Michel Strogoff (page 9)
« À quelle heure arriverons-nous au sommet du col ? demanda Michel Strogoff à l’iemschik.
— À une heure du matin… si nous y arrivons ! répondit celui-ci en secouant la tête.
— Dis donc, l’ami, tu n’en es pas à ton premier orage dans la montagne, n’est-ce pas ?
— Non, et fasse Dieu que celui-ci ne soit pas mon dernier !
— As-tu donc peur ?
— Je n’ai pas peur, mais je te répète que tu as eu tort de partir.
— J’aurais eu plus grand tort de rester.
— Va donc, mes pigeons ! » répliqua l’iemschik, en homme qui n’est pas là pour discuter, mais pour obéir.
En ce moment, un frémissement lointain se fit entendre. C’était comme un millier de sifflements aigus et assourdissants, qui traversaient l’atmosphère, calme jusqu’alors. À la lueur d’un éblouissant éclair qui fut presque aussitôt suivi d’un éclat de tonnerre terrible, Michel Strogoff aperçut de grands pins qui se tordaient sur une cime. Le vent se déchaînait, mais il ne troublait encore que les hautes couches de l’air. Quelques bruits secs indiquèrent que certains arbres, vieux ou mal enracinés, n’avaient pu résister à la première attaque de la bourrasque. Une avalanche de troncs brisés traversa la route, après avoir formidablement rebondi sur les rocs, et alla se perdre dans l’abîme de gauche, à deux cents pas en avant du tarentass.
Les chevaux s’étaient arrêtés court.
« Va donc, mes jolies colombes ! » cria l’iemschik en mêlant les claquements de son fouet aux roulements du tonnerre.
Michel Strogoff saisit la main de Nadia.
« Dors-tu, sœur ? lui demanda-t-il.
— Non, frère.
« Sois prête à tout. Voici l’orage ! »
— Sois prête à tout. Voici l’orage !
— Je suis prête. »
Michel Strogoff n’eut que le temps de fermer les rideaux de cuir du tarentass.
La bourrasque arrivait en foudre.
L’iemschik, sautant de son siége, se jeta à la tête de ses chevaux, afin de les maintenir, car un immense danger menaçait tout l’attelage.
En effet, le tarentass, immobile, se trouvait alors à un tournant de la route par lequel débouchait la bourrasque. Il fallait donc le tenir tête au vent, sans quoi, pris de côté, il eût immanquablement chaviré et eût été précipité dans un profond abîme que le chemin côtoyait sur la gauche. Les chevaux, repoussés par les rafales, se cabraient, et leur conducteur ne pouvait parvenir à les calmer. Aux interpellations amicales avaient succédé dans sa bouche les qualifications les plus insultantes. Rien n’y faisait. Les malheureuses bêtes, aveuglées par les décharges électriques, épouvantées par les éclats incessants de la foudre, qui étaient comparables à des détonations d’artillerie, menaçaient de briser leurs traits et de s’enfuir. L’iemschik n’était plus maître de son attelage.
Il parvint, non sans peine, à maîtriser les chevaux.
À ce moment, Michel Strogoff, s’élançant d’un bond hors du tarentass, lui vint en aide. Doué d’une force peu commune, il parvint, non sans peine, à maîtriser les chevaux.
Mais la furie de l’ouragan redoublait alors. La route, en cet endroit, s’évasait en forme d’entonnoir et laissait la bourrasque s’y engouffrer, comme elle eût fait dans ces manches d’aération tendues au vent à bord des steamers. En même temps, une avalanche de pierres et de troncs d’arbres commençait à rouler du haut des talus.
« Nous ne pouvons rester ici, dit Michel Strogoff.
— Nous n’y resterons pas non plus ! s’écria l’iemschik, tout effaré, en se raidissant de toutes ses forces contre cet effroyable déplacement des couches d’air. L’ouragan aura bientôt fait de nous envoyer au bas de la montagne, et par le plus court !
