elle s'excusa par modestie de l'aller trouver, elle se fit porter chez elle, et fut guérie de la même sorte que son fils l'avait été. Comme cette Princesse la remerciait : Vôtre guérison, lui répondit-elle, ne vient point de moi, mais de Jésus-Christ Fils de Dieu Créateur du monde, que je vous exhorte de tout mon cœur de reconnaitre et d'adorer. Le Roi surpris d'une guérison si prompte et si miraculeuse, voulut récompenser cette étrangère. Mais elle répondit qu'elle n'avait point besoin de bien que la piété lui tenait lieu de richesses, et que si elle avait quelque récompense à souhaiter, ce serait qu'il adorât le Dieu qu'elle adorait. Après avoir fait cette réponse, elle renvoya au Roi ses présents. Il conserva dans le fond de son cœur cette réponse, et étant allé à la chasse, le jour suivant, le bois où il chassait, fut couvert tout d'un coup .d'un épais nuage, et l'air rempli d'éclairs et de tonnerres : tellement que ne sachant que faire, il eut recours à ses Dieux, mais ayant imploré inutilement leurs secours, il implora celui du Dieu que l'étrangère adorait, et le nuage ayant été dissipé à l'heure-même, il revint fort joyeux en sa maison, où ayant raconté à la Reine sa femme, tout ce qui lui était arrivé, il envoya quérir cette étrangère, et lui demanda qui était le Dieu 83 qu'elle adorait. Elle fit tant, que de Prince Païen, elle le rendit Prédicateur de l'Evangile. Car ayant assemblé ses sujets, il leur fit un récit exact de la guérison de la Reine sa femme, et de son fils, et au miracle qui lui était arrivé à la chasse, et les exhorta à adorer le Dieu de cette étrangère. Ainsi il commença à prêcher la foi aux hommes, pendant que la Reine la prêchait de son côté aux femmes. Il apprit de cette prisonnière de quelle manière les Romains bâtissaient leurs Eglises, et à l'heure-même il commanda d'apprêter ce qui serait nécessaire, pour en faire une sur le même modèle. Comme les Ouvriers s'efforçaient d'élever des colonnes, la providence usa d'un stratagème, qui servit à attirer ces peuples à la foi. Une de ces colonnes étant demeurée tellement immobile, que les Ouvriers s'étaient retirés, après avoir rompu leurs câbles et leurs machines sans l'avoir .pu remuer, la sainte femme alla seule sur le lieu durant la nuit ; et quand elle l'eut passée en prières, la colonne commença à être levée comme par la main, de la providence, et dès qu'elle fut au dessus de la base, elle y demeura comme suspendue, sans la toucher. Le Roi qui entendait l'Architecture, étant allé visiter l'ouvrage à la pointe du jour suivant, s'étonna comme tous les autres assistants, que la colonne fût suspendue de la sorte. Elle s'abaissa incontinent après sur sa base, et s'y reposa en présence de tout le peuple, qui ne pouvait se lasser d'admirer la fermeté de la roi du Roi, et la puissance du Dieu que l'étrangère adorait. Ayant tous embrassé avec joie la même créance, ils élevèrent sans peine les autres colonnes, et achevèrent l'ouvrage en très-peu de temps. Ils envoyèrent ensuite une ambassade à l'Empereur, pour faire alliance avec lui, et pour le sup- plier de leur donner un Evêque et un Clergé, puisqu'ils avaient embrassé sa Religion. Rufin rap- 84 porte cette histoire, et assure l'avoir apprise de Pacurius, qui après avoir possédé durant quelque temps l'autorité absolue parmi les Ibères, passa dans le parti des Romains ; où il fut d'abord employé à garder les frontières de Palestine, et depuis ayant été fait Maître de la Milice ,il servit très-fidèlement l'Empereur Théodose contre le Tyran Maxime. Voila comment les Ibères se soumirent à la foi sous le règne de Constantin.

CHAPITRE XXI. D'Antoine Solitaire, Il est inutile que je représente ici, combien Antoine Moine d'un désert d'Egypte, se rendit célèbre en ce temps-là par la guerre ouverte qu'il déclara aux démons, par l'adresse qu'il eut de découvrir leurs ruses et leur manière de combattre, et par les miracles qu'il fit, puisqu'Athanase Evêque d'Alexandrie m'a prévenu dans ce dessein, et en a fait un livre exprès, Enfin cela sert à faire reconnaître la prospérité du règne de Constantin, et l'abondance des grâces dont Dieu favorisait son siècle.

CHAPITRE XXI.

De Manès, Chef des Manichéens.

L'IVRAIE ne cessa pas de croître en ce temps-là parmi le froment, parce que le démon ne manque jamais de porter envie au bonheur des hommes. Un Christianisme de Philosophes s'éleva avant le règne de Constantin, parmi le Chri- 85 stianisme des fidèles, comme les faux Prophètes et les faux Apôtres s'étaient autrefois élevés parmi les Prophètes et les Apôtres véritables. Manès s'efforça d'introduire la doctrine d'Empédocle dans notre Religion. Eusèbe surnommé Pamphile en a parlé dans le septième livre de son Histoire. Mais parce qu'il n'en a pas parlé assez exactement, je crois devoir rapporter ce qu'il a omis et faire voir le commencement de Manès, et le progrès de son insolence. Un nommé Scythien, Sarrasin de nation, ayant épousé une esclave de la haute Thébaïde, fit un voyage en Egypte, où il apprit la doctrine des Egyptiens et introduisit ensuite dans notre Religion l'opinion de Pythagore et d'Empédocle, assurant comme ce dernier, qu'il y a deux natures; une mauvaise qu'il appelait discorde, et une bonne qu'il appelait amitié. Ce Scythien eut pour disciple Buddas, qui s'appelait auparavant Térébinte. Buddas étant allé à Babylone Ville.de Perse, y publia de soi-même des extravagances monstrueuses ; qu'il était né d'une Vierge, et qu'il avait été élevé sur les montagnes. Il composa après cela quatre livres ; au premier desquels il donna le titre de mystères; au second d'Evangile , au troisième de Trésor ; et .au quatrième de Chapitres. Un jour qu'il faisait semblant de célébrer certains sacrifices secrets, il fut jeté par le démon dans un. précipice; et étant mort de sa chute, il fut enterré par une femme chez qui il avait logé. Cette femme ayant profité de son bien acheta un enfant de sept ans nommé Cubrique,. qu'elle affranchit et fit élever. Elle mourut bientôt après, et en mourant, lui laissa par testament le bien de Buddas et les livres qu'il avait composés suivant la doctrine qu'il avait apprise de Scythien. Cubrique étant allé en Perse, changea de nom, et se fit appeler Manès. Il amassa des disciples, auxquels il donna les livres de 86 Buddas, comme s'ils eussent été de lui. Ces livres contiennent en apparence les vérités de la Religion Chrétienne ; mais quand on les examine de près, on trouve qu'ils sont remplis de la superstition des Païens. En effet Manès enseigne qu'il faut reconnaître plusieurs Dieux, et adorer le Soleil. Il introduit la destinée et ôte la liberté. Il assure que les corps sont changés les uns dans les autres ; en quoi il suit manifestement les imaginations ridicules d'Empédocle, de Pythagore, et des Egyptiens. Il nie la vérité du corps du Sauveur, prétendant qu'il n'avait qu'un corps fantastique. Il rejette la Loi, et les Prophètes, et s'appelé Paraclet, ce qui est constamment contraire à la foi de l'Eglise Catholique. Il a eu même l'insolence de prendre dans ses lettres le titre d'Apôtre. Il reçut aussi dans la suite le châtiment que méritait son impiété. Le fils du Roi de Perse étant tombé malade, ce Prince n'omit aucun soin pour lui rendre la santé, et comme il avait entendu parler des miracles de Manès, il l'envoya quérir . comme un Apôtre, dans l'espérance qu'il guérirait son fils. Manès se chargea du soin de l'enfant, mais au lieu de guérir entre ses mains, il y mourut. Le Roi très-fâché de la mort de son fils, commanda de charger de chaînes cet imposteur, à dessein de le faire exécuter à mort bientôt après. Mais ayant rompu ses chaînes, il s'enfuit en Mésopotamie. Le Roi l'ayant fait chercher, commanda de l'écorcher vif, de remplir sa peau de paille, et de la pendre à la porte de la Ville. Ce n'est pas là une histoire que j'aie inventée. Je l'ai lue dans la dispute d'Archélaüs Evêques de Cascase Ville de Mésopotamie. Cet Archélaüs témoigne qu'il avait conféré avec Manès, et rapporte ce que je viens de dire de la vie et de sa mort. L'envie s'attache comme j'ai dit, au bonheur et à la prospérité des hommes. C'est une question fort lon- 87 gue et fort difficile, de savoir pourquoi Dieu, dont la bonté est infinie, le permet; si c'est pour faire éclater davantage la pureté de la doctrine de l'Eglise, pour réprimer l'orgueil qui s'élève parmi les Fidèles, ou pour quelque autre raison, et je n'entreprendrai pas maintenant de la décider. Car je n'ai dessein ni d'examiner la vérité de la doctrine ; ni de pénétrer les secrets de la providence, mais seulement de faire le récit des choses qui sont arrivées dans l'Eglise. Je ne dirai rien davantage de la naissance de l'erreur des Manichéens, et je reprendrai la suite de mon sujet.

