Histoire d'une âme (éd. 1898) (page 13)

Thérèse de Lisieux · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : gutenberg.org #36708 — Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus (1898 éd. Mère Agnès, via Internet Archive/Canadian Libraries) · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Donnez-lui tout votre amour; Et vous saurez en retour La charité qui le presse.

Si quelqu'une de vos sœurs Venait à verser des pleurs, Aussitôt, avec tendresse, Suppliez l'Enfant divin, Que, de sa petite main, Doucement _il la caresse_.

_Un berceau._

Sur terre il est peu de cœurs Qui n'aspirent aux faveurs De Jésus, le Roi de gloire; Mais, s'il vient à s'endormir, Ils cessent de le servir, En lui ne voulant plus croire.

Si vous saviez le plaisir Que l'Enfant trouve à dormir Sans craindre qu'on le réveille, Vous serviriez de _berceau_ A Jésus, le doux Agneau, Souriant lorsqu'il sommeille!

_Des langes._

Voyez que l'aimable Enfant, De son petit doigt charmant, Vous montre la paille sèche. Ah! comprenez son amour, Et garnissez en ce jour, _De langes_, la pauvre crèche.

Excusant toujours vos sœurs, Vous gagnerez les faveurs De Jésus, le Roi des Anges; C'est l'ardente charité, L'aimable simplicité Qu'il réclame pour _ses langes_.

_Du feu._

Ma sœur, le petit Jésus, Le doux foyer des élus, Tremble de froid dans l'étable... Cependant, au beau ciel bleu, Des Anges, flammes de feu, Servent le Verbe adorable! Mais, sur la terre, c'est vous _Le foyer_ de votre Epoux... Il vous demande _vos flammes_. C'est vous qui devez, ma sœur, Pour réchauffer le Sauveur, Embraser toutes les âmes!

_Un gâteau._

Vous savez que tout enfant Préfère un gâteau brillant A la gloire d'un empire. Offrez donc au Roi des cieux _Un gâteau délicieux_, Et vous le verrez sourire.

Savez-vous, du Roi des rois, Quel est _le gâteau de choix_? C'est la prompte obéissance! Votre Epoux vous ravissez, Lorsque vous obéissez Comme lui, dans son enfance.

_Du miel._

Aux premiers feux du matin, Formant son riche butin, On voit la petite abeille Voltiger de fleur en fleur, Visitant avec bonheur Les corolles qu'elle éveille.

Ainsi, butinez l'amour: Et revenez chaque jour, Près de la crèche sacrée, Offrir au divin Sauveur _Le miel_ de votre ferveur, Petite abeille dorée!

_Un agneau._

Pour charmer le doux Agneau, Ne gardez plus de troupeau; Et, délaissant toute chose, Ne songez qu'à le ravir; Désirez le bien servir, Tout le temps qu'il se repose.

O ma sœur, dès aujourd'hui, Abandonnez-vous à lui, Et vous dormirez ensemble... Marie, allant au berceau, Verra près de son Agneau _Un agneau_ qui lui ressemble!

* * * * *

L'Ange, ayant pris de nouveau l'Enfant-Jésus dans ses bras, chante ce qui suit:

Air: «AINSI SOIT-IL.» _Chaque matin dans sa prière..._ (RUPÉS.)

L'Enfant divin vous remercie; Il est charmé de tous vos dons. Aussi, dans son Livre de vie, Il les écrit avec vos noms.

Jésus a trouvé ses délices En ce Carmel; Et pour payer vos sacrifices, Il a son beau ciel!

Si vous êtes toujours fidèles A contenter ce doux Trésor, L'amour vous donnera des ailes Pour voler d'un sublime essor!

Un jour, dans la sainte patrie, Après l'exil, Vous verrez Jésus et Marie: _Ainsi soit-il!_

Noël 1895.

Les Anges à la Crèche.

RÉCRÉATION PIEUSE

L'Ange de l'Enfant-Jésus.

(Rôle rempli par Sr Thérèse.)

Air: _Tombé du nid._

O Verbe-Dieu! gloire du Père! Je te contemplais dans le ciel; Maintenant je vois sur la terre Le Très-Haut devenu mortel! Enfant, dont la lumière inonde Les Anges du brillant séjour, Jésus, tu viens sauver le monde, Qui donc comprendra ton amour?

O Dieu dans les langes, Tu ravis les Anges! Verbe fait enfant, Vers toi, je m'incline en tremblant.

Qui donc comprendra ce mystère: Un Dieu se fait petit enfant? Il vient s'exiler sur la terre, Lui, l'Eternel, le Tout-Puissant! Divin Jésus, beauté suprême, Je veux répondre à ton amour: Pour témoigner combien je t'aime, Je te veillerai nuit et jour.

L'éclat de tes langes Attire les Anges; Verbe fait enfant, Vers toi, je m'incline en tremblant.

Depuis que ce séjour de larmes Possède le Roi des élus, Pour moi, les cieux n'ont plus de charmes, Et j'ai volé vers toi, Jésus! Je veux te couvrir de mes ailes, Te suivre partout ici-bas; Et toutes les fleurs les plus belles, Je les sèmerai sous tes pas.

Je veux d'une étoile brillante, Enfant, te former un berceau; Et, de la neige éblouissante, Te faire un gracieux rideau. Je veux, des lointaines montagnes, Abaisser pour toi les hauteurs; Je veux que pour toi les campagnes Produisent de célestes fleurs.

De Dieu, la fleur est le sourire; Elle est l'écho lointain du ciel, Le son fugitif de la lyre Que tient en sa main l'Eternel. Cette note mélodieuse De la bonté du Créateur Veut, de sa voix mystérieuse, Glorifier le Dieu Sauveur.

Douce mélodie, Suave harmonie, Silence des fleurs, D'un Dieu vous chantez les grandeurs!

Je sais que tes chères amies, Jésus, sont les _vivantes fleurs_... Tu viens des célestes prairies Pour chercher les âmes, tes sœurs. Une âme est la fleur embaumée, Enfant, que tu voudrais cueillir; Ta petite main l'a semée Et pour elle tu veux mourir!

Mystère ineffable! Le Verbe adorable Versera des pleurs En cueillant sa moisson de fleurs!

_L'Ange de la sainte Face._

Air: _L'encens divin._

Divin Jésus, au matin de ta vie, Ton beau Visage est tout baigné de pleurs! Larmes d'amour, sur la Face bénie, Vous coulerez jusqu'au soir des douleurs...

Divine Face, Oui, ta beauté, Pour l'Ange efface La céleste clarté!

Je reconnais, de ton divin Visage Tous les attraits, sur ce voile sanglant; Je reconnais, Jésus, en cette image, L'éclat si pur de ta Face d'enfant.

Divin Jésus, la souffrance t'est chère, Ton doux regard pénètre l'avenir: Tu veux déjà boire la coupe amère; Dans ton amour, tu rêves de mourir!

Rêve ineffable! Enfant d'un jour, Face adorable, Vous m'embrasez d'amour!

_L'Ange de la Résurrection._

Air: _Noël! Noël! læta voce Noël!_

Ne pleurez plus, Anges du Dieu Sauveur, Je viens du ciel consoler votre cœur. Ce faible Enfant Un jour sera puissant; Il ressuscitera, Et toujours régnera.

O Dieu caché sous les traits d'un enfant, Je te vois rayonnant, Et déjà triomphant!

Je lèverai la pierre du tombeau, Et, contemplant ton Visage si beau, Je chanterai Et me réjouirai, Te voyant de mes yeux T'élever glorieux!

Je vois briller des divines splendeurs Tes yeux d'enfant, ce soir mouillés de pleurs. Verbe de Dieu, Ta parole de feu Doit retentir un jour Consumante d'amour!

_L'Ange de l'Eucharistie._

Air: _Par les chants les plus magnifiques_.

Contemplez, bel Ange, mon frère, Notre Roi montant vers le ciel; Moi, je descends sur cette terre Pour l'adorer au saint autel. Voilé dans son Eucharistie, Je reconnais le Tout-Puissant, Je vois le Maître de la vie Bien plus petit qu'un humble enfant.

Ah! désormais, au sanctuaire Je veux établir mon séjour, Offrant au Très-Haut ma prière, L'hymne de mon ardent amour. Sur ma lyre mélodieuse, Je chanterai le Dieu Sauveur, Et la Manne délicieuse Qui nourrit l'âme du pécheur!

Que ne puis-je, par un miracle, Me nourrir aussi de ce Pain! Ah! que ne puis-je au Tabernacle, Prendre ma part du Sang divin! Du moins, à l'âme aimante et sainte, Je communiquerai mes feux, Afin que, sans la moindre crainte, Elle approche du Roi des cieux.

