Sermons du curé d'Ars (page 4)

Jean-Marie Vianney · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Sermons de saint Jean-Marie Vianney, tomes 1 à 4 · 56 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Vous ne savez pas quand vous avez eu du respect humain ? C'est un jour que vous trouvant dans une société, où l'on disait de sales paroles contre la sainte vertu de pureté, ou contre la religion, vous n'osâtes pas reprendre ces personnes, et bien plus, dans la crainte que l'on vous raille, vous en avez souri.- Mais, me direz-vous, l'on est bien forcé, sans quoi l'on serait trop souvent raillé. – Vous craignez, mon ami, d'être raillé ? Ce fut bien aussi cette crainte qui porta saint Pierre à renier son divin Maître ; mais cela n'empêcha pas qu'il commît un gros péché qu'il pleura toute sa vie.

Vous ne savez pas quand vous avez eu du respect humain ? C'est un jour que le bon Dieu vous donna la pensée d'aller vous confesser, vous sentiez que vous en aviez bien besoin, mais vous pensâtes que l'on se moquerait de vous, que l'on vous traiterait de dévot. C'est une fois que vous aviez la pensée d'aller à la sainte Messe dans la semaine, et que vous pouviez y aller ; vous avez dit en vous-même que l'on se moquerait de vous et que l'on dirait : C'est bon pour ceux qui n'ont rien à faire qui ont de quoi vivre de leurs rentes.

Combien de fois ce maudit respect humain vous a empêché d'assister au catéchisme, à la prière du soir ! Combien de fois, étant chez vous, et faisant quelques prières ou quelques lectures de piété, vous êtes-vous caché voyant venir quelqu'un ! Combien de fois le respect humain vous a fait violer la loi du jeûne ou de l'abstinence, et n'oser pas dire que vous jeûniez, ou que vous ne faisiez pas gras ! Combien de fois vous n'avez pas osé dire votre Angelus devant le monde, ou vous vous êtes contenté de le dire dans votre cœur, ou vous êtes sorti pour le dire dehors ! Combien de fois vous n'avez point fait de prières le matin ou le soir, parce que vous vous êtes trouvé avec des personnes qui n'en faisaient point ; et tout cela, de crainte que l'on ne se moquât de vous !

Allez, pauvre esclave du monde, attendez l'enfer où vous serez précipité ; vous aurez bien le temps de regretter le bien que le monde vous a empêché de faire.

Ah ! mon Dieu, quelle triste vie mène celui qui veut plaire au monde et au bon Dieu ! Non, mon ami, vous vous trompez. Outre que vous vivrez toujours malheureux, vous ne viendrez jamais à bout de plaire au monde et au bon Dieu ; cela est aussi impossible que de mettre fin à l'éternité. Voici le conseil que j'ai à vous donner, et vous serez moins malheureux : ou donnez-vous tout au bon Dieu, ou tout au monde ; ne cherchez, et ne suivez qu'un maître, et, une fois à sa suite, ne le quittez pas.

Vous ne vous rappelez donc pas ce que Jésus-Christ vous dit dans l'évangile : Vous ne pouvez servir Dieu et le monde, c'est-à-dire que vous ne pouvez pas suivre le monde avec ses plaisirs, et Jésus-Christ avec sa croix. N'est-ce pas que vous avez bonne grâce d'être tantôt à Dieu et tantôt au monde ! Parlons plus clairement : il faudrait que votre conscience, que votre cœur vous permit d'être le matin à la table sainte et le soir à la danse ; une partie du jour à l'église et le reste dans les cabarets ou dans les jeux ; un moment parler du bon Dieu, et un autre moment dire des saletés ou bien des calomnies contre le prochain ; une fois, faire du bien à votre voisin, et un autre moment lui faire tort, c'est-à-dire, qu'avec les bons vous ferez le bien, parlerez du bon Dieu, avec les méchants vous ferez le mal.

Ah ! M.F., que la compagnie des méchants nous fait faire de mal ! Que de péchés nous éviterions, si nous avions le bonheur de fuir les gens sans religion ! Saint Augustin nous dit que plusieurs fois, s'étant trouvé avec les méchants, il avait eu honte de n'avoir pas autant de malice qu'eux, et, afin qu'on ne le blâmât pas, il disait le mal même qu'il n'avait pas fait . Pauvre aveugle ! que vous êtes à plaindre ! quelle triste vie !.... Oh ! maudit respect humain, que tu entraînes d'âmes dans les enfers ! Oh ! que de crimes dont tu es la cause ! Ah ! qu'il est coupable le mépris que nous faisons des grâces que le bon Dieu veut nous accorder pour nous sauver ! Hélas ! combien ont commencé leur réprobation par le respect humain, parce que, à mesure qu'ils ont méprisé les grâces que le bon Dieu leur voulait donner, la foi s'est éteinte en eux ; et, peu à peu, ils ont moins senti la grandeur du péché, la perte du ciel, les outrages qu'ils faisaient à Dieu par le péché. Ils ont fini par tomber en paralysie, c'est-à-dire qu'ils n'ont plus connu l'état malheureux de leur pauvre âme : ils restent dans le péché, et la plus grande partie y périssent.

