Sermons du curé d'Ars (page 34)
Sur l'Absolution
Quorum remiseritis peccata, remittuntur eis : et quorum retinueritis, reten-ta sunt.
Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront rete-nus à ceux à qui vous les retiendrez.
(S. Jean, XX, 23.)
Qu'il en a coûté, M.F., à ce divin Sauveur pour donner l'effi-cacité à ces paroles : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et retenus à ceux à qui vous les retiendrez ! » Hé-las ! que de tourments, que d'opprobres et quelle mort doulou-reuse !... Mais nous sommes si aveugles, si grossiers, si peu spiri-tuels, que la plupart croient qu'il ne tient qu'au prêtre de donner ou de refuser l'absolution comme il lui plaît. Non, M.F., nous nous trompons grossièrement ; un ministre du sacrement de Pénitence n'est que le dispensateur des grâces et des mérites de Jésus-Christ ; il ne peut les donner que selon les règles qui lui sont prescrites. Hélas ! de quelle frayeur ne doit pas être saisi un pau-vre prêtre, en exerçant un ministère si redoutable, où il est dans un danger si grand de se perdre lui-même en voulant sauver les au-tres. Quel terrible rendement de compte pour un pauvre prêtre, lorsque le jugement viendra et que toutes ces absolutions lui se-ront remises devant les yeux par Dieu même, pour examiner s'il n'a point été ou trop prodigue des grâces du ciel, ou trop sévère.
Hélas ! M.F., qu'il est difficile de marcher toujours bien droit !... Que de prêtres, au jugement, voudraient n'avoir pas été prêtres, mais simples laïques ! Que de fidèles vont aussi se trouver coupa-bles, qui, peut-être n'ont jamais prié Dieu pour leurs pasteurs qui se sont exposés à se perdre pour les sauver !... Mais, si un prêtre a le pouvoir de remettre les péchés, il a aussi le pouvoir de les rete-nir, et saint Grégoire le Grand nous dit qu'un prêtre doit bien examiner quelles sont les dispositions du pécheur, avant de lui donner l'absolution. Il doit voir si son cœur est changé, s'il a bien pris toutes les résolutions que doit avoir un grand pécheur conver-ti.
Il est donc évident que le ministre de la pénitence doit diffé-rer ou refuser l'absolution à certains pécheurs, sous peine de se damner lui-même avec son pénitent. Je vais donc vous montrer ou vous apprendre, 1 ce que c'est que l'absolution ; 2 quels sont ceux à qui il faut la donner ou la refuser : matière bien intéres-sante, puisqu'il s'agit de votre salut ou de votre perte.
Que l'homme est heureux, M.F., mais qu'il est cou-pable ! Je dis qu'il est heureux ; puisque, après avoir perdu son Dieu, le ciel et son âme, il peut encore espérer trouver des moyens si faciles pour réparer cette grande perte, qui est celle d'une éternité de bonheur. Le riche qui a perdu sa fortune, souvent ne peut point, malgré sa bonne volonté, la rétablir ; mais le chrétien a-t-il perdu sa fortune éternelle ? il peut la recouvrer sans qu'il lui en coûte rien, pour ainsi dire. ô mon Dieu ! que vous aimez les pécheurs, puisque vous nous fournissez tant de moyens de recouvrer le ciel ! Je dis que nous sommes bien coupables de pouvoir gagner tant de biens et de tout mépriser ! Vous avez perdu le ciel, mon ami, et pourquoi voulez-vous vivre dans une telle pauvreté ?... Mon Dieu ! que l'homme pécheur peut éviter son malheur, et quelle facilité n'a-t-il pas de pouvoir le réparer !
I. – Si vous me demandez ce que c'est que l'absolution, je vous dirai que c'est un jugement que le prêtre prononce, au nom et par l'autorité de Jésus-Christ, et par lequel nos péchés sont aussi remis, aussi effacés que si nous ne les avions jamais commis, si celui qui les confesse la reçoit avec les dispositions que demande ce sacrement. Ah ! M.F., qui de nous pourra s'empêcher d'admirer l'efficacité de ce jugement de miséricorde ? ô moment heureux pour un pécheur converti !... à peine le ministre a-t-il prononcé ces paroles : « Je vous absous », que l'âme est lavée, purifiée de toutes ses souillures, par le sang précieux qui coule sur elle. Mon Dieu ! que vous êtes bon pour un pécheur !... Disons encore, M.F., que notre pauvre âme est arrachée de la tyrannie du démon et rétablie dans l'amitié et la grâce de son Dieu ; elle recouvre la paix, cette paix si précieuse, qui fait tout le bonheur de l'homme dans ce monde et dans l'autre ; l'innocence lui est rendue, avec tous ses droits au royaume de Dieu, que ses péchés lui avaient ra-vis. Dites-moi, M.F., ne devons-nous pas être pénétrés et attendris jusqu'aux larmes à la vue de tant de merveilles ? Auriez-vous pu penser que, chaque fois qu'un pécheur reçoit l'absolution, tous ces biens lui soient accordés ! Mais tout cela n'est donné et ne doit être donné qu'à ceux qui le méritent, c'est-à-dire, qui sont pé-cheurs, il est vrai, mais pécheurs convertis, qui regrettent leur vie passée, non seulement parce qu'ils ont perdu le ciel, mais parce qu'ils ont été conduits à outrager celui qui mérite d'être infiniment aimé.
II. – Si vous désirez savoir quand on doit vous différer ou refuser l'absolution, le voici : écoutez-le bien et gravez-le dans votre cœur, afin que, chaque fois que vous irez vous confesser, vous puissiez connaître si vous méritez d'être absous ou renvoyés. Je trouve huit raisons qui doivent porter le prêtre à vous différer l'absolution, c'est l'église elle-même qui a donné ces règles sur lesquelles le prêtre ne doit pas passer ; s'il les dépasse, malheur à lui et à celui qu'il conduit : c'est un aveugle qui en conduit un au-tre, ils se précipitent tous deux dans les enfers . Le devoir du mi-nistre est de bien appliquer ces règles, et le vôtre, de ne jamais murmurer lorsqu'il ne vous donne pas l'absolution. Si un prêtre vous la refuse, c'est parce qu'il vous aime et qu'il désire vérita-blement sauver votre pauvre âme, et vous ne connaîtrez cela qu'au jour du jugement : c'est alors que vous verrez que ce n'était que le désir qu'il avait de vous conduire au ciel qui l'a porté à vous diffé-rer l'absolution.
S'il vous l'avait accordée, comme vous le désiriez, vous seriez damné. Vous ne devez donc jamais, M.F., mur-murer lorsqu'un prêtre ne vous donne pas l'absolution ; au contraire, vous devez en remercier le bon Dieu, et travailler de toutes vos forces à mériter ce bonheur.
Je dis 1 que ceux qui ne sont pas assez instruits ne méritent pas l'absolution : le prêtre ne doit pas la leur donner, et ne le peut sans se rendre coupable ; parce que tout chrétien est obligé de connaître Jésus-Christ, avec ses mystères, avec sa doctrine, ses lois et ses sacrements. Saint Charles Borromée, archevêque de Milan, nous dit expressément, que l'on ne doit pas donner l'abso-lution à ceux qui ne connaissent pas les principaux mystères du christianisme, et les obligations particulières de leur état : « Surtout, nous dit-il, quand on reconnaît que leur ignorance vient de leur indifférence pour leur salut. » Les lois de l'église défen-dent de donner l'absolution aux pères et aux mères, aux maîtres et maîtresses qui n'instruisent pas leurs enfants ou leurs domesti-ques, ou qui ne les font pas instruire par d'autres de tout ce qui est nécessaire pour être sauvé ; qui ne veillent pas sur leur conduite ;
qui négligent de les corriger de leurs désordres et de leurs défauts. Vous dire que ceux qui ne savent pas ce qui est nécessaire pour être sauvé, ne méritent pas l'absolution, c'est comme si je disais à une personne qu'elle est dans le précipice sans lui donner les moyens d'en sortir. Je vais donc vous montrer ce que vous devez savoir pour sortir de cet abîme d'ignorance ; gravez-le bien dans vos cœurs, afin qu'il ne s'y efface jamais, que vous l'appreniez à vos enfants et que vos enfants l'apprennent à d'autres.
Renouve-lons, M.F., ce que je vous ai dit déjà plusieurs fois : un chrétien doit savoir le Notre Père, le Je vous salue Marie, le Je crois en Dieu, le Confesse à Dieu, les trois actes de Foi, d'Espérance et d'Amour, les Commandements de Dieu et de l'église, et son acte de Contrition. Je ne veux pas seulement dire : les mots ; parce qu'il faudrait être furieusement ignorant pour ne le point savoir ; mais il faut que, si l'on vous interroge, vous puissiez rendre compte de l'explication de chaque article en particulier, et de ce qu'ils veulent dire. Voilà ce que l'on vous demande, et non de sa-voir les mots. Il faut que vous sachiez que le Notre Père a été composé par Dieu même ; que le Je vous salue Marie, a été com-posé, une partie par l'ange, lorsqu'il vint trouver la sainte Vierge pour lui annoncer le mystère de l'Incarnation , et l'autre partie par l'église ; il faut que vous sachiez que le Crois en Dieu a été com-posé par les Apôtres après la descente du Saint-Esprit, avant de se disperser dans le monde ; ce qui fait que dans tous les lieux du monde l'on enseigne la même religion et les mêmes mystères.
Il renferme l'abrégé de toute notre sainte religion, le mystère de la sainte Trinité, qui est un seul Dieu en trois personnes, que c'est le Père qui nous a créés, que c'est le Fils qui nous a rachetés par sa mort et ses souffrances, et que c'est le Saint-Esprit qui nous a sanctifiés dans le saint Baptême.
Lorsque vous dites : « Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur, etc., » c'est comme si vous disiez : Je crois que le Père éternel a tout créé, nos corps et nos âmes, que le monde n'a pas toujours été, qu'il ne durera pas tou-jours, qu'un jour tout sera anéanti... « Je crois en Jésus-Christ, » c'est comme si vous disiez : Je crois que Jésus-Christ, la seconde personne de la sainte Trinité s'est fait homme, qu'il a souffert, qu'il est mort pour nous racheter, pour nous mériter le ciel que le péché d'Adam nous avait ravi.