— Prends le cheval de droite, poltron ! répondit Michel Strogoff. Moi, je réponds de celui de gauche ! »
Un nouvel assaut de la rafale interrompit Michel Strogoff. Le conducteur et lui durent se courber jusqu’à terre pour ne pas être renversés ; mais la voiture, malgré leurs efforts et ceux des chevaux qu’ils maintenaient debout au vent, recula de plusieurs longueurs, et, sans un tronc d’arbre qui l’arrêta, elle était précipitée hors de la route.
« N’aie pas peur, Nadia ! cria Michel Strogoff.
— Je n’ai pas peur, » répondit la jeune Livonienne, sans que sa voix trahît la moindre émotion.
Les roulements de tonnerre avaient cessé un instant, et l’effroyable bourrasque, après avoir franchi le tournant, se perdait dans les profondeurs du défilé.
« Veux-tu redescendre ? dit l’iemschik.
— Non, il faut remonter ! Il faut passer ce tournant ! Plus haut, nous aurons l’abri du talus !
— Mais les chevaux refusent !
— Fais comme moi, et tire-les en avant !
— La bourrasque va revenir !
— Obéiras-tu ?
— Tu le veux !
— C’est le Père qui l’ordonne ! répondit Michel Strogoff, qui invoqua pour la première fois le nom de l’empereur, ce nom tout-puissant, maintenant, sur trois parties du monde.
— Va donc, mes hirondelles ! » s’écria l’iemschik, saisissant le cheval de droite, pendant que Michel Strogoff en faisait autant de celui de gauche.
Les chevaux, ainsi tenus, reprirent péniblement la route. Ils ne pouvaient plus se jeter de côté, et le cheval de brancard, n’étant plus tiraillé sur ses flancs, put garder le milieu du chemin. Mais, hommes et bêtes, pris debout par les rafales, ne faisaient guère trois pas sans en perdre un et quelquefois deux. Ils glissaient, ils tombaient, ils se relevaient. À ce jeu, le véhicule risquait fort de se détraquer. Si la capote n’eût pas été solidement assujettie, le tarentass eût été décoiffé du premier coup.
Michel Strogoff et l’iemschik mirent plus de deux heures à remonter cette portion du chemin, longue d’une demi-verste au plus, et qui était si directement exposée au fouet de la bourrasque. Le danger alors n’était pas seulement dans ce formidable ouragan qui luttait contre l’attelage et ses deux conducteurs, mais surtout dans cette grêle de pierres et de troncs brisés que la montagne secouait et projetait sur eux.
Soudain, un de ces blocs fut aperçu, dans l’épanouissement d’un éclair, se mouvant avec une rapidité croissante et roulant dans la direction du tarentass.
L’iemschik poussa un cri.
Michel Strogoff, d’un vigoureux coup de fouet, voulut faire avancer l’attelage, qui refusa.
Quelques pas seulement, et le bloc eût passé en arrière !…
Michel Strogoff, en un vingtième de seconde, vit à la fois le tarentass atteint, sa compagne écrasée ! Il comprit qu’il n’avait plus le temps de l’arracher vivante du véhicule !…
Mais alors, se jetant à l’arrière, trouvant dans cet immense péril une force surhumaine, le dos à l’essieu, les pieds arc-boutés au sol, il repoussa de quelques pieds la lourde voiture.
L’énorme bloc, en passant, frôla la poitrine du jeune homme et lui coupa la respiration, comme eût fait un boulet de canon, en broyant les silex de la route, qui étincelèrent au choc.
« Frère ! s’était écriée Nadia épouvantée, qui avait vu toute cette scène à la lueur de l’éclair.
— Nadia ! répondit Michel Strogoff, Nadia, ne crains rien !…
— Ce n’est pas pour moi que je pouvais craindre !
— Dieu est avec nous, sœur !
— Avec moi, bien sûr, frère, puisqu’il t’a mis sur ma route ! » murmura la jeune fille.