_L'Ange du jugement dernier._

Air: _Noël_ (d'ADAM).

Bientôt viendra le jour de la vengeance, Ce monde impur passera par le feu. Tous les mortels entendront la sentence Qui sortira de la bouche de Dieu. Nous le verrons dans l'éclat de sa gloire, Non plus caché sous les traits d'un enfant, Nous serons là pour chanter sa victoire, Et proclamer qu'il est le Tout-Puissant!

Ils brilleront d'un éclat ineffable, Ces yeux voilés de larmes et de sang. Nous la verrons cette Face adorable, Dans la splendeur de son rayonnement! Sur le nuage, en voyant apparaître Jésus, portant le sceptre de sa croix: L'impie, alors, pourra le reconnaître Ce Roi, ce Juge, aux éclats de sa voix!

[Illustration: SI VOUS CONNAISSIEZ LE DON DE DIEU!

Fresque composée et peinte par Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus

_autour du Tabernacle de l'Oratoire intérieur du Carmel._]

Vous tremblerez, habitants de la terre; Vous tremblerez à votre dernier jour! Ne pouvant plus soutenir la colère De cet Enfant, aujourd'hui Dieu d'amour.

Pour vous, mortels, il choisit la souffrance, Ne réclamant que votre faible cœur; Au jugement vous verrez sa puissance, Vous tremblerez devant le Dieu vengeur.

Tous les Anges, à l'exception de l'Ange du jugement dernier.

Air: _O Cœur de notre aimable Mère._

Oh! daigne écouter la prière De tes Anges, divin Jésus! Toi qui viens racheter la terre, Prends la défense des élus.

De ta main, ah! brise ce glaive, Apaise cet Ange en courroux! Bel Enfant, que ta voix s'élève Pour sauver le cœur humble et doux.

L'Enfant-Jésus.

Air: _Petit oiseau, dis, où vas-tu?_

Consolez-vous, Anges fidèles; Vous seuls, pour la première fois, Loin des collines éternelles, Du Verbe, écouterez la voix:

Je vous chéris, ô pures flammes! Anges du céleste séjour! Mais, comme vous, j'aime les âmes, Je les aime d'un grand amour.

Je les ai faites pour moi-même, J'ai fait leurs désirs infinis; La plus petite âme qui m'aime Devient pour moi le paradis.

L'Ange de l'Enfant-Jésus lui demande de cueillir sur la terre une abondante moisson d'âmes innocentes, avant qu'elles soient ternies par le souffle impur du péché.

_Réponse de l'Enfant-Jésus._

O bel Ange de mon enfance! J'exaucerai tes vœux ardents: Je saurai garder l'innocence En l'âme des petits enfants.

Je les cueillerai dès l'aurore, Charmants boutons, pleins de fraîcheur; Au ciel tu les verras éclore Sous les purs rayons de mon Cœur.

Leur belle corolle argentée, Plus brillante que mille feux, Formera la route lactée De l'azur étoilé des cieux.

Je veux des lis pour ma couronne, Moi, Jésus, le beau Lis des champs, Et je veux, pour former mon trône, Une gerbe de lis brillants.

L'Ange de la Sainte Face demande le pardon des pécheurs.

_Réponse de l'Enfant-Jésus._

Toi qui contemples mon Visage Dans un ravissement d'amour, Et qui, pour garder mon image, Quittas le céleste séjour,

Je veux exaucer ta prière: Toute âme obtiendra son pardon, Je la remplirai de lumière, Dès qu'elle invoquera mon Nom.

O toi qui voulus sur la terre Honorer ma croix, ma douleur; Bel Ange, écoute ce mystère: Toute âme qui souffre est ta sœur.

Au ciel, l'éclat de sa souffrance Sur ton front viendra rejaillir; Et le rayon de ton essence Illuminera le martyr.

L'Ange de l'Eucharistie demande ce qu'il pourra faire pour le consoler de l'ingratitude des hommes.

_Réponse de l'Enfant-Jésus._

Ange de mon Eucharistie, C'est toi qui charmeras mon Cœur; Oui, c'est ta douce mélodie Qui consolera ma douleur.

J'ai soif de me donner aux âmes; Mais bien des cœurs sont languissants: Séraphin, donne-leur tes flammes, Attire-les par tes doux chants.

Je voudrais que l'âme du prêtre Ressemblât à l'Ange du ciel! Ah! je voudrais qu'il pût renaître Avant de monter à l'autel.

Afin d'opérer ce miracle, Il faut que, brûlantes d'amour, Des âmes, près du Tabernacle, S'immolent la nuit et le jour.

L'Ange de la Résurrection demande ce que deviendront les pauvres exilés de la terre, quand le Sauveur sera monté aux cieux.

_Réponse de l'Enfant-Jésus._

Je remonterai vers mon Père, Afin d'attirer mes élus; Après l'exil de cette terre, Dans mon Cœur ils seront reçus.

Quand sonnera la dernière heure, Je rassemblerai mon troupeau; Et, dans la céleste demeure, Je lui servirai de flambeau.

_L'Ange du jugement dernier._

Oublieras-tu, Jésus, bonté suprême, Que le pécheur doit être enfin puni? Oublieras-tu, dans ton amour extrême, Que, des ingrats, le nombre est infini? Au jugement je châtierai le crime, Et ma fureur saura se décharger. Mon glaive est prêt!... Jésus, douce Victime, Mon glaive est prêt; je viendrai te venger!

_L'Enfant-Jésus._

O bel Ange, abaisse ton glaive, Ce n'est pas à toi de juger La nature que je relève: De la paix, je suis Messager.

Celui qui jugera le monde: C'est moi... que l'on nomme _Jésus_! De mon sang, la source féconde Purifiera tous mes élus.

Sais-tu que les âmes fidèles Me consoleront chaque jour Des blasphèmes des infidèles, Par un simple regard d'amour?

Aussi, dans la sainte patrie, Mes élus seront glorieux; Et, leur communiquant ma vie, J'en ferai comme autant de dieux.

_L'Ange du jugement dernier_.

Air: _Dieu de paix et d'amour._

Devant toi, doux Enfant, le Chérubin s'incline: Il admire, éperdu, ton ineffable amour, Il voudrait, comme toi, sur la sombre colline Pouvoir mourir un jour!

REFRAIN

_Chanté par tous les Anges._

Qu'il est grand le bonheur de l'humble créature! Le Séraphin voudrait, dans son ravissement, Délaisser, ô Jésus, l'angélique nature, _Et devenir enfant..._

Noël 1894.

La fuite en Egypte.

Récréation pieuse (Fragment).

L'Ange _avertit saint Joseph_.

Air: _La folle de la plage._

Vers l'Egypte, bien vite, Il faut prendre la fuite!... Joseph, dès cette nuit, Eloigne-toi sans bruit.

Hérode, en sa furie, Cherche le Roi nouveau: A ce divin Agneau Il veut ôter la vie. Prends la Mère et l'Enfant, Fuyez rapidement!

_Chant des Anges accompagnant la sainte Famille._

Air: _Les gondolières vénitiennes._

Ineffable mystère! Jésus, le Roi du ciel, Exilé sur la terre, Fuit devant un mortel! A ce Dieu dans les langes, Offrons tout notre amour; Que nos blanches phalanges Viennent former sa cour.

Couvrons-le de nos ailes Et des fleurs les plus belles; Far nos concerts joyeux, Berçons le Roi des cieux. Pour consoler sa Mère, Chantons avec mystère Les charmes du Sauveur, Sa grâce et sa douceur!

Ah! quittons ce rivage, Bien loin de l'orage, Fuyons cette nuit, Loin de tout bruit.

La Vierge sous son voile Cache notre étoile: L'astre des élus, L'Enfant-Jésus.

Le Roi du ciel Fuit devant un mortel!...

_L'Ange du désert._

Air: du Credo d'_Herculanum._

Je viens chanter, de la sainte Famille, L'éclat divin qui m'attire en ces lieux; Dans le désert, cette étoile qui brille Me charme plus que la gloire des cieux. Ah! qui pourra comprendre ce mystère: Parmi les siens, Jésus est rejeté! Il est errant, voyageur sur la terre, Et nul ne sait découvrir sa beauté.

Mais, si les grands redoutent votre empire, O Roi du ciel, Astre mystérieux! Depuis longtemps plus d'un cœur vous désire, C'est vous l'espoir de tous les malheureux. Verbe éternel, ô Sagesse profonde! Vous répandez vos ineffables dons Sur les petits, les faibles de ce monde: Et dans le ciel vous écrivez leurs noms.

