Histoire ecclésiastique (page 9)
Les Temples profanes sont, à l'avis des sages,
De funestes malheurs les plus certains présages . II ne le trompait pas. Car la profanation présageait la division du peuple, et la déposition de l'auteur de la division.
CHAPITRE XXXIV.
Concile assemblé à Ephèse contre Nestorius.
L'empereur fit publier bientôt après un Edit pour assembler un Concile à Ephèse. Nestorius y arriva suivi d'une multitude prodigieuse de peuple, incontinent après la Fête de Pâques, et y trouva plusieurs Evêques. Cyrille Evêque d'Alexandrie tarda un peu davantage, et n'arriva que vers la Fête de la Pentecôte. Juvénal Evêque de Jérusalem, arriva cinq jours après cette Fête. Comme Jean Evêque d'Antioche, différait trop son voyage, les autres Evêques commencèrent à agiter la question. Cyrille ouvrit la dispute, et fit comme une escarmouche de paroles, avant le combat, à dessein d'embarrasser Nestorius, qu'il n'aimait pas. Comme plusieurs contestaient que Jésus Christ est Dieu, Nestorius dit :
Je ne saurais appeler Dieu, celui qui a été un enfant de deux, ou de trois mois ; c'est pourquoi je suis innocent de votre sang, et je ne me trouverai plus dorénavant avec vous. Il s'assembla depuis avec les Évêques qui suivaient son sentiment. Ceux qui demeurèrent dans le Concile avec Cyrille, citèrent Nestorius. Mais il différa de comparaître jusques à ce que Jean Evêque d'Antioche fut arrivé. Cyrille, et les autres, ayant examiné les Sermons où Nestorius avait traité la question, et ayant jugé qu'ils contenaient des impiétés et des blasphèmes contre Jésus Christ, ils le déposèrent. Les Évêques du parti de Nestonus s'étant assemblés à part, déposèrent de même Cyrille, et Memnon Évêque d'Ephèse. Jean Évêque d'Antioche étant arrivé bientôt après, fut fâché contre Cyrille, et l'accusa d'avoir causé le désordre par la précipitation avec laquelle il avait déposé Nestonus. Cyrille se joignit à Juvénal, pour se venger de Jean, et le déposa. Quand Nestorius vit que la dispute avait passé si avant, qu'elle était allée jusques au schisme, il eut regret de tout ce qui s'était passé, et dit : que l'on appelle, si l'on veut, Marie Mère de Dieu, et que la contestation cesse. Mais bien qu'il eût changé de sentiment, personne ne le voulut recevoir, et il fut relégué à Oasis, où il est encore. Voila le succès du Concile, qui fut terminé le dix-huitième jour du mois de Juin, sous le Consulat de Bassus, et d'Antiochus. Lorsque Jean fut retourné à Antioche, il assembla plusieurs Évêques, et déposa Cyrille, qui était aussi retourné à Alexandrie. Mais s'étant depuis accordés, ils se rétablirent réciproquement chacun dans leur Siège. La déposition de Nestorius mit le trouble et la confusion dans l'Eglise de Constantinople, dont le peuple était partagé. Les Ecclésiastiques prononcèrent anathème contre lui. C'est ainsi que nous appelons les sentences qui sont prononcées contre ceux qui avancent des impiétés et des blasphèmes, et qui sont exposées en public, afin qu'elles fussent vues de tout le monde.
CHAPITRE XXXV.
Maximien est élu Évêque de Constantinople. On commença ensuite à parler d'élire un Evêque de Constantinople. Philippe et Proclus, dont nous avons déjà parlé, eurent chacun plusieurs voix. L'avis de ceux qui nommaient Proclus eut prévalu, si quelques-uns des plus considérables ne s'y fussent opposés, en disant qu'il/y avait des Canons, par lesquels les translations d'un Evêché à un autre, étaient défendues. Le peuple s'étant donc un peu apaisé, Maximien fut élu, quatre mois après que Nestorius avait été déposé. Il faisait profession de la vie Religieuse, bien qu'il eût été élevé à l'honneur du Sacerdoce ; et avait acquis une grande réputation par la générosité qu'il avait eue, de faire bâtir à ses dépens, des tombeaux pour les Moines. Il parlait mal, et n'était point du tout propre aux affaires.