La poussée du tarentass, due à l’effort de Michel Strogoff, ne devait pas être perdue. Ce fut l’élan donné qui permit aux chevaux affolés de reprendre leur première direction. Traînés, pour ainsi dire, par Michel Strogoff et l’iemschik, ils remontèrent la route jusqu’à un col étroit, orienté sud et nord, où ils devaient être abrités contre les assauts directs de la tourmente. Le talus de droite faisait là une sorte de redan, dû à la saillie d’un énorme rocher qui occupait le centre d’un remous. Le vent n’y tourbillonnait donc pas, et la place y était tenable, tandis qu’à la circonférence de ce cyclone ni hommes ni chevaux n’eussent pu résister.
Et, en effet, quelques sapins, dont la cime dépassait l’arête du rocher, furent étêtés en un clin d’œil, comme si une faux gigantesque eût nivelé le talus au ras de leur ramure.
L’orage était alors dans toute sa fureur. Les éclairs emplissaient le défilé, et les éclats du tonnerre ne discontinuaient plus. Le sol, frémissant sous ces coups furieux, semblait trembler, comme si le massif de l’Oural eût été soumis à une trépidation générale.
Très-heureusement, le tarentass avait pu être, pour ainsi dire, remisé dans une profonde anfractuosité que la bourrasque ne frappait que d’écharpe. Mais il n’était pas si bien défendu que quelques contre-courants obliques, déviés par des saillies du talus, ne l’atteignissent parfois avec violence. Il se heurtait alors contre la paroi du rocher, à faire craindre qu’il ne fût brisé en mille pièces.
Nadia dut abandonner la place qu’elle y occupait. Michel Strogoff, après avoir cherché à la lueur d’une des lanternes, découvrit une excavation, due au pic de quelque mineur, et la jeune fille put s’y blottir, en attendant que le voyage pût être repris.
En ce moment, — il était une heure du matin, — la pluie commença à tomber, et bientôt les rafales, faites d’eau et de vent, acquirent une violence extrême, sans pouvoir cependant éteindre les feux du ciel. Cette complication rendait tout départ impossible.
Donc, quelle que fût l’impatience de Michel Strogoff — et l’on comprend qu’elle fût grande — il lui fallut laisser passer le plus fort de la tourmente. Arrivé d’ailleurs au col même qui franchit la route de Perm à Ekaterinbourg, il n’avait plus qu’à descendre les pentes des monts Ourals, et descendre, dans ces conditions, sur un sol raviné par les mille torrents de la montagne, au milieu des tourbillons d’air et d’eau, c’était absolument jouer sa vie, c’était courir à l’abîme.
« Attendre, c’est grave, dit alors Michel Strogoff, mais c’est sans doute éviter de plus longs retards. La violence de l’orage me fait espérer qu’il ne durera pas. Vers trois heures, le jour commencera à reparaître, et la descente, que nous ne pouvons risquer dans l’obscurité, deviendra, sinon facile, du moins possible après le lever du soleil.
— Attendons, frère, répondit Nadia, mais si tu retardes ton départ, que ce ne soit pas pour m’épargner une fatigue ou un danger !
— Nadia, je sais que tu es décidée à tout braver, mais, en nous compromettant tous deux, je risquerais plus que ma vie, plus que la tienne, je manquerais à la tâche, au devoir que j’ai avant tout à accomplir !
— Un devoir !… » murmura Nadia.
En ce moment, un violent éclair déchira le ciel, et sembla, pour ainsi dire, volatiliser la pluie. Aussitôt un coup sec retentit. L’air fut rempli d’une odeur sulfureuse, presque asphyxiante, et un bouquet de grands pins, frappé par le fluide électrique à vingt pas du tarentass, s’enflamma comme une torche gigantesque.
L’iemschik, jeté à terre par une sorte de choc en retour, se releva heureusement sans blessures.
Puis, après que les derniers roulements du tonnerre se furent perdus dans les profondeurs de la montagne, Michel Strogoff sentit la main de Nadia s’appuyer fortement sur la sienne, et il l’entendit murmurer ces mots à son oreille :
« Des cris, frère ! Écoute ! »
« Des cris, frère ! Écoute ! »
CHAPITRE XI voyageurs en détresse.
En effet, pendant cette courte accalmie, des cris se faisaient entendre vers la partie supérieure de la route, et à une distance assez rapprochée de l’anfractuosité qui abritait le tarentass.