Si vous donnez la sagesse en partage A l'ignorant, s'il est humble de cœur, C'est que toute âme est faite à votre image. Vous appelez, vous sauvez le pécheur! Un jour viendra qu'en la même prairie, L'agneau paîtra doucement près du lion; Et le désert, votre unique patrie, Plus d'une fois entendra votre Nom.

O Dieu caché! des âmes virginales, Brûlant de zèle au foyer de l'amour, S'élanceront sur vos traces royales, Et les déserts se peupleront un jour. Ces cœurs ardents, ces âmes séraphiques Réjouiront tous les Anges des cieux, Et l'humble accent de leurs divins cantiques Fera trembler l'abîme ténébreux.

Dans sa fureur, sa basse jalousie, Satan voudra dépeupler les déserts; Il ne sait pas la puissance infinie Du faible Enfant qu'ignore l'univers. Il ne sait pas que la vierge fervente Trouve toujours le repos en son cœur; Il ne sait pas combien elle est puissante Cette âme unie à son divin Sauveur!

Peut-être un jour vos épouses chéries Partageront votre exil, ô mon Dieu! Mais les pécheurs qui les auront bannies, De leur amour n'éteindront pas le feu. Du monde impur la haine sacrilège N'atteindra pas les vierges du Seigneur Jusqu'à souiller leur vêtement de neige, Jusqu'à ternir leur céleste blancheur.

O monde ingrat, déjà ton règne expire; Ne vois-tu pas que ce petit Enfant Cueille joyeux la palme du martyre, La rose d'or, le lis éblouissant? Ne vois-tu pas que ses vierges fidèles Tiennent en main la lampe de l'amour? Ne vois-tu pas les portes éternelles, Qui, pour les saints, doivent s'ouvrir un jour?

Heureux instant! ô bonheur sans mélange, Quand les élus, paraissant glorieux, De leur amour recevront en échange L'éternité pour aimer dans les cieux!

Après l'exil, plus jamais de souffrance, Mais le repos du céleste séjour; Après l'exil, plus de foi, d'espérance, Rien que la paix, l'extase de l'amour!

21 janvier 1896.

Jésus à Béthanie.

Récréation pieuse.

Air: _L'Ange et l'aveugle._

_Marie-Madeleine._

O Dieu, mon divin Maître, Jésus, mon seul amour! A vos pieds je veux être, J'y fixe mon séjour. En vain sur cette terre J'ai cherché le bonheur. Une tristesse amère Seule a rempli mon cœur...

_Jésus._

Marie, ô Madeleine! Je suis ton doux Sauveur! Oubliant toute peine, Jouis de ton bonheur. Tes regrets sont extrêmes, Et mon Cœur te redit: Je sais bien que tu m'aimes. Ton amour me suffit!

_Marie-Madeleine._

C'en est trop, mon bon Maître, Je me sens défaillir... Que ne puis-je renaître En ce jour, ou mourir! Comprenez mes alarmes, O Jésus, mon Sauveur! J'ai fait couler vos larmes: Quelle immense douleur!

_Jésus._

Il est vrai, sur ton âme J'ai répandu des pleurs; Mais d'un seul trait de flamme, Te puis changer les cœurs. Ton âme, rajeunie Par mon regard divin, Dans l'éternelle vie Me bénira sans fin!

_Marie-Madeleine._

Jésus, votre amour même Vient déchirer mon cœur, Votre bonté suprême Augmente ma douleur; J'ai méconnu vos charmes Et, dans mon repentir, Je n'ai plus que des larmes, Seigneur, à vous offrir!

_Jésus._

Ces larmes précieuses Brillent plus à mes yeux Que les perles nombreuses Qui scintillent aux Cieux. A l'étoile charmante Rayonnant dans l'azur, Je préfère l'amante Au cœur devenu pur.

_Marie-Madeleine._

Quel étonnant mystère! O mon divin Sauveur, N'est-il rien sur la terre Qui charme votre Cœur? Les lointaines montagnes, Le blanc et doux agneau, Les fleurs de nos campagnes, Est-il rien de plus beau?

_Jésus._

Tu vois la fleur éclose Et son éclat charmant; Pour moi, je vois la rose De ton amour ardent. Cette rose empourprée A su ravir mon cœur; Elle est ma préférée Entre toute autre fleur.

_Marie-Madeleine._

L'oiseau, de sa voix pure, Chante votre grandeur; Le ruisseau qui murmure Vous donne sa fraîcheur; Le lis de la vallée Vous offre son trésor: Sa blancheur étoilée De fines perles d'or.

_Jésus._

Salomon, dans sa gloire, Était moins bien paré Sur son trône d'ivoire Que ce beau lis nacré; Les simples pâquerettes Surpassent le grand roi, Et toutes ces fleurettes N'éclosent que pour toi.

_Marie-Madeleine._

Du virginal cortège Vous offrant son amour, Le blanc manteau de neige Brillera sans retour... Moi, d'une triste vie, Je vous offre la fin; Hélas! je l'ai flétrie Encore à son matin!...

_Jésus._

Si j'aime, de l'aurore, Les purs et brillants feux: Marie... ah! j'aime encore Un beau soir radieux. Ma bonté sans égale Placera le pécheur Et l'âme virginale Ensemble sur mon Cœur!

_Marie-Madeleine._

N'avez-vous pas vos Anges, Aux sublimes ardeurs? Sur leurs blanches phalanges Répandez vos faveurs! Moi, pauvre pécheresse, Je n'ai pas mérité L'ineffable tendresse De votre intimité.

_Jésus._

Bien plus haut que les Anges Tu monteras un jour; Ils diront tes louanges, Enviant ton amour! Mais il faut sur la terre, Pour tes frères pécheurs, Que, vivant solitaire, Tu m'attires leurs cœurs.

_Marie-Madeleine._

Seigneur, d'un zèle extrême Je sens brûler mon cœur; Et votre voix que j'aime En redouble l'ardeur. Mais, pour être un apôtre, Bien trop faible est ce cœur; Ah! prêtez-moi le vôtre, Jésus, mon doux Sauveur!

_Marthe._

Considérez ma sœur, bon Maître, elle s'oublie: Voyez: tout mon travail ne l'inquiète pas. Dites-lui donc, Seigneur, ah! je vous en supplie, Dites-lui de m'aider à servir le repas.

_Jésus._

Marthe! ma charitable hôtesse, Pourquoi voudriez-vous blâmer Votre sœur qui toujours s'empresse Vers Celui qui sait la charmer?

_Marthe._

Mais, ô divin Sauveur, voilà ce qui m'étonne: Ne devrait-elle pas détourner un instant Ses regards de Celui qui chaque jour lui donne, Et songer à donner aussi quelque présent?

_Jésus._

O Marthe, je vous le confie: Si votre amour est généreux, Celui de votre sœur Marie M'est infiniment précieux!

_Marthe._

Vos paroles, Seigneur, sont pour moi des mystères, Et je ne puis encor m'empêcher de penser Qu'il vaut mieux travailler que dire des prières; Moi, je sens mon amour qui veut se dépenser.

_Jésus._

Le travail est bien nécessaire, Je viens moi-même l'honorer; Mais, au moyen de la prière, Vous devez le transfigurer.

_Marthe._

Je savais bien, Seigneur, que, restant inactive, Je ne pouvais avoir de charmes à vos yeux; C'est pourquoi je m'empresse, adorable Convive, A préparer pour vous des mets délicieux.

_Jésus._

Votre âme est généreuse et pure, Votre travail peut le prouver; Mais savez-vous la nourriture Que je désirerais trouver?

Un seul ouvrage est nécessaire: Si votre sœur reste à l'écart Dans une amoureuse prière, _Elle a choisi la bonne part!_

Oui, cette part est la meilleure, Je le proclame dès ce jour; O Marthe! venez à cette heure Partager ce repos d'amour...

_Marthe._

Je le comprends enfin, Jésus, bonté suprême! Votre divin regard a pénétré mon cœur. Tous mes dons sont trop peu: c'est mon âme elle-même Que je dois vous offrir, ô très aimant Sauveur!

_Jésus._

Oui, c'est votre cœur que j'envie. Jusqu'à lui, je viens m'abaisser: Les cieux et leur gloire infinie, Pour lui, j'ai voulu délaisser.

_Marthe._

Pourquoi, divin Sauveur, avez-vous, de Marie, Fait un si grand éloge à Simon le lépreux? Il me semble pourtant, que, dans toute sa vie, Vous auriez dû compter plus d'un jour orageux...