CHAPITRE XXIII.

Eusèbe et Théognis combattent la définition de foi, faite au Concile de Nicée, et dressent des pièges à Athanase.

EUSEBE et Théognis étant revenus de leur exil reprirent possession de leurs Eglises, et en chassèrent ceux qui s'en étaient emparés. L'Empereur leur rendent de grands honneurs, dans la créance qu'ils avaient renoncé à l'erreur, et s'étaient soumis à la vérité de la foi. Mais abusant de cet honneur, ils excitèrent de plus grands troubles qu'auparavant, tant par le désir d'appuyer l'opinion d'Arius, dont ils étaient infectés depuis longtemps, que par la haine dont ils étaient animés contre Athanase, à cause de la fermeté, avec laquelle il s'était opposé à leur sentiment dans le Concile, lorsque les questions y avaient été agitées. Ils commencèrent à condamner son ordination, comme s'il eût été indigne d'être ordonné, et qu'il n'eût été élu que par des personnes incapables. Lorsqu'il eut vaincu la calomnie, le que jouissant paisiblement de la chaire de l'Eglise 88 d'Alexandrie, il défendait fortement la foi du Concile de Nicée, Eusèbe lui dressa des pièges, et fit ses efforts pour rétablir Arius dans la Ville, dans la créance qu'il n'y avait point de meilleur moyen pour ruiner le terme de Consubstantiel, et d'introduire l'hérésie. Il écrivit à Athanase pour le supplier de recevoir Arius et ses compagnons à la communion Ecclésiastique, et usa cependant de menaces en public. N'ayant pu ébranler la fermeté à Athanase, il tâcha de persuader à l'Empereur de permettre qu'Arius le vînt trouver, et qu'il retournât ensuite à Alexandrie. Je. dirai en son lieu par quel moyen il obtint cette grâce. Mais avant que cela arrivât, l'Eglise fut agitée de nouvelles tempêtes, et sa paix fut troublée par ses propres enfants. Eusèbe surnommé Pamphile, dit qu'incontinent après la célébration du Concile, il s'émut des contestations et des disputes parmi les Egyptiens ; mais il en dissimule le sujet, ce qui l'a fait soupçonner par quelques-uns, de mauvaise foi, et leur a donné lieu de croire que cette dissimulation ne procédait que de la résolution qu'il avait prise, de ne point consentir à ce qui avait été décidé dans le Concile. Le terme de Consubstantiel faisait de la peine à quelques-uns, comme il paraît par les lettres que les Évêques s'écrivirent les uns aux autres. La subtilité avec laquelle ils examinèrent ce terme, excita entre eux des combats semblables à ceux qui se donnent durant la nuit, parce que l'obscurité de la matière les empêchait de voir qu'ils se déchiraient sans sujet par des injures atroces. Ceux qui improuvaient le. terme de Consubstantiel, croyaient qu'il autorisait l'erreur de Sabellius, et de Montan.; et appelaient impies ceux qui s'en servaient, comme, s'ils eussent ruiné l'existence du Fils de Dieu. Au contraire ceux qui soutenaient ce terme, accusaient leurs adversaires d'introduire le 89 culte.de plusieurs Dieux, et les évitaient comme des Païens. Eustate Evêque d'Antioche accuse Eusèbe surnommé Pamphile, de corrompre la foi du Concile de Nicée. Eusèbe soutient de son côté qu'il ne s'éloigne point du tout de cette foi, et accuse Eustate de favoriser l'erreur de Sabellius. Voila quel fut le sujet des contestations des Evêques et des livres qu'ils composèrent les uns contre les autres. Bien que les uns et les autres avouassent que le Fils de Dieu a sa personne et son existence, et qu'ils reconnaissent trois personnes en un seul Dieu, ils ne purent néanmoins s'accorder, ni demeurer en repos.

CHAPITRE XXIV.

Concile d'Antioche. Déposition d'Eustate.

Sédition.

LES Evêques s'étant assemblés à Antioche, déposèrent Eustate, Evêque de cette Ville, comme favorisant le dogme de Sabellius, au lieu de suivre la définition du Concile de Nicée. Quelques-uns assurent qu'il fut déposé pour d'autres raisons moins honnêtes, qu'ils ne disent point.

