Voyage au centre de la Terre (page 4)
Je flottais entre mille hypothèses contradictoires, sans pouvoir m’accrocher à aucune.
Cependant je me rappelais avoir été convaincu, quoique mon enthousiasme commençât à se modérer ; mais j’aurais voulu partir immédiatement et ne pas prendre le temps de la réflexion. Oui, le courage ne m’eût pas manqué pour boucler ma valise en ce moment.
Je gagnai donc les bords de l’Elbe.
Il faut pourtant l’avouer, une heure après cette surexcitation tomba ; mes nerfs se détendirent, et des profonds abîmes de la terre je remontai à sa surface.
« C’est absurde ! m’écriai-je ; cela n’a pas le sens commun ! Ce n’est pas une proposition sérieuse à faire à un garçon sensé. Rien de tout cela n’existe. J’ai mal dormi, j’ai fait un mauvais rêve. »
Cependant j’avais suivi les bords de l’Elbe et tourné la ville. Après avoir remonté le port, j’étais arrivé à la route d’Altona. Un pressentiment me conduisait, pressentiment justifié, car j’aperçus bientôt ma petite Graüben qui, de son pied leste, revenait bravement à Hambourg.
« Graüben ! » lui criai-je de loin.
La jeune fille s’arrêta, un peu troublée, j’imagine, de s’entendre appeler ainsi sur une grande route. En dix pas je fus près d’elle.
« Axel ! fit-elle surprise. Ah ! tu es venu à ma rencontre ! C’est bien, cela, monsieur. »
Mais, me regardant, Graüben ne put se méprendre à mon air inquiet, bouleversé.
— Qu’as-tu donc ? dit-elle en me tendant la main.
— Ce que j’ai, Graüben ! » m’écriai-je.
En deux secondes et en trois phrases ma jolie Virlandaise était au courant de la situation. Pendant quelques instants elle garda le silence. Son cœur palpitait-il à l’égal du mien ? Je l’ignore, mais sa main ne tremblait pas dans la mienne. Nous fîmes une centaine de pas sans parler.
« Axel ! me dit-elle enfin.
— Ma chère Graüben !
— Ce sera là un beau voyage. »
Je bondis à ces mots.
« Oui, Axel, un voyage digne du neveu d’un savant. Il est bien qu’un homme se soit distingué par quelque grande entreprise !
— Quoi ! Graüben, tu ne me détournes pas de tenter une pareille expédition ?
— Non, cher Axel, et ton oncle et toi, je vous accompagnerais volontiers, si une pauvre fille ne devait être un embarras pour vous.
— Dis-tu vrai ?
— Je dis vrai. »
Ah ! femmes, jeunes filles, cœurs féminins toujours incompréhensibles ! Quand vous n’êtes pas les plus timides des êtres, vous en êtes les plus braves ! La raison n’a que faire auprès de vous. Quoi ! cette enfant m’encourageait à prendre part à cette expédition ! elle n’eût pas craint de tenter l’aventure ! Elle m’y poussait, moi qu’elle aimait cependant !
J’étais déconcerté, et, pourquoi ne pas le dire ? honteux.
« Graüben, repris-je, nous verrons si demain tu parleras de cette manière.
— Demain, cher Axel, je parlerai comme aujourd’hui. »
Graüben et moi, nous tenant par la main, mais gardant un profond silence, nous continuâmes notre chemin. J’étais brisé par les émotions de la journée.
« Après tout, pensai-je, les calendes de juillet sont encore loin, et, d’ici là, bien des événements se passeront qui guériront mon oncle de sa manie de voyager sous terre. »
La nuit était venue quand nous arrivâmes à la maison de Königstrasse. Je m’attendais à trouver la demeure tranquille, mon oncle couché suivant son habitude, et la bonne Marthe donnant à la salle à manger le dernier coup de plumeau du soir. Mais j’avais compté sans l’impatience du professeur. Je le trouvai criant, s’agitant au milieu d’une troupe de porteurs qui déchargeaient certaines marchandises dans l’allée ; la vieille servante ne savait où donner de la tête.
