Du baptême (De baptismo) (page 2)
DU BAPTÊME. (suite)
XII. Lorsque, nous appuyant sur cet oracle de notre Seigneur : « En vérité, si quelqu’un ne renaît de l’eau, il ne peut avoir la vie, » nous établissons que nul ne peut être sauvé sans le baptême, des esprits pointilleux ou téméraires nous adressent cette question : Avec votre principe, comment les Apôtres peuvent-ils être sauvés ? Car nous ne voyons point qu’ils aient été baptisés dans le Seigneur, à l’exception de Paul. Il y a mieux. Puisque Paul est le seul parmi eux qui ait reçu le baptême de Jésus-Christ, il suit invinciblement ou que ceux qui n’ont pas été plongés dans l’eau régénératrice sont damnés, pour sauver le principe, ou que cet oracle est convaincu de mensonge, si le salut leur est assuré sans le secours du baptême. J’ai entendu des imprudents raisonner de la sorte, et j’en prends Dieu à témoin, afin que l’on ne me suppose point assez pervers pour imaginer, dans je ne sais quel emportement de langage, des difficultés capables d’alarmer ou d’exciter des scrupules.
Je vais donc répondre, du mieux qu’il me sera possible, à ceux qui disent : Les Apôtres n’ont point été baptisés. S’il est vrai, comme on ne peut le contester, que les Apôtres avaient reçu le baptême humain de Jean, ils désiraient aussi le céleste baptême de notre Seigneur, puisqu’il avait déclaré qu’il n’y avait qu’un baptême. Lorsqu’ils veut laver les pieds de Pierre, qui s’y refuse, ne lui dit-il pas : « Celui qui a été une fois lavé, n’a plus besoin de l’être ? » Aurait-il tenu ce langage à un homme qui n’aurait pas été baptisé ? Argument décisif contre ceux qui enlèvent aux Apôtres jusqu’au baptême de Jean, afin de ruiner le sacrement de la régénération. Qui croira que la voie du Seigneur, c’est-à-dire le baptême de Jean, n’ait pas été préparée dans la personne de ceux qui étaient eux-mêmes destinés à ouvrir les voies du Seigneur par tout l’univers ! Eh quoi ! notre Seigneur, dont l’impeccabilité ne devait à la justice divine aucune satisfaction, a voulu néanmoins être baptisé, et des pécheurs n’auraient pas eu besoin de l’être !
On insiste. N’est-il pas vrai que plusieurs n’ont pas été baptisés ? — D’accord ; toutefois ce ne sont pas assurément les disciples de Jésus-Christ, mais les ennemis de sa foi, tels que les Docteurs et les Pharisiens. J’en conclus que si les ennemis du Seigneur n’ont pas voulu être baptisés, ceux qui suivaient le Seigneur l’ont été certainement, pour ne pas imiter la folle sagesse de ses contradicteurs, surtout quand le Maître auquel ils étaient attachés avait honoré Jean par cet illustre témoignage : « Parmi les enfants des femmes, il n’en est pas de plus grand que Jean-Baptiste. »
Selon d’autres, et l’assertion est peu sensée, les Apôtres furent suffisamment baptisés lorsque les flots de la mer les couvrirent dans la barque qu’ils montaient. Pierre luimême fut assez plongé quand il marcha sur les eaux du lac de Génézareth. Telle n’est pas mon opinion. Autre chose est d’être couvert d’eau ou enseveli par la violence de la mer, autre chose d’être lavé par un acte de religion. Ce navire, au reste, était la figure de l’Église qui est battue par les tempêtes de la persécution et de la tentation sur la mer de ce monde, tandis que le Seigneur semble s’endormir dans sa patience, jusqu’à ce que, réveillé enfin par les prières des justes, il apaise à ce dernier jour la fureur du siècle et rende le calme à ses serviteurs.