Car les Evêques ont accoutumé de parler désavantageusement de ceux qu'ils déposent ; et de les accuser d'impiété, sans dire de quelle impiété ils sont coupables. George Evêque de Laodicée. Ville de Syrie, assure dans l'éloge qu'il a fait d'Eusèbe Évêque d'Emèse, qu'Eustate fut déposé sur l'accusation de Cyr, Evêque de Bérée .pour avoir favoriser l'erreur de Sabellius. Nous parlerons de cet Eusèbe Evêque d'Emèse en un autre lieu. Il semble qu'il y a de la contradiction dans ce que George dit touchant Eustate, car après avoir dit 90 qu'il fut accusé par Cyr, de favoriser l'erreur de Sabellius, il ajoute que Cyr même fut déposé pour l'avoir favoriser. Il y a donc apparence que ce fut pour une autre raison qu'Eustate fut déposé. Sa déposition fut suivie d'une sédition furieuse et quand on procéda à l'élection il s'éleva un grand feu de contestations et de querelles, qui divisèrent la Ville en deux partis, dont l'un s'efforçait de transférer Eusèbe surnommé Pamphile de Césarée à Antioche, et l'autre prétendait rétablir Eustate. Il n'y eut personne dans la Ville qui ne se déclarât pour l'un ou pour l'autre de ces partis. Les gens de guerre avaient pris les armes, et en seraient venus aux mains, si leur emportement n'avait été arrêté par l'ordre de la Providence et par l'appréhension de la justice de l'Empereur. Ce Prince écrivit pour réprimer la sédition, et Eusèbe refusa d'être transfère à Antioche, ce qui plût si fort à Constantin, qu'il lui en donna de grandes louanges, et lui témoigna par des lettres qu'il le tenait tort heureux devoir été jugé digne d'être Evêque non d'une Ville, mais de tout le monde. On dit que le siège de l'Eglise d'Antioche vaqua l'espace de huit ans, après lesquels Eufrone y fut élevé par les soins de ceux qui s'efforçaient de renverser la foi du Concile de Nicée. Voila ce que j'avais à dire du Concile tenu à Antioche pour la déposition d'Eustate. Eusèbe qui avait quitté l'Eglise de Béryte pour s'emparer de celle de Nicomédie, brassa bientôt après une trame avec ceux de son parti, pour rétablir Arius. II est tenu de parler des moyens qu'ils emploierait pour cet effet.

91 CHAPITRE XXV.

D'un Prêtre qui ménagea le rétablissement d'Arius dans Alexandrie.

Constantin avait une sœur nommée Constancie, qui avait autrefois été mariée à Licinius, qui après avoir possédé avec Constantin une partie de l'Empire fut tué pour l'injuitice de son ambition, et pour la cruauté de son gouvernement. Elle avait dans son Palais un Prêtre Arien, qu'elle honorait de son amitié. Comme il avait souvent l'occasion de l'entretenir, il lui parla d'Arius à la sollicitation d'Eusèbe et de quelques autres de la même faction ; que le Concile lui avait fait injustice, et qu'il ne tenait pas lec sentiments dont on l'accusait. Constancie ajouta foi aux discours du Prêtre. Mais elle n'osa les rapporter à l'Empereur. Elle tomba bientôt après dans une dangereuse maladie, durant laquelle l'Empereur la visitait très souvent. Comme la maladie croissait si fort de jour en jour qu'elle n'éspérait plus de guérir, elle recommanda ce Prêtre à l'Empereur son frère, et l'assura qu'il était fort homme de bien, et fort affectionné à son service. Constancie étant morte bientôt après, ce Prêtre entra bien avant dans l'amitié de l'Empereur, et lui répéta les mêmes choses qu'il avait dites à Constancie ; qu'Arius ne tenait rien de contraire à ce qui avait été décidé par le Concile, et que s'il lui voulait faire la grâce de lui donner un moment d'audience, il reconnaîtrait son innocence, et l'injustice de ses accusateurs. L'Empereur fort étonné de ce discours, lui dit : Si Arius se foûmet à la définition du Concile, et la 92 signe je le recevrai avec joie, et le renverrai avec honneur à Alexandrie; et àl 'heure-même lui écrivit en ces termes.

Constantin Vainqueur, très-Grand, Auguste à Arius. « IL y a déjà longtemps que vous avez reçu ordre de venir à la Cour, pour y jouir de ma présence. Je m'étonne que vous n'y ayez pas satisfait. Prenez donc une voiture publique, afin que vous puissiez ressentir les effets de ma clémence, et retourner en votre pays. Je prie Dieu, mon très cher frère, qu'il vous conserve.

» Cette lettre fut écrite le vingt-cinquiéme jour de Novembre. Elle est une preuve maniseste de l'ardeur du zèle, dont l'Empereur brûlait pour la Religion. Car il paraît qu'il avait plusîeurs fois exhorté Arius à changer de sentiment, et qu'il avait négligé d'obéir. Mais alors il vint à Constantinople avec Euzoius, qu'Alexandre awit déposé du diaconat, en déposant Arius et ses sectateurs. L'Empereur leur demanda s'ils consentaient à la définition du Concile ; et quand il» lui eurent répondu que oui, il Ieur demanda leur profession de foi par écrit.

CHAPITRE XXVI. Arius donne sa rétractation, et fait semblant de se soumettre à la définition du Concile. ILS donnèrent leur déclaration conçue en ces termes.

« A Constantin très-pieux, et très-religieux Empereur, Arius et Euzoius. 93 Nous vous déclarons notre foi, comme votre piété nous l'a commandé, et nous protestons devant Dieu, que nous la tenons tous telle qu'elle suit.

Nous croyons en un seul Dieu Père tout-puissant, et en Jésus Christ son Fils notre Seigneur, Dieu et Verbe qui est fait de lui avant tous les siècles, par qui toutes les choses qui sont dans le Ciel et sur la terre ont été faites; qui est descendu du ciel, a pris chair, a souffert et est ressuscité et monté au ciel, d'où il viendra juger les vivants et les morts. Nous croyons le saint Esprit, la Résurrection de la chair, la vie du siècle à venir, le royaume des cieux, et une Eglise Catholique répandue par toute la terre. Nous avons appris cette foi de l'Evangile, où le Seigneur dit à ses Apôtres ; Allez donc, et enseignez tous les .peuples, les bâtissant au Nom du Père, du Fils et du saint Esprit. Si nous ne sommes pas dans cette créance, et si nous ne recevons pas véritablement le Père, le Fils et le saint Esprit, comme l'Eglise Catholique et l'Ecriture sainte l'enseignent, que Dieu nous juge dans ce siècle-ci, et dans le siècle à venir. C'est pourquoi nous supplions votre piété, Empereur très-chéri de Dieu qu'ayant l'honneur d'avoir place dans le Clergé, et qu'étant très-attachés à la foi de l'Eglise, et au sens de l'Ecriture, vous ayez la bonté de nous réunir au Corps de cette Eglise qui est notre mère, afin que les questions inutiles étant retranchées, nous entreprenions la paix, et nous fassions tous ensemble des prières à Dieu pour la prospérité de votre règne, et pour la conservation de famille. »

94 CHAPITRE XXVII. Athanase refuse de recevoir Arius. Il est calomnié auprès de l'Empereur. Arius ayant ainsi persuadé l'Empereur de la sincérité de sa foi, retourna à Alexandrie. Mais son artifice ne pût ni cacher, ni vaincre la vérité. Athanase bien loin de le recevoir, l'ayant rejeté, comme.une peste publique, il commença à troubler la paix de la Ville, en publiant son erreur. Eusèbe Évêque de Nicomédie, écrivit alors à l'Empereur, et lui persuada de commander qu'Arius et ses compagnons fussent admis à la communion de l'Eglise. Mais Athanase au lieu de déférer à son ordre, lui fit réponse qu'il n'était pas possible de recevoir dans la communion des personnes qui avaient violé la foi, et qui avaient été frappées d'anathème. L'Empereur irrité de cette réponse, menaça Athanase en ces termes.,

« Puisse vous avez appris mon intention, laissez l'entrée de l'Eglise libre à tous ceux qui désireront de s'y assembler. Car si j'apprends que vous l'ayez fermée à aucun de ceux qui désireront d'y entrer, j'enverrai quelqu'un qui exécutera mes ordres, qui vous déposera, et vous châtiera, hors de votre pays.