_Jésus._

J'ai su comprendre le langage, D'un cœur par l'amour entraîné; _Celui-là chérit davantage_ _A qui l'on a plus pardonné..._

_Marthe._

Oh! qu'il en soit ainsi, je m'en étonne encore: Car vous m'avez, Seigneur, épargné le danger; Je vous dois mon amour, puisque dès mon aurore Vous avez bien voulu me suivre et protéger.

_Jésus._

Il est bien vrai qu'une âme pure, Le chef-d'œuvre de mon amour, Devrait, sans aucune mesure, M'aimer, me bénir sans retour.

Vous m'avez charmé dès l'enfance Par votre grande pureté; Mais, si vous avez l'innocence, Madeleine a l'humilité.

_Marthe._

Jésus, pour vous ravir, je veux toute ma vie Mépriser les honneurs, la gloire des humains; En travaillant pour vous, j'imiterai Marie, Ne recherchant jamais que vos regards divins.

_Jésus._

Ainsi vous sauverez les âmes, Et les attirerez vers moi; Bien loin, vous porterez mes flammes Avec le flambeau de la foi.

_Marthe et Marie-Madeleine._

Votre voix, doux Jésus, est une mélodie Qui nous ravit d'amour, enflammant notre cœur. Restez donc avec nous pour charmer notre vie; Restez ici toujours, aimable Rédempteur!

_Jésus._

Je suis heureux à Béthanie, Je m'y reposerai souvent; Et votre Dieu, dans la patrie, Se montrera reconnaissant...

Vous avez compris le mystère Qui m'a fait descendre en ces lieux: L'âme intérieure m'est chère, Bien plus que la gloire des cieux.

Cette gloire, un jour, sera vôtre, Et tous mes biens seront à vous: Honneur comparable à nul autre: Vous m'appellerez votre Epoux!

Ici-bas, fidèles amies, Vous vous chargez de me nourrir; Au festin des noces bénies, Je me ceindrai pour vous servir.

29 juillet 1895.

[Illustration]

Prière de l'enfant d'un Saint.

A son bon Père, rappelé à Dieu le 29 juillet 1894.

Rappelle-toi qu'autrefois sur la terre Ton seul bonheur était de nous chérir: De tes enfants exauce la prière, Protège-nous, daigne encor nous bénir! Tu retrouves là-haut notre mère chérie, Depuis longtemps déjà dans la sainte patrie; Maintenant, dans les cieux, Vous régnez tous les deux... Veillez sur nous!

Rappelle-toi ton ardente Marie, Celle qui fut la plus chère à ton cœur; Rappelle-toi qu'elle remplit ta vie, Par son amour, de charme et de bonheur. Pour Dieu, tu renonças à sa douce présence, Et tu bénis la main qui t'offrait la souffrance. De ton beau «_diamant_[266]» Toujours plus scintillant, Oh! souviens-toi!

Rappelle-toi ta belle «_perle fine_», Que tu connus faible et timide agneau; Vois-la, comptant sur la force divine, Et du Carmel conduisant le troupeau.

De tes autres enfants elle est aujourd'hui mère, Viens guider ici-bas celle qui t'est si chère; Et sans quitter le ciel, De ton petit Carmel, Oh! souviens-toi...

Rappelle-toi cette ardente prière Que tu formas pour ta troisième enfant. Dieu l'entendit!... elle estime la terre Un lieu d'exil et de bannissement. La Visitation la cache aux yeux du monde, Elle aime le Seigneur, sa douce paix l'inonde; De ses brûlants soupirs, De ses ardents désirs, Oh! souviens-toi...

Rappelle-toi ta fidèle Céline Qui fut pour toi comme un ange des cieux, Lorsqu'un regard de la Face divine Vint t'éprouver par un choix glorieux. Tu règnes dans le ciel... sa tâche est accomplie; Maintenant à Jésus elle donne sa vie... Protège ton enfant Qui redit bien souvent: Rappelle-toi!...

Oh! souviens-toi de ta «_petite reine_», Du tendre amour dont son cœur déborda... Rappelle-toi que sa marche incertaine Ce fut toujours ta main qui la guida. Papa, rappelle-toi qu'aux jours de son enfance Tu voulus pour Dieu seul garder son innocence. Ses boucles de cheveux Qui ravissaient tes yeux, Rappelle-toi!

Rappelle-toi que dans le belvédère, Tu l'asseyais souvent sur tes genoux, Et, murmurant alors une prière, Tu la berçais par ton refrain si doux! Elle voyait du ciel un reflet sur ta face, Quand ton regard profond se plongeait dans l'espace... Et de l'éternité Tu chantais la beauté, Rappelle-toi!

Rappelle-toi ce radieux dimanche Où, la pressant sur ton cœur paternel, Tu lui donnas une _fleurette blanche_, Et lui permis de voler au Carmel. O père, souviens-toi qu'en ses grandes épreuves, Du plus sincère amour tu lui donnas des preuves; A Rome après Bayeux Tu lui montras les cieux; Rappelle-toi!

Rappelle-toi que la main du Saint-Père, Au Vatican, sur ton front se posa; Mais tu ne pus comprendre le mystère Du sceau divin qui sur toi s'imprima. Maintenant tes enfants t'adressent leur prière; Ils bénissent ta croix et ta douleur amère! Sur ton front glorieux Rayonnent dans les cieux _Neuf lis_ en fleurs!

Août 1894.

Ce que j'aimais...

Composé à la demande de sa sœur Céline pendant son noviciat.

Air: _Combien j'ai douce souvenance._

J'ai en mon Bien-Aimé les montagnes. Les vallées solitaires et boisées, Les îles étrangères, Les fleuves retentissants, Le murmure des zéphyrs amoureux.

* * * * *

La nuit paisible, Pareille au lever de l'aurore; La musique silencieuse, La solitude harmonieuse, Le souper qui charme et qui accroît l'amour.

(SAINT JEAN DE LA CROIX.)

Oh! que j'aime la souvenance Des jours bénis de mon enfance! Pour garder la fleur de mon innocence, Le Seigneur m'entoura toujours D'amour.

Aussi, malgré ma petitesse, A Dieu je donnai ma tendresse; Et de mon cœur s'échappa la promesse D'épouser le Roi des élus, Jésus.

J'aimais, au printemps de ma vie, Saint Joseph, la Vierge Marie; Déjà mon âme se plongeait ravie Quand se reflétaient dans mes yeux Les cieux!

J'aimais les champs de blé, la plaine, J'aimais la colline lointaine; Dans mon bonheur, je respirais à peine. En moissonnant avec mes sœurs, Les fleurs.

J'aimais à cueillir les herbettes, Les bluets, toutes les fleurettes; Je trouvais le parfum des violettes Et surtout celui des coucous Bien doux.

J'aimais la pâquerette blanche, Les promenades du dimanche, L'oiseau léger gazouillant sur la branche, Et l'azur toujours radieux Des cieux.

J'aimais à poser chaque année Mon soulier dans la cheminée; Accourant dès que j'étais éveillée, Je chantais la fête du ciel: Noël!

De maman, j'aimais le sourire, Son regard profond semblait dire: «L'éternité me ravit et m'attire, «Je vais aller dans le ciel bleu «Voir Dieu!

«Je vais trouver dans la patrie «_Mes anges_, la Vierge Marie. «De mes enfants que je laisse en la vie, «A Jésus j'offrirai les pleurs, «Les cœurs!»

Oh! que j'aimais Jésus-Hostie Qui vint, au matin de ma vie, Se fiancer à mon âme ravie! Oh! que j'ouvris avec bonheur Mon cœur!

J'aimais encore, au belvédère Inondé de vive lumière, A recevoir les doux baisers d'un père, A caresser ses blancs cheveux Neigeux.

Sur ses genoux, étant placée Avec Thérèse, à la veillée, Je m'en souviens, j'étais longtemps bercée. J'entends encor, de son doux chant, L'accent.

O souvenir! tu me reposes. Tu me rappelles bien des choses... Les repas du soir, le parfum des roses, Les Buissonnets pleins de gaîté L'été.

A l'heure où tout vain bruit s'apaise, J'aimais à confondre à mon aise Mon âme avec celle de ma Thérèse; Je ne formais avec ma sœur Qu'un cœur!

Alors nos voix étaient mêlées, Nos mains, l'une à l'autre enchaînées; Ensemble, chantant les noces sacrées, Déjà nous rêvions le Carmel, Le ciel!