« Mais viens donc, Axel ; hâte-toi donc, malheureux ! s’écria mon oncle du plus loin qu’il m’aperçut. Et ta malle qui n’est pas faite, et mes papiers qui ne sont pas en ordre, et mon sac de voyage dont je ne trouve pas la clef, et mes guêtres qui n’arrivent pas ! »
Je demeurai stupéfait. La voix me manquait. C’est à peine si mes lèvres purent articuler ces mots :
« Nous partons donc ?
Je trouvai mon oncle criant et s’agitant.
— Oui, malheureux garçon, qui vas te promener au lieu d’être là !
— Nous partons ? répétai-je d’une voix affaiblie.
— Oui, après-demain matin, à la première heure. »
Je ne pus en entendre davantage, et je m’enfuis dans ma petite chambre.
Il n’y avait plus à en douter. Mon oncle venait d’employer son après-midi à se procurer une partie des objets et ustensiles nécessaires à son voyage ; l’allée était encombrée d’échelles de cordes, de cordes à nœuds, de torches, de gourdes, de crampons de fer, de pics, de bâtons ferrés, de pioches, de quoi charger dix hommes au moins.
Je passai une nuit affreuse. Le lendemain, je m’entendis appeler de bonne heure. J’étais décidé à ne pas ouvrir ma porte. Mais le moyen de résister à la douce voix qui prononçait ces mots : « Mon cher Axel ? »
Je sortis de ma chambre. Je pensai que mon air défait, ma pâleur, mes yeux rougis par l’insomnie, allaient produire leur effet sur Graüben et changer ses idées.
« Ah ! mon cher Axel, me dit-elle, je vois que tu te portes mieux et que la nuit t’a calmé.
— Calmé ! » m’écriai-je.
Je me précipitai vers mon miroir. Eh bien ! j’avais moins mauvaise mine que je ne le supposais. C’était à n’y pas croire.
« Axel, me dit Graüben, j’ai longtemps causé avec mon tuteur. C’est un hardi savant, un homme de grand courage, et tu te souviendras que son sang coule dans tes veines. Il m’a raconté ses projets, ses espérances, pourquoi et comment il espère atteindre son but. Il y parviendra, je n’en doute pas. Ah ! cher Axel, c’est beau de se dévouer ainsi à la science ! Quelle gloire attend M. Lidenbrock et rejaillira sur son compagnon ! Au retour, Axel, tu seras un homme, son égal, libre de parler, libre d’agir, libre enfin de… »
La jeune fille, rougissante, n’acheva pas. Ses paroles me ranimaient. Cependant je ne voulais pas croire encore à notre départ. J’entraînai Graüben vers le cabinet du professeur.
« Mon oncle, dis-je, il est donc bien décidé que nous partons ?
— Comment ! tu en doutes ?
— Non, dis-je afin de ne pas le contrarier. Seulement je vous demanderai ce qui nous presse.
— Mais le temps ! le temps qui fuit avec une vitesse irréparable !
— Cependant nous ne sommes qu’au 26 mai, et jusqu’à la fin de juin…
— Eh ! crois-tu donc, ignorant, qu’on se rende si facilement en Islande ? Si tu ne m’avais pas quitté comme un fou, je t’aurais emmené au bureau-office de Copenhague, chez Liffender et Co. Là, tu aurais vu que de Copenhague à Reykjawik il n’y a qu’un service, le 22 de chaque mois.
— Eh bien ?
— Eh bien ! si nous attendions au 22 juin, nous arriverions trop tard pour voir l’ombre du Scartaris caresser le cratère du Sneffels ! Il faut donc gagner Copenhague au plus vite pour y chercher un moyen de transport. Va faire ta malle ! »
Il n’y avait pas un mot à répondre. Je remontai dans ma chambre. Graüben me suivit. Ce fut elle qui se chargea de mettre en ordre, dans une petite valise, les objets nécessaires à mon voyage. Elle n’était pas plus émue que s’il se fût agi d’une promenade à Lubeck ou à Helgoland. Ses petites mains allaient et venaient sans précipitation. Elle causait avec calme. Elle me donnait les raisons les plus sensées en faveur de notre expédition. Elle m’enchantait, et je me sentais une grosse colère contre elle. Quelquefois je voulais m’emporter, mais elle n’y prenait garde et continuait méthodiquement sa tranquille besogne.