Enfin, quel qu’ait été le baptême des Apôtres, ou bien qu’ils aient vécu jusqu’à la fin sans le baptême, il est important de savoir que c’est à nous en particulier que le Christ adresse cet oracle dans la personne de Pierre : « Il n’y a qu’un baptême. » Au reste, il y aurait témérité de notre part à nous ériger en juges du salut des Apôtres, comme si la grâce de leur vocation, et ensuite le privilège d’une amitié inséparable avec Jésus-Christ, n’avait pas pu remplacer pour eux le baptême ! Disciples fidèles, ne marchaient-ils pas à la suite de celui qui a promis le salut à quiconque croit en lui ? « Votre foi vous a sauvé, » dit-il ; et ailleurs : « Vos péchés vous sont remis. » Ce dernier croyait, mais n’avait pas encore reçu le baptême. Si la rémission des péchés a manqué aux Apôtres, je ne comprends plus rien à la foi. L’un, à la première parole que lui fait entendre le Seigneur, abandonne la maison de l’impôt ; l’autre renonce à son père, à sa barque et à la profession qui le faisait vivre. Celui-là ne retourne pas même sur ses pas pour ensevelir son père, docile au plus grand des préceptes de Jésus-Christ : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi ; » injonction à laquelle il obéit avant même de l’avoir entendue.
XIII. Ici l’audace de quelques impies m’arrête par ces questions : « Si la foi suffit, le baptême n’est donc pas nécessaire ? Abraham, qui n’avait été plongé dans aucune eau, devint agréable à Dieu sans autre sacrement que le sacrement de sa foi. »
— Je réponds : les lois qui viennent les dernières obligent et prévalent sur celles qui les ont précédées. Qu’anciennement, avant la passion et la résurrection du Seigneur, la foi toute seule ait suffi pour le salut, d’accord. Mais, quand il fallut en outre croire à sa naissance, à sa passion et à sa résurrection, le sacrement primitif s’accrut du sceau du baptême, vêtement de notre foi pour ainsi parler, qui auparavant était nue, et qui aujourd’hui ne peut rien sans l’observation de la loi. En effet, la nécessité du baptême a été imposée ; la forme en a été prescrite : « Allez, dit le Seigneur aux Apôtres, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Cette loi est clairement confirmée par cet autre arrêt définitif : « En vérité, en vérité je vous le dis, si quelqu’un ne renaît de l’eau et de l’Esprit saint, il n’entrera point dans le royaume de Dieu : » double sentence où est écrite la nécessité du baptême. Depuis ce moment, tous ceux qui entrèrent dans l’Église furent baptisés. Paul commence à peine à croire, qu’il reçoit le baptême. Le Seigneur le lui avait ordonné quand il le frappa de cécité. « Lève-toi, et entre dans la ville de Damas ; là on t’apprendra ce que tu dois faire, » c’est-à-dire recevoir le baptême, la seule chose qui lui manquât. Car, du reste, il avait suffisamment appris et cru que Jésus de Nazareth était le Seigneur, Fils de Dieu.
XIV. Mais à propos de l’Apôtre, nouvelles difficultés. Il a dit : « Aussi n’est-ce pas pour baptiser que Jésus-Christ m’a envoyé. »
— Qui s’imaginera que par ces paroles l’Apôtre ait prétendu détruire le baptême ? N’a-t-il pas baptisé lui-même Caïus, Crispus, et toute la famille de Stéphanas ? Mais je le veux bien ; le Christ ne l’avait pas envoyé pour baptiser ; n’avait-il pas prescrit aux autres Apôtres de conférer le baptême ? Comprenons d’ailleurs le langage de Paul, et dans quelles circonstances il parlait. On lui avait appris « qu’il s’était élevé des schismes et des divisions parmi les Corinthiens : Je suis à Paul, disait l’un ; je suis à Apollon, disait l’autre. » Voilà pourquoi le pacifique Apôtre, afin de ne point paraître s’arroger l’universalité de l’apostolat, dit : « Je n’ai pas été envoyé pour baptiser, mais pour prêcher. » En effet, la prédication vient avant le baptême. Mais que la prédication soit plus honorable, d’accord. Celui qui a eu le pouvoir de prêcher a pu sans doute aussi baptiser.