Nous lisons dans l'évangile que Jésus-Christ, dans ses missions, comblait de toute sorte de grâces les lieux où il passait. Tantôt c'était un aveugle à qui il rendait la vue ; tantôt c'étaient des sourds qu'il faisait entendre ; ici, c'est un lépreux qu'il guérit, là c'est un mort à qui il rend la vie. Cependant nous voyons qu'il y en a très peu qui publient les bienfaits qu'ils viennent de recevoir ; ils le font seulement au moment où ils sont aux pieds de Jésus-Christ. Et d'où vient cela, M.F. ? C'est qu'ils craignaient les Juifs, parce qu'il fallait être amis ou des Juifs ou de Jésus-Christ ; quand ils étaient auprès de Jésus-Christ, ils le reconnaissaient ; et quand ils étaient avec les Juifs, ils semblaient les approuver par leur silence. Voilà précisément ce que nous faisons : quand nous sommes seuls, que nous réfléchissons sur tous les bienfaits que nous avons reçus du bon Dieu, nous ne pouvons nous empêcher de lui témoigner notre reconnaissance d'être nés chrétiens, d'avoir été confirmés ; mais, quand nous sommes avec les libertins, nous semblons être de leur sentiment en applaudissant par nos sourires ou notre silence à leurs impiétés. Oh ! quelle indigne préférence, s'écrie saint Maxime ! Ah ! maudit respect humain, que d'âmes tu traînes en enfer ! Hélas ! M.F., quel tourment n'éprouvera pas une personne qui veut plaire et vivre ainsi, comme nous en avons un bel exemple dans l'évangile. Nous y lisons que le roi Hérode s'était épris d'un amour profane pour Hérodiade. Cette barbare courtisane avait une fille qui dansa devant lui avec tant de grâce, qu'il lui promit la moitié de son royaume. Mais la malheureuse se garda bien de la lui demander, ce n'était pas assez ; étant allée trouver sa mère pour prendre conseil sur ce qu'il fallait dire au roi, la mère, plus infâme que sa fille, lui présenta un plat : « Va, lui dit-elle, demander au roi qu'il mette la tête de Jean-Baptiste dans ce plat, afin que tu me l'apportes ; » et cela, parce que saint Jean-Baptiste lui reprochait sa mauvaise vie. Le roi, à cette demande, fut saisi de frayeur ; car, d'un côté, il estimait saint Jean-Baptiste, il regrettait la mort d'un homme qui était si digne de vivre. Que fera-t-il ? Quel parti prendra-t-il ? Ah ! maudit respect humain, que vas-tu faire ? Il ne voudrait pas faire mourir saint Jean-Baptiste ; mais, d'un autre côté, il a peur qu'on se moque de lui, de ce qu'étant roi, il ne tient pas sa parole. Allez, dit ce malheureux roi à un bourreau, allez couper la tête de Jean-Baptiste ; j'aime mieux laisser crier ma conscience que si l'on se moquait de moi. Mais quelle horreur ! quand la tête parut dans la salle, les yeux et la bouche, quoique fermés, semblaient lui reprocher son crime et le menacer des châtiments les plus terribles. A ce spectacle, il frémit et pâlit. Hélas ! que celui qui se laisse conduire par le respect humain est à plaindre !

Il est vrai que le respect humain ne nous empêche pas toujours de faire de bonnes œuvres. Mais combien de bonnes œuvres dont le respect humain nous fait perdre le mérite ! Combien de bonnes œuvres que nous ne ferions pas, si nous n'espérions pas en être loués et estimés du monde ! Combien de gens ne viennent à l'église que par respect humain, en pensant que, dès qu'une personne ne pratique plus la religion, du moins à l'extérieur, l'on n'a plus confiance en elle, comme on dit : Où il n'y a point de religion, il n'y a point de conscience ! Combien de mères qui semblent avoir soin de leurs enfants seulement pour être estimées aux yeux du monde ! Combien qui se réconcilient avec leurs ennemis, parce qu'ils craignent qu'on perde la bonne estime que l'on a d'eux ! Combien de personnes qui ne seraient pas si bien, si elles ne savaient pas qu'elles y gagnent d'être louées du monde ? Combien qui sont plus réservées dans leurs paroles et plus modestes à l'église à cause du monde ! Oh ! maudit respect humain, que tu gâtes de bonnes œuvres qui conduiraient tant de chrétiens au ciel, et qui ne feront que les pousser en enfer !

Mais, me direz-vous, il y a bien à faire, pour que le monde ne se mêle de rien dans tout ce que l'on fait. Mais, M.F., nous n'attendons pas notre récompense du monde, mais de Dieu seul : si l'on me loue, je sais bien que je ne le mérite pas, étant si pécheur ; si l'on me méprise, il n'y a rien d'extraordinaire pour un pécheur comme moi qui ai tant de fois méprisé le bon Dieu par mes péchés ; j'en mérite bien davantage. D'ailleurs, Jésus-Christ ne nous a-t-il pas dit : Bienheureux ceux qui seront méprisés et persécutés ? Et qui sont ceux qui vous méprisent ? Hélas ! quelques pauvres pécheurs qui n'ont pas le courage de faire ce que vous faites, qui, pour cacher un peu leur honte, voudraient que vous fissiez comme eux ; c'est un pauvre aveugle qui, bien loin de vous mépriser, devrait passer sa vie à pleurer son malheur.

Ses railleries vous montrent combien il est à plaindre et digne de compassion. Il fait comme une personne qui a perdu l'esprit, qui court les forêts, qui se roule par terre ou se jette dans les précipices en criant à tous ceux qui la voient de faire comme elle ; elle a beau crier, vous la laissez faire, et vous la plaignez, parce qu'elle ne connaît pas son malheur. De même, M.F., laissons ces pauvres malheureux crier et railler les bons chrétiens ; laissons les insensés dans leur démence ; laissons les aveugles dans leurs ténèbres ; écoutons les cris et les hurlements des réprouvés ; mais ne craignons rien, suivons notre route ; ils se font beaucoup de mal, sans point nous en faire ; plaignons-les, et marchons à notre ordinaire.