»

Voila ce que l'Empereur écrivit à Athanase, à dessein de procurer le bien, public, et d'empêcher la division de l'Eglise ; car il n'avait point de si forte passion, que de la voir dans une parfaite union. Alors les partisans d'Eusèbe crurent devoir se servir de la colère du Prince pour satisfaire à la haine, dont ils étaient animés contre Athanase, et pour le châtier de son Siège où ils savaient que tant qu'il serait assis, il s'opposerait si fortement à l'opinion d'Arius, que 95 jamais elle ne remporterait aucun avantage. Eusèbe Evêque de Nicomédie, Théognis Evêque de Nicée, Maris Evêque de Calcédoine, Ursace Evêque de Singidon Ville de la haute Mésie, et Valens Evêque de Mursa Ville de la haute Pannonie conspirèrent contre lui, et corrompirent par argent des Méléciens pour le charger de diverses accusations, Ision, Eudémon et Callinique Méliciens, l'accusèrent d'abord d'avoir voulu obliger les Egyptiens de fournir des vestes de lin à l'Eglise d'Alexandrie. Mais Alipe et Macaire Prêtres de cette Eglise, qui se trouvèrent alors à Nicomédie, dissipèrent l'accusation ; si bien que l'Empereur blâma les accusateurs, et exhorta Athanase à le venir trouver. Mais avant qu'il fut arrivé, les partisans d'Eusèbe lui suscitèrent une autre accusation, et le firent charger d'un crime plus atroce que le premier, qui était d'avoir conjuré contre l'Empereur, et d'avoir envoyé pour cet effet une cassette pleine .d'or à un nommé Philuméne. L'Empereur ayant pris connaissance de cette accusation à Psamatie, qui est un faubourg de Nicomédie, et ayant reconnu qu'Athanase était innocent, le renvoya à Alexandrie, et écrivit aux habitants, que leur Evêque avait été injustement accusé. Il semble que pour l'intérêt de l'Eglise, les entreprises que les partisans d'Eusèbe, firent ensuite contre lui, devraient être supprimées, de peur que les Païens n'en prennent occasion de la déshonorer. Mais puisqu'elles ont déjà été écrites, et qu'elles sont venues à la connaissance de tout le monde, je ne saurais me dispenser de les rapporter en peu de paroles. Il y a aux environs d'Alexandrie un pays nommé Maréote, qui est fort peuplé, et rempli de plusieurs Eglises, qui dépendent de l'Evêque de la Ville. Un homme de ce pays, nommé Ischyras, se porta à un crime qui mérite d'être .expié de plus d'une 96 mort. IL eut la hardiesse de prendre la qualité de Prêtre, et d'en faire les fonctions, bien qu'il n'eût jamais été ordonné. Son crime ayant été découvert, il se réfugia à Nicomédie, et implora la protection d'Eusèbe, qui non content de le recevoir comme Prêtre, lui promit de le faire Évêque, s'il voulait intenter une accusation contre Athanase. Cette accusation était fondée sur ce qu'Ischyras supposait faussement, que Macaire avait renversé l'Autel de l'Eglise, rompu un Calice, et brûlé les livres saints. Les partisans d'Eusèbe lui promirent la dignité Episcopale, pour la récompense de sa calomnie, dans l'espérance que, si l'accusation contre Macaire réussissait, elle retomberait sur Athanase, par qui Macaire avait été envoyé, et de qui il n'avait fait que suivre les ordres. Mais avant que d'intenter cette accusation, ils en intentèrent une autre fort maligne et fort envenimée, dont je fuis obligé de parler pour suivre l'ordre du temps. Ayant trouvé je ne sais où, la main d'un homme, sait qu'ils l'eussent tué pour la lui couper, ou qu'ils l'eussent coupée d'un corps mort, Dieu le sait, et ceux qui ont commis un crime si horrible, le savent aussi ; ils la montrèrent comme la main d'Ariane Evêque de la secte des Méléciens, qu'ils tenaient cependant caché, et assurèrent qu'Athanase l'avait eue par les secrets de la magie. Cette accusation qui était sans doute la plus atroce, ayant été proposé contre Athanase, tous ceux qui ne l'aimaient pas, le chargèrent à l'heure-même de divers autres crimes. Ce qui obligea l'Empereur de mander à Dalmatius Censeur, son Neveu, qui était alors à Antioche, d'envoyer quérir les accusés, et de les punir s'ils étaient coupables. Il donna aussi ordre Eusèbe, et à Théognis de s'y trouver. Quand Athanase se vit cité devant Dalmatius, il envoya chercher Arsène en Egypte, sans le pouvoir trou- 97 ver, parce qu'il changeait souvent de demeure, et se cachait tantôt en un lieu, et tantôt en un autre.

CHAPITRE XXVIII. L'Empereur assemble un Concile à Tyr, pour juger les accusations intentées contre Athanase. Cependant l'Empereur arrêta par l'occasion que je vais dire, les procédures qui avaient été commencées devant Dalmatius. Il avait ordonné à plusieurs Evêques de le trouver à Jérusalem, pour la Dédicace de l'Eglise qu'il y avait fait bâtir. Avant qu'ils y fussent arrivés, il les assembla à Tyr, et les chargea d'examiner les accusations qui avaient été intentées contre Athanase, afin que toutes ces contestations si fâcheuses étant assoupies, ils pussent célébrer avec plus de joie la fête de la Dédicace. Soixante Evêques furent assemblés à Tyr, en la trentième année du règne de Constantin, par Denys Gouverneur de la Province. Macaire y fut conduit d'Alexandrie, chargé de chaînes. Athanase n'avait point dessein d'y aller, non qu'il appréhendât d'être convaincu, parce qu'il étai assuré de son innocence, mais de peur que l'on n'introduisît quelque nouveauté contre ce qui avait été décidé dans le Concile de Nicée. Il fut pourtant contraint par les menaces de l'Empereur d'y aller. Car ce Prince lui avait mandé que s'il n'y allait volontairement, on l'y ferait aller de force.