C’était comme un appel désespéré, évidemment jeté par quelque voyageur en détresse.
Michel Strogoff, prêtant l’oreille, écoutait.
L’iemschik écoutait aussi, mais en secouant la tête, comme s’il lui eût semblé impossible de répondre à cet appel.
« Des voyageurs qui demandent du secours ! s’écria Nadia.
— S’ils ne comptent que sur nous !… répondit l’iemschik.
— Pourquoi non ? s’écria Michel Strogoff. Ce qu’ils feraient pour nous en pareille circonstance, ne devons-nous pas le faire pour eux ?
— Mais vous n’allez pas exposer la voiture et les chevaux !…
— J’irai à pied, répondit Michel Strogoff, en interrompant l’iemschik.
— Je t’accompagne, frère, dit la jeune Livonienne.
— Non, reste, Nadia. L’iemschik demeurera près de toi. Je ne veux pas le laisser seul…
— Je resterai, répondit Nadia.
— Quoi qu’il arrive, ne quitte pas cet abri !
— Tu me retrouveras là où je suis. »
Michel Strogoff serra la main de sa compagne, et, franchissant le tournant du talus, il disparut aussitôt dans l’ombre.
« Ton frère a tort, dit l’iemschik à la jeune fille.
— Il a raison, » répondit simplement Nadia.
Cependant, Michel Strogoff remontait rapidement la route. S’il avait grande hâte de porter secours à ceux qui jetaient ces cris de détresse, il avait grand désir aussi de savoir quels pouvaient être ces voyageurs que l’orage n’avait pas empêchés de s’aventurer dans la montagne, car il ne doutait pas que ce ne fussent ceux dont la télègue précédait toujours son tarentass.
Les rafales brusquement brisées…
La pluie avait cessé, mais la bourrasque redoublait de violence. Les cris, apportés par le courant atmosphérique, devenaient de plus en plus distincts. De l’endroit où Michel Strogoff avait laissé Nadia, on ne pouvait rien voir. La route était sinueuse, et la lueur des éclairs ne laissait apparaître que le saillant des talus qui coupaient le lacet du chemin. Les rafales, brusquement brisées à tous ces angles, formaient des remous difficiles à franchir, et il fallait à Michel Strogoff une force peu commune pour leur résister.
Mais il fut bientôt évident que les voyageurs, dont les cris se faisaient entendre, ne devaient plus être éloignés. Bien que Michel Strogoff ne pût encore les voir, soit qu’ils eussent été rejetés hors de la route, soit que l’obscurité les dérobât à ses regards, leurs paroles, cependant, arrivaient assez distinctement à son oreille.
Or, voici ce qu’il entendit, — ce qui ne laissa pas de lui causer une certaine surprise :
« Butor ! reviendras-tu ?
— Je te ferai knouter au prochain relais !
— Entends-tu, postillon du diable ! Eh ! là-bas !
— Voilà comme ils vous conduisent dans ce pays !…
— Et ce qu’ils appellent une télègue !
— Eh ! triple brute ! Il détale toujours et ne paraît pas s’apercevoir qu’il nous laisse en route !
— Me traiter ainsi, moi ! un Anglais accrédité ! Je me plaindrai à la chancellerie, et je le ferai pendre ! »
Celui qui parlait ainsi était véritablement dans une grosse colère. Mais tout à coup, il sembla à Michel Strogoff que le second interlocuteur prenait son parti de ce qui se passait, car l’éclat de rire le plus inattendu, au milieu d’une telle scène, retentit soudain et fut suivi de ces paroles :
« Eh bien ! non ! décidément, c’est trop drôle !
— Vous osez rire ! répondit d’un ton passablement aigre le citoyen du Royaume-Uni.
— Certes oui, cher confrère, et de bon cœur, et c’est ce que j’ai de mieux à faire ! Je vous engage à en faire autant ! Parole d’honneur, c’est trop drôle, ça ne s’est jamais vu !… »
En ce moment, un violent coup de tonnerre remplit le défilé d’un fracas effroyable, que les échos de la montagne multiplièrent dans une proportion grandiose. Puis, après que le dernier roulement se fût éteint, la voix joyeuse retentit encore, disant :
« Oui, extraordinairement drôle ! Voilà certainement qui n’arriverait pas en France !