XV. Reste-t-il quelque autre sophisme par lequel on attaque le baptême ? Je l’ignore. Toutefois, je vais reprendre la marche interrompue tout à l’heure, pour ne pas laisser indécises les questions fondamentales. Il n’y a pour nous qu’un seul baptême ; l’Evangile du Seigneur et les Epîtres de l’Apôtre en font foi : « Il n’y a qu’un Dieu, qu’un baptême, qu’une Église dans les cieux. » Mais que faut-il observer à l’égard des hérétiques ? il s’agit de le discuter mûrement. Le véritable baptême ne se transmet que chez nous. Les hérétiques n’ont rien de commun avec notre discipline, puisque séparés de notre communion, ils ne sont plus que des étrangers. Je ne dois point reconnaître en eux ce qui n’appartient qu’à moi. Ils n’ont ni le même Dieu, ni le même Christ que nous ; par conséquent, ils n’ont pas l’unité du baptême, puisque leur baptême diffère du nôtre. Ne l’ayant pas tel qu’il doit être, ils n’en ont aucun indubitablement. Impossible de compter ce que l’on n’a pas ; impossible de le recevoir chez eux, puisqu’ils ne l’ont pas. Nous avons déjà exposé longuement cette matière dans un traité écrit en grec[2]. Nous ne recevons donc qu’une fois le baptême. Nos péchés n’y sont lavés qu’une fois, parce que nous ne devons pas y retomber. Israël renouvelle tous les jours ses ablutions, parce qu’il se souille tous les jours. Le Chrétien n’est baptisé qu’une fois, pour l’avertir qu’après cela il ne doit plus pécher. Heureuse eau, qui ne lave qu’une fois, qui ne sert point de jouet aux pécheurs, qui, n’étant point souillée d’immondices habituelles, ne souille point ceux qu’elle lave !
XVI. Il est vrai que nous avons un second baptême, le baptême de sang, unique comme le premier. C’est de celui-ci que Jésus-Christ disait : « Je dois être baptisé d’un baptême, » quoiqu’il eût été déjà baptisé ; car il était venu par l’eau et par le sang, comme l’a écrit Jean, afin qu’il fût lavé par l’eau et glorifié par le sang, conséquemment aussi, afin que notre vocation commençât par l’eau et que notre élection se consommât dans le sang. Ces deux baptêmes jaillirent sur la croix, de la plaie de son côté ; parce que ceux qui devaient croire en son sang devaient être purifiés par l’eau, et ceux qui seraient purifiés par l’eau s’abreuver de son sang. Voilà quel est le baptême qui supplée le baptême d’eau quand nous ne l’avons pas reçu, et nous le rend quand nous l’avons perdu.
XVII. Il me reste, pour terminer cette courte matière, à dire quelques mots sur la discipline qu’il faut observer dans l’administration et la réception du baptême. Le droit de le conférer appartient au grand-prêtre, qui est l’évêque ; après lui aux prêtres et aux diacres, jamais toutefois sans la permission de l’évêque, par honneur pour l’Église : toutes les fois que cet honneur est maintenu, la paix l’est aussi. Du reste, les laïques ont quelquefois ce pouvoir. Ce qui est communiqué sans réserve ne peut-il pas l’être de même, saut néanmoins que les évêques, les prêtres, les diacres, sont appelés les disciples de Jésus-Christ[3]. Nul ne doit receler le don du Seigneur. Or, le baptême étant un des biens que Dieu distribue à tous, tous peuvent l’administrer ; mais les laïques doivent toujours se souvenir de la modestie et de l’humilité envers leurs préposés, dans lesquels réside ce pouvoir, et ne point usurper un office qui n’appartient qu’à l’évêque. La rivalité est la mère des schismes. — « Tout est permis, a dit le très-saint Apôtre, mais tout n’est pas expédient. » Qu’il suffise donc à un laïque d’user de cette faculté dans les cas de nécessité, quand le lieu, le temps, la personne le réclament ; Alors la conjoncture du péril où se trouve celui-ci excuse suffisamment la compassion de celui-là. Refuser à quelqu’un le secours qu’il était en notre pouvoir de lui donner, c’est nous rendre coupables de la perte d’une ame.