98 CHAPITRE XXIX. De l'Évêque Arsène. LA providence mena Arsène comme par la main à Tyr. Car sans se soucier de l'ordre que les calomniateurs, dont il avait reçu l'argent, lui avaient donné de se cacher, il eut la curiosité d'aller en cette Ville, pour être témoin de ce qui s'y passerait. Il arriva dans le même temps, que les domestiques d'Archélaüs Gouverneur de la Province, ouïrent dire à quelques personnes dans un cabaret, qu'Arsène, qu'oïl disait avoir été tué, était caché dans la maison d'un citoyen, et le rapportèrent à leur maître ; qui ayant aussitôt fait chercher Arsène, et l'ayant trouvé, en donna avis à Athanase pour relever son courage par une si heureuse nouvelle. Arsène nia d'abord que ce fût lui. Mais il fut convaincu par Paul,

Evêque de Tyr, qui le connaissait depuis longtemps. Les choses ayant été ainsi disposées pas l'ordre de la providence, Athanase fut cité au Concile. Quand il y fut entré, les accusateurs s'avancèrent et produisent la main. L'accusé se conduisit fort prudemment. Car il demanda tant aux accusateurs qu'aux autres, qui étaient présents, s'ils connaissaient Arsène, et plusieurs ayant répondu qu'ils le connaissaient fort bien, il commanda qu'on le fît entrer, ayant les deux mains cachées sous son manteau. Quand il fut entré il leur demanda encore une fois, est-ce là cet Arsène qui a une main coupée ? Tous furent surpris d'un extrême étonnement, à la réserve de ceux qui n'ignoraient pas d'où venait la main car les autres croyaient qu'Athanase se défendrait d'une 99 autre manière. Il leva ensuite un côté du manteau d'Arsène, et montra une de ses mains, et comme quelques-uns se doutaient que c'était l'autre main qui était coupée, il s'arrêta un peu, et les laissa dans le doute, puis il leva l'autre côté du manteau, et dit, Arsène a deux mains comme vous voyez. C'est aux accusateurs à nous dire, d'où vient la troisième qu'ils produisent.

CHAPITRE XXX. Evasion des accusateurs LA conviction de cette imposture si honteuse et si criminelle, fut un sujet de désespoir pour ceux qui l'avaient inventée. Acab, ou Jean l'un des accusateurs, se sauva au milieu du tumulte.

CHAPITRE XXXI. Athanase implore la justice de l'Empereur. ATHANASE dissipa cette première accusation par la seule présence d'Arsène sans employer d'autre défense. Mais à l'égard des crimes dont on chargeait Macaire, il proposa des exceptions fort pertinentes. Il récusa d'abord Eusèbe et ses compagnons, en disant que nul ne doit être jugé par ses ennemis. Il prétendit ensuite, qu'on devait prouver qu'lschyras eût été en effet élevé à la dignité du sacerdoce. Les Juges examinèrent pourtant l'affaire de Macaire, sans avoir égard à ces exceptions. Mais parce que les accusateurs manquaient de preuves, on remit la décision à un autre temps, jusques à ce que l'on eût 100 informé de la vérité dans la Maréote. Athanase voyant que l'on commettait pour informer, Théognis, Maris, Théodore, Macédonius, Valena et Ursace, qui étaient les mêmes qu'il avait récusés, s'écria que c'était une tromperie, et une illusion, et qu'il n'était pas juste que pendant que Macaire était sous les fers, l'accusateur allât informer avec les Juges- Mais ayant inutilement protesté contre cette injustice, en présence tant des Évêques, que de Denys Gouverneur de la Province, sans que personne écoutât ses protestations il se retira secrètement. Ceux qui avaient été envoyés à la Maréote, y dressèrent des informations assez conformes à l'intention des accusateurs, et les apportèrent à Tyr.

CHAPITRE XXXII. Déposition d'Athanase. Athanase se réfugia vers l'Empereur, et fut condamné par le Concile pour s'être retiré, lorsque les informations eurent été apportées de la Maréote, ils le déposèrent, et le noircirent par la sentence de déposition, sans parler de la calomnie, dont les accusateurs avaient été convaincus touchant la mort d'Arsène. Ils reçurent dans leur communion Arsène, qu'on disait avoir été tué. Il avait autrefois été Evêque de la secte des Méléciens, et il souscrivit alors à la déposition d'Athanase en qualité d'Evêque de la Ville des Hypselites. Ainsi par une merveilleuse rencontre, cet homme qu'on disait avoir été mis à mort par Athanase, se trouva vivant pour le déposer.

101 CHAPITRE XXXIII. Les Evêques vont de Tyr à Jérusalem, et y reçoivent Arius dans leur communion. LES Evêques assemblés à Tyr, ayant reçu ordre de l'Empereur de se rendre à Jérusalem, y allèrent en diligence, et après y avoir célébré la dédicace dé la nouvelle Eglise, reçurent Arius en leur communion, suivant, à ce qu'ils disaient, l'intention de l'Empereur, qui leur avait mandé Qu'il était très-assuré de la sincérité, de sa foi, et de celle d'Euzoius son compagnon. Ils écrivirent aux Fidèles d'Alexandrie, que l'envie ayant été bannie, l'Eglise jouissait d'une parfaite tranquillité, qu'Arius ayant reconnu là vérité, ils l'avaient admis à leur communion. Ils leur marquèrent qu'Athanase était déposé, en disant que l'envie était bannie. Ils informèrent l'Empereur des mêmes faits. Pendant qu'ils écrivaient cette lettre, ils en reçurent une de Constantin, par laquelle il leur mandait de venir à Constantinople, pour y éliminer de nouveau l'affaire d'Athanase, qui avait imploré sa protection,