Savez-vous pourquoi les autres vous raillent ? C'est qu'ils voient que vous les craignez et qu'un rien vous fait rougir. Ce n'est pas votre piété qu'ils raillent, mais seulement votre inconstance et votre lâcheté à suivre votre chef. Voyez les gens du monde : avec quelle audace ils suivent leur chef ! Ne se font-ils pas gloire d'être libertins, ivrognes, adroits, vindicatifs ? Voyez un impudique : craint-il de vomir ses saletés devant le monde ? Pourquoi cela, M.F. ? C'est parce qu'ils sont contraints à suivre leur maître qui est le monde ; ils ne pensent et ne cherchent qu'à lui plaire ; ils ont beau souffrir, rien ne peut les arrêter. Voilà, M.F., ce que vous feriez, si vous vouliez en faire autant. Vous ne craindriez ni le monde ni le démon ; vous ne chercheriez et ne voudriez que ce qui pourrait plaire à votre Maître, qui est Dieu lui-même. Convenez avec moi que les mondains sont beaucoup plus constants à tous les sacrifices qu'ils font pour plaire à leur maître, qui est le monde, que nous, à faire ce que nous devons pour plaire à notre Maître, qui est notre Dieu.

II. – Mais, maintenant, recommençons d'une autre manière. Dites-moi, mon ami, pourquoi est-ce que vous raillez ceux qui font profession de piété, ou, si vous ne comprenez pas bien, ceux qui font des prières plus longues que les vôtres, qui fréquentent plus souvent les sacrements que vous ne le faites vous-même, et qui fuient les applaudissements du monde ? De trois choses l'une, M.F. : ou vous regardez ces personnes comme des hypocrites, ou vous raillez la piété elle-même, ou enfin,, vous êtes fâchés de ce qu'ils valent mieux que vous.

1? Pour les traiter d'hypocrites, il faut que vous ayez lu dans leur cœur, et que vous soyez parfaitement convaincus que toute leur dévotion est fausse. Eh quoi ! M.F., ne parait-il pas naturel que, quand nous voyons faire quelques bonnes œuvres à quelqu'un, nous pensions que leur cœur est bon et sincère ? D'après cela, voyez combien votre langage et votre jugement sont ridicules. Vous voyez un extérieur bon dans votre voisin, et vous dites ou pensez que son intérieur ne vaut rien. Voilà, dit-on, du bon fruit ; certainement, l'arbre qui le porte est de bonne espèce, et vous en jugez bien. Et s'il s'agit déjuger des gens de bien, vous direz tout le contraire : voilà du bon fruit ; mais l'arbre qui le porte ne vaut rien ! Non, M.F., non, vous n'êtes ni si aveugles ni si insensés que de déraisonner de la sorte.

2? En deuxième lieu, nous disons que vous raillez la piété elle-même ; je me trompe : vous ne raillez pas cette personne parce qu'elle prie longtemps ou souvent et avec respect : non, ce n'est pas pour cela, car, vous aussi, vous priez (du moins si vous ne le faites pas, vous manquez à un de vos premiers devoirs.) Est-ce parce qu'elle fréquente les sacrements ? Mais vous n'êtes pas venu jusqu'à ce temps sans vous approcher des sacrements, on vous a bien vu au tribunal de la pénitence, on vous a bien vu vous asseoir à la table sainte. Vous ne méprisez donc pas cette personne parce qu'elle remplit mieux ses devoirs de religion que vous, étant parfaitement convaincus du danger où nous sommes de nous perdre, et par conséquent du besoin que nous avons d'avoir souvent recours à la prière et aux sacrements pour persévérer dans la grâce du bon Dieu, et sachant qu'après ce monde il n'y a plus de ressources : bien ou mal, il faudra y rester pendant toute l'éternité.

3? Non, M.F., ce n'est pas tout cela qui nous fatigue dans la personne de notre voisin : c'est que, n'ayant pas le courage de l'imiter, nous ne voudrions pas avoir la honte de notre lâcheté ; mais nous voudrions l'entraîner dans nos désordres ou dans notre vie indifférente. Combien de fois ne disons-nous pas : à quoi servent toutes ces grimaces, à quoi sert de tant rester à l'église, d'y aller si matin, et le reste ? Ah !