CHAPITRE XXXVI.
Des translations d'un Évêché à un autre.
Je dirai ici quelque chose des translations des Évêques, à l'occasion du Canon dont se servirent ceux qui empêchèrent que Proclus fut transféré de l'Eglise de Cyzique à celle de Constantinople. Il me semble qu'ils ne parlaient que par jalousie contre Proclus, sans savoir ni les Canons, ni l'usage de l'Eglise. Eusèbe surnommé Pamphile, rapporte dans le sixième Livre de son Histoire, qu'Alexandre Evêque d'une certaine Ville de Cappadoce, étant allé à Jérusalem pour y faire sa prière, il y fut retenu par le peuple, pour succéder à Narcisse, et qu'il y demeura tout le reste de sa vie. Ainsi il est clair, que les anciens ne faisaient point de difficulté de transférer un Evêque d'une Ville à une autre, lorsqu'ils le jugeaient nécessaire. Mais pour faire voir que ceux qui s'opposaient à l'ordination de Proclus, citaient mal à propos le Canon contre lui, j'en rapporterai les propres termes. Les voici : Si un Evêque après avoir été ordonné, ne va point à son Eglise, non par sa faute, mais parce que le peuple refuse de le recevoir, et par quelqu'autre raison qui ne lui puisse être imputée, qu'il conserve son rang et ses fonctions, pourvu qu'il n'apporte aucun trouble dans l'Eglise, où il aura été reçu. Il doit toutefois se soumettre à tout ce que le Concile de la Province trouvera à propos d'ordonner à son égard. Voilà les termes du Canon. Mais s'il est besoin de justifier encore davantage que le bien de l'Église rend quelquefois les translations nécessaires, je rapporterai les noms de plusieurs Évêques, qui ont été transférés. Périgéne ayant été ordonné Evêque de Patras, et les habitants de cette Ville ayant refusé de le recevoir, il fut établi Evêque de l'Eglise Métropolitaine de Corinthe, par l'ordre de l'Evêque de Rome, et y demeura jusqu'à la fin de sa vie. Grégoire fut Evêque de Sasimes Ville de Cappadoce, et ensuite de Naziance. Méléce gouverna l'Eglise de Sébaste, avant que de gouverner celle d'Antioche. Alexandre Evêque d'Antioche, transféra Dosithée de la Ville de Séleucie à celle de Tarse. Révérentius fut transféré d'Arce à Tyr, et Jean de Gordo de la Ville de Lydie, à la Proconnèse. Palladius fut transféré d'Helénopole à Aspune, et Alexandre de la même Ville d'Helénopole, à Adriane. Théophile fut transféré d'Apamée Ville d'Asie, à Eudoxiopole, qu'on appelait autrefois Sélérabrie. Polycarpe fut transféré d'une Ville de Bulgarie nommée Séxantapristi, à Nicopole en Thrace. Hiérophile fut transféré de Trapezopole à Plotinopole. Optime d'Agiamie, à Antioche et Silvain de Philippopole à Troade. Voila un nombre consïdèrable d'Évêques, qui ont passé d'un Siège à un autre. J'ajouterai ici quelque chose du dernier.
CHAPITRE XXXVII.
Miracle fait par Sylvain.