CHAPITRE XXXIV. Lettre de l'Empereur Constantin Vainqueur, très-Grand, Auguste : aux. Évêques assemblés dans la Ville de Tyr. « JE ne sais ce que vous avez jugé dans votre Concile, d'une manière turbulente et tempestative. Mais ces troubles et ces tempêtes 102 que vous excitez par un désir indomptable de disputer, sans avoir aucun égard à la volonté de Dieu, apporte très-grand préjudice à la vérité. Mais la divine providence apaisera un jour ces disputes, et nous fera clairement reconnaître avec combien de sincérité vous avez recherché la vérité, et avec combien de soin vous avez évite de juger ou par faveur, ou par haine. Venez me trouver, pour me rendre raison de tout ce qui s'est fait parmi vous. Vous apprendrez par le récit qui suit, les motifs de cet ordre que je vous donne. Comme je rentrais à cheval dans cette Ville heureuse qui porte mon nom, et que je regarde comme ma patrie, l'Evêque Athanase parut si inopinément avec quelques Ecclésiastiques au milieu du peuple, que je ne l'aurais pas reconnu si quelques-uns de ma suite ne m'avaient dit qui il était, et représenté l'injustice qu'il avait soufferte. Je ne pus alors l'entretenir, et comme il demandait audience, je la lui réfutai, et peu s'en fallut que je ne commandasse que l'on le fit retirer. Il s'écria alors avec une plus grande hardiesse qu'auparavant qu'il ne demandait rien autre chose, sinon que vous vinssiez ici, afin qu'il pût déplorer les violences qu'il avait souffertes. Sa demande m'ayant paru raisonnable, et conforme à la douceur de mon règne, j'ai résolu de vous mander à vous tous, qui avez tenu le Concile de Tyr, de vous rendre auprès de moi, pour y faire voir en ma présence la justice du jugement, que vous avez rendu : Auprès de moi, dis-je, que vous ne sauriez nier que je ne sois fidèle serviteur de Dieu. Le culte que je lui rends, a rétabli la paix de l'Eglise par toute la terre, et a fait respecter son nom à des peuples éloignés qui n'avaient jamais eu aucune connaissance cède la vérité. Or quiconque ne connaît point la 103 vérité, ne connaît point Dieu. Les barbares ont commencé à connaître Dieu par mon moyen, de moi, dis-je, qui suis son serviteur, et lui ont rendu leurs respects, quand ils ont vu qu'il me protégeait. La crainte qu'ils ont du .pouvoir que me donne sa protection, les a attirés à son culte. Nous, cependant, je ne dirai pas qui gardons religieusement les saints mystères, mais qui faisons profession de les tenir, nous ne faisons rien qui ne tende à la discorde, à la haine, à la ruine du genre humain. Venez donc ici en diligence, et soyez bien persuadés que je ferai tous mes efforts pour conserver la loi de Dieu, et pour empêcher qu'elle ne reçoive aucune tache, et que je dissiperai ses ennemis qui sous pretexce.de piété, disent des blasphèmes. »

CHAPITRE XXXV. Athanase est relégué dans les Gaules, sur une nouvelle accusation. CETTE lettre mit en peine les Evêques du Concile, si bien que plusieurs, au lieu d'obéir à l'Empereur, s'en retournèrent en leurs Eglises. Eusèbe, Théognis, Maris, Patrophise, Ursace et Valens allèrent à Constantinople, où sans parler de l'affaire de Macaire, de l'Autel renversé, ni du Calice rompu, ils débitèrent une autre calomnie contre Athanase, et firent accroire à l'Empereur qu'il avait menacé d'arrêter le blé que l'on apportait chaque année d'Alexandrie à Constantinople ; et qu'il en avait menacé en présence de quatre Evêques, savoir Adamantius, Anubion, Arbétion, et Pierre. La calomnie est extrêmement puissante, quand celui qui la pu- 104 blie, paraît digne de foi. L'Empereur trompé et mis en colère par cet artifice, relégua Athanase à Trêves, Ville des Gaules. Quelques-uns assurent qu'il ne le relégua qu'à dessein de procurer la réunion de l'Eglise, et parce qu'il refusait d'entretenir aucune communion avec Arius et les sectateurs.

CHAPITRE XXXVI. De Marcel, Evêque d'Ancyre, et d'Asterius Sophiste. LES Evêques qui s'étaient assemblés à Constantinople. déposèrent Marcel, Evêque d'Ancyre, Ville de la petite Galatie, pour le sujet que je vais dire. Un homme qui enseignait la Rhétorique en Cappadoce, nommé Asterius, ayant quitté sa profession, pour embrasser la Religion Chrétienne, fit des livres. dans lesquels il défendit l'opinion d'Arius, et soutint que Jésus-Christ est la vertu de Dieu, de la même sorte que les sauterelles sont appelées par Moïse la vertu de Dieu, Il était souvent avec les Évêques, et principalement avec ceux qui n'étaient pas trop contraires à Arius, entrait dans leurs assemblées et cherchait les moyens de s'élever à leur rang. Il ne pût néanmoins obtenir l'ordre de Prêtrise parce qu'il avait sacrifié aux Idoles durant la persécution. En traversant la Syrie, il y lut les ouvrages qu'il avait composés. Marcel ayant voulu combattre son erreur tomba, par un trop grand désir de contredire, dans une autre toute contraire, et eut la hardiesse d'avancer, comme Paul de Samosate, que Jésus-Christ n'était qu'un homme. Les Évêques, qui étaient alors assemblés à Jérusalem, ayant entendu parler de cette contestation, ne 105 pro prononcèrent rien contre Asterius, parce qu'il n'était pas élevé à la dignité du Sacerdoce, mais ils obligèrent Marcel à rendre raison de la doctrine contenue dans son livre. Et quand ils eurent reconnu qu'il tenait les erreurs de Paul de Samosate, ils lui ordonnèrent de les rétracter. La honte qu'il eut d'être condamné de la sorte, le porta à promettre de brûler son livre. Mais le Concile ayant été rompu avec précipitation par l'ordre que les Evêques avaient reçu de se rendre à Constantinople, les partisans d'Eusèbe qui s'y rendirent, y examinèrent une seconde fois l'affaire de Marcel ; et parce qu'il refusa de brûler son livre , ils le déposèrent, et mirent Basile en sa place. Eusèbe, Evêque de Césarée, composa trois livres pour réfuter ses erreurs. Marcel fut rétabli depuis sur son Siège par le Concile de Sardique, sur ce qu'il assura que son livre n'avait point été entendu par ceux qui l'avaient condamné, et qu'ils avaient faussement supposé, qu'il tenait les erreurs de Paul de Samosate.

CHAPITRE XXXVII.

Troubles excités par Arius à Constantinople.

La fin de la trentième année du règne de Constantin approchait, lorsque les habitants de la Ville d'Alexandrie furent sensiblement affligés du retour d'Arius, et du bannissement d'Athanase L'Empereur ayant appris qu'Arius avait dé mauvaises intentions, le manda pour rendre raison des troubles qu'il excitait. L'Eglise de Constantinople était alors gouvernée par Alexandre, qui avait succédé depuis longtemps à Métrophane. La guerre qu'il déclara a Arius, fit voir clairement qu'il était rempli de la charité de Dieu.. 106 Il eut un extrême déplaisir de voir son peuple divisé, et d'entendre que les uns soutenaient qu'il n'était pas permis de rien changer à ce qui avait été défini dans le Concile de Nicée, pendant que les autres assuraient que l'opinion d'Arius était véritable. Les menaces que lui faisait Eusèbe de Nicomédie, de le chasser de son Siège, s'il ne recevait dans sa communion Arius et ses sectateurs, lui causaient encore de fâcheuses inquiétudes. Ce n'est pas qu'il souhaitât avec beaucoup de passion de conserver sa dignité. Mais c'est qu'il n'appréhendait rien tant que la moindre altération de la doctrine de la foi, et que le violement des Canons du Concile de Nicée, dont il croyait devoir être le gardien et le défendeur. Dans une si grande perplexité, il méprisa le secours de la Logique, et n'eut recours qu'à Dieu, implorant sa grâce par des jeûnes et par des prières continuelles. Il ne communiqua son dessein à personne, et s'enferma seul dans l'Eglise d'Irène, se prosterna contre terre sous l'autel, et demanda à Dieu, durant plusieurs jours et plusieurs nuits, qu'il ne vît point le jour qui avait été arrêté pour la dispute, si Arius tenait la vérité ; mais que s'il était dans l'erreur, il fut puni du scandale qu'il avait excité.