L’indiscrète témérité de la femme a déjà usurpé le droit d’enseigner ; ira-t-elle jusqu’à s’arroger celui de baptiser ? Je ne le crois pas, à moins qu’il ne surgisse quelque nouveau monstre aussi hardi que le premier. Une femme détruisait tout à l’heure le baptême : pourquoi une autre femme n’irait-elle pas jusqu’à l’administrer de sa propre autorité ? Essaieraient-elles de justifier leurs prétentions au pouvoir d’enseigner et de baptiser par un passage faussement attribué à Paul ? Je leur apprendrais que cette épître est d’un prêtre d’Asie, qui, par admiration pour Paul, composa cette invention qu’il fit circuler sous le nom de l’Apôtre. Convaincu d’imposture, il avoua le crime et fut déposé. Quelle apparence, en effet, que Paul attribue aux femmes le pouvoir d’enseigner et de baptiser, quand il leur refuse le droit d’interroger en public : « Qu’elles se taisent, dit-il, et interrogent leurs maris en particulier ! »
XVIII. Du reste, ceux qui sont chargés de l’administration du baptême n’ignorent pas qu’il ne faut pas le conférer légèrement. Ce précepte : « Donnez à tous ceux qui vous demandent, » a sa mesure, et s’applique à l’aumône. Souvenons-nous plutôt de ces paroles : « Gardez-vous de donner aux chiens les choses saintes ; ne jetez point vos perles devant les pourceaux ; » et ailleurs : « N’imposez pas facilement les mains à personne, de peur de participer aux péchés d’autrui. » Sans doute Philippe administra facilement le baptême à l’eunuque, mais n’oublions pas qu’un ordre manifeste et formel était intervenu de la part du Seigneur. L’Esprit avait recommandé à Philippe de suivre cette route ; l’eunuque lui-même s’occupait à lire les Prophètes, sans songer à demander si promptement le baptême. Il songeait seulement à monter au temple pour y prier. Chemin faisant, il était tout entier à la méditation de l’Ecriture. Religieuses dispositions dans lesquelles devait être surpris celui auquel Dieu envoyait volontairement un Apôtre à qui l’Esprit ordonnait en outre de monter sur le char de l’eunuque. L’Ecriture va au-devant de sa foi ; l’exhorter, le choisir, lui révéler le Seigneur est l’affaire d’un moment ; sa foi ne supporte pas de retard ; l’eau ne se fait pas attendre ; le baptême consommé, l’Apôtre disparaît.
— Mais enfin Paul fut baptisé sans délai.
— Oui, sans délai ; car Simon, son hôte, l’avait reconnu d’abord pour un vase d’élection. La bonté de Dieu se distingue à certaines prérogatives. Au reste, toute demande peut tromper ou être trompée. Il est donc plus utile de différer le baptême d’après l’état, la disposition et l’âge de chacun, mais surtout par rapport aux enfants : pourquoi, en effet, exposer au péril ceux qui répondent pour eux ? La mort ne peut-elle pas les empêcher d’acquitter leurs promesses ? S’ils vivent, le mauvais naturel des enfants ne peut-il pas tromper leurs espérances ?
Il est bien vrai que notre Seigneur a dit : « Laissez-les venir à moi ! » Qu’ils viennent donc, mais quand ils seront plus âgés ; qu’ils viennent, mais quand ils auront étudié, et qu’il leur aura été enseigné pourquoi ils viennent ; qu’ils soient marqués du sceau des Chrétiens, mais quand ils auront pu connaître Jésus-Christ. Pourquoi l’âge de l’innocence court-il à la rémission des péchés ? On en use avec plus de précaution pour les choses du siècle : confierons-nous les trésors du ciel à qui nous ne confierions pas ceux de la terre ? Que les enfants apprennent donc à demander le salut, afin qu’il ne semble accordé qu’à ceux qui le demandent.
Les motifs pour ajourner les adultes qui ne sont pas encore engagés dans le mariage, ne sont pas moins décisifs. La liberté les expose à trop de tentations, les vierges par la maturité de leur âge, les veuves par la privation ; il faut attendre qu’elles soient mariées ou affermies dans la continence. Si l’on comprenait bien quel est le fardeau du baptême, on craindrait plus de le recevoir que de le différer : la foi parfaite n’a rien à redouter pour le salut.