Sylvain étudia en Rhétorique des sa jeunesse, dans l'école du Sophiste Troïle. Mais parce qu'il aspirait à la perfection de l'Évangile, et qu'il voulait faire profession de la vie Religieuse, il refusa de porter le manteau que portaient les Orateurs. Atticus Evêque de Constantinople l'ayant ordonné Evêque de Philippopole, il y demeura trois ans; mais ne pouvant supporter le froid du pays, à cause de la délicatesse de son tempérament, il pria Atticus d'en mettre un autre en sa place. Ainsi il revint à Constantinople, où il vécut dans une grande austérité, qu'il marchait souvent au milieu de la Ville avec des sandales de paille. Les habitants de Troade y étant venus bientôt après, pour demander un Evêque, Atticus dit à Silvain, qui l'était venu visiter : Vous n'avez plus maintenant d'excuse pour vous exempter de la charge pastorale. Il ne fait point trop froid à Troade, allez-y, mon cher frère, et gouvernez cette Ville en qualité d'Évêque. Silvain y étant allé, y fit un miracle. On y avait bâti un grand vaisseau pour porter des colonnes ; mais il était si pesant, que quelque effort qu'on eût fait pour le mettre en mer, on n'avait pu le remuer; de sorte que plusieurs croyaient qu'il était arrête par le démon. Le peuple alla donc trouver Silvain, et le supplia de s'approcher du bord de la mer, et d'y faire sa prière. Il répondit avec sa modestie ordinaire, qu'il n'était qu'un pécheur, et qu'il n'appartenait qu'à un homme de bien d'obtenir de Dieu la grâce qu'ils demandaient. S'étant néanmoins rendu sur le rivage à leurs instantes prières, il fit son oraison, prit un des câbles par la main, et leur commanda de pousser le vaisseau, qui à l'heure-même fut porté en mer, sans peine. Ce miracle fit admirer la puissance de Dieu. La vertu de Silvain ne parut pas seulement dans cette action, mais elle éclata dans tout le cours de la vie. Ayant reconnu que les Ecclésiastiques tiraient de l'argent des procès, il n'en nomma plus jamais aucun pour être Juge : mais prenant les papiers des parties, il les mit entre les mains de quelque Laïque, dont il connaissait la probité, et lui donna charge de terminer le différend. Il acquit par ce moyen une très grande réputation. Bien que cette digression que j'ai faite soit un peu longue, j'espère pourtant qu'elle ne sera pas inutile. Retournons cependant à notre sujet.
CHAPITRE XXXVIII.
Plusieurs Juifs de l'île de Crète font profession de la Religion Chrétienne.
Toutes les contestations cessèrent à Constantinople, dès que Maximien en eut été ordonné Evêque, sous le Consulat de Bassus, et d'Antiochus. Dans le même temps plusieurs Juifs, qui demeuraient dans l'île de Crète embrassèrent la Religion Chrétienne. Un imposteur eut l'insolence de dire qu'il était Moïse, et qu'il avait été envoyé de Dieu pour tirer de l'île habitants de sa Religion, et pour leur faire passer la mer à pied sec, comme il avait autrefois fait passer la mer rouge aux Israélites. Il parcourut toute l'île en un an, et persuada aux Juifs d'abandonner leurs héritages, de se mettre sous sa conduite, et de le suivre à une terre promise, où il les assurait de les mener. Les Juifs trompés par les artifices, renoncèrent à la possession de leurs biens, et les laissèrent à ceux qui voulurent s'en emparer. Lorsque le jour qu'il leur avait marqué pour leur départ, fut arrivé, il se mit à la tête d'une multitude incroyable d'hommes, de femmes et d'enfants, et les mena a un Promontoire qui s'avance dans la mer, d'où il leur commanda de se jeter. Les premiers s'étant jetés, les uns furent brisés contre les rochers, et les autres ensevelis sous les flots, et tous les autres seraient péris de la même sorte, s'ils n'avaient été préservés d'un si extrême danger, par des pêcheurs et des marchands, qui en retirèrent quelques-uns de la mer, et empêchèrent le reste de s'y précipiter. Les Juifs condamnèrent l'imprudence avec laquelle ils avaient ajouté foi aux paroles de cet Imposteur, et le cherchèrent pour le faire mourir. Mais il disparut, sans qu'on en pût savoir de nouvelle, ce qui fit croire à quelques-uns, que c'était un démon, qui avait pris la figure d'un homme pour les perdre. Plusieurs renoncèrent à leur Religion pour recevoir le Baptême.
CHAPITRE XXXIX.
L'Eglise des Novatiens préservée d'un incendie.