CHAPITRE XXXVIII.

Mort d'Arius.

L'empereur voulant reconnaître les sentiments d'Arius, l'envoya quérir, et lui demanda s'il consentait à ce qui avait été défini dans le Concile de Nicée. Il répondit qu'oui, sans hésiter, et signa à l'heure même la définition, bien qu'en effet il prétendît l'éluder. L'Empereur étonné de la promptitude avec laquelle il avait si- 107 gné, lui demanda qu'il confirmât sa signature par un serment. Il jura sur le champ; mais jura de mauvaise foi, et voici la fraude dont on dit qu'il usa. Il avait caché sous son bras son opinion écrite de sa main ; et quand il jura qu'il tenait ce qu'il avait écrit, il entendait son sentiment particulier, et non la décision du Concile. Je ne sais ce fait-là que pour l'avoir ouï publier. Mais j'ai appris par la lecture des lettres de Constantin, qu'il confirma sa signature par son serment. L'Empereur étant persuadé de la sincérité de la foi d'Arius, envoya ordre à Alexandre Evêque de Constantinople, de l'admettre à sa communion. Ce fut un Samedi que cet ordre fut donné. Arius espérait assister le jour suivant à l'assemblée des Fidèles. Mais la justice divine était toute prête d'arrêter le cours de ses criminelles entreprises. Etant sorti du Palais de l'Empereur, entouré d'une foule de partisans d'Eusèbe, qui lui servaient de Gardes, et marchant avec fierté au milieu de la Ville en présence de tout le peuple, lorsqu'il fut arrivé à la place de Constantin et proche de sa statue de Porphyre, il sentit sa conscience troublée par les remords de ses crimes, et à l'heure-même ses entrailles tourmentées d'une violente colique. Il demanda où étaient les lieux, et ayant appris qu'ils étaient derrière la place de Constantin, il y alla. Il n'y fut pas sitôt entré, que les forces lui manquèrent, que les intestins lui tombèrent avec les excréments, qu'il perdit une quantité incroyable de sang, jeta une partie de son foie et de sa rate, et rendit l'âme. On montre encore ces lieux-là, comme un monument public d'un genre de mort fort extraordinaire. La renommée porta par toute la terre le bruit d'un si étrange accident, et il saisit de frayeur et accabla de tristesse les partisans d'Eusèbe Evêque de Nicomédie. L'Empereur voyant que la foi du Concile de Nicée était 108 confirmée par un témoignage si authentique, et par un miracle si évident que Dieu avait fait en sa faveur, s'y attacha plus étroitement que jamais, et conçut une joie incroyable de tout ce qui était arrivé. Il en avait pourtant une plus tendre et plus sensible, de ce qu'en divers temps il avait déclaré ses trois fils Césars, savoir Constantin qu'il avait fait Gouverneur d'Occident, en la dixième année de son règne, Constance qu'il avait fait Gouverneur d'Orient en la vingtième ; et Constant en la trentième.

CHAPITRE XXXIX, Mort de l'Empereur Constantin. L'EMPEREUR Constantin tomba bientôt après dans une fâcheuse maladie, à l'âge de soixante et cinq ans. Etant parti de Constantinople, il alia par mer à Helénopole, pour prendre le bain des eaux chaudes qui sont aux environs de cette Ville. Mais la maladie s'étant augmentée, il différa d'user du bain, et partit d'Helénopole pour aller à Nicomédie. Quand il fut dans un des faubourgs, il y reçut le baptême. Il fit ensuite son testèrent, par lequel il laissa l'Empire à ses enfants, et leur en assigna à chacun une partie, comme il avait déjà fait avant sa maladie; Il accorda de grands privilèges aux villes de Rome et de Constantinople. II mit son testèrent entre les mains du Prêtre duquel nous avons parlé, et par les soins duquel nous avons dit qu'Arius avait été rétabli, et le chargea de le remettre entre celles de Constance son fils, à qui il avait donné l'Empire d'Orient. II ne survécut que peu de jours, et mourut en l'absence de tous ses fils. On dépêcha 109 un courrier pour porter à Constance la nouvelle de sa mort..

CHAPITRE XL. Sépulture de l'Empereur Constantin. SON corps fut mis dans un cercueil d'or, porté par ses proches à Constantinople, placé sur un lieu élevé dans son Palais, entouré de Gardes, et servi comme s'il eût été vivant, jusques à ce qu'un de ses Fils fût venu. Dès que Constance fut arrivé d'Orient, il fut porté, dans l'Eglise des Apôtres, ou il avait fait bâtir de magnifiques tombeaux pour les Empereurs et les Prélats, afin qu'ils reçussent un honneur peu éloigné de celui qu'ont reçu les corps des saints Apôtres. Constantin a vécu soixante et cinq ans, et en a régné trente et un. II est mort sous le Consulat de Félicien et de Tatien, le vingt-deuxième jour du mois de Mai, en la seconde année de la deux cent soixante et dix-huitième Olympiade. Au reste ce premier livre contient l'Histoire de trente et un an..

DE SOCRATE

CHAPITRE PREMIER.

Raisons pour lesquelles Socrate a fait deux, fois les deux premiers livres de son Histoire.

Rufin, qui a écrit en latin l'Histoire de l'Eglise, a commis de grandes fautes contre la Chronologie. II a cru que ce qui a été fait contre Athanase, n'a été fait que depuis la mort de l'Empereur Constantin. Il n'a jamais rien su de son exil à Trêves, ni de plusieurs autres circonstances. J'avais écrit d'abord les deux premiers livres de mon Histoire sur la foi de son témoignage, et l'avais suivi en tout sur sa parole. Mais depuis le troisième jusques au septième, j'ai 111 tiré quelques choies de lui ; d'autres de divers auteurs ; et j'en ai appris d'autres par le rapport de quelques personnages qui vivent encore. Mais ayant lu depuis les livres d'Athanase, par lesquels il déplore ses malheurs, et se plaint d'avoir été envoyé en exil par les calomnies des partisans d'Eusèbe, j'ai cru devoir ajouter foi à ceux qui avaient vu les choses dont ils rendaient témoignage, et à ceux qui en avaient ou fait ou souffert la plus grande partie, plutôt qu'à ceux qui n'en savaient rien que par conjecture. Ayant.de plus trouvé des lettres de plusieurs grands Hommes de ce temps-là, je m'en suis servi pour découvrir la vérité. Ce qui m'a obligé de dicter une seconde fois le premier et le second livre de mon Histoire, sans néanmoins retrancher les endroits où Rufin ne s'était point trompé. Il est encore à propos de remarquer, que dans la première publication de mon ouvrage, je n'avais rapporté ni la sentence par laquelle Arius avait été déposé, ni les lettres de l'Empereur; et que pour éviter une longueur ennuyeuse, je m'étais contenté d'un simple récit du fait sans insérer ces actes-là. Mais je les ai insérés dans celle-ci, en votre faveur, Théodore, saint Prêtre de Dieu, afin que vous n'ignoriez rien de ce que les Empereurs ont ordonné sur ce sujet par leurs lettres, ni de ce que les Évêques ont décidé dans les Conciles, où ils n'ont pas toujours expliqué de la même sorte la doctrine de la foi. Le premier livre est achevé selon cette seconde méthode. Il ne reste qu'à travailler au second.