M.F., c'est que la vie des personnes, de piété qui sont sérieuses, est la condamnation de notre vie lâche et indifférente : Il est bien aisé de comprendre que leur humilité et le mépris qu'elles font d'elles-mêmes condamne notre vie orgueilleuse, qui ne veut rien souffrir, qui voudrait que tout le monde nous aime et nous loue ; il n'y a pas de doute que leur douceur et leur bonté pour tout le monde fait honte à nos emportements et à nos colères ; il est bien vrai que leur modestie, leur réserve dans toutes leurs démarches condamne notre vie mondaine et pleine de scandales. N'est-ce pas cela seul qui nous tourmente dans la personne de notre prochain ? N'est-ce pas que cela nous fâche, quand nous entendons dire du bien des autres et publier leurs bonnes actions ? Oui, sans doute que leur dévotion, leur respect à l'église nous condamne, et fait ombrage à notre vie tout évaporée et à notre indifférence pour notre salut. Comme nous sommes naturellement portés à excuser dans les autres les défauts que nous avons nous-mêmes, de même nous sommes toujours portés à désapprouver dans les autres les vertus que nous n'avons pas le courage de pratiquer : c'est ce que nous voyons tous les jours. Un libertin est content de trouver un libertin qui l'applaudira dans ses désordres ; bien loin de le détourner, il l'encourage. Un vindicatif se réjouira d'être avec un autre vindicatif pour se consulter ensemble, afin de trouver le moyen de se venger de leurs ennemis. Mais, mettez une personne sage avec un libertin, une personne qui est toujours prête à pardonner avec un vindicatif : de suite, vous voyez les méchants se déchaîner contre les bons et leur tomber dessus. Pourquoi cela, M.F., sinon parce que n'ayant pas la force de faire ce qu'ils font, ils voudraient pouvoir les entraîner de leur côté, afin que leur vie sainte ne soit pas une censure continuelle de la leur propre ? Mais, si vous voulez comprendre l'aveuglement de ceux qui se raillent des personnes qui remplissent mieux leur devoir de chrétien qu'eux, écoutez-moi un instant.

Que diriez-vous d'une personne pauvre qui porterait envie à un riche, si ce pauvre n'est pas riche parce qu'il ne le veut pas ? Ne lui diriez-vous pas : Mon ami, pourquoi dites-vous du mal de cette personne parce qu'elle est riche ? Il ne tient qu'à vous de l'être, et encore plus, si vous le voulez. De même, M.F., pourquoi sommes-nous portés à blâmer ceux qui sont plus sages ? Il ne tient qu'à nous de l'être, et encore plus, si nous voulons : Les gens qui pratiquent la religion, qui en font plus que nous, ne nous empêchent pas d'être aussi sages et plus même, si nous voulons.

Je dis donc que les gens sans religion méprisent ceux qui en font profession... ; je me trompe, ils ne les méprisent pas, il font seulement semblant de les mépriser, parce que dans le fond de leur cœur ils sont pleins d'estime pour eux. En voulez-vous une preuve ? la voici. Auprès de qui va aller une personne, même sans piété, pour trouver quelques consolations dans ses peines, ou quelque adoucissement dans ses chagrins ou ses souffrances ? Croyez-vous que ce soit auprès d'une autre personne sans religion comme elle ? Non, mon ami, non. Elle sait bien qu'une personne sans religion ne peut la consoler, ni lui donner des bons conseils. Mais elle ira trouver les personnes mêmes qu'elle a raillées dans un temps. Elle est trop bien convaincue qu'il n'y a qu'une personne sage et craignant Dieu qui peut la consoler et un peu adoucir ses peines. En effet, M.F., combien de fois nous étant trouvés abîmés dans le chagrin ou quelque autre misère, sommes-nous allés trouver quelques personnes sages, et après un quart d'heure de conversation, nous nous sommes sentis tout changés et nous nous sommes retirés en disant : Que ceux qui aiment le bon Dieu sont heureux, et aussi ceux qui sont autour d'eux ! Je me désolais, je ne faisais que pleurer, je me désespérais : pour un petit instant que j'ai été avec cette personne, je me suis senti tout consolé. C'est bien vrai, tout ce qu'elle m'a dit : que le bon Dieu n'avait permis cela que pour mon bien, et que tous les saints et saintes en avaient bien plus enduré que moi, et qu'il valait bien mieux souffrir en ce monde que dans l'autre. Nous finissons par dire : Dès que j'aurai quelque peine, vite je retournerai chez elle me consoler. Oh ! belle religion, que ceux qui vous pratiquent tout de bon sont heureux, et que les douceurs et les consolations que vous nous procurez sont grandes et précieuses !...

Eh bien ! M.F., vous voyez donc que vous raillez ceux qui ne le méritent pas ; vous devez, au contraire, infiniment remercier le bon Dieu d'avoir parmi vous quelques bonnes âmes qui sachent apaiser la colère de Dieu, sans quoi, nous serions bientôt écrasés par sa justice. Mais, tout bien considéré, une personne qui fait bien ses prières, qui ne cherche qu'à plaire au bon Dieu, qui aime à rendre service au prochain, qui sait donner jusqu'à son nécessaire pour l'aider, qui pardonne volontiers ceux qui lui font quelque injure, vous ne pouvez pas dire que celle-là fait mal, au contraire. Elle n'est que bien digne d'être louée et estimée de tout le monde. C'est cependant cette personne que vous déchirez ; n'est-ce pas que vous ne pensiez pas à ce que vous disiez ? C'est bien vrai, pensez-vous en vous-mêmes ; elle est plus heureuse que nous. Tenez, mon ami, écoutez-moi, et je vous dirai ce que vous devez faire : bien loin de les blâmer et de les railler, vous devriez faire tous vos efforts pour les imiter ; vous unir, tous les matins, à leurs prières et à toutes les actions qu'elles feront pendant la journée. – Mais, direz-vous, pour faire ce qu'elles font, il y a trop de violence à se faire et trop de sacrifices à ac-complir. Il y a bien à faire !

– Pas autant que vous dites bien : c'est si malaisé de bien faire vos prières le matin et le soir ? Est-ce bien difficile d'écouter la parole de Dieu avec respect, en demandant au bon Dieu la grâce d'en bien profiter ? Est-ce bien difficile de ne pas sortir de l'église pendant les instructions ? de ne pas travailler le saint jour du dimanche ? de ne pas manger de la viande les jours défendus et de mépriser les mondains qui veulent absolument se perdre ?