— Ni en Angleterre ! » répondit l’Anglais.
Sur la route, largement éclairée alors par les éclairs, Michel Strogoff aperçut, à vingt pas, deux voyageurs, juchés l’un près de l’autre sur le banc de derrière d’un singulier véhicule, qui paraissait être profondément embourbé dans quelque ornière.
Michel Strogoff s’approcha des deux voyageurs, dont l’un continuait de rire et l’autre de maugréer, et il reconnut les deux correspondants de journaux, qui, embarqués sur le Caucase, avaient fait en sa compagnie la route de Nijni-Novgorod à Perm.
« Eh ! bonjour, monsieur ! s’écria le Français. Enchanté de vous voir dans cette circonstance ! Permettez-moi de vous présenter mon ennemi intime, monsieur Blount. »
Le reporter anglais salua, et peut-être allait-il, à son tour, présenter son confrère Alcide Jolivet, conformément aux règles de la politesse, quand Michel Strogoff lui dit :
« Inutile, messieurs, nous nous connaissons, puisque nous avons déjà voyagé ensemble sur le Volga.
— Ah ! très-bien ! Parfait ! monsieur… ?
— Nicolas Korpanoff, négociant d’Irkoutsk, répondit Michel Strogoff. Mais m’apprendrez-vous quelle aventure, si lamentable pour l’un, si plaisante pour l’autre, vous est arrivée ?
— Je vous fais juge, monsieur Korpanoff, répondit Alcide Jolivet. Imaginez-vous que notre postillon est parti avec l’avant-train de son infernal véhicule, nous laissant en panne sur l’arrière-train de son absurde équipage ! La pire moitié d’une télègue pour deux, plus de guide, plus de chevaux ! N’est-ce pas absolument et superlativement drôle ?
— Pas drôle du tout ! répondit l’Anglais.
— Mais si, confrère ! Vous ne savez vraiment pas prendre les choses par leur bon côté !
— Et comment, s’il vous plaît, pourrons-nous continuer notre route ? demanda Harry Blount.
— Rien n’est plus simple, répondit Alcide Jolivet. Vous allez vous atteler à ce qui nous reste de voiture ; moi, je prendrai les guides, je vous appellerai mon petit pigeon, comme un véritable iemschik, et vous marcherez comme un vrai postier !
— Monsieur Jolivet, répondit l’Anglais, cette plaisanterie passe les bornes, et…
— Soyez calme, confrère. Quand vous serez fourbu, je vous remplacerai, et vous aurez droit de me traiter d’escargot poussif ou de tortue qui se pâme, si je ne vous mène pas d’un train d’enfer ! »
Alcide Jolivet disait toutes ces choses avec une telle bonne humeur, que Michel Strogoff ne put s’empêcher de sourire.
« Messieurs, dit-il alors, il y a mieux à faire. Nous sommes arrivés, ici, au col supérieur de la chaîne de l’Oural, et, par conséquent, nous n’avons plus maintenant qu’à descendre les pentes de la montagne. Ma voiture est là, à cinq cents pas en arrière. Je vous prêterai un de mes chevaux, on l’attellera à la caisse de votre télègue, et demain, si aucun accident ne se produit, nous arriverons ensemble à Ekaterinbourg.
— Monsieur Korpanoff, répondit Alcide Jolivet, voici une proposition qui part d’un cœur généreux !
— J’ajoute, monsieur, répondit Michel Strogoff, que si je ne vous offre pas de monter dans mon tarentass, c’est qu’il ne contient que deux places, et que ma sœur et moi, nous les occupons déjà.
— Comment donc, monsieur, répondit Alcide Jolivet, mais mon confrère et moi, avec votre cheval et l’arrière-train de notre demi-télègue, nous irions au bout du monde !
— Monsieur, reprit Harry Blount, nous acceptons votre offre obligeante. Quant à cet iemschik !…