Enfin la dernière courroie de la valise fut bouclée. Je descendis au rez-de-chaussée.
Pendant cette journée, les fournisseurs d’instruments de physique, d’armes, d’appareils électriques, s’étaient multipliés. La bonne Marthe en perdait la tête.
« Est-ce que monsieur est fou ? » me dit-elle.
Je fis un signe affirmatif.
« Et il vous emmène avec lui ? »
Même affirmation.
« Où cela ? » dit-elle.
J’indiquai du doigt le centre de la terre.
« À la cave ? s’écria la vieille servante.
— Non, dis-je enfin, plus bas ! »
Le soir arriva. Je n’avais plus conscience du temps écoulé.
« À demain matin, dit mon oncle, nous partons à six heures précises. »
À dix heures je tombai sur mon lit comme une masse inerte.
Pendant la nuit mes terreurs me reprirent.
Je la passai à rêver de gouffres ! J’étais en proie au délire. Je me sentais étreint par la main vigoureuse du professeur, entraîné, abîmé, enlisé ! Je tombais au fond d’insondables précipices avec cette vitesse croissante des corps abandonnés dans l’espace. Ma vie n’était plus qu’une chute interminable.
Je me réveillai à cinq heures, brisé de fatigue et d’émotion. Je descendis à la salle à manger. Mon oncle était à table. Il dévorait. Je le regardai avec un sentiment d’horreur. Mais Graüben était là. Je ne dis rien. Je ne pus manger.
À cinq heures et demie, un roulement se fit entendre dans la rue. Une large voiture arrivait pour nous conduire au chemin de fer d’Altona. Elle fut bientôt encombrée des colis de mon oncle.
« Et ta malle ? me dit-il.
— Elle est prête, répondis-je en défaillant.
— Dépêche-toi donc de la descendre, ou tu vas nous faire manquer le train ! »
Lutter contre ma destinée me parut alors impossible. Je remontai dans ma chambre, et laissant glisser ma valise sur les marches de l’escalier, je m’élançai à sa suite.
En ce moment mon oncle remettait solennellement entre les mains de Graüben « les rênes » de sa maison. Ma jolie Virlandaise conservait son calme habituel. Elle embrassa son tuteur, mais elle ne put retenir une larme en effleurant ma joue de ses douces lèvres.
« Graüben ! m’écriai-je.
— Va, mon cher Axel, va, me dit-elle, tu quittes ta fiancée, mais tu trouveras ta femme au retour. »
Je serrai Graüben dans mes bras, et je pris place dans la voiture. Marthe et la jeune fille, du seuil de la porte, nous adressèrent un dernier adieu. Puis les deux chevaux, excités par le sifflement de leur conducteur, s’élancèrent au galop sur la route d’Altona.
Marthe et la jeune fille nous adressèrent un dernier adieu.
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VIII
Altona, véritable banlieue de Hambourg, est tête de ligne du chemin de fer de Kiel, qui devait nous conduire au rivage des Belt. En moins de vingt minutes, nous entrions sur le territoire du Holstein.
À six heures et demie, la voiture s’arrêta devant la gare ; les nombreux colis de mon oncle, ses volumineux articles de voyage furent déchargés, transportés, pesés, étiquetés, rechargés dans le wagon de bagages, et à sept heures nous étions assis l’un vis-à-vis de l’autre dans le même compartiment. La vapeur siffla, la locomotive se mit en mouvement. Nous étions partis.
Étais-je résigné ? Pas encore. Cependant l’air frais du matin, les détails de la route rapidement renouvelés par la vitesse du train me distrayaient de ma grande préoccupation.