Si vous craignez que le courage vous manque, portez vos regards sur la Croix où Jésus-Christ est mort, et vous verrez que le courage ne vous manquera pas. Voyez ces foules de martyrs qui ont tant souffert que, vous ne pourrez jamais le comprendre, dans la crainte de perdre leurs âmes. Sont-ils, M.F., maintenant fâchés d'avoir méprisé le monde et ses qu'en dira-t-on ?

Concluons, M.F., en disant : Combien il y a peu de personnes qui servent véritablement le bon Dieu ! Les uns tâchent de détruire la religion, s'ils pouvaient, par la force de leurs armes, comme faisaient les rois et les empereurs païens ; les autres, par leurs cris impies, vou-draient l'avilir et la faire perdre, s'ils pouvaient ; d'autres la raillent dans ceux qui la pratiquent ; et enfin d'autres voudraient bien la pratiquer, mais ils ont peur de le faire devant le monde. Hélas ! M.F., que le nombre de ceux qui sont pour le ciel est petit, puisqu'il n'y a que ceux qui combattent continuellement et vigoureusement le démon et leurs penchants, et qui méprisent le monde avec toutes ses railleries ! Puisque, M.F., nous n'atten-dons notre récompense et notre bonheur que de Dieu seul, pourquoi aimer le monde, tandis que nous avons promis avec serment de le haïr et de le mépriser pour ne suivre que Jésus-Christ, en portant notre croix tous les jours de notre vie ? Heureux celui, M.F., qui ne cherche que Dieu seul et qui méprise tout le reste ! C'est le bonheur... 4ème DIMANCHE DE L'AVENT

Sur la Satisfaction

Facite ergo fructus dignos pœnitentiæ.

Faites donc de dignes fruits de pénitence

(S. Luc, III, 8.)

Tel est, M.F., le langage que le saint Précurseur du Sauveur tenait à tous ceux qui venaient le trouver dans son désert pour apprendre de lui ce qu'il fallait faire pour avoir la vie éternelle. Faites, leur disait-il, de dignes fruits de pénitence, afin que vos péchés vous soient remis. C'est-à-dire, M.F., quiconque de vous a péché n'a point d'autre remède que la pénitence, même ceux qui sont déjà pardonnés. En effet, nos péchés, remis dans le tribunal de la pénitence, nous laissent encore des peines à subir ou dans ce monde, qui sont les peines et toutes les misères de la vie, ou dans les flammes du purgatoire. Il y a cette différence, M.F., entre le sacrement de baptême et celui de la pénitence, que dans celui du baptême, Dieu n'écoute que sa miséricorde, c'est-à-dire qu'il nous pardonne sans rien exiger de nous, au lieu que, dans celui de la pénitence, Dieu ne nous remet nos péchés et ne nous rend la grâce qu'à condition que nous subirons une peine temporelle, ou dans ce monde, ou dans les flammes du purgatoire ; c'est afin de punir le pécheur du mépris et de l'abus de ses grâces. Si Dieu veut que nous fassions pénitence pour que nos péchés nous soient pardonnés, c'est encore pour nous préserver de retomber dans les mêmes péchés, afin que, nous rappelant ce que nous avons enduré pour ceux que nous avons déjà confessés, nous n'ayons pas le courage d'y retourner. Dieu veut que nous unissions nos pénitences aux siennes, et que nous considérions combien il a souffert pour rendre les nôtres méritoires. Hélas ! M.F., ne nous y trompons pas ; sans les souffrances de Jésus-Christ, tout ce que nous aurions pu faire n'aurait jamais pu satisfaire pour le moindre de nos péchés. Ah ! mon Dieu, que nous vous sommes redevables de ce grand acte de miséricorde envers de misérables ingrats ! Je vais donc vous montrer, M.F. 1? Que, quoique nos péchés nous soient pardonnés, nous ne sommes pas exempts de faire pénitence ; 2? Quelles sont les œuvres par lesquelles nous pouvons satisfaire à la justice de Dieu, ou, pour vous parler plus clairement, je vais vous montrer ce que c'est que la satisfaction, qui est la quatrième disposition que nous devons apporter pour recevoir dignement le sacrement de pénitence. I. – Vous savez tous, M.F., que le sacrement de pénitence est un sacrement qui a été institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour remettre les péchés commis après le baptême. C'est principalement dans ce sacrement que le Sauveur du monde nous montre la grandeur de sa miséricorde, puisqu'il n'y a point de péchés que ce sacrement n'efface, quelque grand que soit leur nombre et quelque affreuse que soit leur noirceur ; de sorte que tout pécheur est sûr de son pardon et de regagner l'amitié de son Dieu, si, de son côté, il apporte les dispositions que demande ce sacrement. La première disposition, c'est de bien connaître ses péchés ; leur nombre et leurs circonstances qui peuvent ou les augmenter, ou en changer l'espèce : et, cette connaissance ne nous sera donnée qu'après l'avoir demandée au Saint-Esprit. Toute personne qui, dans son examen, ne demande pas les lumières du Saint-Esprit ne peut faire qu'une confession sacrilège . Si cela vous est arrivé, revenez sur vos pas, parce que vous êtes bien sûrs que vos confessions n'ont été que de mauvaises confessions.