112 CHAPITRE II.

Eusèbe Evêque de Nicomédie soutient l'opinion d' Arius.

Eusèbe Evêque de Nicomédie, et Théognis Evêque de Nicée, crurent que le temps de la mort de l'Empereur Constantin était un temps qui leur était favorable pour détruire la doctrine de la consubstantialité du Verbe, et pour introduire l'opinion d'Arius. Ils n'espérèrent pas néanmoins venir à bout de ce dessein, si Athanase retournait à Alexandrie. Ils s'efforcèrent donc d'empêcher son retour, et employèrent pour cet effet le même Prêtre qu'ils avaient autrefois employé pour faire rappeler Arius de son exil. Je dirai comment l'affaire se passa. Ce Prêtre-là avait été dépositaire du testament de l'Empereur Constantin, et l'avait porté à Constance son fils. Ce Prince y ayant trouvé les dispositions les plus avantageuses en sa faveur, qu'il eût jamais pu souhaiter, et la donation de tout l'Empire d'Orient, rendit de grands honneurs à ce Prêtre, et lui commanda de le venir souvent visiter. Quand il eut l'entrée libre à la Cour, il se fit connaître de l'Impératrice, et contracta habitude particulière avec les Eunuques. Il inspira l'opinion d'Arius à Eusèbe premier Eunuque de l'Empereur, et ensuite aux autres Eunuques, et par leu moyen à l'Impératrice même. Cette matière ayant été agitée à la Cour, le bruit des disputes vint bientôt après aux oreilles de l'Empereur, se répandit parmi les Officiers de sa maison, et enfin parmi tout le peuple. Les Eunuques et les femmes du Palais en firent le sujet de leur Entretien. Les particuliers y prirent part, et excitèrent des combats de paroles dans leurs maisons. Les premières étincelles de 113 ces contestations, allumèrent un feu qui s'étendit sur les Villes et sur les Provinces. A mesure que chacun s'informait de l'état de la question, il prenait parti, et tout l'Orient se vit en peu de temps ébranlé par ces disputes. Car l'Illyrie et l'Occident demeurèrent cependant en paix, et ne firent rien changer de ce qui avait été défini à Nicée. Les partisans d'Eusèbe avaient une joie incroyable de ce désordre, à la faveur duquel ils espéraient établir à Alexandrie un Evêque de leur parti. Mais cette espérance fut dissipée par le retour d'Athanase, et par la lettre du jeune Constantin, qui le rétablissait dans son siège.. En voici les termes.

CHAPITRE III.

Lettre du jeune Constantin. Constantin César au peuple de l'Eglise Catholique d'Alexandrie. Je crois que vous n'ignorez pas qu'Athanase, l'Interprète fidèle de la Loi de Dieu, n'a été relégué pour un temps dans les Gaules, qu'afin qu'il fût garanti de la fureur de ses ennemis ; et qu'étant demeuré cependant dans la Ville qui lui avait été marquée, il n'y a manqué de rien, bien que sa vertu, soutenue par la grâce de Dieu, lui fasse mépriser les nécessités et les misères de la vie présente. Mais puisque la mort de Constantin mon Seigneur et mon Père d'heureuse mémoire, a prévenu le dessein qu'il avait de le rétablir sur le Siège de son Eglise, je me tiens obligé de l'exécuter. Vous apprendrez de sa bouche, lorsqu'il sera de retour parmi vous, combien je lui ai rendu d'honneur. Il ne faut 114 pas s'étonner que j'aie fait quelque chose en sa faveur, puisque j'y ai été porté par le mérite d'un si grand personnage, et par le désir que je sais que vous avez de le revoir Que la Divine Providence vous conserve, mes très chers frères.

Athanase retourna avec cette lettre à Alexandrie, où il fut reçu avec joie par tout le peuple. Ceux néanmoins qui soutenaient le parti d'Arius, ne laissèrent pas de conspirer contre lui, et d'exciter des séditions, d'où les partisans d'Eusèbe prirent occasion d'accuser Athanase devant l'Empereur, de s'être emparé du Siège de l'Eglise d'Alexandrie, sans la permission d'aucun Concile, et d'aigrir si fort l'esprit de ce Prince, qu'il le chassa de cette Ville. Je dirai bientôt de quelle manière cela arriva.

CHAPITRE IV.

Acace succède à Eusèbe dans le gouvernement de l'Eglise de Césarée. Eusèbe surnommé Pamphile étant mort en ce temps-là, Acace son disciple, qui a composée plusieurs ouvrages, et entre autres la Vie de son Maître, lui succéda.

CHAPITRE V.

Mort du jeune Constantin. Peu de temps après le jeune Constantin ayant voulu entreprendre sur les états de Constant son frère, et en étant venu aux mains avec ses troupes, fut tué dans un combat, sous le Consulat d'Acyndine.et de Procule.

115 CHAPITRE VI.

Tumulte à Constantinople pour l'élection d'un Évêque.

Outre les tumultes dont nous avons vu la Ville de Constantinople troublée, il y arriva encore un autre, dont je dirai le sujet. Alexandrie mourut après avoir gouverné vingt-trois ans l'Eglise de cette Ville, et en avoir vécu quatre-vingt dix-huit, sans avoir nommé de successeur. Il avait néanmoins concile à ceux qui avaient droit d'élire, d'en choisir un de deux qu'il avait proposés, et leur avait dit que s'ils voulaient avoir un Évêque recommandable par la sainteté de ses mœurs, et capable d'enseigner, ils prissent Paul, qu'il avait ordonné Prêtre depuis peu de temps, et qui tout jeune qu'il était, ne laissait pas d'avoir la prudence des vieillards. Que s'ils se contentaient d'un Évêque qui eût un extérieur fort grave et fort vénérable, qu'ils s'arrêtassent à Macédonius ancien Diacre, qui avait vieilli dans les fonctions de cet ordre. L'Eglise fut extrêmement troublée par les contestations qui s'émurent, lorsqu'il fut question de choisir. Le peuple était divisé en deux partis, dont l'un favorisait l'opinion d'Arius, et l'autre était fort attaché aux décisions du Concile de Nicée. Ceux-ci eurent toujours l'avantage durant la vie d'Alexandre, les autres n'étant pat bien d'accord entre eux touchant leur doctrine. mais depuis sa mort, le combat fut plus égal. Les défenseurs de la foi du Concile de Nicée, élurent Paul, qui fut sacré dans l'Eglise d'Irène qui est proche de celle de sainte Sophie, et confirmèrent par leur suffrage le jugement d'Alexandre. Les autres continuèrent à favoriser Macédonius.

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