« Je crois au Saint-Esprit, à la sainte église catholique, etc., » c'est comme si vous disiez : Je crois qu'il n'y a qu'une religion, qui est celle de l'église, que c'est Jésus-Christ lui-même qui l'a établie, qu'il y a renfermé toutes ses grâces, que tous ceux qui ne sont pas dans cette église ne seront pas sauvés, et que cette église doit durer jusqu'à la fin du monde. Lorsque vous dites : Je crois à la communion des saints, » c'est comme si vous disiez : Je crois que tous les chrétiens se font part de leurs prières, de toutes leurs bonnes œuvres, je crois que les saints qui sont dans le ciel prient le bon Dieu pour nous, et que nous pouvons prier pour ceux qui sont dans les flammes du purgatoire. Lorsque vous dites : « Je crois à la rémission des pé-chés, » c'est comme si vous disiez : Je crois qu'il y a, dans l'église de Jésus-Christ, des sacrements qui remettent toutes sortes de pé-chés, et qu'il n'y a point de péchés que l'église de Jésus-Christ ne puisse remettre. En disant : « La résurrection de la chair, » cela veut dire que nos mêmes corps, que nous avons maintenant, res-susciteront un jour, que nos âmes y rentreront pour aller dans le ciel, si nous avons eu le bonheur de bien servir le bon Dieu, ou pour aller en enfer y brûler pendant l'éternité si... En disant : « Je crois à la vie éternelle, » c'est dire : Je crois que l'autre vie ne fini-ra jamais, que notre âme durera autant que Dieu lui-même, qui est sans fin. Lorsque vous dites : « D'où il viendra juger les vivants et les morts, » c'est comme si vous disiez : Je crois que Jésus-Christ est dans le ciel en corps et en âme, et que c'est lui-même qui vien-dra pour nous juger, pour récompenser ceux qui auront bien fait et pour punir ceux qui l'auront méprisé.
Il faut savoir que les Commandements de Dieu ont été don-nés à Adam en le créant ; c'est-à-dire que Dieu les grava dans son cœur, et qu'après qu'Adam eût péché, Dieu les donna à Moïse écrits sur des tables de pierre, sur le mont Sinaï . Ce sont les mê-mes que Dieu renouvela lui-même, lorsqu'il vint sur la terre pour nous sauver tous . Je dis que vous devez savoir vos trois actes, de Foi, d'Espérance et de Charité. Je ne veux pas dire, encore sim-plement les mots, qui est-ce qui ne les sait pas ? mais le sens de ces actes. La foi nous fait croire tout ce que l'église nous ensei-gne, quoique nous ne puissions pas le comprendre ; elle nous fait croire que Dieu nous voit, veille à notre conservation, qu'il nous récompensera ou nous punira, selon que nous aurons bien ou mal fait ; qu'il y a un ciel pour les bons et un enfer pour les méchants ; que Dieu a souffert et qu'il est mort pour nous. L'espérance nous fait faire toutes nos actions dans la vue de plaire à Dieu, parce qu'elles seront récompensées pendant toute l'éternité.
Nous de-vons croire que la foi ni l'espérance ne seront plus nécessaires dans le ciel, ou plutôt que nous n'aurons ni la foi ni l'espérance : rien à croire parce qu'il n'y aura plus de mystères, ni rien à espé-rer, puisque nous verrons tout ce que nous aurons dû croire et que nous posséderons tout ce que nous aurons espéré ; il n'y aura plus que l'amour, qui nous consumera pendant toute l'éternité ; ce qui fera tout notre bonheur.
Dans ce monde, l'amour de Dieu consiste à aimer le bon Dieu au-dessus de tout ce qui est créé, le préférer à tout, même à notre vie. Voilà, M.F., ce que l'on veut dire lors-qu'on dit que vous devez savoir le Notre Père, le Salue, Marie, le Crois en Dieu, le Confesse à Dieu, le Un seul Dieu et vos trois actes. Si vous ne savez pas cela, vous ne savez pas ce qui est né-cessaire pour vous sauver ; il faut au moins que si l'on vous inter-roge sur ce que je viens de vous dire, vous puissiez y répondre.
Ce n'est pas encore tout : il faut que vous sachiez ce que c'est que le mystère de l'Incarnation et ce que veut dire ce mot d'Incarnation. Il faut que vous sachiez que ce mystère veut dire que la seconde personne de la sainte Trinité a pris un corps comme le nôtre dans le sein de la très sainte vierge Marie, par l'opération du Saint-Esprit. Nous honorons ce mystère le 25 mars, le jour de l'Annonciation ; car c'est dans ce jour que le Fils de Dieu a uni, a joint sa divinité à notre humanité ; qu'il a pris un corps comme le nôtre, sinon le péché, et qu'il s'est chargé de tous nos péchés pour satisfaire à la justice de son Père. Il faut savoir que c'est le 25 décembre que Jésus-Christ est venu au monde, à minuit, le jour de Noël. Vous savez que l'on dit trois messes ce jour, pour honorer les trois naissances de Jésus-Christ : la pre-mière, dans le sein de son Père, qui est de toute éternité ; la se-conde, sa naissance corporelle dans la crèche, et la troisième, sa naissance dans nos âmes par la sainte communion .
Il faut que vous sachiez que c'est le jeudi saint que Jésus-Christ a institué le sacrement adorable de l'Eucharistie . La veille de sa mort, étant avec ses apôtres, il prit du pain, le bénit, le chan-gea en son corps. Il prit du vin avec un peu d'eau, le changea en son sang, et donna à tous les prêtres, en la personne de ses apô-tres, le pouvoir de faire le même miracle toutes les fois qu'ils pro-nonceraient les mêmes paroles : ce qui se fait pendant la sainte Messe lorsque le prêtre prononce les paroles de la consécration. Il faut savoir que c'est le vendredi saint que Jésus-Christ est mort, c'est-à-dire, qu'il est mort comme homme et non comme Dieu ; parce que, comme Dieu, il ne pouvait pas mourir ; qu'il est res-suscité le saint jour de Pâques, cela veut dire, que son âme s'est réunie à son corps, et qu'après être resté quarante jours sur la terre, il est monté au ciel le jour de l'Ascension ; que le Saint-Esprit est descendu sur les apôtres le jour de la Pentecôte. Il faut que si l'on vous interroge et si l'on vous demande quand est-ce que les sacrements ont été institués par Jésus-Christ ou quand ils ont eu leur effet, c'est-à-dire, nous ont communiqué toutes ses grâces, il faut que vous puissiez dire que ce n'est qu'après la Pen-tecôte. – Si l'on vous demandait qui les a institués, il faut répon-dre qu'il n'y a que Jésus-Christ qui ait pu les instituer : ce n'est ni la sainte Vierge ni les apôtres. Il faut que vous sachiez combien il y en a, quels sont les effets de chaque sacrement, et quelles sont les dispositions qu'il faut avoir pour les recevoir ; il faut que vous sachiez que le Baptême efface en nous le péché originel, qui est le péché d'Adam, et que nous avons en venant au monde ; que celui de la Confirmation nous est donné par l'évêque, et qu'il nous donne le Saint-Esprit avec l'abondance de ses grâces ; que celui de la Pénitence nous est donné lorsque nous nous confessons, et que, pendant que le prêtre nous donne l'absolution, si nous som-mes bien préparés, tous nos péchés sont effacés. Dans la sainte Eucharistie, nous recevons, non la sainte Vierge, ni les anges, ni les saints, mais le Corps adorable et le Sang précieux de Jésus-Christ. Comme Dieu, nous y recevons les trois personnes de la sainte Trinité : c'est-à-dire, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et, comme homme nous ne recevons que le Fils : c'est-à-dire, son corps et son âme unis à sa divinité. – Le sacrement de l'Extrême-Onction est celui qui nous aide à bien mourir, et est institué pour nous purifier des péchés que nous avons commis par tous nos sens. Celui de l'Ordre communique aux hommes le même pouvoir que le Fils de Dieu donna à ses apôtres. Ce sacrement a été insti-tué lorsque Jésus-Christ dit à ses apôtres : « Faites ceci en mé-moire de moi , et toutes les fois que vous prononcerez les mêmes paroles, vous opérerez le même miracle. »
Le sacrement de Ma-riage sanctifie les chrétiens qui s'unissent ensemble selon les lois de l'église et de d'état. Il y a encore à vous dire qu'il y a une dif-férence entre le sacrement de l'Eucharistie et les autres. Dans ce-lui de l'Eucharistie, nous recevons le Corps adorable et le Sang précieux de Jésus-Christ, au lieu que dans les autres nous ne rece-vons que l'application de son Sang précieux. L'on donne encore le nom de sacrements des morts aux uns, et aux autres le nom de sa-crements des vivants. Voici pourquoi l'on dit que le Baptême, la Pénitence et quelquefois l'Extrême-Onction sont des sacrements des morts : parce que notre âme est morte aux yeux de Dieu par le péché. Ces sacrements ressuscitent notre âme à la grâce ; et les autres que l'on appelle sacrements des vivants, c'est parce qu'il faut être en état de grâce pour les recevoir, c'est-à-dire, sans pé-ché. Il faut encore savoir que lorsque Jésus-Christ a souffert sur la croix, le Père ni le Saint-Esprit n'ont point souffert, ni ne sont morts ; mais c'est seulement le Fils qui a souffert et qui est mort comme homme et non comme Dieu.
Eh bien ! M.F., si je vous avais interrogés, auriez-vous bien répondu à tout cela ?...