La deuxième condition c'est de bien déclarer ses péchés, comme vous dit votre catéchisme, sans artifice ni déguisement, c'est-à-dire tels que vous les connaissez vous-mêmes. Cette accusation ne sera faite comme il faut, qu'autant que vous en aurez demandé la force au bon Dieu : sans cela il vous est impossible de les déclarer comme vous le devez pour en recevoir le pardon. Vous devez donc examiner devant le bon Dieu si, toutes les fois que vous avez voulu vous confesser, vous lui avez demandé cette force ; si vous y avez manqué, revenez sur vos confessions, parce que vous êtes bien surs qu'elles ne valent rien.

La troisième condition que demande ce sacrement pour que vous obteniez le pardon de vos péchés, c'est la contrition, c'est-à-dire le regret de les avoir commis, avec la résolution sincère de ne plus les commettre, et un désir véritable de fuir tout ce qui peut vous y faire retomber. Cette contrition vient du ciel et elle ne nous est donnée que par la prière et les larmes ; prions donc et pleurons en pensant que ce défaut de contrition est celui qui damne le plus de monde. L'on accuse bien ses péchés ; mais souvent le cœur n'y est pour rien. L'on conte ses péchés comme l'on conterait une histoire indifférente : nous n'avons pas cette contrition, puisque nous ne changeons pas de vie. Nous avons tous les ans, tous les six mois, tous les mois ou trois semaines, ou tous les huit jours, si vous voulez, même péché, même défaut ; nous marchons toujours dans le même chemin : point de changement dans notre manière de vivre. D'où peuvent venir tous ces malheurs qui précipitent tant d'âmes dans les enfers, sinon du défaut de contrition ? Et comment pouvoir espérer de l'avoir, puisque souvent nous ne la demandons pas seulement à Dieu, ou que nous la demandons sans presque désirer de l'avoir ? Si vous ne voyez point de changement dans votre conduite, c'est-à-dire, si vous n'êtes pas meilleurs après tant de confessions et de communions, revenez sur vos pas afin que vous reconnaissiez votre malheur avant qu'il n'y ait plus de remède. Il faut, M.F., pour nous donner l'espérance que nos confessions sont faites avec de bonnes dispositions, il faut, en nous confessant, nous convertir : sans cela, ce que nous faisons de fait que nous préparer toutes sortes de malheurs pour l'autre vie :

Mais après avoir bien connu nos péchés par la grâce du Saint-Esprit ; après les avoir bien déclarés comme il faut, après avoir bien eu la douleur de nos péchés, il nous reste encore une quatrième condition, pour que les trois autres portent les fruits que nous devons en attendre, c'est la satisfaction que nous devons à Dieu et au prochain. Je dis à Dieu, pour réparer les injures que le péché lui a faites, et au prochain, pour réparer le tort que nous lui avons fait dans son âme ou dans son corps.

D'abord, je vous dirai que depuis le commencement du monde, nous voyons partout que Dieu en pardonnant le péché a toujours voulu une satisfaction temporelle, qui est un droit que sa justice demande. Sa miséricorde nous pardonne ; mais sa justice veut être satisfaite en quelque petite chose, de sorte qu'après avoir péché, après que nous avons été pardonnés, nous devons nous venger sur nous-mêmes en faisant souffrir notre corps qui a péché. Mais dites-moi, M.F., quelles sont les pénitences que nous faisons, en comparaison de ce que nos péchés nous ont mérité, qui est une éternité de tourments ? ô mon Dieu, que vous êtes bon de vous contenter de si peu de chose !

Si les pénitences que l'on vous donne vous semblent dures et pénibles à faire pour le grand nombre de vos péchés mortels, parcourez la vie des saints, et vous verrez les pénitences qu'ils ont faites, quoique plusieurs fussent sûrs de leur pardon. Voyez Adam, à qui le Seigneur lui--même dit que son péché lui était pardonné, et qui, mal-gré cela, fit pénitence pendant plus de neuf cents ans, pénitence qui fait trembler. Voyez David, à qui le pro-phète Nathan vient dire de la part de Dieu que son péché lui est remis, et qui fait une pénitence si rigoureuse, que ses pieds ne pouvaient plus le porter ; il faisait retentir son palais de cris et de sanglots, ému par la douleur de ses péchés. Il dit lui-même qu'il va descendre dans le tombeau en pleurant ; que la douleur ne le quittera que lorsque sa vie finira ; ses larmes coulent avec tant d'abon-dance, qu'il nous dit lui-même qu'il trempe son pain de ses larmes et qu'il arrose son lit de ses pleurs. Voyez encore saint Pierre, pour un péché que la frayeur lui a fait commettre ; le Seigneur lui pardonné et cependant il pleure son péché toute sa vie avec tant d'abondance, que ses larmes creusent son visage. Que fait sainte Made-leine après la mort du Sauveur ? Elle va s'ensevelir dans un désert, où elle pleure et fait pénitence toute sa vie : cependant, Dieu lui avait bien pardonné, puisqu'il dit au pharisien que beaucoup de péchés lui étaient remis parce qu'elle avait beaucoup aimé. Mais sans aller si loin, M.F., voyez les pénitences que l'on donnait dans les pre-miers temps de l'église. Voyez si celles de maintenant ont quelque proportion avec celles de ce temps-là. Pour avoir juré le saint nom de Dieu, sans y penser, (hélas ! ce qui est maintenant si commun, même aux enfants qui ne savent peut-être pas une de leurs prières), on les condam-nait à jeûner sept jours au pain et à l'eau. Pour avoir consulté les devins, sept ans de pénitence. Pour avoir tra-vaillé un petit instant le dimanche, il fallait faire péni-tence trois jours. Pour avoir parlé pendant la sainte Messe, il fallait jeûner dix jours au pain et à l'eau. Si dans le carême l'on avait manqué un jour de jeûner, il fallait jeûner sept jours. Pour avoir dansé devant une église un jour de dimanche ou de fête, l'on était condamné à sept ans de pénitence. Pour avoir violé le jeûne des Quatre-Temps, il fallait jeûner quarante jours au pain et à l'eau. Pour s'être moqué d'un évêque ou de son pas-teur, en tournant leurs instructions en ridicule, il fallait faire pénitence pendant quarante jours. Pour avoir laissé mourir un enfant sans baptême, trois ans de pénitence. Pour s'être habillé en carnaval, trois ans de pénitence. Pour une jeune personne, garçon ou fille, qui aurait dansé, trois ans de pénitence, et, s'ils y retournaient, on les menaçait de les excommunier. Ceux qui faisaient des voyages le dimanche ou les fêtes sans nécessité, sept jours de pénitence. Une fille qui aurait commis un péché contre la pureté avec un homme marié, dix ans de pénitence. Eh bien ! M.F., dites-moi, que sont les pénitences que l'on nous impose, si nous les comparons à celles dont nous venons de parler ? Cependant, la justice de Dieu est la même ; nos péchés ne sont pas moins affreux aux yeux de Dieu, et ne méritent pas moins d'être punis.