De la Suisse et de l'Italie, Ciel bleu, fruits d'or m'avaient ravie. J'aimai surtout le regard plein de vie Du saint Vieillard, Pontife-Roi, Sur moi.

Avec amour je t'ai baisée, Terre sainte du Colysée! Des Catacombes la voûte sacrée A répété bien doucement Mon chant.

Mon bonheur fut suivi de larmes; Bien grandes furent mes alarmes! De mon Epoux je revêtis les armes, Et sa croix devint mon soutien, Mon bien.

Alors j'aimais, fuyant le monde, Que l'Echo lointain me réponde; En la vallée ombragée et féconde Je cueillais, à travers mes pleurs, Les fleurs.

J'aimais, de la lointaine église, Entendre la cloche indécise. Pour écouter les soupirs de la brise, Dans les champs j'aimais à m'asseoir Le soir.

J'aimais le vol des hirondelles, Le chant plaintif des tourterelles; Avec plaisir j'entendais le bruit d'ailes De l'insecte au bourdonnement Bruyant.

J'aimais la perle matinale Ornant la rose de Bengale; J'aimais à voir l'abeille virginale Préparer sous les feux du ciel Le miel.

J'aimais à cueillir la bruyère; Courant sur la mousse légère, Je prenais, voltigeant sur la fougère, Les papillons au reflet pur D'azur.

J'aimais le ver luisant dans l'ombre, J'aimais les étoiles sans nombre... Surtout j'aimais l'éclat, en la nuit sombre, De la lune au disque d'argent Brillant.

A mon père, dans sa vieillesse, J'offrais l'appui de ma jeunesse...

Il m'était tout: bonheur, enfant, richesse. Ah! je l'embrassais tendrement Souvent.

Nous aimions le doux bruit de l'onde, L'éclat de l'orage qui gronde; Le soir, en la solitude profonde, Du rossignol au fond du bois La voix.

Mais un matin son beau visage Du Crucifix chercha l'image..... De son amour il me laissa le gage, Me donnant son dernier regard: Ma part!...

Et de Jésus la main divine Prit le seul trésor de Céline, Et, l'emportant bien loin de la colline, Le plaça près de l'Eternel, Au ciel!

* * * * *

Maintenant je suis prisonnière, J'ai fui les bosquets de la terre, J'ai vu que tout en elle est éphémère, J'ai vu tout mon bonheur finir, Mourir!

Sous mes pas l'herbe s'est meurtrie, La fleur en mes mains s'est flétrie... Jésus, je veux courir en ta prairie, Sur elle ne marqueront pas Mes pas.

Comme un cerf, en sa soif ardente, Soupire après l'eau jaillissante, O Jésus, vers toi j'accours défaillante: Il faut, pour calmer mes ardeurs, Tes pleurs...

C'est ton seul amour qui m'entraîne; «Mon troupeau je laisse en la plaine, «De le garder je ne prends pas la peine»; Je veux plaire à mon seul Agneau Nouveau.

Jésus, c'est toi l'Agneau que j'aime; Tu me suffis, ô Bien suprême! En toi j'ai tout: la terre et le ciel même: La fleur que je cueille, ô mon Roi, C'est toi!

Jésus, beau lis de la vallée, Ton doux parfum m'a captivée. Bouquet de myrrhe, ô corolle embaumée, Sur mon cœur je veux te garder, T'aimer!

Toujours ton amour m'accompagne; En toi j'ai les bois, la campagne, J'ai les roseaux, la lointaine montagne, La pluie et les flocons neigeux Des cieux.

En toi, Jésus, j'ai toutes choses, J'ai les blés, les fleurs demi-closes, Myosotis, boutons d'or, belles roses; Du blanc muguet, j'ai la fraîcheur, L'odeur.

J'ai la lyre mélodieuse, La solitude harmonieuse, Fleuves, rochers, cascade gracieuse, Le doux murmure du ruisseau, L'oiseau.

J'ai l'arc-en-ciel, j'ai l'aube pure, Le vaste horizon, la verdure; J'ai l'île étrangère et la moisson mûre, Les papillons, le gai printemps, Les champs.

En ton amour je trouve encore Les palmiers que le soleil dore, La nuit pareille au lever de l'aurore; En toi je trouve pour jamais La paix!

J'ai les grappes délicieuses, Les libellules gracieuses, La forêt vierge aux fleurs mystérieuses; J'ai tous les blonds petits enfants, Leurs chants.

En toi j'ai sources et collines, Lianes, pervenche, aubépines, Frais nénuphars, chèvrefeuille, églantines, Le frisilis du peuplier Léger.

J'ai l'avoine folle et tremblante, Des vents la voix grave et puissante, Le fil de la Vierge et la flamme ardente, Le zéphir, les buissons fleuris, Les nids.

En toi j'ai la colombe pure; En toi, sous ma robe de bure, Je trouve joyaux et riche parure, Colliers, bagues et diamants Brillants.

J'ai le beau lac, j'ai la vallée Solitaire et toute boisée; De l'Océan j'ai la vague argentée, Perles, corail, trésors divers Des mers.

J'ai le vaisseau fuyant la plage, Le sillon d'or et le rivage; J'ai, du soleil festonnant le nuage Alors qu'il disparaît des cieux, Les feux.

En toi j'ai la brillante étoile; Souvent ton amour se dévoile, Et j'aperçois comme à travers un voile, Quand le jour est sur son déclin, Ta main!

O toi qui soutiens tous les mondes! Qui plantes les forêts profondes; D'un seul coup d'œil, toi qui les rends fécondes, Tu me suis d'un regard d'amour Toujours!

J'ai ton Cœur, ta Face adorée, _De ta flèche je suis blessée_... J'ai le baiser de ta bouche sacrée, Je t'aime et ne veux rien de plus, Jésus!

J'irai chanter avec les Anges De l'amour sacré les louanges... Fais-moi voler bientôt en leurs phalanges. _O Jésus, que je meure un jour D'amour!_

Attiré par sa transparence, Vers le feu l'insecte s'élance; Ainsi ton amour est mon espérance, C'est en lui que je veux voler, Brûler...

Je l'entends déjà qui s'apprête, Mon Dieu, ton éternelle fête! Aux saules, prenant ma harpe muette, Sur tes genoux je vais m'asseoir, Te voir!

Près de toi, je vais voir Marie, Les Saints, ma famille chérie; Je vais, après l'exil de cette vie, Retrouver le toit paternel Au ciel...

28 avril 1895.

Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur.

Armoiries de Jésus et de Thérèse[267].

[Illustration: JHS FMT

L'AMOUR NE SE PAIE QUE PAR L'AMOUR]

_Jours de grâces accordés par le Seigneur à sa petite épouse._

Naissance: 2 janvier 1873.--Baptême: 4 janvier 1873.--Sourire de la sainte Vierge: 10 mai 1883.--Première Communion: 8 mai 1884.--Confirmation: 14 juin 1884.--Conversion: 25 décembre 1886.--Audience de Léon XIII: 20 novembre 1887.--Entrée au Carmel: 9 avril 1888.--Prise d'Habit: 10 janvier 1889.--Profession: 8 septembre 1890.--Prise de Voile: 24 septembre 1890.--Offrande de moi-même à l'Amour: 9 juin 1895.

EXPLICATION DES ARMOIRIES

Le blason J.H.S.† est celui que Jésus a daigné apporter en dot à sa pauvre petite épouse, l'appelant Thérèse de l'_Enfant-Jésus_ et de la _Sainte Face_. Ce sont là ses titres de noblesse, sa richesse et son espérance.--La vigne qui sépare le blason est encore la figure de Celui qui daigna nous dire: «_Je suis la vigne et vous êtes les branches; je veux que vous me rapportiez beaucoup de fruit_[268].» Les deux rameaux, entourant l'un la Sainte Face, l'autre le petit Jésus, sont l'image de Thérèse qui n'a qu'un désir ici-bas, celui de s'offrir comme une petite grappe de raisin pour rafraîchir Jésus-Enfant, l'amuser, se laisser presser par lui au gré de ses caprices... et puis étancher aussi la soif ardente qu'il ressentit pendant sa Passion. La harpe représente encore Thérèse qui veut chanter sans cesse à Jésus des mélodies d'amour.

Le blason FMT† est celui de Marie-Françoise-Thérèse, la petite fleur de la sainte Vierge; aussi cette petite fleur est-elle représentée recevant les rayons bienfaisants de la douce Etoile du matin.--La terre verdoyante, c'est la famille bénie au sein de laquelle la fleurette a grandi. Plus loin se voit la montagne du Carmel, où Thérèse figure en ses armoiries le dard enflammé de l'amour qui doit lui mériter la palme du martyre.