Quant à la pensée du professeur, elle devançait évidemment ce convoi trop lent au gré de son impatience. Nous étions seuls dans le wagon, mais sans parler. Mon oncle revisitait ses poches et son sac de voyage avec une minutieuse attention. Je vis bien que rien ne lui manquait des pièces nécessaires à l’exécution de ses projets.
Entre autres, une feuille de papier, pliée avec soin, portait l’en-tête de la chancellerie danoise, avec la signature de M. Christiensen, consul à Hambourg et l’ami du professeur. Cela devait nous donner toute facilité d’obtenir à Copenhague des recommandations pour le gouverneur de l’Islande.
J’aperçus aussi le fameux document précieusement enfoui dans la plus secrète poche du portefeuille. Je le maudis du fond du cœur, et je me remis à examiner le pays. C’était une vaste suite de plaines peu curieuses, monotones, limoneuses et assez fécondes : une campagne très favorable à l’établissement d’un railway et propice à ces lignes droites si chères aux compagnies de chemin de fer.
Mais cette monotonie n’eut pas le temps de me fatiguer, car, trois heures après notre départ, le train s’arrêtait à Kiel, à deux pas de la mer.
Nos bagages étant enregistrés pour Copenhague, il n’y eut pas à s’en occuper. Cependant le professeur les suivit d’un œil inquiet pendant leur transport au bateau à vapeur. Là ils disparurent à fond de cale.
Mon oncle, dans sa précipitation, avait si bien calculé les heures de correspondance du chemin de fer et du bateau, qu’il nous restait une journée entière à perdre. Le steamer l’Ellenora ne partait pas avant la nuit. De là une fièvre de neuf heures, pendant laquelle l’irascible voyageur envoya à tous les diables l’administration des bateaux et des railways et les gouvernements qui toléraient de pareils abus. Je dus faire chorus avec lui, quand il entreprit le capitaine de l’Ellenora à ce sujet. Il voulait l’obliger à chauffer sans perdre un instant. L’autre l’envoya promener.
À Kiel, comme ailleurs, il faut bien qu’une journée se passe. À force de nous promener sur les rivages verdoyants de la baie au fond de laquelle s’élève la petite ville, de parcourir les bois touffus qui lui donnent l’apparence d’un nid dans un faisceau de branches, d’admirer les villas pourvues chacune de leur petite maison de bains froids, enfin de courir et de maugréer, nous atteignîmes dix heures du soir.
Les tourbillons de la fumée de l’Ellenora se développaient dans le ciel ; le pont tremblotait sous les frissonnements de la chaudière ; nous étions à bord et propriétaires de deux couchettes étagées dans l’unique chambre du bateau.
À dix heures un quart, les amarres furent larguées, et le steamer fila rapidement sur les sombres eaux du Grand Belt.
La nuit était noire ; il y avait belle brise et forte mer ; quelques feux de la côte apparurent dans les ténèbres ; plus tard, je ne sais où, un phare à éclats étincela au-dessus des flots ; ce fut tout ce qui resta dans mon souvenir de cette première traversée.
À sept heures du matin nous débarquions à Korsör, petite ville située sur la côte occidentale du Seeland. Là, nous sautions du bateau dans un nouveau chemin de fer, qui nous emportait à travers un pays non moins plat que les campagnes du Holstein.
C’était encore trois heures de voyage avant d’atteindre la capitale du Danemark. Mon oncle n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Dans son impatience, je crois qu’il poussait le wagon avec ses pieds.
Enfin il aperçut une échappée de mer.
« Le Sund ! » s’écria-t-il.
Il y avait sur notre gauche une vaste construction qui ressemblait à un hôpital.
« C’est une maison de fous, dit un de nos compagnons de voyage.
— Bon, pensai-je, voilà un établissement où nous devrions finir nos jours ! Et, si grand qu’il fût, cet hôpital serait encore trop petit pour contenir toute la folie du professeur Lidenbrock ! »
Enfin, à dix heures du matin, nous prenions pied à Copenhague ; les bagages furent chargés sur une voiture et conduits avec nous à l’hôtel du Phœnix dans Bred-Gade. Ce fut l’affaire d’une demi-heure, car la gare est située en dehors de la ville. Puis mon oncle, faisant une toilette sommaire, m’entraîna à sa suite. Le portier de l’hôtel parlait l’allemand et l’anglais ; mais le professeur, en sa qualité de polyglotte, l’interrogea en bon danois, et ce fut en bon danois que ce personnage lui indiqua la situation du Muséum des Antiquités du Nord.