II – Ne devrions-nous pas être couverts de confusion, de faire si peu que nous faisons, tandis que les premiers chrétiens faisaient des pénitences et si rudes et si longues ? Mais, me direz-vous, quelles sont donc les œuvres par lesquelles nous pouvons satisfaire à la justice de Dieu pour nos péchés ? Si vous désirez les accomplir, rien de si facile, comme vous allez le voir. La première est la pénitence que le confesseur vous impose, qui fait une partie du sacrement de pénitence. Si l'on n'était pas dans l'intention de l'accomplir de tout son cœur aussi bien que possible, la confession ne serait qu'un sacrilège ; la deuxième, c'est la prière ; la troisième, c'est le jeûne ; la quatrième, c'est l'aumône ; et la cinquième, les indulgences qui sont les œuvres les plus faciles à accomplir et les plus efficaces. Je dis : 1? La pénitence que le confesseur nous impose avant de nous donner l'absolution ; nous devons la recevoir avec joie et reconnaissance, et l'accomplir aussi bien qu'il nous est possible, sans quoi nous devons grandement craindre de faire une confession sacrilège. Si nous pensions donc ne pas pouvoir la faire, il faudrait représenter humblement au confesseur nos raisons : s'il les trouve bonnes, il nous la changera.

Mais, il y a des pénitences que le prêtre ne peut ni ne doit changer. Les pénitences qui vont à la correction du pécheur, comme, par exemple, interdire le cabaret à un ivrogne, la danse aux filles, ou à un garçon la compagnie d'une personne qui le porte au mal ; obliger à réparer quelque injustice que l'on a faite, à se confesser souvent parce qu'on a vécu quelque temps dans la négligence pour son salut. Vous conviendrez avec moi qu'un prêtre ne peut ni ne doit changer ces pénitences. Mais si l'on avait quelques raisons de faire changer sa pénitence, il faudrait que ce fût le même prêtre qui la changeât, à moins que ce ne soit tout à fait impossible, parce qu'un autre confesseur ne sait pas pour quelles raisons elle vous a été donnée. Vous trouverez vos pénitences longues ou difficiles, M.F. ? Mais vous n'y pensez pas ! Comparez-les donc aux peines de l'enfer que vous avez méritées par vos péchés. Ah ! avec quelle joie un pauvre damné ne recevrait-il pas, jusqu'à la fin du monde, les pénitences que l'on vous donne et encore de bien plus rigoureuses, si, à ce prix, il pouvait terminer son supplice ! Quel bonheur pour lui ! mais qui ne lui sera jamais donné.

Eh bien ! M.F., en recevant notre pénitence avec joie, avec un vrai désir de l'accomplir aussi bien que nous le pourrons, nous nous délivrons de l'enfer, comme si le bon Dieu accordait aux damnés ce que je viens de vous dire. Oh ! mon Dieu, que le pécheur connaît peu son bonheur !

Je dis : !? Que nous devons accomplir la pénitence que le confesseur nous donne, et qu'y manquer serait un gros péché. Ce n'est qu'à cette condition que Dieu rend sa grâce au pécheur et que le prêtre, en son nom, lui remet ses péchés. Dites-moi, M.F., ne serait-ce pas une impiété de ne pas faire la pénitence et d'espérer encore le pardon ? C'est aller contre la raison ; c'est vouloir la récompense sans qu'il en coûte.

Que penser, M.F., de ceux qui ne font pas leur pénitence ? Pour moi, voilà ce que j'en pense. S'ils n'ont pas encore reçu l'absolution, ce sont des personnes qui n'ont pas seulement le désir de se convertir, puisqu'elles refusent les moyens qu'il faut prendre pour cela, et lorsqu'elles reviennent se confesser, le prêtre doit leur refuser l'abso-lution une deuxième fois. Mais si le pénitent a reçu l'absolution et qu'il ait négligé sa pénitence, c'est un péché mortel, si les péchés qu'il a confessés étaient mortels et que la pénitence imposée soit en soi consi-dérable ; il doit bien craindre que sa confession n'ait été sacrilège par le défaut d'une volonté sincère de satisfaire à Dieu pour ses péchés. Mais je ne parle ici que de ceux qui auraient omis toute leur pénitence ou une partie considérable, et non de ceux qui l'auraient oubliée ou qui n'auraient pas pu la faire dans le moment prescrit.