Si vous ne savez pas tout ce que je viens de vous dire, vous n'êtes pas suffisamment instruits pour vous sauver. Nous avons dit que les pères et mères, les maîtres et maî-tresses doivent être instruits de tout ce qui regarde leur état pour se sauver. Un père, une mère, un maître, une maîtresse doivent connaître toutes les obligations qu'ils ont à remplir envers leurs enfants et leurs domestiques ; c'est-à-dire, connaître parfaitement leur religion, pour l'apprendre à leurs enfants et à leurs domesti-ques ; sans quoi, ils ne sont que de pauvres malheureux qui se précipitent tous dans les enfers. Hélas ! combien de pères et de mères, de maîtres et de maîtresses qui ne connaissent pas seule-ment leur religion, qui croupissent avec leurs enfants et leurs do-mestiques dans une ignorance crasse, et qui n'ont à attendre que la mort pour être jetés en enfer ! Saint Paul nous dit que celui qui ignore ses devoirs mérite d'être ignoré de Dieu . Vous convien-drez avec moi que toutes ces personnes sont indignes de l'absolu-tion, et, si elles ont le malheur de la recevoir, ce n'est qu'un sacri-lège qui tombe sur leur pauvre âme. ô mon Dieu ! que l'ignorance damne du monde ! Nous sommes bien sûrs que ce seul péché en damnera plus que tous les autres ensemble ; parce que, une per-sonne ignorante ne connaît ni le mal qu'elle fait en péchant, ni le bien qu'elle perd ; de sorte qu'une personne ignorante est une per-sonne perdue !
2 Je dis que l'on doit différer l'absolution à ceux qui ne donnent aucune marque de contrition : c'est-à-dire, de regret des péchés qu'ils ont commis.
D'abord, l'expérience nous apprend que nous ne devons guère nous fier à toutes les promesses et à toutes les protestations que l'on fait. Tous nous disent qu'ils sont fâchés d'avoir offensé le bon Dieu, qu'ils veulent se corriger tout de bon, et que, s'ils viennent se confesser, ce n'est que pour cela. Le prê-tre, les croyant sincères, leur donne l'absolution. Que s'ensuit-il de toutes ces résolutions ? Le voici : c'est que huit jours après qu'ils ont été absous, ils oublient toutes leurs promesses et « retournent à leur vomissement , » c'est-à-dire, à toutes leurs mauvaises habi-tudes. Ainsi, toutes les protestations ne sont donc pas des preuves suffisantes de conversion. Jésus-Christ nous dit que « ce n'est qu'au fruit que l'on connaît l'arbre ; » de même, ce n'est que par le changement de vie que l'on peut connaître si l'on a eu la contri-tion nécessaire pour être dignes de l'absolution. Lorsqu'on a véri-tablement renoncé à ses péchés, il ne faut pas se contenter de les pleurer, il faut encore renoncer, quitter et fuir tout ce qui est capa-ble de nous y porter : c'est-à-dire, être prêts à tout souffrir plutôt que de retomber dans les péchés que nous venons de confesser. Il faut que l'on voit en nous un changement entier, sans quoi, nous n'avons pas mérité l'absolution, et il y a tout lieu de croire que nous n'avons fait qu'un sacrilège. Hélas ! qu'il y en a peu en qui l'on voit ce changement après avoir reçu l'absolution !... Mon Dieu ! que de sacrilèges !... Ah ! si du moins toutes les trente ab-solutions, il y en avait une de bonne, que le monde serait bientôt converti ! Ces personnes ne méritent donc pas l'absolution, qui ne donnent pas des marques suffisantes de contrition. Hélas ! com-bien de fois, parce qu'on les renvoie, elles ne viennent plus. C'est donc bien parce qu'elles n'avaient pas envie de se convertir, puis-que, loin de laisser leur confession jusqu'à une autre Pâque, elles auraient travaillé de tout leur cœur à changer de vie, et à revenir se réconcilier avec le bon Dieu.
3 Je dis que l'on doit refuser l'absolution à tous ceux qui conservent des haines, des ressentiments dans leur cœur, qui refu-sent de pardonner ou de faire les premières démarches pour se ré-concilier ; de sorte, M.F., qu'il faut bien prendre garde de ne ja-mais recevoir l'absolution lorsque vous avez quelque chose contre votre prochain. Après avoir eu quelque difficulté, il faut que vous soyez aussi bien portés à lui rendre service, et de bonne grâce, que si, toute votre vie, il ne vous avait fait que du bien. Si vous vous contentez de dire que vous ne lui voulez pas de mal, mais que vous le laissez comme il est ; et que vous ne le saluiez pas de bonne grâce, que vous évitiez sa compagnie, que vous en préfé-riez d'autres à eux : vous ne les aimez pas comme vous le devez, pour que le bon Dieu vous pardonne vos péchés. Dieu ne vous pardonnera qu'autant que vous pardonnerez véritablement votre prochain, et tant que vous ressentirez quelque chose dans votre cœur contre lui, le meilleur est de travailler à déraciner cela ; après, vous recevrez l'absolution. Je sais bien que l'on peut, et même que l'on doit, éviter les compagnies qui peuvent nous expo-ser à nous disputer avec l'un et avec l'autre, où l'on ne parle que de la conduite des voisins. Par rapport à ces personnes-là, voilà comment il faut se comporter : ne les fréquenter que quand il est nécessaire ; mais ne point leur vouloir de mal, ni en dire ; se contenter de prier le bon Dieu pour elles. écoutez ce que Jésus-Christ nous dit dans l'évangile : « Si, étant sur le point de présen-ter votre offrande à l'autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, ou que vous l'avez offensé, laissez-la votre offrande, et allez, auparavant, vous réconcilier avec votre frère . »
« Un jugement, nous dit Jésus-Christ, est réservé à celui qui n'aura pas fait miséricorde à son frère . » Vous comprenez, M.F., aussi bien que moi, que toutes les fois que nous avons quel-que chose contre quelqu'un, nous ne devons pas recevoir l'absolu-tion ; parce que ce serait nous exposer à faire un sacrilège, ce qui est le plus grand de tous les malheurs.
4 Je dis que l'on doit traiter de même ceux qui ont fait quelque tort au prochain et qui refusent de réparer le mal qu'ils ont fait ou dans sa personne ou dans ses biens ; l'on ne peut pas même donner l'absolution à une personne qui est à l'article de la mort, qui a des restitutions à faire et qui les laisse à faire à ses hé-ritiers. Tous les Pères disent, que pour celui qui a du bien d'autrui, qui pourrait le rendre et qui ne le rend pas, il n'y a point de pardon ni de salut à espérer pour lui.
5 Je dis que l'on doit refuser l'absolution à ceux qui sont dans l'occasion prochaine de pécher, et qui refusent d'en sortir. L'on appelle occasion prochaine de pécher, tout ce qui peut nous porter ordinairement à le commettre, comme les spectacles, les bals, les danses, les mauvais livres, les conversations déshonnêtes, les chansons profanes, les tableaux indécents, les manières dés-honnêtes de s'habiller, les mauvaises compagnies, la fréquentation des personnes de différents sexes, les liaisons avec les personnes avec lesquelles on a déjà péché, etc... Comme sont encore les marchands qui ne savent rien vendre sans mentir ou faire des inju-res, tels sont les cabaretiers qui donnent à boire aux ivrognes et pendant les offices ou la nuit ; comme encore aux domestiques qui sont sollicités au mal par quelqu'un de la maison. A toutes ces sortes de personnes, le prêtre ne doit et ne peut, sans se damner, leur donner l'absolution, à moins que ces personnes ne promettent de quitter ces choses, et de renoncer à toutes celles qui peuvent les porter au péché, ou qui leur sont une occasion de péché. Au-trement, en recevant l'absolution, ils ne peuvent faire qu'un sacri-lège.
6 Je dis que l'on doit refuser l'absolution à ceux qui sont scandaleux ; qui, par leurs paroles, leurs conseils et leurs exem-ples pernicieux, portent les autres au péché ; tels sont ces mauvais chrétiens qui tournent en dérision la parole de Dieu et ceux qui l'annoncent, qu'ils soient leurs pasteurs ou d'autres prêtres ; qui se moquent de la religion, de la piété et des choses saintes ; qui di-sent des paroles contraires à la foi ou bien aux bonnes mœurs ; ceux qui tiennent dans leurs maisons les veillées, les danses pro-fanes, des jeux défendus ; qui ont des tableaux déshonnêtes, indé-cents ou de mauvais livres ; comme sont encore les personnes du sexe qui se parent dans l'intention de plaire, qui, par leurs regards, leurs manières, leur tenue de prétention, font commettre tant de fornications et d'adultères de cœur. Un confesseur, dit saint Char-les, doit refuser l'absolution à toutes ces personnes, puisqu'il est écrit : « Malheur à celui par qui le scandale arrive . »
7 Je dis que l'on doit refuser l'absolution, c'est-à-dire, la dif-férer aux pécheurs d'habitude, qui retombent depuis longtemps dans les mêmes péchés, qui ne font point, ou du moins font bien peu d'efforts pour se corriger. De ce nombre sont ceux qui ont l'habitude de mentir à tout moment, qui ne s'en font point de scru-pule, qui prendront plaisir à dire des mensonges pour faire rire les autres ; comme ceux qui ont l'habitude de médire du prochain, qui ont toujours quelque chose à dire sur son compte ; comme ceux qui jurent ces petits jurements, : Mon Dieu, oui ; mon Dieu, non ; ma foi ; pardi, parbleu, mâtin, le J... F..., B..., F..., S... N... F..., et autres choses semblables ; ceux qui ont l'habitude de manger à toute heure, même sans nécessité ; qui s'impatientent à tout mo-ment, pour un rien ; ceux qui boivent et mangent avec excès ; comme ceux qui ne font pas assez d'efforts pour se corriger de ces pensées d'orgueil, de vanité, des mauvaises pensées contre la pu-reté ; enfin, je dis que l'on refusera l'absolution à tous ceux qui n'accusent pas eux-mêmes leurs péchés, qui attendent, pour les dire, que le confesseur le leur demande. Ce n'est pas au prêtre à confesser vos péchés, mais bien à vous ; si le prêtre vous fait quelque interrogation, c'est pour suppléer à ce que vous n'auriez pas pu connaître.