Paul Evêque des Novatiens devint en ce temps-là plus célèbre que jamais. Car le feu ayant pris à Constantinople, et ayant consumé une partie très considérable tant des édifices publics, que des maisons particulières, il s'approcha enfin de l'Eglise des Novatiens. A l'heure même Paul se jeta au pied de l'Autel, et recommanda à Dieu la conservation de l'Eglise et de la Ville. Sa prière fut exaucée; car bien que le feu entrât dans l'Eglise par la porte et par les fenêtres, il n'y fit aucun dommage, et l'épargna, pendant qu'il réduisait en cendre tous les bâtiments d'alentour. L'embrasement dura deux jours et deux nuits, et s'éteignit enfin, sans avoir seulement noirci les murailles de l'Eglise. Cet accident arriva le dix-septième jour du mois d'Août, sous le quatorzième Consulat de Théodose, et le premier de Maxime. Les Novatiens font tous les ans une fête en ce jour-là en mémoire de la conservation de leur Eglise, et elle est depuis en vénération, non seulement aux Chrétiens, mais aux infidèles.
CHAPITRE XL.
Proclus succède à Maximien au gouvernement de l'Eglise de Constantinople.
Maximien mourut le dixième jour du mois d'Avril sous le Consulat d'Aréobinde, et d'Aspar, après avoir gouverné paisiblement durant deux ans et cinq mois l'Eglise de Constantinople. Ce jour-là même était le cinquième de la semaine où l'on jeûne immédiatement avant la fête de Pâques. L'Empereur Théodose voulant prévenir les contestations qui auraient pu arriver dans une élection, envoya dire aux Evêques qu'ils missent Proclus en possession de la dignité Episcopale, avant même que le corps de Maximien eut été enterré. Célestin Evêque de Rome avait écrit à Cyrille Évêque d'Alexandrie, à Jean Evêque d'Antioche, et à Rufus Evêque de Thessalonique sur le même sujet, et avait déclaré qu'il n'y a point d'inconvénient qu'un Evêque élu, nommé, ou intronisé quitte une Eglise pour en prendre une autre. Proclus ayant donc pris possession de l'Eglise, fit les funérailles de Maximien son prédécesseur.
CHAPITRE XLI.
Belles qualités de Proclus.
Proclus fut lecteur dès sa jeunesse. Il s'adonna fort à l'étude de l'éloquence. Quand il fut parvenu à âge d'homme il s'attacha à Atticus Evêque de Constantinople qui le fit son Secrétaire, et le promut depuis à l'ordre de Diacre. Ayant ensuite été élevé à la dignité du Sacerdoce, il fut enfin ordonné Évêque par Sisinnius, comme nous l'avons dit. Après la mort de Maximien il fut placé sur le Siège de l'Eglise de Constantinople. C'était un aussi homme de bien qu'aucun autre ait jamais été. Il imita toutes les bonnes qualités d'Atticus son maître. Mais il le surpassa en patience. Car au lieu que celui-ci se rendait quelquefois redoutable aux hérétiques, Proclus se faisait aimer de tout le monde ; parce qu'il savait qu'il le gagnerait bien plutôt par la douceur que par la force. Il ne voulut jamais persécuter aucune secte, et conserva à l'Eglise toute sa douceur. Il ressembla en ce point à Théodose, et comme ce Prince n'usa jamais de son pouvoir pour punir les coupables, Proclus n'entreprit aussi jamais d'inquiéter ceux qui étaient d'un autre sentiment que lui, sur le sujet de la Divinité.
CHAPITRE XLII.
Eloge de l'Empereur Théodose.
Théodose louait extrêmement la douceur de Proclus. Car il ressemblait parfaitement aux véritables Évêques, et ne pouvait approuver la conduite de ceux qui excitaient des persécutions. Je n'appréhenderai point de dire qu'il surpassait tous les Prêtres en douceur, et j'avancerai hardiment qu'il mérite d'être appelé le plus doux de tous les hommes, comme Moïse l'a été, dans le Livre des Nombres. C'a été à cette douceur extraordinaire que Dieu a accordé la prise de Jean, cet usurpateur injuste de l'autorité Souveraine, sans que pour le prendre, il ait fallu courir le risque d'aucun combat, et en récompense de laquelle il a permis la défaite des nations étrangères. Car il est très véritable que Dieu lui a fait en notre temps les mêmes grâces qu'il avait faites autrefois aux plus grands Saints. Ce n'est point la flatterie qui me fait parler de la sorte, et la vérité de ce que j'avance sera confirmée par la narration qui va suivre.