Mais elle n'oublie pas qu'elle n'est qu'un faible roseau; aussi l'a-t-elle placé sur son blason. Le triangle lumineux représente l'adorable Trinité qui ne cesse de répandre ses dons inestimables sur l'âme de la petite Thérèse; aussi, dans sa reconnaissance, n'oubliera-t-elle jamais cette devise:

«_L'amour ne se paie que par l'amour._»

_Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face_.

QUELQUES-UNES

_Des Grâces et Guérisons_

ATTRIBUÉES A L'INTERCESSION

DE LA SERVANTE DE DIEU

THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS

ET DE LA SAINTE FACE

Récit de son exhumation.

Bayeux, le 4 janvier 1911.

Nous, Evêque de Bayeux, sur le rapport qui Nous a été fait, autorisons d'imprimer en appendice à la _Vie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus écrite par elle-même_, la relation des grâces et guérisons attribuées à l'intercession de la Servante de Dieu et publiée sous le titre: _Pluie de Roses._

Nous autorisons pareillement l'adjonction du récit qui Nous a été soumis de l'exhumation des restes de la Servante de Dieu, au cimetière de Lisieux.

† THOMAS, _Ev. de Bayeux et Lisieux_.

AVERTISSEMENT

Ces pages ne sont pas destinées à publier tous les bienfaits de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, mais seulement à en désigner quelques-uns à l'attention du pieux lecteur.

Les faveurs de tout genre attribuées à son intercession se multiplient d'une manière toujours plus rapide et plus universelle, comme on le verra dans ce premier recueil et dans un second opuscule: _Pluie de Roses, II._

Ce second opuscule, contrairement à celui-ci, ne peut trouver place à la fin de l'«HISTOIRE D'UNE AME».

* * * * *

Il ne sera parlé qu'incidemment des parfums. Les personnes qui ont été favorisées de ces émanations mystérieuses sont en très grand nombre. Il ne se passe guère de jour sans qu'il en soit question dans le volumineux courrier concernant la Servante de Dieu. Sur sa tombe et dans l'intérieur de son monastère les mêmes manifestations ne cessent de se produire.

Pluie de Roses.

I

JE VEUX PASSER MON CIEL A FAIRE DU BIEN SUR LA TERRE.

APRÈS MA MORT, JE FERAI TOMBER UNE PLUIE DE ROSES.

(Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.)

1.

Monastère des Carmes Déchaussés, Wadourie, Autriche (Gallicie), 9 octobre 1902.

_Réparation_.

TRÈS RÉVÉRENDE MÈRE,

L'inscription placée en tête de cette lettre indique mon devoir de réparer une faute commise par moi envers votre petite sainte, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Il y a deux ou trois ans, quand on me présenta le manuscrit, avec traduction en langue polonaise de la vie de cette petite fleur du Carmel, je me suis permis de faire la remarque que la langue de notre pays ne sied aucunement au style de l'original, et que la lecture ne causerait que du dégoût. C'était comme mettre un frein à l'apostolat de cette élue de Dieu. Elle a dû prendre cela à cœur; et, en revanche, non seulement a su agir de manière que la dite traduction fût mise au jour, mais, de plus, s'est prise directement à ma personne.

Il y a une huitaine de jours, je suis rentré à la cellule, l'âme toute ballottée par les flots d'une mer orageuse de peines intérieures, et ne sachant où trouver refuge pour s'abriter. Voilà que mon regard s'arrête sur le livre français de la vie de la _sœur vengeresse_... Je l'ouvre, et je tombe sur la poésie: «VIVRE D'AMOUR.»

Soudain, l'orage s'apaise, le calme revient, quelque chose d'ineffable envahit tout mon être et me transforme de fond en comble. Ce cantique fut donc pour moi la barque de sauvetage: l'aimable sœur s'étant offerte pour pilote.

Je dois donc constater aujourd'hui que la promesse: «_Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre... Après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses_», s'est réalisée en vérité.

Fr. RAPHAEL DE ST-JOSEPH, _Carm. Déch.,

Vicaire-Provincial_.

(Le R. P. Raphaël Kalinowski mourut en odeur de sainteté, en l'année 1907. Sa cause de béatification est soumise à la sainte Eglise.)

2.

Marnes-la-Coquette (Seine-et-Oise), 10 novembre 1902.

Mme Héloïse Debossu, habitant à Reims, actuellement 9, rue Luiquet, et précédemment 5, avenue de Laon, souffrait depuis une dizaine d'années d'une tumeur fibreuse, située du côté gauche, un peu au-dessous des côtes. De nombreux médecins consultés réclamaient avec instance une opération, devenant chaque jour plus urgente. La malade ne voulut jamais y consentir. En désespoir de cause, elle fut soumise à divers traitements de massage et d'électricité qui ne lui procurèrent qu'un soulagement très passager. Au mois de janvier 1901, son état s'aggrava tellement qu'elle dut garder la chambre et même le lit à peu près continuellement. La maigreur et les souffrances étaient devenues effrayantes. Au mois de septembre, une péritonite venait même de se déclarer. C'est alors que, désespérant du côté de la terre, j'envoyai à la pauvre malade un sachet de cheveux de la chère et vénérée petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, en l'engageant à s'unir à une neuvaine que j'allais demander à votre Carmel. Le résultat ne se fit pas attendre. Le dernier jour de la neuvaine, la malade, guérie de sa tumeur, pouvait se rendre à sa paroisse et y faire la sainte communion en action de grâces. Depuis, ses forces n'ont fait qu'aller en augmentant. Sa figure annonce une santé parfaite, et sa maigreur a fait place à un embonpoint et à une fraîcheur de teint qui ne laissent aucun doute sur sa guérison. Tous ceux qui connaissent cette personne, qui l'ont vue si malade et si désespérée, s'accordent à proclamer la chère petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus comme l'agent merveilleux de sa guérison.

Voilà, ma Révérende Mère, simplement, sans phrases et sans exagération, l'entière et sincère vérité. Aussi, impossible de vous dire la reconnaissance de Mme Debossu pour son incomparable bienfaitrice.

Cinq ans après: 23 février 1907.

Je soussigné certifie que Mme Héloïse Debossu, née Dauphinot, qui fut guérie à la suite d'une neuvaine faite à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face, décédée au Carmel de Lisieux en 1897, a continué depuis 1902 à jouir d'une excellente santé et qu'elle demeure convaincue que sa guérison, aussi prompte que complète, est due entièrement et uniquement à l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face.

Les médecins l'avaient condamnée et, même avec une opération, ne répondaient pas de sa guérison. Elle n'a pas été opérée et, à la fin de la neuvaine, elle qui gardait le lit depuis de longs mois, elle allait à pied communier à l'église de sa paroisse.

En foi de quoi, je signe la présente attestation.

L'abbé D. PETIT,

_Ancien directeur du Séminaire de Versailles, actuellement curé de Marnes-la-Coquette_[269].

3.

Marnes-la-Coquette (Seine-et-Oise), 23 janvier 1903.

Une dame Jouanne, mariée à un jardinier, et mère de deux enfants dont l'aîné a dix ans, eut à subir, il y a plus d'un an, une opération pour une double hernie étranglée. Elle faillit y laisser la vie. Depuis elle pouvait à peine se traîner, et sa maigreur était extrême. Il y a trois semaines environ, cette femme est retombée gravement malade d'une appendicite compliquée d'une péritonite complète. Les médecins déclarent qu'elle est perdue. Un matin de la semaine dernière, le mari se précipite chez moi: «Venez vite, Monsieur le Curé, elle se meurt.» Un grand chirurgien de Paris, celui-là même qui précédemment l'avait opérée de sa double hernie, appelé par son confrère de Ville-d'Avray, était venu la veille pour tenter une opération. La malade avait été endormie. On lui ouvre le ventre, mais on se trouve en présence de tels abcès et de pus répandu, que vite on renonce à toute opération et qu'après quelques points de suture, pour rejoindre tant bien que mal les bords de la plaie, on déclare qu'elle n'a plus que quelques heures à vivre, un jour ou deux tout au plus.

J'arrive promptement. La malade ne pouvait plus parler, avait le teint cadavérique, était glacée et semblait ne plus avoir qu'un souffle. Elle gardait cependant sa connaissance. Je lui adresse du fond du cœur quelques mots, je lui recommande de se mettre intérieurement sous la protection de notre bien-aimée petite Thérèse, puis je lui donne l'absolution et l'indulgence de la bonne mort. J'avais oublié les Saintes Huiles, peut-être par une permission de Dieu.