– Hélas ! à une partie, il faut leur arracher, pour ainsi dire, leurs péchés du fond du cœur ; et il y en a qui se dispu-teront avec leur confesseur, en disant qu'ils n'ont pas fait grand mal. Il est évident que ces personnes-là ne sont pas dignes de re-cevoir l'absolution, et qu'elles n'ont pas les dispositions nécessai-res que demande ce sacrement pour ne pas le profaner. Tous les Pères sont d'accord sur ce point, que quand il n'y a point de chan-gement ni d'amendement dans une personne qui se confesse, sa pénitence est fausse et trompeuse. Le saint Concile de Trente nous ordonne de ne donner l'absolution qu'à ceux en qui l'on voit la cessation du péché, la haine et la détestation du passé, la résolu-tion et le commencement d'une vie nouvelle. Voilà, M.F., les rè-gles dont un confesseur ne peut s'écarter, sans se perdre lui-même et ses pénitents.
Mais voyons maintenant, quelles sont les raisons que l'on donne, pour engager le confesseur à donner l'absolution. Les uns disent que ne pas donner l'absolution à ceux qui vont plusieurs fois se confesser, c'est détruire la religion ; et faire paraître trop difficile à faire ce qu'elle nous commande ; que c'est rebuter les pécheurs, que l'on est cause de ce qu'ils abandonnent la religion ; que c'est les jeter en enfer ; que bien d'autres sont plus faciles ; qu'au moins l'on aurait le plaisir d'en voir, dans la paroisse, un grand nombre qui feraient leurs pâques, et que tous les ans, ils se feraient un plaisir de revenir se confesser ; que de trop vouloir, l'on n'a rien. M.F., tous ceux qui raisonnent de la sorte, sont 1 , ceux qui ne méritent pas cette grâce.
Mais, mes amis, dès le commencement de l'église, tous les Pères ont suivi cette règle : qu'il faut absolument avoir quitté le péché pour recevoir l'absolu-tion. Ces refus ne paraissent durs qu'à des pécheurs impénitents ;
cette conduite ne peut rebuter que ceux qui ne pensent pas à se convertir. Que résulte-t-il, M.F., de ces absolutions précipitées ? Vous ne le savez que trop vous-mêmes. Hélas ! une chaîne de sa-crilèges. A peine avez-vous été absous, que vous vous replongez dans vos anciens péchés ; la facilité avec laquelle vous avez obte-nu votre pardon, vous a fait espérer que vous l'obtiendriez, une autre fois, aussi facilement, et vous avez continué votre même genre de vie ; au lieu que, si l'on vous avait refusé cette absolu-tion, vous seriez rentrés en vous-mêmes ; vous auriez ouvert les yeux sur votre malheur, d'où peut-être vous ne sortirez jamais. Votre pauvre vie n'est qu'une suite d'absolutions et de rechutes. Mon Dieu, quel malheur ! Voilà où vous mène notre malheureuse facilité à vous absoudre. N'est-ce pas plutôt une cruauté de vous donner l'absolution, que de vous la refuser, lorsque vous n'êtes pas en état de la recevoir. Saint Cyprien nous dit qu'un prêtre doit s'en tenir aux règles de l'église, et attendre que son pénitent donne des marques certaines que son cœur est changé, et qu'il com-mence à mener une vie toute différente de celle qu'il a menée avant de se confesser : car, Jésus-Christ lui-même, tout Dieu qu'il était, maître de la grâce, n'a accordé le pardon qu'aux vrais péni-tents ; il reçut le bon larron, dont la conversion était sincère ; mais il rejeta le mauvais, à cause de son impénitence. Il pardonna à saint Pierre, dont il connaissait le repentir ; mais il abandonna Ju-das, dont la pénitence était fausse. Qu'il est malheureux pour un prêtre et pour un pénitent, si le prêtre lui donne l'absolution, lorsque le pénitent ne la mérite pas ! si, dans le moment où le ministre dit au pénitent : Je vous absous, Jésus-Christ dit : Moi, je le condamne... Hélas ! que le nombre de ceux-là est grand, puisqu'il y en a si peu qui quittent le péché après avoir reçu l'absolution, et changent de vie !
Tout cela est bien vrai, me direz-vous ; mais, que dira-t-on de moi, après m'avoir vu plusieurs fois confesser et ne point faire de pâques ? L'on va croire que je mène mauvaise vie ; d'ailleurs, j'en connais bien d'autres, plus pécheurs que moi, qui ont bien passé ; vous avez bien reçu un tel, qui a mangé de la viande avec moi ; qui est bien allé les dimanches, aussi bien que moi, à..... – La conscience de l'autre n'est pas la vôtre ; s'il fait mal, il ne faut pas l'écouter. Est-ce que vous voudriez, pour sauver les apparen-ces, vous damner en faisant un sacrilège ? Ne serait-ce pas le plus grand des malheurs ? Vous croyez qu'on vous remarque, parce que l'on vous a vu vous confesser plusieurs fois, et que vous ne communiez pas. Ah ! mon ami, craignez plutôt les yeux de Dieu, devant qui vous avez fait le mal, et ne faites pas attention à tout le reste. Vous dites que vous en connaissez de plus coupables que vous, qui ont passé. Qu'en savez-vous ? Un ange vous est-il venu dire si Dieu ne les a pas changés et convertis ? Et, quand même ils ne seraient pas convertis, devez-vous faire mal parce qu'ils font mal ? Voudriez-vous vous damner, parce que les autres se dam-nent ? Mon Dieu, quel affreux langage ! – Mais, disent ces péni-tents, qui non seulement ne sont pas convertis, mais encore, qui ne désirent pas même de se convertir, mais bien seulement de sauver les apparences. Quand faudra-t-il donc venir pour commu-nier, je ne voudrais guère attendre ? – Quand il faudra venir pour communier ? écoutez saint Jean Chrysostome ; il va lui-même nous apprendre quand il faudra venir pour communier. Est-ce à Pâques, à la Pentecôte, à Noël ? Non, vous dit-il. Est-ce à l'article de la mort ? Non, vous dit-il encore. Quand est-ce donc ? C'est, vous dit-il, quand vous aurez renoncé, pour tout de bon, au péché, et serez bien résolus de ne plus y retomber, avec le secours de la grâce du bon Dieu ; quand vous aurez rendu ce bien qui n'est pas à vous ; que vous vous serez réconciliés avec votre ennemi ; c'est quand vous serez véritablement convertis. – D'autres pécheurs nous diront : Si vous êtes si difficile, nous irons à d'autres, qui nous passeront bien. Voilà tant de fois que je viens ; j'ai autre chose à faire que de courir les chemins ; de longtemps je ne re-viens ; je vois bien que vous m'en voulez. Quel mal ai-je donc tant fait ? – Vous irez en trouver un autre, mon ami, vous êtes maître d'aller à qui bon vous semblera ; mais, croyez-vous qu'un autre voudra, mieux que moi, se damner. Non, sans doute. S'il vous reçoit, c'est qu'il ne vous connaît pas assez. Voulez-vous sa-voir ce que c'est qu'une personne qui parle de la sorte, et qui va chercher une absolution ailleurs ? écoutez et tremblez. Elle quitte son guide, qui peut bien la conduire, pour chercher un passeport pour aller droit en enfer. – Mais, me direz-vous, voilà tant de fois que je viens. – Eh bien ! mon ami, corrigez-vous, et il vous passe-ra la première fois que vous reviendrez. – De longtemps, dites-vous, je ne reviens pas. – Tant pis, pour vous seul, mon ami. En ne revenant plus, vous allez à pas de géant du côté de l'enfer. Il y en a qui sont si aveuglés, qu'ils vont jusqu'à croire que le confes-seur leur en veut, puisqu'il ne leur donne pas l'absolution. Sans doute, mon ami, il vous en veut ; mais c'est le salut de votre pau-vre âme qu'il veut de vous ; c'est pour cela, qu'il ne veut pas vous donner une absolution, qui, bien loin de vous sauver, vous damne-rait pour l'éternité. Mais, dites-vous, quel mal ai-je donc tant fait ? Je n'ai ni tué, ni volé... – Vous n'avez ni tué, ni volé, dites-vous ? Mais, mon ami, l'enfer renferme d'autres personnes qui n'ont ni tué, ni volé ; il y a plus que ces deux péchés qui traînent les âmes en enfer. Mais, si nous étions assez lâches pour vous donner l'ab-solution, lorsque vous ne la méritez pas, ce serait être le bourreau de votre pauvre âme, qui a tant coûté de souffrances à Jésus-Christ .
écoutez, M.F., ce trait d'histoire, qui va nous apprendre quels sont les effets de ces absolutions précipitées, sans que le pé-nitent y soit disposé. Saint Charles Borromée nous rapporte qu'un homme riche de Naples menait une vie qui n'était guère chré-tienne. Il s'adressa à un confesseur qui passait pour être bien in-dulgent et bien facile. Ce prêtre, en effet, n'eut pas plus tôt enten-du ce pénitent, qu'il lui donna l'absolution sans aucune preuve de repentir. Le gentilhomme, quoique sans religion, étonné de cette facilité que beaucoup de confesseurs sages et éclairés n'avaient pas eue pour lui, se lève brusquement, et tirant quelques pièces de monnaie de sa poche : « Tenez, mon Père, lui dit-il, recevez, ces pièces et conservez-les bien jusqu'à ce que nous nous retrouvions ensemble dans le même lieu. – Quand, et dans quel lieu nous re-verrons-nous, lui répondit le prêtre tout étonné ? – Mon Père, ce sera au fond des enfers, où nous serons bientôt l'un et l'autre ; vous, pour m'avoir donné l'absolution dont j'étais indigne, et moi, pour avoir été assez malheureux que de la recevoir sans avoir été converti. »
Que pensez-vous de cela, M.F. ? Méditons-le ensemble ; il y a de quoi faire trembler les uns et les autres. – Mais, me direz-vous, quand est-ce donc qu'on peut recevoir l'absolution ? Aussi-tôt que vous serez con-vertis, que vous aurez changé dans votre manière de vivre ; que vous prierez bien le bon Dieu qu'il fasse connaître à votre confesseur quelles sont les dispositions de votre cœur ; lorsque vous aurez accompli bien exactement tout ce que votre confesseur vous aura prescrit, et que vous ne manquerez pas de revenir dans le temps qu'il vous a dit. Il est rapporté d'un pé-cheur qui se convertit dans une mission, qu'après sa confession, le prêtre le vit si bien disposé, qu'il allait lui donner l'absolution. Ce pauvre homme lui dit : « Eh quoi ! mon Père, à moi l'absolution ! ah ! laissez-moi pleurer quelque temps les péchés que j'ai eu le malheur de commettre ; éprouvez-moi, afin que vous soyez assuré que mon repentir est sincère. » – En recevant l'absolution, il croyait mourir de douleur. Mon Dieu ! que ces dispositions sont rares ! mais que les confessions bonnes le sont aussi ! Concluons, que nous ne devons jamais presser notre confesseur de nous don-ner l'absolution, parce que nous devons toujours trembler de n'être pas prêts, c'est-à-dire, assez convertis. Demandons au bon Dieu qu'il nous convertisse, en nous confessant, afin que nos péchés soient véritablement pardonnés. C'est le bonheur que je vous sou-haite. 13ème DIMANCHE APRèS LA PENTE-CôTE
Sur le service de Dieu.