CHAPITRE XLIII. Malheurs arrivés aux Barbares qui avaient favorisé le parti du Tyran. L''empereur ayant appris que les étrangers dont le Tyran avait imploré le secours, se préparaient après sa mort à faire irruption sur nos terres, il eut recours à Dieu selon la coutume, et en obtint à l'heure-même ce qu'il désirait. Robas. Chef des Barbares fut frappé de la foudre. La maladie contagieuse enleva la plus grande partie des soldats qui avaient suivi ses enseignes. Le feu du Ciel consuma ceux que la maladie avait épargnés. Ainsi ces peuples furent saisis d'épouvante, et de frayeur, et redoutèrent non tant la valeur des Romains, que la puissance de Dieu qui les protégeait. Proclus fit dans un Sermon une application de la Prophétie d'Ezéchiel, à la conservation miraculeuse de l'Empire, et cette application fut reçue avec un merveilleux applaudissement de son auditoire. Voici les paroles de la Prophétie. Et vous Fils de l'homme prophétisez sur Gog, Rhos, Misoch, et Thubal. Je le condamnerai à la mort, au sang, et je châtierai par la pluie et par la grêle. Je répandrai sur lui, et sur les nations qui le suivent le feu, et le souffre. Je serai glorifié en présence de plusieurs peuples, et ils sauront que je suis le Seigneur.
Cette application, comme je viens de dire, fut fort bien reçue, et donna beaucoup de réputation à Proclus. La clémence dont Théodose usait en toutes rencontres fut récompensée par un grand nombre de faveurs qu'il reçut du Ciel, et entre autres par celle dont je vais parler.
CHAPITRE XLIV.
Mariage de l'empereur Valentinien et d'Eudoxie, fille de Théodose.
Il avait eu de l'Impératrice Eudocie sa femme, une fille, nommée Eudoxie, que Valentinien son cousin, à qui il avait donné l'Empire d'Occident, lui demanda en mariage. Théodose la lui ayant promise, ils convinrent de se trouver sur les frontières des deux Empires pour faire la cérémonie des noces ; et choisirent pour cet effet la Ville de Thessalonique. Mais Valentinien écrivit depuis à Théodose, qu'il ne prît point la peine de s'y rendre, et qu'il l'irait trouver à Constantinople. Il y alla en effet, après avoir laissé des troupes pour garder la frontière, y épousa Eudoxie, sous le Consulat d'Isidore, et de Sénator, et s'en retourna avec elle en Occident.
CHAPITRE XLV.
Translation du corps de Jean, Évêque de Constantinople.
Proclus réunit en ce temps-là à l'Eglise, ceux qui s'en étaient autrefois séparés, à cause de la déposition de Jean. Ayant obtenu permission de l'Empereur de transporter son corps de Comanes, où il y avait trente cinq ans qu'il avait été enterré, il le fit apporter à Constantinople avec une pompe fort solennelle, et le déposa dans l'Eglise des saints Apôtres, le dix-septième jour du mois de Janvier, sous le seizième Consulat de Théodose. Ceux qui avaient évité à son sujet la communion des autres Fidèles y rentrèrent à l'heure-même. Je me suis quelquefois étonné que l'envie qui a persécuté Origène ait épargné Jean : et que l'un ait été excommunié deux cents ans après sa mort, et l'autre rétabli dans la communion et trente-cinq ans après la sienne. Cela procède sans doute de la différence des mœurs de Théophile, et de Proclus, de laquelle ceux qui connaissent un peu le génie, et l'inclination des hommes, ne seront jamais fort surpris.
CHAPITRE XLVI.
Mort de Paul Evêque des Novatiens. Ordination de Marcien.