La religieuse qui était près d'elle déclarait qu'elle baissait de minute en minute. Alors je glisse, en la prévenant, sous le traversin de la malade, un sachet renfermant des feuilles de roses dont Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus avait caressé son crucifix.

Le même jour, les vomissements, qui depuis six jours étaient continuels, cessaient entièrement; le surlendemain, les médecins déclaraient qu'elle était hors de danger et lui permettaient des aliments. Cinq jours après, le mari venait me dire et la joie de la malade et toute sa reconnaissance pour la chère petite sainte.

Vous le voyez, ma Révérende Mère, un rien qu'a touché cet ange a une valeur et une vertu inexprimables...

Du même, 23 juillet 1907.

M{me} Jouanne, femme du jardinier, guérie miraculeusement, il y a près de cinq ans, par S{r} Thérèse de l'Enfant-Jésus, n'habite plus depuis longtemps déjà ma paroisse; elle demeure actuellement à Versailles. Je l'ai revue plusieurs fois en parfaite santé; elle conserve pour notre chère petite sainte la plus vive et la plus durable reconnaissance. Comme moi, elle attribue uniquement sa guérison si surprenante, si éclatante et si subite à la relique de S{r} Thérèse. Tous les détails que je vous ai donnés au moment de sa guérison sont de la plus exacte vérité et je les confirme de nouveau en son nom et au mien par la présente.

L'abbé D. PETIT,

_Curé de Marnes-la-Coquette_.

4.

T. (Morbihan), 28 mai 1903.

Que je l'aime, cette petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus! Combien de fois n'est-elle pas venue à mon secours dans les luttes acharnées, et pour ainsi dire corps à corps, que me livre l'enfer contre la sainte vertu! Je ne puis les nombrer. Hélas! ma bonne Mère, depuis trente ans, je subis ce martyre. J'ai soixante ans passés, et l'ennemi est toujours sur la brèche. La mort me serait préférable mille fois à ces luttes journalières. Mon auxiliaire de tous les jours, de tous les instants a été notre bonne Mère du Ciel. Mais depuis cinq ou six mois, la Très Sainte Vierge m'a confié à votre chère sainte que j'aime autant et plus que si j'étais son frère.

Et le bien qu'elle m'a fait, je serais prêt à en rendre témoignage 'devant quelque tribunal que ce soit, quand viendra le moment où l'Eglise s'occupera d'elle.

Je ne puis que vous engager, ma bonne Mère, à exhorter les âmes que vous sauriez soumises à cette épreuve humiliante de s'adresser à cette chère petite bienheureuse.

R. P. Eugène (décédé).

5.

N. (Meurthe-et-Moselle), 7 mai 1905.

Une jeune fille de dix-neuf ans, très chère à ma famille, était atteinte de l'appendicite. Quand les médecins s'aperçurent du mal, il était déjà trop tard. Cependant, après avoir longtemps hésité, l'opération fut décidée; mais la gangrène s'était déjà étendue aux parties environnantes, et l'opération dut être écourtée. Huit jours après, la pauvre jeune fille était à toute extrémité, et on n'attendait plus qu'un dénouement prochain. De plus, une fissure s'était produite dans l'intestin et avait singulièrement compliqué le cas: bref, suivant toutes les prévisions humaines, tout espoir était perdu.

Je m'empressai de porter à la mourante ce que j'avais de plus cher; des cheveux de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et une neuvaine fut commencée. Deux jours après, subitement, la fissure se ferma; et, depuis ce moment, le mieux a continué, si bien et si vite que la chère malade est absolument hors de danger, se lève plusieurs heures par jour et n'a plus qu'à reprendre des forces.

L'étonnement des médecins ne peut s'exprimer. «Je vous avoue, disait le chirurgien en chef, que je n'avais jamais eu le moindre espoir, je la croyais bien perdue... Cette guérison est un phénomène, c'est à n'y rien comprendre!»

Nous, ma Révérende Mère, nous comprenons bien!

R. P. M. R.

6.

Cracovie (Autriche), 19 mai 1906.

Le frère Ignace Boron, coadjuteur de notre Compagnie de Jésus, souffrait cruellement de pierres dans le foie, depuis Noël 1905 jusqu'au 20 mars de cette année. Deux médecins, professeurs de l'Université, MM. P. et D., avaient déclaré le mal incurable.

Le professeur K., célèbre chirurgien, disait qu'une opération était indispensable.

Après avoir fait inutilement plusieurs neuvaines, nous en avons commencé une au Sacré-Cœur et à la très sainte Vierge par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus de Lisieux. Le deuxième jour de la neuvaine, le frère eut une crise, et le troisième, il se leva complètement guéri, au grand étonnement des docteurs qui déclarèrent le fait inconnu à la médecine.

R. P. K., S. J.

Carmel de Cracovie, 20 mai 1906.

Le 19 mai, le R. P. K. est venu dire chez nous une messe d'action de grâces, où le frère Boron a communié. Ce dernier a dit qu'il se sent tout rajeuni, tout renouvelé, et mieux portant qu'il ne l'a jamais été.

7.

Nancy (Meurthe-et-Moselle), 11 septembre 1906.

Gabrielle-Marie-Antoinette Barroyer, née le 4 août 1896, est tombée malade en décembre 1900. Des suites d'un fort rhume et d'une rougeole infectieuse lui est venue la terrible maladie appelée tuberculose. Du nez et des yeux, il sortait un pus dont l'odeur nauséabonde était si repoussante qu'il fallait vraiment la tendresse et le dévouement de ses parents pour procéder au nettoyage si minutieux de ces parties malades.

En mars et avril 1901, le mal empira et le péritoine se contamina comme les yeux et le nez; le ventre devint très gros et très dur: il se couvrit de boutons énormes d'où s'écoulait également du pus. La petite malade eut des crises très violentes qui formèrent des nœuds sur le dessus de la main droite et au pied gauche. C'était la tuberculose qui gagnait les extrémités. A partir de ce jour, on ne put lever la pauvre enfant que pour la mettre dans une longue voiture, où elle passait ses journées au grand air, dans le jardin.

Vers la fin de cette année 1901, les douleurs des yeux, du nez et du ventre semblèrent diminuer d'intensité; mais les grosseurs, celle de la main droite surtout, augmentèrent d'une manière effrayante. Le docteur nous dit que c'était la tuberculose qui se localisait, qu'il fallait absolument une opération.

Après avoir au préalable essayé toutes sortes de remèdes sans aucun résultat, l'opération fut fixée au mois de mai 1902; elle réussit bien, mais la maladie était restée; et, après de grandes souffrances, la grosseur reparut avec une nouvelle vigueur, un peu en dessous de l'ancienne.--En avril 1903, on recommença de nouveau l'opération, on enleva un petit bout de l'os du dessus de la main, os fonctionnant avec le grand doigt et qui se putréfiait; mais on ne fut pas plus heureux que la première fois; et, toujours après quantité de soins de toute nature, on recommença une troisième opération en mars 1904. Ce fut en vain; le mal revint ensuite, plus intense encore que les fois précédentes; on brûla, pendant de longues séances, au crayon de nitrate d'argent; rien ne fit.

Un jour, je demandai à voir la main de ma pauvre petite fille, on refusa d'abord, puis on céda enfin à mes instances; mais quelle douleur j'éprouvai à ce triste spectacle: on aurait dit deux énormes lèvres d'un bleu noirâtre, toutes tuméfiées. Ce jour-là, on m'avoua qu'il fallait recommencer un quatrième grattage de l'os. Il faut être mère pour comprendre tout ce que renfermait d'inquiétudes pour nous le sort de notre chère enfant.

Quand enfin mon cher cousin, M. l'abbé Renard, touché de notre affliction, ému de voir souffrir ainsi ce petit ange, nous proposa de faire une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Nous acceptâmes cette nouvelle espérance, car depuis longtemps nous avions adressé neuvaines sur neuvaines à différents saints de notre choix; mais Dieu voulait se manifester pour la gloire et l'honneur de sa jeune et si dévouée servante, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Mon cousin nous apporta une relique de cette angélique sœur, et chaque soir, pendant la neuvaine, nous l'appliquions sur la main malade. Est-il besoin de dire la foi, l'espérance que nous avions en adressant notre prière à Dieu par l'intercession de sa fidèle épouse? Mais ce n'est pas à nos prières seulement que nous devons d'avoir fléchi le bon Dieu; mon cher cousin priait et faisait prier légion de belles âmes avec nous.