Quaerite prinaum regnum Dei et justitiam ejus.
Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice.
(S. Matthieu, VI, 33.)
Saint Matthieu nous apprend que Jésus-Christ s'étant un jour trouvé avec des personnes qui s'occupaient beaucoup des affaires temporelles, leur dit : « Ne vous inquiétez pas tant de tout cela, cherchez premièrement le royaume des cieux et sa justice, et tout le reste vous sera donné avec abondance ; en voulant leur dire, par là, que s'ils avaient le bonheur de mettre tous leurs soins à plaire à Dieu et à sauver leurs âmes, son Père leur fournirait tout ce qui leur serait nécessaire pour les besoins du corps. – Mais pensez-vous, comment est-ce que nous pouvons chercher le royaume des cieux et sa justice ? – Comment, M.F. ? Rien de plus facile et de plus consolant : c'est en vous attachant au service de Dieu qui est le seul moyen qui nous reste, pour nous conduire à la fin noble et heureuse pour laquelle nous sommes créés.
Oui, M.F., nous le sa-vons tous, et même les plus grands pécheurs sont convaincus qu'ils ne sont dans le monde que pour servir le bon Dieu, en fai-sant tout ce qu'il nous commande. – Mais, me direz-vous, pour-quoi est-ce donc qu'il y en a si peu qui travaillent à cela ? – M.F., le voici : c'est que les uns regardent le service de Dieu comme une chose très difficile ; ils pensent qu'ils n'ont pas assez de force pour l'entreprendre, ou que, l'ayant entrepris, ils ne pourront pas persé-vérer. Voilà précisément, M.F., ce qui décourage ou détourne une grande partie des chrétiens. Au lieu d'écouter ces consolantes pa-roles du Sauveur, qui ne peut nous tromper, et qui nous dit que son service est doux et agréable, qu'en le faisant nous y trouve-rons la paix de nos âmes et la joie de notre cœur ... Mais, pour mieux vous le faire comprendre, je vais vous montrer lequel des deux mène une vie plus dure, plus triste et plus pénible, ou de ce-lui qui remplit ses devoirs de religion avec fidélité, ou de celui qui les abandonne pour suivre ses plaisirs et ses passions, pour vivre à sa liberté .
I. – Oui, M.F., de quelque côté que nous considérions le ser-vice de Dieu, qui consiste dans la prière, la pénitence, la fréquen-tation des sacrements, l'amour de Dieu et du prochain et un entier renoncement à soi-même ; oui, M.F., nous ne trouvons dans tout cela que joies, que plaisirs et que bonheur pour le présent et pour l'avenir, comme vous allez le voir. Celui qui connaît sa religion et qui la pratique sait que les croix et les persécutions, les mépris, les souffrances, et enfin, la pauvreté et la mort se changent en dou-ceurs, en consolation et en récompense éternelle. Dites-moi, vous en êtes-vous jamais formé une idée sensible ? Non, sans doute. Cependant, M.F., cela est tel que je vous le dis ; et, pour vous le prouver de manière que vous ne puissiez pas en douter, écoutez Jésus-Christ lui-même : « Bienheureux les pauvres, parce que le royaume des cieux leur appartient, et malheur aux riches, parce qu'il est très difficile que les riches se sauvent . » Vous voyez donc, d'après Jésus-Christ, que la pauvreté ne doit pas nous rendre malheureux, puisque le Sauveur nous dit : « Bienheureux les pau-vres. »
En deuxième lieu, ce ne sont pas les souffrances ni les cha-grins ; puisque Jésus-Christ nous dit : « Bienheureux ceux qui pleurent et qui sont persécutés, parce qu'un jour viendra qu'ils se-ront consolés ; mais malheur au monde et à ceux qui prennent leurs plaisirs, parce qu'un jour viendra que leur joie se changera en larmes et en tristesse éternelle . »
En troisième lieu, ce n'est pas d'être méprisé, puisque Jésus-Christ nous dit : « On me méprise et on vous méprisera, on me persécute et on vous persécutera ; mais, bien loin de vous laisser aller à la tristesse, réjouissez-vous, parce qu'une grande récom-pense vous attend dans le ciel . » Dites-moi, M.F., que pourra ré-pondre maintenant ce pauvre homme qui veut nous dire qu'il est malheureux, et qui nous demande comment il pourra se sauver au milieu de tant de persécutions, de calomnies et d'injustices qu'on lui fait ? Non, non, M.F., disons-le : rien n'est capable de rendre l'homme malheureux ici-bas, que le défaut de religion ; et l'homme, malgré tout ce qu'il pourra éprouver sur la terre, s'il veut s'attacher au service de Dieu, ne laissera pas que d'être heureux.
Nous avons dit, M.F., que celui qui s'attache au bon Dieu se trouve plus heureux que les gens du monde, dans le moment où tout va selon leurs désirs ; et même, nous voyons que plusieurs saints ne respiraient que le bonheur de souffrir ; nous en avons un bel exemple dans la personne de saint André. Il est rapporté dans sa vie qu'égée, gouverneur de la ville, voyant que saint André, par ses prédications, rendait désert le temple de ses faux dieux, l'envoya prendre. Le saint étant présenté devant son tribunal, il lui dit d'un air menaçant : « Est-ce toi, qui fais profession de détruire le temple de nos dieux, en annonçant une religion toute nou-velle ? » Saint André lui répondit : « Elle n'est point nouvelle, au contraire, elle a commencé avec le monde. » – « Ou tu renonceras à ton crucifié, ou je te ferai mourir en croix comme lui. » – « Nous, chrétiens, lui répondit saint André nous ne craignons point les souffrances, elles font tout notre bonheur sur la terre ; plus nous aurons été conformes à Jésus-Christ crucifié, plus nous serons glorieux dans le ciel ; vous serez plus tôt las de me faire souffrir, que moi, de souffrir. » Le proconsul le con-damna à mou-rir en croix ; mais pour rendre son supplice plus long, il ordonna de ne pas le clouer, mais seule-ment de l'attacher avec des cordes, pour qu'il souffrît plus longtemps. Saint André eut tant de joie d'être condamné à mourir en croix comme Jésus-Christ, son divin Maître, que voyant deux mille hommes qui allaient assister à sa mort, et qui presque tous versaient des larmes, ayant peur qu'on le privât de son bonheur, il éleva la voix pour les conjurer, en, grâce, de ne pas retarder son martyre. D'aussi loin qu'il aperçut la croix sur laquelle il devait être attaché, il s'écria tout trans-porté d'allé-gresse : « Je vous salue, ô Croix vénérable, qui avez été consacrée et ornée par l'attouchement du Corps adorable de Jésus-Christ, mon divin Sauveur ! » ô Croix sacrée ! ô Croix tant désirée ! ô Croix aimée avec tant d'ardeur ! ô Croix que j'ai recherchée et dé-sirée avec tant de zèle et sans relâche ! c'est vous qui allez satis-faire tous les désirs de mon cœur ! ô Croix bien aimée, recevez-moi des mains des hommes pour me remettre entre celles de mon Dieu, afin que je passe de vos bras entre ceux de celui qui m'a ra-cheté. » L'auteur qui a écrit sa Vie nous dit qu'étant au pied de la croix pour y être attaché, il ne changea point de couleur, les che-veux ne lui dressèrent point à la tête, comme il arrive aux crimi-nels, il ne perdit point la voix, le sang ne lui glaça point dans les veines, il ne fut pas même saisi de la moindre frayeur ; mais, au contraire, l'on voyait que le feu de la charité, dont son cœur brû-lait, lui faisait jeter des flammes ardentes par la bouche. Lorsqu'il fut auprès de la croix, il se dépouilla lui-même et donna ses habits au bourreau ; il monta sans l'aide de personne sur le bois ou était placée la croix. Tout le peuple, qui était au moins de vingt mille, voyant saint André attaché, cria que c'était une injustice de faire souffrir un homme si saint, et courut au palais pour mettre en piè-ces le proconsul, s'il ne le détachait pas. Craignant pour sa vie, le proconsul va le faire détacher. D'aussi loin que saint André le vit venir, il s'écria : « ô Egée, que venez-vous faire ici ? Si vous ve-nez pour apprendre à connaître Jésus-Christ, bon, venez ; mais si vous venez pour me faire détacher, n'allez pas plus loin, sachez que vous n'en viendrez pas à bout et que j'aurai la consolation de mourir pour mon divin Maître ! Ah ! je vois déjà mon Dieu, je l'adore avec tous les bienheureux. » Malgré cela, le gouverneur voulut le faire détacher, crainte que le peuple ne le fît mourir lui-même ; mais il fut impossible de le détacher : à mesure qu'ils s'approchaient pour le détacher, les forces leur man-quaient, ils restaient immobiles. Alors saint André s'écria en levant les yeux au ciel : « Mon Dieu, je vous demande la grâce de ne point per-mettre que votre serviteur, qui est en croix pour la confession de votre nom, reçoive cette humiliation que d'être délivré par les or-dres d'égée. Mon Dieu ! vous êtes mon Maître, vous savez que je n'ai cherché et désiré que vous.