Paul Évêque des Novatiens mourut bientôt après la translation de Jean, l'onzième jour du mois de Juillet, sous le même Consulat. Il réunit en quelque sorte toutes les sectes à sa mort,, et la réputation de sa piété les fit accourir en foule à ses funérailles, et chanter des Psaumes ensemble jusques à ce que son corps eût été mis dans le tombeau. Je ne dirai point que durant sa maladie, il ne se relâcha en rien de l'austérité de la vie Monastique, ni qu'il n'interrompît jamais ses prières, de peur que si je m'arrêtais à ces circonstances elles n'obscurcissent une action plus éclatante, dont ceux qui prendront la peine de lire mon Histoire, pourront tirer un grand fruit. Quand il se vit proche de sa fin, il assembla les Prêtres de toutes les Eglises qui étaient sous sa conduite,. et leur dit, élisez un Évêque pendant que je vis encore, de peur que la paix de l'Eglise ne soit troublée après ma mort. Ces Prêtres lui ayant répondu qu'il n'était pas à propos de leur laisser la liberté de de l'élection ; parce qu'il était difficile qu'ils se pussent accorder, et qu'il valait mieux qu'il nommât lui-même son successeur: Il leur dit, promettez-moi donc par écrit de recevoir celui que j'aurai choisi Les Prêtres ayant écrit et signé la promesse qu'il souhaitait, il écrivit le nom de Marcien Prêtre, qui avait appris sous lui les exercices de la vie Religieuse, et qui était alors absent. Il signa ensuite l'écrit, le fit signer aux plus considérables d'entre les Prêtres, le donna à Marc, Évêque des Novatiens de Scythie, et lui dit : Si Dieu me laisse en.vie, vous me rendrez cet écrit ; mais, s'il m'appelle à lui vous l'ouvrirez, et vous y trouverez le nom de celui que j'ai choisi pour être mon successeur. Il mourut bientôt après. L'écrit ayant été ouvert trois jours après la mort, tous s'écrièrent que Marcien était très digne d'être Evêque, et l'envoyèrent chercher. Il fut trouvé à Tibériopole Ville de Phrygie, et ayant été amené par adresse, il fut sacré l'onzième jour du mois d'Août, et mis sur la chaire de l'Eglise.
CHAPITRE XLVII,.
L'Impératrice Eudocie va à Jérusalem. L'Empereur Théodose rendit à Dieu des actions de grâces pour les bienfaits qu'il avait reçus de sa bonté. Il envoyai l'Impératrice Eudocie sa femme à Jérusalem où elle avait fait vœu d'aller quand sa fille serait mariée. Elle fît quantité dé présents, tant aux Eglises de Jérusalem, qu'à celles des autres Eglises d'Orient.
CHAPITRE XLVIII.
Thalassius est ordonné Évêque de Césarée en et Cappadoce.
Proclus fit sous le dix-septième Consulat de Théodose, une action dont l'antiquité n'avait jamais vu aucun exemple. Les habitants de Césarée en Cappadoce, étaient venus à Constantinople, pour demander un Évêque, en la place de Firmus qui était mort. Comme Proclus était en peine d'en choisir un. Les Sénateurs le visitèrent, et entre autres Thalassius, à qui l'Empereur avait autrefois donné le gouvernement d'Illyrie, et à qui il était prêt de donner celui d'Orient. Mais Proclus l'ayant choisi, le fit Evêque de Césarée. Voila quel était a/ors l'état l'Eglise. Etant prêt de finir mon Histoire, je souhaite de tout mon cœur, que l'Eglise et l'Etat jouissent d'une paix profonde, et que ceux qui voudraient écrire n'aient plus de matière. Je n'en aurais point eu moi-même,, très-religieux Théodore, et je n'aurais pu achever ces sept Livres, comme j'ai fait à votre prière., si ceux qui ont excité des contestations et des différents, avaient voulu se tenir en repos. Ce septième Livre contient ce qui s'est passé l'espace de trente-deux ans. Et les sept Livres contiennent ce qui s'est passé l'espace de cent quarante ; car ayant commencé à la première année de la deux cents soixante et onzième Olympiade, en laquelle Constantin fut proclamé Empereur, ils finissent à la seconde année de la trois cents cinquième Olympiade, en laquelle Théodose était Consul pour la dix-septième fois.
FIN.