Le directeur de ce curieux établissement, où sont entassées des merveilles qui permettraient de reconstruire l’histoire du pays avec ses vieilles armes de pierre, ses hanaps et ses bijoux, était un savant, l’ami du consul de Hambourg, M. le professeur Thomson.
Mon oncle avait pour lui une chaude lettre de recommandation. En général, un savant en reçoit assez mal un autre. Mais ici ce fut tout autrement. M. Thomson, en homme serviable, fit un cordial accueil au professeur Lidenbrock et même à son neveu. Dire que son secret fut gardé vis-à-vis de l’excellent directeur du Muséum, c’est à peine nécessaire. Nous voulions tout bonnement visiter l’Islande en amateurs désintéressés.
M. Thomson se mit entièrement à notre disposition, et nous courûmes les quais afin de chercher un navire en partance.
J’espérais que les moyens de transport manqueraient absolument ; mais il n’en fut rien. Une petite goélette danoise, la Valkyrie, devait mettre à la voile le 2 juin pour Reykjawik. Le capitaine, M. Bjarne, se trouvait à bord. Son futur passager, dans sa joie, lui serra les mains à les briser. Ce brave homme fut un peu étonné d’une pareille étreinte. Il trouvait tout simple d’aller en Islande, puisque c’était son métier. Mon oncle trouvait cela sublime. Le digne capitaine profita de cet enthousiasme pour nous faire payer double le passage sur son bâtiment. Mais nous n’y regardions pas de si près.
« Soyez à bord mardi, à sept heures du matin, » dit M. Bjarne après avoir empoché un nombre respectable de species-dollars.
Nous remerciâmes alors M. Thomson de ses bons soins, et nous revînmes à l’hôtel du Phœnix.
« Cela va bien ! cela va très bien ! répétait mon oncle. Quel heureux hasard d’avoir trouvé ce bâtiment prêt à partir ! Maintenant déjeunons, et allons visiter la ville. »
Nous nous rendîmes à Kongens-Nye-Torw, place irrégulière où se trouve un poste avec deux innocents canons braqués qui ne font peur à personne. Tout près, au no 5, il y avait une « restauration » française, tenue par un cuisinier nommé Vincent ; nous y déjeunâmes suffisamment pour le prix modéré de quatre marks chacun.
Puis je pris un plaisir d’enfant à parcourir la ville ; mon oncle se laissait promener ; d’ailleurs il ne vit rien, ni l’insignifiant palais du roi, ni le joli pont du dix-septième siècle qui enjambe le canal devant le Muséum, ni cet immense cénotaphe de Torwaldsen, orné de peintures murales horribles et qui contient à l’intérieur les œuvres de ce statuaire, ni, dans un assez beau parc, le château bonbonnière de Rosenborg, ni l’admirable édifice renaissance de la Bourse, ni son clocher fait avec les queues entrelacées de quatre dragons de bronze, ni les grands moulins des remparts, dont les vastes ailes s’enflaient comme les voiles d’un vaisseau au vent de la mer.
Quelles délicieuses promenades nous eussions faites, ma jolie Virlandaise et moi, du côté du port où les deux-ponts et les frégates dormaient paisiblement sous leur toiture rouge, sur les bords verdoyants du détroit, à travers ces ombrages touffus au sein desquels se cache la citadelle, dont les canons allongent leur gueule noirâtre entre les branches des sureaux et des saules !
Mais, hélas ! elle était loin, ma pauvre Graüben, et pouvais-je espérer de la revoir jamais ?
Cependant, si mon oncle ne remarqua rien de ces sites enchanteurs, il fut vivement frappé par la vue d’un certain clocher situé dans l’île d’Amak, qui forme le quartier sud-ouest de Copenhague.