» Comme il achevait ces paroles, on vit une lumière en forme de globe qui enveloppa tout son corps, et répandit une odeur qui embauma tous les assistants, et, dans le même moment, son âme partit pour l'éternité. Voyez-vous, M.F. ? celui qui connaît sa religion et qui est attaché au ser-vice de son Dieu, ne regarde pas les souffrances comme des mal-heurs ; mais il les désire et les regarde comme des biens inestima-bles. Oui, M.F., même dès ce monde, celui qui a le bonheur de s'attacher à Dieu, est plus heureux que le monde avec tous ses plaisirs. écoutez saint Paul : « Oui, nous dit-il , je suis plus heu-reux dans mes chaînes, dans mes prisons, dans le mépris et les souffrances, que mes persécuteurs ne le sont dans leur liberté, dans leur abondance et leur crapule. Mon cœur est si rempli de joie, qu'il ne peut pas la contenir, elle déborde de tous côtés . » Oui, sans doute, M.F., saint Jean-Baptiste est plus heureux dans son désert, abandonné de tout secours humain, qu'Hérode sur son trône, enseveli dans ses richesses, et plongé dans le bonheur de ses infâmes passions. Saint Jean est dans son désert, il converse familièrement avec son Dieu, comme un ami avec son ami, tandis qu'Hérode est dévoré par une secrète crainte de perdre son royaume, ce qui le porte à faire égorger tant de pauvres enfants . Voyez encore David : n'est-il pas plus heureux en fuyant la colère de Saül, quoique réduit à passer les nuits dans les forêts ; trahi et abandonné de ses meilleurs amis, s'unissant pendant ce temps-là à son Dieu et mettant toute sa confiance en lui, n'est-il, pas plus heureux que Saül dans les biens et l'abondance des richesses et des plaisirs ? David bénit le Seigneur de lui prolonger ses jours pour lui donner le temps de souffrir pour son amour, tandis que Saül maudit sa vie et devient lui-même son bourreau . Pourquoi cela, M.F. ? Hélas ! c'est que l'un s'attache au service de son Dieu, et que l'autre l'abandonne.
Que conclure de cela, M.F. ? Rien autre chose, sinon que ce ne sont ni les biens, ni les honneurs, ni la vanité qui peuvent ren-dre l'homme heureux sur la terre ; mais l'attachement seul au ser-vice de Dieu, quand nous avons le bonheur d'en avoir connais-sance et de le bien remplir. Cette femme qui est méprisée de son mari n'est donc pas malheureuse dans son état parce qu'elle est méprisée, mais parce qu'elle ne connaît pas sa religion, ou parce qu'elle ne pratique pas ce qu'elle lui ordonne. Apprenez-lui sa re-ligion, et, dès que vous verrez qu'elle pratiquera, elle cessera de se plaindre et de se croire malheureuse. Oh ! que l'homme serait heureux, même sur la terre, s'il connaissait sa religion, et s'il avait le bonheur d'observer ce qu'elle nous commande, s'il considérait les biens qu'elle nous propose pour l'autre vie !
Oh ! quel pouvoir n'a pas une personne auprès de Dieu, quand elle l'aime et le sert avec fidélité.
Hélas ! M.F., une personne, mé-prisée des gens du monde, qui semble n'être digne que d'être fou-lée aux pieds, voyez-la se rendre maîtresse de la volonté et de la puissance de Dieu même. Voyez un Moïse, qui force le Seigneur d'ac-corder le pardon à trois cent mille hommes bien coupables ; voyez Josué, qui commande au soleil de s'arrêter, le soleil devient immobile : ce qui n'était jamais arrivé et ce qui peut-être n'arrivera jamais. Voyez les apôtres, seulement parce qu'ils aimaient le bon Dieu, les démons fuyaient devant eux, les boiteux marchaient, les aveugles voyaient, les morts ressuscitaient. Voyez un saint Benoît qui commande aux rochers de s'arrêter dans leur course, ils restent suspendus en l'air ; voyez-le qui multiplie les pains, qui fait sortir les eaux des rochers, et qui rend les pierres et le bois aussi légers qu'un brin de paille : Voyez un saint François de Paule qui commande aux poissons de venir entendre la parole de Dieu, ils se rendent à son appel avec tant de fidélité qu'ils applaudissent à ses paroles . Voyez un saint Jean qui commande aux oiseaux de se taire, ils lui obéissent . Voyez-en encore d'autres, qui traversent les mers sans aucun secours humain . Eh bien ! mettez donc maintenant en regard tous ces impies et tous ces grands du monde avec tous leurs beaux esprits et leur science à tout faire : hélas ! de quoi sont-ils capables ? de rien du tout ; et pourquoi cela ? sinon parce qu'ils ne se sont pas attachés au service de Dieu. Oh ! que celui qui connaît sa religion et qui pratique ce qu'elle commande est puissant et heureux en même temps !
Hélas ! M.F., que celui qui vit au gré de ses passions et aban-donne le service de Dieu est malheureux et capable de bien peu de chose ! Mettez une armée de cent mille hommes auprès d'un mort, et que tous emploient leur puissance pour le ressusciter : non, non, M.F., il ne ressuscitera pas ; mais qu'une personne qui est méprisée du monde et qui est dans l'amitié du bon Dieu, com-mande à ce mort de reprendre la vie : de suite vous le verrez se lever et marcher. Nous en avons d'autres preuves encore . Si, pour servir le bon Dieu, il fallait être riche ou bien savant, beaucoup de personnes ne le pourraient pas. Mais non, M.F., les grandes sciences et les grandes richesses ne sont nullement né-cessaires pour servir le bon Dieu ; au contraire, elles sont bien souvent un très grand obstacle. Oui, M.F., que nous soyons riches ou pauvres, dans quelque état que nous soyons, savants ou non, nous pouvons plaire à Dieu et nous sauver ; et même, saint Bonaventure dit que nous le pouvons : « dans quelque état ou condition que nous soyons.
» écoutez-moi un instant, et vous allez voir que le service de Dieu n'a rien que de quoi nous consoler et nous rendre heureux au milieu de toutes les misères de la vie. Pour cela, vous n'avez besoin de quitter ni vos biens, ni vos parents, ni même vos amis, à moins qu'ils ne vous portent au péché ; vous n'avez pas besoin d'aller passer vos jours dans un désert pour y pleurer vos péchés ; si encore cela nous était nécessaire, nous devrions nous trouver heureux d'avoir un remède à nos maux ; mais non, un père et une mère de famille peuvent servir le bon Dieu en vivant avec leurs enfants, les élevant chrétiennement ; un domestique peut bien facilement servir le bon Dieu et son maître, rien n'empêche ; au contraire, son travail et l'obéissance qu'il est obligé de donner à ses maîtres, deviennent un sujet de mérites. Non, M.F., la manière de vivre en servant le bon Dieu ne change rien dans tout ce que nous faisons ; au contraire, nous faisons mieux tout ce que nous faisons ; nous sommes plus assidus et plus attentifs à remplir les devoirs de notre état ; nous sommes plus doux, plus humains et plus charitables ; plus sobres dans nos repas, plus réservés dans nos paroles ; moins sensibles aux pertes et aux injures que nous recevons ; c'est-à-dire, M.F., que quand nous nous attachons au service de Dieu, nous faisons mieux tout ce que nous faisons, nous agissons seulement d'une manière plus noble, plus relevée et plus digne d'un chrétien. Au lieu de travailler par ambition, par intérêt, nous ne travaillons que pour plaire au bon Dieu, qui nous le commande, et pour satisfaire à sa justice. Au lieu de rendre ser-vice ou de faire l'aumône au prochain par orgueil, pour être esti-més, nous ne le faisons qu'en vue de plaire à Dieu et de racheter nos péchés. Oui, M.F., encore une fois, un chrétien qui connaît sa religion et qui la pratique, sanctifie toutes ses actions sans rien changer à ce qu'il fait ; et, sans rien y ajouter, tout devient un sujet de mérite pour le ciel. Eh bien ! M.F., dites-moi, si vous aviez bien pensé qu'il fût si doux et si consolant de servir le bon Dieu, auriez-vous pu vivre comme vous avez vécu jusqu'à présent ? Ah !
M.F., quel regret, à l'heure de la mort, quand nous verrons que si nous nous étions attachés au service de Dieu, nous aurions gagné le ciel en ne faisant que ce que nous avons fait ! ô mon Dieu ! quel malheur pour celui qui sera du nombre de ces aveu-gles !
Maintenant, je vais vous demander si c'est l'extérieur de la re-ligion qui vous paraît rebutant et trop difficile ?
Est-ce la prière, les offices divins, les jours d'abstinence, le jeûne, la fréquentation des sacrements, la charité envers votre prochain ? Eh bien ! vous allez voir que, de tout cela, il n'y a rien de pénible comme vous l'avez cru.
1? Je dis : Est-ce la prière qui est pénible ? N'est-ce pas, au contraire, le moment le plus heureux de notre vie ? N'est-ce pas par la prière que nous conversons avec le bon Dieu, comme un ami avec son ami ? N'est-ce pas dans ce moment que nous com-mençons à faire ce que nous ferons avec les anges dans le ciel ? N'est-ce pas un trop grand bonheur pour nous, qu'étant si miséra-bles, le bon Dieu, qui est si grand, nous souffre en sa sainte pré-sence, où il nous fait part, avec tant de bonté, de toute sorte de consolations ? D'ailleurs, n'est-ce pas lui qui nous a donné tout ce que nous avons ? N'est-il pas juste que nous l'adorions et que nous l'aimions de tout notre cœur ? N'est-ce pas le moment le plus heu-reux de notre vie, puisque nous y éprouvons tant de douceurs ? Est-ce une peine de lui offrir tous les matins, nos prières et nos actions, afin qu'il les bénisse et qu'il nous en récompense pour l'éternité ? Est-ce trop de lui consacrer chaque semaine un jour ? Ne devons-nous pas, au contraire, voir venir ce jour avec un grand plaisir ; puisque c'est dans ce saint jour que l'on nous ap-prend les devoirs que nous sommes obligés de remplir envers Dieu et notre prochain, et que l'on nous fait concevoir ce grand désir des biens de l'autre vie, qui nous porte à mépriser, ce qui est méprisable ? N'est-ce pas dans une instruction, que nous appre-nons à connaître la grandeur des peines que mérite le péché ? Ne nous sentons-nous pas tout disposés à ne plus le commettre, pour éviter les tourments qui lui sont réservés ? ô mon Dieu ! que l'homme connaît peu son bonheur !