Ensuite, je dis qu'il faut accomplir sa pénitence tout entière, dans le temps marqué, et dévotement. Je dis : entièrement. Il ne faut rien laisser de tout ce que l'on nous a donné ; au contraire, nous devons ajouter à celle que le confesseur nous a imposée. Saint Cyprien nous dit que la pénitence doit égaler la faute, que le remède ne doit pas être moindre que le mal. Mais dites-moi, M.F., quelles sont les pénitences que l'on donne ? Hélas ! quel-ques chapelets, quelques litanies, quelque aumône, de petites mortifications. Dites-moi, toutes ces choses ont--elles quelque proportion avec nos péchés, qui méritent des tourments qui ne finiront jamais ? Il y en a qui font leur pénitence en marchant ou assis, cela n'est pas à faire. Votre pénitence, vous devez la faire à genoux, à moins que le prêtre ne vous dise que vous pouvez la faire ou en marchant, ou assis. Si cela vous est arrivé, vous devez vous en confesser et ne plus y retomber.

En deuxième lieu, je dis qu'il faut la faire dans le temps marqué, sans quoi vous péchez, à moins que vous ne puissiez pas faire autrement, et alors le dire à votre confesseur lorsque vous retournez vous confesser. Si, par exemple, il vous ordonne de faire une visite au Saint-Sa-crement après les offices, parce qu'il sait que vous allez dans des compagnies qui ne vous porteront pas au bon Dieu ; s'il vous commande de vous mortifier en quelque chose dans vos repas, parce que vous êtes sujet à la gour-mandise ; de faire un acte de contrition, lorsque vous avez le malheur de retomber dans le péché que vous avez déjà confessé ; ou bien lorsque d'autres fois vous attendez, pour faire votre pénitence, le moment où vous êtes près d'aller vous confesser : vous comprenez aussi bien que moi que, dans tous ces cas-là, vous êtes coupable, et que vous ne devez pas manquer de vous en accuser et ne plus vous y retrouver.

En troisième lieu, je dis qu'il faut faire votre pénitence dévotement, c'est-à-dire avec piété, dans une disposition sincère de quitter le péché. La faire avec piété, M.F., c'est la faire avec attention du côté de l'esprit, et dévo-tion du cœur. Si vous faisiez votre pénitence avec des distractions volontaires, vous ne l'auriez pas faite, vous seriez obligé de la refaire. S'en acquitter avec piété, c'est la faire avec une grande confiance que le bon Dieu nous pardonnera nos péchés par les mérites de Jésus-Christ, qui a satisfait pour nous par ses souffrances et sa mort sur la croix. Nous devons la faire avec joie, ravis de pou-voir satisfaire à Dieu que nous avons offensé et de trou-ver des moyens si faciles de pouvoir effacer nos péchés qui mériteraient de nous faire souffrir pendant toute l'éternité. Une chose que vous ne devez jamais oublier, c'est que, toutes les fois que vous faites votre pénitence, vous devez dire à Dieu : Mon Dieu, j'unis cette légère pénitence à celle que Jésus-Christ mon Sauveur vous a offerte pour mes péchés ; voilà qui rendra votre péni-tence méritoire et agréable à Dieu.

Je dis encore que nous devons accomplir notre péni-tence avec un vrai désir de quitter le péché tout à fait, quoi qu'il nous en coûte, fallût-il souffrir la mort. Si nous n'étions pas dans ces dispositions, bien loin de satisfaire à la justice de Dieu, nous l'outragerions de nouveau, ce qui nous rendrait encore plus coupables.

J'ai dit que nous ne devons pas nous contenter de la pénitence que le confesseur nous impose, parce qu'elle n'est rien, ou presque rien, si nous la comparons à ce que méritent nos péchés. Si le confesseur nous ménage si fort, ce n'est que dans la crainte qu'il a de nous dégoûter de travailler à notre salut. Si vous avez véritablement votre salut à cœur, vous devez vous imposer des pénitences vous-même. Voici celles qui vous conviennent le mieux. Si vous avez eu le malheur de donner scandale, il faut vous faire si vigilant, que votre prochain ne puisse rien voir en vous qui ne le porte au bien ; il faut que vous montriez par votre conduite que votre vie est devenue vraiment chrétienne. Et si vous avez eu le malheur de pécher contre la sainte vertu de pureté, il faut mortifier ce misérable corps par des jeûnes, en ne lui donnant que ce qu'il lui faut pour ne pas lui ôter la vie et qu'il puisse remplir son devoir ; et le faire de temps en temps coucher sur la dure. Si vous vous trouvez d'avoir quelque chose à manger qui flatte votre gourmandise, il faut le refuser à votre corps, et le mépriser autant que vous l'avez aimé : il voulait perdre votre âme, il faut que vous le punissiez. Il faut que souvent votre cœur, qui a pensé à des choses impures, porte vos pensées dans l'enfer, qui est le lieu réservé aux impudiques. Si vous êtes attaché à la terre, il faut faire des aumônes autant que vous le pourrez pour punir votre avarice, en vous privant de tout ce qui ne vous est pas absolument nécessaire pour la vie.

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