Dès le quatrième jour de la neuvaine, un mieux très sensible fut constaté par le médecin et on conclut que l'opération ne serait peut-être pas nécessaire. Le huitième jour, nouvelle visite du docteur; non seulement le mieux se maintenait, mais cette fois, il nous dit qu'on n'opérerait pas. La bonne sœur Charles, qui soignait ma petite fille, me demanda ce que nous faisions, car la rapidité de cette belle amélioration l'avait frappée. Nous lui donnâmes notre recette. «Ah! ne vous arrêtez pas, nous dit-elle, et faites une autre neuvaine, je me joindrai à vous.» Nous recommençâmes immédiatement une autre supplique, dans les mêmes conditions que la précédente. A la fin de cette seconde requête, ma petite Gabrielle fut guérie complètement. Je lui laissai néanmoins un petit linge sur la main pendant une partie du mois de juillet de la même année 1904, parce que la peau reformée était encore trop fine, mais, après cela, je lui laissai la main libre, et depuis elle se fortifie et l'enfant aussi.

Nous gardons une profonde reconnaissance à Dieu et à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, que nous continuons d'invoquer en notre particulier, en attendant que nous puissions la prier comme une sainte.

E. BARROYER.

8.

P. R. (Bretagne), 7 janvier 1907.

Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus vient de m'accorder une grâce inespérée de conversion.

A la fin d'une neuvaine à cette petite sainte, une femme âgée, en état de péché mortel dès avant sa première Communion qui fut mauvaise, après une vie toute de désordres, de scandales et de sacrilèges, s'est sentie prise d'un tel repentir, après avoir contemplé cinq minutes au plus l'image de la Sainte Face, peinte par une de vos sœurs, qu'elle a fondu en larmes et a voulu faire au plus tôt sa confession générale. Vous dire son bonheur actuel et sa reconnaissance envers Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus est chose impossible.

9.

R. (Bretagne), 11 janvier 1907.

Au mois de juillet dernier, ma santé, déjà ébranlée par une longue maladie d'estomac, me laissa dans un état de langueur difficile à décrire; j'étais devenue si maigre qu'il me fut bientôt impossible de faire un mouvement.

Je m'alitai le 20 juillet, et, depuis ce jour, incapable même de soulever ma tête sur l'oreiller, je fus obligée de me confier complètement aux religieuses qui me soignaient. Cependant, mon état s'aggravait encore: mon bras droit, devenu paralysé, me refusait tout service; et les médecins me condamnèrent.

Ma sœur aînée, Carmélite à A., eut la pensée d'invoquer la sainte Vierge, par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, pour obtenir ma guérison. Deux neuvaines successives n'amenèrent aucune amélioration. Enfin, nous commençâmes une troisième neuvaine, et la Prieure des Carmélites m'envoya une relique de la robe de Sr Thérèse, m'engageant à la porter sur moi. Pendant cette troisième neuvaine, mon état devint plus alarmant, les médecins, perdant tout espoir, cessèrent leurs visites; mes parents et les autres personnes qui m'entouraient reconnurent que c'était la fin. Je reçus l'extrême-onction le 29 août au soir; et, dans la pensée de chacun, tout devait être fini le lendemain matin.

Ma mère eut cependant un dernier espoir; elle écrivit aussitôt au sanctuaire de Notre-Dame des Victoires pour demander une messe. Nous recourions ainsi de nouveau à la sainte Vierge, toujours par l'entremise de la petite Sr Thérèse.

La messe fut célébrée le lendemain à 10 h. 1/2; pendant ce temps les supplications redoublèrent, et cette fois le ciel se laissa fléchir. Pendant la messe, une vigueur toute nouvelle me transforma: Sr Thérèse, le dernier jour de la troisième neuvaine, exauçait enfin nos prières en me guérissant.

MARIE-THÉRÈSE L. (22 ans).

10.

Carmel de Nîmes exilé à Florence, Italie, 3 avril 1907.

Avec quel bonheur je viens vous dire le miracle opéré par notre angélique Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Aidez-nous à lui dire merci! Oh! qu'elle est puissante, ma Mère!

Sr Joséphine, l'une de nos sœurs converses, fut atteinte, le 18 janvier 1907, d'une pneumonie déclarée infectieuse. En quatre jours, elle fut à toute extrémité, la fièvre montait à 43°.

Aussitôt que je compris la gravité du mal, je m'adressai avec une confiance inébranlable à l'ange de Lisieux; je plaçai son image au chevet du lit de la malade qui, elle, ne désirait pas guérir.

Cependant, le sixième jour de la maladie, le docteur ne nous laissa plus aucun espoir, et nous avertit de lui faire recevoir les derniers sacrements, craignant un dénouement fatal pour le lendemain.

Je voulus passer cette dernière nuit auprès de notre chère enfant: mais nos sœurs m'obligèrent à aller prendre un peu de repos, ce que je fis pour ne pas les contrister, mais en redoublant mes instantes prières à notre sœur du Ciel.

Vers 2 heures du matin, je fus réveillée par une force mystérieuse, j'avais l'intuition que notre Sr Joséphine était à l'agonie. J'accourus immédiatement et la trouvai, en effet, sur le point de rendre le dernier soupir, elle était noire... les yeux vitrés... D'une voix étouffée elle balbutia: «Ma Mère, je ne puis pas mourir!»

Je dis à la Mère Sous-Prieure qui me pressait de faire les prières des agonisants: «Non, la petite Thérèse la guérira», et je récitai le Credo avec toute l'énergie de ma foi. J'avais dans l'âme une sorte de saisissement, comme si notre petite S' Thérèse de l'Enfant-Jésus m'eût touchée, pour me signifier que le miracle était obtenu. Et je crus à cette touche inoubliable et je dis tout haut: «S' Joséphine est sauvée!» Elle l'était, en effet. La crise de suffocation s'apaisa, les yeux reprirent de la vie et de l'éclat. Le lendemain, le docteur vint constater lui-même la résurrection de celle dont il croyait constater la mort. A plusieurs reprises, il s'écria: «C'est un miracle! oui, c'est bien un miracle.»

Et maintenant, ma Révérende Mère, que vous dirai-je? Jusqu'à mon dernier soupir, ces souvenirs resteront gravés dans mon cœur pour en rendre grâce à Dieu.

Sr M., _prieure_.

Suit le certificat du médecin.

11.

Dinan (Côtes-du-Nord), 7 mai 1907.

Au mois de juin 1902, le jour de la Fête-Dieu, ma mère, souffrante depuis le matin, fut obligée de se coucher.

Nous croyions à une grippe, mais, le lendemain et les jours suivants, elle fut très malade. Le docteur vint chaque jour pendant plusieurs semaines, essayant de tout et ne voyant pas de quelle nature pouvait être la maladie. Il était impossible de faire prendre à ma mère aucune nourriture, les œufs l'empoisonnaient. Elle était arrivée à un tel état de faiblesse que le docteur ne put nous cacher la gravité du mal. Un second médecin fut alors appelé. Tous deux disaient: «Elle se meurt.»

Madame la Supérieure de l'hospice de Dinan, très dévouée à ma famille, ne nous cachait pas son extrême inquiétude. Un jour, la sœur qui soignait ma mère nous appela en toute hâte. Nous montâmes, mon frère et moi. Maman n'avait plus de connaissance, ses yeux étaient vitrés. Epouvantés, nous envoyons chercher le docteur; il fit une piqûre d'éther et la connaissance revint. Depuis plusieurs jours, elle ne pouvait parler qu'avec une extrême difficulté; ce jour-là, ce fut bien pis et les crises se renouvelèrent dans l'après-midi. Enfin, le soir, vers 8 h. 1/2, une dernière faiblesse survint. Quand la violence de la crise fut un peu calmée, la connaissance ne revenant pas, Monsieur l'Aumônier de l'hospice apporta les Saintes Huiles. Mon frère et moi, nous étions comme fous de douleur. Alors, je me rappelle que nous avions une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus: c'étaient des cheveux. Je la mets au cou de maman: immédiatement elle s'endort. Quelques heures après, elle se réveille, parlant parfaitement; elle me dit qu'elle était très bien. La sœur et moi n'eûmes pas un instant de doute, ce n'était pas un mieux trompeur. Maman était guérie. Le lendemain elle s'est levée, a voulu manger des œufs; je ne les lui donnai qu'en tremblant, mais ils ne lui firent aucun mal. Le docteur vint encore pendant plusieurs jours, car il ne voulait pas croire à cette guérison. Il fut bien forcé de convenir de la vérité.

Est-il nécessaire de vous dire, ma Révérende Mère, quels furent notre bonheur et notre reconnaissance.

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