Dites-moi : est-ce la confession qui vous répugne ? Mais, mon ami, peut-on trouver un plus grand bonheur que de voir, en moins de trois minutes, changer notre éternité malheureuse en une autre éternité de plaisirs de joie et de bonheur ? N'est-ce pas la confession qui nous rend l'amitié de notre Dieu ? N'est-ce pas la confession qui éteint en nous ces remords de conscience, qui nous déchirent sans cesse ? N'est-ce pas elle qui donne la paix à notre âme, et qui nous donne une nouvelle espérance pour le ciel ? N'est-ce pas dans ce moment que Jésus-Christ semble déployer les richesses de sa miséricorde jusqu'à l'infini ? Ah ! M.F., sans ce sacrement, que de damnés de plus et que de saints de moins !... Oh ! que les saints qui sont dans le ciel sont reconnaissants à Jé-sus-Christ d'avoir établi ce sacrement !
Dites-moi, M.F., est-ce les jeûnes que l'église vous prescrit qui vous font trouver le service de Dieu pénible ? Mais l'église ne vous en commande pas plus que vous n'en pouvez faire. D'ail-leurs, M.F., si nous considérions cela avec les yeux de la foi, n'est-ce pas un grand bonheur que, par les petites privations, nous évitions les peines du purgatoire qui sont si rigoureuses ? Mais combien, M.F., qui se condamnent à des jeûnes bien plus rigou-reux, pour conserver leur santé et pour contenter leur amour des plaisirs ou leur gourmandise ? Ne verra-t-on pas une jeune femme abandonner ses enfants entre les mains des étrangers, et aussi son ménage ?... N'en verra-t-on pas d'autres passer souvent des nuits entières dans un cabaret, au milieu des ivrognes, qui souvent re-gorgent de vin, où elles n'entendent que saletés et abominations ? Ne trouve-t-on pas des veuves qui arrachent les quelques minutes qui leur restent à vivre, et qu'elles ne devraient consacrer qu'à pleu-rer les folies de leur jeunesse..., n'en trouve-t-on pas qui se livrent à toutes sortes de vices, comme des personnes qui ont subitement perdu la tête ? elles servent de scandale à toute une paroisse. Ah ! M.F., si l'on faisait pour le bon Dieu ce que l'on fait pour le monde, que de chrétiens iraient au ciel ! Hélas ! M.F., s'il vous fallait passer des trois ou quatre heures dans une église à prier ; comme vous les passez dans une danse ou dans un cabaret, que le temps vous durerait !... S'il fallait faire plusieurs lieues pour entendre un sermon, comme on le fait pour ses plaisirs ou bien pour contenter son avarice, hélas ! M.F., que de prétextes, que de détours on prendrait pour ne pas y aller ! mais, pour le monde, rien ne coûte ; et, bien plus, l'on ne craint de perdre ni son Dieu, ni son âme, ni le ciel. Oh ! M.F., que Jésus-Christ avait donc bien raison lorsqu'il disait que les enfants du siècle avaient bien plus de zèle pour servir leur maître qui est le monde, que les enfants de lumière n'en ont pour servir leur maître qui est le Seigneur . Hélas ! M.F., disons-le à notre honte, l'on ne craint ni dépenses ni même de faire des dettes quand il s'agit de ses plaisirs ; mais si un pauvre leur demande, ils n'ont rien : voilà ce que c'est, l'on a tout pour le monde et rien pour le bon Dieu, parce que l'on aime le monde et rien le bon Dieu.
Mais quelle est la cause, M.F., que nous abandonnons le ser-vice de Dieu ? La voici, M.F. ! Nous voudrions pouvoir servir Dieu et le monde : c'est-à-dire, pouvoir allier l'ambition et l'or-gueil avec l'humilité, l'avarice avec cet esprit de détachement que l'évangile demande de nous ; il faudrait pouvoir mêler la corrup-tion avec la sainteté de la vie divine, ou, pour mieux dire, le ciel avec l'enfer. Si la religion commandait ou du moins permettait la haine et la vengeance, la fornication et l'adultère, si cela pouvait se faire, nous serions tous de bons chrétiens ; tous seraient des en-fants fidèles à leur religion ; le libertinage, ainsi que tous les au-tres vices, ne feraient plus de réprouvés. Mais, pour servir le bon Dieu, il n'est pas possible de se pouvoir conduire de cette ma-nière ; il faut absolument être tout à Dieu ou rien.
Quoique nous ayons dit, M.F., que tout est consolant dans no-tre sainte religion, comme cela est très véritable, cependant il faut ajouter que nous devons faire du bien à ceux qui nous font du mal, aimer ceux qui nous haïssent, conserver la réputation de nos ennemis, les défendre, lorsque nous voyons d'autres personnes qui en parlent mal ; et au lieu de leur souhaiter du mal, il faut prier le bon Dieu qu'il les bénisse. Bien loin de murmurer, lorsque le bon Dieu nous envoie quelque peine et quelque chagrin, il faut le re-mercier, à l'exemple du saint roi David, qui baisait la main qui le châtiait . Notre religion veut que nous passions saintement le saint jour du dimanche, en travaillant à nous procurer l'amitié du bon Dieu, si nous avons le malheur de ne pas l'avoir, ou à la conserver si nous sommes si heureux que de l'avoir ; elle veut que nous regardions le péché comme notre plus cruel ennemi. Eh bien ! M.F., voilà ce qui nous paraît le plus dur et le plus rebutant. Mais, dites--moi, dans tout cela, n'est-ce pas chercher notre bonheur sur la terre et pour l'éternité ? Ah ! M.F., si nous connais-sions notre sainte religion, et le plaisir que l'on a en le pratiquant, que tout cela nous paraîtrait peu de chose ! combien de saints sont allés au-delà de ce que Dieu demandait d'eux pour leur donner le ciel ! Ils nous ont dit que si l'on avait une fois goûté les douceurs et les consolations que l'on trouve dans le service de Dieu, il serait impossible de le quitter pour servir le monde avec ses plaisirs. Le saint roi David nous dit qu'un seul jour passé dans le service de Dieu, vaut mieux que mille de ceux que les mondains passent dans leurs plaisirs et leurs joies profanes .
II. – Dites-moi, qui de nous voudrait du service du monde, si nous avions le bonheur, le grand bonheur de comprendre toutes les misères que l'on y éprouve en cherchant ses plaisirs, et les tourments que l'on se prépare pour l'éternité ? ô mon Dieu ! que nous sommes aveugles de perdre tant de biens, même dès ce monde, et encore plus pour l'éternité ! Et encore, pour des plaisirs qui n'ont que l'apparence de plaisirs, des joies qui sont mêlées de tant de chagrins et de tristesses ! En effet, qui voudrait du service de Dieu, s'il fallait autant souffrir et essuyer de soucis, de mortifi-cations et de déchirements de cœur que pour le monde ? Voyez un homme qui s'est mis en tête de ramasser du bien : il n'y a point de vents ni de mauvais temps qui l'arrêtent ; il souffre tantôt la faim, tantôt la soif, tantôt le mauvais temps ; il va même, nombre de fois, jusqu'à exposer sa vie et perdre sa réputation. Combien qui vont les nuits pour piller leurs voisins, qui s'exposent ou à être tués ou à perdre leur réputation et celle de toute leur famille.