XIX. Le jour solennel du baptême, c’est le jour de Pâque, lorsqu’est accomplie la passion du Sauveur dans lequel nous sommes baptisés. On peut même regarder comme une figure assez juste du baptême l’ordre que Jésus-Christ, sur le point de célébrer avec ses disciples la dernière pâque, leur donne d’aller préparer sa pâque. « Vous trouverez, leur dit-il, un homme portant une cruche d’eau. »
Il leur indique l’eau comme le signe du lieu où il devra célébrer la pâque. Un autre jour solennel pour le baptême c’est la Pentecôte. Il s’est écoulé un long intervalle pour disposer les catéchumènes au sacrement. C’est durant cet intervalle que le Seigneur manifesta souvent sa résurrection à ses disciples, qu’il leur promit la grâce de l’Esprit saint, qu’il leur laissa l’espérance de son retour, puisque quand il fut remonté aux cieux, « les anges dirent aux Apôtres : Vous le verrez revenir comme vous l’avez vu monter au ciel. » Cette merveille s’est réalisée le jour de la Pentecôte. Mais quand Jérémie s’écrie : « Je les rassemblerai des extrémités de la terre dans un jour de fête, » il désigne d’avance Pâque et la Pentecôte, qui sont proprement nos jours de fête. Au reste, chaque jour appartient au Seigneur. Toutes les heures, tous les temps sont propres au baptême ; si la solennité importe, la grâce du sacrement ne diffère pas.
XX. Ceux qui aspirent au baptême doivent s’y préparer par des prières fréquentes, par des jeûnes, par des génuflexions, par des veilles, et par la confession de tous leurs péchés passés, afin de représenter aussi le baptême de Jean : « Et confessant leurs péchés, est-il dit, ils étaient baptisés. » Pour nous, félicitons-nous de n’avoir pas à confesser publiquement, comme eux, nos fautes et nos désordres. Par la mortification de la chair et de l’esprit, nous satisfaisons pour nos iniquités passées, en même temps que nous nous prémunissons contre les tentations à venir. « Veillez et priez, dit-il, pour que vous n’entriez point en tentation. » Si les Apôtres furent tentés, c’est qu’ils se laissèrent aller au sommeil, d’où il arriva qu’ils abandonnèrent le Seigneur, dès qu’ils le virent entre les mains de ses ennemis. Celui-là même qui restera à ses côtés et tirera le glaive pour le défendre, le niera ensuite par trois fois. Il avait été dit auparavant : « Personne n’entrera dans le royaume des cieux, s’il n’a été éprouvé par la tentation. » Le Seigneur lui-même, après son baptême et un jeûne de quarante jours, n’est-il pas assailli par la tentation ?
Mais, me dira-t-on, il nous faut donc jeûner après le baptême plus encore qu’auparavant ? Et qui peut l’empêcher, sinon la nécessité de se réjouir et de rendre grâces à Dieu de son salut. Le Seigneur, si je ne me trompe, répond à cette objection dans les reproches qu’il adresse à Israël. L’Hébreu, après avoir traversé miraculeusement la mer, transporté pendant quarante années dans le désert, où il était nourri par des aliments célestes, s’occupait bien moins de Dieu que de ses grossiers appétits. De plus, Jésus-Christ se retirant dans le désert après son baptême, nous montre clairement par ce jeûne de quarante jours, que « l’homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de la parole de Dieu, » puisque les tentations de la gourmandise et de l’intempérance viennent échouer contre les austérités de la pénitence.
Vous donc, mes bien aimés, que la grâce de Dieu attend, dès que vous sortez du bain où l’homme se renouvelle, et que vous ouvrez avec vos frères vos premières mains dans le sein de l’Église votre mère, demandez au Père céleste, demandez au Seigneur les biens sacrés, les grâces surnaturelles, le patrimoine du ciel et les dons du Saint-Esprit. « Demandez, dit le Sauveur, et vous recevrez. » Vous avez cherché jusqu’à cette heure, et vous avez trouvé ; vous avez frappé, et il vous a été ouvert. Je vous demande une seule grâce à mon tour : souvenez-vous dans vos prières de Tertullien le pécheur.
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