Sans aller si loin, M.F., vous en coûterait-il plus pendant les saints offi-ces, d'être dans l'église à écouter la parole de Dieu avec respect, que d'aller dehors pour y causer de vos affaires temporelles ou de choses qui ne sont rien ? Pendant que nous disons les Vêpres, ne seriez-vous pas aussi heureux d'y venir que de rester chez vous à vous ennuyer, pendant que l'on chante les louanges de Dieu. ? Mais, me direz-vous, il y a encore bien des violences à se faire quand on veut servir le bon Dieu. – Eh bien ! moi, je vous dirai qu'il y a beaucoup moins à souffrir pour suivre Dieu avec sa croix, que pour suivre le monde, pour suivre ses passions, et vous allez le voir. Vous pensez peut-être qu'il est difficile de pardonner une injure que l'on vous a faite ; mais, dites-moi, lequel des deux souffre le plus, de celui qui pardonne promptement et de bon cœur pour le bon Dieu, ou de celui qui nourrit, pendant des deux ou trois ans, des sentiments de haine contre son prochain ? N'est-ce pas un ver qui le ronge et le dévore continuellement, qui, sou-vent, l'empêche et de manger et de dormir ; au lieu que, l'autre, en pardonnant, a de suite trouvé la paix de l'âme ? N'est-on pas plus heureux de dompter ses passions impures que de vouloir les contenter ? Peut-on une fois les satisfaire entièrement ? Non, M.F., jamais : au sortir d'un crime, elles vous portent à un autre, sans vous dire que c'est assez ; vous êtes un esclave, elles vous trament partout où elles veulent. Mais, pour mieux vous en convaincre, allons trouver un de ces hommes qui font consister tout leur bonheur dans le plaisir des sens, et qui se jettent à corps perdu dans les ordures des plus infâmes et honteuses passions. Oui, M.F., si, avant qu'un tel homme eût donné dans le liberti-nage, quelqu'un lui avait fait la peinture de la vie qu'il mène main-tenant, aurait-il pu y penser sans horreur ? Si vous lui aviez dit : Mon ami, vous avez deux partis à prendre : ou réprimer vos pas-sions ou vous y abandonner. L'un et l'autre a ses plaisirs et ses peines, les voici : vous choisirez lequel des deux vous voudrez. Si vous voulez prendre le parti de pratiquer la vertu, vous aurez bien soin de ne jamais fréquenter les libertins, vous choisirez vos amis parmi ceux qui pensent et agissent comme vous. Toutes vos lectu-res seront sur des livres saints, qui vous animeront à la pratique de la vertu, qui vous feront aimer le bon Dieu ; vous concevrez cha-que jour un nouvel amour pour lui ; vous emploierez saintement votre temps, et tous vos plaisirs ne seront que des plaisirs inno-cents, qui, en délassant votre corps, nourriront votre âme ; vous remplirez vos devoirs de religion sans affectation, mais avec fidé-lité ; vous choisirez pour vous conduire dans la voie du salut, un sage et éclairé confesseur, qui ne cherchera que le bien de votre âme, et vous suivrez avec fidélité tout ce qu'il vous commandera. Voilà, mon ami, toutes les peines que vous éprouverez dans le service de Dieu. Votre récompense sera d'avoir toujours l'âme en paix et votre cœur toujours content ; vous serez aimé et estimé de tous les gens de bien ; vous vous préparerez une heureuse vieil-lesse, exempte d'une infinité d'infirmités, qui ne sont que trop or-dinaires à ceux qui passent une jeunesse déréglée ; vos derniers moments seront doux et tranquilles ; de quelque côté que nous considérions votre vie, rien ne pourra vous chagriner, au contraire, tout contribuera à vous réjouir. Vos croix, vos larmes et toutes vos pénitences ne seront plus que comme des ambassa-deurs que le ciel vous enverra pour vous assurer que votre bon-heur sera éternel et que vous n'avez plus rien à craindre. Si, dans ces moments, vous portez vos regards vers l'avenir, vous ne voyez que le ciel ouvert pour vous recevoir ; enfin, vous sortirez de ce monde comme une sainte et chaste colombe qui va s'ensevelir et se cacher dans le sein de son bien-aimé ; vous ne quitterez rien, pour tout prendre. Vous n'avez désiré que Dieu seul et vous voilà avec lui pour toute l'éternité. Mais, maintenant, si vous voulez quitter Dieu et son service pour suivre le monde et ses plaisirs, votre vie se passera à toujours désirer et à toujours rechercher, sans jamais être content ni heureux ; vous aurez beau mettre tout en usage pour cela, vous n'en viendrez jamais à bout. Vous com-mencerez à effacer de votre esprit les principes de religion que vous avez appris dès votre enfance et que vous avez suivis jusqu'à présent ; vous ne verrez plus ces livres de piété qui nourrissaient votre âme, et qui la garantissaient de la corruption du monde ; vous ne serez plus maître de vos passions, mais elles vous traîne-ront partout où elles voudront ; vous vous ferez une religion à vo-tre mode ; vous lirez quelques mauvais livres, qui ne respireront que le mépris de la religion et le libertinage, et vous marcherez dans le chemin qu'ils vous auront tracé ; vous ne vous rappellerez vos jours anciens, que vous passiez dans la pratique de la vertu et de la pénitence et où vous vous faisiez une si grande joie de vous approcher des sacrements, dans lesquels le bon Dieu vous com-blait de tant de grâces, qu'en regrettant de n'avoir pas donné tout ce temps-là aux plaisirs du monde ; vous irez jusqu'à ne rien croire et à tout nier ; et, pour tout dire à la fois, vous ne serez plus qu'un petit impie : dans cette croyance, vous lâcherez la bride à toutes vos passions, en disant que, puisque tout finit avec la vie, il faut chercher tous les plaisirs que l'on peut goûter. Aveuglé par vos passions, vous vous précipiterez de péchés en péchés, sans même vous en apercevoir ; vous vous livrerez à tous les excès d'une jeunesse bouillante et corrompue, vous ne craindrez pas de sacrifier votre repos, vos biens, votre santé, votre honneur, et vo-tre vie même ; je ne dis pas votre âme, parce que vous croyez que vous n'en avez point. Vous serez la fable de toute une paroisse ; l'on vous regardera comme un monstre, l'on vous fuira et l'on vous craindra ; n'importe, vous vous moquerez de tout cela, vous irez toujours votre train ordinaire, ne suivant plus que la voie de vos passions, qui vous traîneront partout où elles voudront. Tantôt on vous trouvera auprès d'une jeune personne, à mettre en mou-vement tous les artifices et toutes les ruses que le démon vous inspirera pour la tromper, la séduire et la perdre ; tantôt, l'on vous verra au milieu de la nuit, à la porte d'une veuve lui offrant toutes les promesses possibles pour la faire consentir à contenter vos in-fâmes désirs. L'on vous verra même, sans aucun respect pour le droit sacré du mariage, fouler aux pieds toutes les lois de la reli-gion, de la justice et de la nature même, et vous ne serez plus qu'un infâme adultère. Vous en viendrez même jusqu'à faire des membres de Jésus-Christ les membres d'une infâme prostituée. Vous irez encore plus loin, parce que les peines d'esprit et de cœur ne sont pas les seules peines que vous aurez à dévorer en vivant dans le libertinage :
les infirmités du corps, un sang appau-vri, une vieillesse languissante seront votre partage. Pendant votre vie, vous avez abandonné le bon Dieu ; la mort fera reparaître cette foi que vous aviez éteinte par votre mauvaise vie... Si vous reconnaissez que vous avez abandonné le bon Dieu, il vous fera voir qu'il vous a aussi abandonné et rejeté pour jamais, et maudit pour une éternité ; alors, les remords de la conscience, que vous aviez tâché d'éteindre, se feront sentir et vous dévoreront, malgré tout ce que vous pourrez faire pour les étouffer ; tout vous trou-blera et vous jettera dans le désespoir. Si vous voulez repasser vo-tre vie, vous ne compterez vos jours que par le nombre de vos crimes, qui vous seront comme autant de tyrans qui vous déchire-ront sans cesse ; votre vie ne vous présentera que des grâces mé-prisées et qu'un temps bien précieux que vous aurez perdu ; vous aviez besoin de tout et vous n'avez profité de rien. Si vous voulez considérer l'avenir : les tourments dont votre âme sera dévorée vous feront croire que les flammes qui brûlent les malheureux ré-prouvés semblent déjà vous atteindre ; le monde, que vous aviez tant aimé, à qui vous aviez tant craint de déplaire, à qui déjà vous aviez sacrifié votre Dieu et votre âme, vous abandonne et vous rejette pour jamais. Vous avez voulu suivre ses plaisirs : mainte-nant, c'est-à-dire dans le moment où vous auriez besoin de tant de secours, vous serez abandonné à vous-même ; votre seule res-source sera le désespoir, et, bien plus, vous mourrez, et en tom-bant en enfer, vous direz que le monde vous a séduit ; mais que, trop tard, vous avez reconnu votre malheur. Eh bien ! M.F., que pensez-vous de tout cela ? Voilà cependant les peines et les joies de tous ceux qui vivent dans la vertu, et celles de ceux qui vivent pour le monde.
Oh ! M.F., quel malheur pour celui qui ne veut que le monde et qui laisse de côté le salut de son âme !... Oh ! M.F., que celui qui a le grand bonheur de ne chercher que Dieu seul et le salut de son âme, passe sa vie heureuse ! Que de peines de moins ! que de plaisirs de plus dans le service de Dieu ! que de remords de cons-cience épargnés à l'heure de la mort ! que de tourments évités pour l'éternité !... Oh ! M.F., que notre vie serait heureuse, malgré tout ce que nous pouvons éprouver de la part du monde et du dé-mon, si nous avions le bonheur de nous attacher au service de Dieu, en méprisant le monde et tout ce qui le suit ! Oh ! M.F., que le service de Dieu fait un grand changement en celui qui est si heureux que de ne chercher que Dieu sur la terre ! Si vous êtes avec un orgueilleux qui ne veut rien souffrir ; priez le bon Dieu qu'il l'attache à son service : alors vous verrez tout changer en lui ; il aimera le mépris et se méprisera lui-même. Un mari ou une femme sont-ils malheureux dans leur ménage ? tâchez de leur faire em-brasser le service de Dieu ; alors, vous ne les verrez plus se regarder comme malheureux, mais la paix et l'union régnera entre eux. Un domestique est-il traité durement de ses maîtres ? conseillez-lui de s'adonner au service de Dieu ; dès lors, vous le verrez ne plus se plaindre, il bénira même la bonté de Dieu de lui faire faire son purgatoire en ce monde. Disons mieux, M.F., une personne qui connaît sa religion et qui la pratique, n'est plus pour elle-même, mais elle ne tend qu'à rendre heureux son prochain. Pour mieux vous le faire sentir, en voici un bel exemple.
Nous lisons dans l'histoire, qu'il y avait dans la ville de Tou-louse, un saint prêtre, que son zèle et sa charité faisaient considé-rer dans toute la ville comme le père des pauvres. Quoiqu'il fût très pauvre lui-même, les se-cours ne lui manquaient pas. Un jour, une femme dévote vint lui annoncer qu'on venait de mettre son mari en prison et qu'il lui restait quatre enfants ; que si quel-qu'un n'avait pas pitié d'elle et de ses enfants, ils ne pouvaient que mou-rir de faim. Ce saint prêtre, attendri jusqu'aux larmes, quoiqu'il vînt déjà de faire la quête, repart pour redemander, surtout à un riche négociant. Mais, dans le moment où ce prêtre entrait, le marchand venait de recevoir une lettre qui lui annonçait une perte considérable. Le prêtre, sans rien savoir, lui fait le récit des misè-res de cette famille. Le marchand lui dit d'un air bourru : « Vous voilà encore, c'en est trop. » – « Ah ! monsieur, si vous saviez ! lui dit le prêtre. » – « Non, non, je ne veux rien savoir, retirez-vous promptement. » – « Mais, monsieur, lui dit le prêtre, que de-viendra cette pauvre famille ? ah ! je vous en con-jure ayez pitié de ses malheurs ! » L'autre, tout occupé de son malheur, se tourne contre le prêtre ; et lui donne un rude soufflet. Le prêtre, sans faire paraître la moin-dre émotion, lui présenta l'autre joue, en lui disant : « Monsieur, frappez tant que vous voudrez, pourvu que vous donniez pour soulager cette famille. » Le mar-chand, tout étonné de cela, lui dit : « Eh bien ! venez avec moi ; » et, le pre-nant par la main, il le conduisit dans son cabinet, lui ouvrit son coffre-fort : « Prenez tout ce que vous voudrez. » – Non, mon-sieur, lui dit humblement le prêtre, donnez-moi ce que vous vou-drez. » Le marchand plonge ses deux mains dans ses sacs, en lui disant : « Venez toutes les fois que vous voudrez. » Ah ! M.F., que la religion est quelque chose de précieux pour celui qui la connaît.